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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 15:59

maillon

 

  Suite à la remise du rapport annuel du Haut Conseil de l'Éducation1 (téléchargeable ici) — rapport qui pose des constats pas toujours inintéressants, mais pour hélas les utiliser afin de nourrir une propagande pro-socle commun particulièrement vomitive — on voit fleurir les analyses sur le collège, maillon faible du système scolaire. Comprenez qu'après avoir réformé le primaire (de façon hélas discutable) et le lycée (de façon indiscutablement catastrophique), on n'allait pas les accuser de tous les maux du monde, quand même : on les a réformés, donc ils fonctionnent bien ! Et comme ça fait un petit moment qu'on n'a pas touché en profondeur au collège, c'est que c'était probablement de ce pelé, ce galeux d'où venait tout le mal2.

 

  Le HCE l'a pourtant signalé (pour l'oublier tout aussitôt), dans une sous-partie dont le titre est une lapalissade de la plus belle eau : 

 

« 2.2 Le collège hérite des déficiences de l’école primaire »

 

  Ça c'est ben vrai !   

 

 

  Mais en fait oui, c'est vrai, très vrai, et c'est d'ailleurs terrible. Certes, on trouvera toujours des esprits forts pour dire que chaque maillon du système scolaire rejette la faute sur le maillon précédent : ce bel apophtegme ne doit toutefois pas nous empêcher d'analyser les faits. Quels sont-ils ?

 

  Tout d'abord, les objectifs du primaire. Cet échelon d'enseignement élémentaire est là pour transmettre les éléments du savoir, tout simplement. Ces bases incontournables sur lesquelles on pourra construire des spécialisations dans le secondaire (avec un spécialiste par discipline), puis dans le supérieur (avec une spécialisation accrue dans un ou deux domaines). Lire, écrire et compter, résumerions-nous de façon un peu rapide mais globalement juste (en y ajoutant un minimum de culture historique, géographique et scientifique). Certains y ajouteraient volontiers l'étude d'une langue vivante, mais depuis qu'on a appris de la bouche d'un haut représentant de l'État qu'au primaire, c'était juste décoratif (voir article précédent), on peut peut-être s'en passer.

 

  Or tout le monde vous le dira : ça ne marche pas. Et d'accuser l'évolution de la société, les nouvelles technologies (qui, par un renversement conceptuel proprement délirant, sont censées sauver les élèves des problèmes qu'elles créent grâce à leur utilisation massive dans les établissements scolaires), les mentalités, l'immigration, la pauvreté, la démission des parents, tout ce qu'on voudra…

  Certes. Aucun de ces facteurs n'est tout à fait anodin, à mon sens (surtout la démission des parents). Mais après mûre réflexion, il y a trois éléments fondamentaux de l'école primaire qui me paraissent plus importants encore.

 

  J'accuse2 donc la diminution des horaires ; j'accuse également l'ineptie des méthodes et des programmes qui vont avec ; j'accuse enfin… les enseignants du primaire. Mais avant que ces derniers ne m'envoient des brûlots dans la partie « Commentaires », je me permets de développer :

 

 

1) Les horaires


  Sur la diminution des horaires, je n'irai pas bien loin : le comparatif de l'association Sauvez les lettres est éloquent. Vous pouvez le consulter ici. Moins d'heures de français = une moins bonne maîtrise des éléments de base : la logique est imparable. À la place, les élèves font des zarts, de la techno, des débats citoyens et n'apprennent pas l'anglais. Et du soutien pour combler les lacunes qu'ils ont forcément développées. Du temps merveilleusement utilisé.

 

 

2) Les programmes et les méthodes


  Sur le programmes et les méthodes, je m'attarderai un peu plus. Je vous épargne ma traditionnelle fustigation de l'évaluation par compétences, qui sclérose le primaire depuis quelques années, pour le plus grand malheur de tous. Je vous épargne également la ritournelle sur les méthodes globales et semi-globales (qui oui, sont toujours majoritaires à l'heure actuelle), sur le fait qu'ont déboulé au collège depuis quelques années les élèves ayant subi les programmes de 2002 dont on avait tout bêtement supprimé la grammaire (!!), remplacée par la nettement plus sexy « Observation Réfléchie de la Langue ». On voit le résultat : il est à pleurer3.

 

  Excursus personnel : je vois pas mal d'élèves au demeurant volontaires et travailleurs, qui ne sont pas des génies mais pas non plus des déficients mentaux — bref, des élèves moyens —  arriver en 6e avec un niveau de maîtrise de la langue française déprimant. À l'oral, la lecture est hachée et fautive. À l'écrit, l'orthographe est un champ de ruines. Pourtant, ces élèves (qui apprennent avec sérieux et font ce qu'on leur demande), placés dans un cadre strict et logique, nourris à la grammaire de phrase la plus basique et la plus primaire, font des progrès surprenants et analysent joyeusement des pronoms adverbiaux4 COI5 au troisième trimestre. Ce qui m'amène à mon troisième point :

 

 

3) Les professeurs des écoles

 

  Foin de langue de bois : tout le monde sait que les parents bien informés cherchent l'instit' à l'ancienne, celle (généralement… Parfois, c'est celui, mais le primaire est très très féminisé) qui vous parle d'un temps où les moins de vingt ans n'allaient pas à l'IUFM (les plus de vingt ans pas davantage) ou ne faisaient pas de Master en sciences de l'éducation. Celle sur laquelle les réformes ont glissé comme l'eau sur la plume du canard. Celle qui ne fait pas de fautes d'orthographe

  Car sachez-le : pour être professeur des écoles6, que faut-il faire (nous parlerons des épreuves actuelles, mais celles d'il y a quelques années étaient fort similaires) ?

 

  • Il faut passer deux épreuves écrites de coefficient identique (3). Une de maths et sciences où l'on fait d'une part des maths (sur 12 points), et d'autre part des science et de la techno (sur 8 points). Et une de français et d'histoire géographie où l'on fait d'une part de l'histoire, de la géographie mais aussi bien entendu de l'éducation civique (sur 8 points), et d'autre part… si à ce moment précis, vous avez mentalement complété la phrase par "du français", vous avez perdu ! Voilà ce qu'il en est : 

 

« Le candidat doit répondre, sous la forme d'une analyse, d'une synthèse ou d'un commentaire, à une question relative à un texte ou à un ensemble de textes littéraires ou documentaires dont certains peuvent avoir trait à l'acquisition et à l'enseignement du français. La production écrite du candidat doit permettre au jury d'évaluer son aptitude au raisonnement, à la structuration ordonnée d'une pensée logique ainsi que sa capacité à exposer de façon claire, précise et simple une problématique complexe. »

 

  Rassurez-vous, le candidat doit ensuite répondre à 3 questions de grammaire, orthographe ou lexique. Voilà qui va des mieux ! On est sauvé ! 

  Mais ce qui est encore plus gênant, c'est que l'orthographe et la syntaxe pour chaque épreuve écrite ne peuvent au maximum être pénalisées que de 3 points ! Rien d'irrattrapable pour qui sait courir vite…

 

 

  • En effet, dans les deux épreuves orales (coefficient 3 chacune), il s'agira de préparer et présenter une séquence d'enseignement en mathématiques (12 points) puis de présenter une œuvre plastique ou filmique de sa réalisation, ou de chanter ou de jouer d'un instrument, ou de danser ou de courir un 1500 mètres. Et d'expliquer en quoi cette pratique est formidable pour nourrir son futur enseignement (8 points). L'autre épreuve a beaucoup fait parler d'elle, puisqu'il s'agit d'une présentation d'une séquence de français accompagnée d'une interrogation sur la compétence « Agir en fonctionnaire de l'État de façon éthique et responsable ». Rassurez-vous : on ne va pas vraiment juger des compétences en langue française du candidat, mais plutôt de sa capacité à réciter et à appliquer l'idéologie en vigueur (de toute façon, on lui fournit un dossier pour pallier ses carences en matière de français). Quant à la seconde partie de l'épreuve, je préfère garder le silence là-dessus, de peur de dire des grossièretés.

 

 

  Résumons-nous : la maîtrise de l'orthographe, de la grammaire, de la syntaxe et du lexique sont depuis un bon moment réduites à portion congrue dans les concours de professeurs des écoles. Conséquence : on embauche entre autres des gens qui ne maîtrisent pas correctement notre langue et donc seront incapables de l'enseigner comme il faut. Une collègue et amie me racontait qu'elle avait été sollicitée par une amie sienne pour corriger son mémoire IUFM (c'était le bon vieux temps) truffé de fautes. Ce sont ces gens-là qui sont censés inculquer les éléments, les bases de la langue française aux élèves. Ce genre d'anecdote est loin d'être un cas isolé.

 

  Dans ces conditions, comment voulez-vous que ça se passe bien ?

 

 

  C'est pourquoi, si j'accuse les enseignants du primaire, ce n'est pas parce qu'ils feraient exprès de saboter les choses, loin de là : ils ne sont pas responsables du fait d'avoir été recrutés. Ni du fait d'avoir été mal formés (ou déformés, ou plus formés du tout). Mais c'est bien leur mode de recrutement qui me paraît aberrant. Le profil idéal tient davantage du singe savant qui récite la vulgate en cours que du professionnel maîtrisant les savoirs qu'il doit transmettre. 

 

  Et c'est une catastrophe. Qui n'est pas prête de s'arrêter.

 

 

  …D'autant que l'instit' à l'ancienne (surtout si elle a trois enfants), elle en a profité pour partir en retraite pendant qu'il en est encore temps.

 

 

 


1. La composition du HCE, disponible à la fin du rapport, rappelle à tous que nous avons affaire à des gens de terrain, qui croisent des élèves du secondaire tous les jours : un conseiller à la Cour des Comptes, un président de banque, une directrice d'agence, des professeurs d'université… 

 

2. Et une référence culturelle, une !

 

3. L'analyse s'applique tout autant au collège, pour le coup. Mais les dégâts faits en primaire, eux, sont irrémédiables : les professeurs du secondaire, même animés des meilleures intentions du monde, arrivent trop tard.

 

4. en, y.

 

5. Complément d'Objet Indirect. Exemple : je pense au niveau de mes élèves.

 

6. Un jour, on a trouvé qu'« instituteur », ça faisait trop plouc…

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commentaires

jph 14/12/2011 09:05

Merci éminent collègue.
Dans toute construction, il est évident que si les bases, les fondations sont déficientes, le reste sera fragile voire catastrophique. X % d'élèves entrent au collège sans savoir lire, etc, x
tendant à augmenter. Alors... il faut améliorer l'informatisation (couteuse) des classes maternelles, il faut apprendre l'anglais à des enfants déjà perdus en français (pourtant langue maternelle
pour la plupart), etc.
Moyens de théoriciens auxquels sur le papier, on peut peut-être trouver des avantages.
Mais attendu que, sauf erreur, les élèves ne sont pas des rats de laboratoire,attendu que des méthodes SIMPLES et connues depuis longtemps existent (l'école n'est pas née avec Merieux), attendu que
nos élèves n'auront qu'une vie, attendu que les pédagogistes forcenés n'ont pas bénéficié des merveilles qu'ils "conseillent" avec parfois un parfum de dictature, attendu que l'école ne sera jamais
un lieu ludique sauf à cesser d'être une école, etc., etc., je ne sais pas ce qu'il faut faire pour changer tout cela, mais continuez vos articles souvent fort éclairants, même si ce combat est
celui de David contre Goliath.
Un jour peut-être le bon sens reprendra ses droits.

Celeborn 30/07/2011 11:47


Bienvenue, Céline, et content de vous faire rire.

Pour en revenir aux choses sérieuses (et sachez qu'on est d'accord sur de nombreux points : la mode du projet, le "faire toujours plus en moins de temps", etc.), jamais je n'oserais affirmer que
les instits recrutés ces derniers temps font preuve d'une incompétence orthographique et grammaticale généralisée. Tout au plus signalé-je que les concours de recrutement, dans leurs modalités, ne
font pas de ce point un critère principal de sélection, et que cela me semble fort ennuyeux, car oui, on va au final recruter des gens dont la maîtrise de la langue laisse franchement un peu (voire
beaucoup) à désirer, ce qui m'apparaît problématique vu que lire/écrire, c'est quand même la mission première du primaire.

la question de la proportion me semble difficile à trancher, et par vous, et par moi. Quoi qu'il en soit à ce sujet, mon message reste le suivant : c'est le recrutement et la formation qui posent
de gros problèmes, pas les gens eux-mêmes, souvent pleins de bonne volonté (et qui travaillent beaucoup).


Céline 30/07/2011 11:29


Je le sais, j'arrive un peu après la bataille, mais je découvre juste ce blog (qui m'intéresse et me fait beaucoup rire, au demeurant).
Forcément, étant instit (euh pardon professeur des écoles) mon poil s'est légèrement hérissé en lisant cet article et une violente envie de crier "mais c'est pas vraaaiii-euh !" m'a titillée.
D'autant plus que j'ai maintenant l'angoisse de la faute d'orthographe : si j'en fais une dans cette réponse, je déshonore ma profession et apporte de l'eau au moulin...
En ce qui concerne les horaires, je ne suis dans le métier que depuis relativement peu de temps (j'enseigne depuis sept ans), mais à mon petit niveau je vois effectivement qu'on nous demande d'en
faire toujours plus en toujours moins de temps. Arts plastiques, anglais, TICE (vous savez, l'informatique conceptuelle, qu'on nous demande d'enseigner avec un seul vieux poste qui doit dater de
l'âge de pierre), et la citoyenneté dans tout ça, et votre projet, c'est quoi ? Parfois, lors de la traditionnelle réunion de début d'année, quand les parents me posent cette question "Quel est
votre projet pour l'année ?" (quand j'ai la chance qu'on ne me demande pas où se fera la sortie de fin d'année), il me vient l'envie de répondre "Une bonne maîtrise de la langue et des bases en
maths, ça me paraît pas mal comme début non ?" Mais je ne le fais pas, je suis encore un peu jeune, peut-être que dans vingt ans j'oserai ! Bref, ceci pour dire que je ne sais plus comment faire et
que cette sensation de devoir remplir le plus vite possible les têtes de mes élèves du plus grand nombre de choses possible est assez désagréable...
Il y a aussi quelque chose de plus en plus consumériste là-dedans : j'ai parfois l'impression qu'on demande à l'école d'être comme la télé, internet ou un grand magasin. Avoir une multitude de
choses à disposition, pouvoir zapper, butiner, et que ça brille... mais qu'en est-il du fond ?...
J'enseigne depuis deux ans dans un cadre un peu particulier, je suis en disponibilité vis à vis de l'éducation nationale et n'ai plus de comptes à rendre (à part aux parents, et encore ils ont une
grande confiance en moi). Eh bien il faut l'avouer : nous faisons BEAUCOUP de français et de maths... Sans doute plus que lorsque j'étais en classe "normale". Il faut dire aussi qu'avoir seulement
cinq élèves, ça vous change la vie...
Bref, ceci pour dire que les enseignants du primaire ne sont pas forcément plus incompétents que ceux du secondaire : ils sont juste, eux aussi, pressés de tous côtés par des exigences multiples et
souvent contradictoires...
En ce qui concerne l'incompétence orthographique généralisée des professeurs des écoles, je trouve que vous poussez un peu le bouchon et que ceci ressemble à de la méconnaissance. Tout comme la
méconnaissance du métier de prof de collège ou lycée peut amener à les traiter de feignasses "parce que bon, franchement, 18 heures de cours par semaine, ça va pas les tuer non plus"...
Je pense aussi qu'il faut distinguer l'enseignement de l'IUFM et ce que nous en tirons (nous = professeurs des écoles). Personnellement, je n'en ai pas tiré grand-chose, justement, et il me semble
avoir appris bien plus en observant les autres instits (à l'ancienne!) et en leur posant des questions... Et, surtout, je sais que je ne suis pas un cas isolé : le pourcentage de "singes savants
qui ne maîtrisent pas les savoirs qu'ils doivent transmettre" vous semble énorme. Je pense au contraire qu'il est très faible.
Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il n'y a aucun problème et qu'il faut rejeter la responsabilité sur le maillon précédent (en maternelle ils passent leur temps à jouer, chanter et changer des
couches, c'est bien connu). En effet, je crois aussi que quelque chose cloche dans l'enseignement (et pas seulement en primaire). Mais c'est à mon avis bien plus global et complexe que ce que vous
en dites.


Denis 11/10/2014 02:03

PS .

Désolé pour le 'évoqués', c'est ma tablette qui a pris quelques libertés par rapport à ma volonté.

Denis 11/10/2014 02:01

Chère Céline,

Vus mon propre retard quand à la bataille dans laquelle je tente de m'immiscer moi même, qui ne me laisse qu'un espoir infime d'être lu, et l'heure plus que déraisonnable à laquelle j'écris ces lignes je me contente d'une bouteille à la mer. Je suis passionné par les questions que vous évoqués, et j'aimerais beaucoup échanger avec vous sur ce sujet.
Je serais ravi de trouver une réponse de votre part dans ma bal syrenemea@gmail.com.

A bientôt j'espère.
Denis

Didier 07/01/2011 16:13


Lu dans LIBE
"les chiffres et les lettres
on s'en fiche de la semaine idéale. Le but, c'est d'apprendre à lire, écrire, compter. Avec 6 heures par jour sur cinq ans de primaire, ça devrait baigner. Mais non, ça baigne pas. Alors ils font
quoi toute la journée?
Pour la garderie et le boulot d'auxiliaire parental, ça ne devrait pas être le rôle de l'école.
Alors, organiser près de trente heures hebdomadaires de séquestration ennuyeuse pour des gamins qui arrivent au collège sans avoir le minimum de bases, ça n'a pas de sens. Autant les obliger à
regarder "des chiffres et des lettres", c'est aussi chiant que l'école mais beaucoup moins long."


Celeborn 08/12/2010 11:22


Soyez la bienvenue, Claire ! J'espère que les autres articles vous plairont également !

Bien entendu, le secondaire a sacrément souffert avec une réforme des programmes en français qui avait instauré la "séquence pédagogique" comme seul horizon valable, laminant au passage la
grammaire…

Je pense que le temps consacré au primaire dans les matières fondamentales depuis une bonne vingtaine d'année est un peu léger (d'où la "lourdeur" des programmes, j'imagine). En tant que professeur
des écoles, vous en pensez quoi ?


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