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28 février 2009 6 28 /02 /février /2009 12:22
  Bon, vous avez vos classeurs ?

"M'sieur ! Je crois que je l'ai oublié dans mon casier..."
Deux points de moins, Cléonte !

  Alors aujourd'hui nous allons étudier le plus grand illustrateur des plus grands textes jamais écrits : Doré illustrant Perrault et La Fontaine. Je ne fais jamais rien d'autre en sixième, tellement Doré m'intéresse et (je crois) intéresse les élèves. C'est un monde à lui tout seul, Doré : un monde sombre, souvent cruel et inquiétant, qui révèle les noirceurs et les zones de ténèbres des contes et des fables. Avec Doré, "Le Petit Chaperon rouge" devient terrible, "La Mort et le bûcheron" quasi insoutenable.
   De plus, les illustrations de Doré sont également passionnantes à analyser dans leur composition. C'est ce que je fait systématiquement remarquer à mes élèves, très vite : la composition en carte à jouer.

  Prenons une carte à jouer :
Le roi de piques, i.e. l'homme de loi auquel vous n'échapperez pas...

Un personnage en haut à gauche, un autre en bas à droite, les deux séparés par une diagonale.


  Prenons maintenant une illustration de Doré :

"Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?"


Ça fonctionne de la même façon. La preuve :


  Le personnage dominant (ici le loup) est en haut à gauche ; le dominé (ici l'agneau) est en bas à droite.


  Autre exemple probant :

L'extraordinaire illustration de la fable "La Cigale et la Fourmi"


  Et hop !

"Eh bien ! dansez maintenant."

"M'sieur ! Elles sont où, la cigale et la fourmi ?"
Réfléchissez deux secondes, Zerbinette.

  Une fois encore, personnage dominant (la forumi) en haut à gauche ; personnage dominé (la cigale) en bas à droite.

  J'analyse souvent cette illustration tellement je la trouve belle. Avec les élèves, nous nous intéressons aux points suivants :

- la fourmi surélevée par rapport à la cigale → rapport de dominant/dominé ;
- les regards
regard de dédain de la forumi, regard baissé de la cigale, regard méchant du jeune garçon - tout le portrait de sa mère -, regard émerveillé de la petite fille à la poupée comme si venait d'apparaître sous ses yeux une fée musicienne ou une version grandeur nature de son jouet ;
- l'aspect social
fourmi sédentaire, avec maison, outils et activités correspondantes (le tricot) VS cigale nomade car visiblement bohémienne ;
- la symbolique
les ciseaux de la fourmi, pendus le long de son tablier, qui symbolisent la dureté, l'aspect tranchant du personnage (et, au passage, qui évoquent les mandibules de l'insecte) ; la zone sombre de la forêt à droite, qui évoque la mort promise à la cigale. Mais c'est aussi le salut qui lui est promis : on voit se découper une église dans le fond.


  A noter que Doré ne systématise pas le procédé de la carte à jouer et propose des variantes :

"La Mort et le Bûcheron" : diagonale inversée


"Le Petit Chaperon rouge" : opposition verticale avec mouvement circulaire inquiétant, qui évoque l'impossibilité de s'échapper.


"Les Loups et les Brebis" : séparation horizontale avec bourreaux en haut et victimes en bas. Notez la vision cauchemardesque des trois loups complètement sombres et aux yeux luisants.


  Enfin, il est intéressant de voir que Cette organisation en carte à jouer a inspiré beaucoup d'autres gens, y compris contemporains, qui utilisent la carte à jouer comme base et la pervertissent.

  Par exemple chez Gotlib :



  Ou même chez Pénélope "Jolicœur" Bagieu !  (voir dans mes liens)

Sa vie est tout à fait fascinante !

  La semaine prochaine, suite du billet, avec analyse (tout à fait fascinante elle aussi) d'une illustration du conte "La Barbe bleue" !
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23 février 2009 1 23 /02 /février /2009 10:59
  Les faiseurs de programmes ont jugé que les cours de français étaient des lieux idéaux pour pratiquer l'analyse... d'image ! Si si, c'est dans nos programmes : comme nos élèves ne comprennent plus les mots comme les images ont envahi notre quotidien, il faut  étudier des images non seulement fixes, mais également mobiles ("image mobile", c'est le nom pédagogogique pour "extrait de film" ; l'image fixe pouvant aller, elle, d'une reproduction de Guernica à une photo de boîte de Banania™).

  Je pratique donc l'analyse d'image :
- mais avec parcimonie, car je n'ai pas que ça à faire (et mon complément d'agent, qui va s'en occuper, pendant ce temps, hein ?) ;
- mais avec mauvaise conscience, car il y a une très belle heure d'Arts Plastiques, avec un enseignant formé à ça, et qui pourrait sûrement faire un bien meilleur travail que moi dans ce domaine (moi, j'ai vaguement reçu un cours une formation didactique pour intervenir sur l'apprenant à l'IUFM) ;

- mais avec goût. On veut que j'analyse des images ? A moi les peintres, les grands dessinateurs, les graveurs, les cinéastes immenses. Et haro sur les baudets (couverture du bouquin, affiche de pub - encore qu'une fois j'en ai fait une, j'avoue -, Taxi 3).    

  Dans mon cours, on pourra par exemple croiser ça :
Un tableau de Nicolas Poussin pour parler du mythe d'Orphée


ou ça
Un extrait sexy des Liaisons dangereuses


mais pas ça
Un truc pas très beau qui vous dit que le nazisme, c'est mal


et encore moins ça
Miro illustrant un poème de René Char


"Et ça, m'sieur ?"


Une image à valeur argumentative féministe engagée ?


Argan, plutôt que de faire le malin, pour la semaine prochaine, vous m'analyserez ça !

La Condition humaine de Magritte : bon courage, Argan !


  Mais surtout, chez moi, on trouvera du Gustave Doré, encore du Gustave Doré, et toujours + de Gustave Doré ! Je vous donne donc rendez-vous dans le prochain billet pour des analyses d'images de Gustave Doré. N'oubliez pas votre classeur !
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17 février 2009 2 17 /02 /février /2009 16:50

  Pour changer, voici un texte récent, dont je suis plutôt content. Bonnes vacances à tous ceux qui sont en vacances !


Devant la mer




   La vague approche. Provoquée par quelque secousse sous-marine née de la ligne d'horizon, la vague approche. Tous la voient, d'abord presque rien, un léger mouvement, une minuscule ondulation douce comme le froissement d'une robe de soie grise portée par une jeune fille qui s'avance dans la salle de bal, et c'est son premier bal, la jeune fille est timide, elle rougit comme toutes les jeunes filles timides à leur premier bal, mais quelqu'un va bien la prendre par la main et l'inviter à danser, cette jeune fille, une petite brune plutôt jolie, et même si le gris ne la met pas forcément en valeur, elle n'en demeure pas moins une belle jeune fille que l'on a envie de faire danser et tourbilloner d'une valse lente d'abord, puis de plus en plus vive, enlevée, sa robe qui se gonfle, des plis qui se forment... la vague approche. Tous l'ont vue, et tous hurlent et font n'importe quoi. Une mère fuit, oubliant son enfant, là, un enfant qui sait à peine marcher, qui tangue, qui ondule lui aussi et qui finit par tomber. On ne peut pas lui donner vraiment tort, à cette mère, quelque part. Des enfant, elle peut en refaire, alors qu'une mère, ça ne se remplace pas. Peut-être l'idée lui a-t-elle traversé l'esprit, l'idée que pour sauver la mère, il fallait abandonner le fils ; l'idée qu'une bonne mère doit abandonner son enfant quand il faut survivre, car la survie des mères, c'est essentiel, c'est vital, et cette idée peut-être tourne et tourne dans sa tête, et quand on porte une idée aussi lourde, peut-on encore avoir assez d'énergie pour porter son enfant, pour le traîner derrière soi, pense-t-on encore à son enfant quand on pense à la vie ? En tous les cas, la mère est partie et la vague approche.




   C'est une très belle vague, une vague mythique, qu'on croirait poussée par un dieu marin et dans laquelle doivent nager les monstres anciens dotés de cent yeux, de mille dents et de dix mille nageoires. Une vague porteuse d'antiques sirènes, une vague qui chante une complainte née il y a si longtemps, du temps où les nymphes peuplaient le monde, du temps où l'homme n'était pas même un projet. La vague approche, mélodieuse, une vague pour laquelle des dizaines de poètes sauraient se désespérer, une vague à sonnet, une vague à rondeau, à haïku. C'est une vague semblable à celle-ci qui a dû échouer Ulysse chez les Phéaciens, c'est cette même vague qu'Hokusaï a peinte à une autre époque et dans un autre lieu, c'est sur cette vague que brinquebalait Le Bateau ivre.




   La vague approche et une femme la regarde. Tous sont partis mais pas elle. Elle n'est plus jeune mais pas vieille encore, ni vraiment laide, ni vraiment jolie, ni mère ni amante, ni sainte ni putain. Elle n'a pas l'allure d'une femme qui contemplerait une vague titanesque approcher, pas le profil romantique, pas l'âme d'une future suicidée, rien d'une Ophélie, rien vraiment. Pourtant elle est touchante ; elle est touchante car elle est volontaire. Elle a ses deux jambes bien droites, ses deux yeux bien fixes, sa bouche bien tenue. Elle a son corps qu'elle maîtrise ; elle a jusqu'à ses vêtements qui paraissent aussi déterminés qu'elle et non flottants au vent comme les vêtements vaporeux de la muse éthérée qu'on attendait en lieu et place de cette solide terrienne. La vague approche et elle n'a pas peur. Elle paraît la juger, elle paraît vouloir rendre un jugement, elle paraît forte, plus forte que la vague, plus forte que le plus terrible des cataclysmes qu'un dieu injuste et violent pourrait nous envoyer dans un instant de déraison sadique. Elle paraît forte car elle paraît avoir la justice avec elle ; elle paraît capable non de vaincre, mais de condamner. La vague approche et soudain je la reconnais : c'est Athéna, c'est elle, la sage et la guerrière, la vierge qui ne séduit pas, la calme, la glorieuse, la victorieuse, la protectrice, celle qui peut tuer ou guérir, celle qui peut nous apporter la vie et nous montrer la mort en face, celle qui regarde les vagues avec le regard de ceux qui ne mourront jamais.




   La vague approche et Athéna se décide. Il faut savoir si la ville mérite d'être sauvée. Il fallait savoir si ces hommes, ces femmes, si cet enfant qui se traîne lamentablement en pleurs, à quatre pattes, cet enfant abandonné par sa mère, cet enfant qui n'en finit pas d'essayer de quitter la scène sans y parvenir jamais, il faudrait savoir si ce peuple est coupable. Il faudra bien se décider : invoquer la fatalité ou créer le miracle. Maudire ou sauver. Mais pas aimer, non, ça, jamais, jamais d'amour chez Athéna. Athéna n'aime pas les hommes : elle ne sait que les juger avec ses lois à elle, qu'elle transgresse quand elle le veut, selon son humeur. Mais l'humeur d'Athéna est fiable ; elle a la froideur et la rudesse des dieux qui réfléchissent. On peut savoir quand elle dira oui et quand elle dira non ; on peut savoir si l'on a ou non mérité d'être englouti. Et si tous les hommes ont fui, c'est qu'ils savent.




   La vague approche et la décision est prise. Athéna sourit, regarde l'enfant, sourit davantage encore et disparaît.



   La vague se brise sur le rivage.


 



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8 février 2009 7 08 /02 /février /2009 12:23


 Comme le dirait mon ami Pierre Cormary, je suis un laïcard pur et dur, la réincarnation d'un hussard noir qui aurait juste ajouté des rayures verticales roses à ses vêtements
.

"Wouah ! Vous êtes trop fashion, m'sieur !"
Merci, Dorante.

  Je n'ai pas eu la malchance d'enseigner dans des établissements très difficiles où ces questions peuvent se poser au quotidien, mais je tiens à la laïcité, et refuse qu'on lui épithètelie des adjectifs qualificatifs tels que "positive" ou "ouverte". Je parle à mes élèves de "mythes chrétiens" comme je leur parle de "mythes grecs", ...

"M'sieur ! mythe, c'est parce que ça vient de l'animal ?"
Dorimène, une heure de colle !

... je fais respecter le règlement intérieur en faisant enlever tout ce qui de près ou de loin ressemble à un couvre-chef...

"Même un bandeau, m'sieur ?"
Oui Dorimène, même un bandeau.

... et j'ai déjà failli faire un scandale à la cantine de mon ancien établissement

"- Bonjour madame ! Alors je vous prendrai des nuggets (si quelqu'un a un mot français convenable pour traduire cet anglicisme, je suis prenenur... Avant de proposer, sachez que je trouve "beignet" inexact, "pépite" bien trop littéral, "morceau" bien trop flou et "morceau de poulet pané" bien trop long) de poulet, s'il vous plaît !
- Le problème monsieur, c'est qu'ensuite il n'y en aura plus assez pour les élèves musulmans."

  J'ai été pris de court. Je ne m'attendais vraiment pas à cette réponse. D'autre part, la vague chose à base de porc avec laquelle les nuggets constituaient une alternative me plaisait fort peu. Et quand bien même c'eût été du rôti de porc fermier bio label rouge à la truffe noire du Périgord, j'étais prêt à en faire une question de principe. J'ai donc redit à la dame que j'ALLAIS PRENDRE des nuggets de poulet. Après réflexion, j'aurais voulu lui avoir dit que j'étais musulman, juste pour voir sa tête (pour la petite histoire, j'ai finalement eu mes nuggets de poulet, et d'ailleurs elles n'étaient pas bonnes ^^).

  Selon moi, la laïcité permet justement à chacun de vivre sa foi ou son absence de foi tranquillement à l'école, sans heurts, sans anathème et sans fatwa. Elle permet de parler de la religion de façon dépassionnée. Moi, en bon prof de français laïc, je parle énormément de religion à mes élèves, et le fait qu'elle ne soit pas présente à tous les coins de cour de récréation comme vecteur d'insultes lui permet justement d'être présente en classe comme savoir. J'explique tout l'apport du christianisme à notre culture. Je pointe les liens entre les trois grands monothéismes pour les opposer au polythéisme gréco-romain. Je réponds clairement et sans prendre parti aux élèves qui me demandent si c'est vrai que le Paradis et l'Enfer existent. Je leur raconte Dante et les sept péchés capitaux

"M'sieur ? C'est quoi exactement, la luxure ?"

  Je suis donc contre le communautarisme érigé en norme sociale. Je suis évidemment pour que chacun se sente appartenir aux communautés auxquelles il s'identifie. Je suis certes pour que la rue, espace public de liberté, puisse être un lieu de circulation d'hommes portant la kippa et de femmes voilées, même si je suis contre le port du voile - et pourtant je connais des femmes voilées (voilées léger, tout de même) extrêmement libérées, sympathiques, amicales, et qui s'en foutent complètement de mon avis sur la question, et je les adore aussi pour ça -. Je suis toutefois contre le fait que l'école ou la fonction publique deviennent des lieux où l'on peut dévoiler (hem !) sa religion à la face des autres. La fonction publique car j'aime sa neutralité. L'école car je sais qu'elle est là pour enseigner des savoirs à des personnes qui sont encore en pleine construction personnelle, voire en révolte, et que l'expression d'un communautarisme - quel qu'il soit -  n'a jamais apaisé des esprits qui ne demandent parfois qu'à s'échauffer. La laïcité n'est pas bonne ou mauvaise en soi, mais finalement elle n'emmerde que ceux qui veulent nous prendre la tête avec leur religion. Les personnes modérées, ouvertes d'esprit n'ont aucun problème avec, et je discute du dogme de la trinité ou des houris du Paradis avec elles quand elles le désirent. Seules ont des problèmes avec les personnes obtuses ou prosélytes ou extrêmistes, voire les trois (et là, je m'en réjouis) ou les personnes qui n'ont pas réfléchi au problème pour diverses raisons d'habitude, de culture, de manque d'outils de réflexion (et là, je m'en réjouis aussi, car je vais essayer de leur apporter tout ça pour que nous en discutions ensemble).

  Je ne crois enfin pas que le communautarisme soit un vecteur de paix sociale, et que l'institutionnaliser diminue les tensions, au contraire. C'est justement là où il est déjà le plus exacerbé que les tensions sont les plus grandes, les affrontements les plus nombreux. La laïcité a l'avantage de ne distinguer personne, de mettre tout le monde sur un pied d'égalité. Le communautarisme crée des catégories, et comme toujours chez l'homme, une fois les catégories créées et revendiquant chacune des "droits" et des "avantages" à la façon de véritables lobbies, certains vont vouloir les classer et hiérarchiser. Oui, je pense que la laïcité est un rempart, certes parfois fragile, contre les fanatismes, qui n'ont pas besoin d'elles pour s'exacerber. Elle permet de continuer de raisonner par rapport au statut de la personne que l'on a en face de soi, à sa fonction, à son métier, à son rôle ; et non par rapport à son intime (car oui, ce qui relève de la foi relève de l'intime).

  Pour en revenir à mes histoires de cantine et à la façon de les régler une bonne fois pour toutes, il suffit qu'il y ait du choix et que chacun prenne ce qu'il souhaite (et considère qu'il est en droit de) prendre dans ce qui lui est proposé plutôt que de demander autre chose. Tu es végétarien ? Y'a des légumes ou des pâtes. Tu es musulman ? Y'a des légumes ou des pâtes aussi, et souvent autre chose que du porc. Tu es catholique et c'est vendredi ? Désolé, le chef n'a rien attrapé dans la rivière aujourd'hui, mais y'a toujours des légumes ou des pâtes !  Tu as encore un peu faim ? C'est Dieu qui teste ta foi : loué soit le nom du Seigneur !/Allah est grand et miséricordieux !/tiens, voilà du Bouddah !
  Aux chefs d'établissement donc de se battre pour que la société qui s'occupe de leur cantine propose suffisamment de choix, voilà (d'ailleurs, chez nous, on mange bien ! ^^). Et à tous les autres de s'adapter par rapport à ce qui leur est proposé.


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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 11:36

  Voilà une des bonnes surprises de ce blog : en cherchant une nouvelle à vous poster, je suis tombé sur ce (vieux) texte. Je ne me souvenais même pas l'avoir écrit ! Que mes amis et collègues se rassurent : il n'est pas autobiographique. Pas la peine donc d'appeler l'aliéniste : j'ai certes la mémoire qui flanche, mais je compte bien m'en tenir là pour l'instant ! 


L'Ecriveur


J'écris. Partout, toujours, sans pauses, sans repos, j'écris.

J'écris. J'aligne à chaque instant les mots, les mots qui font des phrases, les phrases des romans, les romans une oeuvre.

J'écris quand je vais mal ; j'écris quand je vais bien, mais suis-je déjà allé bien ? J'ai l'écriture pathologique ; écrire me rend malade. J'écris et j'en souffre. J'écris et j'en vomis. J'écris et j'en pleure.


J'écris le jour, du matin au soir. Je compose, je décompose, je recompose, j'assemble et désassemble interminablement les mêmes expressions, le même thème, la même obsession.

J'écris dans mon sommeil ; j'en cauchemarde la nuit. C'est monstrueux d'écrire quand on dort, de s'épuiser à gratter le papier. J'écris mes fantasmes dans mes rêves ; j'écris ma vie quand je ne vis plus ; je me réveille épuisé. J'en ai rêvé, des chefs-d'oeuvre, des livres magnifiques, à l'envers, à l'endroit, pêle-mêle. Certains commencent par la fin et ne débutent jamais, d'autres me hantent tous les mois ; j'y ajoute un chapitre par an ; je ne les finirai plus.

J'écris car j'ai ça en moi, car j'ai un stylo enfoncé dans la cervelle ; j'écris parce que j'aime ça ; j'écris parce que je hais ça ; j'écris parce que j'écris ; parce qu'écrire, c'est moi.


Je n'en peux plus d'écrire. J'aimerais m'arrêter parfois, avoir la tête vide, dormir comme tout le monde dort, vivre comme tout le monde vit. J'aimerais ne pas y penser mais je ne pense qu'à ça. J'écris comme on respire et j'étouffe de trop respirer. J'écris en hydropique, en fou, en génie.


J'écris... oui mais je n'écris pas. Jamais un mot de moi n'est apparu sur une feuille blanche. Je suis la mine et le papier, j'écris sur moi, j'écris en moi. Personne ne le saura, non, personne ne verra, n'entendra ce que j'écris. J'écris comme parle un muet, à l'intérieur, je grave les mots dans ma chair, j'ai l'écriture mutilante.


Alors c'est vrai, je me dis qu'il faudrait faire sortir tout ça, que l'implosion est proche, qu'écrire sans écrire, ça me mène à nulle part. Je me le dis mais je n'agis pas, mais je ne peux pas agir. J'écris parce que je voudrais faire autrement. J'écris parce que je voudrais ne pas écrire.

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31 janvier 2009 6 31 /01 /janvier /2009 09:41
 

  Je dis toujours à mes élèves que la littérature ne parle que de deux choses : l'amour et la mort. Et j'ajoute systématiquement qu'en fait, c'est la même chose. On ne se rend pas compte à quel point être professeur de français, c'est parler d'amour toute la journée. Il faut parfois être bien accroché.

  Je me rappelle avoir parlé d'amour un jour où je m'étais pris un rateau. Déjà, un rateau, ce n'est pas la chose la plus agréable du monde, mais là, j'ai bien compris que j'étais capable d'ajouter à ma souffrance par mon enseignement !

  "Alors reprenons ensemble le texte que je vous ai distribué, extrait de L'Education sentimentale : il s'agit de la dernière rencontre entre Frédéric Moreau et madame Arnoux..."

  ... c'est-à-dire du plus beau rateau de toute la littérature française... Bien joué ! Elle vient enfin s'offrir à lui ; il voit ses cheveux blancs et la rejette. Lui-même a raté plus ou moins sa vie. Certes, dans ce roman, "leurs yeux se rencontrèrent" , mais là, ses yeux se détournèrent, surtout. Bon choix de texte : tu vas déprimer pendant toute l'heure !

  ... ce qui fut fait.

   Coup de chance, ensuite, j'enchaînai sur un cours en petit groupe ("aide individualisée", qu'ils appellent ça), où j'allais pouvoir reprendre du poil de la bête avec les quelques élèves (filles, pour le coup) sympathiques qui restaient avec moi. J'avais choisi d'approfondir l'étude du réalisme littéraire à l'aide d'une chanson guillerette et primesautière de...

... Barbara...



... Hagarde, elle sortit de la salle des ventes,
Froissant quelques billets dedans ses mains tremblantes,
Quelques billets froissés du bout de ses doigts nus,
Quelques billets froissés pour un passé perdu.

Hagarde, elle sortit de la salle des ventes.
Je la vis s'éloigner, courbée et déchirante.
De son amour d'antan, rien ne lui restait plus,
Pas même ce souvenir, aujourd'hui disparu.

(la chanson, c'est "Drouot". Elle mérite d'être écoutée.)
 
  Je ne pleure jamais, mais là, je n'en étais pas loin...

  "C'est triste, m'sieur !"
 
  Ah oui Armande, c'est triste. Tiens, pour la peine, et pour se finir proprement, je vous passe "Amoureuse" de la même, comme ça ensuite on rentrera chez nous et on ira tous directement se coucher, bien déprimés !

Et puis, soudain, le gris du ciel redevient gris
Et puis soudain le poids des jours redevient lourd.
Tout est fini, tout est fini, l'amour se meurt :
Il est parti, il est parti et toi, tu pleures
Et c'est fini, oui, c'est fini.
Malheureuse [3x] .
Malheureuse [3x] , tellement malheureuse.

  Heureusement, à la fin, elles m'ont demandé "L'Aigle noir" : ça nous a remonté le moral de parler d'inceste !



  Par bonheur, parfois, l'amour, c'est gai ! Je n'aime rien tant qu'un sixième en train d'essayer de comprendre ce que peut bien être ce septième péché capital, la "luxure"...

   "C'est quand on vit dans une très belle maison, m'sieur ?"

  ... si ce n'est un cinquième en plein amour courtois...

  "Qu'est-ce vous voulez dire par "les amants étaient supposés consommer", m'sieur ?"

  ... quoiqu'un quatrième confronté à la symbolique du vampire...

  "C'est attirant mais potentiellement dangereux, ça se passe généralement la nuit, et on en ressort le matin vidé de son énergie ? Non, m'sieur, j'vois pas ce que ça peut être..." (classe de 4e Platon)

  "C'est le SEXE, m'sieur !!!!!" (classe de 4e Sade)

  Quant aux 3e, l'étude de l'autobiographique est toujours une période riche en confidences de la part des demoiselles, qui ne peuvent s'empêcher de me parler de leur première fois dans leurs "Je me souviens..." Remarquez, elle le font avec beaucoup de pudeur, et le résultat est touchant (sauf celle qui s'est souvenue s'être pris une cuite et avoir ensuite dansé nue sur le frigo... là, j'ai eu + de mal ^^).

  En tous les cas, l'amour fait toujours tourner le monde, la tête des élèves comme celle de leurs enseignants, et c'est très bien comme ça ! Cela nous fait au moins un sujet de conversation sur lequel nous sommes capables de nous comprendre.
 
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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 00:10
 


  Je n'ai jamais été un grand défenseur de la grève, et ce pour de nombreuses raisons intelligentes, mûrement réfléchies et délicatement soupesées (comme toujours, quoi) telles que :
- ça sert à rien ;
- c'est nul ;
- j'aime pas la foule.

  Plus sérieusement, j'ai toujours associé la grève à une certaine inefficacité (et même à une inefficacité certaine) et surtout à un côté esprit de groupe délétère : plus on est nombreux et moins on parle bien ; et ce qui était une réflexion fine,argumentée et étayée se transforme soudain en pancartes peinturlurées de slogans qui feraient immédiatement virer le publicitaire qui en aurait eu l'idée (quoique certains publicitaires ayant pondu "Quand c'est bon, c'est Bonduelle" ou "Si ju va bien, c'est Juvamine", je me rends compte que je me trompe peut-être...).

  Bref, comme beaucoup de gens de ma génération, je crois que je suis un vil individualiste, un gars qui se méfie de l'esprit de groupe et encore davantage de l'esprit de corps, un type qui n'aurait jamais l'idée de se syndiquer.

  Or donc je vais être gréviste.

  "M'sieur, c'est parce que vous voulez gagner + de sous !"

  Eh non, Zerbinette ! Non que je sois contre le fait de gagner davantage d'argent ("Société Générale : conjuguons nos talents"), mais là, pour le coup, c'est autre chose. C'est que j'aime mon métier et que je tiens à accomplir un acte, aussi inefficace soit-il, pour signaler que certaines conditions pratiques, certains éléments concrets ne me siéent point. Je déteste m'indigner alors que je sais bien que cela ne sert à rien, mais merde saperlipopette, je m'indigne quand même. Je veux que les élèves et leur famille puissent choisir entre plusieurs langues vivantes. Je veux que tout le monde puisse faire du latin s'il en manifeste l'envie (et qu'il y a bien réfléchi), et même du grec ancien, tiens ! Je veux qu'on n'ait pas à se battre entre collègues des différentes matières à cause des heures supplémentaires à absorber : ce n'est heureusement pas le cas par chez moi, et j'en remercie l'intelligence et la gentillesse de l'ensemble de mes collègues, mais tout est fait pour créer les conditions du conflit. Je veux qu'on sache que 28 élèves par classe en collège est un chiffre élevé - surtout au vu des élèves actuels - et non un chiffre "normal". Je veux qu'on fasse des langues vivantes dans des groupes de taille adaptée (et non, 29 élèves, ce n'est pas un groupe de taille adaptée). Je veux que mes élèves se nourrissent de connaissances, découvrent de grands textes et étudient notre langue de façon raisonnée et logique, et non qu'ils soient "en cours d'acquisition" de "compétences transversales" dans le cadre d'un "socle commun". Je veux qu'on m'utilise en respectant (et Dieu sait que le "respect" et la "citoyenneté", j'en ai plein mes papiers et mes directives officielles) ma formation et en se souvenant du concours qui a servi à me recruter : c'est parce que je connais bien la grammaire que je suis capable d'enseigner correctement le complément d'agent ; c'est parce que j'ai étudié de façon approfondie les Fables de La Fontaine que je peux faire comprendre "Le Loup et l'agneau". En revanche, ce n'est pas parce que j'ai suivi deux jours et demi de formation (au demeurant intéressante) que je suis soudain un spécialiste du traitement de texte ; ni parce que j'ai fait un stage d'une demi-journée que je peux être promu "Monsieur Infaillible, l'homme qui oriente vos élèves dans les bonnes filières sans se tromper".

  Mais mon paragraphe devient indigeste... Hop ! une ligne de sautée  et ça va mieux.   

  Voilà donc les raisons de ma première grève. Pour en savoir vraiment davantage, le site de Sauvez Les Lettres est dans mes liens : n"hésitez pas à farfouiller dedans, car de nombreuses choses très intéressantes s'y trouvent.

  Promis, le prochain message sera + amusant ^^.

  
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23 janvier 2009 5 23 /01 /janvier /2009 00:39

 Je me propose de vous faire partager quelques (vieux) textes de temps à autres, repêchés dans un coin de mon ordinateur ou sur un vieux papier crasseux qui traîne au fond du désordre  brouillon d'un tiroir poussérieux et abandonné (ça fait pas trop misérabiliste, là ?). J'aime bien ces textes de ma jeunesse ("mais si m'sieur, vous êtes ENCORE jeune !") car je vois leurs défauts aujourd'hui, et en même temps je ne voudrais pas y toucher. Non par goût du sacré (le comble pour un agnostique), mais car je leur trouve une fraîcheur (cliché), une naïveté (re-cliché), une innocence (enclenchement du mode paparazzi) que je n'ai plus, n'est-ce pas ? Bouh snif !


...


Bon, quand vous voulez, pour les protestations !


...


J'attends.


...


Même pas un petit "mais si, m'sieur, vous êtes encore plein d'innocence et d'idéal ?"


...


Oui Clitandre ?


"Alors m'sieur, votre réputation, c'était que vous aviez plusieurs nanas en même temps !"


... Merci Clitandre...


(non, mon élève ne s'appelait pas Clitandre pour de vrai : je combine anonymat et ridicule)


Bref, sur ce, le texte !



la Colle

 




Amélie, c'est mon amie.

Enfin... c'est ce qu'elle croit.



J'ai connu Amélie au collège, en classe de quatrième. Elle est arrivée, m'a regardé, puis s'est assise à côté de moi. C'est devenu une habitude : à côté de moi, il y avait Amélie.

Depuis la classe de quatrième, on ne s'est donc plus quitté ; ou, plus exactement, elle ne m'a plus quitté. Elle s'est collée à moi, accrochée comme une sangsue. Et impossible de m'en débarrasser. Partout où j'allais, elle allait.

Aujourd'hui encore, partout où je vais, elle va.




Amélie, elle vit ici.

Et ici, c'est chez moi.



Je ne sais pas ce qui m'a pris d'accepter. En fait, je voulais refuser. Il me semble bien que je voulais refuser. Mais quand elle m'a proposé de partager un appartement avec elle, j'ai dit oui.

J'aurais souhaité me reprendre, ajouter "euh, non, je me suis trompé, je ne voulais pas dire oui, je voulais dire non, mais tu m'as regardé et ça m'a déconcentré..." Toutefois, je sentais bien que j'aurais été ridicule. Alors, je me suis résigné.

De toute manière, Amélie a sa chambre et moi la mienne. Donc tout va bien. Sauf qu'Amélie vit ici, collée à moi.




Amélie, elle est jolie.

Mais elle ne me plait pas.



Pourtant, elle correspond exactement au genre de filles que j'aime : c'est une petite brune au regard malicieux, au visage anguleux, aux traits réguliers. On croirait toujours qu'elle va être emportée par le vent, avec sa jolie frimousse et son rire de sauterelle ; sauf qu'en restant collée à moi comme ça, elle ne risque pas de s'envoler.


Si ce n'était pas Amélie, j'en tomberais volontiers amoureux.


Je ne sais pas pourquoi elle veut toujours être à mes côtés. Ainsi, j'ai appris un jour qu'elle partageait davantage qu'un appartement avec moi. Au travail, le bureau en face du mien avait toujours été vide. Lundi, j'ai levé le nez de mes feuilles, et j'y ai vu Amélie. On l'avait embauchée. Désormais, le lundi, c'est avec Amélie. Et aussi le mardi, le mercredi, le jeudi et le vendredi.

Il n'y a que le soir, après le dîner, que je ne la vois pas. C'est pour ça que j'adore la nuit. Car la nuit, c'est sans Amélie.


Amélie est dans mon lit.

Je vais sur le sofa.



Certes, c'était un bien beau spectacle, Amélie, nue, allongée sur ma couette. Ca m'aurait presque donné envie. Presque. Sauf que c'était Amélie. J'ai donc vite refermé la porte et me suis couché dans le canapé, car la nuit, c'est sans Amélie.

Mais ça, elle ne l'avait pas compris. J'ai entendu un grincement, vu une lumière, entendu des petits pas de souris. Amélie s'est approchée, m'a murmuré des cajoleries. Elle m'a déshabillé et s'est collée à moi ; encore plus collée que d'habitude, peau contre peau, la mienne se rétractant, la sienne comme de la glue.

A partir de là, j'ai saisi : désormais, la nuit, c'est avec Amélie.


Amélie, elle se marie.

Et le mari, c'est moi.



Amélie a dit oui, moi aussi. J'étais très étonné, d'ailleurs. J'avais bien répété dans ma tête, pendant des heures, ce que je devais faire, ce que j'aurais dû faire. Je voulais dire non. Il me semble bien que je voulais dire non. Sans arrêt, pendant la cérémonie, je pensais "non, non, non, non..." Je ne pensais qu'à ça., à dire non. Dire non. J'étais devenu une négation, un refus, un non.


Amélie m'a alors regardé, et j'ai dit oui.


J'aurais souhaité me reprendre, ajouter "euh, excusez-moi, je me suis trompé, je ne voulais pas dire oui, je voulais dire non, mais elle m'a regardé et ça m'a destabilisé, c'est un peu de la triche, vous savez, c'est trop facile de faire dire oui quand on a les yeux d'Amélie..."

Mais je sentais bien que j'aurais été ridicule. Alors je me suis résigné : désormais, la vie, c'est avec Amélie.



Amélie est dans ma vie.

Mais moi, je n'y suis pas.



Evdemment, au début, ça a été un petit peu difficile. Amélie était radieuse : elle me collait comme jamais. Elle vivait son idylle à sens unique. Moi, j'étais moins ravi, car du lundi au lundi, de midi à midi, c'était avec Amélie.

Heureusement, le début, ça passe vite. Amélie et moi, on est donc arrivé au milieu ; et là, évidemment, ça a été un petit peu difficile. Vous ne savez pas ce que c'est, vous, de passer le jour et la nuit avec Amélie. C'est poisseux, c'est gluant, c'est long, c'est infini. Quand elle est scotchée, on peut pas la détacher.

Pourtant, j'ai tout essayé. Je suis même allé dans une droguerie, et j'ai demandé au vendeur s'ils avaient du dissolvant pour enlever les Amélie. Le vendeur a ri. Alors j'ai ri aussi, pour faire comme lui. Même si j'en avais pas vraiment envie.


Amélie, elle est polie.

Mais ça ne suffit pas.



J'ai réfléchi et j'ai compris : Amélie et moi, on est uni pour le meilleur et pour le pire. Elle, elle a le meilleur ; moi, le pire. Elle, elle a mes jours, mes nuits, mes mardi et mes vendredi. En gros, elle m'a tout pris. Et tout ça parce que j'ai dit oui ; ou, plus exactement, parce qu'elle m'a fait dire oui.

C'est ça, la vie avec Amélie : une fois qu'on a dit oui, le seul moyen de s'en séparer, c'est de l'arracher. Sinon, ça reste collé.

Elle avait préparé le dîner. On s'est assis, et là je l'ai arrachée d'un coup sec. Je suis pas sûr qu'elle ait tout saisi, mais elle a pleuré. Et les larmes, on n'a rien trouvé de mieux pour décoller : c'est le dissolvant universel.

Elle a fermé la porte de la chambre, elle dedans et moi dehors. Je suis donc allé dormir sur le canapé. J'ai attendu, j'ai guetté, mais elle n'est pas venue. Alors je me suis endormi.

Cette nuit-là, pour la première fois depuis une décennie, ça a été sans Amélie.



Amélie, elle est partie.

Qu'elle ne revienne pas !



Au matin, elle n'était plus là. Au travail, tout avait changé. Quand j'ai levé le nez de mes feuilles pour regarder le bureau d'en face, je n'y ai pas vu Amélie. Elle avait démissionné. Désormais, le lundi, ce fut sans Amélie. Et aussi le mardi, le mercredi, le jeudi et le vendredi.

En arrivant chez nous, chez moi, j'ai appelé "Amélie ! Amélie !", au cas où elle ne serait pas vraiment partie, ou alors partie pour de rire, pour de faux. Mais elle ne répondit pas. Elle ne vivait plus ici.

Il n'y avait que le soir, après le dîner, que je la voyais encore. Je ne l'avais pas tout à fait arrachée de mes rêves ; sa frimousse et son rire de sauterelle m'apparaissaient parfois la nuit, comme l'écho d'une phrase qu'on ne prononcera plus, comme la lumière d'une étoile déjà morte.


Mais tout ça allait se dissiper. Bientôt, la nuit, ce serait sans Amélie.


Amélie, elle est partie.

Elle ne reviendra pas.


Ca a donc été sans Amélie. Le jour sans Amélie, la nuit sans Amélie, le mercredi sans Amélie, la vie sans Amélie.

Evidemment, au début, ça a été un petit peu difficile. Je me suis rendu compte qu'Amélie, on s'y habituait. Qu'on s'y attachait. Et qu'on ne l'oubliait jamais tout à fait. De temps à autres, j'essayais encore d'appeler "Amélie ! Amélie !", au cas où elle ne serait partie que pour revenir, car on part toujours un peu pour revenir. Mais elle ne répondait pas.

Heureusement, le début, ça passe vite. Je suis donc arrivé au milieu ; et là, évidemment, ça a été un petit peu difficile. Vous ne savez pas ce que c'est, vous, de passer le jour et la nuit sans Amélie. C'est creux, c'est fade, c'est long, c'est infini.


C'est pourquoi je suis retourné à la droguerie, et j'ai demandé au vendeur s'ils avaient de la colle, de la colle Amélie comme celle que je possédais autrefois. Le vendeur a ri. Alors j'ai ri aussi, pour faire comme lui. Même si j'en avais pas vraiment envie.

Après le milieu, il paraît qu'il y a la fin. Je ne sais pas quand elle arrivera ; mais je sais déjà qu'elle sera un petit peu difficile, et que du lundi au lundi, de midi à midi, j'appellerai "Amélie ! Amélie !", et qu'elle ne répondra probablement pas.



Amélie, elle est partie...

Tu crois qu'elle reviendra ?

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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 23:17
  ... Pour le savoir, une seule solution : se réunir avec vos amis (ou alors avec des gens quelconques, même si vous ne les aimez pas) et faire le test de Cosmo Harry Potter concocté par votre serviteur au cours de longues nuits blanches délirantes (le jour aussi, remarquez). Vous pouvez le télécharger ici.

  Quelques précisions pour les non-initiés (pour avoir fait passer le test à des groupes de personnes qui ne connaissaient rien à l'univers potterien, je peux certifier que tout le monde s'amuse à partir du moment où les explications de départ sont claires) :


1) Le maître du jeu (i.e. vous) est prié d'expliquer
la signification de chaque maison au début du test. Comme je suis gentil (c'en est même exaspérant, à force, tant de gentillesse), je vous aide...


Les 4 maisons de sorciers :

- Gryffondor (G): les grands, les courageux, les gens au grand cœur, les vaillants. Mais aussi les téméraires et les colériques, qui agissent parfois avant de réfléchir.



- Serdaigle (SA) : les intelligents, les penseurs, les profs, les logiques, ceux qui aiment le savoir et qui ont toujours raison. Mais aussi les chiants, les dans leur bulle, les incapables d'action.



- Poufsouffle (P) : les clercs, les croyants, les travailleurs, les sérieux, les généreux, les gentils, les sacrificiels, les humbles. Mais aussi les grégaires, les indifférenciés, les pas très très doués.



- Serpentard (SP) : les purs, les happy few, les noblesse oblige, les seuls capables de faire du mal pour au final faire triompher le bien. Mais aussi les salauds, les snobs, les sales cons.


Les 2 autres catégories :

- Moldu (M) : les humains les vrais, ceux qui sont dans la vie la vraie (elle aussi), les rationnels, les normaux. Mais aussi les médiocres, les bofs, les c'est-super-décevant-de-faire-un-test-de-sorcier-et-de-se-retrouver-humain-de-base.



-
Cracmol (C) : les descendants de sorciers sans pouvoirs magiques, les franchement nazes, les tout pourris, le drame, la cata, l'apocalypse même ! Pas de bol si vous finissez ici...



2) Le maître du jeu n'est pas censé participer. Mais bon, s'il est honnête et loyal, il peut essayer quand même !

3) On fait le calcul des points (en expliquant combien rapporte chaque réponse de chaque joueur) à la fin de test. Vous remarquerez que ce test est comme moi : vicieux et méchant. En effet, une réponse moldue ou cracmolle rapporte généralement deux points dans sa catégorie, tandis qu'une réponse de sorcier ne rapporte le plus souvent qu'un unique point dans la maison correspondante. C'est comme ça : vous ne pensiez pas faire partie aussi facilement de l'élite, tout de même ?


  Pour ceux qui ne voient pas pourquoi telle réponse à telle question rapporte des points dans telle maison (je suis clair, là ?), n'hésitez pas à me demander.

  Et enfin, pour ceux qui se demandent où j'ai bien pu atterrir, sachez que je suis en compagnie d'Einstein, de Lewis Carroll, de Virginia Woolf, de Madame de La Fayette, de Françoise Bernard, d'Hermès (pas le carré), du chevalier d'or de la Vierge, du professeur Tournesol et du domestique de Batman... chez les Serdaigle ! 



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21 janvier 2009 3 21 /01 /janvier /2009 19:28
  Foin de madeleines, foin de maisons potteriennes, revenons à l'essentiel pour nous présenter : le mal, le vice, le côté obscur, la méchanceté gratuite, les bébés jetés dans les orties et les mémés balancées avec l'eau du bain, l'iniquité, le côté sombre, la délicieuse cruauté. Portrait en 7 péchés :


1. L'Orgueil


   Je suis un orgueilleux qui en rit, et qui aime en rire avec les autres. Quand on me dit que je suis modeste, j'hallucine systématiquement, mais c'est parfois l'impression que je donne. Moins ces dernières années toutefois, où j'ai pris confiance en moi. Il y a enfin des sujets sur lesquels je suis vraiment content de moi, des idées et des pensées dont je suis fier. Je me fous davantage de mes actes. Je suis vraiment un Serdaigle pour ça : la théorie me passionne, la pratique m'est plus indifférente. Je préfère qu'on me remercie parce que j'avais raison plutôt que parce que j'ai bien agi. Et j'aime avoir raison, parfois trop. Et je crois souvent avoir raison, ce qui n'aide pas .

L'orgueil du prof
: "Passionnant, ce cours, n'est-ce pas ?" ("on va dire ça, m'sieur.")



2. L'Envie


  J'ai l'envie tranquille. C'est une chose dont je suis plutôt content : je me satisfais assez bien de ce que j'ai. Et je n'envie pas véritablement les autres qui auraient des trucs dont je ne dispose pas : je regrette parfois de ne pas avoir certaines choses, mais sans en vouloir à qui que ce soit. Mon côté dillettante me sauve des envies les plus terribles, car je n'accorde peut-être pas assez d'importance à un domaine particulier pour être vraiment capable d'envier quelqu'un en ce domaine.

L'envie du prof : "A votre avis, j'ai quel âge ?" ("30 ans, m'sieur ?")



3. La Colère


  Je me suis souvent défini comme non-colérique, ce qui n'est pas vrai. Je fuis la colère. Je déteste ça, car je me sens mal quand je suis en colère. Quand je me mets en colère en classe, 99% du temps je simule, je fais du théâtre, car je crois aux vertus d'une bonne colère, mais je hais le fait de mettre une vraie colère en oeuvre. J'ai la colère froide, silencieuse, et à un moment je lâche deux phrases avant de claquer une porte. Et ce n'est pas toujours moi qui m'en vais, dans ce cas : j'ai une fois foutu ma mère dehors, et c'est elle, qui, 15 jours après, m'a présenté des excuses. Une colère réussie.
Vraiment utile, donc, la colère. Malheureusement, j'ai trop de respect pour mon intelligence pour m'en priver longtemps, et la colère rend vraiment trop con.

La colère du prof
: "Si vous continuez, je vous défenestre !" ("Ca veut dire quoi, "défenestrer", m'sieur ?")


4. La Paresse/L'Acédie


  Ah ! le voilà, ce péché qui me tient ! Car si j'ai l'orgueil bon enfant, l'envie légère et la colère rentrée, j'ai la paresse qui me tenaille. Et pourtant, ceux qui me connaissent peu me demandent toujours comment je trouve le temps de me consacrer à mes diverses activités. Je leur ris souvent au nez, tellement je me considère inactif. Un canapé-lit, une télé et un ordi, voilà trois vrais objets de mon quotidien. Et il m'arrive de me dire que je suis vraiment con de ne pas faire autre chose, ou plus exactement de ne pas faire quelque chose. Et je suis surtout touché par une forme particulière de paresse : la procrastination. je ne remets pas à demain ce que j'aurais pu faire aujourd'hui, mais à la semaine prochaine ce que j'aurais dû faire hier. Et c'est régulier. Et je le sais. Et je le fais quand même. Et cela me conduit à d'incroyables phases d'activités (notamment cérébrales) pour m'en sortir : des mémoires en 3 jours, des cours préparés en 10 minutes. Travailler dans l'urgence est ma norme, tellement ma paresse s'est étalée. Mais tant que ça fonctionne, en même temps...

La paresse du prof : "... et vous faites les exercices n°573, 574 et 575 ; c'est parti !" ("On doit recopier les phrases, m'sieur ?")



5. L'Avarice


  Je ne suis ni avare (mais je ne donne pas à n'importe qui), ni prodigue (mais je sais dépenser de grosses sommes par moments). Un sou n'est pas un sou, car j'en ai d'autres, et en suffisance. Mais je sais gérer mon argent et même en gagner davantage que je n'en dépense. Mes besoins ne sont pas si nombreux (pas de voiture à entretenir, pas de loyer à payer) et mes désirs sont loins de me ruiner (beaucoup de livres dont la plupart viennent du bouquiniste, quelques fringues pendant les soldes ou pas pendant, des dvd et tout va bien). Non, vraiment, je ne m'inquiète pas de mon avarice.

L'avarice du prof : "Vous, passez-moi votre stylo." ("Ca fait deux mois que vous me l'avez pas rendu, m'sieur !")



6. La Gourmandise


  Celui-là commence à me turlupiner légèrement. Avant, je bouffais. maintenant, il m'arrive de me dire que je devrais bouffer mieux. Mais comme j'aime souvent bouffer mal, ça n'aide pas. Néanmoins, je m'en sors quand même très bien, avec quelques petits problèmes sucrés (un paquet de gâteaux ne passe pas une journée chez moi, et je mange mes crèmes au chocolat par 4 et mon Benco à la cuillière). Mais ça va, je le vis assez bien, et j'achète du salé.

La gourmandise du prof : "Comment ça, personne ne m'a apporté de chocolats pour Noël ?" ("Je vous ai fait une jolie carte, m'sieur !")


7. La Luxure


  Jamais compris ce qu'il foutait là, lui. Oui, j'aime le plaisir physique et j'ai une vie assez libre. Je suis TRES LOIN d'en avoir oublié l'amour pour autant. Mais il faut bien s'occuper, surtout quand on le peut (on en reparlera quand j'aurai 40 ans). En revanche, j'ai parfois du mal à maîtriser les pulsions, et il peut m'arriver d'éprouver une honte post-pulsionnelle assez désagréable. Habituellement, ça passe.

La luxure du prof
: "oui, bon, ben c'est un suçon, quoi !" ("c'était bien, m'sieur ?")

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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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