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14 octobre 2011 5 14 /10 /octobre /2011 22:14

huis clos

 

 

  Ce soir, c'était réunion parents-professeurs pour mes deux classes de 4e. En gros, 3 heures de transports en commun (aller-retour) pour venir dire aux parents : « bonjour, je suis monsieur Celeborn, et je suis le professeur de français de vos élèves enfants. En français, on fera du français. Les livres à lire sont à lire. Les contrôles contrôleront. Les interros interrogeront. Les leçons à apprendre doivent être apprises. Les exercices leur permettront de s'exercer. Sinon, la classe est agréable mais n'en fout pas une. Des questions ? Le cahier d'histoire des arts ??? Oh là là ! ma brave dame, si je savais comment c'est censé fonctionner, oui, je vous expliquerais bien ! »

 

  Dans la classe dont je suis professeur principal, 5 collègues présents alors qu'il y a 11 professeurs, et 13 parents présents alors qu'il y a 30 élèves. J'ai failli sortir les bougies pour installer une petite ambiance cosy. 

 

  Cette année, je crois qu'on a touché le fond de la réunionite. Avec la précédente principale — qui nous avait pourtant bien dit le jour de son arrivée qu'elle n'était pas pour les réunions à tout va et que nous ne ferions que celles strictement nécessaires — nous étions déjà descendus bien bas. Qu'importe ! On creuse encore ! Une pensée émue pour ma délicieuse collègue d'histoire-géographie qui, jeudi prochain, en sus de ses 7 heures de cours, doit se coltiner une réunion le soir sur l'épreuve d'histoire des arts, et une autre à midi sur le rapport de stage des élèves de 3e… sachant qu'elle se réunit déjà en tant que professeur principal pour faire son conseil de mi-trimestre le même midi ! 

 

  Si encore c'était efficace… Mais disons qu'au bout de la 11ème réunion sur le livret de compétences ou l'histoire des arts, on commence à douter… On révolutionne la note de vie scolaire grâce à l'outil informatique qui va permettre d'adopter un fonctionnement simple et de bon goût ? Oui, mais non, car l'outil informatique ne veut pas être simple et de bon goût. À nous donc de mettre les rustines en nous réunissant de nouveau pour voir comment transformer cette belle idée inapplicable (sur laquelle nous planchâmes longtemps) en moche usine à gaz remplie de bouts de papiers qui circuleront pour pallier les déficiences de l'ordinateur (à moins que ce ne soient celles de notre principal-adjoint, d'autant plus féru des TICE1 qu'il les maîtrise mal).

 

  Je vous parlerais bien aussi d'un corollaire à la réunionite aiguë : la distributionite aiguë. C'est une maladie qui touche les professeurs principaux essentiellement. À vous les joies de distribuer moults papiers à vos élèves sur les sujets les plus divers : élection des représentants des parents, mise en place de l'accompagement éducatif (ou est-ce de l'aide individualisée ? ou du tutorat personnalisé ?), ouverture d'une salle d'étude sur le temps  de midi, brocante du week-end suivant (je vous JURE que j'ai eu ça, une fois, à distribuer à mes élèves), facture de cantine, bon de commande pour la photo de classe… Entre deux papiers, il se peut, parfois, que je fasse cours. 

 

  Justement, il m'est arrivé ces dernières années d'avoir parfois un curieux sentiment : j'avais l'impression que mon cœur de métier était devenu ces réunions, cette paperasse, et que de temps à autres, pour me divertir, pour m'aérer l'esprit, j'allais faire cours à une classe. Je me retrouvais presque surpris d'être devant des élèves, à parler, à les voir m'écouter, sans tensions, sans échanges interminables, sans envolées lyriques larmoyantes, sans psychodrame, sans excuses à demander (j'ai dû à deux reprises demander des excuses en pleine réunion à mes supérieurs hiérarchiques… ambiance !), sans cette fatigue qui s'installe à force d'entendre la même stupidité pour la cinquième fois de suite.

  Cette impression m'est heureusement passée. Je souhaite qu'elle ne revienne pas.   

 


1. Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement. Le plus courant de nos acronymes ces temps-ci, et donc le plus insupportable. 
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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 12:24

dr-house

 

 

  Je vous le dis, il y a encore à faire pour améliorer notre image…

 

  Je reviens donc de chez le docteur, consulté après deux jours de nez qui coule, de gorge qui pique, de fatigue liée au fait que passer 7 puis 5 heures devant les élèves dans cet état, ça attaque un peu votre capital énergie. Comme ça n'allait pas franchement mieux ce matin (un réveil dans la nuit, un petit 38, une patate nasale et le délicieux picotement qui va bien), après avoir appelé le collège, je suis allé chez mon médecin traitant… qui ne reçoit pas le mercredi (oups !).

  Me voilà donc à farfouiller sur le net et à appeler les médecins des environs pour en trouver un disponible et disposé à me recevoir. J'en trouve un : chouette. Je m'y rends avec le dynamisme d'une huître, on me reçoit, et là, tout bascule…

 

  Petit flashback : je ne suis pas ce qu'on pourrait appeler un garçon doté d'une santé de fer, même si je ne suis pas non plus une loque titubante. J'ai un long passé de rhinites, sinusites, états grippaux, angines, pharyngites, et une propension à tomber facilement malade en cas de surchauffe. On dut par exemple me ramener à la maison lors des examens blancs de ma première année de prépa : j'y consommais un paquet de mouchoirs par heure et j'avais l'énergie d'une limace cuite. J'ai passé l'année où j'étais censé préparer l'agrégation externe dans le cabinet de mon médecin, à raison d'une fois par mois. 

  Petit flashback suite : je me méfie et, dans le doute, je consulte. La dernière fois que j'ai soigné un mal de gorge/nez patatoïde par le dédain, l'aspirine et les pastilles miel/citron, je me suis retrouvé brutalement éveillé à 3h du matin avec une angine blanche et l'impression qu'on m'enfonçait un poignard dans la gorge chaque fois que je déglutissais. Si je dois mourir poignardé dans la gorge un jour (ce qu'à Dieu ne plaise), je suis sûr que le ressenti sera exactement le même. J'en fus quitte pour SOS médecins et 3 jours de calvaire et de paille. 

  Petit flashback fin : je ne suis pas un tire-au-flanc. En 6 années complètes de bons et loyaux services dans ma profession, j'ai accumulé 14 jours d'arrêt-maladie (dont un arrêt de 4 jours en décembre dernier, où j'étais sévèrement attaqué). On pourrait faire moins, certes, mais une moyenne à peine supérieure à 2 jours d'arrêt par an ne me semble pas abyssale, tout de même. 

 

  Retour donc dans le cabinet de mon nouveau doc. Examen, blabla, et apparemment tout va bien, y'a pas de points blancs dans la gorge, c'est la fête. Et j'ai donc droit à tout un discours bien senti (je retranscris de mémoire) :

 

« Votre état ne justifie pas une journée d'arrêt »

« Que diriez-vous si vos élèves ne venaient pas en cours dès qu'ils ont mal à la gorge ? »

« Vos élèves ont droit à un enseignement à plein-temps, et non pas à mi-temps. »

« Combien avez-vous d'heures de cours par semaine ? » (18, doc') → « Votre médecin travaille bien plus que vous, vous savez. »


  À la fois vraiment fatigué (car même si mon état ne justifie pas une journée d'arrêt maladie, j'ai quand même toujours 38 de fièvre, la gorge qui pique et le nez qui bloque) et un peu désabusé, je ne réplique pas grand chose d'autre que du factuel. J'ai le malheur de l'appeler « monsieur », par inadvertance, à un moment, et je me prends un « je suis Docteur » bien senti. Et, cerise sur le gâteau après la leçon de morale : 

 

« mais je ne vais pas polémiquer. »

 

  … C'est hélas un peu tard. 

 

  Je suis donc reparti avec mon ordonnance pour paracétamol et pastilles miel/citron. Alors une fois encore, que ce ne soit rien de bien grave, tant mieux, en fait. Je préfère entendre ça (mais j'avais besoin d'un docteur pour l'entendre, justement : je ne suis pas encore au point sur l'auto-diagnostic, moi). Mais tout le côté vous êtes un prof flemmard qui profitez du système, comparaison avec les élèves (le truc insupportable : je ne suis pas un élève, zut !), je trouve cela vraiment déplacé. Mon médecin traitant était un peu sur ce mode-là au début, mais en nettement plus poli : curieusement, depuis qu'on se connaît, il ne dit plus ce genre de choses. 

 

  À l'avenir, je veillerai donc à ne consulter que les jours où il reçoit, de peur de me prendre une nouvelle leçon de morale de la part du toubib trouvé sur les pages jaunes. 

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 11:16

freddy

Inspecteur ayant ses outils d'évaluation à portée de main

 

 

  Était-ce par masochisme ? Par esprit de groupe ? Par défi ? Toujours est-il que, cette année, en compagnie de trois charmantes collègues, j'avais demandé une inspection.

 

  Laissez-moi bien vous faire comprendre : dans le beau monde hiérarchique de l'Éduc' Nat', les inspecteurs sont censés être les porteurs de la bonne parole pédagogique. Ainsi, lors d'une délicieuse réunion sur les nouveaux programmes, mon inspectrice — depuis retraitée — nous avait savamment expliqué que ces programmes reprenaient complètement l'esprit de la séquence pédagogique1, puisque le mot séquence n'y figurait jamais. Bref : ils sont capables de tout, y compris de dire exactement l'inverse de ce qu'il vous disaient deux ans auparavant, car depuis les textes ont changé.

 

  Mais bon, l'avancement dans mon beau métier passant par-là, mes collègues étant motivées et l'échec d'une inspection entraînant quand même dans la plupart des cas une… augmentation de la note2, je me suis laissé tenter ! 

 

 

  Mais tout de même, mettons toutes les chances de notre côté :

  • nous apprenons la date, l'heure (et donc la classe) où nous serons inspectés3 très en avance : cela me laisse le temps de procrastiner préparer ! 

 

  • je vais être inspecté avec mes 4e-marrants-et-doués. La vie aurait pu être plus dure4.

 

  • j'ai impitoyablement fait remettre tous les classeurs de tous les élèves de la classe en ordre. Certains souffrirent (je parle des élèves : leurs classeurs, eux, ça fait longtemps qu'ils y sont habitués). D'autres menacèrent de tordre les anneaux métalliques si je n'accédais pas à leurs revendications. Il y eut du sang et des larmes ! Dorante réussit finalement à retrouver tous ses cours ! tant mieux, car c'est son classeur que l'inspecteur a consulté.

 

 

  Mais un problème demeure : que montrer à l'inspecteur ? À l'heure prévue de sa visite, mon planning5 m'indique une superbe leçon de grammaire sur les Compléments Circonstanciels, avec moults exercices dignes des plus belles heures de l'Inquisition espagnole. Je veux bien paraître réac', mais je ne suis pas non plus complètement stupide. J'inverse les deux heures de mon emploi du temps, et me voilà donc en train de présenter :

 

 

La jolie séance d'inspection typique et trop classe (with cream) !

 

 

  On y retrouvera tous les ingrédients pour une inspection-party réussie ! 


  • Une analyse filmique ! → De quoi montrer que vous êtes moderne et que vous utilisez les TICE6 !!!

 

  • Une recherche par groupes ! → Pour prouver que vous pouvez organiser et différencier les doigts dans le nez !!!

 

  • Une démarche pédagogique active ! → Où qu'c'est l'élève qui construit le cours !!!

 

  • Un moment d'écriture en autonomie ! → Parce qu'il faut les faire écrire ! Partout ! Tout le temps ! Sur toutes les surfaces planes qui les environnent !!!

 

  • Une circulation du professeur dans les rangs ! → Parce que 30 minutes de marche par jour !!!

 

  • Une synthèse effectuée à l'aide d'une mise en commun ! → Parce que quand ça marche, ça fait passer la multiplication des pains de Jésus pour un tour spécial débutants issu de « Ma Première Mallette de Magicien (Mattel, 6-8 ans) » !!!

 

 

  Bon, en fait, non, je n'ai pas fait tant de concessions que ça, à l'arrivée : j'ai surtout essayé de présenter joliment les choses. Mais comme j'avais en face de moi les 4e-marrants-et-doués, ça a dépassé toutes mes espérances : ils ont tout trouvé, ont produit8 des synthèses de folie, ont posé des questions intelligentes, et ont fait ça suffisamment vite pour que la cloche retentisse au moment où nous écrivions la dernière phrase ! Un jour d'inspection, finir pile à l'heure votre séance, c'est un peu comme si une fois votre repas à la Tour d'Argent terminé, le directeur venait vous voir pour vous dire que vous n'aviez rien à payer, et que la maison vous offrait cette bouteille de champagne millésimé pour vous remercier d'être venu.

 

 

  Et je n'étais pas au bout de mes surprises ! Non seulement Monsieur l'inspecteur avait apprécié mon cours, mon relationnel, ma clarté, ma coupe de cheveux, mes objectifs, la couleur de ma chemise9, ma trace écrite… mais il trouvait également très bien que je misse les leçons de grammaire à part dans un intercalaire spécifique et que j'enseignasse ladite grammaire à l'aide d'une progression autonome. Diantre ! Je venais subitement de passer du statut de vieux réac' poussiéreux arc-bouté sur l'analyse logique de grand-papa à celui de praticien innovant à la pointe de la dernière mode didactique qui mériterait bien une interview dans les Cahiers Pédagogiques  ! Je faisais de la didactique sans le savoir ! J'étais in ! je TICE grave l'HDA par projets10 interdisciplinaires ! 

 

  Bref, ce fut un franc succès ! Même mon principal a adoré (oui, il assistait à l'inspection). Vivement la prochaine !11 


 

 

 

 

 


 

1. « Ensemble continu ou discontinu de séances articulées entre elles dans le temps et organisées autour d’une ou plusieurs activités en vue d’atteindre les objectifs fixés par les programmes d’enseignement ». À moins que vous ne préfériez « unité élémentaire d’acquisition de connaissances ou de savoir-faire structurée par un formateur en vue de contribuer à l’atteinte d’un objectif pédagogique ». Bref, une pédagogie (ou est-ce une didactique ? Je m'emmêle, parfois) qui a poussé certains de mes collègues à déstructurer complètement l'enseignement de la grammaire, voire quasiment à l'abandonner, faute de temps (les méthodes pédagogiques actives étant gourmandes en la matière). On s'y est aussi efforcé parfois de la vider au maximum de tout contenu littéraire un peu exigeant (voire littéraire tout court) pour parler par exemple des piles Volta, autrement plus passionnantes.   

 

2. Oui, le système est tordu. Ça vous étonne ?

 

3. un homme et trois femmes : grammaticalement, je gagne ! Désolé, chères collègues !

 

4. Comme pour ma collègue inspectée avec ses 6e-mais-où-est-leur-cerveau, et qui a eu droit à un déclenchement de l'alarme incendie en pleine séance ! Ce n'était vraiment pas sa semaine pour jouer au loto…

 

5. Comme si j'en avais un ! Mais bon, j'essaye quand même de faire croire que je suis (un peu) organisé.

 

6. Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement. Ici, une bête télé, en fait. Mais l'inspecteur et moi tombâmes d'accord qu'avec un beau TNI7, c'eût été encore plus merveilleux.

 

7. Tableau Numérique Interactif. Des craies pouvant tomber en panne, mais produisant d'autres sons qu'un horrible couinement. 

 

8. Oui, aujourd'hui, en cours de français, on « produit » des écrits.

 

9. Très déçu qu'il n'en dise rien, d'ailleurs ! Je portais une splendide chemise bleu nuit impeccablement coupée et d'un goût délicieux. 

 

10. Je pratique une appropriation compétencielle de l'enseignement d'Histoire Des Arts à l'aide d'une pédagogie de projet décloisonnée s'appuyant sur l'outil numérique pour favoriser la réussite de tous les apprenants. Ou l'inverse.

 

11. Nan, j'déconne ! 

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 20:11

  Chers lecteurs, chères lectrices,

 

  Veuillez pardonner l'interruption momentanée de l'image et du texte sur mon blog. Le taulier est en ce moment en pleines révisions. Si tout se passe bien, il aura ainsi davantage de temps à vous consacrer l'année prochaine, même ! 

 

  Rendez-vous donc aux alentours de la mi-avril pour la prochaine mise à jour, à moins qu'entre deux études de poèmes, je ne craque et rédige un article. Surtout qu'en ce moment, il s'en passe de belles, je ne vous dis que ça !1 

 


1. Effet de suspense tout à fait gratuit et mesquin de ma part ! 

 


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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 14:56

manoir

 

 

 

(Pour les sixièmes, l'entrée du terrier est par-ici !)

(Pour les cinquièmes, le pont-levis est par-là !)


  Que font donc les élèves du collège Jean-Baptiste Poquelin quand ils reviennent une troisième année (à croire qu'ils ne peuvent vraiment plus se passer de nous !) et qu'ils ont le malheur de rencontrer votre hôte1 ? Comme promis à une adorable lectrice, voici un troisième article sur ce que j'aime faire et voir en classe.

 

  La Quatrième, c'est le niveau qui nous fait comprendre que l'adolescence, c'est vraiment moche. Et je ne parle pas que des boutons. Là, ça y est, on y est, dans la puberté, on est même en plein dedans. Et comme il n'y a aucun moyen crédible de « tenir les troupes » (comme le brevet des collèges en Troisième, qui ne sert d'ailleurs plus qu'à ça), la Quatrième est généralement la classe la moins demandée par les collègues.

 

  Les quatrièmes, ça demande souvent pas mal d'énergie, et souvent, ça soûle.

 

  Les quatrièmes, ça drague sévère, ça se roule des pelles, ça pleure quand c'est largué2.

 

  Les quatrièmes, ça a un sac encore plus petit que l'année d'avant. On y trouvera parfois davantage de produits de maquillage que de classeurs.

 

  Les quatrièmes, ça râle, ça se révolte, ça crie à l'injustice. 

 

  Les quatrièmes, ça pense au cul. Sinon, ça s'ennuie ferme.

 

  Les quatrièmes, ça n'écrit pas toujours sur sa feuille. D'ailleurs, ça n'a pas toujours de stylo. Ou de papier. Ou les deux.

 

  Les quatrièmes, ça a besoin d'une sacrée remise à niveau en grammaire.

 

  Les quatrièmes, ça peut te donner des conseils de mode3. Pour ça, ça peut te dire auparavant que t'es habillé comme un sac.

 

  Les quatrièmes, ça ne fait pas ses coups en douce : ça te montre bien clairement que tu les fatigues.

 

  Les quatrièmes, ça envisage sérieusement pendant une seconde complète de t'insulter, ou de sortir de la salle sans rien te dire (version ZEP : ou de te frapper). Parfois, ça le fait.

 

  Les quatrièmes, chez moi, ça vit entre L'Avare, le siècle des Lumières et le beau XIXème. Comme ça ne pense qu'au sexe, ça adore Molière — quand on en profite pour raconter quelques anecdotes croustillantes sur la vie dans sa troupe —, Laclos — quand on leur explique ce qu'est le libertinage —, le fantastique — quand on entre un peu dans les détails de la symbolique du vampirisme. Ça s'ennuie à Candide, mais ça aime voir Rousseau et Voltaire s'envoyer des vacheries dans leurs lettres. Ça se gausse du lyrisme, mais « Demain, dès l'aube… », ça marche toujours. Ça croise des fantômes, des utopies, des mises en scène absconses de la Comédie Française (ça préfère nettement le film avec De Funès, et je les comprends), Les Misérables, des mousquetaires, des chats noirs, les grandes eaux de Musset, les incontournables nouvelles de Maupassant (on y déprimera régulièrement entre problèmes de familles, bijoux perdus et animaux martyrisés). Ça m'écrira une lettre, ça essaiera de me faire peur, ça réapprendra les règles de la versification parce que bon, à la fin, va falloir les connaître. 

 

  Mais la moitié du temps (pas davantage, hélas : le quatrième, on le voit peu), ça fait de la grammaire, de l'orthographe et de la conjugaison. Ça va me ré-réapprendre les déterminants et les pronoms. Surtout les pronoms relatifs. Et les conjonctions de subordination. Et la morphologie de l'imparfait du subjonctif du présent de l'indicatif. Et le complément d'objet direct. Et l'indirect. Et le circonstanciel. Et l'analyse grammaticale en écrivant à chaque fois en majuscules « NATURE : / GENRE : / NOMBRE : / FONCTION : ». Et le célèbre accord du participe passé. Et ça fera des dictées, sur lesquelles je m'arracherai les cheveux que je ne me serai pas déjà arrachés en cinquième en corrigeant… Mais surtout, surtout, ça suera à grosses gouttes sur mon exercice préféré, l'analyse logique4 !

 

  À la fin de l'année, ils auront j'espère compris ce qu'est le romantisme, le réalisme, la philosophie, l'utopie, le lyrisme, l'hésitation entre l'hypothèse rationnelle et l'hypothèse surnaturelle, les formules de politesse, que la poésie peut aussi servir à exprimer leur potentiel mal-être, et surtout le fait que la littérature, la grande, la vraie, la belle, ne parle que de cul de l'amour et de la mort.

  Et tout le reste, c'est pour les gens coincés.

 

 

Note : amis stagiaires, tuteurs, personnels de direction, formateurs… vous pouvez toujours répondre à mon appel

 

 


1. Et pour certains, c'est pour la troisième fois ! Pauvres enfants…

 

2. Et c'est alors accompagné par sa meilleure amie aux toilettes.

 

3. « Whôa m'sieur ! Le rose, c'est trop fashion ! »

 

4. Un supplice absolument délicieux, à base de repérage et d'analyse des différentes propositions de la phrase. Compliqué à mettre en place, mais on comprend tellement mieux le fonctionnement d'une phrase après. Et je crois que ça améliore la rédaction, ensuite. 

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 13:14

Bisounours

Le Conseil de classe vu par notre nouvelle équipe de direction

 

 

  Les Conseils de classe du premier trimestre battent leur plein au collège Jean-Baptiste Poquelin ! Je vous invite à pénétrer dans cet univers âpre, plein de tensions,suffocant, sentant la sueur et les larmes.

 

  Nouvelle équipe de direction oblige, ils ont changé ma chanson les règles du jeu, suite à une longue concertation avec les professeurs afin d'impliquer au maximum les équipes pédagogiques dans le process. En fait, pas du tout : nous découvrons presque toutes les nouveautés au moment même du conseil, dans le discours d'introduction du chef dudit conseil. Et c'est pas piqué des hannetons :

 

  • la synthèse1 est déjà faite (du moins dans les conseils de Principal adjoint) ! Ami professeur principal, arrête de te fatiguer ! On s'est fatigué pour toi. Principal adjoint t'a tapé des pavés de 6 lignes directement sur YoupiNotes où il s'adresse à l'élève d'un « tu » sympa et copain-copain pour lui déverser une tripotée de conseils vagues sur le mode « tu dois investir ta réussite en améliorant tes méthodes de travail ». Moi qui croyais que personnel de direction était un boulot ultra-prenant et épuisant, je vois que certains ont du temps pour s'éclater2… En attendant, nous, en conseil, on n'a soit pas le temps le lire la synthèse, soit on ne nous la propose même pas. Conclusion : les profs ne savent même pas quelle est l'appréciation générale mise en bas du bulletin… Un vrai travail d'équipe ! 

 

  • un élève (pardon ! un « jeune »…) pourra avoir simultanément une récompense3 et un avertissement4 ! Si si ! Ils ont osé le faire ! Il faut bien distinguer les Félicitations, qui viennent récompenser un niveau scolaire, i.e. des bonnes notes, et l'Avertissement Conduite, qui lui vient sanctionner un comportement. T'as 15 de moyenne et tu fais chier tout le monde ? Félicitations ! 

 

 

 

  Ce qui est amusant (si j'ose dire), là-dedans, c'est que les rôles sont inversés. Me voilà, chantre de la transmission des savoirs, à défendre bec et ongles l'idée que le comportement incorrect d'un élève est une barrière infranchissable à l'obtention du Graal scolaire ; tandis que Principal Adjoint, nourri aux compétences et aux savoir-être, vient nous expliquer que le comportement ne doit pas être pris en compte dans l'évaluation. 

  Mais en fait, la réalité est toute autre : il s'agit pour moi de défendre une conception exigeante de l'enseignement, qui suppose de la part de l'élève politesse et respect de l'adulte, et qui surtout considère que ça va de soi, et que le fait de s'écarter de ce comportement attendu de tout élève est une raison bien suffisante au fait de le priver de dessert. En face, il s'agit tout bêtement de « valoriser le positif », i.e. de récompenser le + de « jeunes » possibles (et, on le verra, d'en avertir le moins possible) afin d'instaurer l'idyllique cercle vertueux de la pédagogie de la réussite, dans lequel les « jeunes » se mettront à bien travailler et à bien se tenir parce qu'on leur aura préalablement dit qu'ils sont formidables. 

 

  J'ai déjà vu de nombreux élèves faire nettement plus attention à leur comportement quand la jolie médaille leur était passée sous le nez au conseil pour cause de bavardages. J'ai même expérimenté l'année dernière — en tant que professeur principal — la pédagogie du « je ne laisse rien de rien passer » au conseil du deuxième trimestre. Le troisième trimestre avec la classe fut un absolu délice. En revanche, je n'ai pas connaissance de cas d'élèves se mettant soudain à faire attention à leur comportement alors qu'on les a félicités précédemment. Pourquoi changeraient-ils, puisqu'ils ont eu ce qu'ils désiraient ? Pourquoi s'arrêter de bavarder ou d'être insolent quand on vous félicite de ce que vous faites ?

 

 

 

  Quoi qu'il en soit, les règles du jeu étaient ainsi fixées : on récompense sur les notes, et on met tout (récompenses et avertissements) au vote des professeurs. En cas d'égalité, le chef du conseil tranche. Je propose à ce sujet de se passer du chef du conseil et de le remplacer par un programme informatique à la portée du premier geek venu qui effectuera les tâches suivantes :

  • en cas d'égalité sur l'obtention d'une récompense, le « jeune » obtiendra la récompense ;
  • en cas d'égalité sur l'obtention d'un avertissement, le « jeune » ne l'aura pas.

 

  Ça fonctionne dans 100% des cas, garanti !

 

 

 

  Hélas pour lui, le système comporte encore une faille : ce sont toujours les professeurs qui votent5. Et c'est ainsi que nous débattîmes joyeusement du cas d'un élève aux notes tout à fait sympathiques mais dont le bulletin était malheureusement orné de quatre remarques de « bavardages ». Toute la cargaison de bons sentiments dont disposait Principal Adjoint me fut déversée sur la tête, assortie d'arguments étonnants que vous pouvez  retrouver dans la reconstitution pas du tout orientée d'un dialogue entre nous :

 

PRINCIPAL ADJOINT, oui ! il parle beaucoup : Je vous rappelle blablabla nous nous sommes mis d'accord entre nous blablabla bien dissocier blablabla notes blablabla félicitations blablabla passons à l'élève suivant…


MY DEAR COLLEAGUE, what the f… ? : Excusez-moi, Principal Adjoint, mais il me semble que nous n'avons pas voté6


PRINCIPAL ADJOINT, oops ! I did it again… : Mais où avais-je la tête ? Alors je vous rappelle blablabla bien dissocier blablabla notes blablabla félicitations blablabla


M'SIEUR CELEBORN, une seule solution, la manifestation : J'suis pas d'accord avec cette façon de procéder (un développement s'ensuit sur le message qu'on va envoyer à l'élève, sur le fait qu'un tel bulletin n'obtenait rien l'année dernière, et surtout — argument massue — que Principal-en-Chef avait procédé autrement en conseil, « dégradant » de potentielles félicitations en « simples » compliments pour le même type de bulletin).


PRINCIPAL ADJOINT, rien à voir : Oui mais vous savez, au bac, on ne regardera que leurs résultats.


M'SIEUR CELEBORN, en mode La Palisse : Ils ne passent pas le bac, là…


PRINCIPAL ADJOINT, rien à voir au carré : Mais quand ils passeront un examen…


M'SIEUR CELEBORN, bis repetita… : Ils ne sont pas en train d'en passer un, là…

 

 

  Bref, nous mîmes aux voix (après nous être promis d'en rediscuter), et là — collègues je vous aime — personne ne vota les félicitations. L'élève fut « simplement » complimenté, comme un autre après lui (et là, Principal Adjoint n'osa pas sortir de son chapeau les Félicitations).

 

 


  Si on avait prévu une pluie de récompenses, en revanche, on avait organisé la pénurie concernant les avertissements :

 

PRINCIPAL ADJOINT, avec un peu de chance ils ne verront rien : Il conviendra donc de lui dire qu'il doit mieux investir sa réussite en améliorant ses méthodes de travail blablabla passons à l'élève suivant :

 

M'SIEUR CELEBORN, 1-2-3 Soleil, t'as bougé !  : Avant cela, ma collègue d'Histoire-Géographie et moi-même envisagions la possibilité d'un Avertissement Travail ET Conduite7.

 

 

… Avertissement qui fut mis. 

 

 

 

Si l'on rajoute à cela l'injure suprême que j'ai commise en MODIFIANT mon vote afin qu'un élève qui ne me posait pas de problèmes obtînt un avertissement (car la discussion que nous avions eu avait montré qu'il le méritait bien, tout bêtement), là, je crois que je me suis fait un nouvel ami.

 

  J'ai bien conscience de l'aspect légèrement ridicule de cet article pour le lecteur non-averti : qu'est-ce que c'est que ces adultes qui en viendraient presque aux mains pour un mot symbolique qu'on colle ou non sur le bulletin d'un gamin de 12 ans ? N'ont-ils rien de plus sérieux à faire ?

 

  À cela, je réponds que c'est très sérieux : ces « petits riens » sont la traduction d'une idéologie globale qui peut conduire un établissement scolaire vers la bordélisation généralisée de ses couloirs et de ses salles de cours en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « fermeté ». Ces « petits riens » comptent pour les élèves, qui y attachent une valeur que nous ne concevons plus, nous, adultes. À travers cette discussion de bouts de chandelle, c'est en fait à l'affrontement de deux visions pédagogiques que nous assistons. Je tiens à la mienne, que j'estime meilleure que l'autre. Je me bats donc pour elle. 

 

 

 

 

 

BONUS (généreusement offert) : toi aussi, décrypte les apophtegmes de nos chefs en conseil de classe !

« Elle n'a pas investi sa réussite » → Résultats insuffisants

« Les Mathématiques doivent montrer la voie de la réussite » → Résultats insuffisants, sauf en maths    

« Ça me paraissait réfléchir assez bien le jeune » → Elle est jolie, mon appréciation, non ?

 

 


1. Traditionnellement chez nous, le professeur principal de la classe proposait une synthèse après avoir brossé à grands traits le portrait de l'élève. Cela permettait d'avoir une image assez juste, d'autant plus que c'était quelqu'un qui avait l'élève en cours qui en parlait. Là, nous eûmes le droit à un quiproquo légèrement nauséabond à propos d'un élève à la moyenne de français abyssale et dont le nom révélait des origines exotiques. Principal Adjoint se lança dans un grand discours sur la nécessité d'acquérir les bases pour les jeunes qui ne maîtrisaient pas bien la langue. Pas de bol : le « jeune » en question est Français, parle français chez lui et maîtrise tout à fait correctement la langue française. En revanche, il ne fout rien. Comme quoi, quand on ne sait pas, mieux vaut se taire et laisser parler ceux qui savent.

 

2. Que les personnels de direction lecteurs de mon blog ne le prennent pas mal. Je crois que la majorité d'entre eux fournit effectivement un gros travail. Là, pour le coup, je pense que le temps serait mieux occupé à faire d'autres choses dont notre collège a besoin…

 

3. Par ordre décroissant : les Félicitations, les Compliments, les Encouragements.

 

4. Sans ordre aucun : l'Avertissement Travail, l'Avertissement Conduite, l'Avertissement Travail ET Conduite.   

 

5. Nul doute qu'une solution sera rapidement trouvée pour remédier à ce « léger » défaut du système…

 

6. Il n'aura donc pas fallu longtemps pour trouver une solution au problème mentionné dans la note de bas de page n°5. Simple et élégant, isn't it ?

 

7. Nos conseils de classe étant généralement agrémentés de petites choses à manger et à boire apportées par le Professeur Principal, il va falloir surveiller ses temps de mastication. Un Petit Écolier8 pas assez vite avalé, et c'est une sanction qui disparaît. À chaque fois qu'un professeur dit « je reprendrais bien du jus d'orange », il y a quelque part un Avertissement Travail qui meurt. 

 

8. Je parle du gâteau, évidemment…

 

 

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 00:35

démon

 

 

  Le taulier du blog Je Suis en retard s'est délocalisé cette semaine dans une ville d'une fort jolie couleur afin de rencontrer tout un tas d'autres énergumènes aussi atteints que lui : une cohorte de profs qui souhaitent transmettre des connaissances et qui conchient les dernières innovations de not'bon'ministère et de nos bons partis1.

 

  Je fus accueilli, chouchouté, diablement bien nourri, mis en présence de collègues intéressants et même passionnants, et passai ainsi une semaine riche. Mais un détail mérite d'être rapporté, je crois. Lors de l'ouverture du congrès, une invitée d'un genre un peu spécial3 fut priée de nous parler de ses idées sur l'éducation : madame Belzébuth4. Et, devant notre assemblée de réacs', elle tint à peu près ce langage :

 

 

  Elle commence tout feu tout flamme, à l'aide d'une citation de François Dubet5 assortie d'une référence aux enquêtes PISA, qui lui permettent d'affirmer que, dans l'éducation, « des avancées remarquables ont eu lieu6. »

 

  Légers remous dans la salle.

 

  Mme Belzébuth nous cite donc quelques unes des infernales avancées en question : les TPE (sorte d'épreuve du BAC destinée à rapporter des points faciles et consistant généralement en un copier/coller de Wikipédia), le Conseil Pédagogique (instance pseudo-représentative qui n'a d'autre pouvoir que celui que le chef d'établissement veut bien lui donner), le Socle Commun de Compétences (déjà longuement analysé chez votre serviteur : je n'y reviens pas).

 

  Quinte de toux au troisième rang.

 

  Endiablée, Mme Belzébuth évoque alors le modèle nord-européen d'éducation avec une joie non dissimulée, avant de marteler qu'il faut « cylindrer l'école primaire et le collège pour construire l'école du socle. » Pour ce faire, quoi de mieux qu'une bonne louche de « pédagogie positive » versée par des enseignants dotée d'une plus grande formation pédagogique et… d'une moins grande formation disciplinaire7.

 

  On note un évanouissement dans la cinquième rangée à droite. 

 

  En plein discours enflammé sur la théorie des cycles qu'il faudrait reprendre, Mme Belzébuth ose la question rhétorique suivante : « est-il nécessaire que tous les élèves sachent lire au CP ? » On aurait envie de lui répondre oui, mais apparemment, la lecture, ce n'est pas la priorité de Mme Belzébuth, qui préfère demander aux professeurs de changer totalement leurs pratiques pédagogiques à chaque fois que le Conseil Régional leur fournit des ordinateurs, des tableaux numériques ou un nouveau jeu de cordes à sauter. Et c'est un ordre ! Si la région achète un moule à gaufre, prière d'étudier la Belgique en Géographie, la composition de la pâte à gaufre en Chimie et les jurons du capitaine Haddock en Français !

 

  Des tomates pourries et des œufs qui le sont tout autant volent à travers la salle, tandis qu'on évacue un agrégé de Lettres Classiques, qui fait une crise de convulsion, en hélicoptère.

 

  Mme Belzébuth ne restera pas (prétextant une réunion), et nous quittera donc, sourire malin aux lèvres, heureuse d'avoir fait son show. La légende veut qu'elle ait dit à la personne chargée de la raccompagner : « je ne suis pas forcément sûre d'avoir raison ». Errare humanum est, perseverare diabolicum…   

 

 

  Voilà pourquoi je me bats. Car peu de gens savent (surtout s'ils ne sont pas professeurs) que l'Éducation Nationale est gangrénée de Mme Belzébuth, de charlatans, de charlots, de Diafoirus, et qu'elle en crève. Et qu'elle en fait crever nos enfants, vos enfants, victimes d'expérimentations sauvages des théories les plus saugrenues et les moins scientifiques qu'on aura su trouver pour les empêcher d'être plus intelligents, plus cultivés… plus libres, quoi ! 

 

  Et si ce blog vous donne, à vous aussi, l'envie de vous battre, alors je n'aurai pas perdu mon temps.

 

 

 


1. On appelle ça un congrès syndical, en fait. Et le premier qui prétend que ça m'a fait une semaine de vacances, je le colle en commission pendant 6h sur l'avenir des humanités, à débattre du CECRL2, des langues régionales et de l'avenir de la filière L. 

 

2. Cadre Européen Commun de Référence en Langues. Vous aussi, découvrez si vous avez le niveau A2, B1 ou Z18 ! À noter que le niveau théorique de 5e (A2) est demandé pour… l'obtention du brevet des collèges en fin de 3e ! Le niveau monte !   

 

3. J'ai senti avant même qu'elle ne prenne la parole, à sa vêture, à sa coiffure, à sa façon de se tenir ou à sa manière de jouer avec ses lunettes, qu'elle n'était pas venue pour nous tresser des couronnes de fleurs tout en chantant des hymnes à notre gloire d'une voix de miel.

 

4. Le nom a évidemment été modifié avec beaucoup de subtilité par mes soins. Notons que cette dame a une histoire dans les hautes sphères de l'Éduc'Nat', et se pique désormais de politique.

 

5. François Dubet est un… Non, en fait, vous ne voulez vraiment pas savoir qui est François Dubet. Sachez que vous retrouverez ses livres (nombreux) dans toutes les mauvaises librairies, et ses articles et interventions sur tous les mauvais sites (dont évidemment les inénarrables Cahiers Pédagogiques). François Dubet nous y explique régulièrement comment réformer le primaire et le secondaire, dans lesquels il n'a jamais mis les pieds.  

 

6. Vu que la France est en chute libre dans ces enquêtes, on mesure à leur juste valeur lesdites avancées. 

 

7. Nous n'échapperons pas à la référence montaignienne de la « tête bien faite » qui vaut mieux que la « tête bien pleine », régulièrement employée par ceux qui font tout pour former des têtes bien vides, chez les profs comme chez les élèves, et qui réussissent au-delà de toute espérance. 

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 20:52

château

 

 

  (Pour les sixièmes, l'entrée du terrier est par-ici !) 

 

 

Que font donc les élèves du collège Jean-Baptiste Poquelin quand ils reviennent une deuxième année (à croire qu'ils nous aiment bien !) et qu'ils ont le malheur de rencontrer votre hôte1 ? Comme promis à une adorable lectrice, voici un deuxième article sur ce que j'aime faire et voir en classe.

 

  La Cinquième, c'est le niveau qui nous fait comprendre que l'Âge d'Or, ça n'a qu'un temps, et que la joie est éphémère. On aimait nos sixièmes naïfs, innocents (tu parles !) et attachants2  : on les retrouve en cinquième claquemurés dans leur adolescence. Et dans leur sexe. Car les filles ont pris de l'avance sur les garçons en la matière : c'est l'âge de la grande séparation, celui où les demoiselles regardent les grands de quatrième tandis que leurs camarades de classe jouent encore aux cartes Yu-Gi-Oh3.

 

  Les cinquièmes, ça demande souvent pas mal d'énergie, et parfois, ça soûle.

 

  Les cinquièmes, c'est plus propre que les sixièmes, mais les filles compensent : elles ont leurs règles4.

 

  Les cinquièmes, ça a un sac, pas un cartable. Ce qui ne change rien au sujet de la fréquence des oublis de matériel…

 

  Les cinquièmes, ça ne pose pas de questions : ça s'ennuie.

 

  Les cinquièmes, ça ne s'émerveille plus. Mais ça regarde quand même la pluie qui tombe dehors, pour passer le temps.

 

  Les cinquièmes, ça écrit de la couleur que ça veut sur sa feuille. 

 

  Les cinquièmes, ça a besoin d'une sacrée remise à niveau en grammaire.

 

  Les cinquièmes, ça essaie des coups en douce ; ça veut tenter d'être plus intelligent que le prof, et ça se révolte contre le totalitarisme d'icelui quand c'est pris la main dans le sac. Dans le sac d'un camarade, par exemple, à lui « emprunter » son matériel.  

 

  Les cinquièmes, ça envisage sérieusement pendant une seconde complète le souci que ça va être de trouver une excuse crédible pour expliquer la présence d'une antisèche sur leur bureau.

 

  Les cinquièmes, chez moi, ça vit au temps des chevaliers. Les filles boivent une coupe avec Tristan, les garçons admirent les cheveux d'Iseut la blonde. Tous suivent les exploits d'Yvain, les fourberies de Renart et celles de Scapin5. Tous baffrent avec Gargantua et révisent leur banque d'insultes avec icelui6 et Ysengrin. Ça croise les pendus de Villon, les amours et les roses subséquentes de Ronsard, les pirates, les chiens de traîneaux, les dinosaures d'Amazonie, les crimes résolus par un détective belge au crâne en forme d'œuf. Ça se retapera une gravure de Doré7, ça révisera sa liste des 7 péchés capitaux (et ça se marrera bien sur la luxure) et ça tentera de se moquer des moines gloutons et des pères qui veulent marier leurs fils contre leur gré.     

 

Mais la moitié du temps (pas davantage, hélas : le cinquième, on le voit peu), ça fait de la grammaire, de l'orthographe et de la conjugaison. Ça va me réapprendre les déterminants et les pronoms. Et la morphologie du passé simple. Et le complément d'objet direct. Et l'indirect. Et le circonstanciel. Et l'analyse grammaticale en écrivant à chaque fois en majuscules « NATURE : / GENRE : / NOMBRE : / FONCTION : ». Et le célèbre accord du participe passé. Et ça fera des dictées, sur lesquelles je m'arracherai les cheveux en corrigeant…8

 

 

« Déjà que vous les… »

Arsinoé, vous me l'avez déjà faite l'année dernière ! Je sais que le comique de répétition, c'est chouette, mais réservez-le pour les histoires de galères turques.

 

 

  À la fin de l'année, ils auront j'espère compris ce qu'est l'amour courtois, le merveilleux chevaleresque, la satire sociale, les joies alambiquées de l'écriture d'une forme fixe poétique bien tordue, l'humanisme joyeux, l'appel du grand large et surtout le fait que la littérature, la grande, la vraie, la belle, ne parle que de l'amour et de la mort.

  Et tout le reste n'en est pas.

 

 

 


 

1. Et pour certains, c'est la deuxième fois : ils peuvent ainsi revivre leur traumatisme.

 

2. Voire collants, et même adhésifs, parfois !

 

3. En disant ça, je dois déjà être has been. Merci de me signaler quelle est la toute dernière nouveauté des cours de récré !

 

4. Désolé pour ceux qui lisent ce blog en mangeant. En même temps, vous ne devriez pas faire ça, car manger doit être conçu comme une activité à part entière durant laquelle on se concentre sur le repas et on se réapproprie ces instants de contact charnel avec la nourriture. Paraît que ça facilite la digestion.

 

5. Avis aux collègues qui en douteraient : les cinquièmes, ça ADORE Les Fourberies de Scapin ! Je n'ai jamais été déçu par l'étude de cette pièce.

 

6. En cinquième, j'aime bien les archaïsmes, surtout icelui ! 

 

7. On n'en fait jamais assez.

 

8. Toute impression de déjà-vu est purement fortuite.

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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 23:14

scrapbooking

 

 

 

(Petite piqûre de rappel ici.)

 

   Cette année, au collège, on a changé la forme, mais pas vraiment le fond.

 

 

  Conseil pédagogique joyeux et primesautier ce soir, qui, après sept heures de cours (bon, en fait, j'avais mesquinement prévu quelques contrôles, ha ha ha !), vient comme la récompense ultime de cette belle et dure journée de labeur. Autour d'un jus de raisin et de Petits Beurres (le vrai !), la question qui nous taraudait évidemment tous : comment mettre en place l'enseignement de l'histoire des arts1 ? Après présentation du PDF d'Éduscol (qu'on nous promet de nous afficher ET de nous envoyer… mais bon, on nous l'a lu quand même…), après diverses divagations émues sur la beauté de la chose de la part de notre principal adjoint dans le genre…

 

« une culture personnelle à valeur universelle »… Moi ça m'a touché !2 

 

… et après proposition de moults activités potentielles, partenariats possibles et projets communs envisageables avec notre environnement local — car l'histoire des arts, il faut la « trouver dans notre environnement local », chez le paysagiste du coin, dans le musée du carreau en faïence du canton ou à la fête bisannuelle de la chaise en rotin organisée dans la grand'rue du village — on a pu exprimer notre ressenti, nos angoisses, nos désaccords en toute sérénité — et même avec la bénédiction de not' chef, très à l'aise dans le rôle du « je suis du même avis que vous, mais que voulez-vous, on est bien obligé de faire quelque chose ».

 

  C'est très frustrant, d'ailleurs. Tout d'abord parce qu'il est fort possible qu'il ne mente pas — et autant on a du plaisir à gueuler sur le méchant tyran aux yeux rouges envoyé du ministère, autant c'est plus dur de se mettre en train face à quelqu'un qui vous comprend — ; ensuite parce que ça coupe tous vos effets scéniques — et ma « liberté pédagogique », alors, comment vais-je donc la mettre en valeur, moi, maintenant ? 


 

  Heureusement, en troisième partie, la direction nous a proposé sa solution miracle — qu'elle avait depuis le départ d'ailleurs, mais c'est mieux de faire patienter le chaland et de le laisser s'épuiser avant de le cueillir tout fourbu avec votre système vendu clef-en-main.

 

 

 

  Un cahier.

 

 

 

  Oui, c'est ça, la solution miracle. En fait, quand on fait en cours quelque chose qui a vaguement trait (même de très loin, même en EPS, même en maths) à l'histoire des arts, paf ! dans le cahier d'histoire des arts. 

 

  Et voilà le travail. L'élève conserve le cahier durant ses quatre années3 au collège — sans le perdre bien entendu (et là, on y croit tous) — l'enrichit lui-même au gré de ses visites et expériences personnelles, le décore, laisse ses parents faire du scrapbooking dessus et le remplir à sa place au passage… Bref, une solution formidable pour résoudre un problème qui n'en a de toute manière pas de bonnes. Devant l'argument spontané qui m'est venu sournoisement4 à la bouche (« ségrégation sociale »), le principal répond qu'on ne traitera pas de la même manière les élèves dont on sait que la situation familiale ne permet pas aux parents de consacrer une grande part de leur maigre temps de loisirs au scrapbooking (et plus sérieusement5 à la visite de musées autres que celui de la pomme de terre en robe des champs, ou à l'achat de places de théâtre pour voir une pièce classique le mercredi soir plutôt qu'« Incroyables Talents » sur M6). Ne voulant lancer le débat sur l'égalité républicaine, je me suis retenu de demander si on devait ajouter 1 point par enfant dans la famille au-delà du troisième, ou si un parent au SMIC apportait un bonus. J'ai préféré considérer que c'était une idée lancée dans le feu de l'action et pleine de bons sentiments6.


 

  De toute manière, on s'est surtout mis d'accord sur le fait qu'il fallait que les profs en reparlent entre eux pour qu'ils se mettent d'accord pour qu'une délégation de profs aille ensuite voir la direction pour se mettre d'accord. À moins qu'on se mette d'accord au prochain conseil pédagogique7, en fait. Et pour reconduire le système de l'année dernière pour les 3e de cette année, qui n'auront pas 4 ans pour scrapbooker.


 

  Rappelons que l'épreuve d'histoire des arts compte pour l'obtention du DNB8, à hauteur d'une note sur 20 coefficient 2 (oui oui, coefficient 2 !). Le scrapbooking, ça paye !

 

 

 


1. Amateurs de pratiques contre nature perpétrées sur d'innocents diptères, ceci est pour vous : « L'histoire des arts est un enseignement, pas une discipline ». Je vous laisse méditer… 

 

2. Personnellement, ça m'inquiète plutôt, cet objectif, ayant toujours vu l'école comme transmettant une culture universelle à valeur personnelle. Comme quoi, l'ordre des mots, tout ça…

 

3. Encore une preuve qu'on ne tient vraiment pas à faire redoubler les élèves ! 

 

4. Oui, je peux être sournois même dans ma spontanéité !

 

5. Encore que…

 

6. Ma gentillesse me perdra un jour.

 

7. Faites-moi penser à vous dire un jour tout le mal que je pense de cette institution bâtarde nommée « conseil pédagogique », au fait.

 

8. Diplôme National du Brevet. « Le truc qui sert à rien, comme les boules à neige », dixerunt les Zrofs.

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 15:36

fond-ecran-ecran-bleu-de-windows    

 

 

  C'est le grand retour des TICE1 grâce à la DP32 et à l'ENT3 ! (oh ! la jolie phrase…)

 

  Propulsé prof d'un truc que je ne connais pas (la DP3) et dans une salle informatique pour y dispenser ma précieuse absence de savoir sur le sujet, je me suis décidé, suite à une réflexion audacieuse sur la mise en projet de mes apprenants, à aller les faire farfouiller sur l'internet afin d'y quérir moultes données sur les métiers (prof de DP3, le site de l'ONISEP4 est ton ami !). Oncques ne vit professeur plus enthousiaste ! (un mensonge se dissimule dans la phrase précédente… Sauras-tu l'y retrouver ?) 

 

  Hélas ! Que n'avais-je envisagé là ? Et quelle funeste période n'avais-je pas choisie pour Ticer ! Car dans un cri déchirant et lugubre, voilà-t'y-pas que not' serveur rendait encore une fois l'âme5. Adieu veau, vache, souris, clavier ! Pourtant, Techno-Man himself m'avait assuré qu'internet fonctionnait dans ma salle. Hélas !


  Il fallut donc tout chambouler, envoyer Philippidès déranger le maître des zordis qui passa nous voir entre les deux heures afin de m'expliquer comment remettre manuellement le saint web à l'écran de chaque machine. 14 adresses IP plus tard, rentrées dans un obscur sous-menu, et sans oublier le numéro de port6 et la p'tite case à cocher en-dessous, l'ONISEP nous ouvrait ses trésors… enfin, sauf à Cléonte, dont le PC plantait joyeusement. 

 

  C'est un peu plus tard qu'on aurait bien aimé rentrer la note de l'interrogation dans le logiciel idoine. S'il avait fonctionné, évidemment…

  C'est peu de temps après qu'on aurait voulu que la complexe machinerie conçue par not'bon chef adjoint afin d'avoir des relevés de notes de mi-trimestre nous permît d'imprimer lesdits relevés de notes… et non des bulletins faisant la moyenne sans donner le détail des notes, et en en oubliant probablement certaines dans le calcul, au passage. Enfin, encore eût-il fallu pouvoir imprimer, de toute manière.

  C'est encore un peu plus tard qu'on aurait aimer réserver une série de livres dans l'endroit adéquat, celui dans lequel votre serviteur avait rentré tous les titres de notre réserve disponibles en grand nombre afin qu'on pût justement les réserver7. Hélas, tout avait disparu : va falloir tout rerentrer, jusqu'au prochain crash, évidemment. Les paroles s'envolent, les écrits restent, les pixels s'évanouissent un jour sans prévenir. 

 

  Mais bon, comme une fois encore, dans l'Éduc'Nat', on a voulu faire moderne mais sans mettre les moyens humains, confiant la gestion de tout ce qui clignote à un enseignant surexploité (ou sous-payé pour ce qu'il fait ; ça marche dans les deux sens) plutôt qu'à un professionnel recruté pour ça car il est, lui aussi, un spécialiste ; eh bien ne nous étonnons pas de ressentir ce que l'amateur ressent face au pro qui vient de lui coller une rouste dans l'activité choisie : on est content de participer, mais on sent bien qu'on n'a pas le niveau pour être pris au sérieux. 

 

 


1. Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement. Tout ce qui rend le stylo has been.

 

2. Découverte Professionnelle 3 heures. Dont je suis pour moitié en charge cette année. Imaginez un prof de français  — ayant démissionné d'une école de commerce tellement ça lui plaisait, habitant à une bonne quarantaine de kilomètres du "bassin d'emploi" qui ceint son collège et membre du syndicat le plus réac' le moins favorable au fait de faire faire aux professeurs autre chose que l'enseignement de la discipline dont ils sont les spécialistes  — en train de faire découvrir le monde professionnel à des élèves de 3e optionnaires. L'Éduc'Nat' peut le faire, elle. Même pas honte ! 

 

3. Environnement (ou Espace ?) Numérique de Travail. Quand on remplit son cahier de texte et qu'on met ses notes à l'aide d'un clavier.

 

4. Office National d'Information Sur les Enseignements Et les Professions. Et j'ai dû aller sur Wikipédia pour vous trouver la signification de l'acronyme, sachez-le !

 

5. Tels les chats, les serveurs informatiques disposent de plusieurs vies (pour les chats, la preuve ici). Mais contrairement au matou de la chanson, on aimerait que le serveur, lui, revienne intact.

 

6. Aucun rapport avec les bateaux, sauf peut-être au sens figuré (« être mené en bateau », « prendre l'eau de toute part», « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? » sont des expressions venant alors facilement à l'esprit), même si le logiciel est un navigateur. 

 

7. J'assume totalement les répétitions très très maladroites de ma phrase ! 

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