Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 19:29

procès

 

 

  Suite à l'article où mes collègues racontaient leur formation, je porte à votre connaissances, aimés lecteurs et lectrices, le témoignage de Kruella, qui me semble exemplaire dans sa façon dont le système peut tout mettre en œuvre pour broyer un être plein de bonne volonté, et choisi quasiment de façon arbitraire. 

 


Par Kruella

 

  Il y a des hasards amusants. Courant juillet, j'ai reçu mon arrêté de titularisation. Il est daté du 8 juillet 2011, soit deux ans, jour pour jour, après l'annonce de mon licenciement.

 

  Je peux le dire sans fausse modestie, j'ai été une bonne étudiante en histoire. Après des études qui m'ont passionnée, j'ai obtenu le CAPES externe d'histoire-géographie, avec un classement honorable. Et c'est là que les ennuis ont commencé. 

  Ma première année de stage, en collège, n'a probablement pas été parfaite, je le reconnais volontiers. J'ai été assez peu aidée par un tuteur gentil, mais pas très présent. Je manquais certainement d'autorité, de méthode, j'en suis consciente ; mais, autant que je puisse en juger, c'était le cas de beaucoup de professeurs stagiaires que je côtoyais en formation. Jamais, en parlant avec eux, je ne me suis sentie larguée ; j'avais les mêmes problèmes, les mêmes questions, le même quotidien que mes condisciples. 

  On m'a tout de même fait redoubler mon année de stage, “pour que je prenne confiance en moi”. Motif : je semblais trop fragile pour être envoyée dans le Nord, le grand Nord inhospitalier... La raison de cette réserve, je la discerne à présent : courant octobre, j'avais eu une crise de larmes en salle des profs, due, probablement, à la fatigue ; et une réputation de dépressive en puissance m'a alors été collée sur le dos... 


  La deuxième année, j'ai été à nouveau nommée en collège, à l'autre bout de l'académie. J'aurais voulu changer d'académie, mais une circulaire l'a interdit précisément cette année-là. Je retrouve donc mes formateurs, trois autres stagiaires redoublants, mais pas l'inspecteur qui m'a collée puisqu'il a quitté l'académie. Collège de centre ville de Bordeaux, bourge à souhait ; on m'assigne, pour tuteur, un jeune agrégé qui n'a jamais eu de stagiaire, alors qu'une collègue certifiée et expérimentée est volontaire. Ironie du sort, je m'entends bien avec toute l'équipe d'histoire-géo, sauf avec mon tuteur. Probablement désireux de bien faire, il ne me lâche pas d'une semelle, vient dans mes cours plusieurs fois par semaine ; il est très grand et se remarque bien parmi mes cinquièmes. Je le vois lever les yeux au ciel, prendre des moues consternées alors que je fais cours. Le vendredi, à midi et demi, c'est “débriefing” ; très rapidement, je développe une telle appréhension que je suis incapable d'avaler quoi que ce soit le vendredi matin, et que je dois aller vomir avant chaque entrevue. 

  Pour mon tuteur, mes cours ne vont jamais ; pas assez creusés, pas assez fouillés, activités pas adaptées, ma gestuelle n'était pas bonne... Pourtant, lors de la rencontre parents-profs, je ne reçois que des compliments des parents. “Elle détestait l'histoire, mais avec vous elle adore !”... 

  Tout au long de mes deux années de stage, j'ai eu droit au grand jeu. Première visite IUFM, visite “conseil” demandée (en gros, une visite supplémentaire censée aider le stagiaire qui galère déjà, en lui mettant un peu plus de pression), visite de validation... et inspection, puisque l'académie avait décidé que l'inspection serait systématique. J'ai eu à rédiger un mémoire chaque année (j'ai d'ailleurs obtenu une mention TB au second). Toutes ces visites ont eu pour principal effet de me mettre une pression difficile à gérer, et pas du tout de m'aider ; à chaque fois, je ne savais pas de quel côté la tuile allait tomber. “Mauvaise gestion du tableau, c'est très grave !”... la fois d'après, mon tableau est nickel : personne n'y prête attention, on me critique sur la formulation de mes questions. La fois suivante, je soigne les questions : eh bien, cette fois c'est sur mes déplacements dans la classe qu'on me chatouille. Les points soulevés la fois précédente et dits “très graves” ne sont plus jamais évoqués ; à chaque fois, le coup est inattendu. J'ai même eu droit au racisme social : “vous êtes au centre ville de Bordeaux, hein, le cours de 4° doit correspondre à un niveau 2de !”...

  Après coup, j'ai compris pourquoi on m'avait autant visitée : les syndicats m'ont expliqué qu'il s'agissait de blinder le dossier contre un recours au tribunal administratif. Mon recours aurait été irrecevable, puisque tout avait été fait pour m'aider... 


  Tant bien que mal, je suis arrivée début juin, à mon inspection de validation. Une IPR à la réputation de dragon, qui se pointe alors que le cours a démarré depuis une demi-heure (en coulisses, le principal-adjoint me révèle qu'elle s'est trompée de collège). L'entretien avec cette dame est cordial. Elle me dit clairement que je serai validée, me donne des conseils pour ma future mutation, relève quelques maladresses “mais rien de méchant, des erreurs de débutante que vous rectifierez l'année prochaine !”... Elle indique au principal-adjoint, devant moi, que je serai validée, tient le même discours à mon tuteur, à une collègue et, quelques jours plus tard, à l'unique formateur qui m'ait toujours soutenue (il m'a eue en stage dans sa classe de lycée et m'a fait un rapport élogieux). 

  La période suivante reste dans ma mémoire comme un moment délicieux. Juin ensoleillé, les ennuis sont finis après toutes ces visites, tout ce stress, tous ces coups reçus. Je choisis ma future voiture (pour ma mutation en Champagne-Ardenne, j'aurai besoin d'un véhicule, même si je suis en poste fixe). Je surveille le brevet, puis le corrige, puis on m'appelle pour être assesseur au bac... Peu m'importe, puisque je vois le bout du tunnel.

  La semaine du bac, je commence à appeler au rectorat pour savoir si la commission de titularisation s'est tenue. On me balade : appelez la DPE, appelez la DEC, appelez l'IUFM. Non, la commission ne s'est pas tenue. Oui, elle s'est tenue, mais ce n'est pas nous qui avons la liste des validés. Oui, la liste est au rectorat mais elle est à la signature chez le recteur. Non, elle n'est pas revenue de chez le recteur... 


  Le dernier jour du bac, 8 juillet, on finit par me répondre :”Vous êtes licenciée, on ne vous l'avait pas dit ?”

  Ce jour-là, j'ai attendu mon inspectrice à la sortie du rectorat. J'aurais aimé lui cracher à la gueule, mais elle n'est pas sortie, et j'ai fini par partir.

  Je lui ai parlé au téléphone quelques jours après, elle a prétendu qu'elle m'avait soutenue. Elle mentait, puisque son rapport était très négatif, et que je n'y ai pas retrouvé la teneur de l'entretien. Elle m'a promis son aide pour que j'obtienne des vacations – ben oui : pas assez bonne pour être fonctionnaire, mais bonne pour me faire exploiter en faisant le même boulot mais moins bien payé... J'attends toujours le premier coup de téléphone pour ces fameuses vacations.

  J'ai envisagé pas mal d'issues, plus ou moins violentes, plus ou moins légales. Et puis le bon sens a prévalu. J'ai préparé le CAPLP1 Lettres-Histoire en candidate libre, je l'ai obtenu haut la main, et je suis partie faire mon stage à Amiens, pour voir si je tenais dans ce fameux nord que l'on m'avait refusé. J'ai été titularisée, et je me suis inscrite dans la foulée au CAPES et à l'agrégation.

  Cette année, l'inspectrice, en Picardie, a dit en public qu'elle regrettait que je quitte son académie. Ça change de musique.

 


1. Concours pour enseigner en Lycée Professionnel

Repost 0
21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 12:24

dr-house

 

 

  Je vous le dis, il y a encore à faire pour améliorer notre image…

 

  Je reviens donc de chez le docteur, consulté après deux jours de nez qui coule, de gorge qui pique, de fatigue liée au fait que passer 7 puis 5 heures devant les élèves dans cet état, ça attaque un peu votre capital énergie. Comme ça n'allait pas franchement mieux ce matin (un réveil dans la nuit, un petit 38, une patate nasale et le délicieux picotement qui va bien), après avoir appelé le collège, je suis allé chez mon médecin traitant… qui ne reçoit pas le mercredi (oups !).

  Me voilà donc à farfouiller sur le net et à appeler les médecins des environs pour en trouver un disponible et disposé à me recevoir. J'en trouve un : chouette. Je m'y rends avec le dynamisme d'une huître, on me reçoit, et là, tout bascule…

 

  Petit flashback : je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler un garçon doté d'une santé de fer, même si je ne suis pas non plus une loque titubante. J'ai un long passé de rhinites, sinusites, états grippaux, angines, pharyngites, et une propension à tomber facilement malade en cas de surchauffe. On dut par exemple me ramener à la maison lors des examens blancs de ma première année de prépa : j'y consommais un paquet de mouchoirs par heure et j'avais l'énergie d'une limace cuite. J'ai passé l'année où j'étais censé préparer l'agrégation externe dans le cabinet de mon médecin, à raison d'une fois par mois. 

  Petit flashback suite : je me méfie et, dans le doute, je consulte. La dernière fois que j'ai soigné un mal de gorge/nez patatoïde par le dédain, l'aspirine et les pastilles miel/citron, je me suis retrouvé brutalement éveillé à 3h du matin avec une angine blanche et l'impression qu'on m'enfonçait un poignard dans la gorge chaque fois que je déglutissais. Si je dois mourir poignardé dans la gorge un jour (ce qu'à Dieu ne plaise), je suis sûr que le ressenti sera exactement le même. J'en fus quitte pour SOS médecins et 3 jours de calvaire et de paille. 

  Petit flashback fin : je ne suis pas un tire-au-flanc. En 6 années complètes de bons et loyaux services dans ma profession, j'ai accumulé 14 jours d'arrêt-maladie (dont un arrêt de 4 jours en décembre dernier, où j'étais sévèrement attaqué). On pourrait faire moins, certes, mais une moyenne à peine supérieure à 2 jours d'arrêt par an ne me semble pas abyssale, tout de même. 

 

  Retour donc dans le cabinet de mon nouveau doc. Examen, blabla, et apparemment tout va bien, y'a pas de points blancs dans la gorge, c'est la fête. Et j'ai donc droit à tout un discours bien senti (je retranscris de mémoire) :

 

« Votre état ne justifie pas une journée d'arrêt »

« Que diriez-vous si vos élèves ne venaient pas en cours dès qu'ils ont mal à la gorge ? »

« Vos élèves ont droit à un enseignement à plein-temps, et non pas à mi-temps. »

« Combien avez-vous d'heures de cours par semaine ? » (18, doc') → « Votre médecin travaille bien plus que vous, vous savez. »


  À la fois vraiment fatigué (car même si mon état ne justifie pas une journée d'arrêt maladie, j'ai quand même toujours 38 de fièvre, la gorge qui pique et le nez qui bloque) et un peu désabusé, je ne réplique pas grand chose d'autre que du factuel. J'ai le malheur de l'appeler « monsieur », par inadvertance, à un moment, et je me prends un « je suis Docteur » bien senti. Et, cerise sur le gâteau après la leçon de morale : 

 

« mais je ne vais pas polémiquer. »

 

  … C'est hélas un peu tard. 

 

  Je suis donc reparti avec mon ordonnance pour paracétamol et pastilles miel/citron. Alors une fois encore, que ce ne soit rien de bien grave, tant mieux, en fait. Je préfère entendre ça (mais j'avais besoin d'un docteur pour l'entendre, justement : je ne suis pas encore au point sur l'auto-diagnostic, moi). Mais tout le côté vous êtes un prof flemmard qui profitez du système, comparaison avec les élèves (le truc insupportable : je ne suis pas un élève, zut !), je trouve cela vraiment déplacé. Mon médecin traitant était un peu sur ce mode-là au début, mais en nettement plus poli : curieusement, depuis qu'on se connaît, il ne dit plus ce genre de choses. 

 

  À l'avenir, je veillerai donc à ne consulter que les jours où il reçoit, de peur de me prendre une nouvelle leçon de morale de la part du toubib trouvé sur les pages jaunes. 

Repost 0
15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 17:06

mélancolie

 

(mis à jour le 16 septembre)    

 

Comme je l'écrivais il y a quelques temps, notre métier ne fait pas rêver. Loin de l'image d'Épinal du prof payé à ne rien faire et toujours en vacances, notre métier est souvent source de stress : administration limite totalitaire, inspecteurs sadiques, élèves insupportables, collègues retors… Parfois, ça va trop loin. Trois collègues ont accepté de s'exprimer sur ce sujet, sur ce qu'ils ont vécu, connu, vu, éprouvé. Je leur laisse la parole et m'abstiens de tout commentaire. Sachez simplement que des histoires comme celles-ci, on en trouve beaucoup. 

 

 

Par Carabas

 

  Mon histoire est très simple. J'insiste juste sur le fait que je ne rejette la responsabilité de mon échec sur personne. Ce qui m'indigne, en revanche, c'est que malgré mes appels à l'aide, on m'ait coulée au lieu de m'aider.

  Dans un collège tranquille, j'ai tout de suite eu des problèmes de discipline et l'ai dit rapidement à l'IUFM. Ma tutrice ne m'a pas vraiment aidée. La formatrice IUFM non plus. 1ère visite IUFM : cours mal conçus qui génèrent le bazar. Tout vient de l'absence d'objectif clair. Ok, j'applique les conseils, mérités, je l'admets. Toujours autant de bazar, ça va même en s'empirant. Les relations avec la tutrice se dégradent. Je passe beaucoup de temps sur mes cours. Pendant mes vacances de Noël, je dois concevoir toute la séquence de la rentrée et la soumettre à ma tutrice. J'y passe mes vacances. Je demande conseil autour de moi, à des copines, notamment, certes, débutantes comme moi. A la rentrée, rendez-vous avec ma tutrice. Verdict : « tu ne sais pas faire une explication de textes"  ». Là, ça m'achève, je rentre chez moi en pleurant. J'hésite, je tergiverse, et je décide d'appeler ma formatrice. Fatal error ! C'est normal que ma tutrice ne me fasse pas de réflexions agréables, vu que ça ne se passe pas bien avec mes élèves. 2ème visite tendue, où des progrès sont constatés. L'année se passe jusqu'à la 3ème visite, où j'ai fait des progrès incroyables, mais pas suffisamment pour être validée. Je signe un rapport dans lequel il est dit que la « stagiaire ne s'est rendu compte que trop tard du bien fondé des conseils prodigués et n'en a tenu compte qu'en fin d'année ». Dans le rapport de la tutrice : « la stagiaire fait trop confiance aux exercices tout faits ». Inspection calamiteuse, où j'apprends que parler de « scène de reconnaissance » au théâtre (dénouement des Fourberies) est une erreur, puisque ça n'existe pas. Que je vais refaire une année, mais que ce n'est pas grave si j'échoue, parce qu'avec une maîtrise de Lettres, il y a « plein de choses à faire ».

  Nouvelle année : collège REP, mais bonne tutrice. Ca commence mieux, mais très vite, je me fais déborder. Je ne tiens pas le coup, malgré la bienveillance de ma tutrice. J'ai un élève particulièrement perturbateur, mais la CDE (chef d'établissement) dit qu'il faut faire avec, qu'il ne sera pas renvoyé, c'est donc à moi de m'adapter. Le jour où je craque, ma CDE me dit de démissionner. Arrêt maladie, donc. 1 mois plus tard, j'apprends que l'élève problématique s'est fait virer. De toute façon, je ne compte pas revenir, je démissionne, mais je saoule quand même le rectorat et l'IUFM pour obtenir un rendez-vous. Ben oui, la directrice adjointe s'était vantée en début d'année du fait qu'ils ne « laissaient pas les stagiaires non validés sur le bord de la route ». J'obtiens un rendez-vous avec un type dont je n'ai pas compris le rôle et la directrice adjointe de l'IUFM. Cette dernière a annulé à la dernière minute et le mec m'a limite engueulée. Voilà, fin de l'histoire !

 

 

Par Nasopi

 

  Je n'ai pas été licenciée, mais j'ai dû refaire mon année de stage, et je l'ai très mal vécu. Pour ma deuxième année, j'ai eu la chance de tomber sur des gens humains et sympa ; mais pour ma première année, on a travaillé à me détruire psychologiquement du début à la fin, sous prétexte de "m'aider".

 

 

Par Condorcet

 

  Voici que je peux et que j'ai envie de dire et de voir publié au sujet hélas d'actualité du suicide de notre infortunée collègue :

  Mon passage à l'Education nationale entre 2003 et 2005 m'a appris la vie dans ce qu'elle a de beau (communiquer son savoir patiemment accumulé à des esprits plus ou moins avides de le connaître) et aussi de beaucoup plus douloureux (un tuteur novice de bien piètre conseil la première année et l'année de néo-titulaire, une inspection façon descente en flammes). Une psychothérapie m'aurait sûrement aidé à surmonter ce choc dépressif et suicidaire de l'inspection et de la démission qui en a suivi mais Venise et la thèse ont rempli un rôle comparable. J'eusse bien aimé être aidé dans ma reconversion par l'Éducation Nationale qui s'est bornée — en guise d'adieu — à me réclamer un énorme trop-perçu à propos duquel j'ai dû batailler pied à pied pour le réduire à sa juste proportion. Ce qui me choque ici réside dans la faculté de certaines personnes à pratiquer le harcèlement moral en demeurant sûres de leur impunité, la capacité d'un pays à laisser ses jeunes diplômés sans perspectives professionnelles : en un sens, cette hémorragie collective ajoutée aux drames individuels jette un éclairage cru sur la France du XXIe siècle.

 

 

Par Jaenelle

 

  Même expérience que certain(e)s : à l'époque (glorieuse)   de l'IUFM, j'ai raté mon année de stage. Conditions difficiles : lycée Technologique, 32 garçons, 2 filles  ; moi, j'avais l'air d'avoir 18 ans. Au début, c'était le souk, mais j'ai essayé de réagir, et j'ai réussi ! Cependant, je n'ai pas supporté la pression exercée par mon maître de stage collège : grippe, 40 de fièvre, etc, et il m'a dit « si tu ne viens pas travailler, c'est toi et ta conscience ! » Même ses collègues ont été choqués (et encore aujourd'hui, avec l'expérience, je peux vous dire qu'il en disait des erreurs à ses élèves !). On m'a proposé de redoubler, ce que j'ai accepté avec soulagement, même si je savais que j'avais une épée de Damoclès au dessus de la tête.

  Heureusement, la seconde année s'est bien déroulée. Déjà parce qu'une année merdique, ça forme ! Et je suis tombée sur un bon lycée, aux élèves agréables, deux maître(sse)s de stage compétentes et disponibles, et une tutrice IUFM qui avait à coeur de me soutenir.

  Et je rappelle, à l'époque, les stagiaires du secondaire n'assuraient "que" 6 heures de cours (sans expérience, mais quand même que 6 heures).

  Aujourd'hui, je m'en sors bien, très bien certaines années, même s'il y a eu des années difficiles.

  D'autant que l'après titularisation n'a pas été triste non plus (les joies de la gestion de l'EN).

  Conclusion : heureusement qu'on m'a donné cette seconde chance ; à l'époque, je ne semblais pas faite pour enseigner. Aujourd'hui, je suis un professeur apprécié.

Repost 0
5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 08:10

les-portes-claquent.jpg 

 

  Autre prérentrée, autre style… C. revient dans son établissement après un an de congé-formation, et retrouve le tout petit monde des professeurs. 

 

Par C.

 

  Je suis vraiment une ingrate, je viens de passer une année de bonheur total loin de mon établissement. Après 7 années de constance à demander un congé formation, j'ai enfin décroché le sésame : fi des 700 euros en moins par mois, la li-ber-té. Heureusement que je l'ai décroché d'ailleurs, ça m'a évité la faute professionnelle (une gifle bien sentie sur la joue d'une c**** pardon je veux dire d'une apprenante qui n'arrêtait pas de la ramener, pardon je m'égare d'avoir des points de vue divergents sur ma pédagogie) et je n'ai aucune, mais alors aucune envie d'y remettre les pieds…

 

  C'est le cœur lourd après cette année riche d'enseignements pour moi, où je n'ai pas chômé —double cursus agreg (pour laquelle on m'a octroyé le précieux congé formation) et licence d'histoire de l'art (parce que l'éduc nat, comme je l'aime, et vu ce qui nous attend, je n'ai qu'une envie c'est de la quitter...), un stage pour la Biennale de Paris, environ 60h de travail par semaine — que je reviens.

 

  J'arrive donc, et là, je suis accueillie comme le Messie, vraiment, jusqu'aux pions qui sont ravis 'ah on vous a vue sur les listes on était drôlement contents, et vous ça va ? Pas trop dur la reprise ?' je marmonne 'Non, non, j'intériorise juste ma joie' quelque peu déconfite. Puis c'est au tour des collègues:

'Ahhhhhhhh C.! Tu nous a manqué! Alors cette agreg?'

'Non, pas eue...'

'Ben tu la voulais pas, tu l'as pas fait sérieusement?'

'Ben si quand même (c*** 15h de cours et une salaire multiplié par 1.5 fais le compte…) j'ai raté l'admissibilité à 1 point…'

'Ah ben tu la repasses alors?'

'Ben non avec les classes, à temps plein, ça me dit pas trop' (puis bon j'avoue j'ai d'autres projets en tête, comme celui de quitter l'éduc nat comme sus-mentionné)

 

  Faut dire que point de vue service j'ai été gâtée pour mon retour : deux secondes mais l'Abitur (la crème de la crème de l'apprenant, d'ailleurs ils en sont énervants tellement ils sont bons…) une des deux Euros (sur forfait maternité d'une collègue), une première Euro encore (oui là je sens que ça commence à vous agacer) et on s'arrête là pour le gratin, une TSTG et une TS.

  Le problème avec ces classes d'élite, c'est que comme ils ont 12000 options, les emplois du temps sont souvent chaotiques et c'est absolument impossible de décaler une heure parce qu'un ou deux élèves cumulent latin et chinois…

 

  En cadeau bonux, j'ai été désignée co-doyenne d'office, je l'ai su cet été par mail d'une collègue, aucune note officielle, j'ai hésité à venir à l'heure, me disant après tout, ils auraient pu avoir la décence de m'appeler, puis je me suis dit que je ferais mes protestations de vive voix.

  Il faut dire qu'en plus l'avant-veille j'ai appris que la situation dans l'équipe d'anglais était digne d'un épisode hautement dramatique de Dallas, univers aussi impitoyable que le notre. S. et S. en seraient presque venues aux mains dans le bureau de la proviseure adjointe parce que S. disait qu'elle ne serait pas là à 9h pour la certification Cambridge parce qu'elle devait emmener son fils au collège (celui là, le pauvre, je pense qu'elle lui tiendra la main pour sa première fois, juteux 'marché' pour les analystes en perspective…) donc l'autre S. a commencé à lui crier dessus en disant que ce n'était pas la seule à avoir des mômes et que dans une équipe il fallait consentir à des sacrifices et qu'elle n'était rien qu'une tire au flanc (ce qui est totalement vrai mais tout de même ce n'est pas poli de le dire devant la proviseure adjointe). Ambiance…

  Mais las! Nos deux doyennes, élues par nous à l'unanimité, ne se sont pas entendues, donc R. a manigancé pour évincer F. parce qu'elle convoitait les BTS1 et surtout les GRETA (la poule aux oeufs d'or il faut bien le dire…), alors elle l'a traitée de péquenaude psychorigide avec qui elle ne pouvait vraiment pas s'entendre parce qu'elle elle était née rive droite d'abord… Ce qui a suffisamment heurté F. pour l'envoyer direct chez le psy…

  C'est donc dans ce contexte que j'arrive, la bouche en coeur, 1h plus tôt que mes camarades pour accueillir les nouveaux3… Avant le ptit déj royal qu'on nous sert (me suis fait un chaï, ai bien fait, vivent les thermos !), je coince ma proviseure adjointe (délicieux mélange de Barbie, Wonder Woman et Margaret Thatcher) dans un coin pour protester, et là, mouvement de ses grands yeux bleus eyelinerisés 'Mais vos collègues ont dit que vous étiez d'accord' (ben voyons, donnez moi des noms) 'mais si vous voulez on ne met qu'une doyenne, et je vous prends juste en référente pour l'euro' (ah la bougresse elle est forte !). Je rétorque à moitié à terre 'Non, non, on a toujours eu deux doyennes, ce ne serait pas juste pour R. mais j'aurais aimé un coup de fil et le binôme prévu à l'origine c'était F. et moi (mais je sais très bien que tu as gardé R. car c'est un indic, ah comme tu es forte proviseure adjointe !).

 

  Il faut ensuite se fader, euh pardon, écouter le speech du grand chef — un croisement du général Tapioca (Tintin) et de Prunelle (Gaston Lagaffe) — qui est tout sauf un orateur il faut bien le dire…

 

  Arrivent les autres convoqués à 10h pour la grand messe, qui ressemble d'ailleurs plus à une foire aux bestiaux qu'à une cérémonie religieuse ; les chiffres défilent, je compare mes Géox avec celles du prof de Maths, je ne mate même pas les nouveaux cette année, signe évident de ma blasitude…

  C'est alors qu'arrive le plus croustillant : j'apprends avec stupeur que nous n'aurons pas nos emplois du temps avant l'après-midi. On m'avait prévenue qu'il était sadique le boss mais là, ça dépasse mon entendement, déjà que je trouvais cruel de devoir rester toute la journée parce qu'en étant p*** de doyenne il fallait que j'assiste au conseil pédagogique au lieu de me tirer boire un verre comme tout le monde après le conseil d'enseignement ! Il est 11h15, 2h45 avant d'aller les chercher, je ronge mon frein en anticipant la réunion de l'équipe où sera présent le prof de prépa, parce que ça s'est aussi crêpé le chignon sur les heures de colles et le copinage… Le prof de prépa est remonté contre R. ma co-doyenne, CL. Copine de R. est venue nous espionner pour voir se qui se trame, elle fait semblant de prendre de la salade de fruits qu'elle finit par se sentir obligée de verser dans son assiette, la mélangeant avec son camembert (beurk), si ça ce n'est pas du dévouement amical !

 

  Arrive la réunion tant attendue ; j'ai laissé R. aller chercher les emplois du temps, je sentais que ça lui faisait plaisir, sans surprise le mien est un gruyère, mais j'ai les jours demandés, les autres ont l'air plutôt satisfaites, c'est déjà ça de moins à gérer. Le prof de prépa attaque sur les colles, R. dit qu'elle n'en veut pas, visiblement elle boude… J'ai envie de lui dire, faudrait savoir !!!!! Je vous épargne le blabla de l'équipe, les tergiversations sur qui fait quel sujet pour le bac, les groupes de compétence, etc, etc. jusqu'au moment où je lance, grave:

'Y a-t-il des collègues qui voudraient une inspection?' (j'en veux une…) 

'Ben tu sais c'est tous les 5 à 7 ans, et puis de toutes façons maintenant dans les textes le proviseur peut t'inspecter…'

'PARDON?' Je rêve/cauchemarde éveillée, qu'est-ce que c'est que cette c**** ?

 

  Devant mon objection (mais comment il fait pour évaluer de l'anglais de la chimie ou quoi ou qu'est-ce ?)

'Ben il nous a dit qu'il n'avait même pas besoin de venir nous voir, que le bouche à oreilles suffisait'

  Là je me retiens pour ne pas pleurer/crier/m'évanouir, ça y est Meirieu a gagné l'élève est tellement au coeur du système que c'est lui qui nous note… Je reste sans voix et ce n'est pas mon habitude4

 

  Bouquet final, la réunion pédagogique où l'on nous explique qu'il va falloir mutualiser les moyens parce que le budget réduit comme une peau de chagrin, je manque m'étouffer de rire quand j'entends 'il faut penser global' et que le budget reprographie va être plus surveillé que Khadafi…

 

  Finalement je vais peut être le prendre ce job de serveuse…

 

 

 


1. Où, pour une heure de cours, on en compte 1h30.

 

2. Formation professionnelle grassement payée.

 

3. L'avantage avec les réformes, c'est qu'il y en a somme toute assez peu.

 

4. Je confirme ! (NDCeleborn)

Repost 0
3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 09:17

ubu-roi

 

 

  J'aurais pu vous raconter ma prérentrée où l'on nous a expliqué que l'on manquait de sous et qu'il fallait bien penser à éteindre à la lumière en sortant et à couper le robinet si l'on voulait faire des économies et des sorties scolaires ; vous parler de mon emploi du temps (il est très bien) ; vous raconter la bataille du projet d'établissement (bon, ça, je le ferai peut-être dans un prochain article), mais je pense qu'il est plus urgent de vous faire partager la situation de ma collègue Kroko (dont vous avez déjà pu apprécier la plume quand elle nous a raconté son année de stagiaire), qui a vécu ce qu'il convient d'appeler la pire prérentrée du monde.

 

Par Kroko

 

 

  Voilà, jeudi soir, 18h, on décolle de Monchémoiadoré avec mon petit mari qui a pu poser un RTT à l'arrache, à la découverte de ma merveilleuse mutpourrie1.

  Bouchons et long trajet plus tard, nous arrivons à l'Etap Hotel du coin vers 22h30. Spartiate mais calme, c'est déjà ça.

  Je ne dors pas de la nuit.

  Le matin, je ne peux rien manger tellement je suis stressée.

  Arrivée au lycée, je commence à discuter avec quelques collègues « ah mais toi t'es du LP, nous on est du LG2 » ... ok on ne mélange pas les torchons et les serviettes, c'est ça ?

  Je papote avec des jeunes de mon âge, qui s'avèrent être les pionnes, très sympa.

  Ensuite grand messe. Tout le monde attend ses emplois du temps. On me souffle que PAsadique3 aime faire des emplois du temps à la noix, et faire pleurer les collègues dans son bureau.

  Je rencontre ma collègue qui part à la rentrée, dont je reprends le poste. Elle est venu avec un classeur de cours sous le bras, qu'elle m'a donné, m'a dit qu'elle a passé des commandes de papiers, de fournitures, etc, parce qu'à son avis, je vais avoir une mauvaise surprise par rapport à l'emploi du temps.

  Je la cuisine, et là j'apprends qu'elle sait qu'un autre lycée m'attend, que mon poste est un temps partiel avec un complément de service à 25 km de là.

  Les bras m'en tombent, sur I-prof vendredi, c'était marqué « 18h à Mutpourrie ».

  Je me dis que c'est une erreur, moi je ne veux pas d'un temps partiel.

  Je reçois mon emploi du temps : horreur, tout est groupé sur jeudi vendredi, et encore, jeudi, 5h de trou.

  Je compte les heures, ah ben oui je n'ai que 10h.

  Je vais au bureau des réclamations fort bien rempli du PAsadique.

  PAsadique me dit « oh comme ça serait merveilleux que vous fassiez 18h chez nous, parce qu'on a engagé une contractuelle pour faire 8h. »

  Pardon, y'a un truc qui m'échappe. Y'a 18h de dispo dans l'établissement, vous ne m'en donnez que 10 et vous engagez une contractuelle ?

  « Oui oui, elle vient depuis des années chez nous, on lui donne des heures, mais là avec les suppressions d'heures, on en a enlevé chez vous. Mais je me suis arrangé à Mutpourrie2 pour qu'on vous fasse un emploi du temps sur le lundi mardi comme vous vouliez avoir le mercredi. »

  Hein mais hein ?

  J'ai toujours dit que je voulais mardi-mercredi-jeudi, et que je m'en tape d'avoir le mercredi de libre, et que d'abord, moi, je suis pas au courant d'un complément de service, donc j'ai pas de papier, donc allez vous faire tous f**** !

  Mais M. le PAsadique me dit que c'est à moi de faire les démarches pour savoir ce que je dois faire parce que c'est MON arrêté de nomination qui est faux !

  Je prends donc le téléphone, appelle le gestionnaire, qui me passe quelqu'un d'autre, qui me dit que je suis nommée à 18h sur Mutpourrie1 et 9h sur Mutpourrie2 et que donc les établissements ont fait une entente pour me couper mon service, plutôt que d'envoyer la contractuelle dans l'autre établissement !

 

  J'ai appris ça, je suis tombée dans les pommes.

 

  Là comme ça, le téléphone en main, dans le bureau de la secrétaire du CDE.

 

  Mon collègue délégué syndical commence à se chauffer et à prendre les choses en main, finalement, on a réussi à avoir le responsable de service de ma matière qui dit qu'il est hors de question que je fasse un complément de service, mais que malheureusement lui n'a pas les pouvoirs d'influer sur les heures postes offertes, et qu'il faut faire une bidouille au rectorat, et que du coup il est possible que je fasse quand même mon service de donc 19h (ouf, il a dit que les 9h supplémentaires, c'était des con***ies), sur des établissements assez distants donc, sachant que je viens déjà de 400 km.

  Mon proviseur, très compréhensif, me dit « Oui vous allez rentrer au début, puis ensuite, vous allez rester ici, et vous trouver un mari ici. »

  Non mais monsieur, je suis déjà mariée ... et là tadaaaaaaaa « réflexion-complètement-scandaleuse-et-inappropriée »

 

AHHHHHHHHHHH

AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH

 

  J'oubliais, le responsable de service me dit que je ne dois pas aller à Mutpourrie 2 et que je dois traîner pendant les 8h qui me manquent dans mon établissement.

  Mais pendant ce temps à Mutpourrie2, ils m'attendaient. Eh oui. Et moi j'étais censée savoir comment que je devais aller là bas, pas de lettre, pas de convocation, peut-être un mail, mais comment savoir, mon adresse ac-académieloin ne fonctionne pas…

  Donc Mutpourrie2 a pendant ce temps appelé le rectorat pour dire que j'étais démissionnaire et que j'avais abandonné mon poste !

  Si c'est pas mignon tout plein ça ?

  Du coup moi j'ai fait une vraie crise du nerfs, celle du genre qui vous fait insulter votre supérieur en lui disant qu'il n'est qu'un gros conn*rd qui veut juste vous faire c*ier.

  Une vraie crise de nerfs qui vous fait trembler, pleurer et qui vous empêche d'être juste normale.

  J'ai quand même réussi à écrire un courrier au gestionnaire de ma matière pour éclaircir la situation, au proviseur en mettant en avant toutes mes difficultés (logement de fonction promis refusé, emploi du temps regroupé promis refusé transformé en 7h de cours vendredi soir finir à 17h45 pour faire 4h de route ensuite ..., l'éloignement avec mon mari, etc. etc.)

  J'ai tremblé toute la journée, rien pu manger, fait un malaise, une crise de nerfs, cette nuit nous sommes arrivés à minuit, je tremble toujours, je ne peux pas croire ce qui m'arrive.

  Alors voilà, lundi c'est arrêt maladie pour moi parce que là, trop c'est trop, et je démarche le privé hors contrat, les GRETA, les CFA, parce que je suis à bout.

 

  C'est le truc en trop qui fait que je ne peux plus continuer.

 

 


1.Mutation pourrie, bien entendu.

 

2. Lycée Professionnel et Lycée Général.

 

2. Proviseur Adjoint sadique, évidemment.

Repost 0
26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 20:59

zodiaque

Été 2004 : un grand moment, une grande année !

 

 

Dans les épisodes précédents : René, sous antidépresseurs, a failli aux objectifs fixés par le stagiaire, Sylvain, dont personne ne sait qu’il en est à l’origine. Pour se faire pardonner, il accepte de participer à un projet visant à améliorer sa performance et atteindre le 6σ. La bataille des spécifications commence.

 

 

Le Souffle de l'entreprise

Une saga de Josée Dayan, avec Pierre Arditi (René), Laurence Boccolini (Cindy), Lorànt Deutsch (Sylvain), Romain Duris (Stéphane). Musique du générique : André Manoukian.

 

Épisode 3 : René sur orbite

 

  Grand moment de la vie de consultant après les processus, la gestion de projet est au consultant ce que Star Wars est cinéma : à peu près tout1. Hérité du fonctionnement du projet Apollo2, la gestion de projet se résume à pleins de responsabilités dans tous les sens, ponctuées par des livrables aussi précis et fiables que l’avenir de la Grèce… et ne se résume donc pas ! En bon consultant, je vous propose tout de même — parce que je suis sympa — le schéma suivant pour comprendre : LE CYCLE EN V !

L6s1

 

  Analysons donc : le premier bras avant la réalisation représente la conception tandis que le deuxième bras représente les tests après réalisation. Un premier acteur, le métier, fait « son expression de besoin métier » (parce que « Cahier des charges » ça fait ringard) : « Je veux quelque chose que fait ceci ou cela ». Les consultants le traduisent ensuite aux développeurs : « Le monsieur veut un système informatique comme ça » qui eux-mêmes se le traduisent pour dire ce qu’ils vont faire : « Ok ! on va faire ça alors ». Après réalisation, chacun réalise ses tests pour valider.

  Mais attention cher lecteur, car de même qu’il existe des Black Belts du lean six sigma que nous avons eu au précédent épisode, il existe aussi des Black Belts des « méthodes agiles » où tout le monde fait un peu de tout la main dans la main. Pour faire court, j’en pense à peu près la même chose qu’une méthode où un élève s’auto-évaluerait pendant que les professeurs auraient à apprendre d’eux mais c’est une longue histoire et toute ressemblance avec un sujet traité 15 fois sur ce blog serait bien évidemment fortuite !

 

Générique : « Dans les couloirs, dans les bureaux / Parfois il ne fait pas très beau / L'open space vit une dépression / L'orage gronde à la réception / Sens-tu ce parfum, cette brise ? / C'est le souffle de l'entreprise./ Et s'il t'emporte loin d'ici / Tu s'ras à Pôle Emploi mardi. »

 

 

  René se réveille. Comme beaucoup d’autres, il est en réunion et n’a pas vu le temps passer. Autour de lui, une guerre sévit. Alors que Cindy tente de savoir si Sylvain a une petite amie dans sa faculté, les consultants se déchirent sur l’ordre du jour. Steven, Green Belt des méthodes agiles, ne comprend pas comment, au XXIème siècle, on en est encore à utiliser des méthodes de projet datant du projet Apollo. Mike, son supérieur, lui dit que c’est à cause de gauchistes comme lui que la France est endettée. Le débat n’en finit plus. Steven claque la porte et quitte la réunion. Mike demande alors à René, pour clôturer la réunion, de formaliser son expression de besoin dans les plus brefs délais, sans quoi le projet « glissera » et prendra du retard, ce qui rendra René encore moins performant.

  René suggère toutefois d’y impliquer Sophie et Stéphane, deux autres employés du service livraison. En effet, le point de vue de Steven comme quoi tout le monde — même ceux qui n’ont rien à voir — doit participer au projet le séduit. Mike abonde dans son sens : René étant le client, il faut parfois lui donner ses petites victoires pour le motiver. René sort, bien décidé à faire son expression de besoin comme il faut.

  L’initiative aurait pu être bonne si Cindy n’avait pas d’autres projets pour René. Ayant couché avec Stéphane, elle dispose d’un levier de négociation sur lui : il fera donc tout pour saboter le projet de René. Stéphane, loin d’être bête, propose donc la méthode agile suivante : René fera l’expression de besoin. Lui et Sophie réaliseront les tests métier, pour bien s’assurer que René n’a rien oublié. René accepte et se débarrasse de son expression de besoin parce que c’est pas le tout, mais il doit quand même bosser. Et gare à lui si on s’aperçoit qu’il se sert du projet pour dire qu’il n’a plus le temps de faire son travail au quotidien et plomber une fois de plus les résultats !

  René vient sans le savoir de commettre une terrible erreur ! En effet, tout ce qui n’est pas spécifié et détecté pendant les tests métier sera considéré comme une évolution et facturé à l’entreprise qui verra alors les coûts du projet exploser. Au moment où il s’en rend compte, tout est déjà terminé, la machine du cycle en V est déclenchée :

L6s2

 

  Une fois de plus, c’est un échec : Stéphane et Sophie ne comprennent pas comment tester l’outil d’un métier qui n’est pas le leur. Les plannings glissent, les coûts explosent : tout est foutu. Il faut donc trouver des coupables. Mais qui ? Forcément pas Cindy puisque c’est elle qui paye les consultants. Sylvain est la cible idéale désignée par René. Malheureusement, c’est l’heure du coming out : Sylvain est le père de l’enfant de Rachida Dati. René est blême. Alors qu’il se tourne vers Stéphane, ancien consultant, il se fait piéger par celui qui connait mieux les rouages que lui : « Nous avons fait tout ce que nous avons pu avec Sophie. Cependant, nous n’avons pas participé aux phases amont du projet qui nous auraient permis de challenger les points durs des processus et les anomalies de spécifications qui auraient évité tous les développements spécifiques ». Echec et mat. René n’a rien compris3, mais il sait qu’il est cuit.

  Mike propose alors un plan d’action : si le précédent a foiré, c’est que le métier ne s’est pas assez impliqué dedans, ce qui dénote un problème de conduite du changement. Les Hommes et parties prenantes n’ont pas compris le projet et ne se le sont pas assez approprié. C’est donc la méthodologie du «  change management » qu’il va falloir appliquer.

  Moralité de l’histoire : nous ne terminerons pas cet épisode par la morale des animaux malades de la peste, mais la prochaine fois, René prendra garde à être plus ami avec Stéphane et Sylvain, même s’il n’a pas les atouts de Cindy !

 

La méthodologie de change management sonnera-t-elle le glas de René ? Stéphane arrivera-t-il par son kung fu mental à déjouer les plans de la maléfique Cindy ? Steven prépare-t-il un coup ? Suite au prochain épisode…

 

 


1. Cette opinion n'engage évidemment que l'auteur de l'article, et pas du tout le propriétaire du blog.


 2. D'où le titre habile de l'épisode ! 

 

3. Il n'est pas le seul ! 

 


Repost 0
14 août 2011 7 14 /08 /août /2011 11:30

miroir

Été 2004 : il paraît que c'était formidable !

 

 

 

 

Dans les épisodes précédents : le torchon brûle entre Laura, durement réprimandée par toute sa hiérarchie pour son inefficience, et Julien, dont les pratiques en matière d'évaluation sont sujettes à caution. Et comme le niveau de Kévin-Edward est décidément  au ras des pâquerettes, le principal du collège Philippe Meirieu, M. Bota, fait appel à un1 consultant en Socle Commun : Hubert Bonimenteur de la Belt, Ceinture Noire en Socle Commun2.


Les Professeurs foudroyés (saga de l'été 2021)

Une saga de Bruno Julliard, avec Lorie (Laura), Jordy (Julien), Loana (Mme Zutlu), Kad Merad (M. Bota), Jean Dujardin (Hubert Bonimenteur de la Belt).

Musique du générique : Christophe Maé

 

 

Épisode 2 : Le Socle ceinturé

 

Générique : « L'orage a frappé le collège / Les éclairs se mêlent à la neige / la bourrasque des sentiments / Souffle et tout le monde se ment / Dans cet univers déchiré / Vois les professeurs foudroyés / Amour, savoir et trahisons / Et nuages à l'horizon » (rajoutez quelques "da da da dam, whoho !", puisque c'est Christophe Maé qui chante) 

 

 

 

 

  Hubert est formel. Après avoir identifié les problèmes, il propose d'utiliser la méthode du Lean Six Sigma afin optimiser la performance du collège Meirieu de Sainte-Geneviève-des-Bois en matière de validatiion du DNSC3. Il a organisé pour cela un atelier pour définir l’objectif le premier samedi matin des vacances de Noël, c'est-à-dire le 4 janvier4


  Hélas, Laura avait justement prévu d'aller voir son petit ami Frédéric, qu'elle a rencontré lors de ses études à Toulouse, et qui a le malheur d'habiter toujours la ville rose, où il termine une thèse en sciences de l'éducation sur la mise en activité des élèves par les projets interdisciplinaires utilisant les TICE, et bosse accessoirement dans l'exploitation viticole paternelle pour ne pas se retrouver à la rue, sa demande de bourse ayant été refusée car le dit père gagnait 100€ de plus que le SMIC5. Bref, les billets de train non remboursables sont déjà pris, et c'est donc Julien qui représentera l'équipe de lettres et arts6à la réunion. Laura espère secrètement qu'il s'y fera mal voir, tout en craignant qu'il prenne des engagements intenables au nom de toute l'équipe.

  Il faut savoir que Julien a légèrement les dents qui rayent le parquet et qu’il aime les défis. N’ayant de toute façon jamais rien compris au grec7, il propose avec le consultant de se fixer une tolérance ΔX de deux compétences non validées. Mme Zutlu, la principale adjointe, ayant bien vu que Laura n’a pas participé à la réunion pendant qu’elle-même y faisait du pied à Julien, a bien compris que l’objectif ne serait pas atteignable. Pour ceux qui ont suivi, cela revient en effet à dire que la méthode sera réussie si l’écart type est d’un tiers de compétence (σ=ΔX/6), ce qui ne veut absolument rien dire, mais on n'est plus à ça près à l'Éducation Nationale. Elle décide donc de prendre un congé-formation proposé par le PAF — « gestion du personnel et point de croix » — pendant la période d’observation. Laura, trop occupée à apprendre à Kévin-Edward à distinguer la lettre « e » de la lettre « f » (elles sont côte-à-côte dans l'alphabet, donc Kévin-Edward les confond sans arrêt), n’a pas le temps de remplir les grilles de compétences, et pour cause : elle vient de se rendre compte qu'en fait, Kévin-Edward ne savait pas écrire avec un stylo8. Une semaine plus tard, les résultats sont terrifiants ! On obtient alors ceci :

 

  « C’est terrible, s’exclame la ceinture noire du lean six sigma, votre établissement ne réalise même pas un objectif de deux sigma : la tolérance de deux compétences ne sera jamais atteinte ! ». Ne comprenant pas grand-chose à ce schéma, dont on se demande même parfois si le consultant l’a bien compris lui-même, Mme Zutlu acquiesce : « Effectivement ! A chaque fois que je pars en vacances formation, nous ne tenons pas le objectifs de var… de sig… enfin, quels que soient leurs noms, nous ne les tenons pas ! » 

  Le verdict est implacable : Laura n’est pas capable de tenir seule les objectifs. Quand celle-ci rétorque que c’est Julien qui les a fixés, tout le monde lui rit au nez. « Il les a tenus, lui : tous ses élèves sont validés à 110% ! Pourquoi vous, vous n'y arrivez pas ? », lui réplique le principal. 

  La solution est simple : il va falloir mettre en place un projet, en collaboration avec l'IUFM et le personnel d'entretien, dirigée par M. Lavetout, pour pallier l’incompétence de Laura. Cette fois, ce seront le cycle en V et les méthodes agiles qui permettront à Hubert de remplacer Laura par un système plus performant.

  Morale de l’histoire : la prochaine fois, Laura se fixera elle-même ses propres objectifs plutôt que d'aller voir son petit ami qu'elle n'avait pas vu depuis 4 mois (une bonne boîte d'antidépresseurs lui permettra de tenir facilement le coup). Ça lui évitera de ne pas répondre à ceux imposés par quelqu’un d’autre !


  Laura arrivera-t-elle cette fois à déjouer les méthodes d'Hubert et à faire payer Julien ? Mme Zutlu parviendra-t-elle à mettre en place une méthode agile avec ce dernier ? M. Lavetout utilise-t-il vraiment de la Javel pour désinfecter les toilettes de la salle des profs ? Ne manquez pas le prochain épisode des Professeurs foudroyés !

 


 


1. Oui, à l'Éduc' Nat', on n'a pas les moyens pour en faire venir plusieurs à la fois. 


2. Certifié par le Ministère de l'Éducation Nationale après une formation d'une journée.  

 

3. Diplôme National du Socle Commun. Relisez le premier épisode, que diable !

 

4. Les rythmes scolaires ont été « redéfinis » en 2016, et toutes les vacances sont désormais zonées.

 

5. Ça va, vous vous y êtes retrouvé, dans la phrase ?

 

6. Les professeurs d'éducation musicale et d'arts plastiques ont été supprimés en 2018, et l'enseignement de ces disciplines a été intégré aux programmes de français. 

 

7. Il a suivi un cursus uniquement en sciences de l'éducation, et a ainsi obtenu le CAPES général, qui permet de devenir professeur de la matière de son choix.

 

8. Il a en effet suivi son Primaire dans l'établissement expérimental Bill Gates, où chaque élève utilise exclusivement l'ordinateur.

Repost 0
10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 09:12

 

rivière

Été 1995 : étiez-vous devant votre poste ?

 

 

 

 

Dans les épisodes précédents : René, dupé par sa chef Cindy dont il est secrètement amoureux, mais qui elle-même est irrésistiblement attirée par Sylvain, un jeune stagiaire fringant, s’est vu diviser son salaire par deux pour cause d’inefficacité. Seulement la performance de l’entreprise Ordi+© n’est toujours pas au rendez-vous. Les dirigeants décident donc de faire à nouveau appel aux consultants.


Le Souffle de l'entreprise

Une saga de Josée Dayan, avec Pierre Arditi (René), Laurence Boccolini (Cindy), Lorànt Deutsch (Sylvain). Musique du générique : André Manoukian.


Épisode 2 : Le sigma de la discorde


  Nous avions vu la dernière fois ce qu’était un processus et un indicateur de performance. Voyons aujourd’hui comment améliorer tout ça. Pour cela, une méthode déposée par Motorola peut très bien faire l’affaire : le Lean Six Sigma. Le nom est anglais, sonne bien et est compliqué  à dire : c’est parfait. Le principe est définir un objectif (exemple : temps de livraison en 3 jours, en moyenne 2 fautes d’orthographe sur une copie…) et de centrer au maximum les résultats sur cet objectif. L’écart type des résultats est appelé — pour ceux qui ont oublié leurs cours de maths de Terminale1 — sigma (σ). Sur une courbe, voilà ce que ça donne, avec n(X) le phénomène observé et µ la moyenne à atteindre : 

 

Le lean six sigma


  Si l’erreur tolérée sur un objectif est de ΔX, on dit que l’application de la méthode lean six sigma est un succès lorsque ΔX=6σ. D’où le nom de la méthode dont le but est de mesurer et diminuer le sigma en question2.

  Ce qui est amusant, c’est que selon votre degré de maîtrise de la méthodologie et des formations que vous aurez passées pour dominer la chose, vous obtiendrez des ceintures, comme au judo (véridique). Ainsi, les Green Belts (ceintures vertes !) sont les padawans de la méthode, tandis que les Black Belts (ceintures noires, tadam !) sont les maîtres Jedis3 de la technique. Un grade de champion existe également pour ceux accrédités pour donner des formations sur le sujet. Mais revenons à nos moutons : 


 

Générique : « Dans les couloirs, dans les bureaux / Parfois il ne fait pas très beau / L'open space vit une dépression / L'orage gronde à la réception / Sens-tu ce parfum, cette brise ? / C'est le souffle de l'entreprise./ Et s'il t'emporte loin d'ici / Tu s'ras à Pôle Emploi mardi. »


  La horde est en marche. Après avoir identifié les problèmes, les consultants sont bien décidés à optimiser la performance d’Ordi+© et ont organisé pour cela un atelier pour définir l’objectif. Ils y mettent les moyens : pas moins de cinq ceintures noires du processus sont mobilisées sur la mission.

René, qui s’est déjà vu sucrer ses primes par Cindy, qui a mis au grand jour son inefficacité, décide d’y envoyer Sylvain, le stagiaire sur qui il pourra se défouler si une erreur est commise.

  Il faut savoir que Sylvain a légèrement les dents qui rayent le parquet et qu’il aime les défis. N’ayant de toute façon jamais rien compris au grec, il propose avec les consultants de se fixer une tolérance ΔX de deux jours. Cindy, ayant bien vu que René n’a pas participé à la réunion pendant qu’elle-même débriefait son week-end à Perros-Guirec avec Sophie la livreuse, a bien compris que l’objectif ne serait pas atteignable. Pour ceux qui ont suivi4, cela revient en effet à dire que la méthode sera réussie si l’écart type est d’un tiers de journée (σ=ΔX/6). Elle décide donc de prendre des congés bien mérités pendant la période d’observation. René, trop occupé à chercher des Ordi+© dans la réserve, n’a pas le temps de gérer tout cela, et pour cause : les commandes sont déjà en retard. Une semaine plus tard, les résultats sont terrifiants ! On obtient alors ceci :

 

  « C’est terrible, s’exclament les black belt du lean six sigma, votre entreprise ne réalise même pas un objectif de deux sigma : la tolérance de deux jours ne sera jamais atteinte ! ». Ne comprenant pas grand-chose à ce schéma, dont on se demande même parfois si les consultants l’ont bien compris eux-mêmes, Cindy acquiesce : « Effectivement ! A chaque fois que je pars en vacances, nous ne tenons pas le objectifs de var… de sig… enfin, quels que soient leurs noms, nous ne les tenons pas ! » 

  Le verdict est implacable : René n’est pas capable de tenir seul les objectifs. Quand celui-ci rétorque que c’est le stagiaire qui les a fixés, tout le monde lui rit au nez. « Qui aurait eu la bêtise de donner une telle responsabilité au stagiaire ? Soyons sérieux », lui répliquent les Black Belts.

La solution est simple : il va falloir mettre en place un projet5, en collaboration avec la livraison, dirigée par Stéphane, pour pallier l’incompétence de René. Cette fois, ce seront le cycle en V et les méthodes agiles qui permettront aux consultants de remplacer René par un système plus performant.

  Morale de l’histoire : la prochaine fois, René se fixera lui-même ses propres objectifs. Ça lui évitera de ne pas répondre à ceux imposés par quelqu’un d’autre !


René arrivera-t-il cette fois à déjouer les méthodes des consultants et à faire payer Sylvain ? Pourra-t-il inviter Cindy à boire un verre ? Stéphane du service livraison est-il vraiment quelqu'un de confiance ? Ne manquez pas le prochain épisode du Souffle de l'entreprise ! 


 

 


1. … ou pour les littéraires pur souche.

 

2. C'est bon, tout le monde suit bien ?

 

3. Et pour ceux qui ont raté l'itinéraire de découverte sur Star Wars, rappelons qu'un padawan est un apprenti, et qu'un maître Jedi est… un maître, comme son nom l'indique.

 

4. Il y en a ?

 

5. Amis profs, vous voyez : ailleurs aussi, la pédagogie de projet a frappé ! 

Repost 0
4 août 2011 4 04 /08 /août /2011 15:22

orages

Été 1990 ! Ça ne nous rajeunit pas ! 

 

 

 

Les Professeurs foudroyés (saga de l'été 2021)

Une saga de Bruno Julliard, avec Lorie (Laura), Jordy (Julien), Loana (Mme Zutlu), Kad Merad (M. Bota), Amy Winehouse (la dernière bonne élève de l'établissement).

Musique du générique : Christophe Maé

 

 

Épisode 1 : Didactique du processus interdisciplinaire

 

Générique : « L'orage a frappé le collège / Les éclairs se mêlent à la neige / la bourrasque des sentiments / Souffle et tout le monde se ment / Dans cet univers déchiré / Vois les professeurs foudroyés / Amour, savoir et trahisons / Et nuages à l'horizon » (rajoutez quelques "da da da dam, whoho !", puisque c'est Christophe Maé qui chante) 

 

  Rien ne va plus au collège Philippe Meirieu de Sainte-Geneviève-des-Bois. Les résultats du DNSC1 sont en chute libre, puisque seuls 95% des élèves l'ont eu l'année précédente, ce qui est nettement en dessous de la moyenne académique (99,4%). À qui la faute ? À Laura, jeune professeure2 de français contractuelle dotée d'un bac +10 et payée au SMIC ?  À Julien, diplômé en sciences de l'éducation et formateur à l'IUFM Créteil/McDonald's/Société Générale/Soupline3 ? Pour voir ce qui ne fonctionne pas, M. Bota, Principal de l'établissement, et Mme Zutlu (qui trouve Julien très séduisant et souhaiterait entreprendre un projet pédagogique avec lui), son adjointe, font donc appel à des consultants, qui, après plusieurs interviews, leur livrent ça : 

 

Diapositive1bis

 

 

  La réponse au problème est donc flagrante : l’objectif de faire apprendre l'accord du participe passé à Kévin-Edward en un an n’est pas atteint, d’où le mécontentement des parents. Laura fera donc probablement partie du prochain plan de mutation autoritaire vers l'établissement pénitentiaire de Sarcelles/Argenteuil pour avoir balancé son collègue Julien en l'accusant de surnoter le devoir commun. « Pas du tout, a rétorqué Mme Zutlu : il se met au niveau des élèves ! ». Et si jamais Laura accuse sa direction en plein conseil pédagogique, c’est qu’elle manque d’esprit transdisciplinaire et constructiviste, et n’y a donc plus sa place.

  Morale de l’histoire : la prochaine fois, Laura fixera des objectifs moins ambitieux, tels que distinguer les différentes lettres de l'alphabet, à l'exception des lettres rares (g, h, j, k, q, u, v, w, x, y, z). M. Bota pourrait ainsi apprécier son investissement didactique, et la promouvoir coordinatrice des pratiques pédagogiques du niveau 5ème, ce qui lui octroierait une prime de 50€ par an, bien utile pour rembourser le crédit à la consommation à 17,9% qu'elle a dû souscrire pour louer une chambre de bonne.

 

Comment le collège Philippe Meirieu va-t-il réussir grâce à d’autres consultants à optimiser sa performance ? Mme Zutlu et Julien se retrouveront-ils enfin seuls dans le local photocopieuse ? Laura a-t-elle vraiment trouvé le poste de ses rêves ? Ne manquez pas le prochain épisode des Professeurs foudroyés ! 

 

 


1. Diplôme National du Socle Commun, qui a remplacé le brevet des collèges en 2016.

 

2. Orthographe rénovée en 2018.

 

3. Les IUFM ont été rouverts en 2016, avec financements privés, sous contrôle de l'OCDE.

 


Repost 0
2 août 2011 2 02 /08 /août /2011 10:52

brûlés 

      Été 1992 : souvenez-vous…

 

 

Le Souffle de l'entreprise

Une saga de Josée Dayan, avec Pierre Arditi (René), Laurence Boccolini (Cindy), Lorànt Deutsch (Sylvain). Musique du générique : André Manoukian.

 

Épisode 1 : Processus enclenché


  « Pour mieux faire marcher une entreprise, il faut d’abord la connaître ». Derrière la naïveté de cette phrase se cache l’une des principales difficultés de l’optimisation de performance. Le « qui fait quoi ? » d’une entreprise est rarement connu au sein des divisions, ce qui pose des problèmes quand on veut mieux rentabiliser le « quoi ? ». Pour cela, il existe les… processus ! C’est l’outil de base du consultant : cartographier des processus ou s’appuyer dessus lorsque ceux-ci existent pour optimiser la performance.


  Le processus, c’est le « qui fait quoi ? ». La procédure associée nous indiquera le « comment ? ». À chaque processus est en général adossé un pilote — le chef — et des ressources, chargées d’accomplir les procédures. Tout ceci est ensuite suivi par des indicateurs de contrôle qui nous donnent la performance du processus (le temps mis pour répondre à une demande, le pourcentage de réussite, le nombre d’articles pourris publiés sur un blog, etc.).


  Regardons sur un exemple précis.

 


Générique : « Dans les couloirs, dans les bureaux / Parfois il ne fait pas très beau / L'open space vit une dépression / L'orage gronde à la réception / Sens-tu ce parfum, cette brise ? / C'est le souffle de l'entreprise./ Et s'il t'emporte loin d'ici / Tu s'ras à Pôle Emploi mardi. »


  Une société vend des Ordi+©, le seul ordinateur du marché qui ne plante jamais. Pour ça, à chaque fois qu’un client commande un Ordi+©, René, répondant aux ordres de Cindy, regarde dans la réserve ce qui leur reste, puis l’envoie à Sophie pour livraison, elle-même répondant aux ordres de Stéphane. Simple. Seulement, les commandes arrivent en retard. À qui la faute ? Trop facile d’accuser Sylvain, le jeune stagiaire pour qui Cindy en pince : il vient d’arriver. Pour voir ce qui ne fonctionne pas, les dirigeants font appel à des consultants qui, après plusieurs interviews, leur livrent ça :

 

 

Diapositive1

 


  La réponse au problème est donc flagrante : l’objectif de trouver un Ordi+© dans la réserve en trois jours n’est pas atteint, d’où les retards. René fera donc probablement partie du prochain plan de réduction des budgets pour avoir balancé sa chef Cindy qui lui donne toujours les commandes en retard. Et si jamais René accuse Cindy, c’est qu’il manque d’esprit d’entreprise, et n’y a donc plus sa place.

  Morale de l’histoire : la prochaine fois, René demandera à Sylvain de répondre aux questions des consultants. Cindy aurait ainsi pu se rendre compte de sa traîtrise et enfin regarder René… mais c’est une autre histoire !

 

 

Comment la société Ordi+© va-t-elle réussir grâce à d’autres consultants à optimiser sa performance ? René et Cindy se retrouveront-ils enfin seuls dans le local photocopieuse ? Sylvain est-il homosexuel ? Ne manquez pas le prochain épisode du Souffle de l'entreprise ! 

Repost 0

Présentation

  • : Je suis en retard
  • Je suis en retard
  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
  • Contact

Devenez follower !

Pages