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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 00:35

démon

 

 

  Le taulier du blog Je Suis en retard s'est délocalisé cette semaine dans une ville d'une fort jolie couleur afin de rencontrer tout un tas d'autres énergumènes aussi atteints que lui : une cohorte de profs qui souhaitent transmettre des connaissances et qui conchient les dernières innovations de not'bon'ministère et de nos bons partis1.

 

  Je fus accueilli, chouchouté, diablement bien nourri, mis en présence de collègues intéressants et même passionnants, et passai ainsi une semaine riche. Mais un détail mérite d'être rapporté, je crois. Lors de l'ouverture du congrès, une invitée d'un genre un peu spécial3 fut priée de nous parler de ses idées sur l'éducation : madame Belzébuth4. Et, devant notre assemblée de réacs', elle tint à peu près ce langage :

 

 

  Elle commence tout feu tout flamme, à l'aide d'une citation de François Dubet5 assortie d'une référence aux enquêtes PISA, qui lui permettent d'affirmer que, dans l'éducation, « des avancées remarquables ont eu lieu6. »

 

  Légers remous dans la salle.

 

  Mme Belzébuth nous cite donc quelques unes des infernales avancées en question : les TPE (sorte d'épreuve du BAC destinée à rapporter des points faciles et consistant généralement en un copier/coller de Wikipédia), le Conseil Pédagogique (instance pseudo-représentative qui n'a d'autre pouvoir que celui que le chef d'établissement veut bien lui donner), le Socle Commun de Compétences (déjà longuement analysé chez votre serviteur : je n'y reviens pas).

 

  Quinte de toux au troisième rang.

 

  Endiablée, Mme Belzébuth évoque alors le modèle nord-européen d'éducation avec une joie non dissimulée, avant de marteler qu'il faut « cylindrer l'école primaire et le collège pour construire l'école du socle. » Pour ce faire, quoi de mieux qu'une bonne louche de « pédagogie positive » versée par des enseignants dotée d'une plus grande formation pédagogique et… d'une moins grande formation disciplinaire7.

 

  On note un évanouissement dans la cinquième rangée à droite. 

 

  En plein discours enflammé sur la théorie des cycles qu'il faudrait reprendre, Mme Belzébuth ose la question rhétorique suivante : « est-il nécessaire que tous les élèves sachent lire au CP ? » On aurait envie de lui répondre oui, mais apparemment, la lecture, ce n'est pas la priorité de Mme Belzébuth, qui préfère demander aux professeurs de changer totalement leurs pratiques pédagogiques à chaque fois que le Conseil Régional leur fournit des ordinateurs, des tableaux numériques ou un nouveau jeu de cordes à sauter. Et c'est un ordre ! Si la région achète un moule à gaufre, prière d'étudier la Belgique en Géographie, la composition de la pâte à gaufre en Chimie et les jurons du capitaine Haddock en Français !

 

  Des tomates pourries et des œufs qui le sont tout autant volent à travers la salle, tandis qu'on évacue un agrégé de Lettres Classiques, qui fait une crise de convulsion, en hélicoptère.

 

  Mme Belzébuth ne restera pas (prétextant une réunion), et nous quittera donc, sourire malin aux lèvres, heureuse d'avoir fait son show. La légende veut qu'elle ait dit à la personne chargée de la raccompagner : « je ne suis pas forcément sûre d'avoir raison ». Errare humanum est, perseverare diabolicum…   

 

 

  Voilà pourquoi je me bats. Car peu de gens savent (surtout s'ils ne sont pas professeurs) que l'Éducation Nationale est gangrénée de Mme Belzébuth, de charlatans, de charlots, de Diafoirus, et qu'elle en crève. Et qu'elle en fait crever nos enfants, vos enfants, victimes d'expérimentations sauvages des théories les plus saugrenues et les moins scientifiques qu'on aura su trouver pour les empêcher d'être plus intelligents, plus cultivés… plus libres, quoi ! 

 

  Et si ce blog vous donne, à vous aussi, l'envie de vous battre, alors je n'aurai pas perdu mon temps.

 

 

 


1. On appelle ça un congrès syndical, en fait. Et le premier qui prétend que ça m'a fait une semaine de vacances, je le colle en commission pendant 6h sur l'avenir des humanités, à débattre du CECRL2, des langues régionales et de l'avenir de la filière L. 

 

2. Cadre Européen Commun de Référence en Langues. Vous aussi, découvrez si vous avez le niveau A2, B1 ou Z18 ! À noter que le niveau théorique de 5e (A2) est demandé pour… l'obtention du brevet des collèges en fin de 3e ! Le niveau monte !   

 

3. J'ai senti avant même qu'elle ne prenne la parole, à sa vêture, à sa coiffure, à sa façon de se tenir ou à sa manière de jouer avec ses lunettes, qu'elle n'était pas venue pour nous tresser des couronnes de fleurs tout en chantant des hymnes à notre gloire d'une voix de miel.

 

4. Le nom a évidemment été modifié avec beaucoup de subtilité par mes soins. Notons que cette dame a une histoire dans les hautes sphères de l'Éduc'Nat', et se pique désormais de politique.

 

5. François Dubet est un… Non, en fait, vous ne voulez vraiment pas savoir qui est François Dubet. Sachez que vous retrouverez ses livres (nombreux) dans toutes les mauvaises librairies, et ses articles et interventions sur tous les mauvais sites (dont évidemment les inénarrables Cahiers Pédagogiques). François Dubet nous y explique régulièrement comment réformer le primaire et le secondaire, dans lesquels il n'a jamais mis les pieds.  

 

6. Vu que la France est en chute libre dans ces enquêtes, on mesure à leur juste valeur lesdites avancées. 

 

7. Nous n'échapperons pas à la référence montaignienne de la « tête bien faite » qui vaut mieux que la « tête bien pleine », régulièrement employée par ceux qui font tout pour former des têtes bien vides, chez les profs comme chez les élèves, et qui réussissent au-delà de toute espérance. 

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commentaires

Pourquoi voter pour Ségolène Royal ? 27/12/2010 22:29


http://www.cafepedagogique.net/lemensuel/lesysteme/Pages/82Presidentielle.aspx

Pourquoi voter pour Ségolène Royal ?

Nicole Belloubet a deux particularités : rectrice de Toulouse elle a démissionné en mars 2005 estimant que son ministre ne lui donnait plus les moyens nécessaires. Auparavant elle avait rédigé un
célèbre rapport sur la réforme des lycées où elle promouvait « une approche moins abstraite et déductive, plus inductive et expérimentale, sur des pratiques et des productions pluridisciplinaires
».

Dans Libération du 3 avril, elle analyse les propositions du Pacte présidentiel de Ségolène Royal sur l’École et appelle à voter pour elle. « Ces enjeux, partagés par la communauté éducative, sont
aujourd’hui ceux de la défense du service public de l’éducation nationale et l’école ne pourra conjuguer efficacité et justice sociale que s’ils sont compris et portés par une volonté politique. »


Anna 18/12/2010 02:39


Merci pour ce blog très intéressant !

Mes parents, curieux et cultivés, s'intéressent beaucoup au sujet de l'éducation, et particulièrement de l'apprentissage de la lecture, ma grand mère a fait partie -elle en a même, si je ne
m'abuse, été la présidente- d'une association qui lutte contre la (vraie) dyslexie, et en grandissant j'ai attrapé ce virus à mon tour.

J'enrage de voir le système actuel et de pouvoir constater son influence catastrophique chaque jour. Je voudrais tellement agir, mais que faire? Je me sens impuissante à mon petit niveau...

Merci en tout cas. Tant que des profs comme vous existeront, il y aura encore de l'espoir !


Patrice 03/12/2010 13:46


"Tête qui se vide", avais-je lucidement signé mon commentaire précédent...
A la relecture, je confirme ;)

J'ai voulu trop vite dire en quelques lignes ce qui remplissait plusieurs pages dans mes notes de cours(enfouies comme toutes les autres au fond d'un anonyme carton) et le résultat est bouillie
pour les chats.

Toutes mes excuses aux lecteurs de ce blog et aux mânes des Messieurs de Port-Royal, lesquels justement enseignèrent en français et le français en révolutionnaires avérés. Il n'en reste pas moins
que la méthode alphabético-syllabique de Blaise convenait surtout à la langue latine, laquelle ne présente quasiment aucune difficulté orthographico-phonétique.

Patrice Blazius


Patrice 03/12/2010 03:28


" Cette méthode regarde principalement ceux qui ne savent pas encore lire. [...] Chaque lettre ayant son nom, on la prononce seule autrement qu’en l’assemblant avec d’autres. [...] Il semble que la
voie la plus naturelle [...] est que ceux qui montrent à lire, n’apprissent d’abord aux enfants à connaître les lettres, que par le nom de leur prononciation. [...] Et ensuite on leur apprendrait à
prononcer à part, et sans épeler, les syllabes ce, ci, ge, gi, tia, tie, tii..."

In : "Une nouvelle manière pour apprendre à lire facilement en toutes sortes de langues."

Après quoi, ils pouvaient commencer à lire... en latin (vous avez souvent rencontré les "syllabes" "tie, tii" dans un texte français ? ) ou plutôt à déchiffrer et répéter les mêmes pages, jusqu'à
les savoir par coeur.

Voilà les bases de notre cher B-A BA : elles sont mises au clair par Blaise Pascal. N'aurions-nous pas quelque peu changé d'objectifs depuis...?

Au fait : ce n'est qu'après plusieurs années de cette étude que certains apprenaient à écrire, mais c'était une autre histoire - et toujours dans une langue qui était rarement la leur (Montaigne
déjà avait su le gascon et le latin avant le français)...

Patrice, tête qui se vide ;)


PS : au fait, cher Cele', pas de désaccord entre nous sur ce toujours jeune vieux Michel : il préconise seulement que le maître ait une réflexion pédagoqique et pas qu'un beau mastaire deuuuuuh...
je crois que je m'égara)

PS pour Delphine : chère collègue, les analphabètes riment fort bien, où est le problème... ? Ah oui, les rimes "pour l'oeil" ...? Elles ont je crois pris la poussière depuis deux bons siècles ;)


Celeborn 29/11/2010 22:08


La question, Bruno, est de lui apprendre à lire et à écrire CORRECTEMENT. Je me dis qu'il y a quelque chose de pourri au royaume de l'Éduc'Nat quand des élèves de collège intelligents, motivés,
doués même, accumulent les zéro en dictée et lisent à voix haute d'une façon qui vous donne une intense envie de vous défenestrer, tempérée seulement par le fait que, du 1e étage, vous risquez de
vous rater.

SI vous souhaitez développer le reste, je suis intéressé, car j'avoue ne pas avoir très bien saisi votre idée directrice , notamment sur la fin.


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