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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 20:52

château

 

 

  (Pour les sixièmes, l'entrée du terrier est par-ici !) 

 

 

Que font donc les élèves du collège Jean-Baptiste Poquelin quand ils reviennent une deuxième année (à croire qu'ils nous aiment bien !) et qu'ils ont le malheur de rencontrer votre hôte1 ? Comme promis à une adorable lectrice, voici un deuxième article sur ce que j'aime faire et voir en classe.

 

  La Cinquième, c'est le niveau qui nous fait comprendre que l'Âge d'Or, ça n'a qu'un temps, et que la joie est éphémère. On aimait nos sixièmes naïfs, innocents (tu parles !) et attachants2  : on les retrouve en cinquième claquemurés dans leur adolescence. Et dans leur sexe. Car les filles ont pris de l'avance sur les garçons en la matière : c'est l'âge de la grande séparation, celui où les demoiselles regardent les grands de quatrième tandis que leurs camarades de classe jouent encore aux cartes Yu-Gi-Oh3.

 

  Les cinquièmes, ça demande souvent pas mal d'énergie, et parfois, ça soûle.

 

  Les cinquièmes, c'est plus propre que les sixièmes, mais les filles compensent : elles ont leurs règles4.

 

  Les cinquièmes, ça a un sac, pas un cartable. Ce qui ne change rien au sujet de la fréquence des oublis de matériel…

 

  Les cinquièmes, ça ne pose pas de questions : ça s'ennuie.

 

  Les cinquièmes, ça ne s'émerveille plus. Mais ça regarde quand même la pluie qui tombe dehors, pour passer le temps.

 

  Les cinquièmes, ça écrit de la couleur que ça veut sur sa feuille. 

 

  Les cinquièmes, ça a besoin d'une sacrée remise à niveau en grammaire.

 

  Les cinquièmes, ça essaie des coups en douce ; ça veut tenter d'être plus intelligent que le prof, et ça se révolte contre le totalitarisme d'icelui quand c'est pris la main dans le sac. Dans le sac d'un camarade, par exemple, à lui « emprunter » son matériel.  

 

  Les cinquièmes, ça envisage sérieusement pendant une seconde complète le souci que ça va être de trouver une excuse crédible pour expliquer la présence d'une antisèche sur leur bureau.

 

  Les cinquièmes, chez moi, ça vit au temps des chevaliers. Les filles boivent une coupe avec Tristan, les garçons admirent les cheveux d'Iseut la blonde. Tous suivent les exploits d'Yvain, les fourberies de Renart et celles de Scapin5. Tous baffrent avec Gargantua et révisent leur banque d'insultes avec icelui6 et Ysengrin. Ça croise les pendus de Villon, les amours et les roses subséquentes de Ronsard, les pirates, les chiens de traîneaux, les dinosaures d'Amazonie, les crimes résolus par un détective belge au crâne en forme d'œuf. Ça se retapera une gravure de Doré7, ça révisera sa liste des 7 péchés capitaux (et ça se marrera bien sur la luxure) et ça tentera de se moquer des moines gloutons et des pères qui veulent marier leurs fils contre leur gré.     

 

Mais la moitié du temps (pas davantage, hélas : le cinquième, on le voit peu), ça fait de la grammaire, de l'orthographe et de la conjugaison. Ça va me réapprendre les déterminants et les pronoms. Et la morphologie du passé simple. Et le complément d'objet direct. Et l'indirect. Et le circonstanciel. Et l'analyse grammaticale en écrivant à chaque fois en majuscules « NATURE : / GENRE : / NOMBRE : / FONCTION : ». Et le célèbre accord du participe passé. Et ça fera des dictées, sur lesquelles je m'arracherai les cheveux en corrigeant…8

 

 

« Déjà que vous les… »

Arsinoé, vous me l'avez déjà faite l'année dernière ! Je sais que le comique de répétition, c'est chouette, mais réservez-le pour les histoires de galères turques.

 

 

  À la fin de l'année, ils auront j'espère compris ce qu'est l'amour courtois, le merveilleux chevaleresque, la satire sociale, les joies alambiquées de l'écriture d'une forme fixe poétique bien tordue, l'humanisme joyeux, l'appel du grand large et surtout le fait que la littérature, la grande, la vraie, la belle, ne parle que de l'amour et de la mort.

  Et tout le reste n'en est pas.

 

 

 


 

1. Et pour certains, c'est la deuxième fois : ils peuvent ainsi revivre leur traumatisme.

 

2. Voire collants, et même adhésifs, parfois !

 

3. En disant ça, je dois déjà être has been. Merci de me signaler quelle est la toute dernière nouveauté des cours de récré !

 

4. Désolé pour ceux qui lisent ce blog en mangeant. En même temps, vous ne devriez pas faire ça, car manger doit être conçu comme une activité à part entière durant laquelle on se concentre sur le repas et on se réapproprie ces instants de contact charnel avec la nourriture. Paraît que ça facilite la digestion.

 

5. Avis aux collègues qui en douteraient : les cinquièmes, ça ADORE Les Fourberies de Scapin ! Je n'ai jamais été déçu par l'étude de cette pièce.

 

6. En cinquième, j'aime bien les archaïsmes, surtout icelui ! 

 

7. On n'en fait jamais assez.

 

8. Toute impression de déjà-vu est purement fortuite.

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commentaires

Celeborn 22/12/2010 16:47


catmano, les bracelets dont vous parlez sont arrivés dans mon collège également, jusqu'en troisième ! Certaines élèves en ont une bonne dizaine à chaque poignet !


catmano 22/12/2010 16:23


En Primaire, le nouveau truc à la mode, ce sont les "bracelets à mémoire de forme", un truc immonde qui ressemble à un élastique tout bête : plus on en a autour des deux poignets et mieux c'est. Ça
fait rêver aussi bien les petits de CP que les grands du CM2, filles et garçons confondus, qui n'arrêtent pas de les mettre et de les enlever pour constater que, oui, décidément, ce sont bien des
bracelets "à mémoire de forme" qui reprennent la leur dès qu'on l'enlève du poignet (ou qu'on l'extrait, bien baveux, de la bouche où l'on était en train de le mâchouiller consciencieusement, ça
c'est plutôt niveau CP).

Sinon, un petit retour, pas encore vraiment une invasion, des cartes Pokémon. Chez moi, il n'y a pas eu encore de vols, d'extorsions, de menaces pour se procurer coûte que coûte la Picachu
convoitée. Tout va bien de ce côté-là (mais alors, les bracelets baveux, en revanche, je suis gâtée... ;-(( )


Blandine 20/11/2010 05:16


Dieu que je m'en veux, pour le coup ! Si je perds à ce point mes classiques, que me restera-t-il de cervelle dans quelques années !


Celeborn 20/11/2010 00:34


Chère Blandine, Arsinoé est un personnage du Misanthrope.


Blandine 19/11/2010 16:06


J'arrive après la bataille, dirait-on, mais je rattrape mon retard sur ce blog toujours aussi délicieusement ironico-suave...

Juste une question : Arsinoé est une référence que je ne retrouve pas... un coup de main pour une littéraire déchue ? Pourtant, en général, j'arrive à suivre votre valse des personnages trop
souvent plongés dans les limbes.


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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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