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7 avril 2013 7 07 /04 /avril /2013 09:25

Vanité

 

 

  Je reviens de mon hibernation (bon, en fait, j'étais beaucoup trop occupé ces temps-ci) pour vous raconter ce qui se passe cette année en cours, car oui, entre deux réunions au ministère et trois plans média, en fait, j'ai des cours.

 

  Il est d'ailleurs honteux, super lecteurs, hyper lectrices, que je ne vous en aie pas parlé plus tôt, car j'ai trouvé cette année les dignes successeurs des Sixièmes de l'Angoisse. Je vous présente donc

 

LA QUATRIÈME DU DRAME.

 

 

  Comme beaucoup d'entre vous doivent déjà le savoir, la classe de Quatrième est une classe maudite. Puberté, je-m'en-foutisme, absence de moyens de pression (contrairement à la classe de Troisième où l'on a le Brevet1) : toutes les conditions sont réunies pour vivre un année de folie ! Dans la Quatrième du Drame, ajoutez-y que tous les élèves font espagnol2, qu'aucun n'a d'option et que les parents y sont pratiquement inexistants (presque personne aux réunions parents professeurs), et vous savez que vous allez vous faciliter le transit intestinal pendant 10 mois.

 

  Mais cette Quatrième ne serait ce qu'elle est sans le coup de baguette magique de la Fée Carabosse, qui a su judicieusement assembler différentes catégories d'élèves pour créer son chef d'œuvre :

 

  • quelques gentils élèves qui font ce qu'ils peuvent mais qui peuvent vraiment peu,

 

  • quelques élèves qui pourraient mais qui n'ont pas prévu de se fatiguer,

 

  • quelques rares élèves qui font mais qui sont les plus désagréables,

 

  • un bon élève, histoire vraiment qu'on ne puisse pas adapter son enseignement,

 

  • deux absentéistes, qui, au moins, ne perturbent personne,

 

  • un handicapé escorté par son auxiliaire de vie scolaire mais qui ne vient que la moitié du temps, histoire vraiment qu'il ne puisse pas suivre,

 

  • un gamin qui ne sait pas lire, qui devrait être en section adaptée, mais les parents ont refusé,

 

  • deux ou trois qui se moquent régulièrement des autres,

 

  • un qui habite dans une autre galaxie, qui passe son cours à dessiner mais qui est le seul à répondre intelligemment à certaines questions,

 

  • une dont on ne sait jamais comment elle va réagir, si ce n'est que ce sera toujours perturbant et avec une voix beaucoup trop forte,

 

  • un qui dort.

 

 

 

  À l'arrivée, vous obtenez une classe qui la plupart du temps est morte, qui n'a envie de rien, ne dit rien, ne répond rien, ne fait rien, et qui parfois, brutalement, va être extrêmement désagréable, non seulement envers vous, mais bien davantage entre eux. Rien ne les motive ; rien ne les intéresse : la plupart de toute manière ne parviennent pas à suivre ce que vous êtes supposé leur faire étudier. Et ça donne des 3/20 de moyenne à un contrôle de lecture, des dictées semi-préparées qu'ils ne préparent jamais, et qui vous obligent à faire des relectures guidées et expliquées, parfois même à choix multiples pour qu'éventuellement ils actionnent les rouages de leur cerveau afin de se dire que « se promener » ne s'écrit pas comme « ce sapin ». 

 

  De temps en temps, il y a un petit miracle, une allumette inopinément frottée dans le noir : Gribouillator trouve le mot « fatalité » pour exprimer le temps qui passe et contre lequel on ne peut rien, Redoublante Paumée vous indique un attribut du sujet… Votre foi en l'homme renaît, votre cours se passe bien puisque pas moins de TROIS élèves participent. Et d'autres fois, après avoir passé cinq minutes à noter qui n'avait pas fait son pauvre petit exercice sur les compléments d'objet, vous vous dites que vraiment, vous seriez mieux à boire un thé en salle des professeurs. 

 

  J'ai connu beaucoup de classes différentes dans ma carrière : des faibles gentils, des forts un peu pédants, des forts gentils, des plutôt homogènes, des terriblements hétérogènes, des sixièmes catastrophiques, des cinquièmes compliquées… mais je crois que c'est la première fois qu'une classe provoque en moi un véritable sentiment de découragement. Non pas envers moi-même : après tout, ce n'est qu'une année, et ce n'est qu'une classe. Et puis j'ai mon autre quatrième, la Quatrième de l'Énergie, pour contrebalancer. Mais je suis découragé pour eux : si ces jeunes gens n'y croient déjà plus, s'ils ont déjà baissé les bras, si rien ou presque ne les atteint, si tout glisse sur eux comme l'eau sur les plumes du canard3, alors quel avenir se préparent-ils ? Je suis de ceux qui croient qu'on peut être très heureux dans la vie avec un Bac Pro, avec un CAP, avec un apprentissage réussi. Mais ceux-là sont-ils même capables de ça ? Certains s'en sortiront : c'est juste un mauvais moment à passer, mais ils sont travailleurs, et même s'ils sont gâchés dans une telle classe, ils trouveront quelque chose, même si ce sera peut-être un peu moins bien que ce à quoi ils pouvaient prétendre4. Mais tous les autres, qu'est-on en train d'en faire ? Pourquoi ça dysfonctionne autant, tout ? Pourquoi dois-je enseigner les subordonnées interrogatives indirectes à des élèves qui ont du mal à distinguer un nom d'un verbe ? Pourquoi dois-je étudier la poésie lyrique avec des élèves pour lesquels un mot sur trois doit être traduit ? Pourquoi me pousse-t-on à faire travailler des élèves qui, je le sais, ne travailleront pas ? Jusqu'où peut-on jouer la comédie du « prenez vos agendas et marquez d'apprendre la leçon pour le cours prochain » alors que les 3/4 ne le feront pas ? 

 

  Je vous ai présenté la Quatrième du Drame, classe qui me révèle comme aucune classe jusque là ne me l'avait révélé les dysfonctionnements de la famille, de l'éducation, de l'enseignement, de l'École, de la société, qui m'explique la misère sociale, qui me met sous le nez la misère humaine et qui me dit : « démerdez-vous avec ça, vous les professeurs. Vous êtes là pour sauver des êtres qui ne veulent pas être sauvés ; vous êtes là pour instruire des élèves qui refusent de l'être. Vous n'y arriverez pas et on le sait. La vérité est la suivante : vous êtes là pour les garder entre les murs le plus longtemps possible, car c'est tout ce qu'on peut faire pour eux pour le moment.»

 

 

 


1. Ne riez pas : les élèves y croient encore, eux !  

 

2. Ne riez pas davantage : les élèves croient que l'espagnol, c'est facile ! 

 

3. Si j'arrêtais mes comparaisons débiles, hein ?

 

4. Merci au collège unique ! 

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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 19:45

Gollum

 

 

  Le taulier n'est pas un habitué des manifestations hors Éducation nationale1. Le taulier n'a jamais fait la gay-pride, ne s'est jamais senti « communautaire » et parvient à se perdre dans le Marais.

 

  Or j'ai décidé de participer ce jour à la manifestation en faveur de l'ouverture du mariage (et donc du droit à l'adoption) pour les couples de même sexe, et je me suis senti totalement à ma place2. J'avoue que — comme beaucoup — je ne serais probablement pas descendu dans la rue si les opposants au projet n'avaient pas cherché à remuer terre et ciel (et en y mettant sacrément les moyens), à entreprendre une incroyable campagne médiatique et à s'attaquer in fine à mon être. Car si être homosexuel n'est pas en soi une identité, c'est une chose avec laquelle j'ai bien dû me construire, et ce sans l'avoir choisie. Je suis d'un naturel distancié et ironique, mais j'avoue que même moi, ça a commencé à me chauffer très légèrement que n'importe qui s'arroge le droit de parler de ma sexualité, de ma place dans la société, de mon couple éventuel, du fait que je serais ou non un bon parent. Le tout à grands coups d'arguments qui vont de la vérité autotélique3 à la ratiocination juridique4.


 

Le mariage : et le mot et la chose

 

J'ai déjà expliqué ma position sur le sujet, mais comme la pédagogie, c'est la répétition, je vais donc me répéter, en axant sur un point pour moi incontournable. À mon sens, l'argument décisif (ça ne veut pas dire que c'est le seul) est que la reconnaissance d'une égalité des couples homosexuels avec les couples hétérosexuels est un vecteur d'amélioration de la société. « Pédé » et « enculé » sont les insultes n°1 dans les établissements scolaires depuis un certain temps maintenant, des adolescents sont traités par leurs parents de façon très légèrement discutable quand ces derniers s'aperçoivent qu'ils sont homosexuels, le taux de suicide des jeunes homosexuels est tout à fait effrayant comparé à celui des jeunes qui ne le sont pas. L'homosexualité, pour pas mal de gens, c'est recevoir des insultes5, et parfois même des coups (et parfois même en mourir ; c'était l'instant larmoyant mais néanmoins réel). Alors bien entendu que ce n'est pas parce que les homosexuels auront le droit de se marier que du jour au lendemain tout ça disparaîtra. Mais cela y contribuera fortement. Comme il a été beaucoup dit, le mariage est un symbole, et que les homosexuels puissent se marier (et donc ce doit bien être le mariage, et le même mariage que les autres, et non une « union » ou une « alliance ») en est un également ; c'est une vraie reconnaissance de leur égalité devant la loi, devant l'État et donc finalement devant le peuple français. Hiérarchiser, c'est toujours classer ; classer, c'est toujours mettre un truc en dessous, et mettre un truc en dessous, c'est toujours discriminer, à l'arrivée, de par chez nous (« tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d'autres », n'est-ce pas ?).

 

  Je tiens enfin à rappeler — je l'ai déjà un peu dit au début de cet article — qu'on ne choisit pas d'être homosexuel. Il faut imaginer quelle incompréhension, quelle monstruosité cela peut être de se voir relégué au rang de sous-citoyen, de sous-individu pour quelque chose qui ne relève en rien de notre choix, de notre responsabilité. S'entendre dire que notre amour n'est pas de l'amour, mais de la perversion, un truc contre-nature. Que pour vivre heureux, nous, nous devrions vivre cachés, car on n'entre pas dans la norme ou dans l'ordre éternel du monde. Que notre identité (car oui, l'orientation sexuelle est une part non négligeable de la constitution identitaire) ne doit pas être revendiquée car elle est minoritaire, car elle n'est pas dans la Bible ou dans L'Iliade en tant que norme sociale. J'ai ainsi du mal à trouver raisonnables les arguments du camp d'en face, y compris ceux élevant le débat sur le plan symbolique , sur le plan de l'essence et du « substrat ». Franchement, il se passera quoi le jour où les homosexuels pourront se marier ? Un pas de plus dans la décadence ? Une perte de repères et de valeurs ? Les 7 plaies d'Égypte ? Qu'est-ce qui ira MOINS BIEN ? Quel PROBLÈME cela posera ? Des enfants névrosés ? On sait très bien que ce n'est pas vrai (sauf à les coller dans une société bien homophobe, mais si l'argument est que les homosexuels ne doivent pas élever d'enfants car la société est méchante envers les enfants d'homosexuels, c'est un peu contre-productif).

 

  Moi, j'attends donc toujours la réponse à cette question extraordinairement pragmatique (et je ne crois pas l'avoir eue encore) : quand une loi améliore certaines choses et n'en dégrade aucune, comment peut-on dire que ce n'est pas une bonne loi ?

 

 

Être minoritaire n'est pas être anormal

 

  Car ma position sur le sujet est celle de la possibilité de l'entrée dans la norme, dans la normalité et dans l'indifférence, ce qui — il me semble — a toujours été la revendication la plus forte et la plus intelligente de toutes les minorités face à une majorité qui ne voulait pas d'elles. Les femmes (pas minoritaires numériquement, mais traitées comme une minorité) ont dû construire leurs revendications et réfléchir à ce qu'elles étaient. C'est le féminisme ; il n'y a pas de masculinisme. Les noirs américains (et les noirs européens d'ailleurs) ont dû construire leurs revendications et se battre pour être reconnus. A priori, les blancs s'en sont bien sortis. Eh bien les homosexuels se battent pour l'égalité et pour être considérés comme égaux aux autres ; les hétéros, effectivement, n'ont jamais eu à le faire.

 

  Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ces luttes ne visent en toute fin pas à faire reconnaître une identité différente, une particularité qui ferait de tel groupe quelque chose d'exotique et de fascinant. Je crois que tous ceux qui se sont battus pour revendiquer leur différence en tant que différence, en tant que « on-n'est-pas-comme-vous-et-on-vous-emmerde » ont fait fausse route (ce qui ne veut pas dire qu'ils n'ont pas contribué à faire avancer les « causes », et parfois même davantage que les autres). Car que s'est-il passé ? Les femmes ont demandé à être des hommes comme les autres, les noirs à être des blancs comme les autres, et donc les homosexuels à être des hétéros comme les autres. À titre personnel, je ne veux pas que mon homosexualité soit reconnue comme une différence, comme une source de richesse et de diversité dans la société, comme un truc-fun qui met une touche de couleur inattendue dans le paysage. Ma revendication identitaire, elle est pour que je sois normal, et qu'on se contrefiche de mon orientation sexuelle comme on devrait se contreficher socialement du sexe de la personne ou de sa couleur de peau.

 

Voilà donc pourquoi j'ai manifesté aujourd'hui.

 

PS : je vous invite à regarder l'audition d'Élisabeth Badinter, qui dit simplement des choses belles et justes.

 

 


 

 

 

 


1. À ce propos, le taulier a défilé avec les professeurs des écoles de Paris mardi dernier, et il faut vraiment que je trouve le temps de vous expliquer pourquoi cette réforme des rythmes scolaires, c'est de la pisse de chat (du Cheshire)

 

2. J'étais avec des gens très sympas, de surcroît ! Un coucou à mon collègue.

 

3. Type « un papa, une maman, y'a rien de mieux pour nos enfants. »

 

4. Type « a-t-on gardé le mot père dans l'article n°666 du code civil ? »

 

5. Ce qui m'est d'ailleurs arrivé pas plus tard que jeudi dernier, car j'étais en train d'embrasser un individu du même sexe sur la bouche. Je me suis surpris — comprenez que je ne me suis pas reconnu dans cette action — à faire un geste que la décence m'interdit de détailler ici.

 

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 13:00

500cahiers

Dessin volé à Jack, qui dessina durant tout le colloque

 


  N'écoutant que son courage, le taulier a décidé de vivre hier une expérience inédite et qui promettait de grands frissons : aller assister au colloque/débat/théâtreforum/table/ronde organisé par le CRAP, l'association qui s'occupe des Cahiers Pédagogiques

 

  Pour ceux et celles, néophytes ou non informés, qui n'entrevoient pas encore toute l'horreur de la situation, voici quelques comparaisons vous permettent de mieux comprendre la démarche :

 

  • Martin Luther King allant assister à la réunion annuelle du Ku Klux Klan

 

  • Un adepte du Ku Klux Kan demandant sa carte de membre aux Black Panthers1

 

  • Un végétarien prenant la parole au congrès des amateurs de la bidoche alors qu'il est 12h25

 

  • Bernard Pivot intervenant à l'assemblée des dyslexiques et dysorthographiques réunis (A2DR) avec une petite dictée de derrière les fagots 

 

  • Mariah Carey se rendant à un casting pour un film de Bergman

 

  • Céline Dion passant une audition à l'opéra de Paris pour jouer la Reine de la nuit

 

  • Fidel Castro réservant ses prochaines vacances à Washington

 

  • Le président de la Corée du Sud allant faire du tourisme à Pyongyang

 

  Bref, tous les ingrédients étaient réunis pour un cocktail explosif, pour une journée de tous les dangers, pour des empoignades mémorables… et évidemment, il n'en fut rien, parce que nous sommes des gens civilisés, et c'est tant mieux ! Je fus donc très bien accueilli, et la journée s'est déroulée sans incident aucun, bien au contraire. Le Mordor n'est donc pas ce lieu de désolation décrit dans les prospectus de mon agence de voyages en Terres du Milieu. 

 

  Au programme, donc, intervention du Ministre, table ronde n°1 sur l'éducation et les médias, déjeuner dans l'excellent japonais de Montparnasse que j'ai découvert par hasard il y a bien longtemps de ça et qui est toujours excellent2 (miam !), « théâtre forum » sur la question de l'évaluation3, et table ronde n°2 sur Twitter la diffusion des pratiques pédagogiques via les réseaux sociaux. 

 

 

Répugogistes VS Pédablicains

 

  Oui, ils en ont parlé. Le ministre, tout d'abord, pour dire que ce débat était derrière nous. Nos hôtes, ensuite, pour dire qu'il ne l'était pas tant que ça. Je suis bien davantage d'accord avec nos hôtes qu'avec mon ministre sur le sujet : si le clivage est parfois forcé, si l'opposition bien nette est plaisante aux journalistes, si les termes ne sont probablement pas tout à fait adéquats (les républicains n'ayant pas davantage le monopole de la république que les péda-gogues/-gosistes4 n'ont celui de la pédagogie), l'opposition, elle, existe. La très convaincante Marie-Caroline Missir5 l'a bien fait comprendre : la pédagogie est aussi une question idéologique, et les journalistes ont en tête des clivages forts. Ces clivages aujourd'hui s'incarnent par exemple dans l'opposition transmission des savoirs VS développement des compétences, ou dans celle entre instruire et apprendre à apprendre. Yann Forestier6 a surenchéri, en rappelant que pour les journalistes, il faut donner la parole aux deux côtés. François Jacquet-Francillon7 a confirmé : on ne peut se débarrasser facilement d'un débat qui insiste depuis 30 ans. 

 

  Là où nous ne nous rejoignons plus, c'est évidemment sur le fond du débat. Si certains voient une surreprésentation des antipédagogistes dans les médias généralistes, ils en oublient à mon sens la surreprésentation du courant pédagogiste dans les médias spécialisés ainsi que dans la technostructure (rectorats, conseillers divers et variés, inspections). Pour caricaturer : l'opinion est pour les notes, mais l'Éducation Nationale est contre.

 

  Autre débat abordé lors de la première table ronde, lui aussi partant des mots pour tenter d'aller vers les choses : la pédagogie est-elle un art, un artisanat, une science ou (ç'a été proposé) une science appliquée ? Un peu de tout ça, serait-on tenté de répondre au premier abord. En tous les cas certainement pas une science pure (d'où l'opposition de certains dont je fais partie à l'expression « sciences de l'éducation »). Je penche plus volontiers vers l'artisanat, dans le sens où la pédagogie serait un tour de main, un ensemble de techniques que l'on s'approprie à sa sauce, ne choisissant que ce qui nous convient pour arriver au résultat que l'on cherche à obtenir. On ne peut, je trouve, se revendiquer de la science au sujet de choses telles que l'emploi de l'humour, le sens de la répartie, l'adaptation à telle ou telle classe unique (forcément unique). On n'établira jamais scientifiquement LA disposition de salle ultime, ni d'ailleurs l'horaire idéal pour tous pour faire des maths (et c'est pourquoi je suis très circonspect face à ce qu'avancent ces gens qu'on appelle « chronobiologistes »). Qu'en revanche il existe des méthodes de transmission plus efficaces que d'autres, ça, j'en suis convaincu.

 

 

Twitter et gros minet


  Après un excellent théâtre forum8 auquel je me suis d'ailleurs permis de participer (autant assumer jusqu'au bout !), la seconde table ronde s'est concentrée très fortement sur Twitter (les tweets des participants étant d'ailleurs régulièrement projetés sur le grand écran tant le matin que l'après-midi). J'ai eu le plaisir d'assister à une discussion fort nuancée, ou face à une Stéphanie de Vanssay9 très engagée sur la question, Luc Cédelle10 et Serge Pouts-Lajus11 ont défendu des visions nettement plus circonspectes. Le premier a affirmé qu'il ne fallait ni tomber dans l'injonction abusive (on est libre de ne pas utiliser le numérique ; aucun enseignant n'est obligé d'utiliser l'informatique en classe) ni méconnaître les aspects négatifs (il convient donc d'éviter de tourner en dérision les résistances). Le second a insisté sur le fait que les enseignants qui se fréquentent sur certains réseaux comme Twitter se retrouvent entre spécialistes du numérique et peuvent alors tenir des discours « extrémistes » (je cite), ce qui empêche la discussion contradictoire et nuit in fine à la diffusion de ces positions.

 

  Finalement, j'aurais presque pu me retrouver dans la conclusion à laquelle la table ronde semblait aboutir : vive la liberté pédagogique (à partir du moment où l'on reste dans un cadre légal, bien entendu). Néanmoins, sans aller jusqu'à la position d'un Finkelkraut qui veut impérativement débrancher l'école, peut-être fait-on beaucoup de foin sur quelque chose dont l'intérêt n'est pas si notable que cela. « Je ne sais pas si les élèves apprennent mieux », a d'ailleurs dit Stéphanie de Vanssay. Je ne sais pas non plus si c'est dans l'utilisation de la technique qu'on développe l'esprit critique pour dominer la technique : cet esprit critique me semble d'une autre nature, et ne nécessite pas qu'on soit « ouvert sur le monde » pour être développé. Je ne crois enfin pas à l'argument qui partirait de l'incontournable présence du numérique dans la société pour affirmer que cette présence doit être incontournable à l'école. L'incontournable présence de la télévision dans les foyers n'a pas entraîné son incontournable présence dans l'enseignement scolaire (où elle a servi surtout à diffuser des films ou des extraits de pièces de théâtre, et non à faire de la pédagogie). je pense qu'on se passe très bien d'un enseignement CENTRÉ autour du numérique, ce qui n'empêche pas d'utiliser les outils qui nous semblent appropriés dans le cadre de nos pratiques. Veillons tout de même à ce que cela ne soit pas trop gourmand en temps.

 

  En conclusion, même si je confirme que je n'adhèrerai pas au CRAP ni ne m'abonnerai aux Cahiers Pédagogiques de sitôt, j'ai eu plaisir à pariticper à cette journée très bien organisée, jamais ennuyeuse et où l'on a réellement échangé. C'est comme à chaque fois : quand on commence à discuter avec ses pires ennemis, on se rend généralement compte que, même si l'on n'est pas d'accord, cela n'empêche ni l'échange, ni la cordialité. Que l'humain prenne un peu le pas sur les conflits d'idées de temps en temps, ce n'est pas désagréable, avouons-le.     

 

 

À lire également : le compte rendu de John sur le forum Néoprofs : Lien

 

 


1. Le taulier a pris soin d'équilibrer ses comparaisons afin que chacun soit tour à tour la Belle et la Bête, le Bon et le Truand, la Guerre et la Paix, le Pur et l'Impur, Frodo et Sauron, Gainsbourg et Gainsbarre. Merci donc d'en tenir compte avant de crier au scandale.

 

2. N'insistez pas, je garde l'adresse secrète afin d'avoir une chance d'y trouver encore de la place la prochaine fois que j'irai.

 

3. Oui, moi aussi, quand j'ai vu ça, j'ai eu très très peur.

 

4. Choisissez votre suffixe une bonne fois pour toutes, et tenez-vous y !

 

5. Journaliste à L'Express

 

6. Un collègue qui fait une thèse sur les médias

 

7. Un « historien de l'éducation » (je cite le programme)

 

8. Oui, en fait, c'était très bien, et les acteurs furent de grande qualité, avec un très bon sens de la répartie. Bravo à eux, et pour ceux qui veulent les connaître, c'est ici.

 

9. « Enseignante et syndicaliste ». Comme moi, quoi ! 

 

10. Journaliste au Monde

 

11. « Spécialiste des nouvelles technologies »

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 22:06

  Irremplaçables lecteurs, insubmersibles lectrices, je vous prie de bien vouloir me pardonner pour mon silence assourdissant de ces espaces infinis derniers temps. À l'heure où mon groupe de discussion sur la refondation de l'école de la République vient enfin de se terminer, et où rien moins qu'un recteur m'a signalé qu'en tant que seul permanent du groupe1, mon compteur indiquait de ce fait 84 heures de présence ! 

 

  Lecteurs, lectrices, sachez donc que ce week-end, vous aurez droit aux perles de la concertation, un beau petit florilège de citations amoureusement cueillies pour vous. 

 

  Sinon, mes classes sont adorables. Merci à mes élèves de me reposer de mon activité syndicale ! 

 


1. J'ai assisté à toutes les réunions de ce groupe (sur la réussite des élèves). Toutes. 6 heures par jour, deux fois par semaines (voire trois) depuis mi-juillet, avec une pause d'un mois durant les grandes vacances et d'une semaine pour la rentrée scolaire. Et je crois que je suis le seul à avoir accompli cet exploit. Vive le masochisme ! 

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 20:38

  Les non-anglicistes peuvent déjà aller lire un autre article de ce blog. En effet, ceux ne maîtrisant pas la langue de Shakespeare en seront pour leurs frais, car le taulier a eu droit à son premier plateau télé hier sur France 24… en anglais ! 

 

  Amis collègues d'anglais, ne dites pas trop de mal de mon accent dans les commentaires : soyez amènes ! Je n'étais pas sûr moi-même en commençant que j'allais aller jusqu'au bout sans être ridicule. Je vous laisse juges ! 

 

  Et dès que je trouve le temps, je vous raconte l'envers du décor, qui vaut le détour ! 

 

  Ah oui, le lien : Cliquez ici !!

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 15:24

 

À l'intérieur d'un groupe de discussion pour la refondation de l'École (allégorie)

 

  Il faut dire qu'avec ce temps digne d'un mois de novembre, partir en vacances au bord de la mer paraissait assez peu pertinent. C'est pourquoi j'ai choisi de passer mon été à refonder l'école de la Réublique, en toute simplicité. Et croyez-moi, c'est autre chose qu'un tournoi de beach volley à Berck plage !

 

  Pour refonder l'école de la République, je me suis offert une petite journée en Sorbonne dans un très bel amphithéâtre à écouter les discours de divers ministres (le premier d'entre eux y compris), discours qui m'ont fourni l'impulsion et la motivation nécessaires, cela va de soi.  

 

  Que ceux qui n'ont pas suivi l'actualité de l'éduc' nat' se rassurent : je n'accomplirai pas ce travail de titan seul. J'ai pour m'aider Philippe Meirieu1, Gabriel Cohn-Bendit2 ou encore André Antibi3 : c'est dire si je suis bien entouré !

 

  Et surtout, bolet de Satan sur le gâteau, mon groupe de travail (celui qui parle de pédagogie et de l'incontournable socle commun, entre autres) est dirigé par rien moins que… Madame Bélzébuth4

 

  J'invite donc mes exquis lecteurs et mes ébaubissantes lectrices à m'envoyer toutes leurs ondes positives5 afin 

  1. de garder mon calme en toute circonstance pendant les 13 journées de réunion que je vais subir jusqu'à septembre inclus ;
  2. de réfréner les pulsions homicides qui pourraient ponctuellment me saisir à l'écoute d'un pédagogiste possédé inspiré ;
  3. de convaincre une majorité de gens qui ne seront pas, mais alors là pas du tout de mon avis, pour qu'on évite de se retrouver avec des e-écoles du socle expérimentales sans notes pour lesquelles la région offre une tablette, un balai et une petite pelle à tous les élèves, ces derniers signant des contrats de confiance avec leurs professeurs recrutés sur un oral de sciences de l'éducation.

 

  Les probabilités sont de toute façon fortes que les grandes lignes, voire certains détails soient déjà anticipés, et que cette vaste concertation soit davantage un coup de com' qu'une véritable réflexion. Chacun de toute manière ayant son avis et souhaitant le partager avec des tas de personnes qui en ont un autre, on risque plutôt d'assister à un royal rumble sans trucages6 qu'à une réunion constructive6.

 

PS : la vidéo a été « améliorée ». J'invite donc ceux qui ont lu cet article dès sa publication à la regarder à nouveau ! 

 

 


1. Si vous avec la chance de ne pas le connaître encore (ce qui est peu probable du fait d'une élection législative lyonnaise particulièrement rigolote dont vous avez sûrement entendu parler); une petite piqûre de rappel.  

 

2. Frère de. Le grand manitou de l'établissement expérimental où tout le monde, élèves commes professeurs, siffle en travaillant (comprenez qu'on y fait entre autres le ménage dans la joie et la bonne humeur).

 

3. L'inénarrable inventeur de la « constante macabre », qui pense que les profs sont des sadiques qui font exprès de mettre une part de mauvaises notes pour asseoir le peu d'autorité qu'il leur reste, et aussi qu'en donnant aux élèves le programme de révisions avant un contrôle, tout le monde réussira avec bonheur. 

 

4. Madame Belzébuth avait déjà fait forte impression lors d'un congrès syndical de vieux réac' républicains motivés. Souvenez-vous…

 

5. Une petite vidéo qui vous montrera comment faire.

 

6. Oxymore. 

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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 16:30

tour-de-pise.png 

 

  Avant-hier soir, le taulier était incognito en vadrouille à la librairie du CNDP1 pour une table ronde qui, rien que dans son intitulé

 

LA LECTURE AU COLLÈGE : LE BILAN DES ÉVALUATIONS PISA2


promettait beaucoup, n'est-il pas ? 

 

Voici donc un compte rendu sous forme d'une petite pièce en 2 actes mais dont vous devrez retrouver vous-mêmes les dialogues3

 

LA TOUR PENCHÉE DE PISA4

Comédie en 2 actes

 

 

PERSONNAGES

 

CNDPman, joyeux drille

DEPman, costard cravate

PISAwoman, technique

IGwoman, citeuse de textes officiels

Profwoman, j'ai-préparé-des-slides

IPRman, se mouillant mais pas trop

 

 

PROLOGUE

Le Premier étage de la librairie du CNDP. Chaises alignées sur lesquelles le public s'assoit, table de conférence, écran blanc avec un tableau de chiffres dessus. Tout autour, des ouvrages pédagogiques variés. On distinguera quelques titres du genre Enseigner aux élèves en difficulté, Comment pratiquer la codisciplinarité au cycle central, Pour une éducation au développement durable et solidaire. Les gens s'installent. On annonce le retard de CNDPman. Quand il arrive enfin, il prend le micro, qu'il place bizarrement, collé sous son menton. Il fait le traditionnel discours de bienvenue, et explique que la question de la lecture au collège est primordiale « dans nos environnements en mouvement ».

Il passe le micro à DEPman, très homme du ministère, qui fait lui aussi le traditionnel discours de bienvenue, celui où l'on commence en disant qu'on ne sera pas long, avant d'être long. Il insiste sur « toute la prudence que requiert le traitement des résultats ». 

 

ACTE I

Scène 1

Même lieu. Prise de parole de PISAwoman (l'ensemble de la scène doit paraître très légèrement ennuyeux). Elle explique le fonctionnement de l'enquête et évacue d'emblée la question du classement des différents pays. Cela évite ainsi de parler des systèmes chinois, japonais ou coréen qui marchent bien en faisant bosser leurs élèves. Elle signale la stabilité de la France, mais l'augmentation du nombre d'élèves très en difficulté, notamment chez les garçons. Elle signale également la diminution de la lecture plaisir chez tous les types de lecteurs, car PISA permet via un « questionnaire de contexte » de mesurer ça également. Elle insiste sur le fait que le système français est moins équitable que dans la moyenne de l'OCDE. N'importe quel professeur aurait pu lui signaler tout ça pour beaucoup moins cher, doit-on penser dans le public. Elle pose le problème du taux de non-réponses beaucoup plus élevé chez les Français. Elle affirme péremptoirement que les résultats des élèves sont le reflet de leurs habitudes de lecture dans les classes de Français. Le public doit ici sentir qu'elle n'a pas tenu compte de la remarque de DEPman sur « toute la prudence que requiert le traitement des résultats ».

 

Scène 2

Prise de parole d'IGwoman (l'ensemble de la scène doit paraître très légèrement ennuyeux). Elle traite du cadre conceptuel et du lien avec nos programmes. Il faut qu'elle cite copieusement les programmes tout au long de la scène, en accompagnant ses citations de formules telles que « je cite », « je cite encore », « je cite toujours ». Elle tente de définir la notion centrale des tests PISA, i.e. la « littéracie », qu'on traduira pour le vulgum pecus par « compréhension de l'écrit ». Il faut que le public trouve ça un peu fumeux : elle peut par exemple y mettre des concepts étranges type « l'usage social de la lecture » ou bien encore «la notion d'engagement dans la lecture ». Laisser ici un temps de supens pour que les spectateurs se demandent si c'est du lard ou du cochon. Elle y ajoute alors les « compétences métacognitives » et conclut sur « c'est tout ça que PISA évalue ». Elle doit donner l'impression qu'il faut la croire sur parole, car de toute façon elle n'a rien prévu pour le prouver. Elle se lance alors dans ce qu'elle avait annoncé plus tôt : le lien avec nos programmes. C'est là qu'il faut la faire citer copieusement. Surtout les compétences du socle. Cela peut ressembler à une liste à la Rabelais, mais en nettement moins drôle. Lui faire à ce moment lâcher une phrase sur la mise en œuvre du socle qui permettrait une amélioration des résultats des élèves pour créer un effet comique. 

 

Scène 3

Prise de parole de Profwoman (lui avoir mis un de ces petits écriteaux que l'on met devant les gens lors des réunions et des conférences avec « Professeure » écrit dessus pour lancer un débat lors de la sortie du théâtre sur la féminisation des titres et des noms de métiers). L'ensemble doit paraître moins ennuyeux du fait des slides Powerpoint diffusées et des problèmes de micro (possible ici d'obtenir un effet amusant sur le fait que la technique lâche toujours ceux qui s'en servent). Lui faire construire une longue explication avec moults diagrammes pour qu'elle prouve que les élèves français n'ont pas peur de l'erreur, mais bien qu'ils ne veulent pas faire des erreurs. Faire simultanément entrer un diptère côté jardin et le sodomiser. Bien montrer qu'elle a compris « toute la prudence que requiert le traitement des résultats » en ne lui faisant rien de dire de définitif dans ses conclusions.

 

Scène 4 

Prise de parole d'IPRman. Scène plus intéressante. Le lancer dans des formules qui ne mangent pas de pain telles que « les professeurs en France ont une grande conscience professionnelle » pour bien faire comprendre aux spectateurs qu'on va leur taper dessus. Le faire parler d'un point précis avant de lui faire dire que ce point n'est pas important, pour qu'il arrive enfin à son idée forte : le peu de place accordé à la lecture silencieuse en classe. 

 

ACTE II

Scène unique

Même lieu. Faire intervenir le public. Faire signaler par un esprit malin que pour que les élèves pratiquent la lecture plaisir ou la lecture silencieuse, encore faut-il qu'ils sachent lire sur un plan purement technique.

 

ÉPILOGUE

 La petite salle juste derrière. Servir du vin dans des gobelets et des petits gâteaux apéritifs dans des barquettes en plastique (celles avec quatre compartiments, dont deux sont remplis par des petites boules croustillantes, les unes jaunes et les autres saupoudrées de rouge). Faire ensuite sortir les personnages un par un après qu'ils ont discuté.

 

RIDEAU

 

 

 

Conclusion :  en fait, c'était nettement moins inintéressant que prévu, dans le sens où les intervenants n'ont pas paru raconter de grosses bêtises et ont su faire preuve d'un grand sens de la mesure. Le souci majeur, c'est qu'à l'arrivée, on dit que c'est par le socle commun qu'on va s'en sortir, alors que l'évidence est qu'il y a un très sérieux problème de lecture chez les élèves français, repéré depuis fort longtemps par tous les gens un minimum honnêtes, et jusque dans les rapports du Haut Conseil de l'Éducation. A-t-on vraiment besoin d'en passer par toutes ces minauderies, toutes ces enquêtes et tout cet argent perdu pour ne même pas parvenir à mettre le doigt sur le problème majeur, à savoir les horaires de français en primaire et au collège, la quantité et la qualité de l'enseignement de la lecture et de la grammaire ?


 


1. Centre National de Documentation Pédagogique

 

2. Pour vous rafraîchir un peu la mémoire, n'hésitez pas à consulter ce précédent article.

 

3. Dans une volonté de faire dez économies en ces temps de crise, le blog Je Suis en retard ne vous propose que les didascalies.

 

4. Vous pouvez trouver une autre version de cette pièce ici. Mais c'est une version de travail, comme le prouvent les nombreuses fautes et coquilles.  

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24 avril 2012 2 24 /04 /avril /2012 14:48

soleil

 

À ma mère, qui aurait été très heureuse

 

  Comme vous l'avez su, sympathique lecteur, délicieuse lectrice, cette année, le taulier préparait l'agrégation. Et à l'heure où la poussière retombe, je me propose de vous faire connaître cette expérience assez particulière.

 

  Tout d'abord, il fallut investir, car la fin justifie les moyens. J'ai donc fait confiance à une préparation privée fort renommée dans la discipline qui est la mienne. Ce ne fut pas donné, loin de là, mais ça en valait le coût. 

  Ensuite, il fallut s'investir. On ne prépare pas un tel concours  à la légère, par dessus la jambe. Durant 9 mois, j'ai donc dit adieu à plusieurs de mes loisirs pour me consacrer à un unique loisir — si j'ose l'appeler ainsi.

 

  Il fallut également apprendre à jongler, car les congés de formation ne s'obtenant qu'au bout de 9 à 10 années dans mon académie, je devais préparer la chose tout en travaillant à temps plein. Sachez donc que j'obtins de mon Principal un emploi du temps très particulier, qui me permit d'assister au maximum de cours de préparation. Concrètement, la plupart des semaines, je travaillais non-stop du lundi matin au samedi fin d'après-midi, d'un côté du bureau où de l'autre. Les copies se corrigeaient quand elles le pouvaient, les pauvres, dans un train, dans un métro, dans un dimanche, dans une période mal nommée « vacances ». Et à l'approche des écrits ou à celle des oraux, elles ne se corrigeaient plus du tout ; d'ailleurs, j'en ai des piles qui m'attendent dans mon salon, et je déprime rien qu'à cette idée ! 

 

  Chose qui m'a incroyablement aidé, j'ai rencontré deux collègues agrégatives avec lesquelles nous avons formé un groupe de travail. Pour tous ceux qui envisagent de préparer ce concours, je le dis : c'est quelque chose d'extrêmement utile, à condition qu'on s'entende bien. Et nous nous sommes très bien entendus ! Cela a permis de grandes séances de révisions, de préparations d'exercices divers et variés, de conception de plans détaillés. Très honnêtement, je n'aurais jamais obtenu le résultat qui est le mien aujourd'hui sans ces deux personnes. Deux autres personnes se sont régulièrement jointes à nous, et il faut avouer que cela permet de trouver le temps moins long et la tâche moins ardue. Je suis ravi pour celle qui a elle aussi réussi à obtenir le concours à l'arrivée, et très déçu pour les trois autres, qui le méritaient toutes les trois. C'est toujours un peu dur de ne pas franchir ensemble la ligne d'arrivée.

 

  Je dois avouer que j'ai aimé cette année. Bon, soyons honnête, je l'ai aimée en grande partie parce que j'ai réussi. Néanmoins, ma routine de professeur de collège a été heureusement brisée par cette période durant laquelle j'ai retrouvé l'étude des textes à un niveau que je n'avais plus connu depuis longtemps, avec son aspect certes parfois futile, et cependant toujours passionnant. Rien de plus mécanique et ridicule que cet éternel retour du plan 3 parties/3 sous-parties ; toutefois rien de plus stimulant intellectuellement. C'est un jeu de Légo extraordinaire pour l'esprit, une vraie contrainte libératrice. 

 

  À tous ceux qui veulent tenter l'aventure, je conseille donc les choses suivantes :

  • une formation sérieuse et que l'on suit avec assiduité. Choisissez-la bien ;
  • un groupe de travail pas trop large et composé de personnes sympathiques et complémentaires ;
  • un budget fluos et porte-vues ;
  • une boulangerie-pâtisserie de grande qualité pour les coups de mou (goûtez par exemple la religieuse au cassis ou le financier au Nutella) ;
  • des collègues sympas qui vous délestent des copies du brevet blanc (merci les filles !) ;
  • des entraînement en temps réel. EN TEMPS RÉEL ! C'est la seule façon de ne pas se retrouver le bec dans l'eau à l'écrit, et plus encore à l'oral ;
  • un réveil digital avec des gros chiffres. des TRÈS GROS CHIFFRES. Vous risquez en effet de vous rendre compte que vous ne savez plus lire l'heure sur des aiguilles pendant vos oraux. Or il faut absolument gérer le temps, voire minuter votre prestation. Le réveil digital à GROS chiffres est le seul artefact que j'ai trouvé et qui permet de le faire. 

 

  Et c'est ainsi que, contrairement à ma mascotte, vous ne serez ni en retard ni à la bourre. Et que vous aurez peut-être le plaisir de connaître le plaisir que j'éprouve depuis hier : celui d'avoir réussi une chose pour laquelle on s'est énormément investi. 

 

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 20:20

roue-de-fortune

 

  Je n'ai vraiment pas le temps d'écrire en ce moment, aimé lecteur, aimable lectrice, et cela me désespère1. Mais sache que c'est pour de bonnes raisons : je travaille plus pour parvenir à travailler moins pour gagner plus, et je viens de réussir à m'ouvrir l'opportunité detravailler moins pour en fait travailler plus pour gagner autant. À l'arrivée, soit je travaillerai plus et gagnerai autant, soit je travaillerai autant et gagnerai plus, soit je travaillerai plus et gagnerai plus. Je n'ai pas prévu de gagner moins, et je n'ai pas la perspective de travailler moins non plus, en fait.

 

  Bref2, je passe les oraux d'agrégation et je viens d'être élu à un poste syndical à responsabilités.

 


1. Non, en fait, ça va, je le vis bien.

 

2. Il paraît que c'est à la mode.

 

 

 

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31 janvier 2012 2 31 /01 /janvier /2012 17:56

joey-starr

 

  Quand j'étais petit, je fis un œil au beurre noir à un de mes camarades. Mais ce n'est pas parce que j'étais la terreur de la cour de récréation, mais plutôt parce qu'il m'avait quand même sacrément cherché. Ce fut je crois le seul acte de violence physique que je commis de tout ma vie. 

 Quand j'étais encore petit, j'étais plutôt du genre à être défenseur au foot. Pas par goût (si l'on m'avait demandé mon avis, j'aurais plutôt été jouer au tennis de table), mais parce que bon, je ne brillais pas par mes qualités athlétiques, dirons-nous. 

  Quand j'étais un peu moins petit (je fus assez vite moins petit, d'ailleurs), je réussis enfin à me blesser en faisant du sport. Mais c'était à cause d'un fosbury bien trop horizontal et déclenché légèrement trop tôt et qui m'avait amené dans le poteau plutôt qu'au-dessus de la corde. Bref : même pas une vraie blessure de guerre. 

  C'est pourquoi il est quand même amusant de signaler qu'aujourd'hui, j'ai fait partie du service d'ordre de la manifestation des professeurs du second degré contre les suppressions de postes et le nouveau projet d'évaluation des enseignants par le seul chef d'établissement1. J'étais l'un des mecs avec un brassard rouge qui tient la corde devant la grande banderolle. Eh bien oui, j'étais là ! Mais hélas, je n'eus pas l'occasion de prouver virilement mon accession à ce groupe de mâles qui comporte aussi les videurs de boîte de nuits, les combattants de street fight, Chuck Norris, Daniel Balavoine dans Starmania et Joey Starr dans sa vie comme au cinéma2

 

  Eh bien c'est une expérience passionnante, je dois dire. Tout d'abord, vous êtes aux premières loges : tous les journalistes, toutes les caméras sont devant vous, TF1, LCI, BFM… tout le monde est là. Mais une fois le démarrage effectué, hormis les merveilleux slogans qui vous accompagnent — cette fois-ci, nous eûmes des choses telles que « ni en primaire, ni en collège, ni en lycée… aucune, aucune, aucune suppression de poste !3 » — c'est d'un incroyable calme. Vous vous retrouvez à marcher en plein milieu des plus belles rues de Paris sans personne devant vous (la manifestation étant derrière, forcément). C'est un étrange sentiment de liberté — d'autant plus étrange que vous tenez à la main votre propre enclos. 

 

  C'est ainsi qu'il ne faut, je crois, jamais préjuger de ses choix à venir ni de l'évolution de votre existence. Parce qu'un intellectuel dépolitisé, ça peut devenir un militant syndical qui tient une corde. C'est ça, la magie de l'Éducation Nationale ! 

 

Bonus : choses vues 

  • La corde, ça n'a aucune efficacité contre un enfant de 5 ans.Il passe bien en-desssous. 
  • À un moment, on fit stopper tout le cortège pour laisser traverser — sur un passage clouté d'ailleurs — une vieille dame embéquillée. Moment surréaliste.
  • Je n'ai même pas vu une seule célébrité du Parti Socialiste. Il y avait un minuscule regroupement d'une dizaine de jeunes gens sans doute charmants, mais bon, c'était tristounet. 

 

 


1. Une monstruosité dont j'essaierai de vous reparler.

2. Jeu-concours : trouvez l'intrus. Lot : le brassard rouge porté par le taulier lors de cette grande manifestation.  

3. Je cite de tête. Malgré son aspect martelé, le slogan semble avoir glissé sur ma faculté de mémorisation…

 

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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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