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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 20:11

  Chers lecteurs, chères lectrices,

 

  Veuillez pardonner l'interruption momentanée de l'image et du texte sur mon blog. Le taulier est en ce moment en pleines révisions. Si tout se passe bien, il aura ainsi davantage de temps à vous consacrer l'année prochaine, même ! 

 

  Rendez-vous donc aux alentours de la mi-avril pour la prochaine mise à jour, à moins qu'entre deux études de poèmes, je ne craque et rédige un article. Surtout qu'en ce moment, il s'en passe de belles, je ne vous dis que ça !1 

 


1. Effet de suspense tout à fait gratuit et mesquin de ma part ! 

 


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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 11:53

2009

« Tiens ! Encore une réforme, chère collègue ! 

— On en est à combien, déjà, depuis notre titularisation ? »

 

 

  La dernière fois, nous avions vu que les années 2006 et 2007 n'étaient pas en reste concernant l'épidémie de réformite qui touche notre beau métier. Peut-être vous sentez-vous, merveilleux lecteur, fabuleuse lectrice, un peu blasé depuis. Plus rien ne peut vous atteindre. Plus rien ? Attendez de voir ce qu'il s'est passé en 2008 et en 2009 !

 

  Je rappelle au passage que chaque réforme peut marquer :

  • des points réunionnite  → réforme qui demande de faire des super réunions passionnantes !
  • des points homme-orchestre  → réforme qui vous demande d'interroger la notion de noumène chez Kant tout en remportant un championnat de crochet en mailles coulées et en séparant le blanc des jaunes sans utiliser votre main droite. Pourtant, vous pensiez être prof d'espagnol. 
  • des points bons-sentiments  → réforme qui va évidemment mieux faire réussir tous les élèves, évidemment avec moins de moyens. Évidemment. 
  • des points presse  → non, ça, c'est pas une réforme, juste un effet d'annonce pour faire croire qu'on fait des trucs, au ministère.

 

 

2008

 

En 2008, nous nous pâmâmes1 devant :


  • la Réforme du Primaire, ou comment aider les élèves en leur retirant deux heures de cours par semaine pour s'en servir pour… aider les élèves. Je ne suis peut-être pas très clair, là… En gros, l'ensemble des élèves ont perdu deux heures de cours en classe entière. À la place, ces deux heures sont utilisées pour aider les élèves les plus en difficultés en faisant le l'accompagnement personnalisé2. À l'Éducation Nationale, on est les spécialistes du « faire mieux avec moins ». Toutes les multinationales nous envient. (3 points bons sentiments, 1 point presse)

 

  • La généralisation de la semaine de 4 jours en primaire, ou comment faire une réforme nocive pour mieux la défaire après en disant que non, vraiment, c'était pas bien. (3 points presse)

 

  • Le Bac Pro en 3 ans, ou comment chercher à atteindre le « 80% d'une classe d'âge au niveau du bac » en remplaçant les BEP3 en 3 ans par des… Bacs en 3 ans. Et pour que les élèves l'obtiennent, ce foutu bac, mettons donc le maximum d'épreuves en CCF4. Déprimant. (5 points bons sentiments, 3 points presse)

 

  • La suppression des IUFM, ou comment ne pas les supprimer. En fait, on les a intégrés aux universités. Maintenant, ils peuvent faire le mal à plus grande échelle, et nettement plus discrètement. Un bien bel exemple du principe de l'effet d'annonce qui, quand on entre dans le détail de la réforme, ne correspond pas du tout à la réalité. (3 points presse)

 

  • Les stages d'anglais gratuits au lycée pendant les vacances scolaires, ou comment essayer de faire quelque chose pour colmater les brèches. Bon, ensuite, encore faut-il les personnels et les moyens pour les faire, ces stages. Mais ça, on n'a pas trop prévu. (1 point presse)

 

  • L'accompagnement éducatif en collège, ou comment mattre en place une structure d'aide aux élèves complètement informe, qui peut aller de l'aide aux devoirs assurée par un surveillant qui traînait par là à une activité tennis de table  ou broderie au point de croix, si on a un chef d'établissement suffisamment ouvert d'esprit. Une fois encore, les établissements se débrouillent, et on donne beaucoup d'argent au début puis, les années passant, de moins en moins. (1 point réunionnite, 2 points homme-orchestre, 2 points bons sentiments, 1 point presse… une réforme qui joue sur tous les tableaux !)

 

  • Le parrainage d'un enfant victime de la Shoah par chaque élève de CM2. Si si, souvenez-vous, ça avait été proposé sérieusement. Mais le délire a ses limites, même dans l'Éducation Nationale. Ouf ! (8 points presse)

 

 

2009

 

  En 2009, nous nous délectâmes de :

  • L'autonomie des Universités, où comment faire gérer la pénurie à l'échelon local pour encourager la chienlit et pouvoir ensuite stigmatiser la mauvaise gestion. Astucieux. (2 points bons sentiments, 2 points presse)

 

  • Les Équipes Mobiles de Sécurité académiques, où comment faire un conglomérat de personnels de direction, de professeurs, de CPE, de médiateurs, d'adjoints et de policiers à la retraite pour rétablir le calme dans les établissements scolaires. On en rit encore. (1 point homme-orchestre, 1 point bon sentiment, 1 point presse)

 

  • Les collèges et lycées expérimentaux avec cours le matin et sports/arts/loisirs l'après-midi, où comment vouloir faire entrer ses bons sentiments dans un réel qui n'a pas la bonne taille. Dans certains cas, on a juste supprimé un peu de français par-ci par-là, pour que ça passe. Bref : c'est abominable à organiser, ça ne met certes pas en valeur l'instruction, et au final, ça ne ressemble à rien. Il paraît donc nécessaire de le généraliser ! (3 points bons sentiments, 3 points presse) 

 

  • Le recrutement de Josette Théophile, Directrice des Ressources Humaines. Oui : 1 DRH pour tous les profs de France ! Ça, c'est de la réforme ! Généralement, elle sert surtout à nous enfoncer à la télé et à la radio. Toujours agréable… (5 points presse)

 

  • La mise en place d'une cagnotte collective pour les classes assidues. Une idée fumeuse du recteur de l'académie de Créteil pour lutter contre l'absentéisme, sur le principe de la carotte, mais en remplaçant la carotte par des billets de banque. Idée rapidement abandonnée d'ailleurs. Le recteur a été sanctionné en étant nommé directeur général de l'enseignement scolaire. Ah ! On me signale qu'en fait, il s'agirait d'une promotion ! Au temps pour moi ! (10 points presse)

 

 

BILAN 2008/2009

Points Réunionnite : 1

Points Homme-Orchestre : 3

Points Bons-Sentiments : 16

Points presse : 41 (!!!)

 

  Oui, on a beaucoup communiqué en 2008/2009, et pour pas gtrand chose. Mais attendez la semaine prochaine : en 2010, vraiment, cela devient fabuleux !



1. Deux accents circonflexes ! Qui dit mieux ?

 

2. Ou est-ce de l'accompagnement indéividualisé ? À un moment, je me mélange…

 

3. Brevet d'Études Professionnelles. 

 

4. Contrôle en Cours de Formation. Ou comment remplacer progressivement un examen anonyme et national par des épreuves organisées dans chaque établissement pour obtenir le meilleur taux de réussite possible. 

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 21:44

5 

      Homme choisissant les modalités techniques les plus appropriées

au regard des exigences de son projet.

 

 

  La dernière fois, nous avons vu comment le livret de compétences traitait les disciplines scientifiques. Rassurez-vous, chers professeurs de tubes à essai, de règle de trois, de fer à souder ou de décorticage de poussins1, l'heure de votre vengeance est venue ! Car sous l'engageant vocable de « culture humaniste », la compétence n°5 du livret est un véritable musée des horreurs, et chaque compétence semble être un nouveau « freak » plus inconcevable que le précédent.

 


 

Compétence n°5 : interrogation du « beau », activité intellectuelle autonome et actualité médiatisée des arts

 

 

  Après un  préambule pourtant bien sympathique évoquant l'esprit critique et la construction de la pensée, les choses se gâtent dans la grille elle-même. Dans le premier domaine — « avoir des connaissances et des repères » (on n'a pas trouvé plus flou) — la géographie voit son compte réglé en un item : l'élève saura « nommer, localiser et situer les repères géographiques étudiés au collège », « caractériser l'espace dans lequel il vit » et « mobiliser un vocabulaire approprié » (pour caractériser l'espace dans lequel il vit, donc). Allez hop, emballez c'est coché ! L'histoire subit le même traitement à l'item suivant : les grandes périodes avec quelques caractéristiques pour chacune, youpida ! Quand on voit le nombre d'items qui vont être consacrés à l'Éducation Civique, c'est à s'arracher les cheveux.

 

  Après avoir mouliné la littérature, la musique, les arts plastiques, le théâtre et le cinéma d'une manière similaire en deux items, nous en arrivons enfin au cœur de la culture humaniste : les connaissances et les repères « relevant de la culture civique2 ». Et là, c'est le délire… 

 

  • On va traiter de tout ça → « Droits de l’homme – Formes d’organisation politique, économique et sociale dans l’Union Européenne – Place et rôle de l’Etat en France – Mondialisation – Développement durable ». Bon, admettons (oh ! le développement durable ! Ça faisait longtemps !)

 

  • L'élève va devoir connaître ça → « les principales références qui fondent les questions politiques, sociales, éthiques, économiques, environnementales et culturelles qui animent le débat public ». Mais bien sûr ! Si vous savez ce qu'est une « référence qui fonde une question éthique » (et qui, si possible, puisse être maîtrisée par un élève de collège, pour qui le mot « éthique » est tout sauf transparent), merci de me le dire en commentaire.

 

  • On l'évaluera comme ça → « Il sait définir et mobilise à bon escient le vocabulaire utile. Il est capable de se référer à certaines notions complexes (Etat, démocratie, mondialisation, développement durable, etc.) soit en repérant leur expression, explicite ou suggérée, dans des documents, soit en les citant spontanément à l'appui d'un propos. Il peut, à partir d'un exemple particulier, établir un lien avec une forme d'organisation plus générale ou un processus plus global ». Vous aussi, évaluez si vos élèves repèrent l'expression suggérée de la mondialisation dans un document, et faites-leur établir des liens du particulier au général dans tous les domaines. Amusez-vous bien !

 

  Au passage, suis-je le seul à trouver étrange cette idée de « mobiliser le vocabulaire utile » ? Mobiliser des idées, des connaissances, je veux bien3, mais juste mobiliser « le vocabulaire » ??? Oh ! Vite ! Une question environnementale explicite repérée dans un document ! Mobilisons immédiatement « développement durable », « recyclage », « biodégradable » et « tri sélectif » ! Pour faire quoi ? Alors ça, camarade lecteur, amie lectrice, on n'en sait rien : à partir du moment où l'on a repéré la notion et mobilisé le vocabulaire, c'est bon, on a validé. Fermez le ban.

 

    Après avoir situé tout un tas de choses dans le temps, l'espace et les civilisations (on prétend même rendre capable tout élève de fin de 3e d'identifier des « parentés » et des « contrastes » dans les œuvres littéraires et artistiques : pour le coup, je ne peux pas dire que le socle manque d'ambition), on s'avisera de donner à tout ça sa véritable place : il s'agissait juste de « donner du sens à l'actualité » — dont l'élève peut être « acteur », si si ! c'est écrit dedans : « l’actualité dont il est le témoin et/ou l’acteur ». Là, je ne vois pas, à moins de considérer la fête de fin d'année comme une actualité… ? 

 

  Domaine suivant, tout à fait hilarant : « Lire et pratiquer différents langages ». Déjà, non, vous n'êtes pas dans la compétence n°1, qui pourtant possédait bien un domaine « Lire ». L'organisation d'ensemble commence à laisser à désirer. Il s'agit en fait de « la communication d'une information, d'un savoir, d'un point de vue » par des biais tout à fait habituels tels qu'« exprimer musicalement une intention4 » (je vous jure !) ou « représenter graphiquement un projet » (lequel ? comment ? on s'en moque). Et en fait, à ce moment, on se rend compte qu'on a totalement perdu les connaissances de vue.  « Croiser différents langages pour transcrire l'un par l'autre »… mais pour dire quoi ? « Compléter un schéma pour représenter une situation géographique »… oui, mais quel schéma, et quelle situation géographique ? « Écrire une production autonome pour raconter, décrire, expliquer et argumenter »… mais raconter quoi, argumenter comment ? On tombe alors dans la bouillie de mots, dans un discours si abstrait et si creux à la fois qu'il donne une idée du néant : l'élève par exemple « sait apprécier ses compétences au regard des exigences de son projet et choisit en conséquence les modalités techniques les plus appropriées ». Mais qu'est-ce que c'est que cette compétence ? Je vais rentrer dans la tête de mon élève pour savoir s'il sait « apprécier ses compétences » ? Je dois lui faire acquérir la compétence d'apprécier ses compétences ? Et pourquoi pas la compétence d'apprécier à apprécier son appréciation des compétences, pendant que j'y suis ?

 

 

 

  … et où est passée la culture humaniste, au fait, dans tout ça5 ?

 

 

 

  Apparemment, la revoilà enfin, car le dernier domaine va nous parler de la curiosité, de la sensibilité, et — Deo gratias ! — de l'esprit critique. Sauvés ? 

 … Damnés, plutôt. Il va en fait falloir « interroger les notions de « beau » et de « goût » (au collège ? C'est pour leur faire dire « chacun ses goûts », à l'arrivée, c'est ça ?), « interroger la portée humaine d'une création artistique » (pas la « portée humaniste », hein ! La « portée humaine »…) et montrer que « celle-ci témoigne d'une posture de son créateur » (une « posture » ? Mais ils ont pris des mots au hasard dans le dictionnaire pour rédiger les indications d'évaluation de la Compétence n°5, ou quoi ?)


  L'esprit critique, lui, est ramené à sa plus simple expression : l'élève devra déjà être guidé (ça commence bien : on aurait pu croire que, justement, l'esprit critique consistait à ne plus l'être, mais bon…), il sera capable « d'un minimum de recul critique » (le mot important, ici, est évidemment « minimum ») et il saura « qu'il est souhaitable de porter un regard distancié sur le réel » et il aura « les moyens de le faire, à son niveau de collégien ». Remarquez donc qu'à aucun moment on ne lui demande de FAIRE PREUVE d'esprit critique : on lui demande de penser que c'est souhaitable et d'avoir les moyens de le faire. On ne lui demande donc pas de le faire. Et si vous n'êtes pas convaincu, on vous le dit une seconde fois sous une forme différente : « Il est capable de développer une activité intellectuelle autonome en formulant des hypothèses et en cherchant à y apporter des réponses. » C'est ça, le regard critique ? Formuler des hypothèses et chercher à y apporter des réponses (et, une fois encore, nul besoin d'en apporter réellement !) ? On rêve ! 


  Quant à la curiosité (qui me paraît tout à fait hors sujet ici : après tout, on a bien le droit de ne pas être curieux), elle concernera essentiellement l'actualité : oui, on forcera l'élève à regarder la télé et à lire les journaux (y compris en ligne) jusqu'à ce qu'il « manifeste un intérêt pour les médias et pour l'information dans un domaine qui l'intéresse ». Résumons… la curiosité, c'est « manifester un intérêt pour les médias » (tu n'es pas intéressé par la télé ? T'es pas validé !) et, surtout, cette tautologie magnifique : « manifester un intérêt dans un domaine qui l'intéresse ». Attendez, je vous l'écris de nouveau, car c'est vraiment beau comme l'antique : l'élève doit manifester de l'intérêt pour une chose qui l'intéresse ! La curiosité, c'est s'intéresser à… ce qui nous intéresse. Une bien belle synthèse de l'humanisme, n'est-il pas ?

 

  J'aurais encore tant à éructer dire sur des choses telles que « commenter sommairement des faits majeurs de l'actualité médiatisée des arts », ou « identifier, au sein de son établissement scolaire, les lieux permettant de pratiquer la culture », ou encore au sujet de l'élève qui « fait écho aux grands moments de la vie collective », mais je vais m'arrêter là, car mon esprit commence à être sévèrement attaqué par cet assemblage de phrases incohérentes, délirantes, qui réduisent l'esprit critique à des comportements directement observables, qui ramènent la curiosité intellectuelle au fait de regarder MTV et qui, surtout, NE VEULENT RIEN DIRE ! Cette compétence n°5 est un pur délire : elle n'a ni queue ni tête, et les concepteurs n'ont visiblement pas été capables de donner une seule indication concrète vraiment exploitable pour son évaluation : tout n'est qu'un grand assemblage de vagues concepts, d'idées bizarres, de procédures techniques en totale contradiction avec l'idée même d'une culture humaniste, d'assemblages de mots foireux et d'une moraline qui est à l'esprit critique ce qu'une queue en tire-bouchon est à un postérieur humain : après tout, on peut toujours en coller une, mais à l'arrivée, ça ne ressemble à rien. Bref, je trouve inquiétant que ce fonctionnement par compétences transforme la culture humaniste et l'esprit critique en quelque chose qui ressemble davantage à une dystopie du XXe siècle à tendance kafkaïenne ascendant Orwell qu'à la philosophie des Lumières ascendant Montaigne. 


 

 

  … Et vous savez quoi ? Les deux compétences qu'il nous reste à traiter sont encore pires. Si. Je vous jure.

 

  … Ça donne envie de lire la suite, hein ?

 

 


1. Amis professeurs de physique-chimie, de mathématiques, de technologie et de SVT, pardonnez ce raccourci tout à fait pitoyable fait par un prof d'accord du participe avec avoir.

 

2. On a échappé à la « culture citoyenne » : c'est déjà ça !

 

3. Mobiliser des soldats, aussi, mais je m'égare…

 

4. Exemple : Pierre a l'intention de torturer son professeur. Il souffle donc de toutes ses forces dans sa flûte à bec. Paf ! Validé ! 

 

5. Vous aussi, essayez de retrouver la culture humaniste en suivant ce lien !

 

  

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 18:02

2007

Professeur se réfugiant dans sa salle de classe (à gauche) devant l'afflux de nouvelles réformes

(notez à droite l'inspecteur tenant dans sa main un artefact pédagogique)

 

 

  La dernière fois, nous avions vu que l'année 2005 fut prolifique en réformes merveilleuses et qui ont tellement amélioré notre fonctionnement… Voyons si les années 2006 et 2007 (qu'on regroupera) ont su nous apporter des lois dignes de figurer au panthéon des plus belles co**eries innovations jamais conçues pour modifier notre métier et sublimer notre système.


  Je rappelle au passage que chaque réforme peut marquer : 

  • des points réunionnite  → réforme qui demande de faire des super réunions passionnantes !
  • des points homme-orchestre  → réforme qui vous demande de changer un joint de culasse tout en gagnant un concours d'apnée et en montant une équipe de curling au Soudan. Pourtant, vous pensiez être prof de français.
  • des points bons-sentiments  → réforme qui va évidemment mieux faire réussir tous les élèves, évidemment avec moins de moyens. Évidemment.
  • des points presse  → non, ça, c'est pas une réforme, juste un effet d'annonce pour faire croire qu'on fait des trucs, au ministère.

 

 

2006

 

  En 2006, nous nous ébahîmes1 devant :


  • les Établissements RAR2, ou comment poser un dixième pansement au mercurochrome sur un cancer en phase terminale. On collera le collège de « zone sensible » et les écoles du coin dans un joli projet doté d'un beau « Contrat d'objectif », on y valorisera l'« expérimentation » car c'est toujours sur les élèves défavorisés qu'il vaut mieux expérimenter3, on prétendra y attirer des « professeurs expérimentés » pour y mettre en réalité des néotitulaires car on n'a qu'eux qui peuvent être forcés à y aller, on envisagera même d'y placer des professeurs bivalents en 6e car l'ambition et la réussite, ça nécessite des enseignants moins spécialisés. 4 ans avant la grande invasion des compétences, on prévoira déjà de ne faire acquérir que les compétences du socle commun dans ces « haut[s] lieu[x] d'exigence scolaire » (sic). Le tout avec des moyens supplémentaires, mais pas trop quand même (et qui iront surtout en diminuant). (3 points réunionnite, 5 points bons sentiments)

 

  • le CAPES bivalent, ou comment réinventer le vieux corps des PEGC4 en faisant passer ça pour une innovation. En résumé, en passant son CAPES, on pourra passer une épreuve complémentaire d'une autre discipline, et si ça se passe bien, eh bien on pourra enseigner aussi cette discipline. Mal, probablement, mais on moins on sera davantage « flexible », et la flexibilité, à l'Éduc'Nat', est une valeur que l'on place plus haut que la compétence (un comble, n'est-il pas ?). (3 poins homme-orchestre)  

 

  • les PPRE5, ou comment prétendre faire davantage avec rien de plus. Dans certains pays, quand un élève est en difficulté, on le retire de sa classe pour le mettre en petit groupe avec un professeur spécialisé qui fait des remises à niveau en insistant sur les bases. En France, on lui colle un PPRE sur le dos. On se réunit ; on se dit que oui, vraiment, c'est terrible, ces difficultés ; on met en place un « parcours », un « projet », des « objectifs » et… l'élève continue à suivre les même cours et à être toujours perdu. On lui demandera éventuellement des choses plus faciles, on adaptera l'évaluation (comprendre : on lui mettra des meilleures notes et on ne comptera pas l'orthographe), et hop ! magie magie : on le fera passer dans la classe supérieure. C'est ça, le soutien aux élèves en difficulté à la française : 0 euro. (1 point réunionnite, 5 points bons sentiments)

 

 

2007

 

En 2007, nous nous ébaubîmes1 devant :


  • le début du changement complet de tous les programmes (primaire, collège ET lycée), parce que le changement, c'est bien. Donc on a tout changé. Tout. Parfois en mieux (programmes de français), souvent en moins bien (programmes de géographie développement durable, de sciences de la vie et de la terre développement durable ou encore de technologie développement durable). (1 point réunionnite, 1 point bons sentiments)

 

  • la prise en compte du CECRL6 dans les programmes de langue : je vous propose de relire cet article, qui vous montre ce que ça a donné. (1 point réunionnite)

 

  • la suppression de la carte scolaire, ou comment renforcer l'école à deux vitesses et la ghettoïsation d'un claquement de doigts. L'Enfer est pavé de bonnes intentions. De mauvaises intentions, aussi. (2 points bons sentiments, 1 point presse)

 

  • la formation PSC17 en classe de 4e,  ou comment s'arranger pour occuper toutes ces heures de cours superflues dont on ne savait que faire. (1 point homme-orchestre, 2 points bons sentiments)

 

  • le B2I8 !!!!! … ou comment s'arranger pour occuper toutes ces heures de cours superflues dont on ne savait que faire. Sauf que les premiers secours, ce n'est pas l'ensemble de l'équipe pédagogique qui devait les enseigner, les évaluer et les valider ! (6 points réunionnite, 4 points homme-orchestre, 1 point bons sentiments)

 

  • la définition de l'objectif de 50% d'une classe d'âge au niveau licence, ou comment faire monter le niveau en juchant les étudiants sur des chaussures à talonettes, voire sur des échasses. Au premier escalier, ils se casseront la figure, mais en attendant, ça fera moins ridicule sur la photo. (1 point bons sentiments, 3 points presse)

 

  • la lecture obligatoire de la lettre de Guy Môquet chaque 22 octobre dans les lycées, ou comment faire une polémique (j'en avais parlé ici). Mais rien de plus, vraiment. (5 points presse)

 

 

BILAN 2006/2007

Points Réunionnite : 12

Points Homme-Orchestre : 8

Points Bons-Sentiments : 17 (!)

Points presse : 9

 

  À la semaine prochaine, pour voir si les années 2008 et 2009 nous ont apporté d'autres merveilles ! 

 

 


1. Vous aussi, militez pour le retour dans les blogs de la 1ère et de la 2ème personne du pluriel du passé simple de l'indicatif.

 

2.Réseaux Ambition Réussite.

 

3. Leurs parents gueulent moins. L'expérimentation à Louis le Grand, ça fonctionne beaucoup moins bien, curieusement.

 

4. Professeurs d'Enseignement Général de Collège. Un corps créé en 1969 !!! Voilà une réforme résolument moderne ! 

 

5. Projets Personnels de Réussite Éducative. Le service « sigles et acronymes » du ministère ne connaît pas la crise, lui.

 

6. Cadre Européen Commun de Référence pour les Langue. Je n'apprends rien aux habitués de ce blog.

 

7. Prévention et Secours Civiques de niveau 1.

 

8. Notre grand ami le Brevet Informatique et Internet ! Une petite piqûre de rappel ici.

 


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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 12:20

3 

hommes repérant les progrès apportés à un objet technique

en respectant les contraintes liées au développement durable    

 


 

  La fois précédente, nous avons vu avec our dear colleagues, unseren lieben Kollegen y nostros tequieros collegos1 que le niveau A2 du socle commun, c'était quand même une vraie merveille. Mais le blog Je Suis en retard va plus loin : ne reculant devant aucun obstacle, n'ayant peur de rien, pas même des maths, il s'attaque aujourd'hui à la…

 

 

 

Compétence n°3 : vie courante, développement durable et…un raton-laveur ! 

 

 

« Mais qu'est-ce donc que c'est que ça, la compétence n°3, m'sieur ? »

La science, mon p'tit Lubin, la science… Et au vu de votre syntaxe, va falloir que vous misiez sur la compétence n°3, j'en ai peur ! 

 

  La compétence n°3, nommée également « les principaux éléments de mathématiques et la culture scientifique et technologique », va elle aussi faire la part belle aux tâches complexes du quotidien, puisqu'il s'agira de l'évaluer « dans le cadre de la résolution de problèmes mathématiques, scientifiques ou technologiques inspirés de situations concrètes de la vie courante ». Ça tombe bien : faut que j'achète un nouveau canapé, mes WC sont bouchés et je me demandais justement comment éclairer au mieux mon salon… Cela nous promet des calculs de prix, des études de l'objet technique, de la chimie pratique à base de soude et des expériences sur les ampoules et les watts qui vont avec tout à fait passionnants. J'exagère ? Peut-être pas tant que ça, puisque « l’évaluation doit prendre appui sur l’engagement de l’élève à mobiliser certaines ressources tout autant que sur la justesse du résultat final. De même, on distinguera ce qui relève de la connaissance du vocabulaire mathématique ou de la notion scientifique ou technologique et ce qui relève de la compréhension du concept  et de son utilisation ». En gros, si t'as vaguement compris, c'est bon : on ne va pas non plus s'embarrasser avec ces choses triviales que sont la justesse du résultat, l'exactitude de la formule et le terme approprié. Les quatre trucs tracés sont de la même taille et les coins font comme elle fait mon équerre : on valide le carré ! (comme en langues, en fait, ou des inspecteurs vous expliquent que « me going cinema », c'est validé, car le message passe… on ne va quand même pas s'embêter à respecter la grammaire en sus !)

 

  Rentrons dans les détails de ce que nos adorables collègues de Mathématiques, Physique-Chimie, SVT2 et Technologie vont pouvoir pratiquer sous forme d'une démarche de « projet » et de mise en œuvre d'une « tâche complexe […] pluridisciplinaire » pour laquelle il faudra privilégier « l'évaluation à l'oral » car on nous explique doctement que cela lève « certains obstacles comme l’impossibilité pour certains élèves d’entrer dans un processus de rédaction alors qu’ils sont tout à fait capables de raisonner et d’expliquer oralement leur raisonnement ». Une chance dans un pays où tous les examens et concours se passent d'abord à l'écrit : on aura des élèves possédant le socle commun scientifique, mais incapables de le faire savoir. Le système est vraiment trop méchant avec les scientifiques illettrés.

 

  Tout d'abord, cette compétence est un florilège de verbes à l'infinitif, à tel point qu'on en a le tournis. L'élève va devoir adapter, appliquer, calculer, choisir, coder, comparer, conduire, confronter, construire, contrôler, créer, décoder, décrire, déduire, démontrer, déterminer, distinguer, effectuer, émettre, estimer, être familiarisé, évaluer, exploiter, extraire, faire, formuler, interpréter, invalider, justifier, lire, maîtriser, mener à bien, mesurer, mettre, mobiliser, observer, organiser, présenter, proposer, raisonner, recenser, reconnaître, reformuler, relier, repérer, suivre, traduire, utiliser, valider. Et même « savoir » et « connaître » de temps à autres3.

 

  Le mot d'ordre ici est « en situation ». Les maths, ça ne fait que s'appliquer. Ainsi, « Il est seulement attendu des élèves qu’ils sachent utiliser en situation les propriétés » (nul besoin de les connaître vraiment, hein !). De même, en géométrie, « L’évaluation s’effectue oralement ou en situation, sans exigence particulière de mise en forme des justifications » (ce serait dommage d'apprendre aux élèves à rédiger correctement et d'illustrer ainsi le fait que « ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement4 »).

 

  Bon, ensuite, on a des gros morceaux des programmes des 4 disciplines attendues sous forme d'inventaires à la Prévert assez terrifiants, mais au moins on reste dans les matières concernées… encore que « Au cours d’une étude de documents, dans un énoncé, l’élève repère des informations en accord ou non avec ses connaissances antérieures », ça m'a l'air bien fumeux à évaluer. On est surtout impressionné par le fonctionnement constructiviste de l'ensemble : l'élève semble devenir un scientifique de grande envergure, qui formule des hypothèses, émet des conjectures, propose des algorithmes et des protocoles, conçoit des méthodes et même met en œuvre une démarche Shadok « par essais erreurs ». Quand on sait à quel degré de connaissance des maths les élèves de collège actuels en sont (mes collègues viennent de corriger le brevet blanc : elle n'ont plus ni cheveux ni encre dans leurs stylos rouges), ça promet des grands moments dans les salles de classe, sur le mode « vous êtes Champollion et proposez une méthode par essais erreurs pour traduire la Pierre de Rosette, sauf que vous n'y connsaissez absolument rien. Mais c'est pas grave : c'est la démarche qui compte ! »


  Mais le meilleur de tout ça, c'est qu'on met en œuvre toutes ces belles compétences (notamment en SVT et Techno) pour quoi, hein ? Mais pour « comprendre des questions liées à l’environnement et au développement durable », bien sûr ! Il faudra à notre scientifique en herbe « justifier, grâce aux connaissances qu’il a acquises, les attitudes responsables à avoir en matière d’environnement et de développement durable »  ! La chimie servira à « justifier le caractère plus ou moins polluant des différentes sources d’énergie et de leur utilisation », la biologie à « identifier l’impact des activités humaines sur la répartition des êtres vivants et la biodiversité » la géologie à « identifier le caractère non renouvelable de certaines ressources géologique » , la technologie à « repérer les principaux impacts  de la production, de la transformation et du recyclage d’un objet technique » ou encore à « repérer le ou les progrès apportés à un objet technique en respectant des contraintes liées au  développement durable ». La science au service de l'idéologie : c'est pas un beau programme, ça ?

 

 

  Quoi qu'il en soit, je souhaite beaucoup de courage à mes collègues des matières scientifiques pour s'y retrouver là-dedans. Mais qu'ils se rassurent : leur vengeance est proche, car la prochaine fois, nous verrons la compétence n°55 : la culture humaniste ! Et là, ce sont les lettreux, les amis des cinq continents, les pianistes et les barbouilleurs qui vont souffrir ! 

 



1. Comment ça, ça se voit, que j'ai pas fait d'espagnol ?

 

2. Sciences de la Vie et de la Terre. Biologie-Géologie, quoi, mais ce n'était pas assez compliqué, donc on a changé. 

 

3. Mais pas trop souvent quand même, vous allez voir…

 

4. Grand jeu concours : un numéro d'Éducation Magazine offert au premier qui retrouve l'auteur de cette citation ! Au sommaire : simplification de l'orthographe, pour ou contre l'évaluation des professeurs par les élèves ?, appel à la disparition des notes dans le primaire et un entretien exclusif avec le président de la conférence des directeurs d'IUFM ! Ne passez pas à côté ! 

 

5. Ayant déjà suffisamment vomi sur parlé du B2i (Brevet Informatique et Internet) qui constitue la compétence n°4, je me permets de n'y pas revenir. Pour les amateurs, c'est par exemple ici.

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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 16:20

 

      Professeur attendant une réforme de l'Éducation Nationale efficace,

réfléchie et non mue par des intérêts économiques (allégorie)

 

 

  « Il faut réformer l'Éducation Nationale ! » Cette antienne, on l'a déjà tellement entendue qu'on en vient à se demander pourquoi on ne l'a pas fait plus tôt. Eh bien le blog Je Suis en retard va vous révéler une terrible vérité, pas plus tard qu'aujourd'hui : réformer l'Éducation Nationale, on l'a fait. On n'arrête même de le faire, chaque année. Grâce au travail de fourmi réalisé par de vaillants membres du forum Néoprofs, je suis en mesure de vous présenter un panorama des réformes faites, en train d'être faites ou à faire dans notre pays des merveilles. Afin de ne pas vous lasser, sublime lectrice, délicieux lecteur1, j'ai fixé arbitrairement l'année de départ : 2005. Cela nous fait perdre quelques merveilles, telles que les IDDou l'«élève au centre», mais rassurez-vous, il nous reste largement de quoi nous faire plaisir.


  Et afin justement de mesurer scientifiquement le glissement progressif du plaisir, je vous propose d'attribuer3 à chaque réforme ou réformette des points, et comme ça, à la fin, on fera le total. Chaque réforme pourra donc marquer : 

  • des points réunionnite  → réforme qui demande de faire des super réunions passionnantes !
  • des points homme-orchestre  → réforme qui vous demande de cuisiner un lapin à la moutarde tout en arrosant le gazon et en jouant l'Hymne à la Joie au glockenspiel. Pourtant, vous pensiez être prof de maths.
  • des points bons-sentiments  → réforme qui va évidemment mieux faire réussir tous les élèves, évidemment avec moins de moyens. Évidemment.
  • des points presse  → non, ça, c'est pas une réforme, juste un effet d'annonce pour faire croire qu'on fait des trucs, au ministère.

 

 

2005

 

  En 2005 donc, nous découvrons émerveillés : 


  • les Remplacements De Robien, ou comment demander imposer à des profs qui n'ont pas la classe et/ou qui enseignent une toute autre matière de remplacer au pied levé leur collègue absent. Le prof de français n'est pas là ? Pas grave, vous ferez de la musique, les enfants. Ou de la physique. Ou n'importe quoi d'autre : tant qu'on vous occupe, vos parents seront contents, et nous, ça ne nous demande pas de recruter du personnel supplémentaire. (1 point bons-sentiments)

 

  • le Conseil Pédagogique, véritable cheval de Troie de l'autonomie des établissements et du renforcement du pouvoir pédagogique du chef dudit établissement.  Le lieu de toutes les discordes entre collègues. La réunion de tous les dangers : un moment d'inattention, et soudain on vous harmonise l'évaluation dans l'établissement sous forme de gommettes colorées, à moins qu'on ne vous mette en place un projet « racisme et origami » dans votre 6e2. Bref, la chienlit. (5 points réunnionite)

 

  • la Note de Vie Scolaire, ou comment créer une nouvelle matière et une usine à gaz simultanément. Mettons 20 aux élèves qui ne frappent pas leurs camarades, et 18 à ceux qui ne les frappent pas trop fort. (2 points réunionnite, 1 point homme-orchestre, 1 point bons-sentiments)

 

  • La DP34 et la DP64aussi, ou comment créer une nouvelle matière sans avoir personne qui sache l'enseigner. Mais ça fait toujours bien, de dire qu'on découvre le monde professionnel, à l'école. (5 points homme-orchestre, 3 points bon-sentiments)

 

  •  L'Épreuve obligatoire anticipée des TPE5 au Bac, ou comment noter des élèves sur des choses que l'on n'enseigne pas. Ou alors un peu et de loin. Mais c'est tellement beau, des élèves autonomes : ça mérite bien un petit 17/20, cette maquette de volcan en balsa agrémentée de lave en ketchup. (1 point homme-orchestre, 3 points bons-sentiments)

 

 

 

BILAN 2005 

Points Réunionnite : 7

Points Homme-Orchestre : 7

Points Bons-Sentiments : 8

Points presse : 0 (navré !)

 

 

  La semaine prochaine, nous passerons aux années 2006 et 2007. Vous verrez, on y a fait des choses formidables ! 

 

 


1. J'en fais peut-être un peu trop, là, non ?  

 

2. Itinéraires De Découvertes. Ou comment faire des projets interdisciplinaires en collège en bouffant les heures de cours.

 

3. À mon bon vouloir, bien entendu. Vous ne croyiez tout de même pas que c'était la démocratie, ici ?

 

4. Découverte Professionnelle 3/6 heures. Assurée par des professionnelseurs. N'importe lesquels, du moment qu'ils sont volontaires. Ou forcés. 

 

5. Travaux Personnels Encadrés. Ont beaucoup augmenté la fréquentation de Wikipédia, et les moyennes des élèves au bac.

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 12:54

2

À droite : homme comprenant un message oral pour réaliser une tâche1 

 

 

  La dernière fois, nous avions vu que la maîtrise de la langue française passée à la moulinette des compétences risquait de mener à des choses étranges. Mais cela n'est rien à côté de ce que vivent déjà aujourd'hui nos collègues professeurs de langues vivantes. Sonnez tambours, roulez trompettes2, voici sous vos yeux ébahis, merveilleux lecteurs et fantastiques lectrices…

 

 

 

Compétence n°2 : descripteurs, postes frontaliers et sécurité routière 


 

  Ne vous fiez pas à mon titre : il s'agit bien d'étudier une langue vivante, ici. Mais dès le préambule, on frissonne devant un monstre étrange et inconnu qui semble nous observer dans l'ombre : 

 

« L’attestation est renseignée par le professeur de la langue vivante étudiée choisie par l’élève en s’appuyant sur les descripteurs de capacités du niveau A2 dans le respect des programmes d’enseignement qui définissent le cadre des savoirs culturels, lexicaux, grammaticaux et phonologiques. »

 

  Diantre ! Les « descripteurs de capacités du niveau A2 » ! Mais qu'est-ce que c'est que cette bestiole-là ? Alors en gros, chers néophytes de l'enseignement des langues vivantes nouvelle formule, on a construit un joli cadre européen — le CECRL3 — présentant les différents niveaux de compétence en langue vivante, depuis le A1 (babillage) jusqu'au C2 (thèse sur le tragique chez Shakespeare, le jardinage chez Goethe ou la force du vent dans Don Quichotte4). Et afin de savoir si vous êtes plutôt A2 ou B1, on vous a concocté tout un tas de « descripteurs » qui indiquent ce que vous êtes censés savoir faire. Rassurez-vous, point n'est question de la maîtrise des verbes irréguliers, de l'ordre des différentes parties du verbe dans la subordonnée allemande ou de l'emploi correct de "I wish", comme on va le voir.

 

  Tout d'abord, il s'agit de « Réagir et dialoguer », ce qui se traduit en A2 par  « Interagir de façon simple avec un débit adapté et des reformulations ». Et pour juger de la chose, on va mettre en place des tâches5 ! Car sachez-le : en langue vivante, hors de la tâche, pas de salut. On fera « passer un poste frontalier » à l'élève pour vérifier s'il peut passer en fraude de la drogue décliner son identité. Afin d'arriver au dit poste frontalier, on pourra « préparer  […] un voyage virtuel », et au retour, on en profitera pour « échanger sur une recette de cuisine » d'un plat virtuellement local. Notez que le contenu grammatical de l'échange est réduit ici à sa plus simple expression : « Il sait utiliser les formes verbales pour parler du présent et du passé, les pronoms personnels sujets et les pronoms possessifs. » Le futur, on verra un autre jour. Enfin, si on est en panne de tâches, il ne restera qu'à « se lancer dans un projet » : ça marche toujours, les projets, surtout quand on ne les définit pas avec trop de précision.

 

  Une fois qu'on aura bien réagi et dialogué, on pourra alors « Écouter et comprendre6». Au cas ou l'on n'ait pas encore bien compris le fonctionnement du schmilblick, il s'agira évidemment de « Comprendre un message oral pour réaliser une tâche ».  Cher collègue, pourquoi ne pas « repérer sur des vignettes les jeux ou sports dont l’enseignant cite les règles (idem pour des recettes de cuisine) » ? Voilà qui promet des compréhensions orales fascinantes sur les règles du curling ou la bonne manière de monter des blancs en neige. À moins que vous ne préfériez faire « choisir parmi plusieurs illustrations le thème ou le sujet de messages téléphoniques, d’annonces publicitaires, de messages de prévention ». Cher tâcheron, le message que tu viens d'entendre concernait-il la lutte contre le SIDA (entoure le ruban rouge), les 5 fruits et légumes par jour (entoure la pomme) ou la nécessaire pratique régulière d'une activité sportive (entoure la paire de béquille le p'tit bonhomme qui nage le papillon) ? Rassure-toi : on ne te demande pas d'avoir compris ce qu'on racontait : on veut juste que t'entoures le thème.


  Il s'agira ensuite de « Parler en continu », mais rien ne garantit que ce qu'on dira sera intéressant. Il faudra « Présenter un projet », pour changer. Exceptionnellement, on détaille un peu ce qu'on attend sur le plan grammatical : « L’élève utilise un vocabulaire suffisant mais restreint pour décrire quelque chose sous forme d’une simple liste de points, raconter un événement dans un ordre chronologique ou fournir une explication simple. Il mobilise les structures et les formes verbales adéquates (dont le passé), utilise la 3e personne du singulier et du pluriel, les possessifs et les comparatifs, les repères spatiaux, les articulateurs les plus fréquents pour relier des énoncés ». Ça nous promet des grands moments de « and » et de « but » (respectivement de « und » et de « aber » / de « y » et de « pero ») ; quant aux autres personnes de conjugaison et aux explications réellement articulées (c'est beau d'apprendre des « articulateurs » quand au final on utilise « une simple liste de points »), elles peuvent aller se rhabiller. Mais dans le cadre de quelles tâches pasionnantes va-t-on mettre tout cela en œuvre ? Mais dans le cadre d'une « émission de radio » ou d'un « reportage fictif », bien sûr ! On pourra aussi « raconter une histoire drôle » (voilà qui va rendre l'ambiance du cours d'allemand tellement plus trop top sympa !) ou « annoncer un changement d'école » (« That is why I will go to the private sector so as to learn English properly »).

 

  Mais l'article touche à sa fin et nous n'avons toujours pas abordé deux compétences tout à fait secondaires et reléguées en fin de livret : « Lire » et « Écrire ». Pas d'inquiétudes à avoir : lire se résume à « Comprendre le sens général de documents écrits » — prospectus, signalétique urbaine, 4e de couverture d'une bande-dessinée… On ne lira pas le conte en entier, mais on se contera de l'« identifier » en tant que conte et de le distinguer du règlement ou de l'article de journal. On pourra également « apparier des panneaux de signalisation avec des consignes de sécurité routière » : c'est toujours ça de pris pour valider les compétences citoyennes. Pour ce qui est de l'écriture, on enrichira des blogs fictifs et on remplira des formulaires. 

 

  En conclusion, c'est à se demander si on apprend vraiment une langue par cette méthode. On le saura dans une dizaine d'années, une fois que les élèves soumis à ces pédagogies innovantes passeront leur bac sous forme d'un QCM sur la sécurité routière anglaise (n'oubliez pas : "left", c'est gauche !) agrémenté d'une rédaction où il s'agira d'envoyer un courriel aux impôts pour décrire sous forme d'une liste de points simples la situation financière de son ménage. 

 

  Ah oui ! Dernier point ! Le niveau A2, qui est à valider en fin de 3e pour l'obtention du Socle Commun, correspond dans les programmes au… niveau de fin de 5e. Le niveau monte, on vous dit ! 

 



1. Un item validé gratuitement si vous avez repéré la faute de frappe sur l'image à la première lecture ! 


2. Application du socle de compétences à l'Éducation musicale.


3. Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues. Comme ça, tout le monde il apprend de la même façon pourrie ! Pas de discrimination ! 


4. Que mes collègues qui enseignent l'italien, le russe, l'arabe, le chinois, etc. me pardonnent.


5. La pédagogie de la tâche — ou pédagogie actionnelle — est le dernier avatar en date du constructivisme mâtiné pour l'occasion d'idéologie libérale tendance « main d'œuvre adaptable et docile ». Cette pédagogie « considère avant tout l'usager et l'apprenant d'une langue comme des acteurs sociaux ayant à accomplir des tâches (qui ne sont pas seulement langagières) dans des circonstances et un environnement donnés, à l'intérieur d'un domaine d'action particulier. Si les actes de paroles se réalisent dans une activité langagière, celles-ci s'inscrivent elles-mêmes à l'intérieur d'actions en contexte social qui seules leur donnent leur pleine signification". » (je cite ici Manfred Overmann, didactico-pédagogo devant l'éternel, à qui l'on doit également des fiches pédagogiques pour exploiter des chansons d'Hélène Ségara ou de Pascal Obispo — rien n'arrête un spécialiste en sciences de l'éducation).  


6. Je présente les domaines dans l'ordre véritable : on a réellement mis « Réagir » avant « Écouter »…

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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 17:47

Vert

 

  Par la petite Mu

 

Ma collègue la petite Mu m'a proposé un second témoignage, et je crois qu'il mérite d'être lu. Pour ceux qui veulent (re)lire son premier texte avant de se lancer dans la lecture de celui-ci, c'est ici.

 

 

  Je vous avais laissés sur une note plutôt positive, mais malheureusement la rentrée de janvier m’a fait mentir, et j’ai découvert ce que voulait dire « craquer » dans ce métier. 

 

  J’ai repris mes classes le 3 janvier, après deux semaines de vacances de Noël idylliques, pendant lesquelles j’avais fait la coupure… hum, un peu trop, apparemment. Le choc de la reprise a été dure. Ah, oui, c’est vrai, quand je parle, les élèves ne m’écoutent pas, ils parlent à voix haute, se lèvent sans demander, lancent des boulettes en cours, refusent de me donner leur carnet… j’avais oublié tout ça. 


  Au bout d’une semaine, une heure de cours a été la goutte d’eau : à cause du devoir commun des 3e, on m’emprunte ma salle, je dois faire cours à mes 6e dans la salle d’un collègue, disposée en U… Je ne gère plus rien, je dois hurler, je mets des élèves dans le couloir pour tenter de reprendre le dessus, mais rien n’y fait. Le cours se termine, il est midi, je pars en salle des profs faire ma pause. Impossible d’avaler quoi que ce soit, j’écoute les collègues discuter et plaisanter entre eux. Je ne dis rien, je pars aux toilettes plusieurs fois parce que les larmes me montent aux yeux. Enfin vient la question fatidique : « Ca va ? » J’éclate alors en sanglots. 


  Deux collègues (donc je n’étais pas particulièrement proches d’ailleurs) me prennent aussitôt en main, m’accompagnent chez la principale, qui me dit aussitôt de rentrer chez moi me reposer, et plusieurs jours s’il le faut. Ca tombe bien, je ne me voyais pas du tout assurer mes trois heures de 4e, cet après-midi. Je rentre, vais voir un médecin de la MGEN1 (en m’imaginant naïvement qu’il doit bien connaître mon métier… mais en fait, il n’en est rien), il me dit gentiment que je devrais peut-être songer à changer de métier (ben, tiens, c’est le premier truc que j’ai envie d’entendre à ce moment-là, c’est sûr), mais me signe un arrêt de quatre jours pour « anxiété réactionnelle ». 


  Je reste donc chez moi, je tente de me changer les idées, mais tout ce que j’arrive à faire, c’est à cogiter davantage. Et de « je n’arrive pas à tenir mes classes », j’en viens à « mes cours sont inintéressants, ma progression est incohérente, les élèves n’apprennent rien avec moi, je suis nulle. » Aucune envie d’y retourner. J’y vais quand même le samedi matin, mais seulement pour des Portes ouvertes… malheureusement (ou heureusement ?), j’y ramasse plein de microbes, et je rentre chez moi avec de la fièvre. Re-médecin le lundi matin, re-arrêt, pour une « vraie » maladie cette fois, une grosse rhino que je traîne encore aujourd’hui. 


  Je suis retournée faire cours depuis vendredi dernier. Les élèves n’ont pas changé miraculeusement. C’est même de pire en pire au collège, une élève arrive bourrée au collège dès 8 heures du matin, on retrouve de l’urine dans les couloirs, un de mes 6e vient en cours avec un couteau et, quand il est exclu, ses parents contestent. De grands moments. La seule chose de « positif », c’est qu’une délégation de professeurs est allée voir la principale et son adjointe pour dire que là, y’en a marre (suite à un incident, un élève qui avait insulté une inspectrice en plein cours). De nouvelles mesures ont été mises en place, on a fait une « black list » des élèves qui nous pourrissent le plus la vie. Mais, dans mes cours, rien n’a vraiment changé. La seule chose, c’est que j’ai baissé les bras, et bon sang, ça repose. Je ne fais plus cours à des classes entières, mais à des rangées d’élèves. Je circule dans les rangs pour faire les exercices avec eux. C’est la seule chose que je puisse faire avec l’une de mes 4e, j’ai renoncé à tout le reste. Aujourd’hui, ils se sont lancés des stylos de temps à autre, se sont racontés à voix haute leurs histoires sentimentales, mais, au moins, ils ont fabriqué des relatives. 

 

  Pendant mon arrêt, je culpabilisais énormément. Je repensais à ce qu’avait dit le médecin (un fin psychologue, celui-là). Que peut-être, pour moi et pour les élèves, je devrais songer à changer de métier. C’est vrai, je n’ai qu’une seule expérience, qui se passe mal, alors comment puis-je savoir que je suis faite pour cela ? Tout ce que je ressens, cette année, c’est l’impression de gâcher l’année scolaire de trois classes, de ne pas apprendre à mes élèves à respecter les règles, de leur faire noircir les feuilles de leurs classeurs avec des choses inutiles à leur scolarité. Et puis je me sentais prise au piège : obligée de continuer avec ces classes, dans ce bordel (il faut bien l’appeler par son nom), jusqu’à la fin de l’année, alors que je sais pertinemment que j’ai fait des erreurs, mais que je n’ai pas les moyens de les rattraper. C’est d’autant plus horrible de continuer avec des classes qu’on ne maîtrise pas, que ça fragilise encore plus l’estime de soi-même. Je ne voulais qu’une chose, c’est qu’on me dise « stop pour cette année, tu recommenceras en septembre avec d’autres élèves ». Mais ce n’est pas comme ça que ça marche. 


  Maintenant, je commence à me dire que ce n’est pas de ma faute. Que si j’avais été stagiaire l’an dernier, j’aurais gâché la scolarité d’une seule classe, et je ne me serais gâché à moi-même que six ou huit heures dans la semaine. Et que je dois plutôt penser à m’économiser (ça y est, je suis déjà une feignasse de prof), en attendant la délivrance du mois de juin. 


  Une chose que je me suis dite aussi pendant mon arrêt : c’est quand même dingue que dans notre métier, qu’on sait tellement difficile et déstabilisant, il n’y ait pas de médecine du travail, et surtout de soutien psychologique adapté. Des professionnels qui connaîtraient les difficultés précises de notre métier, avec des consultations gratuites. Je me suis vraiment sentie seule et démunie, l’espace d’une semaine, sans personne pour faire le point sur ma situation professionnelle, et me dire si ça valait le coup que je continue, ou pas. 


  Bon, je me suis faite ma consultation toute seule : après m’être consultée moi-même, donc, je me suis dit que ça me manquerait de ne plus voir les collègues (heureusement qu’ils sont là, eux), et que j’avais besoin d’un salaire. Je me suis donc auto-conseillé de reprendre le travail. Ce que je fais… jusqu’à la prochaine crise ?

 


1. Mutuelle Générale de l'Éducation Nationale. Beaucoup de collègues en sont assez mécontents, d'ailleurs, je crois.
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5 février 2011 6 05 /02 /février /2011 18:13

1

Femme adaptant son mode de lecture à la nature du texte proposé et à l'objectif poursuivi

 

 

  Eh oui, c'est le retour du socle comique et du livret d'incompétence ! Ça y est, après une longue réflexion, not'bon ministère a enfin trouvé comment faire valider les compétences n°6 (les compétences sociales et civiques) et 7 (l'autonomie et l'initiative). On n'est qu'en février : ça laisse encore plein de temps aux professeurs de 3e pour s'y mettre, n'est-ce pas ?

 

  Quoi qu'il en soit, ça se passe ici : les grilles de références pour l'évaluation et la validation du socle commun n'attendent plus qu'un peu de pop-corn pour s'offrir à vous, admirables lectrices et formidables lecteurs. Et vous savez quoi ? C'est vraiment n'importe quoi !

 

  On nous explique tout d'abord en introduction que tout est dans tout et vice versa, puisque 

« Chaque compétence requiert la contribution de plusieurs disciplines et, réciproquement, une discipline contribue à l’acquisition de plusieurs compétences. C’est la raison pour laquelle tout membre de l’équipe éducative est invité à prendre connaissance de l’ensemble de ce document. »

 

  Je cours donc immédiatement prendre connaissance des items « savoir nager » et « géométrie » : on ne sait jamais, une crise subite d'interdisciplinite aiguë peut survenir à n'importe quel moment, et qui sait si demain, je ne vais pas proposer à mes collègues une tâche complexe où Zorglub doit décrire dans le cadre d'un énoncé coupé de la situation d'énonciation une scène dans laquelle un sauveteur lance des bouées dont il faudra calculer le diamètre à un élève se débattant au milieu d'un lac… Avec une référence à la poussée d'Archimède, je dois même pouvoir inclure le prof de physique ! C'est mon inspecteur qui va être content ! 

 

  Mais je m'égare… Les grilles sont donc censées nous expliquer les différents items (de façon bien globale et bien vague, afin de pouvoir mettre un peu ce qu'on veut à l'intérieur) et nous présenter des exemples de « situations pédagogiques à mettre en œuvre » toutes plus amusantes les unes que les autres. Évidemment, l'évaluation du bouzin se fera « dans les activités ordinaires de la classe », sans supplément de prix, et sans que cela nous prenne du temps en plus. De toute façon, c'est pas grave : c'est bien connu, du temps, on en a trop en classe et on ne sait pas quoi en faire. 

 

  Voyons voir les idées merveilleuses proposées par le ministère et sélectionnons celles qui méritent absolument de figurer dans notre progression annuelle de l'an prochain ! 

 

 

 

Compétence n°1 : slogans, mimes et langue des signes ! 

 

En ce qui concerne la Compétence n°1 (la maîtrise de la langue française), qui me regarde quand même un peu, prof de français que je suis (même si le prof d'arts plastiques se fera un plaisir de valider ce que j'ai refusé à mes élèves : après tout, ils écrivent aussi en arts plastiques), on nous propose de « Relier une image (affiche, tableau, photographie) avec un slogan, un message publicitaire ou un texte ». Alors là, facile :

 

 

***

 

Document n°1 :

juvamine

 

Document n°2 : « Si Juvabien, c'est ................ »

 

Consigne : dans le slogan (document n°2), je remplace les pointillés par le nom du produit. Je m'aide pour cela du document n°1.

***


 

  Et hop ! Un item, un ! Je suis sûr que ça rentre impecc' dans mon chapitre poésie, entre une allitération et une assonance. Même qu'on fera un travail sur les rimes (Juvamine/vitamine : rime riche !!!). Merci, les compétences ! 

 

  Pour ensuite « Manifester par des moyens divers sa compréhension de textes variés », on demandera à l'élève de « Manifester sa compréhension par tout moyen jugé équivalent par le professeur (langue des signes, mime, illustrations) ». Voilà une louable initiative pour lutter contre les discrimina… LANGUE DES SIGNES ???????? Non, sérieux, ils ont vraiment écrit « langue des signes », là, juste avant de proposer de mimer Victor Hugo allant déposer un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur (symbolisé par une règle) sur la tombe de Léopoldine (symbolisée par la corbeille à papiers. La tombe, pas Léopoldine.) ? Mais ils savent que ça s'apprend, la langue des signes, et que ça ne se résume pas à pointer le pouce vers le haut pour dire qu'on est d'accord ? 

 

  Une fois donc qu'on aura appris à nos 5e la langue des signes dans le cadre des « activités ordinaires de la classe », il conviendra d' « Écrire ». Un domaine essentiel, que l'on évaluera grâce à des procédures qui font la part belle à la rédaction telles que « Faire oraliser les écrits » (si si, vous êtes bien dans le domaine « Écrire »), ou bien encore « Faire utiliser les TIC1 pour produire un document comportant textes, images, schémas, tableaux » (on a quand même réussi à caser du texte au milieu du reste : ouf !) . Quitte à se lancer dans les TIC, on en profitera pour utiliser des logiciels de reconnaissance vocale, parce que le collège a remporté la super-cagnotte du Loto et dispose d'un équipement de pointe.

 

  Au passage, au cas où on ait eu l'ambition de faire écrire aux élèves des résumés de textes lus, voire, horresco referens, d'œuvres littéraires complètes, on pourra la revoir à la baisse tout en validant de la même façon puisqu'il suffit de « Faire choisir le résumé d’un texte lu préalablement parmi plusieurs propositions ». Le niveau va monter, c'est certain ! 

 

  La langue des signe fera un retour remarqué dans l'évaluation du domaine « Dire », puisqu'il conviendra de « Favoriser l’expression des élèves (oral, langue des signes, Langage Parlé Complété, mime ...) ». Si si, le Langage Parlé Complété2 ! Je vous jure : ils nous conseillent de faire du Langage Parlé Complété avec nos élèves ! Pour le reste, c'est la fête du débat, de la « joute orale » aux « jeux de rôle » en passant par une « simulation de procès ». Ça va argumenter sévère !   

 

 

  Et vous savez quoi ? La Compétence n°1 est loin d'être la plus sinistrée : on y parle encore de grammaire, d'accords, d'orthographe, et même du sens du texte ! Alors rendez-vous au prochain article, car soyez-en sûr : le pire reste à venir ! 

 

 


1. Les inénarrables Technologies de l'Information et de la Communication, sans lesquelles il n'y a pas de bonne écriture.

 

2. le Langage Parlé Complété est un code manuel complété par de la lecture labiale, destiné aux personnes sourdes.

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2 février 2011 3 02 /02 /février /2011 10:10

Rose-Noir

 

 

Par Ergo

 


  « Vous allez être des cobayes et nous aussi ». C’est par ces mots réconfortants que mon année de stage a commencé. Ils nous ont été prononcés par le directeur de notre IUFM, rebaptisé prestataire de service pour l’occasion et le rectorat (zeugme voulu). Nous avons pu sentir, à ce moment-là, la belle organisation qu’était la réforme. Commençons par tordre le cou à une idée reçue : les IUFM (Insupportables Unités de Formatage des Moutons) n’ont pas disparu. Ils ont été intégrés à l’université mais leur discours court toujours. Ainsi donc, la réforme supprime l’avantage de l’ancien système (le mi-temps) sans en supprimer les inconvénients (la diktatique1). 

 

  Après cet accueil institutionnel dans le métier, nous avons été regroupés par des formateurs, censés nous faire faire leur notre premier cours. A l’IUFM (Institut Ubuesque de Franche Manipulation), rien n’a changé : ils savent, nous sommes des enfants (cf. note). Les formations sur « comment boire de l’eau chaude pour économiser sa voix » existent toujours. Les formations sur « comment faire une recherche google » existent toujours. Les formations disciplinaires, censées nous apprendre à faire cours et à réfléchir sur notre enseignement ne le font toujours pas, parce que, je cite « non, mais on n’est pas là pour faire de la philosophie de l’éducation ». Les formations transdisciplinaires (aka on vous met tous dans une grande salle et on vous parle de plein de trucs que vous ne ferez jamais parce que…ah mais oui, parce qu’en fait, vous n’êtes pas dans la même discipline) existent toujours. Et les formés continuent d’apporter leurs copies à corriger pendant ce temps. 

 

 

Super tuteur

  Nous avions la chance, ici, dans l’académie de Pas-si-loin-que-ça-de-Paris-sauf-avec-la-SNCF, d’être à 9h jusqu’à la Toussaint, sans formation. L’idée de génie de Luc était de nous jeter dans la salle d’opération avec un chirurgien expérimenté (aka un tuteur) en comptant sur lui pour nous apprendre. Point de détail : le chirurgien expérimenté a aussi des patients pendant qu’il doit nous apprendre à nous occuper des nôtres.

  Autant dire que soit le chirurgien laisse mourir ses patients – soit il laisse mourir les nôtres2. Le tuteur doit donc prendre sur son temps libre, trouver une heure, voire plus, en commun avec son stagiaire et hop, on se réunit et on refait le monde t’apprend comment on fait un cours. 

  Moi, par exemple, j’ai tout de suite été prise en charge par une collègue. Sauf que cette collègue n’est pas ma tutrice. Parce qu’en fait, j’ai pas de tuteur. Enfin, je n’en avais pas jusqu’aux vacances de la Toussaint. Et puis après, l’IPR (l’Incroyable Professionnel de Réserve3) est devenu mon tuteur. J’ai ma hiérarchie le fin du fin pour tuteur ! Eh oui, car l’IPR, c’est celui qui inspecte, qui connaît la bonne parole de l’Education Nationale et ainsi donc, m’a redit ma formatrice pas plus tard que la dernière fois que je l’ai vue avant que je lui balance une chaise, j’ai de la chance. Lui, par contre, en a moins car il est aussi le tuteur d’au moins quatre autres stagiaires. 

  Je connais son nom. Je n’ai pas son numéro de téléphone — ni son adresse mail. Il n’est évidemment pas dans ma ville, puisqu’il est « régional », encore moins dans mon établissement, puisqu’il n’est plus enseignant. Je l’ai vu deux fois. Mais ma principale m’a bien rassurée, hein, il lui a bien redit que ce ne serait pas lui qui ferait la visite de validation visant à me titulariser. Oh ben, je suis rassurée, alors. 

 

  En parallèle, ma collègue est venue me voir trois fois. A chaque fois, il a fallu trouver du temps pour pouvoir débriefer : l’heure de midi, entourées par les autres (au cas zoù mon petit autocollant « stagiaire » sur le front n’était pas assez visible) ; sa matinée de libre où elle m’a invitée chez elle ; une heure-tiens-pouf-comme-ça qui suivait l’heure d’observation-tiens-pouf-comme-ça-« jpeux-venir-te-voir-cette-aprem ? » demandé au self. Mon problème à moi, c’est que je suis stagiaire ne suis pas une bavarde en société. Quand ma collègue vient me voir en cours, je n’en dors pas de la nuit qui précède. Parce qu’elle, elle est à l’aise avec tout le monde (ou on le croirait). Parce qu’elle va me demander à la fin « à chaud » de lui raconter mon cours en bafouillant. Parce qu’autant j’ai réussi à faire abstraction de monsieur l’IPR, son costume, sa cravate, sa sacoche d’ordinateur, ses déplacements dans la classe — autant je ne peux pas faire abstraction de la venue de ma collègue. Elle, je la vois tous les jours. Elle, elle n’est pas ma hiérarchie. Elle, en fait, son jugement importe. Sauf que je ne lui dis pas. Parce que quand on est stagiaire, et qu’on ignore à peu près tout de la sauce à laquelle on est mangé4, on n’ose pas trop dire que « ouais nan, en fait, aujourd’hui, ça m’arrange pas parce que mon chien a mangé mon devoir » i.e. parce qu’en fait, chère collègue, là, je suis débordée donc le cours d’aujourd’hui, que tu veux venir voir, y en a pas. Eh ouais, j’ai pas eu le temps. Aujourd’hui, chère collègue, je suis arrivée les mains dans les poches. Mon cours, je vais l’improviser. 

 

 

Syyyyylvain Mirouuuuf

  Quand j’étais en prépa, j’avais, avec une amie, développé l’expression « dialectique du vide ». Mon professeur de géographie me disait systématiquement, lors des interrogations orales, que j’avais peu de connaissances mais que je savais les utiliser. Oui, je sais improviser. Ça pourrait être un avantage, comme ça, d’être capable d’arriver en cours avec quelques idées en tête et de tenir une heure. 

 

  Au début, c’est un avantage. Au début, j’ai tâtonné, j’ai préparé des trucs qui faisaient deux pages A4, fébrilement, tout en me demandant si ça tiendrait une heure ou si après, la meute allait se relâcher et me sauter dessus. Au début, j’ai essayé de bien faire : j’ai regardé tout le manuel, j’ai tout bien appris comment il fonctionnait, j’ai acheté le guide du prof et je l’ai suivi (!). Et pourtant, je passais un temps fou à préparer une heure de cours. Même en faisant ce que demandait le guide du prof.

 

  Puis je suis passée à 18h. Et là, c’était fini. C’était fini parce qu’en fait, après une journée ordinaire, un lundi, de six heures de cours, je rentrais chez moi et je m’écroulais comme une loque. Du coup, mes cours pour le lendemain, ils ne ressemblaient pas à grand chose. Et un jour, je suis arrivée devant mes 5ème avec rien. Rien de rien. Juste « il faut qu’ils apprennent comment décrire quelqu’un physiquement ». Je voulais les faire se mettre en groupes et se décrire les uns les autres. Puis T., un élève, m’a fait « ah oui, madame, comme un Qui-est-ce ? ». Clic. Mais c’est bien sûr ! J’ai rebondi sur l’idée de T. et nous voilà lancés dans un Who is it ? à échelle d’une classe. Et ça a marché à merveille. Tellement bien que c’était m’inciter à ne plus passer des heures de préparation pour un résultat médiocre — si sans préparation on pouvait arriver à ça. Mais quand même, m’a dit ma conscience, tu devrais trav…manque de pot, jme suis endormie avant que ma conscience termine sa phrase.

  Mon année de stage se résume toujours à cette dialectique du vide. 

 

 

Choupiland

  Je suis à Choupiland, je ne le cache pas. Il y a eu deux exclusions définitives depuis le début de l’année. Moi-même, je n’ai mis que trois ou quatre observations écrites. Une élève m’a bien traitée de « bâtarde » au premier cours que j’avais avec elle — mais c’est parce que j’avais arraché le mot doux qu’elle échangeait avec sa voisine. Et que je l’avais gardé. Et lu. 

  Mais globalement, je n’ai pas de problèmes avec les élèves. Pourtant, je suis incapable de gérer une classe. Il m’a fallu trois mois pour obtenir plusieurs minutes de silence consécutives dans une de mes classes de 6ème (qui, certes, est bruyante dans chaque cours — mais les autres cours, on ne les inspecte pas). Le jour où ils sont restés silencieux (vraiment silencieux, à entendre une mouche voler), attentifs, respectueux des réponses des autres pendant vingt minutes, j’ai cru qu’ils étaient malades. Non, non. On progresse. Puis il faut recommencer le lendemain. Parce qu’une nuit, pour des 6ème, c’est l’éternité. Ils ont mangé entre temps. Ils ont joué à la console. Ils ont oublié qu’il fallait être silencieux et attentifs en cours. Ils ont oublié que se moquer de son camarade qui n’a pas compris en lançant un « haaaan t’as pas compris ça ?! » (gros nul), c’était pas très sympa. 

 

  Je ne suis pas sûre d’être mieux armée en préparation de cours. Je ne suis pas sûre qu’ils apprennent grand chose. Et je me dis que mes collègues vont les récupérer l’année prochaine. Et que ces élèves-là seront ceux qui ont eu la stagiaire. 

  J’ai aussi des élèves de PPRE — Programme Personnalisé de Réussite Educative (sans rire), aka on te refile 5/6 gamins décrocheurs / sous la moyenne / qui ne savent pas écrire et hop, en un trimestre, à raison d’une heure par semaine, tu vas changer leur moyenne, hein. Sauf que ces élèves sont en 4ème. Je n’ai pas de 4ème. Je n’ai donc pas le manuel de 4ème. Et qu’ils ont beau n’être que cinq ou six, ils ne sont pas du tout là pour les mêmes raisons. Donc il faudrait que je prépare cinq ou six cours en un.  

 

 

Bac+2, les enfants

  Mais ce qui me pèse surtout, cette année, c’est mon abrutissement. Je me suis habituée au rythme, j’arrive à planifier un peu plus les cours. J’attends les résultats de ma mutation. Mais je suis passive. Il y a deux ans, j’allais aux AG contre la masterisation, j’étais dans la rue, je débattais, je me posais des questions sur mon avenir. J’allais au cinéma, tout en faisant mon master. L’année dernière, je préparais le concours, j’allais aux AG, aux manifs. J’allais au cinéma. Cette année, rien. Je me suis syndiquée, j’ai témoigné dans le journal, j’ai fait grève5, j’ai manifesté et puis plus rien. Je suis devenue défaitiste. Une ancienne prof de fac, m’ayant vue en manifestation, m’a ordonnée d’aller au cinéma parce qu’elle ne me reconnaissait pas dans le discours défaitiste que je lui ai tenu. Parce que petit à petit, à force de couler, je me suis concentrée sur l’eau de la piscine — en oubliant totalement qu’il y avait un « autour ». Et je pense que c’est le principal souci de beaucoup de stagiaires cette année : nous apprenons à nager, mais sans voir qu’il y a un monde hors du bassin parce que rien que tenir la tête hors de l’eau nous demande toute notre énergie. 

 

 


1. Ou didactique pour l’institution, aka cette matière enseignée par des formateurs (plus ou moins en poste) qui vous rappellent systématiquement à quel point vous êtes un raté (« comment, tes élèves parlent en cours ? Ah ben, pas avec moi. Sûrement que tu leur proposes de mauvaises activités »). 


2. Même pas vrai que je dramatise. Plus sérieusement : si les formateurs, les tuteurs et les stagiaires sont des cobayes, le bas de la chaîne, ce sont les élèves. 


3. Bon, ok, j’arrête : IPR= inspecteur pédagogique régional.


4. Un enseignant est censé valider le C2i2e par exemple, compétence je ne sais plus combien. Pour le valider, nous devons le passer…ou nous devons être observés en train d’utiliser un rétroprojecteur Tableau Numérique Interactif dont toutes les salles de tous les établissements sont, bien sûr, pourvues. Nous avons donc posé la question à l’IPR, qui a répondu : « ça, c’est la question qui tue ». Parce qu’en fait, ils n’ont aucune idée de comment on va valider notre C2i2e. Sauf que cela fait partie de la compétence-truc-techniques-de-l’information. Et que techniquement, pour valider le stage, il faut valider toutes les compétences. Eh ouais. 


5. Dans mon établissement, la majorité des collègues étaient grévistes. Ca m’a aidée. J’aurais trouvé difficile de justifier auprès de ma principale (qui, dans les conditions de titularisation initiales, avait son mot à dire) mes journées d’absence dès la rentrée.

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