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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 10:38

unhygenix

 

  Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, ce qui fait sûrement de moi quelqu'un de supérieurement intelligent !

« M'sieur ! vous êtes le meilleur ! »
Doucement sur la brosse à reluire, Tartuffe...


  Bref, moi le pondéré (si si, chers collègues qui me connaissez, je suis un être pondéré ! Comment ça, je n'en ai pas l'air ??!! MAIS PUISQUE JE VOUS DIS QUE JE SUIS POND... hem...), le réfléchi, le "je vais quand même pas aller gueuler des slogans à la con en brandissant une pancarte "On veut la vie de château, pas l'avis de Châtel" enrubanné dans une écharpe rouge pétard", je vais aller manifester tout à l'heure. J'y tiens. Mes collègues sont agressés du côté de l'académie voisine et traités comme le poisson d'Ordralfabétix par leur hiérarchie, nos futurs stagiaires vont se retrouer dans des situations rocambolesques et ce ne sera pas mieux pour leurs tuteurs, le nouveau lyc... mais je vous ai déjà dit tout ça, en fait.

 Alors place à la bonne gueulante des familles. Je vous raconterai. Mais j'ai quand même fait une concession à mon caractère pondéré : l'écharpe sera violette !

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 22:10

Du fait d'une grève surprise de ma volonté d'illustrer cet article, vous n'aurez pas de jolie image !


[mode syndicaliste forcené ON]

  Alors celle-là, je sais pourquoi je la fais !

  Parents, parentes, enseignants, enseignantes, travailleurs, travailleuses, on vous ment, on vous spolie ! Le grand ministère vous ment !
[mode syndicaliste forcené OFF]

  Non, je n'en suis pas là. Mais je suis quand même agacé énervé estomaqué  super trop heureux révulsé tétanisé (dé-rayez la mention inutile) bref je ne suis pas content. On nous a fait passer depuis fort longtemps dans l'inconscient collectif pour des branlos, pour des glandeurs, pour des toujours en vacances, pour des bien pépères dans nos charentaises. Alors réjouissez-vous : avec les suppressions de postes qui continuent, notre nombre diminue chaque année un peu + (et je ne parle pas des collègues qui changent de cap, ou essayent de le faire, et qui sont eux aussi de plus en plus nombreux).  Réjouissez-vous, donc. 

  Oui mais on ne s'étonnera pas que, chez nous, des élèves aient attendu un mois pour avoir un prof de maths, deux mois pour que leur prof d'anglais soit remplacée, ou encore qu'ils n'aient depuis janvier que 2h d'histoire-géographie sur les trois prévues puisque notre vacataire (que nous avons trouvée tous seuls avec nos petites mimines en interne, car bêtement le rectorat n'avait pas anticipé un DEPART A LA RETRAITE !) est tellement demandée que le lycée d'à-côté en a voulu sa part (5 niveaux pour une première expérience dans l'enseignement, voilà qui constiue un test ultime pour savoir si l'on a
la vocation, n'est-ce pas ?)

  Le sourcil n'esquissera pas non plus un frémissement quand l'œil se posera sur la réforme du lycée et ses coupes claires dans les horaires disciplinaires (ce qui signifie mathématiquement davantage de classes pour un même prof, youpi !) pour y mettre à la place des accompagnements personnalisés à 35 chargés de combler des lacunes dont leur seule création sera déjà grandement responsable.

  La bouche ne fera qu'une moue dédaigneuse et se refusera à commenter le décret EPLE couronnant le règne des chefs d'établissements sur le plan pédagogique, qui se traduira, dans les conseils du même nom ("pédagogiques", donc. Suivez un peu !) dont ils désigneront les membres (ça évite toute contestation), par l'organisation de groupes de compétences au gré de leur bon vouloir, piétinant allègrement votre progression annuelle concoctée avec amour, rigueur et professionnalisme (ou sans amour, d'ailleurs : vous avez le droit d'être vache !)

  La narine ne sentira pas monter les effluves délétères et débilitants du
nouveau projet de progammes d'histoire de seconde, fourre-tout transversalo-thématique qui vous balaye entre autres, dans l'ordre : la grande peste de 1348, la population française du XVIe au XVIIe, les Celtes, l'émigration de Italiens à la fin du XIXe, le citoyen grec à Athènes. Si si, c'est dans l'ordre.

  Les épaules ne se hausseront même plus devant le socle commun, qu'on nous serine de réunion en formation (ha ha ! mes collègues de langue y ont eu droit aussi !), panacée qui supprimera les problèmes en tuant le malade, à la façon d'une bonne saignée chez Molière.

  Mais peut-être que l'on tapera quand même un peu du pied devant cette nouvelle idée géniale, à savoir de mettre les stagiaires directement en poste avec 18 heures de cours dès le départ, tout en les remplaçant de temps en temps, pour qu'ils puissent se tirer une balle suivre une formation à la con qu'on n'aura nullement améliorée, par des étudiants en première année de master. De grands moments de continuité pédagogique en perspective !    

  Peut-etre que l'oreille entendra non pas le vol noir des corbeaux sur nos plaines, mais bien des revendications qui ne sont pas que salariales (même si elles méritent également de l'être) : elles sont fondamentales ; elles défendent un modèle qui a fonctionné et qui fonctionnerait encore si on ne l'attaquait pas chaque année davantage. Elles sont également de plus en plus désespérées. Je suis dans un établissement tranquille, et déjà le travail n'y est pas tous les jours évident, mais je sais des lieux, bien plus nombreux qu'on ne le pense, où mes collègues souffrent, culpabilisent de ne pas parvenir à gérer des classes que les autres n'ont pas réussi à gérer avant eux avant de partir en dépression, voudraient bien mais ne peuvent point, sauvent leur peau et leur santé mentale  quand ils le peuvent.

  Dans son livre que je commenterai bientôt, la vice-présidente de mon syndicat, Claire Mazeron, raconte qu'un jour, elle a dû annoncer au téléphone à une néotitulaire du sud son affectation dans l'académie de Créteil. Les sanglots qu'elle a alors entendus dans le combiné sont plus éloquents que tous les discours. Notre métier est un métier difficile, parfois même impossible, et de moins en moins de gens veulent le faire. J'espère que cette grève sera suivie afin que davantage de personnes se rendent compte que nos luttes ne sont ni sectaires, ni gratuites. Nous gueulons parce que, pour le moment, nous pouvons encore le faire. Alors, chers collègues, je nous en prie : gueulons fort !  

 

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24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 10:14




  Pour revivre ma toute toute première grève, c'est ici.


  On ne fait pas toujours grève pour les mêmes raisons. D'ailleurs, on n'est jamais vraiment sûr de faire grève pour les bonnes raisons, ni même d'avoir raison de faire grève.

  Pour le coup, cette grève n'avait pas grand chose pour me plaire : pas unitaire, pas bien organisée, probablement pas très suivie dans le secondaire, pas vraiment précise sur ses revendications — qui tiennent davanatge de la potée tous légumes souvent réchauffée que de la cuisine moléculaire. Je ne suis d'autre part pas certain d'adhérer sans réserves aux motifs des syndicats du primaire...
  Or donc je suis gréviste (et je rate de ce fait le délicieux gâteau que la PP des 6e Pépère va apporter au conseil de classe ce soir, c'est vous dire ma tristesse). Pourquoi donc quoi qu'en qu'est-ce ?

  J'appelerais ça une "grève de fatigue". Non pas que je fasse grève pour me reposer car les élèves seraient fatigants,...

« Pourtant, je fais tout ce que je peux, m'sieur ! »
Je sais bien, Chrysalde ! Mais excusez-moi de vous dire que face au Socle Commun, vos tentatives de perturbation de mon cours me semblent de reposantes vacances au bord de la piscine, un mojito à la main.


... mais je fais grève car je suis fatigué de tout ce qui se prépare, se dit et  se met en place cette année. Les réunions, les socles, les B2i, les histoires des arts, les « il faut travailler en interdisciplinarité », les « il faut utiliser les TICE », les « oui ça vous demandera un peu de temps mais finalement pas tant que ça » (dit à propos de 10, 15, 20 choses différentes, j'ai fait le calcul, et ça finit bien par faire « tant que ça » ), les « ce serait bien de trouver une autre solution plutôt que de mettre un "zéro-sanction" pour travail non rendu », et surtout les « on ne peut pas savoir tant qu'on n'a pas essayé ! » (argument débile s'il en est, qui pourrait tout aussi bien servir de justification au remplacement des cours de maths par des cours de tricot qu'à l'ouverture du droit de vote aux nourrissons de moins de 6 mois)... Je n'y peux rien : quand on me dit trop de choses que je trouve connes dans un court laps de temps, je me braque.

  C'est mon côté réactionnaire : on veut me faire travailler des points grammaticaux en projet interdisciplinaire, et me voilà à acheter des grammaires de secondaire des années 60 ^^ (qui vont d'ailleurs m'être une mine d'exercices efficaces, et un excellent point de départ pour la (re)construction de mes progressions grammaticales). Alors ce n'est pas forcément "raisonné" — comme je le disais — ni forcément efficace. J'ai juste eu le besoin irrépressible de dire non. Et cette grève est ma façon de le dire sans devenir vugaire ou inutilement blessant.

  Et voilà pourquoi votre professeur est gréviste !
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26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 14:09
 

  Amis non-enseignants (et néanmoins lecteurs) qui n'êtes point en vacances, que ce titre ne vous choque pas : non, je ne me réjouis pas de ce que, dans une dizaine de jours, je reprendrai le chemin des salles de cours (enfin... de LA salle de cours, car j'ai la chance d'être mono-salle, cette année). Mais je me réjouis pour vous, lecteurs chéris, qui pourrez bénéficier d'une petite synthèse blogueuse, ici-même, d'une réunion prochaine, que, sans nul doute, vous allez attendre avec autant d'impatience que moi quand vous aurez pris connaissance des sujets qui y seront abordés.

  Au programme donc de mon conseil pédagogique du 10 novembre :
- mise en place de l'histoire des arts dans l'établissement,
- mise en place du socle commun dans l'établissement.

  Avouez qu'il y a de quoi saliver... J'espère des débats, des cris et des chuchottements, des larmes, de la sueur et du sang. Restez connectés !

  En attendant, je me console en corrigeant des copies, y découvrant ici un « imparfait décoratif » (une bien jolie valeur), là un « Monsieur Maloney apprend à sa femme que son bébé est en fait un gigot d'agneau » (est-ce parce que sa mère sent qu'il gigote ?). Bref, rien que de très habituel !

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 14:54

 

 

  Parfois je m'énerve. Ça m'arrive rarement. Je peux m'énerver contre les élèves, et faire entendre ma voix (quand c'est dans une salle de classe qui donne sur le patio et que les fenêtres sont ouvertes, généralement tous les autres cours s'interrompent quelques secondes). Mais même là, c'est un énervement contrôlé, théâtralisé. Non, quand je m'énerve vraiment, quand je suis réellement prodigieusement agacé, je ne hurle pas. J'ai davantage tendance à prendre une voix neutre, et à débiter ce que je veux dire de façon impassible.

  Et cette année, je me suis énervé. Une fois. En réunion. Moi et quelques autres, nous participions, dans le cadre des directives sur la réunionite aiguë en phase terminale, à une réunion dont le thème était "la liaison CM2-6e". Je résume rapidement : une fois l'an, sous l'œil gourmand d'un inspecteur de primaire, des enseignants de 6e qui pour beaucoup ne seront plus là l'an prochain et des enseignants de CM2 s'exprimant devant leur inspecteur avec autant de liberté de parole qu'un personnage de 1984 face à un télécran et 5 caméras de surveillance, échaffaudent des idées de projets inter-trans-établissements-disciplines qu'ils s'empresseront d'oublier dès la fin de la réunion, car honnêtement, on n'a pas que ça à faire.


  Je me fais à moi-même la remarque que, l'année prochaine, cette réunion sera l'occasion idéale d'un bingo blabla* entre collègues.

(*Vous aussi, faites vos grilles de bingo blabla pour profiter au maximum de votre prochaine réunion. Un exemple en fin d'article ! comptez 4 points par ligne et 3 par colonne. Si votre grille est intégralement remplie, vous devez dire "Bingo" lors de votre prochaine prise de parole.)


  Bref, nous y voila : après une charmante mise en bouche au cours de laquelle nous apprenons que les TUIC (Technologies Usuelles de l'Information et de la Communication) ont remplacé les TICE (Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement), qui eux-mêmes avaient succédé aux TIC (Technologies de l'Information et de la Communication) , la réunion commence, chapeautée par l'inspecteur de primaire déjà cité ainsi que par deux conseillères pédagogiques (de primaire itou) à la novlangue fleurie. Aux premiers ronchonnements sur le thème "Yanamarre de se réunir pour préparer des projets nécessitant des réunions qu'on n'a pas le temps de caser car on est déjà tout le temps en réunion", l'une des deux, Philaminte des temps modernes, réplique :


"Mais on n'a pas besoin de faire du présenciel. On peut tout à fait faire du distanciel."


  Ciel ! Ne voulant pas passer pour un plouc, je me suis rué sur le TLF (Trésor de la Langue Française.... informatisé, car je maîtrise trop bien les TUIC !) en rentrant chez moi : effectivement, présenciel et distanciel, ça n'existe pas (présentiel et distantiel non plus : j'ai vérifié au cas où, car je suis vraiment gentil).


  Bref, à partir de là, ça a commencé à m'agacer. J'ai donc rué dans les brancards, au grand désespoir de mes collègues qui voyaient bien que ça n'allait pas raccourcir la réunion, tout ça. Il faut dire que tout y est passé :


1) le statut de le note, avec une petite envolée lyrique de l'inspecteur à propos de ce cher Antibi.

(Je vous résume l'antibisme en deux mots : les profs sont tous des sadiques qui font des interros sur des choses que les élèves n'ont pas apprises afin de mettre suffisamment de mauvaises notes pour être respectés. Il faut donc supprimer le système des notes, dégradant et qui pousse les élèves à brûler les voitures et à se suicider, et le remplacer par exemple par des "contrats de confiance", comme chez Darty, où chacun il est content car tout le monde il est beau et deviendra cadre supérieur. Il n'y aura plus de chômage et nous nous tiendrons tous la main en formant la grande ronde fraternelle du bonheur collectif dans un monde sans guerre respectueux du développement durable.)


2) l'inénarrable "socle commun européen de connaissances et de compétences" (surnommé "SMIC culturel" par les méchants paranoïaques qui s'imaginent qu'il n'a été créé que pour répondre aux demandes du monde de l'entreprise et faire croire aux élèves qu'ils sont tous doués en tout) qui nous demande de nous transformer non seulement en profs d'informatique, mais également en professeurs de respect et de tolérance (attitudes qui sont bien entendu à évaluer au même titre que l'accord du participe passé, c'est marqué dans le socle).

(D'ailleurs, ça a déjà largement commencé en primaire : nos collègues y remplissent des grilles de compétences qu'ils valident ou non (jusque là, ils avaient le choix entre acquis - en cours d'acquisition (dite aussi "validation de Normand")- non acquis ; cette année, grande nouveauté : ils ont le droit à oui/non, comme chez Michel Field sur LCI). Un exemple de compétence indispensable à valider au primaire d'après l'Europe ? "La prise de conscience de la dignité humaine". Oui/Non : faites votre choix, amis professeur des écoles !

A noter que ce système fait que nous, professeurs de collège, ne savons absolument pas ce que "vaut" un élève quand il arrive en 6e : les tableaux de compétences figurant dans son dossier ne permettent pas de se faire une image de l'élève et de son niveau. J'ai testé avec un élève en TRES TRES grande difficulté cette année : il avait des tableaux très jolis et qui ne semblaient en rien catastrophiques.)


3) la remise en cause du fait que les élèves vouvoient leurs professeurs. Une de mes collègues (adorable, qui s'ennuyait comme pas possible, mais qui avait quand même quelque chose à dire) signale que certains élèves ont apparemment l'habitude de tutoyer leur maître/maîtresse en primaire, et qu'ils mettent beaucoup de temps à s'adapter au vouvoiement en 6e, ce qui leur fait une difficulté supplémentaire alors qu'il y a déjà beaucoup de choses nouvelles à intégrer quand on arrive au collège. Elle demande (extrêmement gentiment) s'il serait possible que les enseignants de CM2 les préparent au vouvoiement au cours de l'année. L'inspecteur s'interroge alors sur le bien fondé du vouvoiement, se demandant si d'autres choses ne sont pas possibles. On est à deux doigts de se prendre l'exemple du système scolaire finlandais dans la figure ("Finlande" est un mot très prisé au bingo blabla, chez nous), mais il vaut mieux qu'il évite, sinon je risque fortement de lui signaler que dans le système scolaire finlandais, il n'y a pas d'inspecteurs...


4) Les projets eux-mêmes. Et là, je vous propose un vade mecum du projet de liaison CM2-6e : il suffit de prendre le nom d'une discipline ou d'une composante de la discipline, et de faire précéder ce nom du mot "défi". Cela fonctionne à tous les coups ! Alors vous aussi, devenez membre actif d'une réunion de liaison CM2-6e et proposez :

- un défi-lecture

- un défi-langue

- un défi-baseball

- un défi-SVT

- un défi-technologie

- un défi-maths

- un défi-science (attention, un mauvais jeu de mots s'est glissé dans le nom de ce défi. Sauras-tu le retrouver ?)

- ...


  Nous nous sommes donc quittés pleins de bonnes intentions (enfin, moi, non, vous l'aurez compris), et j'aurai eu la joie de voir une collègue de primaire venir nous parler en aparté afin de signaler qu'elle pensait elle aussi que les notes, c'était important, et qu'elle allait mettre des notes et non des croix dans leurs foutues cases. Un chouette moment de présenciel !



Une grille de bingo blabla spécial profs :

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 00:10
 


  Je n'ai jamais été un grand défenseur de la grève, et ce pour de nombreuses raisons intelligentes, mûrement réfléchies et délicatement soupesées (comme toujours, quoi) telles que :
- ça sert à rien ;
- c'est nul ;
- j'aime pas la foule.

  Plus sérieusement, j'ai toujours associé la grève à une certaine inefficacité (et même à une inefficacité certaine) et surtout à un côté esprit de groupe délétère : plus on est nombreux et moins on parle bien ; et ce qui était une réflexion fine,argumentée et étayée se transforme soudain en pancartes peinturlurées de slogans qui feraient immédiatement virer le publicitaire qui en aurait eu l'idée (quoique certains publicitaires ayant pondu "Quand c'est bon, c'est Bonduelle" ou "Si ju va bien, c'est Juvamine", je me rends compte que je me trompe peut-être...).

  Bref, comme beaucoup de gens de ma génération, je crois que je suis un vil individualiste, un gars qui se méfie de l'esprit de groupe et encore davantage de l'esprit de corps, un type qui n'aurait jamais l'idée de se syndiquer.

  Or donc je vais être gréviste.

  "M'sieur, c'est parce que vous voulez gagner + de sous !"

  Eh non, Zerbinette ! Non que je sois contre le fait de gagner davantage d'argent ("Société Générale : conjuguons nos talents"), mais là, pour le coup, c'est autre chose. C'est que j'aime mon métier et que je tiens à accomplir un acte, aussi inefficace soit-il, pour signaler que certaines conditions pratiques, certains éléments concrets ne me siéent point. Je déteste m'indigner alors que je sais bien que cela ne sert à rien, mais merde saperlipopette, je m'indigne quand même. Je veux que les élèves et leur famille puissent choisir entre plusieurs langues vivantes. Je veux que tout le monde puisse faire du latin s'il en manifeste l'envie (et qu'il y a bien réfléchi), et même du grec ancien, tiens ! Je veux qu'on n'ait pas à se battre entre collègues des différentes matières à cause des heures supplémentaires à absorber : ce n'est heureusement pas le cas par chez moi, et j'en remercie l'intelligence et la gentillesse de l'ensemble de mes collègues, mais tout est fait pour créer les conditions du conflit. Je veux qu'on sache que 28 élèves par classe en collège est un chiffre élevé - surtout au vu des élèves actuels - et non un chiffre "normal". Je veux qu'on fasse des langues vivantes dans des groupes de taille adaptée (et non, 29 élèves, ce n'est pas un groupe de taille adaptée). Je veux que mes élèves se nourrissent de connaissances, découvrent de grands textes et étudient notre langue de façon raisonnée et logique, et non qu'ils soient "en cours d'acquisition" de "compétences transversales" dans le cadre d'un "socle commun". Je veux qu'on m'utilise en respectant (et Dieu sait que le "respect" et la "citoyenneté", j'en ai plein mes papiers et mes directives officielles) ma formation et en se souvenant du concours qui a servi à me recruter : c'est parce que je connais bien la grammaire que je suis capable d'enseigner correctement le complément d'agent ; c'est parce que j'ai étudié de façon approfondie les Fables de La Fontaine que je peux faire comprendre "Le Loup et l'agneau". En revanche, ce n'est pas parce que j'ai suivi deux jours et demi de formation (au demeurant intéressante) que je suis soudain un spécialiste du traitement de texte ; ni parce que j'ai fait un stage d'une demi-journée que je peux être promu "Monsieur Infaillible, l'homme qui oriente vos élèves dans les bonnes filières sans se tromper".

  Mais mon paragraphe devient indigeste... Hop ! une ligne de sautée  et ça va mieux.   

  Voilà donc les raisons de ma première grève. Pour en savoir vraiment davantage, le site de Sauvez Les Lettres est dans mes liens : n"hésitez pas à farfouiller dedans, car de nombreuses choses très intéressantes s'y trouvent.

  Promis, le prochain message sera + amusant ^^.

  
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