Vendredi 25 mai 2012 5 25 /05 /Mai /2012 17:30

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  Avant-hier soir, le taulier était incognito en vadrouille à la librairie du CNDP1 pour une table ronde qui, rien que dans son intitulé

 

LA LECTURE AU COLLÈGE : LE BILAN DES ÉVALUATIONS PISA2


promettait beaucoup, n'est-il pas ? 

 

Voici donc un compte rendu sous forme d'une petite pièce en 2 actes mais dont vous devrez retrouver vous-mêmes les dialogues3

 

LA TOUR PENCHÉE DE PISA4

Comédie en 2 actes

 

 

PERSONNAGES

 

CNDPman, joyeux drille

DEPman, costard cravate

PISAwoman, technique

IGwoman, citeuse de textes officiels

Profwoman, j'ai-préparé-des-slides

IPRman, se mouillant mais pas trop

 

 

PROLOGUE

Le Premier étage de la librairie du CNDP. Chaises alignées sur lesquelles le public s'assoit, table de conférence, écran blanc avec un tableau de chiffres dessus. Tout autour, des ouvrages pédagogiques variés. On distinguera quelques titres du genre Enseigner aux élèves en difficulté, Comment pratiquer la codisciplinarité au cycle central, Pour une éducation au développement durable et solidaire. Les gens s'installent. On annonce le retard de CNDPman. Quand il arrive enfin, il prend le micro, qu'il place bizarrement, collé sous son menton. Il fait le traditionnel discours de bienvenue, et explique que la question de la lecture au collège est primordiale « dans nos environnements en mouvement ».

Il passe le micro à DEPman, très homme du ministère, qui fait lui aussi le traditionnel discours de bienvenue, celui où l'on commence en disant qu'on ne sera pas long, avant d'être long. Il insiste sur « toute la prudence que requiert le traitement des résultats ». 

 

ACTE I

Scène 1

Même lieu. Prise de parole de PISAwoman (l'ensemble de la scène doit paraître très légèrement ennuyeux). Elle explique le fonctionnement de l'enquête et évacue d'emblée la question du classement des différents pays. Cela évite ainsi de parler des systèmes chinois, japonais ou coréen qui marchent bien en faisant bosser leurs élèves. Elle signale la stabilité de la France, mais l'augmentation du nombre d'élèves très en difficulté, notamment chez les garçons. Elle signale également la diminution de la lecture plaisir chez tous les types de lecteurs, car PISA permet via un « questionnaire de contexte » de mesurer ça également. Elle insiste sur le fait que le système français est moins équitable que dans la moyenne de l'OCDE. N'importe quel professeur aurait pu lui signaler tout ça pour beaucoup moins cher, doit-on penser dans le public. Elle pose le problème du taux de non-réponses beaucoup plus élevé chez les Français. Elle affirme péremptoirement que les résultats des élèves sont le reflet de leurs habitudes de lecture dans les classes de Français. Le public doit ici sentir qu'elle n'a pas tenu compte de la remarque de DEPman sur « toute la prudence que requiert le traitement des résultats ».

 

Scène 2

Prise de parole d'IGwoman (l'ensemble de la scène doit paraître très légèrement ennuyeux). Elle traite du cadre conceptuel et du lien avec nos programmes. Il faut qu'elle cite copieusement les programmes tout au long de la scène, en accompagnant ses citations de formules telles que « je cite », « je cite encore », « je cite toujours ». Elle tente de définir la notion centrale des tests PISA, i.e. la « littéracie », qu'on traduira pour le vulgum pecus par « compréhension de l'écrit ». Il faut que le public trouve ça un peu fumeux : elle peut par exemple y mettre des concepts étranges type « l'usage social de la lecture » ou bien encore «la notion d'engagement dans la lecture ». Laisser ici un temps de supens pour que les spectateurs se demandent si c'est du lard ou du cochon. Elle y ajoute alors les « compétences métacognitives » et conclut sur « c'est tout ça que PISA évalue ». Elle doit donner l'impression qu'il faut la croire sur parole, car de toute façon elle n'a rien prévu pour le prouver. Elle se lance alors dans ce qu'elle avait annoncé plus tôt : le lien avec nos programmes. C'est là qu'il faut la faire citer copieusement. Surtout les compétences du socle. Cela peut ressembler à une liste à la Rabelais, mais en nettement moins drôle. Lui faire à ce moment lâcher une phrase sur la mise en œuvre du socle qui permettrait une amélioration des résultats des élèves pour créer un effet comique. 

 

Scène 3

Prise de parole de Profwoman (lui avoir mis un de ces petits écriteaux que l'on met devant les gens lors des réunions et des conférences avec « Professeure » écrit dessus pour lancer un débat lors de la sortie du théâtre sur la féminisation des titres et des noms de métiers). L'ensemble doit paraître moins ennuyeux du fait des slides Powerpoint diffusées et des problèmes de micro (possible ici d'obtenir un effet amusant sur le fait que la technique lâche toujours ceux qui s'en servent). Lui faire construire une longue explication avec moults diagrammes pour qu'elle prouve que les élèves français n'ont pas peur de l'erreur, mais bien qu'ils ne veulent pas faire des erreurs. Faire simultanément entrer un diptère côté jardin et le sodomiser. Bien montrer qu'elle a compris « toute la prudence que requiert le traitement des résultats » en ne lui faisant rien de dire de définitif dans ses conclusions.

 

Scène 4 

Prise de parole d'IPRman. Scène plus intéressante. Le lancer dans des formules qui ne mangent pas de pain telles que « les professeurs en France ont une grande conscience professionnelle » pour bien faire comprendre aux spectateurs qu'on va leur taper dessus. Le faire parler d'un point précis avant de lui faire dire que ce point n'est pas important, pour qu'il arrive enfin à son idée forte : le peu de place accordé à la lecture silencieuse en classe. 

 

ACTE II

Scène unique

Même lieu. Faire intervenir le public. Faire signaler par un esprit malin que pour que les élèves pratiquent la lecture plaisir ou la lecture silencieuse, encore faut-il qu'ils sachent lire sur un plan purement technique.

 

ÉPILOGUE

 La petite salle juste derrière. Servir du vin dans des gobelets et des petits gâteaux apéritifs dans des barquettes en plastique (celles avec quatre compartiments, dont deux sont remplis par des petites boules croustillantes, les unes jaunes et les autres saupoudrées de rouge). Faire ensuite sortir les personnages un par un après qu'ils ont discuté.

 

RIDEAU

 

 

 

Conclusion :  en fait, c'était nettement moins inintéressant que prévu, dans le sens où les intervenants n'ont pas paru raconter de grosses bêtises et ont su faire preuve d'un grand sens de la mesure. Le souci majeur, c'est qu'à l'arrivée, on dit que c'est par le socle commun qu'on va s'en sortir, alors que l'évidence est qu'il y a un très sérieux problème de lecture chez les élèves français, repéré depuis fort longtemps par tous les gens un minimum honnêtes, et jusque dans les rapports du Haut Conseil de l'Éducation. A-t-on vraiment besoin d'en passer par toutes ces minauderies, toutes ces enquêtes et tout cet argent perdu pour ne même pas parvenir à mettre le doigt sur le problème majeur, à savoir les horaires de français en primaire et au collège, la quantité et la qualité de l'enseignement de la lecture et de la grammaire ?


 


1. Centre National de Documentation Pédagogique

 

2. Pour vous rafraîchir un peu la mémoire, n'hésitez pas à consulter ce précédent article.

 

3. Dans une volonté de faire dez économies en ces temps de crise, le blog Je Suis en retard ne vous propose que les didascalies.

 

4. Vous pouvez trouver une autre version de cette pièce ici. Mais c'est une version de travail, comme le prouvent les nombreuses fautes et coquilles.  

Par Celeborn - Publié dans : Vis ma vie - Communauté : La salle des maître(sse)s
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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 15:48

le monde a lenvers

 

  Pour des raisons hautement syndicales, j'ai le regret de vous annoncer que je ne reverrai plus la Sixième de l'Angoise d'ici la fin de l'année. Oui, je sais, mon blog va beaucoup en pâtir, dépités lecteurs, déprimées lectrices.

 

  Néanmoins, j'avais conservé quelques munitions dans ma manche1, et je vous propose, afin d'atténuer votre déception, deux délicieuses anecdotes transmises il y a quelques temps par mon éblouissante collègue d'Histoire-Géographie.

 

  Tout d'abord, sachez que pour plusieurs d'entre eux, une montagne (une montagne jeune, en l'occurence), ça se trouve... sous la terre. En effet, quand il leur fut demandé en contrôle de représenter schématiquement une montagne jeune (i.e. dessiner un triangle bien pointu représentant la montagne posé sur un trait représenant la surface de la terre), certains d'entre eux n'ont pas hésité à dessiner le triangle sous le trait, bouleversant ainsi les conceptions géographiques les mieux établies et renvoyant la pomme de Newton au rang d'aimable joujou pour esprit puéril. Avec les Sixièmes de l'angoisse, la géographie, ça devient tout de suite une révolution. 

 

  Ensuite, laissez-moi vous parler de Mascarille, élève de la Quatrième du farniente, malencontreusement condamné à une heure de retenue bien méritée dans la salle de ma collègue2. Il se trouva assis à côté de Cléonte, specimen particulièrement angoissant même pour la Sixième de l'angoisse. Au moment où il fallut ouvrir son livre à la page 123, Mascarille ne put que constater la catastrophe ambiante. Regardant ma collègue d'un regard où se mêlaient incrédulité et pointe de frayeur, il lui tint à peu près ce langage :

 

MASCARILLE : Hé ! bonjour, Monsieur du Madame... je crois qu'il tourne les pages à l'envers...

COLLÈGUE : Mais bien sûr, Mascarille ! Tu es dans la Sixième de l'angoisse... Tu t'attendais à quoi ?

 

  Et Mascarille d'aider Cléonte à trouver le sens dans lequel tourner les pages pour parvenir enfin à la page 123 tant convoitée. 

 

  Bref, rassurez-vous : vous serez tenus au courant de la fin de l'année de la Sixième de l'angoisse ! 

 

 

 


1. Je ne suis pas certain que ma métaphore soit très bonne, là, mais bon, on fera avec...

 

2. Vous ai-je dit à quel point elle était merveilleuse ? 

Par Celeborn - Publié dans : La Sixième de l'angoisse - Communauté : La salle des maître(sse)s
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Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 20:50

http://www.csrdn.qc.ca/discas/Images/triangleCompSitRess.jpg

Ceci n'est pas une parodie

 

 


Où l’on raconte comment on oblige insidieusement les profs à se mettre aux compétences

 

PROLOGUE : Je connais ma collègue Fantômette1 d'Internet, où j'ai pu lire sa prose toujours très réfléchie ou argumentée sur la question de l'enseignement par compétences et du livret qui va avec au collège (et en primaire, ne l'oublions pas). Pour y passer une grande partie de son temps, Fantômette n'est pas pour autant obnubilée par les compétences : comme vous allez pouvoir le lire, subtils lecteurs, fines lectrices, elle est tout simplement soumise depuis près de deux années à une forme de torture mentale qui laisse les plus grands bourreaux chinois pantois d'admiration. Je lui laisse la parole.  

 

ACTE I : mieux vaut des problèmes compliqués qu'une solution simple

 

Tout a commencé à la fin de l’année 2010. Alors qu’aucun enseignant n’avait jamais entendu parler de compétences jusqu'à présent, une réunion organisée par la direction du collège invite solennellement l’équipe enseignante à évaluer puis valider les compétences du Socle commun « parce que c’est la loi », et qu’ « il n’y a plus à discuter ». 

Suite à ces invectives lancées sans aucun argument pédagogique (parce que ça sert à quoi au juste, le socle ?), des heures syndicales sont organisées début 2011, afin d’informer les collègues sur les origines du Socle commun, ses enjeux, et ses conséquences. Elles aboutissent à une assemblée générale où il est décidé que tous les élèves seront validés systématiquement, afin de ne donner aucune valeur au LPC2, sans pour autant se mettre hors-la-loi. Une motion est rédigée pour le CA3, mais ne sera, pour diverses raisons, jamais lue. À la fin de l’année scolaire, sous la pression de la direction exercée à coups d’arguments fallacieux et non fondés — on mettrait en péril l’orientation des élèves — les élèves les plus en difficulté, ceux dont on est sûr qu’ils n’obtiendront pas le brevet, ne sont pas validés. Bon, il parait que cela se passe comme ça dans de nombreux établissements, on pense qu’on nous laissera tranquilles l’année suivante et qu’on emploiera son temps et son énergie à des choses plus utiles (enseigner, entre autres).

 

ACTE II : Pour sauver les élèves, démolissons leurs profs

 

Rentrée 2011-2012. La question du Socle est passée sous silence lors de la réunion de rentrée. Tant mieux pour tout le monde, enseignants qui ne gaspilleront pas leur temps dans un travail supplémentaire titanesque, chronophage et dont aucune étude n’a prouvé l’efficacité, et élèves, qui ne subiront pas des évaluations incessantes. Mais voilà, la vie n’est pas un long fleuve tranquille, et puisqu’on se comporte en mauvais élèves qui n’écoutent pas (alors qu’on avait accepté la proposition d’un stage établissement sur les compétences afin d’entendre de vrais arguments et de discuter), la direction contacte dans notre dos notre supérieur hiérarchique direct : l’inspecteur, inspectrice en l’occurrence. L’équipe de Lettres est la première visée, puisque la résistance vient d’elle principalement et que, paraît-il, c’est l’équipe de Français qui permettrait de donner l’impulsion à toutes les autres pour se mettre aux compétences. Étrange, quand on sait que le dernier rapport de l’Inspection Générale sur les livrets de compétences reconnaît lui-même qu’il y a une impasse en Français et en Histoire-géographie pour évaluer les compétences. 

Commencent alors des réunions et des visites qui confinent presque au harcèlement. Deux collègues ayant les classes de 3e du collège sont convoquées à une réunion au lycée de secteur ayant pour objet « la liaison 3e- Seconde ». Que nenni. L’intitulé de la réunion était un leurre. Il s’agit en réalité de convaincre les professeurs de lycée et de collège du bien fondé des compétences. Toutes nos pratiques sont nocives et à jeter aux oubliettes. « L’esprit du socle » sauvera les élèves, sauvera l’école. La majorité des collègues présents à cette réunion est bouleversée, le choc a été si rude que certains en sortent les larmes aux yeux. Il faut faire table rase de ce qu’on enseigne et de la façon dont on le fait, depuis dix, vingt ans…L’échec scolaire vient de là. Une deuxième réunion enfoncera le clou. 

 

ACTE III : Je ne sais pas comment ça marche, mais vous trouverez bien tout seul

 

Parallèlement, l’inspectrice de Lettres ès Socle animatrice de ces réunions annonce sa visite, pour trois heures, dans notre collège, pour nous expliquer la pédagogie par compétences. En fait, il n’en est rien. Le terme même de « compétence » n’est jamais défini clairement et est employé à toutes les sauces. C’est pratique pour noyer le poisson. Première contradiction : cette pratique révolutionnaire et miraculeuse des compétences qui ferait tant de bien aux élèves, eh bien, en fait, on l’exerce déjà ! A la bonne heure ! Alors finalement, rien de nouveau sous le soleil ? Les compétences remonteraient même à Érasme4, si si ! Pour faire avaler la pilule, quel argument plus convaincant pour ces fainéants de profs que de dire que ça ne demande pas de travail en plus, qu’on fait comme avant, que c’est simple (on met des « + » et des « -  »), qu’il ne faut pas « se prendre la tête » ! C’est étonnamment l’argument le plus récurrent donné par l’inspectrice. Quand on l’interroge sur la pédagogie par compétences et le travail par tâches complexes, qui lui est intimement lié, rien, silence. Elle n’est pas là pour nous dire comment travailler (ah bon, même pas un petit conseil ?), il faut varier les pratiques de toute façon (ouf, la liberté pédagogique est sauve alors !). 

D’où la deuxième contradiction : alors qu’on ne nous a toujours pas expliqué comment travailler les compétences avec les élèves en classe, la deuxième réunion animée par l’inspectrice porte sur leur évaluation. C’est bien connu, on évalue d’abord, on apprend après. Et par quoi commencer ? Un brevet blanc, bien sûr ! Pendant trois longues heures, on vit une situation ubuesque, faisant correspondre à chaque question sur le texte du brevet blanc une compétence du livret, avec des 1.a correspondant à telle compétence I.b, III.c etc. Mais on n’est pas toujours d’accord, évidemment, car la formulation souvent vague des compétences n’aide pas (mais ce n’est pas grave, on enlève les mots qui gênent, et comme ça, on peut même piquer des compétences aux sciences et hop, on fait marcher la transversalité propre à la compétence!). Non, non, non, se mettre aux compétences, ça ne prend pas de temps. 

 

ACTE IV : Ne rédige plus : fais des QCM

 

Alors qu’il ne faut surtout pas parasiter la démarche intellectuelle des élèves, concentrés sur le contenu de leur réponse, en leur demandant de répondre par une phrase simple (ne serait-ce que « Le personnage est … ») parce qu’à quatorze ans, c’est trop difficile, il faut en revanche leur donner, pendant l’épreuve (!), une grille qui liste les compétences travaillées par toutes les questions du brevet, pour qu’ils aient conscience de la compétence travaillée par telle question. C’est vrai que répondre aux questions en faisant des aller-et-retour constants sur le texte, et parallèlement faire des aller-et-retour entre les questions et la grille, ne va pas perturber leur réflexion et la rédaction de leurs réponses. 

C’est ainsi que la majorité des réponses des élèves au brevet blanc n’a pas besoin d’être rédigée. Ce n’est pas grave, ils travaillent l’expression écrite ailleurs, en rédaction. C’est vrai qu’en prenant l’habitude de ne pas répondre à des questions par des phrases simples — combien d’élèves arrivent en 6e en ne sachant pas répondre à une question par une phrase — les élèves n’auront aucun problème à rédiger un texte entier avec un minimum de cohérence. 

Non, le Socle ne conduit pas à un appauvrissement des exigences, ni à une baisse du niveau. D’ailleurs, quand on plaisante en disant que le brevet se fera bientôt par QCM, l’inspectrice est fière de nous montrer un QCM très exigeant et très très dur sur un roman de Zola, où des élèves de Seconde doivent choisir parmi quatre résumés celui qui est le plus fidèle à l’œuvre5. D’accord, c’est plus dur que de choisir entre quatre noms de personnages principaux. Mais tout de même, ce genre de QCM ne vise-t-il pas à pallier et à masquer l’incapacité actuelle des élèves à rédiger eux-mêmes le résumé d’une œuvre (au lycée !!!) ? 

 

ACTE V : Ne lis plus : coche !

 

Mais revenons à nos moutons. L’inspectrice, de Lettres rappelons-le, ne se contente pas de conseiller d’accepter les réponses non rédigées des élèves. Il est fortement recommandé aux enseignants de Lettres, bien plus accablés que leurs collègues par le poids des copies — ce qui n’est pas faux, mais l’emploi de la flatterie est suspect — de ne pas pointer les fautes des élèves, perte de temps inutile, et de ne pas lire les livres conseillés aux élèves en lecture cursive. Référence donnée en réunion : Comment parler des livres qu’on n’a pas lus ? de P. Bayard6. Au-delà de l’aspect divertissant de cette lecture, on aurait tout de même souhaité des références bibliographiques plus sérieuses, de préférence en rapport avec le travail par compétences, objet principal des réunions. Et quand on demande des éclaircissements, qu’on soulève des problèmes ou des contradictions, bref, qu’on pose des questions qui dérangent, on s’entend dire : « Mais c’est qu’elle commence à m’énerver celle-là », remarque d’un manque de respect absolument incroyable et indigne d’une inspectrice, infantilisante, et qu’on se serait à peine permis avec un élève. Une remarque d’autant plus inacceptable d’ailleurs que prononcée à troisième personne, tête baissée, sans que la personne visée ne soit regardée dans les yeux. 

Comment réagir face aux énormités entendues, à la tartuferie voire à l’incompétence en matière de compétences ? L'équipe est partagée entre une obéissance soumise à la bonne parole de l’Inspectrice, parce que c’est la « chef », l’acquiescement feint qui doit permettre la tranquillité — après tout, une fois la porte de notre classe fermée, on fait ce qu’on veut et on essaie de préserver notre précieuse liberté pédagogique — et l’opposition déclarée, qui s’expose à des représailles. 

 

ÉPILOGUE ? 

 

Avril 2012. En un an, le vent a bien tourné. À force de pressions et de réunions subtilement imposées par la direction avec une Inspectrice pro-Socle, certes passionnée par la question mais finalement peu rigoureuse et peu compétente sur les points les plus cruciaux, les enseignants finissent par organiser un brevet blanc en Français qui intègre les compétences du sacro-saint Socle commun. Il sera noté, oui, comme d’habitude. Évalué, EN PLUS, par compétences, avec des « + » et des « - » qui n’ont aucun sens, ce n’est pas encore sûr. 

Le plus difficile, dans cette histoire où bien des choses sont à déplorer — et ce sont encore les élèves qui en pâtiront — est humainement de résister au risque de discorde qui menace l’équipe de Lettres, jusque maintenant soudée face à la sournoiserie révélée au grand jour de la Direction, et à l’hypocrisie d’une Inspection qui, encore une fois, cherche à imposer des réformes à n’importe quel prix. 

 


1. Pour les connaisseurs, ce n'est pas celle d'Eolas

 

2. Livret Personnel de Compétences. Voir les 237 épisodes précédents sur ce blog.

 

3. Conseil d'Administration. L'instance qui nous fait croire qu'on peut décider de certaines choses, mais en fait non.

 

4. L'Éloge de la folie était-il en fait un éloge masqué des compétences ?

 

5. Résumé 1 : beaucoup de descriptions et il meurt ; Résumé 2 : le héros devient un vampire ; Résumé 3 : ils repoussent les envahisseurs romains à l'aide de la potion magique ; Résumé 4 : Bip-Bip jette une enclume sur le coyote avant de s'enfuir par un tunnel peint sur la roche. 

 

6. Avouez que celui-là, vous ne l'aviez pas vu venir.

Par Celeborn - Publié dans : Dans la salle d'à-côté - Communauté : La salle des maître(sse)s
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Mardi 24 avril 2012 2 24 /04 /Avr /2012 15:48

soleil

 

À ma mère, qui aurait été très heureuse

 

  Comme vous l'avez su, sympathique lecteur, délicieuse lectrice, cette année, le taulier préparait l'agrégation. Et à l'heure où la poussière retombe, je me propose de vous faire connaître cette expérience assez particulière.

 

  Tout d'abord, il fallut investir, car la fin justifie les moyens. J'ai donc fait confiance à une préparation privée fort renommée dans la discipline qui est la mienne. Ce ne fut pas donné, loin de là, mais ça en valait le coût. 

  Ensuite, il fallut s'investir. On ne prépare pas un tel concours  à la légère, par dessus la jambe. Durant 9 mois, j'ai donc dit adieu à plusieurs de mes loisirs pour me consacrer à un unique loisir — si j'ose l'appeler ainsi.

 

  Il fallut également apprendre à jongler, car les congés de formation ne s'obtenant qu'au bout de 9 à 10 années dans mon académie, je devais préparer la chose tout en travaillant à temps plein. Sachez donc que j'obtins de mon Principal un emploi du temps très particulier, qui me permit d'assister au maximum de cours de préparation. Concrètement, la plupart des semaines, je travaillais non-stop du lundi matin au samedi fin d'après-midi, d'un côté du bureau où de l'autre. Les copies se corrigeaient quand elles le pouvaient, les pauvres, dans un train, dans un métro, dans un dimanche, dans une période mal nommée « vacances ». Et à l'approche des écrits ou à celle des oraux, elles ne se corrigeaient plus du tout ; d'ailleurs, j'en ai des piles qui m'attendent dans mon salon, et je déprime rien qu'à cette idée ! 

 

  Chose qui m'a incroyablement aidé, j'ai rencontré deux collègues agrégatives avec lesquelles nous avons formé un groupe de travail. Pour tous ceux qui envisagent de préparer ce concours, je le dis : c'est quelque chose d'extrêmement utile, à condition qu'on s'entende bien. Et nous nous sommes très bien entendus ! Cela a permis de grandes séances de révisions, de préparations d'exercices divers et variés, de conception de plans détaillés. Très honnêtement, je n'aurais jamais obtenu le résultat qui est le mien aujourd'hui sans ces deux personnes. Deux autres personnes se sont régulièrement jointes à nous, et il faut avouer que cela permet de trouver le temps moins long et la tâche moins ardue. Je suis ravi pour celle qui a elle aussi réussi à obtenir le concours à l'arrivée, et très déçu pour les trois autres, qui le méritaient toutes les trois. C'est toujours un peu dur de ne pas franchir ensemble la ligne d'arrivée.

 

  Je dois avouer que j'ai aimé cette année. Bon, soyons honnête, je l'ai aimée en grande partie parce que j'ai réussi. Néanmoins, ma routine de professeur de collège a été heureusement brisée par cette période durant laquelle j'ai retrouvé l'étude des textes à un niveau que je n'avais plus connu depuis longtemps, avec son aspect certes parfois futile, et cependant toujours passionnant. Rien de plus mécanique et ridicule que cet éternel retour du plan 3 parties/3 sous-parties ; toutefois rien de plus stimulant intellectuellement. C'est un jeu de Légo extraordinaire pour l'esprit, une vraie contrainte libératrice. 

 

  À tous ceux qui veulent tenter l'aventure, je conseille donc les choses suivantes :

  • une formation sérieuse et que l'on suit avec assiduité. Choisissez-la bien ;
  • un groupe de travail pas trop large et composé de personnes sympathiques et complémentaires ;
  • un budget fluos et porte-vues ;
  • une boulangerie-pâtisserie de grande qualité pour les coups de mou (goûtez par exemple la religieuse au cassis ou le financier au Nutella) ;
  • des collègues sympas qui vous délestent des copies du brevet blanc (merci les filles !) ;
  • des entraînement en temps réel. EN TEMPS RÉEL ! C'est la seule façon de ne pas se retrouver le bec dans l'eau à l'écrit, et plus encore à l'oral ;
  • un réveil digital avec des gros chiffres. des TRÈS GROS CHIFFRES. Vous risquez en effet de vous rendre compte que vous ne savez plus lire l'heure sur des aiguilles pendant vos oraux. Or il faut absolument gérer le temps, voire minuter votre prestation. Le réveil digital à GROS chiffres est le seul artefact que j'ai trouvé et qui permet de le faire. 

 

  Et c'est ainsi que, contrairement à ma mascotte, vous ne serez ni en retard ni à la bourre. Et que vous aurez peut-être le plaisir de connaître le plaisir que j'éprouve depuis hier : celui d'avoir réussi une chose pour laquelle on s'est énormément investi. 

 

Par Celeborn - Publié dans : Vis ma vie - Communauté : La salle des maître(sse)s
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Vendredi 6 avril 2012 5 06 /04 /Avr /2012 21:20

roue-de-fortune

 

  Je n'ai vraiment pas le temps d'écrire en ce moment, aimé lecteur, aimable lectrice, et cela me désespère1. Mais sache que c'est pour de bonnes raisons : je travaille plus pour parvenir à travailler moins pour gagner plus, et je viens de réussir à m'ouvrir l'opportunité detravailler moins pour en fait travailler plus pour gagner autant. À l'arrivée, soit je travaillerai plus et gagnerai autant, soit je travaillerai autant et gagnerai plus, soit je travaillerai plus et gagnerai plus. Je n'ai pas prévu de gagner moins, et je n'ai pas la perspective de travailler moins non plus, en fait.

 

  Bref2, je passe les oraux d'agrégation et je viens d'être élu à un poste syndical à responsabilités.

 


1. Non, en fait, ça va, je le vis bien.

 

2. Il paraît que c'est à la mode.

 

 

 

Par Celeborn - Publié dans : Vis ma vie - Communauté : La salle des maître(sse)s
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