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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 19:23

[Grève de l'image en tête d'article. Je Suis en Retard solidaire !]

 

 

Vu, entendu…

 


« Naboléon Prenlaporte (et surtout… reviens pas !) »

 

« La Marseillaise… je préférais les paroles de l'originale. » (à propos des réécritures syndicales de quelques grands tubes, de « La Carmagnole » à Joe Dassin en passant par Indochine et « Il était un petit navire »)

 

« Re-traites : de mal en pis » (banderole ornée d'une vache maigre vraiment très maigre)

 

Notre collègue d'anglais (beau, jeune et célibataire) s'est fait refiler tout un paquet de feuilles sur lesquelles on trouve les textes des chansons. Toutes les occasions sont bonnes à saisir : et hop ! Mademoiselle, vous voulez une feuille ?

 

« Des couilles en or pour les riches. Des nouilles encore pour les pauvres. » (contrepétrie syndicale)

 

Liste des partis politiques croisés : le Parti de Gauche, les Verts (avec tract sur papier recyclable), le PCF, le NPA (avec deux chanteuses et un tambour fort efficaces), LO (sans Arlette), le PS (avec Bertrand), le MCR (mais si ! Le parti de Jean-Pierre Chevènement !)

 

Rue de Rennes, un homme nous filme de la fenêtre de son immeuble. 

 

Les fleuristes solidaires : « Fleuriste préférant fleurir vos retraites à 60 ans que vos tombes. »

 

 

 

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 23:21

 

muses

 

 

  Le proprio du blog Je Suis en retard, premier sur le terrain, a assisté pour vous (en compagnie de collègues super géniaux) aux deux manifestations contre la réforme des retraites1. Compte-rendu en 9 muses des choses vues.

 

 

 

La manif' selon Calliope2

 

Les slogans, c'est la base de toute manif'. Un bon slogan bien asséné d'une voix bien saccadée, à mi-chemin entre le marteau-piqueur et la marche militaire, ça vous met tout de suite dans le bain. Si ça rime, c'est bien…

 

Sarkozy au pilori

Et Châtel à la poubelle

Et Fillon expulsion

Éric Wœrth beurk beurk beurk3 

 

… et si c'est répété, c'est mieux ! 

 

Cherchons l'argent là où il est ! (x10)

 

 

 

La manif' selon Érato et Euterpe4

 

  Les slogans, c'est bien, certes, ma chère Calliope, mais en chantant, c'est mieux. Une petite parodie de Carla Bruni par-ci, un p'tit…

 

Sarko, si tu savais

Ta réforme où on s'la met5

 

… par-là, sur un air de chanson tellement populaire que je ne me souviens même plus du texte original (un truc genre «Chauffeur, si t'es champion…», je crois), c'est quand même beaucoup + amusant. Bon, il faut excuser ceux qui ont des sonos crachottantes (et qui mettent malgré tout le volume au max), ceux qui chantent mal, ceux qui chantent mal ET fort : mais là aussi, ça fait partie de l'ambiance.

 

 

 

La manif' selon Terpsichore6

 

  Et oui, parfois, en manif, on a envie de danser, surtout quand on vous passe (les deux fois), le méga tube suivant : 

 

 

 

… mais bon, on se retient (difficilement), car ça ne ferait pas très sérieux (au fait, désolé pour cette pub pour une organisation politique à laquelle n'appartient d'ailleurs pas l'auteur de ces lignes. Mais allez trouver une vidéo de cette chanson sans mise en images orientée, vous !).

 

 

 

La manif' selon Thalie7

 

  À un moment, sur le parcours, une banderole attachée entre deux arbres (ou étaient-ce deux réverbères) proclame ce message haut en signification :

 

Antiquités - Brocante

Place Monge8

Samedi 25 septembre

 

  … si vous n'aviez rien de prévu ce week-end, chers amis, courez-y : l'organisateur a un sens du marketing assez formidable !

 

 

 

La manif' selon Polymnie9

 

  Sur une pancarte, soudain, ce texte délicieux :

 

62 selon la police

60 selon les syndicats

 

 

  

La manif' selon Uranie10

 

  Ô Uranie, nous t'invoquons ! Regarde dans les étoiles si tu parviens à trouver le nombre réels de manifestants à Paris11, et sur l'ensemble du territoire12.

 

« Oh là là ! C'est pas du tout mon domaine ! Faut demander à Clio, la muse de l'histoire ! C'est son boulot, ça ! »

 

 

 

La manif' selon Clio13

 

  Ô Clio, nous t'invoquons ! Regarde dans tes livres si tu parviens à trouver le nombre réels de manifestants à Paris11, et sur l'ensemble du territoire12.

 

« Et vous venez me déranger pour des querelles de chiffres que les humains ont calculé avec les pieds ? Comment voulez-vous que je fasse sans preuve matérielle fiable et donc historique ? Demandez plutôt à Uranie de regarder dans ses étoiles ! »

 

 

 

La manif' selon Melpomène14

 

  Petite pancarte accrochée dans le dos d'une manifestante :

 

Leur seule force, ils la tirent de notre résignation

 

  Et là, Terpsichore s'est arrêtée de danser, Érato de chanter, Euterpe de jouer. Clio a levé le nez de ses bouquins, Uranie baissé le nez de ses étoiles. Calliope et Polymnie ont apprécié discrètement. L'auteur de ces lignes également.


 


1. Selon les syndicats. Selon la police, il sirotait un monaco devant un match de foot de ligue 2.

 

2. Muse de l'éloquence.

 

3. Là, comme l'a fait remarquer la prof de latin ma formidable collègue de lettres classiques, qui profite de cette note de bas de page pour rappeler qu'elle enseigne également le français, non mais alors ! Bref, comme elle l'a fait remarquer, là, ça ne rime pas. 

 

4. Muse de l'art lyrique et muse de la musique.

 

5. Dans un endroit censuré par ma décence naturelle selon les syndicats, dans le Journal Officiel selon la police.

 

6. Muse de la danse.

 

7. Muse de la comédie.

 

8. entre les toilettes publiques et le container à verre selon la police, du jardin du Luxembourg au jardin des Plantes selon les syndicats. 

 

9. Muse de la rhétorique.

 

10. Muse de l'astrologie/de l'astronomie.

 

11. 65 000 selon la police, 300 000 selon les syndicats.

 

12. 997 000 selon la police (pour éviter de dire un million), 3 millions selon les syndicats (c'est joli, ça tombe rond). 

 

13. Muse de l'histoire, donc.

 

14. Muse de la tragédie.

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 07:45

bozo

 

 

  Hier soir, ô joie, ô bonne humeur, réunion de 2 heures sur le socle commun. Autant vous dire qu'après mes 7 heures de cours et ma demi-heure pour déjeuner le midi, j'étais remonté comme un coucou suisse. Pour vous, adorés lecteurs et adorables lectrices, voici le résultat du process1. Profitez en attendant des bâtonnets glacés dont Monsieur Dimanche fait la distribution.

 

 

  S'il n'y avait qu'une chose à retenir de la soirée, c'est cette injonction de not'bon'chef : « soyez libres !» Pas de soucis, boss, c'est le genre de conseil que j'aime bien suivre.

 

  Pourtant, tout avait fort mal commencé, avec la distribution d'un papier recto/verso entièrement écrit en caractères gras présentant les résultats de la réflexion de nos deux têtes pensantes sur la question. Les têtes pensantes susdites ayant apparemment eu sous les yeux la version ultra-détaillée du livret de compétences, nous découvrions un nombre d'items à faire pâlir même le plus brave des pédagogistes : 94 items pour la maîtrise de la langue française, par exemple, et même un total de 221 items (!) concernant les éléments de mathématiques et de culture scientifique et technologique, excusez du peu. Je fais un rapide calcul dans ma tête également pensante (même si après 7 heures de cours, le roseau pensant que je suis à tendance à plier sévère) : 94 x 4 classes x 25 élèves = où est ma calculatrice ?

 

  Le papier se poursuit par une jolie définition des compétences (où je retrouve les trois mousquetaires connaissances, capacités et attitudes), par diverses infos sur le livret et la validation (mais là, je dois dire, je suis déjà au point) et enfin, in cauda venenum, par une partie au titre inquiétant : « Quelle est la méthodologie exacte au collège Jean-Baptiste Poquelin ?2»   

 

 

  Et là, notre direction se pose de graves questions, et nous fait part de ses pensées les plus secrètes :

 

  • « Est-il possible de travailler chacun seul dans son coin ? → nous pensons à la direction que ce serait dommage. »

Mieux vaut en effet forcer les gens à travailler ensemble et à faire des réunions bonus, c'est tellement plus convivial…3

 

  • « Est-il possible que certains items soient validés par n'importe lequel d'entre nous ? → nous pensons que c'est effectivement possible. »

C'est le prof d'Arts Plastiques qui va être content de valder l'item « savoir nager » !

 

  • « Est-il judicieux de se répartir le travail de manière trop précise ? → nous n'en sommes pas convaincus.»

Un bon flou artistique générateur de saines empoignades et de vivifiantes gueulantes car rien n'est validé est effectivement beaucoup plus convaincant.

 

  • « Est-ce une occasion de se faire confiance, de pouvoir enfin avancer de manière transdisciplinaire et en équipe ? → nous pensons que oui.»

Chers collègues, vous qui cherchiez un bon exemple pour parler à vos élèves des questions rhétoriques, vous pouvez remercier ma direction de vous fournir la mère de toutes les questions rhétoriques. C'est y pas beau ?

 

  Mais ce n'est pas fini ! Apparemment, il leur faudrait 2 collègues pour valider un item (je multiplie alors dans ma tête décidément fatiguée par 2 le résultat que je n'ai pas cherché à calculer de la multiplication précédente) ! 

 

 

  Et là, mes collègues prennent la parole. Et ils sont bien, mes collègues ! Temps de réunionnite, ras-des-pâquerettitude du socle, attaque en règle de l'ineptie que la chose constitue déjà en primaire, tout y passe. Deutschlehrerin4 synthétise magnifiquement et efficacement le ressenti global : « Mais ça ne sert à rien ! » 

 

  Le principal adjoint, très nouvelle pensée pédago (en même temps, on nous les forme tous comme ça, ces temps-ci, hélas !) tente de nous faire le numéro des ch'tits nenfants en difficulté que les compétences vont miraculeusement sortir de l'eau croupie dans laquelle ils baignent, là où les méchantes notes vicieuses et fourbes s'attachaient à sa cheville telles un boulet de 2,5 tonnes. Oui, remplaçons ce doigt accusateur de Dieu que constitue un 0/20 en dictée accompagné de la lapidaire appréciation « peut mieux faire »5 par la bienveillance de la compétence nourricière qu'on s'arrangera pour lui valider de toute manière, in fine ! Il n'en sera certes pas meilleur en orthographe, mais au moins il aura pu développer son esprit critique en voyant qu'on le prend pour un con à lui dire qu'il maîtrise tout un tas de très jolies compétences. Un collègue d'histoire passablement agacé — et on le comprend — envoie quelques répliques bien senties à notre défenseur des enfants opprimés par les notes. Le principal fait alors comme si son adjoint n'avait rien dit : d'ailleurs, on ne l'entendra plus jusqu'à la fin de la réunion. 

 

  C'est là que not'bon'chef, qui a oublié d'être obtus, se rend compte que bon, la transdisciplinarité imposée sous forme de multiples réunions de toutes les équipes sous toutes leurs formes — en triangle, en cœur, en carreau, en pique, en trèfle, envol6 — ne semble pas déchaîner les foules (ou alors pas dans le sens espéré) et change donc son fusil d'épaule. Alors que le fait de se répartir les compétences de façon trop précise était apparemment une mauvaise idée, il affirme nettement à propos du tableau de répartition que nous avions fait l'année dernière que c'est « un travail remarquable ». Alors qu'il fallait apparemment se réunir, se répartir les choses pour chaque classe (là, mon collègue d'Arts Plastiques qui a 19 classes a pâli), se reréunir trois ou quatre fois, finalement, il se dit que le faire en conseil de classe, ça a l'air très bien.

  De toute façon, ce qui lui importe, apparemment, c'est le « process7 » et la « communication institutionnelle » : le problème était que « nous ne sommes pas capables de nous mettre d'accord sur des process », qu'il faut faire « des étapes dans le process » et surtout, surtout, qu'avec les parents, « on sera très clair sur les process ». On définit donc un process de communication institutionnelle : on dit aux parents qu'on est au top et qu'on valide de façon formidable, et en interne, on utilise notre « travail remarquable » pour valider pépère et sans se prendre le chou !

 

  Bref, on fait du théâtre. Ça tombe bien : ça, je sais faire.

 

 

 


1. Barbare anglicisme dont il se sera question au cours de cet article, vous verrez…

 

2. Puisque j'ai affublé mes élèves les plus amusants de prénoms moliéresques sur ce blog, autant continuer dans le thème…

 

3. les commentaires ironiques, narquois et de mauvais esprit sont de moi : vous me connaissez, maintenant…

 

4. La prof d'allemand, quoi ! 

 

5. Il l'a vraiment dit sans rire. Au passage, on remarquera que lorsque l'on veut taper sur le principe de la notation, c'est toujours le zéro en dictée qui est sollicité comme exemple évident et indépassable de la nocivité de la chose. On ne s'interrogera en revanche jamais sur les causes qui font que beaucoup d'élèves ont des zéros en dictée à partir du moment où la dictée en question présente autre chose que 3 lignes de Oui-Oui et la voiture magique. J'ai bien une piste — la généralisation de l'enseignement par compétences débiles au primaire — mais je sens que je ne suis pas très tendance, là…

 

6. Offre spéciale : un item validé à la première personne qui verra la référence ! 

 

7. Je vous avait bien dit qu'on en reparlerait !

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 08:35

dalai-lama

 

 

  Le Blog Je Suis en retard ne recule devant rien et vous propose non pas une, mais bien trois prérentrées différentes et toutes plus croustillantes les unes que les autres. N'étant pas sur trois établissements, l'auteur de ce blog s'est donc attaché les services de deux collaboratrices de qualité qui vous narreront dans les jours qui viennent des situations inattendues, des déchaînements de passions, des Sturm und Drang directionnels et syndicaux. Mais pour éviter de vous faire trépigner d'impatience, voilà la prérentrée de l'hôte de ces lieux.


 

Prérentrée de Celeborn : « J'ai envie de donner la parole au Dalaï-Lama…»

 

  Nouvelle direction, nouveau CPE1 : on s'attendait à des changements et l'on n'a pas été déçu. Si apparemment le CPE a su conquérir le cœur de mes collègues professeurs principaux2 en réunion à grands coups de « je ne serai pas apprécié par les élèves », de « vous me l'envoyez et je le garde dans mon bureau » et de « Il appelle ses parents devant moi pour leur dire qu'il était en retard en cours » (effectivement, je comprends qu'on puisse tomber amoureux), notre nouveau principal, lui, a laissé une impression nettement plus originale. Costume cravate et santiags, long discours effectuant des tours et des retours entre des sujets aussi divers qu'imprévus, citationnite aussi carabinée qu'éclectique, cours d'histoire : ça valait le déplacement.

 

  Après nous avoir appris que nous étions des « chevilles ouvrières », not'bon'chef a regretté la perte de « nos valeurs villageoises » (quand le reverra-t-on, notre petit village, et en quelle saison ?), tout en donnant la parole « au Dalaï-Lama » alors qu'il nous avait pourtant fait cette confession traumatisante : « Je ne suis pas non plus un yogi.» 

 

  Ensuite, petit jeu de rôle : il se met dans la peau de parents énervés (« tes profs sont des connards !»), puis nous avons droit à de grandes questions sur notre métier (« Jules Ferry, c'était quoi ?», « Et la pédagogie, pour moi, c'est quoi ? ») et à des apophtegmes profonds tels que « Il faut une vie pour construire une vie ; il faut cinq minutes pour la détruire » et surtout tels que « Le chemin de la satisfaction se fait sur la route de Saint Jacques de Compostelle ».

 

  Nous n'échappons hélas pas à l'éternel poncif selon lequel, s'il écoute certes les professeurs, il accorde néanmoins « tout autant d'attention à la parole de l'enfant et à celle des parents », mais nous avons heureusement, droit, pour compenser, à des choses plus originales telles qu'un magnifique « Ça ne veut pas dire que je n'aime pas la vie, que je ne sois pas un jouisseur ». Nous voilà rassurés ! 

 

  Nous sommes ravis au passage d'apprendre que nous avons obtenus un pourcentage de réussite au brevet qui n'est pas sans rappeler un score d'élection dans une démocratie populaire, et également que l'ULIS3 revient (j'espère qu'elle a fait un beau voyage) pour remplacer l'UPI4 qui n'avait pourtant même pas encore eu le temps d'être créée. Ah ! la magie des sigles de l'Éduc'Nat aura encore enchanté notre journée !

 

  Demain ou samedi, vous aurez droit à la prérentrée nettement plus « funky » de ma collègue Ava ! Stay tuned ! 

 

 

 


1. Conseiller Principal d'Éducation. À noter qu'il ne conseille personne, d'où son titre. À côté de la logique de l'Éduc'Nat', les voies de Dieu sont des autoroutes.

 

2. Un professeur principal est quelqu'un touchant une prime dérisoire afin de pouvoir être taillable et corvéable à merci. On lui demandera de tout coordonner, de faire des tas de réunions, des heures de vie de classe (rien qu'en voyant cette expression, j'ai envie de pendre un pédagogiste), de valider tout ce qui reste, d'écouter les lamentations de tout le monde, de faire un tas d'autres réunions, de se charger de la rentrée de la classe, de tout expliquer, de tout arranger, de tout comprendre, et aussi de faire des réunions. Accessoirement, il enseignera sa matière, s'il lui reste du temps.

 

3. Unité Localisée pour l'Inclusion Scolaire, qui remplace donc à cette rentrée…

 

4. … l'Unité Pédagogique d'Intégration. Ça valait le coup de changer de sigle !  

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21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 21:33

bella-edward-locker

 

 

 … dans un instant, ça va recommencer !

 

  C'était bien beau, les vacances, le soleil, la piscine, les restaurants exquis, les jeux de société à pas d'heure, les sirotages de verres à la terrasse d'un café d'une ville du sud, il va falloir s'y remettre. Et cette année, la programmation a de quoi vous allécher, chers lecteurs et divines lectrices ! Jugez du peu :

 

 

  • Des 4e !!! Oui, le niveau que tout le monde aime, les classes remplies d'adolescents très très adolescents ! Seront-ils sensibles aux subtilités de la nouvelle maupassantienne, à l'ironie voltairienne et à la lourdeur rousseauiste ? Au bout de combien de secondes consacrées à l'étude de la figure du vampire sera-t-il fait mention de Twilight ? Dracula est-il plus sexy qu'Edward Cullen ? Qui de Bella ou d'une élève moyenne de 4e est la plus cruche ? 

 

  • L'option découverte professionnelle 2 heures par semaine ! Votre prof de français habitué à évoluer au pays des merveilles va-t-il survivre au pays du réel bien pragmatique, face à des doses massives de fiches-métiers, de visites du site web de l'ONISEP et de questions sur l'orientation ? Que répondra le professeur face à l'élève dont le projet professionnel est de devenir vampire ? 

 

  • La préparation de l'agrégation interne !!! Serai-je en retard le jour des épreuves ? Comprendrai-je quelque chose à l'épuisement poétique chez Rimbaud, à la nébulosité néo-romanesque de Robbe-Grillet et à la négritude épique et néanmoins obscure d'Aimé Césaire ? Parviendrai-je à rédiger une composition de didactique sans faire preuve de masochisme ? Arriverai-je à parler de la symbolique vampirique de la couleur à propos du titre du film Le Cercle rouge, ou bien conserverai-je le thème du vampirisme pour une analyse osée des « deux trous rouges au côté droit » dont est pourvu « Le Dormeur du val » de l'ami Arthur ? 

 

  • Une nouvelle mise en scène ! Giraudoux subira-t-il le même sort que Molière ? La folle de Chaillot se déhanchera-t-elle sur Girls wanna have fun ? qui du metteur en scène et des acteurs vampirisera l'autre ?

 

 

Prérentrée le 1er septembre ! Ne manquez pas le spectacle 2010/2011 : + d'action, + de suspense, + d'émotions, et — vous l'aurez compris — + de vampires !

 

 

Programme fourni sous toutes réserves, des modifications dues au bon ou mauvais vouloir de l'ancienne (pour le mauvais) ou de la nouvelle (on espère pour le bon) direction étant toujours possibles.

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7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 15:13

VANITE La Madeleine à la veilleuse de Georges de La Tour G

 

 

  Ça me pendait au nez. Volonté de lutter contre l'imbécilité, engagement, syndicalisme, ouverture de ma grande bouche, investissement, responsabilités… Tous les ingrédients étaient réunis et ça n'a donc pas manqué.


  Je m'en suis pris plein la gueule.


  J'écris cet article le cœur encore rempli de désillusions. J'avais envisagé mon métier comme quelque chose de passionnant, de constructif et de cordial.

  Ces derniers temps, il fut davantage passionné que passionnant : chantage, pressions, mensonges, persiflages et coups en douce ont été le quotidien de mon ultime semaine de cours (pour cette année. Rassurez-vous, je reviens l'année prochaine, et j'aurai retrouvé mon humour d'ici-là). 

  Ces derniers temps, il fut davantage destructeur que constructif : passer du temps à établir des répartitions de service pour des prunes est un travail fascinant. Proposer de faire bloc tout en mettant en place la rhétorique du bouc émissaire est un intéressant paradoxe.

  Ces derniers temps, il ne fut pas cordial. J'élève à un très haut rang des qualités telles que la politesse, la courtoisie, l'aménité, la bienveillance. J'essaie — peut-être échoué-je ? — d'en tenir compte tant que faire se peut dans mes rapports professionnels, qu'ils soient hiérarchiques ou entre pairs. Et j'en ai un peu marre de me prendre des retours moralisateurs, faussement sympathiques ou vraiment désagréables.


  J'espère de tout cœur que ce blog aura su vous plaire et vous amuser tout au long de l'année scolaire. Il m'a fallu beaucoup d'humour et de dérision pour ne pas y laisser transparaître l'année abominable que j'ai vécue, à peu près sur tous les plans. Je croyais que le plan professionnel avait échappé à la malédiction : il en a été le point d'orgue.

  Navré donc, pour une fois, de m'épancher. Cela ne se reproduira plus. Je repasserai bien vite de l'autre côté du miroir pour vous gratifier, à la rentrée, d'une nouvelle description amusée et je l'espère amusante du pays des merveilles dans lequel j'évolue. En attendant, je vous souhaite à tous de bonnes vacances, reposantes et agréables, et je me souhaite de savoir faire preuve de la qualité mentionnée dans le titre de cet article. 

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 18:20

 

DonaldDuck    

 

 

  Scène de ménage à la cantine autour d'un magret de canard (pas excellent, d'ailleurs, mais bon, c'est la cantine) ! Les paroles sont évidemment fidèles… à l'esprit de la discussion, même si toute ressemblance est — cela va de soi — complètement fortuite et que je me suis donné le beau rôle (vous me connaissez) !


 

M'SIEUR CELEBORN, dialoguant avec l'équipe de direction au grand complet : Pour quand c'est qu'on doit vous rendre les feuilles pour vous présenter les projets qu'on envisage de mener l'année prochaine ?

 

PRINCIPALE, dénervant son magret : Le plus vite possible, m'sieur Celeborn, bien entendu ! Il est bien dur, ce canard…

 

M'SIEUR CELEBORN, profitant du sujet de conversation habilement trouvé : Parce que j'envisage un projet avec une collègue formidable sur les vampires. On veut leur faire écrire des nouvelles.

 

PRINCIPALE ADJOINTE, l'œil luisant depuis qu'elle a entendu le mot "projet" : Vous pourrez envisager d'y inclure plein de compétences du socle, hein !

 

M'SIEUR CELEBORN, pensant naïvement qu'elle plaisante : Oh ! vous savez, j'ai marqué "histoire des arts" et "TICE" sur la fiche de présentation ! (sourire second degré entendu)

 

PRINCIPALE ADJOINTE, qui n'a visiblement pas écouté le sourire entendu : Certes, mais le socle commun, m'sieur Celeborn, pensez aux compétences ! 

 

PRINCIPALE, énervée du dénervage : Non, vraiment, ce canard, pas terrible.

 

PRINCIPALE ADJOINTE, propulsée à 300 km/h sur sa rampe de lancement favorite : Et puis le professeur d'arts plastiques pourrait leur faire illustrer leurs histoires ! 

 

M'SIEUR CELEBORN, se disant qu'il aurait mieux fait de ne pas trouver de sujet de conversation : Oh ! mais il fera ce qu'il voudra, le professeur d'arts plastiques…

 

PRINCIPALE ADJOINTE, faisant voler des morceaux de magret sous le coup de l'exaltation : Et le professeur de technologie pourra les faire travailler sur l'ordinateur ! 

 

M'SIEUR CELEBORN, avisant que le professeur de technologie susdit est à la table : Techno-man, je suis sûr que ça te motive grave, là ! 

 

TECHNO-MAN, mais pourquoi il m'inclut dans la conversation, ce con ? : On m'a pas consulté.

 

M'SIEUR CELEBORN, le désincluant aussitôt afin de ne pas subir la malédiction de la session qui ne s'ouvre plus ou du mot de passe modifié à l'insu de son plein gré : Quoi qu'il en soit, Principale Adjointe, je préfère qu'on soit deux, et les autres peuvent se greffer s'ils le veulent ensuite…

 

PRINCIPALE, en plein couac : Mais ils l'ont trouvé où, ce canard ?

 

PRINCIPALE ADJOINTE, greffant des profs sur des projets comme d'autres collent deux bouts de pâte à modeler ensemble : Vous avez raison, c'est nettement plus moteur de lancer le projet à peu, et c'est moins compliqué pour faire les emplois du temps. Comme ça, ensuite, les autres professeurs participeront d'eux-mêmes.


M'SIEUR CELEBORN, car nous voulons la nuance encore : Oui, enfin… Ils pourront y participer s'ils le désirent.


PRINCIPALE ADJOINTE, la nu… quoi ? : Non non, ils participeront ! 


PRINCIPALE, volant dans les plumes du chef : Bon, eh bien ce canard, c'était pas ça.


M'SIEUR CELEBORN, pas la couleur, rien que la nuance : Ils sont libres de participer s'ils veulent participer, et libres de ne pas participer s'ils ne le veulent pas. Chacun a sa liberté pédagogique, n'est-ce pas ?


PRINCIPALE ADJOINTE, jaune fluo, bleu pétard et rose fuchsia en même temps : Ah non, m'sieur Celeborn ! La liberté pédagogique, à d'autres !


Et c'est à ce moment-là que je me dis que la principale avait bien raison de parler du canard…

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 10:23

 

 

systeme-geocentrique

 

 

Ma Dalton fait feu au conseil des 5e Lucky Luke

 

« Alors, m'sieur ? Ce conseil de classe avec Ma Dalton ? Vous avez sorti votre winchester ? »

Eh bien non, Ariste... Mais rassurez-vous,, il y a quand même eu du spectacle !

 

  Quel bilan tirer de ce conseil ? Ma Dalton a été infecte tout du long, crachant son fiel et déversant son venin (ou l'inverse) sur tout ce qui ressemblait, de près ou de loin, à un enseignant. Elle avait le visage joyeux d'un Droopy dépressif (en nettement plus énervé cependant) et la cordialité des portes de prison. Quand nous avons traité le cas de Joe Dalton, elle est tombée abraracourcix (je mélange mes BD franco-belges, là, non... ?) sur la dame des SVT, lui reprochant pêle-mêle le manque de notes dans la matière (« Vous savez, on n'a qu'une heure et demie par semaine... »), notamment concernant les contrôles (« il était absent ce jour-là car il avait une compétition de golf, et je n'ai pu le faire rattraper la fois suivante »), et surtout sa très basse note en exposé (« Il a fait un hors-sujet complet »).

 

  Ah ! salauds de profs, qui mettent 10/20 à un exposé hors-sujet sans donner la possibilité à l'élève de se rattraper au contrôle intentionnellement placé le jour de sa compétition de golf ! Les vils, les fourbes, les ordures ! Détruisons les fleurs et les petits oiseaux, que les profs de SVT se retrouvent au chômage technique !  

  Et c'est donc sous son nez fumant de rage que Ma a vu les félicitations de son fils passer (en fait, le bulletin présentait 4 remarques négatives, et personne n'aurait jamais eu 'l'idée de féliciter ça).

 

  Mais Ma n'en avait pas fini. Alors que nous débattions du cas de Calamity Jane junior, déléguée de son état et donc présente, my dear colleague (la prof d'anglais, quoi...) points out l'opportunity d'un warning for misbehaviour. Ma Dalton éructe : Calamity John et Calamity Jane seniors ont-ils été avertis des problèmes de comportement de leur fille par l'intermédiaire du saint carnet de correspondance ? Alas ! my dear colleague has indeed écriven une note dans le correspondance carnet, said she. Avertissement, élève en pleurs, ambiance top délire à son paroxysme.

 

(Et là, revoyons les actions de Ma Dalton au ralenti, grâce au regard aiguisé d'orbitus de lynxi, ma collega de latini.)

  Ma Dalton, fort agaça, demande discrètement à Calamity Jane junior son carnetum de correspondanci, pour vérifier si les collegui ont bien écrit des remarquae sur son comportemento. En plein conseillum ! O tempora, o mores !1 Quo usque tandem abutere, Ma Dalton, patientia nostra ?2 Caterva carissima mea Lapides Provolventes est !3   

 

  Effectivement, là, rien ne va plus, et on aurait envie de dire à la mère Dalton de s'investir dans un club de tricot plutôt que dans une fédération de parents d'élèves. Mais laissons un peu Ma Dalton de côté, et concluons.

 

 

Bilan

 

  Au final, les parents pourraient nous apporter beaucoup, et certains le font. Mais ils ne nous apportent qu'en jouant leur rôle de parents, consciencieux, informés, solidaires avec nous dans la volonté de transformer  leur gremlin en adulte réfléchi et responsable. Il n'est rien de pire que des parents qui nous tirent dans les pattes, quand bien même ils n'auraient pas totalement tort. La construction de notre autorité est à ce prix : le professeur le plus cultivé et le plus pédagogue peut finalement peu de choses face au discours anti-scolaire d'un père ou d'une mère, et se retouve bien vite dans l'impasse. Sans le soutien des parents — fût-il uniquement silencieux — nous ne pouvons rien ou presque.

 

  En ce qui concerne le poids sans cesse accru du rôle des parents dans les instances des établissements scolaires, je n'y vois aucun avantage (les inconvénients, eux, me sautent au yeux). En conseil de classe, au mieux ils se taisent, car dès qu'ils parlent, généralement, c'est insupportable. En conseil d'administration, ils n'ont d'intérêt que lorsque leur métier leur donne une compétence spéciale dans un domaine précis, ce qui n'arrive pas tous les jours. En conseil de discipline, ils transforment l'instance en mauvais procès, jouant quasi-automatiquement le rôle d'avocats de la défense larmoyants et remplis à ras-bord de philosophie du care, nous plaçant instantanément dans la robe tellement agréable à endosser du procureur, psychorigide et méchant si possible (et ce même quand, au final, ils votent l'exclusion...). 

 

  Nos mondes fonctionnent à mon sens de façon nettement plus harmonieuse quand ils sont clairement séparés, et que chacun fait sérieusement son travail. Mais comme il y a des ratés dans les deux mondes (parents débordés, démissionnaires, ou tout simplement vraiment mauvais ; profs inadaptés, mal formés, ou qui auraient mieux fait d'embrasser une autre carrière), on a dû se dire qu'en mettant les parents à l'école, on les impliquerait davantage dans l'éducation de leur enfant, et qu'on contrôlerait en retour les dérives des enseignants de façon efficace. C'est évidemment l'inverse qui s'est produit : les parents très valables et très motivés que nous croisons parfois en réunion ne peuvent finalement rien faire contre les dysfonctionnements de l'école ; en revanche, les parents chiants ont les coudées franches pour la faire dysfonctionner bien davanatage encore. Les bons parents n'aideront pas beaucoup les mauvais enseignants ; les mauvais parents, eux, desserviront même les bons professeurs. En mettant l'élève au centre et les parents en satellite, nous avons, une fois encore, tout cassé dans le système s(c)olaire.

 

 


1. Ô temps, ô moeurs ! (Cicéron)

2. Jusqu'à quand, Ma Dalton, abuseras-tu de notre patience ? (Cicéron... ou presque)

3. Mon groupe préféré, c'est les Rolling Stones ! (Cicéron... ou pas) 

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27 mars 2010 6 27 /03 /mars /2010 09:58

coloriage-lucky-luke-20-source vka 

 

... car les élèves, je m'en charge.

Tragi-comédie en beaucoup, mais alors là vraiment beaucoup trop d'actes. 

  Suite à mon article sur le rôle que jouent les parents d'élèves dans nos vies et dans nos beaux établissements scolaires, voici un cas concret. Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé (mais je crois que personne n'est mort depuis) est évidemment volontaire, mais, vous le verrez, les noms des protagonistes ont été habilement maquillés !  




Acte I, il y a quelques semaines

  Joe Dalton et Rantanplan, deux élèves au demeurant de bon niveau et néanmoins voisins, sont depuis quelques temps suspectés de tricherie en interrogations de conjugaison par leur terrible professeur, moi-même. Une dernière faute commune tout à fait invraisemblable pour qui n'a pas lorgné sur la faute du voisin achève de les confondre. Mis devant le fait accompli, ils avouent sans aucun problème et fort sobrement, précisent qu'ils se sont aidés mutuellement sur plusieurs interrogations ce trimestre. Ils donnent une estimation de leurs méfaits à mon avis + proche des chiffres de la police que de ceux du SNES un jour de manif' : 3 interrogations. Ne souhaitant pas m'apesantir, je remplace 3 de leurs notes sur 5 par un zéro, et mets une heure de retenue aux deux loustics pour leur rappeler les vertus éducatives du travail supplémentaire quand on l'a bien mérité.


  Dans un monde idéal, l'histoire se serait arrêtée là, et vous pesteriez devant cet article de blog ma foi fort court et peu intéressant. Mais le monde de l'Educ'Nat' n'est pas un monde idéal : c'est le far-west !  


Acte II, un  beau matin

  Joe Dalton et Rantanplan viennent accomplir leur devoir sacré dans ma salle, annexe personnelle de la vie scolaire quand ça me chante. Et là, sur le carnet de Joe, à la page des retenues, les jolies cases prévues par la CPE pour le corriger de ses méfaits futurs sont couvertes d'une écriture bi-parentale dont le contenu est fort peu amène envers mes pratiques éducatives. Joe ne peut avoir triché car il travaille sérieusemement et n'a pas besoin de ça pour avoir de bons résultats. Le fait de lui avoir mis 3 zéros ne saurait donc que le braquer, puisque la psychologie adolescente n'est pas suffisamment ferme et stable pour comprendre et supporter de telles malversations professorales. D'ailleurs, si Rantanplan, la bête immonde dont vient tout le mal, voulait bien se dénoncer, ça arrangerait tout le monde. Non mais !


Acte III, le midi du matin de l'acte II 

  Fin de cours avec la classe de 5e Lucky Luke. Joe et Rantanplan, invités à un pince-fesse sans petits fours en fin d'heure par myself, maintiennent leur version de triche mutuelle (avec explication quasi Laroussienne de la dimension mutuelle de l'acte). Rantanplan s'esbaudit : ses parents ont trouvé tout à fait justifié ce qui lui est arrivé. Joe, nullement traumatisé, affirme nettement qu'il n'est pas stupide et qu'il a bien compris pourquoi on lui mettait zéro quand il trichait. Rantanplan sort, Joe ne change pas de version.
  Le fourbe professeur, afin d'avertir Ma et Pa Dalton, lui propose alors, puisque toutes les personnes présentes (2) dans la salle sont d'accord sur tout, de l'écrire. Joe se fend d'un mot rapide où il signale l'aspect mutuel du comportement répréhensible, ainsi que la claire conscience qu'il a du fait que tricher c'est pas bien et qu'ça mérite zéro. Le professeur décline donc la demande de rendez-vous des géniteurs vu que la version est confirmée et que Joe ne semble pas sur le point de s'ouvrir les veines une fois le seuil du saloon de français franchi. Joe signale en sortant que ses parents graphomanes ont, en plus de la diatribe gravée sur la page des retenues susdite, mitonné une bafouille qui devrait se trouver dans la boîte aux lettres de la salle des professeurs.


Acte IV, le même midi, mais après avoir déjeuné

  La bafouille est bien dans la boîte, mais l'affaire, elle, n'est pas dans le sac. Dans l'enveloppe, une jolie lettre dactylographiée de 3 paragraphes avec en-tête, formule de politesse et signatures. Ma et Pa Dalton y développent les quelques idées délicatement esquissées dans le carnet afin de leur donner leur pleine mesure. D'ailleurs, allez savoir, peut-être cette tricherie n'a-t-elle jamais eu lieu. En tous les cas, un adolescent, c'est fragile, surtout quand on lui change ses notes pour les remplacer par des bulles. L'enseignant a-t-il vraiment mesuré la portée de son terrible geste vengeur ? Ma et Pa paraissent dubitatifs à ce sujet. La lettre circule en salle des profs : y'a pas de raison de pas faire profiter les collègues des dernières théories en cours en psychologie de l'adolescent. C'est pas en formation du PAF1 qu'on en apprendrait autant.


Acte V, même jour, 17h 

  Ma CPE déboule en salle des profs : Ma Dalton est là, carabine à la main, et demande à l'enseignant de la recevoir dans le cadre des fameuses consultations sans rendez-vous du lundi. Elle n'a pas l'air contente (cece est une litote). Malheureusement pour son mécontentement, je n'ai pas que ça à faire : un autre rendez-vous m'attend — tout le monde sauf elle sait que les consultations sans rendez-vous du lundi sont une légende urbaine — et quand bien même, la vie est une chienne. Ma Dalton laisse à ma CPE un choix dans la date2 pour que le professeur puisse subir son juste courroux.


Entracte

 


Teaser :
- le professeur recevra-t-il Ma Dalton ?
- la principale adjointe assistera-t-elle au possible rendez-vous ?
- mais qui de Ma Dalton ou de mézigue préviendra l'administration le premier ?
- et le conseil de classe de la 5e Lucky Luke de vendredi soir, comment va-t-il donc se passer sachant que Ma Dalton est déléguée parent ? Les petits gâteaux proposés par la PP3 voleront-ils au travers de la salle ? Etudiera-t-on le cas du dernier élève avant que la gardienne nous foute dehors car elle doit nourrir son Gremlin avant que minuit ne sonne ?




Acte VI, voiture de la PP, le lendemain

  Ayant l'honneur d'être véhiculé par la PP de la 5e Lucky Luke, je lui narre les événements avec force détails. Bon, en fait, je lui avais déjà tout narré la veille par téléphone (vous verrez, chers lecteurs aimés, que le téléphone sera le fil conducteur de la journée, si j'ose un archaïsme téléphonique aussi absurde qu'un téléphone filaire peut l'être), mais j'aime renarrer. La PP étant également une amie, aucun souci de ce côté, au contraire. C'est bon de se sentir soutenu et approuvé dans son ire professionnelle.


Acte VII, juste après

  Arrivant sur mon lieu de travail, je découvre non seulement les propositions de rendez-vous de Ma Dalton dont ma CPE m'avait fait miroiter la présence dans ma mangeoire4, mais également un papier-bonus (youpi !). Renseignements pris, Pa Dalton, sans doute fâché que l'irresponsable pédagogue ait échappé au fusil familial la veille, en avait remis une couche téléphonique, et veut vraiment qu'impérativement on le rappelle sans délai et de toute urgence. Et là maintenant tout de suite sur le moment à l'instant, tant qu'à faire. Ma CPE, toute tourneboulée, me décrit sa rencontre avec les parents Dalton (rencontre de visu avec Ma, et de telephonu avec Pa) dans des termes qui feraient passer Charybde et Scylla pour Joe le rigolo et sa cousine Heidi, celle avec des nattes et qui sent bon l'air pur des montagnes jolies de mon enfance hélas bien loin déjà, et tout ça ne nous rajeunit pas... Je sens donc que le grand moment est arrivé : lettre sous le bras, fleur au fusil et espoir en bandoulière, je me dirige après la récréation vers l'antre de mon chef d'établissement...


Acte VIII, dans l'antre du CdE

Au fait, si vous aussi vous trouvez qu'une tragi-comédie qui dépasse 5 actes, c'est n'importe quoi, sachez que je suis bien d'accord avec vous !

  On y est. J'expose. Tu lis la lettre. Elle écoute. Nous devisons. Vous voulez un café ? Bref : ils en parlent (on m'annonce que la situation d'énonciation vient à l'instant de porter plainte contre moi pour ces phrases aberrantes. Zut ! encore un problème à régler !). C'est un mélange de figue et de raisin, un ménagement de la chèvre et du chou sur certains points, mais un bon soutien de forme tout de même parce-que-ces-parents-vraiment-ils-nous-font-ch..., c'est déjà ça de pris. Après moultes errances — il faudrait la recevoir... ou alors une lettre claire.... oui ou alors on la reçoit ensemble — la CdE, consciente que le thème du jour, décidément, c'est le téléphone, propose de prendre l'affaire sur son dos qui a déjà porté de plus lourds fardeaux, et donc d'appeler Ma Dalton dans la journée.
  Mais se pose la question de la sanction donnée. Etait-ce vraiment la peine de mettre 3 zéros à des élèves qu'on n'a surpris à tricher qu'une seule fois, sur la seule base de leurs déclarations (on ne dira jamais la fourberie de ces élèves qui mentent dans leurs aveux) ? N'est-ce pas pousser le bouchon un peu loin, m'sieur Celeborn ? Surtout des bons petits comme ça, quand on voit les enfants sauvages qui rôdent dans les couloirs de nos jours et posent des pièges à ours derrière la porte de l'infirmerie ou sous le bureau de la COP5, je vous demande un peu. Alors dites-moi, prof de français de mon coeur, ces zéros catégoriques, est-ce que ça leur change beaucoup leur moyenne ? Non ? alors ça ira, je gère la mère. Mais donnez-moi les chiffres, m'sieur Celeborn ; le chiffres, y'a qu'ça de vrai, y'a pas d'autres certitudes de nos jours.


Acte IX, devant YoupiNotes6

  Ah tiens ! ça lui fait 1 point de moyenne en moins, à Joe, quand même... Comme quoi, ces petites interrogations de conjugaison, ce n'est pas juse décoratif !


Acte X, back dans l'antre

  Ah oui ? 1 point quand même, m'sieur Celeborn ? Mon bel argument pour Ma Dalton qui s'envole !
  Bref, après de multiples tergiversations (couronnées d'un avis du public appel à l'opinion éclairée de la principale adjointe), nous en arrivons à la solution de compromis non compromettant suivante (tout un art) : on garde le zéro qu'il est bien mérité, et, pour montrer notre bienveillance envers un élève qui a — mais comment avez-vous accompli ce miracle, m'sieur Celeborn, au fait ? — avoué son péché, on fait disparaître les deux autres zéros, sans pour autant lui remettre ses bonnes notes d'avant. La vie est une éternelle surprise : on se retourne à peine une seconde, et pouf ! une interro de conjugaison s'évanouit de votre bulletin. Le différentiel moyennesque est supportable, le prof conforté tout en ayant montré qu'il sait faire preuve d'intelligence, bref : la CdE va pouvoir appeler Ma Dalton.


Acte XI, après-midi

  Re-re-re-re-re-bonjour, m'sieur Celeborn ! Mère appelée, problème réglé, regardez comme la vie est belle et comme les oiseaux chantent dans les arbres dont la cour ne dispose pas ! Ah ! le gai rossignol et le merle moqueur, mais je m'égara (faubourg de Carthage)... asseyez-vous donc. Tout de même, ce bon élève, il ne trichait pas ce qui s'appelle tricher. C'est un bon élève : il cherchait simplement à SE RASSURER. Et vous lui avez quand même collé 6 coups de bâton pour ça :
1) 1 zéro
2) un 2e zéro
3) un 3e zéro (la, le professeur que je suis se dit qu'il aurait compté autrement, mais bon,voyons les trois autres...)
4) une heure de retenue
5) la note de vie scolaire, petit coquin que vous êtes, je suis sûr que vous me l'avez baissée dans votre partie "attitude en classe" (pfff... elle me connaît trop bien !)
6) oh la jolie appréciation dans le bulletin !

  Bref, après un coup de compétence diplomatie +10 dans l'appréciation susdite (de l'art de dire la même chose sans prononcer un mot de la famille du verbe tricher), la journée s'achève sur le bilan suivant :

- Joe a été bien sanctionné, mais sans trop faire baisser sa moyenne quand même. L'heure de retenue ayant été faite, elle n'est plus à défaire.
- Ma Dalton a été pour le moment calmée ; pourvou que ça doure !
(spoiler : ça n'a pas douré !)
- Mézigue a mis de l'eau dans son vinaigre bulletinier, mais c'est quand même mal barré pour les féloches de Joe (surtout que la PP, c'est ma copineuh). Et là, à mon avis, ça sent l'acte XII au conseil, avec la présence de Ma pour égayer le quotidien du prof en fin de semaine.


  Rendez-vous dans quelques jours pour savoir si Ma Dalton a sorti la carabine en plein conseil, et pour un petit bilan délicieusement synthétique sur la présence des parents au collège !


1. Le PAF, ou Plan Académique de Formation, est l'ensemble des formations qui nous sont gracieusement offertes par notre académie. On y trouve à boire et à manger (et parfois à vomir, mais surtout à faire la sieste). L'une des grandes traditions du PAF est de ne pas y obtenir les formations qu'on y demande, mais de se voir imposer celles dont on ne voulait vraiment pas. 

2. hem...

3. Professeur Principal (féminisez comme vous voulez).

4. La mangeoire n'est pas l'endroit où les élèves nous jettent des graines, mais bien celui où nous recevons tous nos papiers administratifs.

5. Conseillère d'Orientation Psychologue (masculinisez si vous pouvez... je n'ai personnellement encore jamais rencontré le modèle mâle).

6. YoupiNotes (nom très légèrement déformé) est le logiciel qui nous permet de rnettre nos notes sur un serveur de la mort, vive les TICE ! Quand il n'est pas en panne, bien entendu...

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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 17:34

TNMAGMEG-6 

 

  Et voilà, c'est fait ! "Toute première manif', toute toute première manif", aurais-je pu écrire. Il convient donc maintenant de faire le bilan !


BILAN DE MA 1e MANIF !

• Bien manger avant la manif → FAIT !
Une entrecôte au St André, et tout de suite on est prêt à marcher des heures ! En plus, je n'étais pas seul, ce qui m'a permis de discuter fort agréablement !

• Trouver la manif → FAIT !
Y'a des jolis ballons syndicaux très tendances pour vous y aider !

• Être interviewé par un journaliste de RTL → FAIT !
Et avec ma collègue, on a même dit des trucs intelligents, je crois !

• Être interviewé par une grande chaîne de télévision → PAS FAIT !
Purée, les mecs ! y'a quand même le taulier du blog "Je suis en retard" à la manif', quoi ! Mais où étaient TF1, France 2, CNN, la BBC et TV Fil 78 ?

• Mettre un bel autocollant syndical sur mon blouson → FAIT !
Et passer connement du temps à remettre mon écharpe en place pour ne pas le cacher, "fait !" aussi. On sent que je débute. Mais j'ai compris (je suis très observateur) : la prochaine fois, je mets l'autocollant SUR l'écharpe ! J'aurai également découvrt la "technique de la besace" pour y caler le pied de la banderole. Il n'y a pas à dire : on devrait nous organiser une formation professionnelle sur le sujet.

• Tenir un drapeau → FAIT !
C'est mieux quand y'a du vent, sinon, vraiment, ça ne ressemble à rien...

• Gueuler dans un mégaphone → PAS FAIT !
En même temps, on comprendra pourquoi après...

• Tenir une banderole à deux pendant toute la manif → FAIT !

• Me faire une luxation de l'épaule pour avoir tenu une banderole à deux pendant toute la manif → FAIT !
Bon, j'exagère...Mais ça fait mal quand même, euh !

• Assister à des distributions de tracts pour tout et n'importe quoi → FAIT !
Si vous manquez de papier brouillon, un bon plan : les manifs de profs ! Les tracts pour les partis/syndicats/causes diverses et franchement variées sont nombreux, très nombreux, et rarement recto-verso ! D'ailleur, faut que je pense à faire un tract pour mon blog, moi, la prochaine fois !

• Supporter les slogans ad lib. de La Voix de FO derrière moi → FAIT !
Et je vous assure que c'est pas facile ! Un bon slogan de manif', ça se rapproche davantage de la musique militaire que du concerto Brandebourgeois. Et La Voix de FO (c'était un monsieur), vraiment, elle doit avoir des années et des années d'entraînement. Elle peut ainsi scander n'importe quelle phrase de la langue française sur la même rythmique et la répéter 8 fois d'affilée sans se lasser (elle est bien la seule). Notre marche fut ainsi ponctuée de « La masterisation ? Non ! Non ! Non !» ou de « A!Bo!Lition!!... Des!Décrets!Châtel! » repris en cœur... par personne. Le mec n'est même pas aphone à la fin (nous, en revanche, nous sommes sourds) : belle performance !

• Scander les slogans en question → PAS FAIT !
Faut pas déconner non plus.

• Passer un bon moment → FAIT ! 
Ma foi, j'ai discuté avec pas mal de collègues de diverses disciplines et d'établissement variés. Et c'est fort instructif. Rien que pour ça, je dirais que ça vaut le coup. Merci à tous les collègues que j'ai croisés là-bas !

 

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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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