Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
31 juillet 2011 7 31 /07 /juillet /2011 09:41

oliviers

Été 1993 : souvenez-vous… 

 

 

 

Par Stan Retors, le consultant qui ne vous fera aucun tort

 

  C’est l’été. Alors que votre chaîne préférée a déprogrammé Joséphine, Ange gardien pour cause de période estivale en le remplaçant par un programme douteux, le blog Je Suis en retard vous propose également de changer d’air. Voici donc, pendant que les professeurs sont en vacances1, la saga de l’été du blog, en collaboration avec l’anonyme Stan Retors.


  Le synopsis est simple : Stan Retors est consultant dans une entreprise internationale de conseil. Un soir, il raconte à son ami Celeborn, professeur de français en collège, l’ensemble des méthodes auxquelles il a recours pour améliorer la performance des entreprises. Au milieu d’un baratin invraisemblable et voyant que Stan ne manque pas de méthodes obscures, dont certaines sont déjà appliquées à l’éducation nationale, Celeborn a une idée : écrire avec lui sur son blog les directives qui seront sans doute appliquées à l’Éducation Nationale dans 10 ans. Pour les prévoir, il suffit de partir du grand principe que l’Éducation Nationale a toujours 10 ans de retard sur le monde de l’entreprise, dont on veut absolument étendre tous les principes. Stan Retors, en tant que consultant reconnu de son milieu, pourra ainsi expliquer les différentes méthodes qu’il utilise au quotidien pour améliorer les performances des entreprises pendant que Celeborn n’aura qu’à réfléchir au moyen de les appliquer à son collège pour pouvoir projeter ce que sera, peut-être, l’école de demain.


  Alors que les indicateurs de performances et les primes au mérite ont déjà pris place dans le milieu, qu’est ce qui attend demain l’éducation nationale ? Les cartographies de processus, le lean six sigma, le net promotter score ou encore les fameuses méthodes de gestion agile des projets pourront-elles trouver leur place chez nos amis les professeurs ? Série à suivre…

 

 

 

Par le taulier

 

  Aimés lecteurs, adorées lectrices, le blog Je Suis en retard ne recule devant aucun coût de production et vous propose non pas une, mais bien deux sagas de l'été, en parallèle :

 

  • Le Souffle de l'entreprise (par Stan Retors), saga de l'été 2011, diffusée sur TF1 le vendredi soir en prime time. Trahisons, coups bas, amour et infidélités au cœur de la société Ordi+©.

 

  • Les Professeurs foudroyés (par votre serviteur), saga de l'été 20212, diffusée sur France 4 le lundi à minuit 20. Trahisons, coups bas, amour et infidélités au cœur du collège Michel Houellebecq3.

 

  Nous espérons faire exploser les chiffres de l'audimat et ne laisser à M6 que 2% de part de marché ! Alors devant vos écrans : les feuilletons vont bientôt commencer ! 

 

 

 


1. Encore ! Saleté de fonctionnaires feignasses ! 


2. La machine à explorer le temps du blog fonctionne donc toujours très bien.


3. Bon, la machine à explorer le temps du blog a peut-être quelques ratés, tout de même.

Repost 0
18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 21:24

 

meduse

 

 

  C'est la fin de l'année, c'est la période des conseils de classe du 3e trimestre, et ce me semble être un bon moment pour faire un bilan sur mon métier, reposant à la fois sur les grandes évolutions que nous subissons et sur mon microcosme, mon collège à moi que j'aime bien et que j'aimerais continuer à bien aimer.

 

  Notre métier subit un nombre hallucinant d'attaques ces derniers temps, je trouve, venant de directions variées, et il devient impossible de lutter contre tout à la fois. En fait, j'ai l'impression que nous ne savons plus qui nous sommes ni ce que nous devons faire. Les programmes valsent, les réformes pleuvent, l'enseignement lui-même, paraît-il, mute (pas un recteur, pas un principal, pas un proviseur, pas un inspecteur, pas un zigoto des Cahiers Pédagogiques ou du Café de la même eau qui n'entonne cette antienne sur tous les tons : « le métier a changé »). Nous sommes une profession intellectuelle dont la réflexion est devenue incontrôlée et délirante. On ne transmet plus des savoirs mais on fait acquérir des compétences. On n'est plus le maître de la discipline dont la maîtrise, justement, nous a valu d'être recrutés : on est des bonnes à tout faire. On n'est plus des fonctionnaires, pour de plus en plus d'entre nous : tandis que les postes sont supprimés, les trous créés par cette politique sont comblés par des personnes embauchées au petit bonheur la chance, et c'est la loterie du vacataire et le tir au pigeon du contractuel. On n'élève plus les consciences des élèves : on fabrique des diplômes qui ne valent plus même le papier sur lequel ils sont imprimés et des certifications généralement vides de plein. On n'enseigne plus les lettres : on se plie aux chiffres, aux taux, aux tableaux Excel de l'institution, et gare à qui sort de la fourchette prévue. On n'évalue plus en notre âme et conscience : on pratique le « laisser faire, laisser passer », puisque de toute façon ils passeront, puisque de toute façon on ne décide plus, puisque de toute façon c'est comme ça.

  Bref, on n'est plus un service public : on est une entreprise. On a des « contrats d'objectifs », des « postes à profil » pour lesquels on serait censé se battre (en fait, personne n'en veut), des réunions dans tous les sens qui deviennent de vraies séances de négociation, des affrontements rhétoriques à qui fera la meilleure captatio benevolentiae, à qui dégainera le premier l'argument sociétal ou l'exemple personnel touchant, à qui spoliera le collègue d'à côté des manuels dont il a pourtant besoin car c'est la guerre et qu'il n'y a pas assez d'argent pour tout le monde, alors bon, votre nouveau programme de français/physique/géographie/maths/latin/langue vivante/rayez la mention inutile, vous vous le mettez où je pense, et puis après tout, une bonne vieille carte de Yougoslavie ou une compréhension orale sur le Deutsch Mark feront encore très bien l'affaire, non ?

 

  Une entreprise, oui, mais sans moyens et sans rien à produire. On veut rémunérer les enseignants sur leur « productivité »… Mais quelle productivité ? Je ne produis rien. Ou alors si j'ai produit quelque chose, je ne peux pas dire quoi, ni en quelle quantité je l'ai fait. On veut m'intéresser financièrement à mon travail, mais sans argent à me donner. On veut que je chapeaute un domaine quelconque pour lequel je n'ai aucune compétence, et pour ça, on me donne peanuts1. Comme mon statut me permet encore de refuser tout ce qui n'entre pas dedans, on vient me tenter avec trois clopinettes et deux menaces pour faire un nouveau boulot EN PLUS du mien, qui m'occupe déjà beaucoup, pourtant. Faut faire du soutien ! De l'accompagnement ! Du tutorat ! De l'encadrement ! De la coordination ! De la communication institutionnelle ! De l'harmonisation ! De l'innovation ! Et comme on ne peut pas tout à fait nous y obliger, on va changer les choses, les textes, les statuts, jusqu'à ce qu'on le puisse. On va voir ce qu'on va voir ! 

 

  Et surtout, il faut subir, comme je l'ai déjà dit, les pressions de plus en plus fortes d'une hiérarchie à laquelle on donne de plus en plus de pouvoir dans des domaines qui sortent de plus en plus de ses prérogatives. « Il faut réfléchir sur votre pratique pédagogique et peut-être en tirer les conclusions qui s'imposent », assène en plein conseil de classe un principal adjoint d'une incompétence rare à une collègue adorée des élèves, respectée des parents et vantée par son inspecteur. Motif ? Elle explique qu'une jeune fille en difficulté n'a pas bénéficié de conditions optimales pour réussir dans une classe où cette élève est dérangée, moquée, insultée et humiliée par un groupe de gugusses qui se croient tout permis car leurs exploits sont rarement couronnés de davantage que d'une journée d'exclusion ou d'un petit ramassage de papiers d'intérêt général. Et encore, on nous a bien dit lors de l'une de nos interminables réunions que nous excluions beaucoup trop les élèves et que non, vraiment, il allait falloir trouver d'autres choses, comme par exemple de la médiation, parce que ça, oui, c'est formidable, et puis ça tombe bien, vous ferez ça en + du reste, et vous aurez 160 euros sur l'année pour aller jouer l'éducateur que vous n'êtes pas (car oui, « éducateur », c'est un vrai métier) et vous en prendre plein la figure si ça ne marche pas. En fait, ma collègue n'a fait que croire qu'un conseil de classe était encore le lieu où l'on dressait le bilan scolaire des élèves, en positif comme en négatif, en signalant ce qui a fonctionné et ce qui n'a pas fonctionné. Erreur : les conseils de classes se transforment de + en + en stand de tir, et ce ne sont pas les élèves qui sont les cibles. De qui va venir la prochaine remise en cause ? Du délégué élève à la langue bien pendue et habitué à ce que sa parole soit acceptée comme valant bien celle de l'adulte, pour le moins ? Du délégué parent qui n'a pas mis un pied dans la classe, mais qui a évidemment son mot à dire pour expliquer comment ça devrait se passer ? Ou bien du chef d'établissement ou de son représentant, qui profite de ce moment pour se farcir en public celui dont la tête dépasse un peu trop et qui ne tient pas le discours du « nous ferons réussir tout le monde », du « si l'élève est en échec, c'est que c'est nous qui sommes en échec » ou du « mais on ne peut pas l'exclure, le pauvre petit, il faut lui laisser une deuxième chance !2 ».

 

  Je dresse donc un bilan bien triste : nous devenons une profession sinistrée. Notre métier n'attire plus : il n'est plus clair, ses contours fluctuent, ses conditions d'exercices se dégradent nettement, son stress s'accentue, ses avantages (réels, qu'il faut assumer et dont ils ne faut pas être honteux) s'amenuisent chaque jour davantage. Les vacances ? On va nous les réduire. Le temps de travail par semaine ? On va nous l'augmenter (de fait, on a déjà commencé). La possibilité de s'organiser comme on l'entend ? On va nous la supprimer petit à petit. La liberté pédagogique ? On gardera le mot, mais on fera disparaître la chose par la coercition des supérieurs et même des pairs, car, mis dans les bonnes conditions, le prof est un loup pour le prof. Les indicateurs sont au rouge : les collègues veulent massivement changer de profession (mais comme c'est bien organisé, se reconvertir quand on est prof, c'est la croix et la bannière), consomment des montagnes de médicaments et parviennent malgré tout à ne pas être tellement plus en arrêt maladie que les autres professions car, culpabilisés, ils viennent travailler avec la gorge en feu, le dos bloqué ou le cerveau tout névrosé (et d'autant plus névrosé par les gros titres sur « l'absentéisme des profs »)… Notre taux de suicide fait passer France Télécom pour le monde merveilleux des Petits Poneys, avec un splendide arc-en-ciel irisé dans le ciel bleu. Nos possibilités de lutter ? Avouons-le : elles sont proches du zéro. La profession, « divisée pour mieux régner », est incapable de se révolter ; les syndicats font chaque jour un peu plus — qu'ils soient de bonne ou de mauvaise volonté —l'expérience de leur impuissance ; les médias ne nous aident souvent pas beaucoup à faire comprendre au citoyen lambda où en est réellement l'école et dans quel état errent ses enseignants. 

 

  Et pourtant, mon métier est vraiment un beau métier, je vous assure. 

 

 


1. En langage Éduc'Nat', « peanuts », ça se dit — au mieux — « quelques HSE » (Heures Supplémentaires Effectives). Oui, nous, nos promotions, elles se chiffrent à 100-150 euros en plus à l'année, et encore, s'il reste de l'argent ! Mais bon, on a la gloire d'un joli titre et la satisfaction d'accomplir encore un peu mieux notre martyre vocation, alors de quoi se plaint-on ?

 

2. … puis une deuxième « deuxième chance », puis une troisième « deuxième chance »… on n'est pas si regardant que ça sur les chiffres, parfois.

Repost 0
13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 16:31

koon

En même temps : comment voulez-vous que nos élèves

y comprennent quelque chose, à l'art ? (expo Koons à Versailles)

 

 

  Peut-être certains d'entre vous se rappellent-ils ces publicités hilarantes pour une marque de stylos, dans lesquelles des professeurs obtiennent lors d'oraux du bac recréés de toutes pièces des réponses tout à fait inattendues de leurs élèves. Pour ceux qui ne s'en souviennent pas, le blog « Je Suis en retard » vous les sert sur un plateau, et sans supplément de prix ! 

 

 

 

  Ah là là ! Sacrés publicitaires ! Toujours le mot pour rire, toujours l'exagération qui va bien, toujours cet art d'amuser la galerie avec des situations absurdes et qui n'ont aucune chance de se produire dans la réalité.

 

  Effectivement : la réalité est pire.

 

  Voici donc, sous le contrôle de maître Nadjar, huissier de justice1, quelques perles de la plus belle eau récoltées par mes collègues lors des oraux d'Histoire des Arts. rappelons que les élèves interrogés, outre qu'ils ont préparé la chose, sont en fin de 3e, donc ont en gros 15 ans. 

 

 

L'Histoire ? désastre !2

 

  • « Louis XIV a fait construire la pyramide du Louvre »

 

  • « L'éruption du Vésuve... euh...le 24 août... 1979 madame ! »

 

  • Qu'est-ce que l'holocauste ? « Bah des avions pas chers ! »

 

  • Est-ce que tu connais d'autres dictateurs que Hitler et gouvernant un pays européen à la même période ? « Franco et Berlusconi ! »

 

  • « Jean-Sébastien Bach a joué devant Hitler. »

 

  • « Hitler a bombardé Guernica parce que c'est à côté de chez lui. »

 

… Sans oublier :  les célèbres dates de la seconde guerre Mondiale (au programme de 3e, faut-il le rappeler ?), à savoir 1930-1954 ou 1938-1942 ; Hitler en 2003 ; la bombe atomique qui a détruit Guernica ; Pétain, ce grand résistant… 

 

 

La Géographie ? aussi !

 

  • « La Loire passe au milieu de Paris. »

 

  • « Le Louvre est en Espagne, à Barcelone. »

 

  • « Le festival de Cannes à lieu en Espagne. »

 

  • Citez-moi un grand pays d'Asie ? « L'Afrique »

 

 

Les Arts ? Pas d'lézards ! 

 

  • « Parsifal est une pièce de théâtre qui raconte la vie d'un héros de la Guerre de Troie. »

 

  • « Les 4 saisons de Beethoven »

 

  • « Aragon, grand auteur allemand de " la rose et le résidu" »

 

… Sans oublier le côté « people » et les erreurs de casting : Dali était marié à Marilyn Monroe ; François Mitterrand habite au Louvre ; Pompidou est un célèbre peintre français, etc.

 

  Rappelons-donc que nous sommes à la fin de la scolarité obligatoire, et que la plupart de ces élèves, sans aucun doute, verront leur « Socle Commun de Connaissances et de Compétences » validé. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles…

 

 


1. On l'a récupéré suite à l'arrêt de la Nouvelle Star. Bon, en vrai, c'est le forum Néoprofs qui a joué le rôle de maître Nadjar.

 

2. Jeu de mots honteusement piqué à Princesse Soso. Pour me faire pardonner, voici le lien vers son article pas piqué des vers ! 

Repost 0
8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 11:43

 

laura

 

 

  Vous avez peut-être croisé la publicité ci-dessus sur le net ou dans votre journal favori, à moins que vous n'ayez rencontré l'autre version : 


 

julien

 

 

  Et c'est à ce moment que votre cerveau a buggé :

 

« Mais, m'sieur… il supprimaient pas plutôt des postes, dans l'Éduc'Nat' ? »

 

  Et si, Sganarelle. Et ils en suppriment toujours, d'ailleurs. Mais se payer une petite campagne publicitaire de plus d'1 million d'euros pour laisser croire aux gens que tout va bien, qu'on recrute davantage de profs et que les syndicats sont des gros menteurs, c'était tentant, je l'avoue.

 

  Reprenons donc depuis le début : les 17 000 personnes recrutées correspondent tout bêtement aux postes ouverts aux concours. Comme chaque année (et même un peu moins que chaque année). Ce que ces jolies affiches ne signalent pas, ce sont les 33 000 départs à la retraite qui ont lieu en simultané. Et là, tout élève non nourri aux maths modernes devrait facilement en conclure que dans cette vaste opération de propagande recrutement, on a perdu 16 000 personnes en route. Volatilisées !

 

  La conclusion est sans équivoque : on dépense une somme considérable dans l'unique but de mentir au peuple, en lui faisant croire qu'on embauche, alors que dans les faits, on débauche, et on débauche sévère, même ! Nul doute que la deuxième phase de recrutement battra son plein en septembre : celle qui vise à transformer n'importe qui doté d'un diplôme vaguement en rapport en professeur qu'on met devant vos enfants, et allez, débrouille-toi, ami vacataire ! 

 

  Mais cette poudre aux yeux a peut-être bien un autre objectif : celui d'essayer de colmater la brèche — que dis-je, la brèche… la faille de San Andreas, oui !  — dans les inscriptions aux concours. 1,3 candidat par poste au CAPES de mathématiques cette année, ça fait quand même assez peu de recalés au final. Le métier n'attire clairement plus : études plus longues, salaires moins bons qu'il y a 20 ans en termes de pouvoir d'achat, conditions de travail plus difficiles et temps de travail accru… Tu m'étonnes que les gens au niveau BAC+5 cherchent autre chose à faire pour leurs 40 42 prochaines années ! Alors bon, si on peut montrer que Laura et Julien — jeunes, beaux et motivés — sont heureux dans un métier dont on a visuellement chassé les élèves (oui, en fait, professeur, c'est faire cours, le cœur de métier, n'en déplaise à la campagne de com' qui laisserait croire qu'il suffit de bouquiner ou de faire un démineur), on créera peut-être quelques vocations, qui sait ?

 

  Au passage, on remarquera que les filles — forcément rêveuses — deviennent profs de français (sur fond rose) et les mecs — évidemment ambitieux — profs de science (sur fond bleu), hein ! Les représentations sexuées ont encore de beaux jours devant elles, à l'Éduc'Nat'.  

 

  Alors quitte à en rire un peu, je vous propose les détournements très bien vus du FLEN (Front de Libération de l'Éducation Nationale), dont vous pouvez retrouver la page facebook ici. Ils dévoilent d'autres facettes du métier malencontreusement passées sous silence par la campagne officielle !

 

mydorie

 

pilules

 

 

Repost 0
29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 11:34

 

 

catlol

 

 

    Et c'est déjà la fin de notre belle série d'articles sur les réformes de ces dernières années. Oui, je sais, vous êtes très tristes, mais gardez tout de même quelques larmes pour les réformes de 2011 (parfois entamées plus tôt, mais qui sont entrain de prendre leur vitesse de croisière) : vous allez en avoir besoin ! 

 

Je rappelle au passage que chaque réforme peut marquer :

  • des points réunionnite → réforme qui demande de faire des super réunions passionnantes ! 
  • des points homme-orchestre → réforme qui vous demande de monter un meuble Ikéa sans la notice pendant que vous préparez des macarons au thé vert tout en dansant la Carioca (Youpi !). Pourtant, vous pensiez être professeur d'éco-gestion. 
  • des points bons-sentiments → réforme qui va évidemment mieux faire réussir tous les élèves, évidemment avec moins de moyens. Évidemment. 
  • des points presse → non, ça, c'est pas une réforme, juste un effet d'annonce pour faire croire qu'on fait des trucs, au ministère.

 

2011

 

  En 2011, nous tiquâmes devant les merveilles suivantes : 

 

  • Les établissements de réinsertion scolaire, ou comment avoir une bonne idée et joyeusement la gâcher. Déjà dans leur appellation, car tout le monde aura bien compris qu'il ne s'agit pas de réinsérer, mais de sortir l'élève du cadre scolaire traditionnel. Ensuite car losque l'établissement en question se trouve à l'intérieur d'un établissement lambda, eh bien l'élève est toujours là. (2 points bons-sentiments, 3 points presse)

 

  • Les primes pour les recteurs et les chefs d'établissement, ou comment féliciter les profs de ne pas baisser les bras et de parvenir à faire leur travail malgré tous les bâtons qu'on leur met dans les roues… en récompensant leurs supérieurs. Vomitif. (2 points presse)

 

  • La suppression progressive des ZEP, ou comment changer la terminologie en enlevant des moyens. Avant, on envisageait de donner plus à ceux qui avaient moins (même si on le faisait un peu n'importe comment). Maintenant, on ne se fatigue même plus à dépenser de l'argent pour faire croire qu'il y a une réalité sous les appelations bariolées dont l'Éduc'Nat' gratifie les établissements où personne de bien informé n'aurait envie de mettre son enfant. (1 point bons sentiments, 2 points presse)

 

  • L'entretien annuel avec le chef d'établissement, ou comment perdre une heure. (aucun point. Ça n'en mérite vraiment pas)

 

  • Le non remplacement d'un départ à la retraite sur deux, ou comment enlever les muscles et même quelques os sous prétexte de dégraisser le mammouth. En échange, on paye de jolis tableaux numériques interactifs à ceux qui restent. Encore des sous bien dépensés. (5 points presse) 

 

  • La réflexion sur les rythmes scolaires et le temps de présence des enseignants, ou comment me mettre en rogne ! Alors qu'on soit bien d'accord : prof, ce n'est pas un métier de glandeur ; c'est un métier éprouvant sur le plan psychique ; c'est un spectacle 18h par semaine (pour un certifié) que l'on doit préparer et dont on doit assurer le service après-vente. Alors me rajouter des « temps » de réunion, de réception des parents, de remplissage de livret pour AUGMENTER mon temps de service effectif, en fait, c'est une grosse entourloupe. La seule chose qui permet de faire notre métier de façon agréable, c'est une certaine liberté dans notre organisation du travail, nécessaire à une profession qui doit demeurer une profession intellectuelle. Si on nous supprime ça, je pense que je me barre. (4 points dans chaque catégorie)

 

  • La départementalisation progressive des Zones de Remplacement (ZR), où comment vous faire bosser à 200 km de chez vous, parce qu'on n'a plus personne pour remplacer. On envisage même, chers titulaires remplaçants, de vous faire bosser dans l'académie d'à côté, parce qu'il n'y a pas de raison, ce n'est pas si loin que ça, si on y réfléchit bien. et puis le TGV, c'est très abordable, non ? (3 points bons sentiments)

 

  • L'expérimentation de l'EIST1 en collège, ou comment faire croire qu'on en fait plus en en faisant effectivement moins, et avec des professeurs qui devront enseigner des choses sur lesquelles ils ne sont absolument pas spécialistes. Collègues de techno, révisez votre géologie ; collègue de chimie, travaillez sur l'objet technique ; collègues de bio, approfondissez vos courants électriques. (10 points homme orchestre, 2 points bons sentiments)

 

  • Le livret personnel de compétences2 et le « webclasseur », ou comment emboîter des machines Shadocks dans des usines à gaz. La prochaine étape, c'est d'implanter une puce dans chaque élève pour pouvoir lui valider une compétence dès qu'il fait une action dans sa vie quotidienne. On n'arrête pas le progrès (∞ points partout ! Bingo !)

 

  • L'ENT3 et son célèbre cahier de texte numérique, ou comment aider les parents désagréables à l'être davantage encore (« vous n'avez pas rempli le cahier de texteuh ! ») sans parvenir à apporter quoi que ce soit à ceux qui s'en moquent. (2 points homme orchestre) 

 

  • L'Anglais en maternelle (!!), où comment vraiment se f*** de notre g***4. (3 points presse)

 

  • La suppression des allocations familiales pour les parents d'élèves absentéistes, ou comment créer une sacrée polémique. Faudra voir ce que ça donne. Le problème, dans l'Éduc'Nat', c'est que les bilans que l'on fait sont systématiquement biaisés, afin de donner l'impression que tout a marché, même quand on a fait de la boue. (10 points presse. Enlevez 5 points bons sentiments)

 

  Et voilà ! Maintenant, quand on vous dira que les profs sont tous des paresseux bien tranquilles avec leur sécurité de l'emploi et qu'ils font toujours la même chose, vous pourrez répondre que c'est un peu plus compliqué que cela.

 

  Vivement 2012 et de nouvelles réformes brillantes et mûrement réfléchies ! 

 

 

 


1. Enseignement Integré de Science et de Technologie. On compte fusionner la SVT, la techno et la physique-chimle au collège, en fait. Rien que ça. Et bien entendu, ne comptez pas retrouver dans l'emploi du temps la somme des horaires de ces trois disciplines : on en profitera pour raboter un peu, sans nul doute ! 

 

2. Le seul, l'unique ! Chez nous, on a validé 0% d'élève, pour le moment ! C'est notre chef d'établissement qui va avoir du boulot ! 

 

3. Environnement Numérique de Travail. C'est beau, hein ?

 

4. Oui, je suis vulgaire. Mais l'annonce l'est davantage encore.


Repost 0
21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 16:39

vide

Projet de nouveau programme de littérature en Terminale (allégorie)

 

 

 

  Un titre de bon goût pour une réalité de très, très mauvais goût. La réforme du lycée avançant, bientôt, ce sont les élèves de Terminale qui vont voir fondre sur eux de nouveaux programmes, dont les projets sont tous plus déprimants les uns que les autres. Une analyse rapide de la situation permet de mettre au jour plusieurs contradictions dans la réforme que nous subissons et qui est, de loin, ce que le gouvernement actuel a fait de pire : 

 

 

 

La différenciation des séries

 

  C'est l'un des chevaux de batailles de cette réforme : la L doit être littéraire, la S doit être scientifique… Les horaires des matières scientifiques en séries S ont donc… diminué. L'horaire de français/littérature en série L a donc… diminué. Supprimer l'histoire-géographie en Terminale S ne permet pas d'affirmer que, soudainement, la série S est davantage recentrée sur les sciences. Elle est simplement mutilée d'une part de son aspect généraliste, sans contrepartie scientifique, au contraire. Quant à la série Littéraire, introduire une option droit (dont nous allons reparler) en concurrence avec les autres options ne la rend pas plus lisible ni "revalorisée", bien au contraire.  

 

 

 

L'interdisciplinarité

 

  Le concept au nom duquel on fait n'importe quoi. Sans une fois encore rappeler qu'une réelle interdisciplinarité n'est praticable qu'à partir du moment où les disciplines concernées sont correctement maîtrisées, on s'étonnera devant le paradoxe suivant : la revendication d'interdisciplinarité conduit à une atomisation du savoir. Auparavant, on faisait en Terminales L des lettres (en cours de lettres) et des langues (en cours de langues). Désormais, on fera des lettres (mais moins), des langues (mais moins) et de la « littérature étrangère en langue étrangère » ! Potentiellement avec un autre professeur, donc, et avec en tous les cas un programme réservé à la chose. Grâce à l'interdisciplinarité, une nouvelle discipline ! On avait déjà mixé les lettres et l'histoire pour faire de la bouillie de la « littérature et société » ; ça n'a rien donné : on recommence donc ! À force d'échouer, on va peut-être finir par réussir, qui sait ? En attendant, les élèves apprécieront cette nouvelle matière au programme tellement nébuleux que le professeur pourra traiter tout, son contraire, rien, ou même, avec un peu de chance, quelque chose. Mais quelque chose d'autre que son collègue du lycée d'à-côté. On pourra trouver inquiétante la multiplication de programmes affichés comme nationaux mais dont les contenus laissent à chacun la possibilité arbitraire de faire des choix, y compris des mauvais choix. Cela est également le cas en histoire-géographie, matière dans laquelle votre enfant, en salle 12 avec Madame Machin, ne traitera peut-être pas les même notions que l'enfant qui se trouve en salle 13 avec Monsieur Bidule.

 

 

 

Les programmes

 

  Ils sont frais ils sont beaux, mes programmes ! En fait, ils sont surtout putassiers et indigents. Une véritable initiation au droit paraissant hors de question, on se contentera de proposer une option « droit et grands enjeux du monde contemporains » où il ne faudra pratiquer que la « démarche inductive » sur des thèmes dont la cohérence juridique pourra échapper aux vrais juristes. Mais bon, tant que « le sexe et le droit » fait saliver nos lettreux, pourquoi s'embarrasser avec un véritable enseignement du droit ? Quant à l'aspect logique et rigoureux du droit, il sera tout de suite renforcé par le fait qu'on ne pourra conjuguer cette option avec l'option Mathématiques. De toute façon, en option Maths, en L, on a banni le raisonnement puisque l'on ne fait plus que des maths appliquées, alors ce n'est peut-être pas une si grande perte.

 

 

  Au rayons des choses qui ne sont peut-être pas de si grandes pertes que cela, parlons de la disparition de l'Histoire-Géographie en Terminale S. Choquant ? Accablant ? Consternant ? Révoltant ? Avant de vous enchaîner aux grilles du lycée, regardez les programmes en ES et en L, et pleurez un bon coup. La mondialisation vous paraît un concept mille fois rebattu ? Attndez un peu de la traiter à travers le cas (imposé) du… football ! Si si ! « le football, entre mondialisation et ancrage dans les territoires (étude de cas) » : c'est dans le programme de géographie ! Le même programme dans lequel on commence l'année par la question « des cartes pour comprendre le monde », qui consiste à faire de la critique de cartes juste pour le plaisir de faire de la critique de cartes. On y est enfin : on s'intéresse désormais uniquement à l'outil de représentation et non à ce qu'il représente. On a fini par évacuer complètement le savoir ! 

  Du côté de chez Swann l'histoire, ce n'est guère mieux, et la chronologie est encore passée par pertes et profits ! On commencera ainsi par la « lecture historique du patrimoine d'un centre urbain ancien » (au choix Paris, Rome ou Jérusalem, qui ont un patrimoine similaire du point de vue historique, c'est bien connu…) avant d'étudier « l'historien et les mémoires » (non non, on n'étudie plus l'histoire, on étudie désormais l'historien !) à l'aide de la Seconde Guerre Mondiale ou de la Guerre d'Algérie (au choix !). Après s'être intéressé à « religion et société » depuis 1880 aux USA ou en Russie, on croisera la culture ouvrière au Royaume-Uni dans les années 80, les médias en France depuis 1890 et l'État-Nation en France depuis le XIIIe siècle ! Oui, dans cet ordre ! Le savoir historique est complètement déconstruit ; on papillonne à droite à gauche — un thème par-ci, un pays par-là — et surtout l'on ne fait, une fois encore, pas la même chose que son voisin, puisque certains parleront de Rome, de 39-45 et des USA tandis que d'autres verront Jérusalem, la guerre d'Algérie et la Russie. 

 

  J'ose à peine à ce moment évoquer les programmes d'ECJS1 — grâce auquel on pourra créer une intéressante passerelle avec celui de géo puisque l'on y croisera « la violence et le sport ». On y trouve tous les ingrédients pour mener des débats fumeux sur l'actualité, mais sans les connaissances pour que le débat serve à quoi que ce soit. On baragouinera ainsi sur la bioéthique (mais sans faire de biologie en L et en ES), l'argent (mais sans faire d'économie en S et en L) ou encore l'immigration. Ça promet des grands moments d'écoute et de respect mutuel dans les salles de classe…  

 

 

  Au final, si l'on ne devait en retenir qu'un, l'on retiendrait le programme de Littérature en L2. En effet, on y a tout simplement supprimé la littérature. Passons sur le fait qu'il n'y ait plus que deux thèmes car il n'y a plus que deux heures (en lieu et place de quatre thèmes et quatre heures auparavant). Ce qui est proprement scandaleux, ce sont les thèmes en question ! Dites adieu aux « grands modèles littéraires » ou au thème « littérature et débat d'idées », et bienvenue aux deux thèmes suivants (les deux seuls, donc) : « littérature et langages de l'image » et « lire-écrire-publier ». Non, je ne plaisante pas. Il n'y a officiellement plus d'étude de la littérature en cours de Littérature : on n'y étudiera désormais plus que son rapport à l'image et le processus de création et commercialisation des œuvres littéaires. Les mythes ? Les courants littéraires ? La beauté du texte ? L'engagement ? La recherche esthétique ? La critique sociale ? Le style ? Oubliés. Disparus. Annihilés. Vaporisés. Trou noir. Néant. Vide. Prout. 

 

  Je vous souhaite une bonne fin de journée ! 

 

 


1. Éducation Civique, Juridique et Sociale. Le truc bien-pensant qu'on nous a désormais collé à tous les nivaux, et qui n'en peut plus de dégobiller à tous propos les mots « respect », « tolérance », « débat » et « citoyenneté », quand il n'en vient pas à cette horreur suprême : faire de « citoyen » un adjectif qualificatif.

 

2. En fait, je retiens aussi celui-là car je ne maîtrise pas bien les changements dans les programmes de maths ou de SES. N'héitez pas à les commenter juste en-dessous de cet article ! 

 

 

Repost 0
7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 11:16

freddy

Inspecteur ayant ses outils d'évaluation à portée de main

 

 

  Était-ce par masochisme ? Par esprit de groupe ? Par défi ? Toujours est-il que, cette année, en compagnie de trois charmantes collègues, j'avais demandé une inspection.

 

  Laissez-moi bien vous faire comprendre : dans le beau monde hiérarchique de l'Éduc' Nat', les inspecteurs sont censés être les porteurs de la bonne parole pédagogique. Ainsi, lors d'une délicieuse réunion sur les nouveaux programmes, mon inspectrice — depuis retraitée — nous avait savamment expliqué que ces programmes reprenaient complètement l'esprit de la séquence pédagogique1, puisque le mot séquence n'y figurait jamais. Bref : ils sont capables de tout, y compris de dire exactement l'inverse de ce qu'il vous disaient deux ans auparavant, car depuis les textes ont changé.

 

  Mais bon, l'avancement dans mon beau métier passant par-là, mes collègues étant motivées et l'échec d'une inspection entraînant quand même dans la plupart des cas une… augmentation de la note2, je me suis laissé tenter ! 

 

 

  Mais tout de même, mettons toutes les chances de notre côté :

  • nous apprenons la date, l'heure (et donc la classe) où nous serons inspectés3 très en avance : cela me laisse le temps de procrastiner préparer ! 

 

  • je vais être inspecté avec mes 4e-marrants-et-doués. La vie aurait pu être plus dure4.

 

  • j'ai impitoyablement fait remettre tous les classeurs de tous les élèves de la classe en ordre. Certains souffrirent (je parle des élèves : leurs classeurs, eux, ça fait longtemps qu'ils y sont habitués). D'autres menacèrent de tordre les anneaux métalliques si je n'accédais pas à leurs revendications. Il y eut du sang et des larmes ! Dorante réussit finalement à retrouver tous ses cours ! tant mieux, car c'est son classeur que l'inspecteur a consulté.

 

 

  Mais un problème demeure : que montrer à l'inspecteur ? À l'heure prévue de sa visite, mon planning5 m'indique une superbe leçon de grammaire sur les Compléments Circonstanciels, avec moults exercices dignes des plus belles heures de l'Inquisition espagnole. Je veux bien paraître réac', mais je ne suis pas non plus complètement stupide. J'inverse les deux heures de mon emploi du temps, et me voilà donc en train de présenter :

 

 

La jolie séance d'inspection typique et trop classe (with cream) !

 

 

  On y retrouvera tous les ingrédients pour une inspection-party réussie ! 


  • Une analyse filmique ! → De quoi montrer que vous êtes moderne et que vous utilisez les TICE6 !!!

 

  • Une recherche par groupes ! → Pour prouver que vous pouvez organiser et différencier les doigts dans le nez !!!

 

  • Une démarche pédagogique active ! → Où qu'c'est l'élève qui construit le cours !!!

 

  • Un moment d'écriture en autonomie ! → Parce qu'il faut les faire écrire ! Partout ! Tout le temps ! Sur toutes les surfaces planes qui les environnent !!!

 

  • Une circulation du professeur dans les rangs ! → Parce que 30 minutes de marche par jour !!!

 

  • Une synthèse effectuée à l'aide d'une mise en commun ! → Parce que quand ça marche, ça fait passer la multiplication des pains de Jésus pour un tour spécial débutants issu de « Ma Première Mallette de Magicien (Mattel, 6-8 ans) » !!!

 

 

  Bon, en fait, non, je n'ai pas fait tant de concessions que ça, à l'arrivée : j'ai surtout essayé de présenter joliment les choses. Mais comme j'avais en face de moi les 4e-marrants-et-doués, ça a dépassé toutes mes espérances : ils ont tout trouvé, ont produit8 des synthèses de folie, ont posé des questions intelligentes, et ont fait ça suffisamment vite pour que la cloche retentisse au moment où nous écrivions la dernière phrase ! Un jour d'inspection, finir pile à l'heure votre séance, c'est un peu comme si une fois votre repas à la Tour d'Argent terminé, le directeur venait vous voir pour vous dire que vous n'aviez rien à payer, et que la maison vous offrait cette bouteille de champagne millésimé pour vous remercier d'être venu.

 

 

  Et je n'étais pas au bout de mes surprises ! Non seulement Monsieur l'inspecteur avait apprécié mon cours, mon relationnel, ma clarté, ma coupe de cheveux, mes objectifs, la couleur de ma chemise9, ma trace écrite… mais il trouvait également très bien que je misse les leçons de grammaire à part dans un intercalaire spécifique et que j'enseignasse ladite grammaire à l'aide d'une progression autonome. Diantre ! Je venais subitement de passer du statut de vieux réac' poussiéreux arc-bouté sur l'analyse logique de grand-papa à celui de praticien innovant à la pointe de la dernière mode didactique qui mériterait bien une interview dans les Cahiers Pédagogiques  ! Je faisais de la didactique sans le savoir ! J'étais in ! je TICE grave l'HDA par projets10 interdisciplinaires ! 

 

  Bref, ce fut un franc succès ! Même mon principal a adoré (oui, il assistait à l'inspection). Vivement la prochaine !11 


 

 

 

 

 


 

1. « Ensemble continu ou discontinu de séances articulées entre elles dans le temps et organisées autour d’une ou plusieurs activités en vue d’atteindre les objectifs fixés par les programmes d’enseignement ». À moins que vous ne préfériez « unité élémentaire d’acquisition de connaissances ou de savoir-faire structurée par un formateur en vue de contribuer à l’atteinte d’un objectif pédagogique ». Bref, une pédagogie (ou est-ce une didactique ? Je m'emmêle, parfois) qui a poussé certains de mes collègues à déstructurer complètement l'enseignement de la grammaire, voire quasiment à l'abandonner, faute de temps (les méthodes pédagogiques actives étant gourmandes en la matière). On s'y est aussi efforcé parfois de la vider au maximum de tout contenu littéraire un peu exigeant (voire littéraire tout court) pour parler par exemple des piles Volta, autrement plus passionnantes.   

 

2. Oui, le système est tordu. Ça vous étonne ?

 

3. un homme et trois femmes : grammaticalement, je gagne ! Désolé, chères collègues !

 

4. Comme pour ma collègue inspectée avec ses 6e-mais-où-est-leur-cerveau, et qui a eu droit à un déclenchement de l'alarme incendie en pleine séance ! Ce n'était vraiment pas sa semaine pour jouer au loto…

 

5. Comme si j'en avais un ! Mais bon, j'essaye quand même de faire croire que je suis (un peu) organisé.

 

6. Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement. Ici, une bête télé, en fait. Mais l'inspecteur et moi tombâmes d'accord qu'avec un beau TNI7, c'eût été encore plus merveilleux.

 

7. Tableau Numérique Interactif. Des craies pouvant tomber en panne, mais produisant d'autres sons qu'un horrible couinement. 

 

8. Oui, aujourd'hui, en cours de français, on « produit » des écrits.

 

9. Très déçu qu'il n'en dise rien, d'ailleurs ! Je portais une splendide chemise bleu nuit impeccablement coupée et d'un goût délicieux. 

 

10. Je pratique une appropriation compétencielle de l'enseignement d'Histoire Des Arts à l'aide d'une pédagogie de projet décloisonnée s'appuyant sur l'outil numérique pour favoriser la réussite de tous les apprenants. Ou l'inverse.

 

11. Nan, j'déconne ! 

Repost 0
25 avril 2011 1 25 /04 /avril /2011 08:45

6

Élève n'ayant pas validé l'item

« Respecter des comportements favorables à sa santé et sa sécurité »

 

 

  La voilà, celle que vous attendiez tous, celle qui porte le chiffre de la bête, celle par qui l'apocalypse arrive : la compétence n°6 !

 

 

Compétence n°6 : respect, consommation responsable et principes d'une vie saine

 

  D'après le préambule, il s'agit donc de parler des « compétences sociales et civiques », celles dans lesquelles on va respecter les différences de chacun dans le cadre impératif d'une « démarche interdisciplinaire et transversale développée dans le cadre de la classe et ou du CDI, mais aussi dans l'ensemble de l'établissement. » Ça y est, les deux mots de la malédiction sont lâchés : transversal, interdisciplinaire. Ça commence mal. Ça continue tout aussi mal, d'ailleurs, puisque « tous les moments de la vie du collègien sont propices à l'acquisition de ces compétences. » Comprenez par là qu'on les leur enseigne fait acquérir dans la cour de récré, à la cantine, dans le couloir, partout. Big Brother is watching you. Ou alors il s'agit juste de leur dire de se taire dans le rang, et honnêtement, avait-on vraiment besoin d'en faire tout un plat ?

 

  Il faudra tout d'abord « Connaître les principes et fondements de la vie sociale et civiques », à savoir les droits de l'homme (déjà vus dans la compétence précédente, mais on n'en est pas à une redite près), les institutions de la République, la démocratie et tout ça. Bref : le programme d'Éducation Civique, en fait. Très bien : pas de problèmes avec ça. Néanmoins, « Donner la signification de la Journée Défense et Citoyenneté » me semble relever de la gageure1, y compris pour le professeur ! 

 

 

  C'est ensuite que ça se complique2… Nous arrivons dans le domaine « Avoir un comportement responsable », et là, ça devient vraiment très laid.


  Passe encore l'injonction à « Respecter les règles de la vie collective », qui va de soi, mais dont il me semble dangereux et imbécile de faire un sujet d'évaluation, surtout s'il s'agit de mettre en œuvre la « capacité à débattre face à un cas de non respect du règlement intérieur concernant un camarade ou lui-même » — ça nous promet encore des HVC3 bien sympathiques, tout ça…

 

  En revanche, je rends mon petit-déjeuner (équilibré) et mon tablier devant « Comprendre l'importance du respect mutuel et accepter toutes les différences ». Là, on touche le fond de l'angélisme citoyen, de la morale des beaux sentiments qu'on t'introduit de force dans le crâne à grands coups de « respect » et de « tolérance », mots qu'on a complètement vidés de leur sens en les employant à tort et à travers comme principes uniques et immarcescibles du vivre-ensemble. Tout ça pour en arriver à des conneries pratiques citoyennes telles que « L'élève sait identifier une situation de discrimination » ou encore « dans une situation ordinaire (classe, couloir, cour, CDI, autocar,…) et en s'appuyant sur sa connaissance des règles fondamentales de la démocratie et de la justice, l'élève est capable d'argumenter pour prendre la défense de l'élève ou du groupe d'élèves discriminé ». L'idée est de former des citoyens ou des pères-la-morale, ici ? Et le prof, dans l'autocar, va évidemment prendre ses feuilles d'évaluations de compétences pour noter scrupuleusement que Clitandre a dit à Célimène que ce n'était pas bien de se moquer d'Arsinoé en la traitant de grosse pouf', parce qu'il faut respecter les gros, et aussi les pouf' d'ailleurs. On passera sur la dernière façon qu'on a trouvée de combler le manque de profs : un tutorat citoyen, où l'élève fournit du soutien scolaire à un camarade en difficulté. Mais alors merci de le faire devant nous, histoire qu'on puisse le valider.

 

  Après ce petit coup de chaud, on pourra se permettre un grand éclat de rire devant la compétence « Cinq fruits et légumes par jour/Mangez bougez/Fumer tue/Tu t'es vu quand t'as bu ? », sobrement rebaptisée « Respecter4 des comportements favorables à sa santé et sa sécurité ». L'élève apprendra à connaître « sa responsabilité de préservation envers soi-même et envers les autres » (c'est joli, hein ?) en appréciant en situation « le rapport « risques/sécurité »

 

  « Respecter quelques notions juridiques de base » pourra se faire  par exemple via une « utilisation responsable de blogs ou de réseaux sociaux » et même par la « rédaction d'une charte des TIC ». On citera quelques contrats courants pour la forme afin de bien distinguer le PACS d'un contrat de location (si si !).

 

  Enfin, « Savoir utiliser quelques notions économiques et budgétaires de base » (mais sans prof d'économie pour l'enseigner, évidemment !) nous permettra de rendre l'élève « capable de comprendre une offre de crédit ». Effectivement, c'est ambitieux.  On lui apprendra aussi à faire ses courses, tiens, en n'oubliant pas de lui rappeler pour valider ce qu'il y a au-dessus qu'il faut éviter de manger trop gras, trop sucré, trop salé. Ensuite, on l'accompagnera au lavabo pour vérifier qu'il se brosse les dents ; on restera à côté de son lit pour vérifier qu'il dort bien ; on le réveillera le matin mais sans le brusquer (il nous rappellera alors que lui a besoin de 12 heures de sommeil et qu'il faut respecter sa différence) ; on lui suggèrera de prendre un petit déjeuner équilibré ; on lui proposera de mettre un blouson car il fait - 10 degrés dehors (il nous répliquera qu'il n'y a aucune raison de ne pas tolérer qu'il aille au collège en T-shirt et que c'est de la discrimination vestimentaire) ; on notera enfin s'il regarde bien à gauche et à droite avant de traverser la rue qui le sépare du collège (mais de toute façon, il sait que sa famille pourra faire un procès au conducteur négligeant qui l'écraserait).

 

  Chers collègues, vous aussi, demandez les allocations familiales d'un montant correspondant au nombre d'élèves que vous avez en cours dans la semaine. Désormais, vous êtes aussi leur père ou mère. Y'a pas de raison que vous n'en profitiez pas !  

 

 


1. « Je Suis en Retard » pense à votre culture générale dans ses notes de bas de page ! Apprenez donc vous aussi à prononcer "gajure" et non "gajeure" ! 

 

2. Et c'est peu de le dire…

 

3. Heure de Vie de Classe, ou le débat démocratique sauce Éducation Nationale, dans lequel les élèves se plaignent de tous leurs profs sauf de celui qui est là dans la salle avec eux, ce dernier leur répondant que c'est comme ça et pas autrement. 

 

4. Vous non plus, vous n'en pouvez plus, de cette famille de mots ?

Repost 0
14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 16:50

2010

Dernier projet de réforme de l'Éducation Nationale (copyright Daniel Potvin)

 


  Après cette petite interruption, le blog reprend du service ! Souvenez-vous : nous étions en train de contempler le panorama des réformes — réelles ou juste envisagées — de ces dernières années (épisode précédent à lire ici). Et nous voilà donc arrivés en 2010 !

 

Je rappelle au passage que chaque réforme peut marquer :

  • des points réunionnite  → réforme qui demande de faire des super réunions passionnantes ! 
  • des points homme-orchestre  → réforme qui vous demande de faire de la chute libre tout en préparant une pâte à pizza bio et en chantant le deuxième air de la reine de la nuit en loucherbem. Pourtant, vous pensiez être professeur documentaliste. 
  • des points bons-sentiments  → réforme qui va évidemment mieux faire réussir tous les élèves, évidemment avec moins de moyens. Évidemment. 
  • des points presse  → non, ça, c'est pas une réforme, juste un effet d'annonce pour faire croire qu'on fait des trucs, au ministère.

 

 

2010

 

  En 2010, nous nous repûmes1 des réformes suivantes :

  • La création des établissements CLAIR2, ou comment réinventer les ZEP en pire. Expérimentons à tout va, faisons entrer insidieusement l'idée que les chefs d'établissement sont à même de recruter les profs, inventons un nouvel échelon hiérarchique (les préfets) afin de créer une ambiance encore plus conviviale et sympathique où l'on fera pression sur votre collègue qui n'enseigne pas comme vous. Dénationaliser l'Éducation Nationale, ça ne fonctionne clairement pas, alors autant continuer. (3 points réunionnite, 2 points homme-orchestre, 1 point bons sentiments)

 

  • La Réforme du lycée, ou comment faire vraiment n'importe quoi. On vous vend à la télé de l'accompagnement personnalisé en classe entière dont les horaires ont été pris sur ceux des matières principales. On fait une série S plus scientifique en diminuant les horaires des matières scientifiques (je vous jure). On met en place des modules bizarroïdes sans véritable cadrage, et sans même parfois savoir quels profs vont bien pouvoir les assurer. Probablement ceux qui auront les heures pour le faire, en fait. Cette réforme est un saccage, un vrai, et en plus on vous fait croire que c'est pour le bien des élèves. Révoltant. (10 points réunionnite, 2 points homme-orchestre, 5 points bons sentiments, 2 points presse)

 

  • La mise en place des ULIS3 en lieu et place des UPI4, où comment changer le nom du dispositif. Voilà, en fait c'est tout. (aucun point !!!)

 

  • La réforme de la formation des professeurs et la Masterisation, ou comment faire croire qu'on recrute des professeurs mieux qualifiés et d'un niveau plus élevé, alors que le concours cette année est devenu un vrai moulin à vent et que les stagiaires sont traités à peine mieux que des chiens. Comment faire croire aussi qu'on revalorise le métier en donnant au final moins d'argent. Immonde. (1 point bons sentiments, 3 points presse)

 

  • L'obtention nécessaire du C2i2e5 et du CLES5 pour devenir professeur, ou comment compliquer la vie des gens pour rien (de toute manière, on les donnera : il suffit de voir ce qu'on a fait avec les accréditations pour enseigner l'anglais en primaire). Et je suis sûr qu'un jour, si un professeur d'anglais est absent, on se souviendra que vous avez le CLES… (3 points homme-orchestre)

 

  • Le Socle Commun ! Bon, je ne vous en reparle pas, hein ? (666 points réunionnite, 13 points homme-orchestre)

 

  • L'Histoire des arts ! Bon, je ne vous en reparle pas non plus ? (facile 10 points réunionnite et 10 points homme-orchestre)

 

  • Les états généraux de la sécurité à l'école, ou comment brasser de l'air. De plus, l'institution créée par Philippe le Bel et clôturée par le serment du Jeu de Paume n'avait pas mérité ça (5 points presse)

 

  • L'appel à des retraités et à des étudiants pour remplacer les professeurs absents, ou comment montrer que le système a bien bénéficié de toutes les réformes précédentes ! (3 points presse en moins !)

 

  • La proposition d'un enseignement de philosophie en Seconde ET en Primaire, ou comment not'bon'ministre s'éclate dans les médias pour tromper son ennui. Un p'tit cours d'ethnobotanique en moyenne section de maternelle, aussi, pendant qu'on y est ? (1 point presse)  

 

 

BILAN 2010

Points Réunionnite : 689

Points Homme-Orchestre : 30

Points Bons-Sentiments : 7

Points presse : 8

 

  La prochaine fois, nous finirons en apothéose avec l'année 2011 ! Vous verrez, c'est très beau aussi ! 

 


1. Oui, mon dictionnaire des synonymes commence à montrer quelques signes de faiblesse…

 

2. « Collèges et Lycées pour l'Innovation, l'Ambition et la Réussite », nous dit Eduscol. Chez moi, ça donne « CLIAR », mais on n'est pas à ça près.

 

3. Unités Localisées pour l'Inclusion Scolaire.

 

4. Unités Pédagogiques d'Intégration. Si vous passez les concours pour être Personnel de Direction, vous avez deux heures pour expliquer la différence entre « inclusion » et « intégration ». Bon courage !  

 

5. Respectivement « Certificat Informatique et Internet niveau 2 Enseignant » et « Certificat de Compétences en Langue de l'Enseignement Supérieur ». Le service des acronymes a encore frappé. 

 

Repost 0
1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 07:52

Chardin

Je n'en mangerai plus le vendredi…

 

 

  Un contact bien placé au ministère m'a annoncé de façon formelle que Luc Châtel n'en avait plus pour longtemps à la tête de l'Éduc' Nat'. Son départ sera annoncé dès cet après-midi, et il sera remplacé par Jean-Paul Brighelli. L'UMP essaierait par ce moyen de capter une partie du vote enseignant dit « républicain » en vue de la prochaine présidentielle.

  Apparemment, quelques réformes sont déjà envisagées pour être mises en application dès la rentrée prochaine : retour au port de l'uniforme, suppression des matières autres que le français et les mathématiques au primaire, interdiction de servir du poisson à la cantine le vendredi pour respecter la laïcité.

 

  Une nouvelle qui vous réjouira, je l'espère ! 

Repost 0

Présentation

  • : Je suis en retard
  • Je suis en retard
  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
  • Contact

Devenez follower !

Pages