17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 22:23

  Lectrices chéries, lecteurs aimés, en ce premier jour des épreuves du bac, sachez qu'en France, on ne rigole pas avec le baccalauréat. 80% d'élèves au niveau du bac ; le bac sésame des études supérieures, le bac monument national, le bac, le bac, le bac…

 

  LES bacs, devrait-on plutôt dire, puisqu'il en existe un nombre tout à fait exceptionnel, qui se répartissent entre bac général, bac technologique et bac professionnel. C'est de ce dernier que je viens vous entretenir, puisque les candidats aux bacs pro passaient ce matin l'épreuve de français. Un petit extrait de Madame Bovary ? Un peu ambitieux, ça, non ? Alors un passage de Camus, ou de Colette ? Que nenni ! 

 

  Les candidats ont eu à composer sur deux textes : l'un de Laurent Gaudé, écrivain contemporain a priori recommandable ; et l'autre de… Jean-Jacques Goldman !

 

  Mais oui, souvenez-vous, le Top 50, Marc Toesca, salut les p'tits clous, et ce joli duo, Là-bas1… eh bien paf ! au bac !  Avec entre autres 4 points pour expliquer pourquoi dans la dernière strophe, les deux voix qui ont dialogué tout au long de la chanson cessent de se répondre. Le tout avant de composer sur le sujet suivant : « Selon vous, peut-on construire son identité en restant dans sa famille, dans son pays, ou est-il nécessaire de partir ? », en s'appuyant évidemment sur l'immarcescible poésie de Jean-Jacques. Voilà, maintenant vous le savez : après Lily de Pierre Perret au Bac Techno 2005 (elle y était accompagnée de Beaumarchais et de Victor Hugo), on aura eu Là-bas de Goldman au Bac Pro 2013, accompagnée d'un écrivain contemporain.

 

  Le niveau monte, n'est-il pas, et il monte tellement que 95% des bacheliers professionnels qui entrent à l'université en ressortent sans diplôme. On doit préférer Balavoine, à la fac, je suppose…

 

  Mais pour finir sur une note allègre, voici quelques propositions d'un ami mien pour les prochaines sessions du bac : 

 

2014 :
Texte 1 : Beckett, En attendant Godot
Texte 2 : Michel Jonasz, Je voulais te dire que je t'attends.
Lecture : Qu'est-ce qui réunit ces deux textes ?
Ecriture : Vous attendez le train. Racontez.

2015 :
Texte 1 : Jean-Paul Sartre, Les Mouches
Texte 2 : Maya L'abeille (générique)
Lecture : Quelle image de l'insecte donnent ces textes ?
Ecriture : Vous avez tué un scarabée. Racontez.

2016 :
Texte 1 : Colette, Le blé en herbe
Texte 2 : Kana, Plantation.
Lecture : Montrez l'importance du végétal dans ces deux textes.
Ecriture : Vous avez planté le végétal de votre choix. Racontez.

2017 :
Texte 1 : Albert Cohen, Belle du Seigneur
Texte 2 : Garou, D. Lavoie, P. Fiori, Belle
Texte 3 : S. Vartan, La plus belle pour aller danser.
Lecture : Montrez qu'Ariane, Esméralda et Sylvie Vartan sont belles.
Ecriture : Etes-vous belle ? Racontez.

 

  N'hésitez pas vous aussi à faire votre sujet de français de Bac Pro dans les commentaires, en y associant Proust et Dave, ou bien encore Céline et Desireless. Une mention sera accordée au sujet le plus imaginatif ! Mieux vaut s'occuper à ça que de pleurer, hein ?

_______________________________________________________________________

1. Une chanson que le taulier a beaucoup aimé, soit dit en passant…

Partager cet article

16 juin 2013 7 16 /06 /juin /2013 19:48

  Après une petite pause causée par une très légère surcharge d'activités venant de pair avec d'intenses séances d'écriture syndicale qui ne me motivent hélas pas toujours à écrire à nouveau sur l'École en rentrant chez moi, voici un petit article en forme de coup de gueule.

 

  Je vous ai, je crois bien, déjà longuement parlé de « l'intérêt de l'enfant », ce concept tout à fait vide de sens qu'on brandit comme un étendard chaque fois qu'on veut imposer ses idées sans trop se fatiguer dans le domaine scolaire. Je profite de ce qui est en train de se passer dans mon établissement — mais c'est probablement la même chose dans bien d'autres endroits — pour vous montrer à quel point l'intérêt de votre, de nos enfants, on s'en moque bien. Mais bien. Mais alors vraiment bien.

 

  Or donc sachez que, quoi qu'on puisse penser de l'intérêt de redoubler dans notre système1, le redoublement d'un élève est soumis à un impératif majeur : la contrainte économique. Cela se déroule ainsi : BIEN AVANT les conseils de classe du troisième trimestre, la dotation horaire de l'établissement pour l'année suivante a déjà été votée, et avec elle le nombre de classes par niveau qui existeront à la rentrée, le tout fondé sur des prévisions de l'institution d'une part, du chef d'établissement d'autre part, la première s'évertuant à voir le verre à moitié vide, et le second à moitié plein2.

 

  Vous voyez venir le problème : arrive le moment où un ou plusieurs niveaux sont déjà pleins comme des œufs, à 29/30 par classe, et c'est là que l'idée de faire redoubler un élève se heurte à la capacité d'accueil de vos salles de classe, à la vindicte de vos professeurs qui en ont (et à raison) ras-le-bol que le nombre d'élèves par classe suive le taux d'inflation du pays, et à l'impossibilité d'obtenir une ouverture de classe sans beaucoup pleurer, beaucoup gueuler, le tout pour n'avoir dans le meilleur des cas qu'un surplus tardif en heures souvent supplémentaires qui va vous obliger à négocier pour chaque matière, à vous pourrir tout votre été pour la constitution des emplois du temps, sans être sûr qu'il y aura bien des professeurs devant les élèves de cette nouvelle classe en septembre.

 

  Et c'est là qu'on déconseillera de faire redoubler les élèves de tel niveau, sachant à l'avance que l'on n'aura pas les sous pour le faire. Je veux être sûr que vous ayez bien tout compris : on se fiche totalement de savoir si ce redoublement pourrait ou non être profitable, si l'élève pourra suivre l'année d'après ou si l'on sait déjà qu'il va couler corps et bien… Si les effectifs ne le permettent pas, on ne le fera de toute façon pas redoubler ! Tant pis pour lui, il n'avait qu'à pas avoir du mal. Et tant mieux pour les finances des uns et des autres, qui se porteront mieux si Zorglub passe en 5e plutôt que s'il redouble sa 6e.  

 

  On en est arrivé à un niveau de délire du système à peine concevable : non seulement les vrais spécialistes de la question, i.e. les professeurs, n'ont plus qu'un avis consultatif puisque le conseil de classe ne fait que proposer et ne décide plus de rien ; non seulement le chef d'établissement peut désavouer son équipe en faisant passer après un entretien express avec les parents dans son bureau un élève que les enseignants avaient souhaité faire redoubler ; non seulement on a mis en place un simulacre de juridiction (une commission d'appel) qui peut dire m… à l'établissement tout entier ; non seulement tout ça sape l'autorité de notre institution et ruine sa crédibilité ; mais de plus, alors que tout le monde peut être d'accord pour dire qu'un redoublement est la meilleure solution (ou la moins mauvaise), on n'ira même pas le proposer car la structure prévisionnelle fait que ce redoublement ne cadre pas avec ce que l'administration centrale avait anticipé sur le plan des gros sous ! 

 

  Soyez les bienvenus dans le monde de la folie, du masochisme, des contraintes absurdes, des règles abconses, des boules de cristal en panne, des bons sentiments et des mauvaises actions, de l'auto-dénigrement et de la chienlit réunis : l'Éducation nationale.  

 

_______________________________________________________________________

1. Pour ceux que la question intéresse, je vous invite à lire un de mes articles sur le sujet ici.

 

2. Comprenez par-là que l'institution est toujours très pessimiste concernant le nombre d'élèves que vous aurez, ce qui lui permet de vous donnez le moins de moyens possibles. Pour contrebalancer, le chef d'établissement peut tenter d'être plus optimiste afin d'obtenir une rallonge.

Partager cet article

4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 22:59

  Je sais que j'ai un peu délaissé ce blog ces derniers temps, et je m'en expliquerai très prochainement (et j'espère bien m'y remettre d'ailleurs). En attendant de savoir si les Quatrième du drame passeront ou non en Troisième de l'effroi, je me permets de poster en ces lieux deux retours que j'ai eus sur ma pièce de théâtre, qui se joue encore actuellement tous les mercredis de juin (d'ailleurs allez la voir : les réservations se passent ici).

 

  La première est une critique de mon ami Pierre Cormary, qui m'a beaucoup touchée car elle vient d'un ami, un vrai : 

 

 

  On le savait depuis longtemps metteur en scène de talent, on le découvre aujourd'hui auteur d'importance. Qui ? Mais Jean-Rémi Girard, de la Compagnie de l’Arme Blanche, bien sûr, qui a déjà monté, et avec quel bonheur, Molière, Ionesco, Ibsen, Giraudoux, Reza, et qui crée aujourd’hui sa première pièce, Nos moeurs inconséquentes, incroyable réadaptation des Liaisons dangereuses de Laclos qu’il faut aller voir, toutes affaires cessantes, à l'Espace Beaujon dans le 8ème ou à l'aire Falguière dans le quinzième. De cette tragédie en forme de chassé-croisé cruel et sexuel, on admirera avant tout la façon musicale, quasi opératique, des ensembles dans lesquels plusieurs conversations (qui sont autant de coucheries symboliques) se déroulent en même temps sans que la clarté des propos n'en soit jamais sacrifiée et encore moins le suspense scénique. On sera très sensible avec quel art du contrepoint l'auteur-metteur en scène fait que situations majeures et mineures s'inversent à la perfection, jouant le thème du double avec un sens consommé du théâtre - et cela jusqu'à un final presque trop brillant, où le coup de théâtre dramatique prend (peut-être) le pas sur l'enjeu moral de l'ensemble. Qu'importe. Les formules font mouche, la vitesse rhétorique est constante (normal pour une pièce qui parle de stratégies sexuelles), les situations toujours captivantes - et les comédiens tous remarquables. De toutes les aventures de l'Arme Blanche, Patrick Cathala est toujours aussi juste et performant en mari ébranlé par son adultère, « et qui aurait pu avoir des valeurs ». Marc-Antoine Cleret (qui ressemble un peu à Tom Novembre) incarne avec puissance son personnage de Mathieu-Merteuil (oui, parce dans cette pièce, Merteuil et Tourvel sont des hommes, et Valmont et Danceny des femmes, inversion dramatique qui prouve à merveille que dans le jeu de l’ignominie hommes et femmes sont à égalité !) Karim El Qasri fait un niaiseux à souhait (avec un potentiel tragique vraiment remarquable). Thomas Shaw campe un romantique blessé saisissant même si son personnage aurait sans doute mérité un peu plus d'amplitude (mais cela est la faute à l’auteur, ha !) Enfin, le spectateur troublé ne pourra que poser un genou à terre devant Agnès Joyaut, institutrice subversive comme on en rêve, magnifique de séduction sournoise, et deux devant celle qui est assurément la star de la soirée, Carla Bouis, Valentine-Valmont aussi vénéneuse que vaniteuse, et qui joue de ses cuisses, de ses sourcils, de sa voix avec une maestria qui en défrisera plus d’un (la scène des gifles !) et risquera de mettre dans la salle certains couples en péril. Alors, que vous soyez théâtreux ou non, en couple ou célibataire, n’hésitez pas une seconde, allez vous faire démolir l'âme, le coeur et les reins par Nos moeurs inconséquentes.

Pierre Cormary

 

 

  La seconde me touche en fait tout autant, car elle vient d'une ennemie, une fausse. Laissez-moi vous expliquer : j'ai eu la surprise de découvrir que la rédactrice en chef des Cahiers pédagogiques était venue à la première de ma pièce. Quiconque connaît le SNALC, mon syndicat, et les Cahiers pédagogiques, la revue, sait qu'on peut comparer leurs rapports à ceux entre le chien et le chat, le jour et la nuit, le soleil et la lune, le romantisme et le réalisme, Voltaire et Rousseau, Batman et le Joker, Copé et Fillon… Bref, je ne m'y attendais pas, et je remercie donc Christine Vallin de s'être déplacée, et de m'avoir envoyé ce texte, qui est un petit miracle du quotidien, "une allumette inopinément fottée dans le noir" entre nous. Merci.

 

 

 

Réconciliations

 

 

Un théâtre où vous entendez respirer votre voisin. Presque tous vos voisins.

Un théâtre où vous devrez vous serrer un peu quand arrivera un spectateur. Que vous ne maudirez pourtant pas.

Un théâtre où la réaction d'une personne s'étend à tous par résonnances. Vagues.

Un théâtre où vous serez si près des acteurs que vous verrez leur front rosir. Où vous deviendrez l'un des leurs.

C'est dans un théâtre de ce type, à l'Aire Falguière, que j'ai assisté à « Nos mœurs inconséquentes » de Jean-Rémi Girard, jouée par Carla Bouis, Patrick Cathala, Marc-Antoine Cléret, Agnès Joyaut, Karim El Quasri et Thomas Shaw de la Compagnie de l'arme blanche. Assisté ? Participé bien plutôt, ne sachant plus si depuis mon premier rang j'étais sur scène ou dans le public. Public en scène peut-être. Spectacle de nos existences.

 

 

« Nos mœurs inconséquentes », c'est d'abord une obscurité. Le sombre viendra, reviendra, comme autant de pauses bienvenues, respirations de la pensée.

 

C'est ensuite un tableau, des tableaux dans le tableau, fresque peinte à nu, défaite, refaite. Images mécaniques de nos obsessions, de nos tentations vaines.

 

C'est aussi une transmise en scène, noir et blanc, un ordre en mouvement, un équilibre en déséquilibre. Et cela tient debout. Comme nos jeux de désirs, cela tient debout. Jeux de lettres, de mots et d'amants.

 

Et c'est bien sûr un texte. Avec des personnages.

Vivian aime Diane. Déliaisons dans jeu. « On est libre de choisir de quelle manière on va devenir esclave. »

Mathieu et Valentine sont les maudits démolis des liaisons dangereuses. « C'est tout ce qui reste dans la vie, les apparences. »

Tristan, le mari fidèle. Lit et sang d'âge heureux. « On désire tous de l'extraordinaire. »

Emilien, c'est l'homme malheureux. Marquant. Il rejoue sans cesse. Reliaison d'enjeux. « J'ai trop de fierté à porter mon fardeau. »

 

 

 

J'ai été captée par l'ensemble obscurité-tableau-noir et blanc-texte, j'ai marché dans les pas de cet enfer que sont les autres. Tout juste vers la fin il m'a semblé que quelque chose était de trop, un peu comme si les accords de Beethoven destinés à relâcher les tension cumulées étaient repris une fois de plus. Et puis encore une.

 

Mais une phrase sommet, qui m'est depuis revenue en tête, c'est celle-là et pour moi c'est une trouvaille : « Je suis plus malheureux que vous. Je suis donc plus intelligent que vous. C'est la loi. » Il m'a semblé qu'avec cette phrase-là on pouvait éclairer bien des situations, bien des tristes sires, et leur lancer un grand éclat de rire. Alors en fin du conte de Jean-Rémi Girard, l'enfer ce n'est pas tant les autres que nos propres velléités orgueilleuses d'anges malheureux. C'est ce que je me suis dit en retrouvant la rue, ses passants mes désirs et nos conciliations.

 

Christine Vallin

Partager cet article

3 mai 2013 5 03 /05 /mai /2013 20:12

  Sympathiques lecteurs, merveilleuses lectrices,

 

  Vous savez peut-être que le taulier de ce blog, entre deux cours et trois réunions syndicales et ministérielles, fait du théâtre. Et que c'est sa passion depuis longtemps.

 

  Or donc à partir du 15 mai, vous pourrez venir voir (du moins si vous pouvez vous déplacer jusqu'à Paris) la dernière pièce que j'ai mise en scène, et qui a la particularité d'être une pièce dont je suis également l'auteur. Ça s'appelle Nos Mœurs inconséquentes, c'est une réécriture contemporaine et tordue des Liaisons dangereuses. C'est à la fois une grande joie et un grand stress que de présenter un texte de soi au regard et à la critique du public. 

 

  Vous pourrez trouver toutes les informations dont vous rêvez (et même celles dont vous ne rêvez pas) sur le site de la pièce : http://www.nos-moeurs-inconsequentes.fr/. Vous saurez de quoi ça parle, à quoi ça ressemble, et surtout où ça se joue et comment réserver vos places ! 

 

  N'hésitez pas à faire tourner l'information. J'espère vous y voir nombreux. Amis collègues, sachez qu'il y a des scènes de cours particuliers qui émaillent la pièce, et de ce fait cet article n'est pas trop hors sujet par rapport à la ligne éditoriale de mon blog ! 

 

  À partir du 15 mai, venez donc découvrir tout ce qu'il faut pour perdre l'autre ! 

 

PS : si vous connaissez un éditeur… 

Partager cet article

28 avril 2013 7 28 /04 /avril /2013 20:03

  On va parler de quelque chose de vraiment très sérieux, dans cet article, à savoir du handicap, et d'une catégorie de personnel qui est là pour aider à le gérer : les Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS… il existe également des EVS, Emplois Vie Scolaire).

 

  J'ai eu envie d'écrire cet article après qu'on m'a eu transmis des messages de Christel, AVS, compétente, (auto) formée, parfaitement insérée dans l'établissement scolaire où elle exerce. Or voilà ce qu'écrit Christel :

Je viens de tomber sur une offre d'emploi sur l'anpe.
On offre MON emploi.
On me remplace par une Evs, seulement 20h et très certainement payée moins que moi (et pourtant ce n'est pas facile à faire).
Et oui, pourquoi me garder ?
Je ne correspond plus à l'annonce :
- on demande un BAC : j'ai une licence
- on donne 20h par semaine : j'en fait 24 en classe plus toute la préparation à côté et les réunions (et j'en passe du temps à la préparation !)

Franchement ! pourquoi garder quelqu'un de TRÈS motivée et qui sait de quoi elle parle. Non mais, quelle idée aussi !
J'en devenais aigre.

Vous pouvez hurler mon nom, mon âge, mon adresse à qui vous le voulez.
Sortez moi de cette anonymat qui nous rend si mouton.

Je ne suis pas UNE AVS
Je suis Christel
mariée
2 enfants
ancienne contractuelle en collège- Musique
avec une Licence de l'université de Rennes II
J'ai mon fin d'étude du conservatoire de Caen en guitare classique
Je m'occupe d'enfants handicapés car je suis faite pour ça
je connais l'autisme, le braille, les techniques de portages pour personnes en fauteuil, j'ai travaillé en CLIS...
J'ai un passé, un présent


mais pas d'Avenir

 

 

  Qu'arrive-t-il à Christel ? Mais ce qui arrive à tout AVS dans notre pays : au bout de six ans de bons et loyaux services, c'est à la porte. Tout le travail effectué, tous les liens tissés non seulement avec les élèves, mais également avec l'équipe, toutes les choses mises en place, à la poubelle. Et en avant pour recruter quelqu'un d'autre, pas formé, qui va débarquer et dont le premier travail va être d'appendre son travail, justement. 

 

  Car au moment où notre représentativité nationale débat d'introduire ou non des moyens de renforcer l'obligation de scolariser tous les handicapés à l'École dans le cadre d'une inclusion si possible réussie, il conviendrait de dresser un bilan de la situation actuelle. On a fait progresser le nombre d'élèves handicapés inclus dans les structures scolaires lambda. Mais on le fait plus ou moins n'importe comment.

 

  Il faut écouter mes collègues quand ils parlent de ces élèves qui sont incapables de suivre, d'écrire, de s'exprimer correctement, et qui attendent désespérément qu'on parvienne enfin à leur recruter un AVS deux semaines, un mois, deux mois après la rentrée.

 

 Il faut écouter mes collègues AVS qui savent qu'ils ont là un job au rabais, sans formation, sans sécurité à long terme, alors que leur métier est d'une importance capitale pour que les inclusions d'élèves handicapés réussissent.

 

  Il faut écouter mes collègues quand ils disent que certains élèves, même avec tous les dispositifs du monde, ne peuvent être inclus dans un cursus « normal », et ce n'est pas faire de la discrimination que de dire que certains handicaps, certaines pathologies, certains cas relèvent de structures spécialisées, médicalisées, et qu'on ne balance pas comme ça un petit schizophrène dans une classe de primaire où personne n'est en mesure de le gérer, et où tout le monde finit par souffrir : les autres élèves, le professeur, et l'enfant lui-même.

 

  Il faut écouter mes collègues qui enseignent dans les CFA, lycées professionnels ou dans le supérieur quand ils disent que certains métiers ne sont pas accessibles à des personnes atteintes de certains handicaps, de certaines pathologies, et que c'est mentir à ces enfants que de leur laisser croire qu'ils vont pouvoir l'exercer. C'est ça, la vraie maltraitance des handicapés : c'est de leur faire croire des choses fausses à grands coups d'adaptation, de notation spécifique, de dispositifs particuliers, au lieu de leur dire la vérité, à savoir qu'ils peuvent réussir dans des tas de voies, dans des tas de filières, dans des tas de métiers, mais pas forcément dans tous. Comme pour un élève non handicapé, en fait. Or là, beaucoup d'inclusions n'en sont pas : certes l'élève est dans la classe, certes il suit les mêmes cours (ou une partie des mêmes cours), mais il n'est pas traité comme les autres, pas évalué comme les autres. Et il n'y a pas de mal à ça à partir du moment où tout le monde en est conscient et l'admet. Le problème, c'est que son dossier va être traité comme les autres, sans tenir compte de tout ce qui est différent, et qui n'est pas une tare, mais qui peut poser de sacrés soucis. Il ne viendrait à l'idée de personne de laisser un aveugle faire la circulation, alors pourquoi laisse-t-on un grand dyspraxique s'engager vers une voie où il sera conduit à manipuler des produits dangereux et à faire des dosages extrêmement précis, choses dont il est incapable ?

 

  Elle est là, la grande menterie au sujet de la scolarisation des handicapés : sous le vernis des bons sentiments, c'est une scolarité au rabais qui leur est le plus souvent proposée, aidés par des personnels non formés, enseignés par des personnels non formés à ça — et qui peuvent finir par péter une durite quand cinq, six, sept enfants handicapés se retrouvent dans la même classe, avec des handicaps différents, des aménagements différents, des protocoles différents à suivre, aidés, pas aidés, aidés mais pas tout le temps, bref, la chienlit. Pourquoi ces aberrations ? Mais parce que bien scolariser un élève handicapé coûte cher, parce que les structures spécifiques dont certains ont absolument besoin coûtent cher, et que finalement, coller tout le monde dans le cursus habituel avec le minimum vital pour qu'on n'aille quand même pas crier à la maltraitance (une réunion de suivi par-ci, une moitié d'AVS par là…), c'est tellement plus simple.

 

  Alors faites passer le message de Christel, des AVS, des professeurs : la scolarité d'un enfant handicapé, ça doit se réfléchir au cas par cas (y compris dans le processus d'orientation), avec toutes les parties concernées, et, dans le cas d'une inclusion, on doit fournir des personnels formés, stables et rémunérés comme il se doit, c'est-à-dire bien. Il est suffisamment compliqué d'être handicapé dans notre société pour que notre institution fasse au moins ça. Car des AVS qui n'ont pas d'avenir, ce sont des enfants handicapés qui n'ont pas d'avenir non plus. 

 

  Et c'est une honte.  

Partager cet article

21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 21:15

 

 

  Les maquettes des nouveaux concours de recrutement des professeurs du premier comme du second degré font beaucoup parler d'elles depuis qu'elles ont été révélées vendredi. L'une des principales raisons est la présence plus ou moins appuyée d'épreuves que l'on qualifierait de « didactiques1 ». Un exemple en langues vivantes : « une seconde partie en langue française consistant en la proposition de pistes d'exploitation didactiques et pédagogiques de ces documents, en fonction des compétences linguistiques qu'ils mobilisent, de l’intérêt culturel et de civilisation qu’ils présentent, ainsi que des activités langagières qu'ils permettent de mettre en pratique selon la situation d’enseignement choisie, suivie d'un entretien en français, au cours duquel le candidat est amené à justifier ses choix. »

 

  Les débats sur cette question des épreuves de didactique au concours se ressemblent toujours : d'un côté, ceux qui disent que le concours doit évaluer la maîtrise disciplinaire car sans elle, impossible d'enseigner : les savoirs sont la base de tout. de l'autre, ceux qui affirment que pour enseigner, il faut aussi (voire d'abord, chez certains) savoir transmettre, et que transmettre, c'est de la didactique. Ils ajoutent souvent que les candidats ont des diplômes universitaires qui justifient en eux-mêmes de la maîtrise disciplinaire des candidats. Ils concluent régulièrement par le fait que la didactique permet de ne pas se retrouver gros jean comme devant face à ses classes, car au moins elle fait que l'on se pose les bonnes questions. Et de citer un exemple d'agrégé (c'est toujours un agrégé) hyper qualifié incapable de faire cours devant des élèves.

 

  Où est la vérité ? Dans un camp ? Dans le juste milieu ? Ailleurs ? En ce qui me concerne, j'ai opté pour une pensée subtile et nuancée qui parvient à saisir de multiples fils de réflexion pour aboutir à la quintessence de la juste pesée des choses :

 

La didactique au concours, c'est du gros pipeau.

 

  Oui, alors, je sais, tout de suite, j'ai l'air d'un monstre réactionnaire totalitaire, mais si vous observez mieux la phrase, vous verrez qu'elle est bien plus nuancée qu'elle n'en a l'air. Parce que je parle de la didactique « au concours ».

 

  Car le souci est bien là : si enseigner est un métier qui s'apprend3, la question est de savoir comment il s'apprend. Et là, je l'affirme : il ne s'apprend pas en préparant et en passant une ou des épreuves de didactique au concours, où l'on travaillerait sur des extraits de manuels, des documents pédagogiques ou des copies d'élèves dans un cadre artificiel. Il s'apprend en travaillant avec de vrais manuels, de vraies copies d'élèves et de vrais élèves. Et de vrais profs du niveau concerné, aussi.

 

  En fait, la didactique, ça existe, et c'est même très intéressant. Ça s'appelle faire ses cours. On prend ses connaissances, on se documente, on farfouille, on demande, on cherche, et ensuite on voit ce qu'on garde, ce qu'on veut transmettre, de quelle manière on va s'y prendre. Est-ce que je commence par une activité de découverte ou alors par une leçon bien posée pour lancer rapidement des exercices ? Quelles progressivité je mets dans mes exercices, d'ailleurs ? Écrit ou oral, celui-là ? Est-ce que je peux réinvestir ce qu'ils ont vu à un autre moment ? Dans quel ordre je traite mes attendus du programme ? Fiche de lecture, contrôle de lecture, dossier, exposé ou autre chose ? Est-ce que je sépare mes contrôles de littérature et mes contrôles de grammaire, ou bien est-ce que je mélange les deux ? Des questions indépendantes ou des questions liées les unes aux autres ? Bref, tout ça, c'est de la didactique. Et c'est essentiel pour bien enseigner. Mais cela présuppose deux choses :

 

  1. S'inscrire dans un cadre disciplinaire que l'on connaît et maîtrise. On ne fait pas de la didactique dans l'absolu : on en fait en fonction de ce qu'on enseigne, de sa discipline ;
  2. S'inscrire dans un cadre scolaire. Cela n'a un sens et un intérêt que si l'on sait d'où l'on part dans la classe, où l'on peut aller et ce qu'on peut demander. Et c'est là que la distinction didactique/pédagogie me paraît artificielle : la didactique ne se conçoit qu'en action, qu'en pratique, et non en tant que savoir théorique pur. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des méthodes qui marchent mieux ou moins bien que d'autres. Mais ça veut dire qu'il faut savoir ce qu'on fait et à qui on le fait pour le faire. Or il n'y a pas d'élèves aux écrits et aux oraux de concours.

 

  Et c'est à ce moment que le plus grand danger des épreuves de didactique se manifeste : ce sont des épreuves essentiellement idéologiques. Certes, dans les épreuves disciplinaires, il y a souvent une part de subjectivité, d'interprétation4. Mais cette part est limitée (voire inexistante dans certains cas), et l'on raisonne ici entre pairs, sur un objet partagé qu'est le savoir. Avec la didactique, on s'interroge sur ce qu'il convient de faire avec ce savoir dans le cadre de l'enseignement, et on n'échappe alors pas aux querelles de clocher, aux grands débats pédagogiques, au constructivisme, au déductif VS inductif, aux marottes des uns et des autres. Il ne s'agit plus d'essayer de dire le vrai, mais d'essayer de dire le bien. Or ce bien est on ne peut plus relatif, et variera grandement d'un juré à l'autre, car si une loi de Poisson ou un enchaînement de faits historiques se discute peu (voire pas), chacun peut en revanche avoir sa propre idée d'une transposition didactique réussie ou ratée. Et comme aucune classe n'est là pour être enseignée sur le long terme pour voir si ça marche ou pas5, alors on aura décidé en amont de ce qui est supposé être le bien et l'efficace, et de ce qui est tenu pour le mal et le nuisible.

 

  Exemple personnel : CAPES de Lettres Modernes, épreuve orale de didactique. Je crois déjà à ce moment à l'enseignement structuré de la grammaire dans le cadre d'une progression autonome. C'est d'ailleurs comme ça que j'enseignerai une fois le concours en poche, avec les remerciements de nombreux parents d'élèves, de ma collègue de lettres classiques et même avec la bénédiction récente de mon inspecteur. Qu'ai-je fait lors de mon épreuve de didactique, où l'on comparait des questionnaires de manuels en mode avant la réforme/après la réforme ? J'ai dit exactement l'inverse, du début à la fin. Youpi la séquence qui donne du sens, tralala les outils de la langue au service de la compréhension du texte, pouet pouet le décloisonnement car l'openfield, c'est tellement plus sexy que le bocage.

 

  J'ai eu 18. Je pense que j'ai dit des choses fausses, et dont la nocivité est réellement perceptible aujourd'hui. Mais c'était CE QU'IL FALLAIT DIRE pour réussir l'épreuve de didactique. J'ai été jugé sur l'idéologie que je déployais, et non sur l'efficacité du savoir scolaire que j'avais construit. Car pour se rendre compte de cela, il aurait fallu le mettre en œuvre, à grande échelle, pendant longtemps.

 

  Et voilà pourquoi je pense que la didactique au concours s'apparente à du métier-fiction, et ne permet pas de recruter ceux qui enseignent le mieux : elle permet de recruter ceux qui sont idéologiquement conformes aux attendus du moment. Et ceux qui ne le sont pas, mais qui savent dissimuler. La didactique, la vraie, on ne saura ce qu'il en est que lors de stages, de mise en pratique, d'observation de cours. Enseigner est un métier qui s'apprend en observant, en exerçant, en réfléchissant en amont mais aussi en aval par rapport à ce que l'on a fait. Il s'apprend au contact de collègues et d'élèves, dans diverses situations, dans des échanges, dans des discussions, dans des expérimentations6. Ça n'exclut nullement des fondements théoriques (l'inductif et le déductif, les diverses méthodes connues pour faire telle ou telle chose…), mais ça les met forcément en application. Alors recrutons les enseignants sur ce qu'ils savent de leur discipline, et formons-les autant qu'il le faut à mettre en œuvre ces savoirs dans le cadre scolaire. Mais ne faisons pas passer des oraux de didactique aux concours : personne n'y gagne rien.

 

---------------------------------------------------------------------

 

1. La didactique au sens des sciences de l'éducation, c'est la transposition des savoirs savants en savoirs scolaires. À ne pas confondre avec la pédagogie, qui est la même chose, mais qui ne s'écrit pas pareil2.

 

2. En fait, j'exagère un peu. Les grands manitous distinguent la didactique, processus en amont, de la pédagogie, qui en gros est sa mise en œuvre dans une classe. Mais c'est justement cette distinction qui pose problème.

 

3. L'une des expressions les plus rebattues à l'Éducation nationale, juste derrière « l'élève au centre du système » et devant « apprendre à apprendre ». « Donner du sens » est hors concours.

 

4. Surtout si l'épreuve porte sur l'analyse d'un poème surréaliste.

 

5. Et même là, c'est très compliqué d'en tirer des conclusions rigoureuses.

 

6. Si si, je l'ai écrit !

Partager cet article

7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 09:25

Vanité

 

 

  Je reviens de mon hibernation (bon, en fait, j'étais beaucoup trop occupé ces temps-ci) pour vous raconter ce qui se passe cette année en cours, car oui, entre deux réunions au ministère et trois plans média, en fait, j'ai des cours.

 

  Il est d'ailleurs honteux, super lecteurs, hyper lectrices, que je ne vous en aie pas parlé plus tôt, car j'ai trouvé cette année les dignes successeurs des Sixièmes de l'Angoisse. Je vous présente donc

 

LA QUATRIÈME DU DRAME.

 

 

  Comme beaucoup d'entre vous doivent déjà le savoir, la classe de Quatrième est une classe maudite. Puberté, je-m'en-foutisme, absence de moyens de pression (contrairement à la classe de Troisième où l'on a le Brevet1) : toutes les conditions sont réunies pour vivre un année de folie ! Dans la Quatrième du Drame, ajoutez-y que tous les élèves font espagnol2, qu'aucun n'a d'option et que les parents y sont pratiquement inexistants (presque personne aux réunions parents professeurs), et vous savez que vous allez vous faciliter le transit intestinal pendant 10 mois.

 

  Mais cette Quatrième ne serait ce qu'elle est sans le coup de baguette magique de la Fée Carabosse, qui a su judicieusement assembler différentes catégories d'élèves pour créer son chef d'œuvre :

 

  • quelques gentils élèves qui font ce qu'ils peuvent mais qui peuvent vraiment peu,

 

  • quelques élèves qui pourraient mais qui n'ont pas prévu de se fatiguer,

 

  • quelques rares élèves qui font mais qui sont les plus désagréables,

 

  • un bon élève, histoire vraiment qu'on ne puisse pas adapter son enseignement,

 

  • deux absentéistes, qui, au moins, ne perturbent personne,

 

  • un handicapé escorté par son auxiliaire de vie scolaire mais qui ne vient que la moitié du temps, histoire vraiment qu'il ne puisse pas suivre,

 

  • un gamin qui ne sait pas lire, qui devrait être en section adaptée, mais les parents ont refusé,

 

  • deux ou trois qui se moquent régulièrement des autres,

 

  • un qui habite dans une autre galaxie, qui passe son cours à dessiner mais qui est le seul à répondre intelligemment à certaines questions,

 

  • une dont on ne sait jamais comment elle va réagir, si ce n'est que ce sera toujours perturbant et avec une voix beaucoup trop forte,

 

  • un qui dort.

 

 

 

  À l'arrivée, vous obtenez une classe qui la plupart du temps est morte, qui n'a envie de rien, ne dit rien, ne répond rien, ne fait rien, et qui parfois, brutalement, va être extrêmement désagréable, non seulement envers vous, mais bien davantage entre eux. Rien ne les motive ; rien ne les intéresse : la plupart de toute manière ne parviennent pas à suivre ce que vous êtes supposé leur faire étudier. Et ça donne des 3/20 de moyenne à un contrôle de lecture, des dictées semi-préparées qu'ils ne préparent jamais, et qui vous obligent à faire des relectures guidées et expliquées, parfois même à choix multiples pour qu'éventuellement ils actionnent les rouages de leur cerveau afin de se dire que « se promener » ne s'écrit pas comme « ce sapin ». 

 

  De temps en temps, il y a un petit miracle, une allumette inopinément frottée dans le noir : Gribouillator trouve le mot « fatalité » pour exprimer le temps qui passe et contre lequel on ne peut rien, Redoublante Paumée vous indique un attribut du sujet… Votre foi en l'homme renaît, votre cours se passe bien puisque pas moins de TROIS élèves participent. Et d'autres fois, après avoir passé cinq minutes à noter qui n'avait pas fait son pauvre petit exercice sur les compléments d'objet, vous vous dites que vraiment, vous seriez mieux à boire un thé en salle des professeurs. 

 

  J'ai connu beaucoup de classes différentes dans ma carrière : des faibles gentils, des forts un peu pédants, des forts gentils, des plutôt homogènes, des terriblements hétérogènes, des sixièmes catastrophiques, des cinquièmes compliquées… mais je crois que c'est la première fois qu'une classe provoque en moi un véritable sentiment de découragement. Non pas envers moi-même : après tout, ce n'est qu'une année, et ce n'est qu'une classe. Et puis j'ai mon autre quatrième, la Quatrième de l'Énergie, pour contrebalancer. Mais je suis découragé pour eux : si ces jeunes gens n'y croient déjà plus, s'ils ont déjà baissé les bras, si rien ou presque ne les atteint, si tout glisse sur eux comme l'eau sur les plumes du canard3, alors quel avenir se préparent-ils ? Je suis de ceux qui croient qu'on peut être très heureux dans la vie avec un Bac Pro, avec un CAP, avec un apprentissage réussi. Mais ceux-là sont-ils même capables de ça ? Certains s'en sortiront : c'est juste un mauvais moment à passer, mais ils sont travailleurs, et même s'ils sont gâchés dans une telle classe, ils trouveront quelque chose, même si ce sera peut-être un peu moins bien que ce à quoi ils pouvaient prétendre4. Mais tous les autres, qu'est-on en train d'en faire ? Pourquoi ça dysfonctionne autant, tout ? Pourquoi dois-je enseigner les subordonnées interrogatives indirectes à des élèves qui ont du mal à distinguer un nom d'un verbe ? Pourquoi dois-je étudier la poésie lyrique avec des élèves pour lesquels un mot sur trois doit être traduit ? Pourquoi me pousse-t-on à faire travailler des élèves qui, je le sais, ne travailleront pas ? Jusqu'où peut-on jouer la comédie du « prenez vos agendas et marquez d'apprendre la leçon pour le cours prochain » alors que les 3/4 ne le feront pas ? 

 

  Je vous ai présenté la Quatrième du Drame, classe qui me révèle comme aucune classe jusque là ne me l'avait révélé les dysfonctionnements de la famille, de l'éducation, de l'enseignement, de l'École, de la société, qui m'explique la misère sociale, qui me met sous le nez la misère humaine et qui me dit : « démerdez-vous avec ça, vous les professeurs. Vous êtes là pour sauver des êtres qui ne veulent pas être sauvés ; vous êtes là pour instruire des élèves qui refusent de l'être. Vous n'y arriverez pas et on le sait. La vérité est la suivante : vous êtes là pour les garder entre les murs le plus longtemps possible, car c'est tout ce qu'on peut faire pour eux pour le moment.»

 

 

 


1. Ne riez pas : les élèves y croient encore, eux !  

 

2. Ne riez pas davantage : les élèves croient que l'espagnol, c'est facile ! 

 

3. Si j'arrêtais mes comparaisons débiles, hein ?

 

4. Merci au collège unique ! 

Partager cet article

3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 15:32

GramNuls

 

 

  Je remercie Rikki, professeur des écoles pleine de mérites, de nous faire profiter de ce compte rendu très instructif. Parlons grammaire au primaire !

 


Par Rikki

 

 

  Sur les forums d’enseignants du primaire, une nouvelle méthode de grammaire fait florès en ce moment : Faire de la grammaire au... (CP, CE1, etc.), de Françoise Picot. L’auteur est une ancienne inspectrice du primaire, qui travaille avec de nombreux enseignants dans toute la France et se rend disponible pour répondre aux questions sur le forum L’école aujourd’hui de Nathan. La semaine dernière, elle a donné une conférence pédagogique à Paris, à laquelle je suis allée assister.

 

 

« Grammaire » ne serait plus un gros mot

 

  Faire de la grammaire... Cela pourrait paraître fou, mais le titre en lui-même est presque militant. Le terme « grammaire » semble avoir longtemps été banni de l’école primaire, considéré — avec la dictée, le calcul mental et la copie — comme le symbole de l’école du passé, autoritaire et aliénatrice. Il convenait de procéder à l’Observation réfléchie de la langue — le sigle, ORL, m’évoquant immanquablement des tuyaux auditifs bouchés ou des nez enchifrenés. 

 

  L’ambition affichée de Mme Picot est de dépasser les querelles de clocher, en réconciliant grammaire sémantique et grammaire fonctionnelle. En clair, réconcilier la grammaire à la mode des années 70 et 80, fonctionnant à coups de groupes nominaux / groupes verbaux, substituts et connecteurs, avec la grammaire de mère-grand, indiquant pour chaque mot sa nature et sa fonction dans la phrase. 

 

 

Faire de la grammaire pour écrire correctement

 

  La méthode repose sur l’identification d’un certain nombre de points jugés indispensables et rejette l’étude des autres comme superflue. Le critère ? Savoir si le point de grammaire en question est nécessaire pour écrire correctement. 

 

  Exemple : il n’est pas utile de connaître la distinction entre « quand » adverbe interrogatif et « quand » conjonction de subordination, dans la mesure où les deux s’écrivent de la même manière. Par contre, pour écrire sans faire de fautes, il est nécessaire de connaître les règles d’accord entre le verbe et le sujet. 

 

  Suivant cette logique, il ne sert à rien, par exemple, de faire une leçon sur les adverbes En effet, les adverbes peuvent avoir des fonctions très différentes dans une phrase — préciser le verbe, donner une indication de temps ou de lieu, servir d’articulation logique du discours — donc, c’est une catégorie fourre-tout, qu’il n’est pas nécessaire d’identifier (ou pas trop tôt en tout cas) et qu’il suffit de ranger dans les « mots invariables ». 

 

  Mais alors, en quoi la méthode Picot fait-elle appel à la grammaire sémantique ? Par exemple, pour définir le verbe. En grammaire fonctionnelle, le verbe ne doit être défini que par le fait qu’il se conjugue. Sauf que l’expérience en classe prouve que c’est extrêmement difficile à percevoir pour les enfants. En clair, ça ne marche pas. Donc, en constatant que ça ne marche pas, on ne s’interdit plus en CE1 de revenir à la définition du verbe comme mot qui dit l’action, que l’on peut mimer, etc.  C’est ainsi que des enfants de 7 à 8 ans peuvent effectivement percevoir ce qu’est un verbe. De la même manière, le sujet en grammaire fonctionnelle est défini comme l’ensemble du groupe nominal. Pour le trouver, on doit le pronominaliser ou l’encadrer par « c’est... qui ». Exemple : La petite chèvre blanche de Monsieur Seguin se battit jusqu’à l’aube. => Elle se battit jusqu’à l’aube. / C’est la petite chèvre blanche de Monsieur Seguin qui se battit jusqu’à l’aube. Il est bien clair que les enfants s’y perdent et qu’il ont une bien meilleure chance de s’en sortir avec le bon vieux « qui est-ce qui ? ». Qui est-ce qui se battit jusqu’à l’aube ? La chèvre ! 

 

  Le côté pragmatique de l’approche est assez rassurant : on fait de la grammaire fonctionnelle, mais on en corrige les excès. Moi qui me suis fait dégommer par une inspectrice il y a une dizaine d’année, entre autres parce que j’avais bêtement utilisé « qui est-ce qui ? » pour trouver le sujet, j’avoue que je suis assez contente de voir que finalement, on y revient. 

 

 

S’appuyer sur des textes

 

  La méthode elle-même procède de la manière suivante : on part toujours d’un texte, calibré pour coller aux notions étudiées. Ce texte, on va l’étudier toute la semaine, voire pendant deux semaines. On va le transformer — par exemple en décidant qu’à la place de l’histoire de deux petits chats, on va raconter celle d’un petit chat, à la place de l’histoire de Tom celle de Ninon... ou bien encore, on va mettre le texte au passé ou au futur. Ces manipulations sont préalables à toute leçon. Elles reposent sur la connaissance intuitive de la langue que les élèves sont censés avoir... donc, sur... oui, vous avez gagné : l’ORL ! La voilà qui revient par la fenêtre, l’Observation réfléchie de la langue, déguisée en grammaire ! 

 

  Enseignant dans un quartier où l’immense majorité des élèves me dit quotidiennement « Maman, il va me ramener à Mac Do » ou « Maîtresse, les filles, ils font rien qu’à m’embêter », j’avoue être excessivement sceptique sur la capacité de mes élèves à observer de manière réfléchie la langue française. Pour qu’ils soient capables de faire cela, il faudrait qu’ils maîtrisent cette langue et qu’ils n’aient plus besoin que de prendre une certaine distance pour l’observer. Or, ce n’est pas le cas. Ce que j’ai observé, au contraire, dans ma ZEP parisienne, c’est que les enfants qui s’expriment extrêmement mal à l’oral font de gros progrès quand on leur apprend à structurer une phrase à l’écrit. Quand on leur dit qu’une phrase doit avoir un sujet, un verbe et un complément, que les noms doivent être masculins ou féminins (ne venez pas me chercher sur les après-midi de délices ! Chaque chose en son temps, ils sont petits), cela les aide à comprendre comment fonctionne la langue et ils font des progrès à l’oral. 

 

 

Et la leçon dans tout ça ?

 

  La leçon, puisqu’il faut bien la faire, arrive à la fin. Elle s’appelle « structuration » et ne fait que reprendre ce qui est censé avoir été perçu intuitivement par les élèves lors de toutes les transformations de textes. Lors de ces transformations, on procède à des collectes : on fait des étiquettes, avec des mots, des groupes de mots ou des phrases, qu’on va coller dans un grand cahier en les classant sous les noms « complément 1 », « complément 2 », « complément 3 ». Lorsqu’on en aura beaucoup, on se rendra compte que les compléments 1 seront du type « demain », « à la maison », « la semaine dernière », « pendant ce temps », « dans un pays lointain » et on les appellera compléments circonstanciels. On observera les compléments 2, « la porte », « son petit frère », « un gros gâteau », « le », « la », « le petit chaperon rouge » et on les appellera « compléments d’objet direct ». Puis, on observera les compléments 3, « en bois », « de carton », « de ma sœur », « à roulettes » et on les appellera « compléments du nom » 

 

  L’idée, c’est que les enfants vont percevoir intuitivement la logique de tout ça en manipulant. Là encore, je suis extrêmement dubitative. J’ai constaté que les enfants n’apprennent pas grand-chose en collant des étiquettes. « Oui , me répond-on, mais s’ils copient ça prend plus de temps et puis il faut corriger parce qu’ils risquent de faire des fautes ». J’imagine effectivement l’aspect chronophage d’une méthode où il faudrait recopier des bouts de texte dans un grand cahier, puis ensuite les corriger, puis les observer, tout ça pour finalement constater... heu, je ne sais pas, parce que quand je vois « la porte » ou « la », je ne pense pas forcément à un COD ! Il me faut la phrase complète... Zut alors.  Je crois que je viens de comprendre pourquoi les COD ne sont pas sur la liste des « points essentiels », contrairement aux compléments circonstanciels ! C’est parce que là, on peut difficilement échapper à la distinction nature / fonction ! 

 

  Le contenu de la leçon elle-même n’a pas été détaillé lors de la conférence. Des collègues qui ont eu le livre entre les mains m’ont dit qu’il ne s’agissait pas de règles simples mais des conclusions des fameuses observations, remises en forme. Pour le coup, c’est très dommage : mon expérience d’enseignante m’a depuis longtemps fait remarquer que certains enfants ne comprennent rien aux situations « de découverte », mais se raccrochent aux branches en apprenant et appliquant leur leçon. Si cette possibilité leur est enlevée, s’ils sont obligés de tout comprendre en amont, ils décrochent. 

 

  Donc, mon impression est qu’une fois de plus, on a fait une méthode pour « les bons », ceux qui ont déjà une langue suffisamment riche et structurée et syntaxiquement correcte pour pouvoir l’observer, ceux qui vont remarquer ce qu’il faut quand il faut, ceux qui vont être capables de reformuler . Mais pour ceux qui n’ont pas tout compris, ceux qui somnolaient pendant la transformation (collective) du texte, qui n’ont pas su faire les deux phrases d’exercices d’application... il n’y a pas de bonne vieille leçon à apprendre par cœur et à appliquer qui aurait pu leur sauver la mise. 

 

 

Faire de la grammaire tout le temps 

 

  Mme Picot insiste sur quelque chose d’essentiel : on ne fait pas de la grammaire que pendant la leçon de grammaire, on fait de la grammaire tout le temps. Quand on lit un texte d’histoire, s’il y a une phrase difficile, on identifie le verbe et son sujet pour mieux la comprendre. Quand on lit une consigne, on cherche le verbe à l’impératif.  Quand on apprend une poésie, on remarque le sujet inversé et l’adjectif qualificatif rare.  Et on utilise « les vrais mots » : sujet, verbe, adjectif, complément circonstanciel, etc.

 

  Rien que pour cela, je suis ravie que Mme Picot ait tant de succès. Pour avoir vu les contorsions proposées par l’IUFM pour « travailler sur le sujet » pendant 6 semaines, sans surtout JAMAIS utiliser le mot « sujet », la découverte de la notion devant ab-so-lu-ment précéder toute leçon, pour lire régulièrement sur des forums d’enseignants des questions du type « Je suis embêtée, j’enseigne au CM2, je dois faire une leçon de découverte sur le verbe conjugué, mais ma collègue de CM1 a déjà fait le verbe, comment faire découvrir la notion avec un angle nouveau ? »... pour toutes ces raisons, je ne peux qu’applaudir des deux mains à l’injonction : oui, il faut faire de la grammaire au CP, au CE1, au CE2, au CM1, au CM2 ! Oui, il faut faire de la grammaire en situation, hors des cours de grammaire, c’est bien pour ça qu’on a des maîtres et des maîtresses d’école et non pas des professeurs spécialisés chacun dans sa matière !

 

 

Et si on faisait vraiment de la grammaire ? 

 

  Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi limiter la grammaire à un enseignement mutilé, qui ne fait pas système de manière cohérente ? Pourquoi s’interdire de parler de nature et de fonction, pour éclairer le fonctionnement de la langue ? Pourquoi ne pas aller jusqu’au bout et s’offrir le luxe d’analyser vraiment quelques phrases simples, donnant ainsi aux élèves des outils plus solides pour comprendre le fonctionnement de la langue et pour construire leur propre langage ? 

 

  Pour moi, oui, on doit faire de la grammaire. Et n’ayons pas peur d’aller jusqu’à faire de la grammaire avec des vraies leçons, y compris sur les adverbes. La grammaire ne sert pas qu’à écrire correctement elle sert aussi à comprendre intimement le fonctionnement de notre langue. 

Partager cet article

25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 21:18

Commentaires

Commentateurs des déclarations du ministre sur lemonde.fr, lefigaro.fr ou liberation.fr (allégorie)

 

 

  Il ne l'a pas dit fort (ni longtemps), mais il l'a dit (et écrit) : not'ministre a eu une idée géniale pour améliorer notre système scolaire. C'est tout bête : il suffit de supprimer deux semaines de grandes vacances et de mettre en place le rythme 7 semaines de cours + 2 semaines de congés le reste de l'année. Avec ça, nous allons rejoindre la Finlande1 et la Corée du Sud2 en tête des classements internationaux, c'est garanti !

  L'intérêt de la chose ? Mis à part mettre les salles des professeurs de très mauvaise humeur et provoquer sur le net quelques très belles poussées anti-fonction publique primales, j'avoue, je le cherche encore. Car les « rythmes scolaires », comme je l'ai déjà dit, c'est la plus grande imposture scientifique actuelle… et je vais le prouver.

 

 

 

Chronoastrologie


  On nous vend partout tout le temps le rythme idéal défendu par un quarteron de chronobiologistes, le fameux 7+2. Force déjà est de constater que cette chronobiologie-là ressemble davantage à un travail d'aruspice qu'à un travail de biologiste. C'est normal, remarquez, puisque ce ne sont pas des biologistes qui la pratiquent, mais des psychologues experts en rythmes circadiens et en cycles d'attention non démontrés. Et c'est là-dessus qu'on voudrait faire la révolution rythmique. Un peu comme si on suivait les conseils de Nostradamus pour faire revenir la croissance économique. Or vous l'aurez remarqué dans mes notes de bas de page : les pays situés au sommet des classements internationaux3 se préoccupent peu des rythmes idéaux. Pis : ils ont le mauvais goût de proposer à leurs élèves des fonctionnements à l'opposé l'un de l'autre : moins d'heures et pas de cours particulier en Finlande (dont l'étoile PISA commence à pâlir), beaucoup d'heures et des cours particuliers en sus en Corée !

  Rappelons également que la France s'en sortait mieux avec des journées un peu plus chargées qu'aujourd'hui, puisque ces temps-ci plus personne ne parvient sérieusement à dire que le niveau monte ou même qu'il stagne. Or le modèle français, c'était 27 heures de cours en primaire (et même 30 auparavant). On se plaint de l'enflure des emplois du temps des élèves (généralement en prenant toujours les mêmes exemples, à savoir des 3e ayant CHOISI deux options, ou des Terminales S ayant CHOISI Science de l'Ingénieur ET deux options), et on déroule le couplet sur les cadences infernales, les 35h TTC4, le « enseigner moins pour enseigner mieux », la « tête bien faite » VS la « tête bien pleine », et évidemment… l'intérêt de l'enfant. Bref : on déforme le réel pour le faire coller à ses mantras.      

 

 

 

Chronoabsurdologie


  Mais non seulement le produit qu'on veut nous refiler ne lave pas plus blanc que blanc, mais il se trouve qu'on n'est même pas sûr qu'il puisse être fabriqué. Faites le calcul : il faut enchaîner des séquences de 9 semaines (7 de cours + 2 de congés) et mettre 6 semaines de grandes vacances à un moment, avec 7 semaines de cours avant. Il y a 52 semaines dans l'année. 9x4 séquences = 36 semaines, 36+7+6 = 49. Tiens, j'ai trois semaines qui me restent sur les bras. Sauf que là, avec ce schéma, on n'aurait que 35 semaines de cours (5 périodes de 7 semaines). Or si l'on veut raccourcir les grandes vacances, c'est pour arriver à 38 semaines de cours (on en a 36 actuellement). Essayez de diviser 38 par 7 et d'obtenir un chiffre rond si vous le pouvez. Moi, j'ai tenté, et, en base 10, c'est impossible.

  Pour résumer, si l'on fait la somme de tout ce qu'il faudrait faire, on en arrive à ne rien pouvoir faire, car ça ne rentre pas dans le cadre de l'année. Et je ne parle pas du fait que pour respecter les mêmes rythmes partout alors qu'on zone les vacances, il faudrait… zoner les vacances de Noël ! Et installer la climatisation dans de nombreuses salles de classe de France et de Navarre, car des cours le 12 juillet ou le 17 août, ça promet des pics d'attention phénoménaux, sans aucun doute proportionnels au taux de sudation de chacun !    

 

 

 

Chronomédiamétrie


  En définitive, not'ministre semble tenir à cette idée des rythmes scolaires puisqu'il axe sa communication là-dessus, en accord d'ailleurs avec ce que notre système compte de plus délirant question « vision de l'école de demain ». J'avoue ne pas parvenir à le comprendre. La réforme de la semaine de 4,5 jours dans le premier degré, où l'on ne remet pas les heures perdues mais où l'on force juste les gens à venir plus souvent, est déjà un casse-tête sans nom, et a pour le moins provoqué de sacrés remous. Quelle idée de remettre ce projet de raccourcissement des grandes vacances sur le tapis alors que d'une part il est hautement explosif (notamment dans un électorat traditionnel du PS), que d'autre part il est pédagogiquement insignifiant, et que d'une troisième part5, il empêche que l'on évoque les chantiers réllement à l'œuvre actuellement. Au moment où j'écris, nous sommes en train de discuter très concrètement au ministère de l'éducation prioritaire, d'une rénovation du collège et d'un plan de lutte contre le décrochage scolaire. Je ne sais pas s'il sortira de tout ça quelque chose de bien. Mais en attendant on y travaille, pas comme sur ce raccourcissement des grandes vacances peut-être éventuellement mais c'est pas sûr mis sur le tapis6 en 2015.

  Parlons donc de ce qu'on fait, ne nous laissons pas avoir par les journalistes dont c'est le boulot de faire le buzz à partir de trois mots qui nous échappent, et ne créons pas des tensions supplémentaires sur du vent. Les tensions existantes sont bien suffisantes pour nous occuper jusqu'aux prochaines présidentielles, croyez-m'en !

 

 


1. Où l'on a près de deux mois et demi de grandes vacances…

 

2. Dont le rythme est plutôt 18 semaines de cours + 5 semaines de vacances…  

 

3. Eux-mêmes sujets à caution, faut-il le rappeler

 

4. Tous Travaux Compris. C'est une formule de la FCPE. Créatif, hein ?

 

5. Oui, je sais, ça ne veut pas dire grand chose…

 

6. Mais plus probablement mis SOUS le tapis…

 

Partager cet article

12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 19:28

Madame Belzébuth

 

 

  Un petit message rapide pour signaler qu'entre le mariage homo, la démission du pape, la guerre au Mali, la manifestations des professeurs des écoles et la marche triomphale du PSG (rayez l'info inutile), on en avait profité pour renouveler certains membres du Conseil Constitutionnel.

 

  Et donc, je ne pouvais pas ne pas féliciter une certaine personne, dont les idées ne sont généralement pas les miennes, mais dont je reconnais les indéniables compétences ainsi que l'intelligence perçante (perforante, même !). De ces gens qu'on adore détester, car si leurs idées vous déplaisent, leur personnalité n'en est pas moins fascinante ; car si ce qu'ils font ne vous convient pas, vous êtes le premier à dire qu'ils y travaillent néanmoins avec sérieux, et même avec talent. 

 

  J'adresse donc ce message à notre meilleure ennemie à tous : Madame Belzébuth, toutes mes félicitations ! Sachez-le — et je suis parfaitement sincère — vous serez formidable.

Partager cet article

Présentation

  • : Je suis en retard
  • Je suis en retard
  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
  • Contact

Devenez follower !

Pages

Créer un blog gratuit sur overblog.com - Contact - CGU -
Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest