Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 15:31
Les Réac' de l'École : une chaîne nébuleuse

Comme beaucoup d'entre vous, je suis tombé hier sur mon réseau social préféré sur la cartographie de la nébuleuse réactionnaire publiée par Questions de classe. Ce schéma, inspiré d'un ouvrage similaire réalisé par La Horde sur l'extrême-droite, prétend offrir la représentation synthétique « d'une nébuleuse de personnalités et de réseaux caressant le rêve de rétablir un état scolaire — et social — ancien. »  Toutes enrôlées sous l'appellation unique « réac-publicains », ces structures et personnalités se caractérisent par le fait qu'elles évoquent « inlassablement l'effondrement du niveau et la décadence de l'institution », et qu'elles appellent de leur vœux la « restauration de l'ordre moral et de la nation. »

Cette cartographie présente ainsi 3 groupes bien identifiés : les intégristes et ultra-libéraux scolaires, les idéologues de l'identité et les nationaux-républicains. Tous les trois gravitent autour d'un même soleil noir : le Front National.

L'auteur, Grégory Chambat, explique dans un texte d'accompagnement comment il est parvenu à relier tout ce petit monde. Parfois, le lien est ténu. Parfois, il est inexistant, tant dans le texte que sur la carte (l'éventail de « littérature » décliniste ou d'associations de l'anti-pédagogisme est posé là sans explications). À l'arrivée, on se retrouve avec un objet que je trouve proprement scandaleux.

 

Il n'échappera à personne que je suis vice-président d'un syndicat de l'Éducation nationale, le SNALC. Et que cette organisation se retrouve dans la cartographie, reliée par traits et pointillés successifs à la Manif pour Tous, au Bloc identitaire, à Dieudonné, aux négationnistes . Et bien sûr au FN, puisque c'est le point de départ de l'exercice.

Toute personne me connaissant un minimum (et connaissant mes positions sur les questions sociétales) ne manquera pas d'être surprise : « mais alors, tu es un réactionnaire d'extrême droite ? » C'est sûrement ça, oui. Comme Jean-Pierre Chevènement, qui figure lui aussi dans la cartographie.

 

En fait, cette cartographie, même accompagnée de son texte explicatif, est une cartographie des présupposés idéologiques de son auteur, qui va de raccourci en amalgame, suivant une logique qui s'apparent davantage à « marabout-bout d'ficelle » qu'à une enquête approfondie. Alors ça ne veut pas dire que tout est à jeter, ou que l'explication en elle-même n'est pas intéressante à analyser. Mais le souci, c'est qu'on est surtout dans la volonté de justifier à tout prix (et a posteriori) la catégorie des « réac-publicains » créée pour l'occasion. Et pour ce faire, le plus petit bout d'interview, la plus insignifiante virgule pourra être retenu contre vous si l'auteur a décidé que vous seriez sur la carte.

C'est ainsi qu'on est confronté à deux biais majeurs :

 

  • l'impossibilité de relier réellement les éléments de la nébuleuse entre eux. Par exemple, entre le SNALC qui défend une École publique de qualité pour tous (avec des propositions concrètes) et la Fondation pour l'École dont l'objectif est de créer et promouvoir des écoles privées hors-contrat, le positionnement est diamétralement opposé. On retrouve cette divergence absolue jusque dans un article du Café Pédagogique. De même, il va falloir m'expliquer quelle est la cohérence d'une nébuleuse qui comprend tant Chevènement que Dieudonné. À vouloir traquer la réaction scolaire au niveau microscopique chez chacun, Chambat fabrique un assemblage sans rime ni raison au niveau macroscopique. On remarquera au passage que dans la synthèse cartographique (mais les explications du texte adjoint ne me paraissent pas plus convaincantes), mon organisation n'est reliée que par des « contacts anciens », qui de surcroît ont été visiblement rompus (le symbole du petit éclair) ;

 

  • l'arbitraire de la délimitation. Un exemple simple. En tant que responsable syndical, j'ai des « contacts occasionnels », et même des « liens réguliers » (pour reprendre la terminologie employée) avec les responsables du SNES, de la CGT ou de Sud-Éducation. On a fait de nombreuses intersyndicales ensemble sur des sujets variés, signé des lettres communes, etc. Alors pourquoi ne pas poursuivre la cartographie, par exemple avec une jolie case reliée au SNALC intitulée « les syndicats jamais contents » et qui comprendrait ces organisations ? Alors évidemment, l'idée de relier Sud au FN paraît immédiatement fort baroque, mais l'est-elle davantage que celle consistant à relier des syndicats défenseurs de l'école publique à des associations qui cherchent à la démolir (ou aux « conspirationnistes », alors qu'on veut avant tout développer l'esprit critique chez nos élèves) ? Qu'on se rassure, l'association Questions de classe regroupant, de l'aveu même de Chambat, « des militants CNT - SUD - CNT-SO, Emancipation, Eé, non syndiqués » (NDLR : Émancipation et École émancipée sont des tendances du SNES), l'extension du domaine de la carte ne risque pas d'arriver. 

 

Et c'est bien entendu là qu'on comprend le projet dans son ensemble : coller l'étiquette de « réac-pulicain » à une personne ou un groupe est un moyen facile de le disqualifier d'emblée (et donc de qualifier ceux qui s'opposent à lui). D'ailleurs, plusieurs joyeux responsables et militants syndicaux (d'organisations variées) se sont dépêchés de faire circuler le document en question et de le commenter, à base de « à lire et vérifier avant de citer n'importe qui dans les débats d'éducation » (si t'es sur la carte, tu n'as pas à être écouté sur la question), de « Il y a apparemment des collègues qui ont des sympathies, voire font la promotion, de mouvements dont ils ignorent l'origine et les valeurs » (si t'es sur la carte, tes valeurs sont dégueulasses) ou encore de  « on n'y est pas pour grand chose nous si l'école fabrique des convergences un peu honteuses en effet. »

 

On touche ici, je crois, au nœud du problème : la notion de « convergence ». Car si tout ce beau (et souvent moins beau) monde est associé, c'est qu'il y aurait des convergences dans la vision de l'École, mais aussi dans les objectifs poursuivis par l'ensemble (rappelons-les : un redressement de l'école qui préfigure la « restauration de l'ordre moral et de la nation »). En gros, si mon syndicat est dans le lot, ce n'est pas tant parce qu'un adhérent aurait un jour « dérapé » (j'espère qu'il ne s'est pas fait trop mal), mais c'est parce qu'on est des « déclinistes ». Et que le FN aussi. Et que la Fondation pour l'École aussi. et que Chevènement aussi. C'est ça, la principale « convergence » soulevée.

 

Sauf qu'à ce niveau, il faudrait aussi inclure les enquêtes internationales dans la cartographie (et donc l'OCDE). Et le département d'étude statistique du ministère, qui produit ce genre de document. Parce que le constat que non seulement l'École n'est pas très en forme, mais de surcroît que ça ne s'améliore pas, ce n'est pas un constat idéologique : c'est la réalité. Et plutôt que de l'admettre clairement, on se réjouit des résultats au Bac, on fait un barème du Brevet tellement avantageux que c'en est presque indécent, etc. Et on laisse à tout un chacun, qu'il soit bien ou mal intentionné vis-à-vis de l'école publique, la possibilité de se saisir de constats hélas irréfutables pour justifier tout et n'importe quoi. Pire : toute personne partant de ces constats pourra immédiatement être assimilée à la fachosphère. Tu dis que l'École va mal ? Alors tu es un réac-publicain qui gravite autour du FN. Si tu touches aux IUFM (ESPE), tu es le cousin de Christine Boutin.

 

On pourra toujours dire qu'il faut apprendre à lire ce type de documents, que le texte d'accompagnement met en perspective… je n'en crois pas un seul mot. Ce document montre très clairement la volonté de regrouper sous un étendard commun l'ensemble des personnes et groupes à qui l'on s'oppose, et d'en profiter pour salir par des noms judicieusement placés des associations parfaitement légitimes et fréquentables. On appellera ça comme on voudra (caricature, amalgame…), mais pour moi il n'y a qu'une seule expression qui recouvre ce que j'ai ressenti en voyant et lisant ce document : malhonnêteté intellectuelle.

 

NB : j'ai par le passé proposé à deux reprises à l'auteur de cette carte une rencontre, afin justement d'échanger sur sa notion de « réac-publicain » et sur ce qu'était mon syndicat. On aurait pu penser que quelqu'un aussi passionné par le fait d'enquêter sur cette nébuleuse allait sauter sur l'occasion de rencontrer un responsable d'icelle. Je n'ai évidemment jamais eu de réponse. C'est dire le niveau de sérieux de son « enquête ». 

 

 

Repost 0
25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 21:18

Commentaires

Commentateurs des déclarations du ministre sur lemonde.fr, lefigaro.fr ou liberation.fr (allégorie)

 

 

  Il ne l'a pas dit fort (ni longtemps), mais il l'a dit (et écrit) : not'ministre a eu une idée géniale pour améliorer notre système scolaire. C'est tout bête : il suffit de supprimer deux semaines de grandes vacances et de mettre en place le rythme 7 semaines de cours + 2 semaines de congés le reste de l'année. Avec ça, nous allons rejoindre la Finlande1 et la Corée du Sud2 en tête des classements internationaux, c'est garanti !

  L'intérêt de la chose ? Mis à part mettre les salles des professeurs de très mauvaise humeur et provoquer sur le net quelques très belles poussées anti-fonction publique primales, j'avoue, je le cherche encore. Car les « rythmes scolaires », comme je l'ai déjà dit, c'est la plus grande imposture scientifique actuelle… et je vais le prouver.

 

 

 

Chronoastrologie


  On nous vend partout tout le temps le rythme idéal défendu par un quarteron de chronobiologistes, le fameux 7+2. Force déjà est de constater que cette chronobiologie-là ressemble davantage à un travail d'aruspice qu'à un travail de biologiste. C'est normal, remarquez, puisque ce ne sont pas des biologistes qui la pratiquent, mais des psychologues experts en rythmes circadiens et en cycles d'attention non démontrés. Et c'est là-dessus qu'on voudrait faire la révolution rythmique. Un peu comme si on suivait les conseils de Nostradamus pour faire revenir la croissance économique. Or vous l'aurez remarqué dans mes notes de bas de page : les pays situés au sommet des classements internationaux3 se préoccupent peu des rythmes idéaux. Pis : ils ont le mauvais goût de proposer à leurs élèves des fonctionnements à l'opposé l'un de l'autre : moins d'heures et pas de cours particulier en Finlande (dont l'étoile PISA commence à pâlir), beaucoup d'heures et des cours particuliers en sus en Corée !

  Rappelons également que la France s'en sortait mieux avec des journées un peu plus chargées qu'aujourd'hui, puisque ces temps-ci plus personne ne parvient sérieusement à dire que le niveau monte ou même qu'il stagne. Or le modèle français, c'était 27 heures de cours en primaire (et même 30 auparavant). On se plaint de l'enflure des emplois du temps des élèves (généralement en prenant toujours les mêmes exemples, à savoir des 3e ayant CHOISI deux options, ou des Terminales S ayant CHOISI Science de l'Ingénieur ET deux options), et on déroule le couplet sur les cadences infernales, les 35h TTC4, le « enseigner moins pour enseigner mieux », la « tête bien faite » VS la « tête bien pleine », et évidemment… l'intérêt de l'enfant. Bref : on déforme le réel pour le faire coller à ses mantras.      

 

 

 

Chronoabsurdologie


  Mais non seulement le produit qu'on veut nous refiler ne lave pas plus blanc que blanc, mais il se trouve qu'on n'est même pas sûr qu'il puisse être fabriqué. Faites le calcul : il faut enchaîner des séquences de 9 semaines (7 de cours + 2 de congés) et mettre 6 semaines de grandes vacances à un moment, avec 7 semaines de cours avant. Il y a 52 semaines dans l'année. 9x4 séquences = 36 semaines, 36+7+6 = 49. Tiens, j'ai trois semaines qui me restent sur les bras. Sauf que là, avec ce schéma, on n'aurait que 35 semaines de cours (5 périodes de 7 semaines). Or si l'on veut raccourcir les grandes vacances, c'est pour arriver à 38 semaines de cours (on en a 36 actuellement). Essayez de diviser 38 par 7 et d'obtenir un chiffre rond si vous le pouvez. Moi, j'ai tenté, et, en base 10, c'est impossible.

  Pour résumer, si l'on fait la somme de tout ce qu'il faudrait faire, on en arrive à ne rien pouvoir faire, car ça ne rentre pas dans le cadre de l'année. Et je ne parle pas du fait que pour respecter les mêmes rythmes partout alors qu'on zone les vacances, il faudrait… zoner les vacances de Noël ! Et installer la climatisation dans de nombreuses salles de classe de France et de Navarre, car des cours le 12 juillet ou le 17 août, ça promet des pics d'attention phénoménaux, sans aucun doute proportionnels au taux de sudation de chacun !    

 

 

 

Chronomédiamétrie


  En définitive, not'ministre semble tenir à cette idée des rythmes scolaires puisqu'il axe sa communication là-dessus, en accord d'ailleurs avec ce que notre système compte de plus délirant question « vision de l'école de demain ». J'avoue ne pas parvenir à le comprendre. La réforme de la semaine de 4,5 jours dans le premier degré, où l'on ne remet pas les heures perdues mais où l'on force juste les gens à venir plus souvent, est déjà un casse-tête sans nom, et a pour le moins provoqué de sacrés remous. Quelle idée de remettre ce projet de raccourcissement des grandes vacances sur le tapis alors que d'une part il est hautement explosif (notamment dans un électorat traditionnel du PS), que d'autre part il est pédagogiquement insignifiant, et que d'une troisième part5, il empêche que l'on évoque les chantiers réllement à l'œuvre actuellement. Au moment où j'écris, nous sommes en train de discuter très concrètement au ministère de l'éducation prioritaire, d'une rénovation du collège et d'un plan de lutte contre le décrochage scolaire. Je ne sais pas s'il sortira de tout ça quelque chose de bien. Mais en attendant on y travaille, pas comme sur ce raccourcissement des grandes vacances peut-être éventuellement mais c'est pas sûr mis sur le tapis6 en 2015.

  Parlons donc de ce qu'on fait, ne nous laissons pas avoir par les journalistes dont c'est le boulot de faire le buzz à partir de trois mots qui nous échappent, et ne créons pas des tensions supplémentaires sur du vent. Les tensions existantes sont bien suffisantes pour nous occuper jusqu'aux prochaines présidentielles, croyez-m'en !

 

 


1. Où l'on a près de deux mois et demi de grandes vacances…

 

2. Dont le rythme est plutôt 18 semaines de cours + 5 semaines de vacances…  

 

3. Eux-mêmes sujets à caution, faut-il le rappeler

 

4. Tous Travaux Compris. C'est une formule de la FCPE. Créatif, hein ?

 

5. Oui, je sais, ça ne veut pas dire grand chose…

 

6. Mais plus probablement mis SOUS le tapis…

 

Repost 0
12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 19:28

Madame Belzébuth

 

 

  Un petit message rapide pour signaler qu'entre le mariage homo, la démission du pape, la guerre au Mali, la manifestations des professeurs des écoles et la marche triomphale du PSG (rayez l'info inutile), on en avait profité pour renouveler certains membres du Conseil Constitutionnel.

 

  Et donc, je ne pouvais pas ne pas féliciter une certaine personne, dont les idées ne sont généralement pas les miennes, mais dont je reconnais les indéniables compétences ainsi que l'intelligence perçante (perforante, même !). De ces gens qu'on adore détester, car si leurs idées vous déplaisent, leur personnalité n'en est pas moins fascinante ; car si ce qu'ils font ne vous convient pas, vous êtes le premier à dire qu'ils y travaillent néanmoins avec sérieux, et même avec talent. 

 

  J'adresse donc ce message à notre meilleure ennemie à tous : Madame Belzébuth, toutes mes félicitations ! Sachez-le — et je suis parfaitement sincère — vous serez formidable.

Repost 0
9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 20:50

Rythme-scolaire

Copyright l'excellent Martin Vidberg

 

 

  Vous savez qu'un concept est douteux quand tout le monde se met à l'invoquer pour justifier ses positions, fussent-elles très différentes les unes des autres. Et ces temps-ci, le concept de loin le plus douteux, la tarte à la crème argumentative, le sommet de la nullité question réflexion porte un nom : « l'intérêt de l'enfant ».

 

  Avouez-le : à moins que vous ne sortiez tout juste d'un séjour de 2 ans sur une île déserte sans chargeur de portable, vous en avez entendu parler, de l'intérêt de l'enfant, et pas qu'un peu. Laissons de côté les débats sur le mariage pour tous, au cours desquels la notion a été utilisée jusqu'à la nausée, et penchons-nous plutôt sur la question des réformes de l'Éducation nationale, où elle fut employée jusqu'au vomissement.

 

 

 

Comment, en parlant de l'intérêt de l'enfant, on parle du sien propre 

 

  Qu'est-ce que l'intérêt de l'enfant ? Et qui peut en être le dépositaire ? La réponse à la seconde question semble être « tout le monde » : le gouvernement, les fédérations de parents, un bon nombre de syndicats (de profs, d'étudiants, de lycéens), le MEDEF, les mouvements d'éducation populaire, les collectivités locales, l'OCDE, les journalistes, les chronobiologistes et j'en passe. Pas une intervention dans le débat sur les rythmes scolaires où l'on ne vienne assurer, la main sur le cœur et des sanglots dans la voix, que l'on défend l'intérêt de l'enfant envers et contre tout. Le camp du mal ne passera pas ; l'enfant, brandi comme un étendard, assure l'alpha et l'oméga de la démonstration qui peut se résumer ainsi : je défends les enfants, donc j'ai raison. Alors parfois, c'est tourné de manière plus jolie et plus subtile, mais ça revient généralement à ça. Et gare à ceux qui ne défendraient pas l'intérêt de l'enfant : pour ces derniers, c'est l'anathème, la marque au fer rouge, le tatouage à l'encre indélébile, j'ai nommé le « corporatisme ». Vilains pas beaux qui pensez à votre fiche de paye, à votre quotidien, à vos intérêts personnels au lieu de noblement défendre, d'un mouvement altruiste digne de mère Teresa, « l'intérêt de l'enfant ».

  Ce qui finit par nous donner des argumentaires et des prises de paroles surréalistes, où le premier professeur des écoles venu (et d'autant plus s'il est syndicaliste ascendant bisounours) ne peut s'empêcher de répéter et répéter encore ce mantra, de peur d'être pris en flagrant délit de défense de sa profession — horresco referens. Tout cela aboutit donc à des échanges venus d'une autre galaxie, où personne n'est d'accord, mais où tout le monde défend — promis juré craché ! — l'intérêt de l'enfant. 4 jours et demi ? c'est dans l'intérêt de l'enfant. 4 jours ? c'est dans l'intérêt de l'enfant aussi. Cours le mercredi ? intérêt de l'enfant. Cours le samedi ? intérêt de l'enfant, vous dis-je. Finir plus tôt ? Intérêt de l'enfant. Faire cours tard dans l'après midi ? intérêt de l'enfant, bien sûr. Avoir une longue pause méridienne, une courte pause méridienne, des activités périscolaires, du soutien, pas de soutien, des devoirs, pas de devoirs, + d'heures de cours, moins d'heures de cours, autant d'heures de cours mais différemment… tout ça, intérêt de l'enfant.

 

  La réponse à la première question1, vous l'aurez compris, splendides lecteurs, merveilleuses lectrices, est une autre paire de manches. Bien malin qui peut prétendre, qui peut réellement affirmer détenir « l'intérêt de l'enfant ». Déjà, il faudrait savoir de quel enfant on parle. L'enfant n'est pas le même considéré par un parent, par un enseignant, par un maire, par une association culturelle ou sportive. On voudrait nous vendre une potion miracle où tous les ingrédients se mélangent bien — le scolaire et le périscolaire, le parental et le professionnel, le local et le national — et qui aurait pour effet qu'on se tiendrait tous par la main en dansant la ronde sautillante du bonheur de l'enfant, tous unis pour son épanouissement… mais en réalité chacun tente de doser différemment la potion. Car derrière l'intérêt de l'enfant, il y a, plus ou moins bien cachés, les intérêts d'un peu tout le monde. Les collectivités veulent davantage de contrôle et de pouvoir sur l'école. Les fédérations de parents (surtout leurs dirigeants) veulent mettre leur nez partout et devenir des « acteurs » incontournables du système éducatif, à égalité avec les professeurs2. L'État, si possible, veut montrer qu'il s'active pour ne pas se prendre une trop grosse rouste aux prochaines élections. Le ministre veut faire une réforme qui puisse faire bien dans son CV3. Le prof veut de l'argent (ça fait pas mal de temps que son traitement ne suit plus l'inflation) et ne pas travailler davantage qu'avant. Les associations de tout poil ne veulent pas qu'on leur bouffe leurs créneaux horaires, et souhaitent rentrer dans les salles de classe. Les patrons veulent que le tourisme se porte mieux. Le chronobiologiste veut faire croire qu'il exerce un véritable métier, et non un avatar de la profession d'astrologue à la cour. 

 

  Voilà donc l'intérêt de l'enfant, que tout le monde prétend soutenir — et certains sont probablement sincères au milieu d'une bonne bande de gros hypocrites — relégué au second, troisième, quatrième plan. Que faut-il à l'enfant pour réussir sa vie ? Quels enseignements ? Quelles connaissances ? Quelle pédagogie ? En quelle quantité ? Enseignée par quels personnels ? Formés comment ? Ce sont toutes ces questions que l'on ne pose pas, et pourtant ce sont elles qui, en réalité, dessinent ce qui peut le plus se rapprocher d'un « intérêt de l'enfant ». Je comprends que certains collègues aient la pancarte facile quand on voit qu'on se moque complètement de la question de l'école ou de celle du savoir pour privilégier celle de la garderie, car après tout, scolaire et périscolaire, quelle différence ? Tant que ça se quantifie en heures et en euros, finalement, c'est la même chose, non ? 

 

 

 

Comment, en parlant des rythmes, on en oublie la musique

 

  Comment en est-on arrivé là ? Ce serait fort long de tout reprendre depuis le début, mais un angle d'attaque me semble intéressant : celui des « rythmes scolaires ». Voilà l'une des plus belles impostures scientifiques de ces dernières décennies. Il paraîtrait que la fin d'après-midi est un moment privilégié pour la transmission des connaissances (j'ai même lu chez un chronotruc que le vendredi aprèm, c'était un créneau d'enfer !) Que les rythmes de nos rejetons du XXIe siècle doivent être calqués sur de pseudo-rythmes naturels, existant de tout temps dans le grand cycle de mes fesses de l'existence humaine, de Néanderthal jusqu'au Kévin plus trop Sapiens Sapiens. Arrêtez tout, bourreaux d'enfants ! Vous épuisez nos maternelles, éreintez nos primaires, disloquez nos collégiens et saturez nos lycéens. 6 heures de cours par jour en CM1, c'est trop ! On le sait, c'est prouvé, y'a pas à discuter, peu importe si vos grands parents avaient 30 heures de cours par semaine en primaire, eux4, et si vous-même en avez connu 26 ou 27. Là, 24, c'est bien le maximum, et même que l'UNSA et le SNUipp disent qu'en fait le bon chiffre, c'est 23 heures ! Ça, c'est dans l'intérêt de l'enfant5 !     

 

  Il en va de même pour le rythme de l'année ! C'est connu, l'enfant Cro Magnon enchaînait 7 semaines de cours et 2 semaines de repos, et Lucy n'avait que 6 semaines de grandes vacances, et ça, c'est la grande vérité rythmique éternelle de l'homme ! Peu importe, semble-t-il, que ceux qui défendent le dogme du « 7+2 » encensent par ailleurs la Finlande, dont le calendrier n'a rien, mais alors là rien à voir avec leur idéal, puisque les grandes vacances y font près de deux mois et demi : on n'est pas à une contradiction près dans l'idéologie du progrès des rythmes scolaires. 

 

  On l'aura compris : tout ça, c'est du vent, et les « rythmes scolaires » sont un cache-misère pour ne pas trop avoir à faire un bilan objectif de l'état de notre École, de peur de découvrir enfin — quelle surprise — qu'elle dysfonctionne sévère. Il m'a toujours semblé que l'intérêt de l'enfant était avant tout de pouvoir mener plus tard une vie libre et heureuse en s'appuyant sur un esprit critique qu'il aura pu construire grâce à des connaissances et à une culture solides. Qu'il devienne président de la République ou garagiste, ensuite, peu importe finalement, tant qu'on lui a donné la possibilité de développer le plus loin possible son potentiel et de choisir en toute connaissance de cause, et ce quel que soit son milieu social de départ. Le problème aujourd'hui, c'est que ce sont toujours les mêmes qui deviennent président de la République, et toujours les mêmes qui deviennent garagistes. Et là, croyez-m'en : les réformes des rythmes scolaires n'y changent rien, surtout quand elles consistent à chaque fois à donner un peu moins d'heures de cours. Tant mieux pour ceux qui sont aidés et soutenus par un contexte familial et culturel favorable : leur avance sur les autres s'accroît sans qu'ils aient à lever le petit doigt. Quant à ceux qui n'ont pas la même chance, c'est au nom de leur bien-être qu'on réduit chaque fois davantage leurs chances d'ascension sociale. 

 

  Je vous avais bien dit que c'était à vomir. 

 

 


1. Je la rappelle car ma tendance à la logorrhée fait que le lecteur moyen a pu l'oublier : « qu'est-ce que l'intérêt de l'enfant ? »

 

2. Voire au-dessus. Après tout, qui mieux qu'un parent sait ce qui est le mieux pour son enfant, hein ?

 

3. Le genre de réformes où, voulant faire plaisir un peu à chacun, il parvient à mécontenter tout le monde à l'arrivée.

 

4. Et certains ont réussi à survivre, on se demande vraiment comment !

 

5. Nul doute que si on passait effectivement à 23 heures, ils auraient tôt fait de dire que l'intérêt de l'enfant, c'est 22 heures. On aurait presque envie de voir jusqu'à quel chiffre ils oseront descendre… 

Repost 0
15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 20:07

 

Les adultes aussi ont changé, on dirait…

 

 

  Dans la longue liste des poncifs permettant de justifier tout et surtout n'importe quoi à l'Éduc'Nat'1, il en est un qui revient très, mais alors très souvent, depuis les cimes du ministère jusqu'au bar-tabac du coin : « les enfants ont changé ». Avec son corollaire Éducation Nationale : « les élèves ont changé ». Enfin, ça, c'est si vous employez encore le mot « élève », décidemment bien rétrograde face à « apprenant » ou — mieux — « jeune ». Sauf que derrière cette constatation se cachent différentes façons de voir le problème, et qu'il convient de ne pas les mélanger imprudemment sous peine de faire dire au réel des choses qu'il ne dit pas du tout.

 

  Pour les tenants du joyeux réformisme vers des lendemains qui chantent2, « l'élève a changé » est une affirmation qui tient de l'évidence et qui préexiste à l'école. « L'élève a changé », DONC l'école doit s'adapter à l'élève nouveau, à l'enfant nouveau, sous peine d'être source d'échec massif car elle serait inadaptée. Elle doit donc prendre en compte des données présentées comme objectives, telles  que « les élèves sont des digitaux natifs », « la faculté de concentration des élèves est moindre car ils sont habitués au zapping permanent » ou encore « un vieux truc poussiéreux du XVIIe siècle ne les intéresse pas : il faut leur faire lire des choses qui parlent de ce qu'ils vivent au quotidien ». À l'arrivée, ça donne la pensée magique sur les TICE3 comme solution à tous les problèmes d'enseignement, la nécessaire multiplication des activités en classe (voire l'abolition de la classe) pour ne pas qu'on s'ennuie et un choix parfois étonnant de lectures scolaires. C'est comme ça, on n'y peut rien, on n'enseigne plus aujourd'hui comme il y a quarante4 ans et il va bien falloir vous y faire, que vous le vouliez ou non.

 

  Mais « les élèves ont changé », ça peut vouloir dire tout autre chose chez certains qui pensent que l'École a sa part de responsabilité dans l'histoire. Tiens oui, leur orthographe est vraiment problématique, et justement on diminue régulièrement les horaires de français et on saborde l'enseignement de la grammaire par tous les moyens possibles et imaginables. Les élèves n'aiment pas lire, et curieusement c'est peut-être lié au fait qu'ils ont pour un bon nombre d'entre eux du mal à lire, i.e. que l'action de lire5 leur est compliquée à mettre en œuvre ; cela aurait-il un lien avec les étranges méthodes de lecture qui ont fleuri dans nos écoles, quasi imposées par un bon nombre d'inspecteurs merveilleusement progressistes et relayées par des conseillers pédagogiques zélés ? Les élèves respectent moins l'autorité, et justement on a formé les professeurs à de grandes et belles idées comme quoi ils n'étaient plus les dépositaires du savoir, comme quoi les élèves devaient s'exprimer à tout prix et que c'était bien EN SOI, comme quoi il fallait mettre les tables en îlots ou en quinconce, comme quoi la parole d'un élève valait autant que celle d'un prof', comme quoi si on n'était pas content de la décision du conseil de classe, eh bien on s'asseyait dessus, comme quoi un professeur qui a un contact physique avec un élève est un dangereux baffomane ou un pervers pédophile6… 

 

  À mon sens, la société a bon dos. Et si certaines formes d'éducation parentale sont clairement des nuisances7, notre institution, en jouant le jeu de l'idéologie ambiante, contribue au phénomène. On frappe plus facilement un adversaire qui ne se défend pas, alors frappons sur l'École. On engueule plus aisément quelqu'un qui ne va pas répondre car il craint que ça lui retombe dessus à l'arrivée, alors engueulons le prof (et maintenant le chef d'établissement aussi, car y'a pas de raison !). On humilie plus commodément une structure qui passe son temps à s'auto-humilier. Et pendant ce temps, de nombreux collègues apprennent à lire et à écrire à leurs élèves dans des zones défavorisées8 en considérant la marmaille devant eux comme des élèves comme les autres, qui peuvent tout aussi bien que d'autres progresser à l'aide d'une pédagogie qui n'a pas forcément grand chose de nouveau9 mais qui a le mérite de fonctionner car elle s'adresse à l'intelligence et à la raison de l'humain, et non à sa classe sociale ou à ses prétendues capacités techniques et centres d'intérêt.  

 

  Alors, les élèves ont-ils changé ? Probablement pas tant que ça, en fait. Mais nous, Éducation nationale, on est en train de sacrément les faire changer, c'est certain. Et croyez-moi : le résultat est à la hauteur des efforts consentis à faire n'importe quoi n'importe comment. Alors arrêtons de changer les élèves : élevons-les !

 

 


1. « Il faut apprendre à apprendre », « Mieux vaut une tête bien faite qu'une tête bien pleine », « il faut ouvrir l'école sur le monde extérieur », …

 

2. Liste non-exhaustive : socio-constructivisme, enseignement par compétences, classes sans notes, élève au centre, tâches complexes, évaluations formatives en groupes, transdisciplinarité, TICE3

 

3. Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement (on ne le répète jamais assez).

 

4. Trente, vingt, quinze, dix… je crois les avoir tous entendus. 

 

5. Tiens, j'aurais presque envie de dire la « compétence » !

 

6. Comme quoi, on n'est pas aidés ! 

 

7. La télé dans la chambre, le portable dès 9 ans, les couchers à 23h ou plus, la console 8h/jour, le soutien indéfectible de la chair de sa chair face à la méchante institution qui doit forcément mentir puisque l'enfant ne dirait pas autre chose que la vérité…

 

8. Dans des zones favorisées aussi, rassurez-vous…

 

9. Ce qui ne veut pas dire qu'elle ne se renouvelle pas. On fait d'excellents manuels aujourd'hui qui s'appuient sur des principes ancestraux mais qui évident de parler de « calorifères », et qui néanmoins changent des choses, réfléchissent à la transmission à partir de ce qui a existé, mais sans s'y limiter. 

 

 

 

 

 

Repost 0
27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 13:45

 

  Ce n'est pas dans les habitudes du taulier de parler d'autre chose que d'école et d'enseignement, ici. Toutefois, comme vous avec pu le constater, ça manifeste beaucoup ces temps-ci autour de la future loi sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe.

 

  Le taulier se sentant quelque peu concerné par la question, il se permet de vous donner son point de vue, qui n'engage que lui. Il prétend ici répondre à certains arguments souvent entendus ou lus, parmi lesquels le célèbre « intérêt de l'enfant1 », l'aspect naturel du couple homme-femme, la tradition pluriséculaire de la famille homme-femme-enfants ou la fin du monde. 

 

  Tout d'abord, la société reconnaît les couples de même sexe. Ils ont une existence juridique, légale. Ils ont également une existence sociale. On n'est pas en train d'avoir un débat sur le fait de savoir si le couple homosexuel a une existence ou une valeur. Il en a une dans l'ici et maintenant. Il peut déjà contractualiser son union. Maintenant, la question est de savoir pourquoi ces personnes ne pourraient pas avoir le droit de se marier. Et cela n'a rien à voir à mon sens avec la défense de l'amour. Les couples homosexuels participent à la société comme les autres. Ils achètent des logements, consomment, partent en vacances comme les autres. Ils font des projets. Quand ils ont des enfants (parce que certains ont des enfants, et là aussi la question n'est pas de savoir s'il faut leur donner le droit d'en avoir : ils en ont déjà), ils les élèvent, ils vont aux réunions parents-profs, comme les autres. Ils forment des familles, qu'on le veuille ou non, et qu'on pense ou non que la définition de la famille, c'est un homme/une femme/des enfants.

 

  Dès lors, la seule raison qu'on a pu trouver pour justifier que dans la société actuelle (en dehors de l'intérêt de l'enfant, et de ce point de vue les études menées montrent qu'il va bien, merci pour lui), ils ne puissent se marier, c'est le symbolique. Et ce symbolique, il est religieux. Le cosmos, le sens du monde, la volonté divine, etc. Et justement, c'est sur le symbolique qu'il faut à mon sens se battre. Pas sur le fait de dire que les gens qui sont contre le mariage pour les couples homosexuels sont de ce fait homophobes. Mais bien sur le fait que ne pas accorder cette possibilité, c'est faire des couples homosexuels des sous-couples, de leur relation une sous-relation, et c'est entretenir l'idée que ces gens-là, non seulement ils ne sont pas comme nous, mais ils sont inférieurs à nous. La preuve : le mariage, c'est un homme et une femme. Le mariage est un symbole ? Mais c'est justement pour ça que les couples de même sexe doivent pouvoir se marier ! Pour qu'enfin, leur couple soit NORMALISÉ, considéré comme un couple qui n'a rien d'exceptionnel, rien d'incroyable, et donc rien de monstrueux ou de bizarre ou de malsain.

 

  C'est ce qu'il est déjà dans la vraie vie des gens un minimum évolués. On reçoit ses amis homos en soirée avec leur conjoint, on les invite à son mariage à soi et on les met à la même table, « et alors comment vous vous êtes rencontrés ? », etc. L'ouverture du mariage aux couples de même sexe ne créera aucune révolution dans la société, aucun bouleversement, aucun cataclysme non plus. Elle simplifiera le quotidien de certains, enverra un message symbolique d'égalité on ne peut plus positif, et c'est là tout. Ça ne donnera pas un DROIT à l'enfant, mais ça pourra simplifier certaines procédures d'adoption. Moi, ça me fera tout bêtement me dire que je vis dans un pays dans lequel je suis considéré comme un être normal, et non comme un déviant.

 

 


1. Là, on rejoint mon domaine de prédilection, car cet argument pourrit également les discussions dans l'Éducation nationale, chacun s'en estimant dépositaire et prétendant argumenter en ce sens.

Repost 0
14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 12:39

Orientation

 

 

  Comme vous le savez peut-être, nous sommes en pleine refondation de l'École de la République. La semaine prochaine, le Ministre recevra les différents acteurs du système, dont les organisations syndicales, et la loi d'orientation promise devrait être rédigée d'ici novembre. 

 

  En gros, les choses sont assez simples : d'un côté, nous avons l'autoproclamé « bloc majoritaire du changement1 », qui n'est en rien majoritaire mais qui est médiatiquement bien couvert et qui se trouve bien implanté dans les organes du ministère et dans les collectivités locales. Eux veulent le socle commun de compétences, la mort des notes, la modularité et les sciences de l'éducation. De l'autre, nous avons un ensemble non homogène de syndicats qui ne se regroupent pas (la FSU, le SNALC, FO, la CGT et Sud) et dont les positions ne peuvent être assimilées. Tous ces gens ne fonctionnent pas de concert, mais se retrouvent sur un certain nombre de points parmi lesquels la mort des livrets de compétences. La FSU à elle seule est nettement + majoritaire que le bloc d'en face, mais son syndicat du Premier degré (le Snuipp) est souvent un peu en porte-à-faux avec son syndicat du second degré (le SNES), ce qui fait que les positions de la fédération relèvent parfois d'un savant travail d'équilibriste.

 

  Au milieu de tout ça, le ministre semble pour l'instant avoir fait le choix de ne fâcher personne. Il ne reprend le rapport de la concertation que très à la marge (et heureusement). Il met le curseur sur le premier degré, ce qui en soi est une excellente idée, et ce n'est pas le professeur de français de collège que je suis qui va s'en plaindre. Il reste assez vague pour le moment sur ce qui va se passer avec le socle, parle d'évaluation positive tout en disant qu'il y aura toujours des notes, relance la formation des professeurs, veut un plan numérique et ne veut pas la bivalence des professeurs… Il a également eu l'intelligence politique de repousser aux calendes grecques deux casus belli2 : la réduction des grandes vacances et une éventuelle réforme du Bac.

  Bref, chacun peut trouver dans son discours des choses qui lui conviennent… pour le moment. Car c'est sur la question des modalités que tout va se jouer.

 

  Par exemple, les nouvelles structures de formation initiale3 seront-elles fortement soumises aux idéologies des sciences de l'éducation comme l'étaient les IUFM ? Ou bien seront-elles hantées par davantage de personnes de terrain raisonnables, ou par ce que j'aurais envie d'appeler de « vrais » universitaires ? Suivant la réponse à cette question, certains hurleront quand d'autres applaudiront, alors qu'au départ tout le monde est évidemment pour former les enseignants. Même chose avec la priorité donnée au primaire : s'agira-t-il uniquement d'en augmenter les moyens, ou interviendra-t-on également sur les contenus et les méthodes ? Et de quelle manière ? Si l'on n'apprend pas mieux à lire, écrire et compter aux enfants, si l'on ne forme pas les professeurs des écoles au lieu de les formater aux derniers délires en date (et je les plains, ces pauvres professeurs des écoles, de devoir subir cela), on pissera dans un violon. Si en revanche on amplifie le frémissement de ces derniers temps quant à la question des méthodes de lecture (des méthodes à fort principe alphabétique apparaissant régulièrement ces derniers temps, que ce soient celles du GRIP, la méthode des Alphas, la méthode de Colette Ouzilou ou d'autres) et de l'enseignement de la langue française, on peut réellement faire avancer les choses. 

 

  Restez donc aux aguets : d'ici la fin de l'année, on devrait savoir si un camp l'emporte, si chacun aura à la fois des raisons de se plaindre comme de se réjouir, ou si rien ne bouge. Les paris sont ouverts ! 

 

 


1. Dont le noyau dur est composé du SE-UNSA, du SGEN-CFDT et de la FCPE. Pour ceux qui débarquent, ce sont les deux syndicats « pédagogistes » et la fédération de parents la plus délirante au monde.  

 

2. Deux casi belli ? Mon latinum n'est pas au topus.

 

3. Les ESPE : Écoles Supérieures du Professorat et de l'Éducation

Repost 0
23 juin 2012 6 23 /06 /juin /2012 13:28

le-deuxieme-sexe

 

 

  Vous vous souvenez peut-être de la campagne de recrutement très légèrement sexiste de not' bon ministère, où Laura lisait un livre sur fond rose quand Julien computerait sur fond bleu. 

 

  Mais avouons-le, c'était de la gnognotte, de la sous-misogynie, de l'anti-queer light. La Commission européenne, elle, va plus loin ! Afin de remédier au sexisme ambiant qui pousse les filles à faire infirmière et les garçons ingénieur, elle a mis au point un clip moderne qui dynamite tous les stéréotypes : oui, les filles peuvent faire des sciences. Et pour qu'elles s'en convainquent, il leur suffit de regarder ceci :

 

 


 

 

  Fascinant, n'est-il pas ? Tout y est, jusqu'au bâton de rouge à lèvres qui remplace le « i » du mot « science » à la fin. Du rose, du maquillage, des paires de talons, des démarches de mannequin, évidemment aucune grosse voluptueuse ni aucune moche visuellement désavantagée par rapport à une norme arbitraire… L'assimilation du « monde des filles » au « monde de la science » est subtile et intelligente : lunettes de soleil roses = lunettes de labo, substance chimique rouge = gloss, houpette à poudre = explosion de vapeur, bâton de rouge à lèvres = tube à essai… 

 

  Le discours d'accompagnement de la Commission vaut lui aussi son pesant de cacahuètes biscuits apéritifs Dukan : on y apprend que cette vidéo « parle leur langue » (la langue des filles, évidemment, pas l'anglais !) ou encore que « les filles ont ce qu'il faut pour réussir en science », i.e. pour passer « des cosmétiques à la chimie, de la mode à la biologie ».  

 

  Rappelons donc que l'Europe, c'est la partie du monde où Hypatie fit ses études, où Jane Austen écrivit, où Marie Curie chercha, où Virginia Woolf publia deux immenses textes féministes, où Simone de Beauvoir fit comprendre au monde que l'éducation des petits garçons et des petites filles n'était pas neutre. Tout ça pour en arriver à montrer des fashionistas dont la superficialité exsude à chaque microseconde du clip afin de promouvoir les études scientifiques, c'est quand même un vrai drame.

 

  Merci donc à l'Europe de contribuer aussi efficacement à l'éducation de nos enfants.  

 

 

Repost 0
23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 21:58

j-accuse-aurore

 

 

(Lettre ouverte1)


  Cher formateur au C2i2e2 de l'université de Cergy-Pontoise,

 

  C'est avec une émotion non dissimulée que j'écris cette lettre : ah ! l'IUFM de Cergy, toute ma jeunesse ! Je me rappelle avoir débattu en tes murs pendant 1h30 au sujet du fait d'avoir puni les élèves qui n'avaient pas leur livre lors d'un de tes ateliers d'analyses de pratique (ça n'analysa pas beaucoup, mais ça s'en envoya plein la figure). Remontent à ma mémoire ces photocopies d'un livre de sciences de l'éducation au sujet d'expériences menées sur des rats pour déterminer quelle était la meilleure façon d'enseigner aux petits d'hommes. Je n'ose évoquer ton absence totale de cours sur la grammaire à destination du stagiaire-lycée que j'étais, et qui fut évidemment affecté en collège dès la rentrée suivante. Et tes fascinantes fiches didactiques de séances ! Et tes munificents jeux de rôle où nous nous retrouvions à faire les élèves ! Et tes immarcescibles bilans de stages d'observation-alors-chacun-raconte-ce-qu'il-a-vu-avec-un-peu-de-bol-ça-nous-prendra-1h30… Que de souvenirs, cher formateur, que de souvenirs !  

 

  Un souvenir qui me manque néanmoins, cher formateur, c'est celui de ma formation informatique. Comme je savais à peu près tout faire de ce qu'on me proposait sur un questionnaire, je n'avais qu'une seule journée à y consacrer, en fin d'année, annulée. Mais grâce à nos belles et bonnes réformes et à l'instauration du C2i2e, je vois que le problème a été solutionné résolu, et que désormais les ouailles qui s'ébattent dans tes couloirs aseptisés et pastels sont entre de bonnes mains, les tiennes. 

 

  Voici donc ce que tu leur demandes pour la validation dudit bidule3

 

  Vous organisez une visite au Musée d'Art Moderne avec des classes d’un même niveau (que vous choisirez et indiquerez). Cette visite sera suivie d’un travail de recherche documentaire sur les œuvres rencontrées. Il s’agit principalement d’effectuer une recherche de documents sur le web. Dans le cadre de ce travail, les élèves doivent choisir 3 œuvres qu'ils ont remarquées, et réaliser un document comportant des photos et un texte explicatif pour chaque œuvre. Cette activité sera réalisée par groupes de 2 ou 3 élèves. Chaque groupe a accès à un ordinateur connecté à internet, une imprimante et un vidéo projecteur.

 

  Dans ce qui suit, nous précisons les étapes à suivre afin de réaliser chacune des 3 parties de ce travail. Chaque partie vous permettra de valider plusieurs compétences du C2I2E. Vous présenterez un seul document pour chaque partie.

 

PARTIE 1 : Validation des compétences : A1.5 – A2.2 - A2.34

 

  Je coupe un peu les activités « lie(r) Arts et Tice5 »  ou encore « créer une veille sur un sujet qui vous paraît pertinent » pour en arriver au point qui me passionne : 

 

Activité 3 (compétences A2.3)

[…]

Inscrivez-vous aussi dans un forum lié à la thématique et participez aux discussions.

Vous présenterez un document dans lequel

[…]

 

- vous rédigerez une critique du forum de discussion auquel vous avez participé, accompagné de copies d’écran montrant votre contribution. Vous donnerez des éléments d’évaluation positifs et négatifs. Vous mettrez en avant dans votre présentation, à partir de 3 exemples (copie d’écran), l’intérêt pédagogique et professionnel de participer à un forum de discussion entre enseignants. (J’ai obtenu une réponse par un expert, j’ai obtenu une réponse précise à mon sujet, j’ai acquis une nouvelle compétence, autre critère de votre choix)

 

  Cher formateur, tu t'es ici surpassé. Voilà-t'y-pas qu'une bonne dizaine de tes sympathiques recrues débarquent donc sur mon forum habituel, pleines de questions sur l'art moderne et l'informatique, le Bon, la Brute et le Truand la Biologie, les Arts et les Tice, Kandinsky&B2i6, Miró&Vidéo, Tice&Matisse… Le tout pour obtenir des conseils de personnes expérimentées, prendre des photos du lieu (y compris des parties réservées aux membres inscrits, merci pour la nétiquette) et en plus critiquer les professeurs « experts » qui auront (ou non) apporté leur aide bénévolement.  

 

  Cher formateur, je ne sais pas si tu l'as, toi, ton C2i2e, mais en tous les cas tu le mérites, et si l'on m'en donnait le pouvoir, je t'en gratifierais bien volontiers. Quelle bonne idée que de faire travailler ces futurs enseignants sur une visite virtuelle d'un musée virtuel avec des élèves virtuels de classes virtuelles d'un niveau virtuel pour réaliser une séance de recherche virtuelle dans une salle informatique virtuelle7 : voilà qui nous formera bien les professeurs pas virtuels de demain ! Mais comme ce travail virtuel t'aurait demandé une préparation réelle, pourquoi effectivement ne pas t'en décharger sur d'honnêtes forumeurs bénévoles qui feront le boulot à ta place, gratuitement, et le tout en étant remerciés à grands coups de critiques, car on ne le dira jamais assez : il faut bien mettre dans la tête des formés que leurs aînés, s'ils sont experts, sont aussi des gens dont il convient de dire du mal pour bien faire voir par contraste que la formation subie reçue est quand même d'une tout autre envergure, avec son beau référentiel de compétences numérotées.

 

  Cher formateur, je te prie donc de bien vouloir me contacter par l'intermédiaire de ce blog, afin que je te communique les références de mon compte Paypal. Tu pourras ainsi y virer ton traitement du mois de février, puisque je suis supposé, avec mes petits camarades, faire le travail qui normalement t'incombe. Compte sur moi pour répartir avec équité la somme ainsi versée entre les différents membres du forum. 

 

  Je te prie d'agréer, cher formateur, l'expression de ma plus profonde désespérance. 

 

Celeborn

 


1. Ça faisait longtemps que j'espérais une occasion de me frotter à ce genre littéraire ! (et oui, je sais, c'était couru d'avance vu l'image au-dessus)

 

2. Certificat Informatique et Internet de l’Enseignement supérieur de niveau 2 « Enseignant ». Un nom simple pour un concept clair, n'est-il pas… En attendant, sans lui, vous ne pouvez pas être titularisé… à moins d'être parent de 3 enfants (?) ou sportif de haut niveau (???). J'avoue que la logique m'échappe : depuis quand le sport permet-il de maîtriser un vidéoprojecteur ?

 

3. Il ne m'a pas été bien compliqué de jeter un œil à ce document, comme vous allez le comprendre en lisant la suite de l'article.


4. Ah qu'en termes galants…


5. Pour les lecteurs qui débarquent de Mars ou du monde normal : Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement.

 

6. Bédeuzi : Brevet Informatique et Internet. Le C2i2e des élèves. Qu'on leur donne de toute façon à la fin, parce qu'il faut 100% d'élèves qui obtiennent leur socle commun : c'est marqué dans la loi. 


7. Vu son équipement, certains collègues vont effectivement la trouver très très virtuelle, surtout si tout est censé fonctionner ! 

Repost 0
7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 20:27

 

 

 

 Souvenez-vous…

 

  Nous étions en avril 2010. On ne parlait que de ça. Ça, c'étaient les États généraux de la sécurité à l'école. On était allé chercher la terminologie dans le lexique historique le plus élevé de notre pays. Ah ça irait ça irait, la violence on l'aurait ! 

 

  Plus d'un an plus tard sont sortis le décret et la circulaire résultant de ce grand chambardement, obligeant les établissements à modifier fissa leur règlement intérieur. Cela a d'ailleurs permis à votre serviteur de se pencher un peu sur ladite bafouille, pour voir ce qu'elle avait dans le ventre.

 

  Ceci n'est pas une pipe une circulaire pour lutter contre la violence à l'école. Ceci est une opération de communication qui fait croire que, mais qui, en fait, non. Même l'inverse. Tout le contraire.

 

 Prenons simplement un petit bout de préambule. Après avoir rappelé que l'indiscipline c'est pas bien et que la sérénité c'est mieux, il ose un (c'est moi qui graisse) : 

 

Tout d'abord, parce que l'établissement scolaire est un lieu d'apprentissage et d'éducation, toute sanction qui y est prononcée doit prendre une dimension éducative. Or, il ne peut y avoir de sanction « éducative » au sens plein du terme si, en amont, les règles du savoir-vivre en collectivité n'ont pas été clairement présentées, rappelées et intériorisées. Cela est particulièrement nécessaire au niveau du collège où un travail pédagogique sera réalisé autour d'une charte des règles de civilité, adoptée par le conseil d'administration en même temps que le règlement intérieur. Le socle commun de connaissances et de compétences, notamment par la compétence 6 « compétences civiques et sociales », aborde cet apprentissage et sa maîtrise par l'élève.

 

  Vous avez bien lu : la sécurité à l'école n'est pas une évidence, c'est un apprentissage du socle commun qui nécessite pédagogie et intériorisation. On va faire une charte pour bien intérioriser le fait que non, tu ne donnes pas une beigne à ton professeur s'il te demande ton carnet. Et n'oublie pas de requérir une validation dans la compétence 6, au passage. 

 

  Bref, avec un tel préambule, on sent qu'on est mal parti. Et on n'est pas déçu. Vous rappelez-vous cette joyeuse prise de bec autour du concept d' « automaticité de la sanction » (ça avait fait hurler dans les chaumières). Rassurez-vous, il n'y a nulle automaticité de la sanction : il n'y a qu'automaticité de la saisine du conseil de discipline en cas de violence physique à l'égard d'un membre du personnel, et engagement d'une procédure disciplinaire (qui peut donc être autre chose que le conseil de discipline sus-mentionné) « en cas de violence verbale à l'égard d'un membre du personnel de l'établissement ou en cas d'acte grave à l'égard d'un membre du personnel ou d'un élève ». Ils décideront bien ce qu'ils veulent, et, rassurez-vous encore, on les aide dans la suite du document à ne pas décider des choses trop traumatisantes. 

 

  En effet, nonobstant un fourbe passage dans la section des sanctions qui claque la porte au nez de la punition collective (l'un des grands sujets de débats éternels… et vous ? Pour ou contre ?), pourtant parfois bien pratique pour rétablir une situation qui risque de déborder, on apprend surtout cette chose extraordinaire :

 

L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes peut avoir des conséquences préjudiciables à la scolarité de l'élève et apporte rarement une solution durable au problème posé.

 

Affirmer qu'une action dont la portée est définitive n'apporte pas une solution durable, c'est un de ces beaux paradoxes dont notre système a le secret1 : mais il faut bien comprendre qu'on ne se placera jamais que dans la peau du f… de m… chenapan brimé par la méchante autorité et qu'il faut inlassablement savoir écouter, et jamais dans celle de ses camarades empêchés de travailler, martyrisés, soumis à pression et crachats, voire attouchés ou harcelés2. Heureusement, à la place de cette exclusion définitive à laquelle il ne faudrait en fait jamais avoir recours (c'est un aveu d'échec, n'est-il pas ?), nous avons des choses formidables telles que… la diminution de la durée possible des exclusions temporaires (nouveau paradoxe : pour améliorer les choses, réduisons les possibilités d'action), ou encore la mesure de responsabilisation. Vous allez voir, c'est merveilleux ! 

 

  La mesure de responsabilisation consiste à faire participer le f… de m… sacripan à des activités de solidarité, à des tâches à fins éducatives. Soit c'est à l'intérieur de l'établissement, et donc il y a forcément un adulte qui va devoir se coltiner l'énergumène alors qu'il a sans doute mieux à faire. Soit c'est à l'extérieur (ce qui demande tout un travail kafkaïen pour créer des partenariats avec des organismes et des associations), et dans ce cas… l'élève et/ou sa famille peuvent refuser la chose, et retour à l'intérieur de l'établissement. Fabuleux, isn't it ?

 

  Enfin, pour éviter de réunir le méchant conseil de discipline, on vous a créé la « commission éducative », composée à peu près comme on voudra (d'un établissement à l'autre, on pourra donc avoir de sacrées variantes), mais contenant évidemment au moins un représentant des parents d'élèves, sinon ce n'est pas drôle… Ce merveilleux organe pourra disserter du « cas », faire de belles propositions, assurer le service après-vente des contrats qu'elle aura mis en place et surtout… elle ne prendra aucune sanction. Comme ça, au moins, on est tranquille. En gros, c'est un peu une annexe du café du commerce mise à la disposition des établissements scolaires. Qu'est-ce qu'on va s'amuser à se faire des réunions inutiles supplémentaires : on en manquait.  

 

  Pour résumer : un bel effet d'annonce, une consultation pourrie d'avance par les bons sentiments et la victimisation de celui qui n'est pas la victime, et donc un texte qui met en place exactement l'inverse de ce qui était annoncé. On avait prévu de renforcer l'autorité ? C'est le laxisme qui sort gagnant du processus. 

 

 


 

1. Quelques autres beaux paradoxes dont notre système a le secret : « Si les élèves ne savent plus lire, c'est parce qu'on n'a pas assez appliqué nos merveilleuses réformes », « pour améliorer les choses, supprimons l'épreuve de culture générale », « puisque les élèves ne maîtrisent pas leur langue, faisons-leur faire de l'anglais à la place », « pour faire monter le niveau, diminuons le nombre d'heures de cours et remplaçons-les par des projets interdisciplinaires »…


2. Je rappelle qu'une grande campagne est en ce moment-même lancée contre le harcèlement à l'école. On donnerait à la communauté scolaire les moyens d'agir, et on arrêterait de faire pression sur les chefs d'établissement pour qu'ils ne fassent pas de vagues ou pour qu'ils diminuent leur nombre de conseils de discipline qu'on aurait fait un nettement plus grand pas en avant qu'en mettant en ligne un site internet bourré de moraline. 

 

 


 

  

 


Repost 0

Présentation

  • : Je suis en retard
  • Je suis en retard
  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
  • Contact

Devenez follower !

Pages