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13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 21:47

le mendiant

Enseignant du Moyen Âge ayant dépassé son quota de moines copistes (document d'époque) 

 

 

  C'est ce qui nous mine, je crois : cette envie de bien faire, cet espoir que l'on peut améliorer ce qui se passe autour de nous, cette impossibilité d'être mis en présence de dysfonctionnements et de la souffrance qu'ils entraînent sans qu'il nous vienne le désir de réagir. Cette pensée (qui tourne souvent dans notre tête) que si l'on donne un tout petit peu de nous-mêmes, on a la possibilité de faire les choses tellement mieux. La conscience professionnelle, quoi.

 

  Tenez, dernièrement, la réforme de la formation des enseignants-stagiaires, par exemple. On a réussi à remplacer un système cataclysmique (l'IUFM1 et ses délires idéologiques, pour aller vite) par un système encore pire : et pourtant, il fallait vraiment le vouloir, pour trouver pire ! Par soucis d'économie budgétaire, nos amis stagiaires sont lâchés quasiment à temps plein dans un établissement (voire dans deux) a priori tranquille (en réalité, ils sont également lâchés en ZEP) avec pas plus de deux niveaux (c'est souvent faux) et sans classes à examens (c'est souvent re-faux) sous la houlette d'un tuteur (parfois sis sur un autre établissement… du moins quand il existe, ce tuteur !). Suivant les cas, ils seront remplacés de temps en temps par un vacataire, par un TZR, par un retraité tiré de sa sieste réparatrice, par votre petite sœur de huit ans s'ils parviennent à lui mettre la main dessus — un conseil, surveillez-la — et évidemment dans le pire des cas, qu'on entrevoit déjà tel un escadron de gros bourdons velus dans le lointain fondant à toute allure sur la seule fleur d'une prairie, par personne.

 

  On voit déjà fleurir2 les stagiaires en dépression, perdus, paumés, déboussolés, dépités, et on les comprend. De nombreux collègues — dont je fais partie — ont catégoriquement refusé de cautionner cette mascarade en refusant nettement d'être tuteurs, d'ailleurs (bon, finalement la question ne s'est pas posée, mais j'aurai signé ma pétition citoyenne, na !). 

 

  Et là, brusquement, alors que vous prépariez votre contrôle pour les 4eF en buvant un café, le dilemme de la conscience professionnelle qui s'immisce. Que faire du stagiaire errant entre les murs et qui vient soudain vous demander de l'aide, à vous, collègue ? Que vaut une prise de position raisonnée face à la détresse de l'un d'entre nous, de ses élèves et de tout ce qui s'en suit ? Alors bien sûr on l'aide… et on cautionne le système, ou plutôt sa démolition. Et en plus, on le fait gratuitement, alors qu'au moins, en étant tuteur, on aurait été payé (bon, on aurait eu aussi d'autres soucis à gérer, il faut bien le dire…).

 

 

  Ceci n'est que la dernière manifestation en date des petites tracasseries et des grands bouleversements qui nous pourrissent tant le quotidien que l'avenir. Il y a dans ce qui suit du vécu, de l'aperçu de près comme de l'entrevu de loin, le tout bien mélangé :

 

  • on vous demande de valider des compétences informatiques ; vous n'en avez ni la motivation, ni souvent la compétence, justement ; mais il faut bien que les élèves aient leur brevet informatique, non ?

 

  • on met en place le socle commun ; vous vomissez cette réforme d'une stupidité sans non qui n'aura qu'un seul effet, à savoir vous donner un surcroît de travail aberrant et un sacré mal de crâne en réunion3 ; mais il va bien falloir que les élèves l'obtiennent, n'est-il pas ?

 

  • on vous incite fortement à assurer une partie de l'option découverte professionnelle ; mais vous êtes prof de français vous, en fait ; mais comprenez qu'il faut bien que quelqu'un s'y colle, et qu'à partir du moment où c'est vous, ce serait quand même mieux de le faire bien, vous ne trouvez pas ?

 

  • on vous colle professeur principal d'une classe et on vous colle des heures de vie de classe à faire dans votre emploi du temps ; vous avez la loi pour vous, vous n'êtes pas obligé de les faire ; mais bon, il faut quand même bien que quelqu'un les fasse, et vous comprendrez qu'on n'a pas les moyens de tout payer à tout le monde, hélas…

 

  Et tout peut y passer, de l'achat de nos stylos et de nos ordinateurs à l'organisation de sorties généreusement bénévoles et à la participation à des réunions tout à fait facultatives, du fait de nous suggérer de rapporter une ramette de papier chacun (dissimulé sous une jolie appellation du type « entraide », « chacun doit y mettre un peu du sien », « le bien de la communauté » et autres trucs clinquants) au fait de devoir payer ses photocopies chez un professionnel à cause de l'instauration de quotas ineptes : on paiera pour travailler, on travaillera sans être payé, mais bon, on fait comment s'il n'y a plus de feuilles ou s'il n'y a pas assez de photocop' pour le contrôles des 4eF ? Et c'est parfois la tracasserie la plus con, la plus stupide, la plus ridiculement petite qui vous mettra hors de vous, mais vous êtes un prof et tenez à bien faire votre travail, alors vous trouverez toujours une solution qui avantagera tout le monde sauf vous.

 

  Qu'on soit bien d'accord : notre métier est un métier qui peut être très agréable, qui peut procurer beaucoup de satisfaction et qui, s'il n'est pas bien payé quand on connaît notre niveau d'études, apporte d'autres avantages, sans nul doute. Mais là, sérieusement, on nous prend de plus en plus pour des grosses cloches (ou pour les vaches à lait qui les portent au cou).

 

 


1. Institut Universitaire de Formation des Maîtres. On y trouvait peu d'universitaires, on n'y était pas vraiment formé et on n'y maîtrisait au final pas grand chose. En revanche, c'était bien un institut.

 

2. le filage de la métaphore est indépendant de la volonté de l'auteur. 

 

3. Effectivement, je ne sais pas compter : ça fait deux effets.

 

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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 16:52

sigle

 

 

« Si vous n'avez pas peur de la différence, venez à la kermesse que nous organisons cet après-midi. »


  C'est notamment à partir de cette phrase qu'est née mon exaspération et celle de certains de mes collègues. Bon, soyons honnêtes, nous étions exaspérés avant même d'arriver à cette réunion, pour la simple et bonne raison que, ce samedi matin-là, nous effectuions la moitié de notre journée de solidarité envers les personnes âgées, qui, dans l'Éduc'Nat', consiste à dépenser du carburant et rejeter du CO2 dans l'atmosphère pour aller roupiller sur une chaise (ou corriger des copies, pour ceux qui ont conservé leurs réflexes de l'IUFM1). Il faudra m'expliquer ce qu'y gagnent les petits vieux. 


  Au programme : présentation de l'UPI4, qui s'ouvre l'année prochaine entre nos murs.


« M'sieur ! C'est quoi, une UPI4 ?»

Bonne question, Arsinoé. Ça veut dire « Unité Pédagogique d'Intégration ». C'est un dispositif comme l'Éduc'Nat' les aime, destiné à accueillir en collège des élèves handicapés psychomoteurs (les UPI1, 2 et 3 se chargeant d'autres types de handicaps). Mais on ne les accueille pas à temps plein : ils viennent de temps à autre, et toute l'organisation est bien compliquée, vous l'imaginez. 


  Au passage, en tant qu'heureux professeur principal, j'avais déjà eu l'occasion d'assister à une réunion avec la coordinatrice de la chose (« professeur référent », que ça s'appelle, je crois… Peut-être même « professeurE référente », vu le délicat pédagol employé par la personne en question, qui ferait passer le + hype des formateurs IUFM pour un vieux réac' pratiquant la syllabique sur un manuel des années 20.), et ai donc eu l'immense plaisir d'entendre deux fois la même chose. J'espère que les petits vieux dont je suis solidaire auront eu deux fois du dessert, pour la peine. 


  Après avoir appris que nous étions le « terreau » sur lequel l'élève le « jeune » s'épanouissait à partir de divers « axes pédagogiques » (quand je vous disais que la référente employait un langage fabuleux), nous avons eu droit à un superbe powerpoint sur l'hôpital du coin, subtilement décoré de photos de masques de grands brûlés et autres réjouissances. On nous a ensuite seriné sur tous les tons les deux messages suivants :


1) Il ne faut pas avoir peur de la différence ;

2) les adolescents handicapés sont des adolescents comme les autres.


  J'avoue avoir du mal à synthétiser les deux idées sans déclencher une grève générale de mon sens logique.


  Alors qu'on soit bien d'accord : je n'ai pas peur de la différence. J'ai déjà côtoyé des personnes handicapées dans le privé comme dans ma scolarité ; j'ai même failli il y a deux semaines me coincer le dos en tentant avec d'autres usagers de faire sortir une personne en fauteuil roulant d'une station de métro remplie d'escaliers et de portes ma foi fort étroites. Bon, de là à aller voir une kermesse, il ne faudrait pas non plus trop pousser. En revanche, j'ai très peur POUR les élèves handicapés, qui vont être lâchés à certaines récréations au milieu de nos zébulons sautillants. Apparemment, je m'inquiète pour rien, puisqu'un bon discours aux élèves sur le fait qu'il faudra faire attention à leurs petits camarades suffira, semble-t-il, à régler le problème. La dernière intervention sur les méfaits du tabac ayant bien évidemment éradiqué toute cigarette du bec de nos élèves, je ne vois effectivement pas pourquoi je m'inquiète : la toute puissance de la parole est indiscutable, n'est-ce pas ?


  Mais qu'on soit bien d'accord : j'ai peur POUR les élèves handicapés car on leur fournit une scolarité au rabais, surtout. Derrière les appels aux bons sentiments et les procédés peu discrets de culpabilisation se cachent surtout des moyens de faire des économies, aussi bien financières que culturelles. Foin de structures adaptées coûteuses en petits groupes qui pourraient réellement les faire progresser : on n'a pas l'argent. Et demerdatum s'ils ne sont pas à tous vos cours : vous arriverez bien à leur apprendre quelque chose dans le cadre d'une pédagogie différenciée, n'est-ce pas ? De toute façon, l'objectif n'est pas qu'ils fassent le programme, mais qu'ils acquièrent des compétences du socle2. Il faudra donc se réjouir si l'élève handicapé, plombé par cette scolarité ô combien destructurée, parvient péniblement à la fin de l'année à faire le quart de ce qu'on attend d'un élève lambda de la classe : à partir du moment où il a progressé, inutile de trop  creuser pour savoir s'il a beaucoup progressé. N'ayant pas encore inventé la pédagogie régressive, je dois dire qu'on risque de s'auto-congratuler dans 100% des cas. Youpi ! 


  Je tiens donc à l'affirmer ici : si un élève handicapé se retrouve dans ma classe, il suivra les mêmes cours que les autres. On lui fera photocopier les cours auxquels ils ne peut assister, et il aura droit aux même contrôles que les autres, et sera noté comme les autres. Face à la rhétorique de la différence, je militerai toujours pour le droit à l'indifférence, le seul — à mon sens — à véritablement réaliser l' « intégration » pompeusement souhaitée dans l'intitulé du dispositif.


In cauda venenum3 : On n'est pas sûr d'avoir les subvensions demandées à temps, ni d'avoir tout court le personnel nécessaire pour que ça tourne et que les élèves puissent suivre dans de bonnes conditions. Ah oui ! évidemment, on n'est pas payé pour la surcharge évidente de travail que cela va nous demander si l'on commence à appliquer tous les merveilleux principes pédagogiques que l'on nous demande d'appliquer (et je ne parle pas des zolies réunions auxquelles on va avoir droit). Le plaisir d'avoir aidé un élève handicapé à valider trois items du socle est, je l'imagine, une gratification suffisante pour ne pas venir le salir avec des considérations bassement matérielles.


Moi, cynique ?



 


 

1. Institut Universitaire de Formation des Maîtres. On y est formé avant tout à faire semblant d'écouter le formateur tout en corrigeant discrètement des copies. Ou moins discrètement, parfois.


2. Eh oui ! Ils ont même réussi à nous le replacer ici. 


3. Oui, j'aime bien utiliser une petite expression latine de temps à autres. C'est quand même très décoratif.

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 12:56

poison coffee

 

  Pêché dans l'expresso du café pédagogique d'aujourd'hui :


« Angleterre : les conservateurs sacrifient les TICE pour économiser 7 millions ! »

 


  Et effectivement, les conservateurs anglais ont pris des mesures un peu fort de café, jugez plutôt :


« Après la mort programmée du Becta, le nouveau gouvernement britannique s'apprête à porter un nouveau coup à l'integration des TICE à l'école. Officiellement pour économiser 7 millions de livres, le nouveau curriculum de l'école primaire est annulé. Il devait entrer en vigueur à la rentrée 2010 et avait la particularité d'inclure les TICE dans les priorités de l'école. La littératie, la numératie, les TIC et le développement personnel étaient les 4 points importants de ces nouveaux programmes. On attendait des enfants un certain niveau de maîtrise des TIC, par exemple de Facebook, du tableur, de  Twitter,  et on considère cette exigence comme aussi importante qu'apprendre à compter. »

 


  Je vous propose de relire au ralenti :


« On attendait des enfants un certain niveau de maîtrise des TIC, par exemple de Facebook, du tableur, de  Twitter,  et on considère cette exigence comme aussi importante qu'apprendre à compter. » 



  Sur ce, en hommage aux Anglais, je vais me faire un thé… 

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 16:43

Super-NannyMeirieuadjani

 

 

Vous avez une majorité de ♣ : LA BRUTE


  De deux choses l'une : soit vous avez haï l'IUFM, soit, quand vous êtes devenu professeur, l'IUFM n'existait pas encore. Vous ne jurez que pas les bonnes vieilles méthodes. Enseigner, pour vous, c'est transmettre des connaissances, et tout le reste est littérature (de jeunesse). Vos poubelles regorgent de manuels scolaires "conformes aux nouveaux programmes" et de documents pour appliquer la dernière lubie pédagogique en date. Attention ! vous faites partie d'une espèce menacée, et il vous faut impérativement développer votre sens de la diplomatie et de la ruse pour pouvoir survivre dans ce milieu hostile qu'est devenue l'Éduc'Nat' actuelle, remplie de dangers tels que les grilles de compétences, les clefs-USB, les tableaux numériques ou le développement durable. Une seule seconde d'inattention et un vidéoprojecteur risque de pousser au plafond de votre salle ; un seul faux-pas et votre manuel de grammaire se retrouvera changé en citrouille. Soyez vigilant !   




Vous avez une majorité de ♥ : LE TRUAND


  Mais vous lisez mon blog, vous ? Alors je vous souhaite la bienvenue, cher disciple de Meirieu, nourri au dogme de l'élève au centre du système informatique et biberonné à la formation du citoyen 2.0. Rien n'est trop moderne pour vous, et d'ailleurs la modernité elle-même vous semble un concept has been. Vous êtes le technoprof du futur, thuriféraire des réformes diverses et variées qui visent à changer l'élève en apprenant et l'apprenant en citoyen. Aucune expression du Générateur de Vérités Néo-Pédagogiques Définitives ne vous est étrangère ; cependant vous ne comprenez pas pourquoi ce site fait rire certains de vos collègues. Mais je ne vais pas vous tenir plus longtemps, car entre deux formations du PAF sur l"emploi des TICE dans le cadre d'un projet cuisine auto-réflexive, vous avec un article à rendre aux Cahiers pédagogiques sur la guidance de l'enseignant dans le système scolaire finlandais. Ne vous surmenez pas trop quand même !  




Vous avez une majorité de ♦ : LE BON


  Vous, vous êtes un peu perdu. On vous avait dit que professeur, c'était un chouette métier, qui laissait du temps, offrait des vacances sympathiques et qui vous permettrait de faire partager à vos élèves l'amour que vous avez pour la français, les maths ou l'histoire (etc.). Vous ne comprenez donc pas bien ce qui s'est passé et pourquoi vous en êtes à prendre des antidépresseurs et à envisager une reconversion dans la plomberie, qui, selon Zorglub — votre bête noire de 3e — est un secteur qui rapporte quand même beaucoup + d'argent. Vous suivez le mouvement et restez discret, tentant de faire votre travail au mieux, tout en vous demandant parfois ce que ça peut bien être, votre travail : nounou ? assistante sociale ? animateur ? punching-ball ? Ce qui vous gêne un peu aux entournures, c'est que toutes les belles idées que l'on vous a mises dans la tête à grands coups de formations et de réunions pour faire de vous un enseignant formidable, eh bien elles ne marchent pas, et, au final, vous ne vous sentez pas formidable du tout… En fait, vous êtes trop gentil, et ça, l'Éduc'Nat' ne le pardonne pas… 

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 17:56

 

bonbrutetruand


  Petit test créé par votre serviteur dans un moment de désœuvrement. Faites-vous plaisir !


1) C'est la première heure de cours de votre vie. Les élèves vont bientôt arriver…

♣ Mon estrade ? Mais où est mon estrade ? Depuis quand n'y a-t-il plus d'estrade dans les salles de classes ?

♥ Le TNI fonctionne, les outils informatiques sont branchés : je vais leur montrer les TICE, moi !

♦ Alors je les fais ranger ou alors peut-être pas, je leur dis bonjour en souriant ou bien d'une voix ferme, j'écris mon nom au tableau mais où est donc mon stylo ?


2) Vous faites l'appel, quand soudain, sur votre liste d'élèves, vos yeux rencontrent ce nom délicieux : "Jason Slejdeniczi".

♥ J'ai fait un stage sur la prononciation des noms d'élèves en formation du PAF, même pas peur !

♦ « Jézonne Sledé… Jlésdé… Sladjé… euh ça se dit comment ? »

♣ « Jâââzont Seuléjeudénissi ». Je le prononce comme ça si je veux. Taisez-vous.


3) Vous prévoyez une interro surprise pour mardi prochain…

♣ Haha ! personne ne l'a vue venir !

♦ « Bon, euh... alors surtout révisez bien le cours pour mardi prochain... Non parce que c'est important de bien apprendre son cours régulièrement.»

♥ « Mardi prochain, il y aura une interro surprise. Voici les questions qui vous seront posées… »


4) La moyenne de la classe à l'interro surprise est de 5,5/20…

♥ Je ne vois pas de quoi vous parlez. Les notes, c'est dépassé. 16 élèves ont validé les compétences requises, et 7 sont en cours d'acquisition de la compétence "je me relis en faisant aller mon regard de gauche à droite puis en revenant à gauche et en recommençant" et c'est là l'essentiel. 

♣ Un peu facile, cette interro, quand même…

♦ Oh là là ! Je suis un prof nul ! Comment faire ?


5) Inspection dans 2 jours ! Que préparez-vous ?

♦ Au secours ! L'inspecteur préfère-t-il l'étude d'image ou la lecture analytique ? Quel est son point de vue sur la trace écrite ? 

♥ J'ai réservé le chariot multimédia pour une séance de travail en groupe à partir d'un document iconographique publicitaire sur le thème de la citoyenneté. Cela s'inscrit dans le domaine "arts, ruptures et continuités" du programme d'histoire des arts. L'inspecteur sera ravi. 

♣ Cours de grammaire sur le Complément d'Objet Indirect. Avec des exercices d'application. BEAUCOUP d'exercices d'application.


6) Votre chef d'établissement vous demande votre avis lors d'une réunion sur la remotivation des élèves par le biais des projets pédagogiques interdisciplinaires…

♥ Vous vous lancez dans la description de vos 3 projets de l'année : "approche didactico-ludique multimédia de Oui-Oui" en 6e, "Moyen-âge citoyen et papier mâché" en 5e, "mise en autonomie et pâte à crêpes" en 4e. Vous discutez ensuite avec un prof d'EPS sur la possibilité de travailler sur Antigone et le développement durable à travers la danse contemporaine en 3e. 

♣ Mon seul projet, c'est d'enseigner.

♦ Euh… je ne sais pas… Un défi-lecture ?


7) Conseil de classe ! On envisage un avertissement travail pour Zorglub.

♦ Vous vous rangez à l'avis général.

♥ Vous désapprouvez vigoureusement cette pédagogie de la sanction. Vous militez pour la mise en place d'un contrat de confiance entre tous les partenaires éducatifs.

♣ Seulement un avertissement ? Moi je voyais un blâme…


8) Conseil de discipline ! On envisage d'exclure définitivement Zorglub de l'établissement car il a menacé son prof de Technologie avec un fer à souder.

♣ Si ça ne tenait qu'à vous, on aurait exclu Zorglub une semaine après la rentrée des classes au lieu d'attendre jusqu'en mars.

♦ C'est quand même triste pour Zorglub, qui n'est pas méchant dans le fond... Mais bon, là, il a dépassé les limites.

♥ On ne lui a pas laissé sa chance : si les collègues pratiquaient la pédagogie différenciée et se rendaient plus souvent en salle multimédia pour faire acquérir aux élèves les compétences du B2i, on n'en serait pas là.


9) Votre prochain contrôle…

♣ … portera sur l'accord du participe passé des verbes pronominaux. Il sera constitué d'un montage de différents exercices collés sur la même feuille à la colle UHU.

♦ … portera sur les différents points de votre séquence pédagogique : les pronoms de reprise, l'énonciation et la figure du chevalier dans la littérature de jeunesse. Il sera tapé sous Word, même si vous n'arrivez toujours pas à numéroter les lignes du texte. 

♥ … portera sur les compétences 2 et 3 du pilier 6, sur la compétence 1 du pilier 7 et bon, un peu sur la compétence 2 du pilier 1 quand même. Il sera envoyé aux élèves sous forme d'un fichier .odt (le .doc, c'est tellement peu citoyen !).


10) Votre métier, c'est…

♥ … une courroie de transmission socio-pédagogique indissociable d'un travail sur le monde de l'établissement scolaire conçu comme lieu de vie.

♣ … la transmission des savoirs.

♦ … bien compliqué. D'ailleurs, si quelqu'un pouvait vous l'expliquer une bonne fois pour toutes, ça vous aiderait franchement.

 

  Comptez vos cœurs, vos carreaux et vos trèfles, et rendez-vous dans quelques jours pour le compte-rendu du test !

Mise à jour : Cliquez ici pour les résultats

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 11:45

labyrinthe

 

 

  Je n'avais pourtant pas la tête de l'emploi...


  Chez moi, le syndicalisme a toujours été quelque chose d'étranger. Partisan d'une certaine philosophie de l'individualisme où l'on compte sur ses convictions et sa force de conviction, sa diplomatie, ses qualités oratoires propres, son bon sens et celui de l'interlocuteur, je n'ai jamais envisagé un seul instant de me syndiquer lors de mon entrée dans le métier. D'autant que bon, toutes ces histoires d'orientation politique, très peu pour moi : je suis un bobo d'aujourd'hui, qui vote où il veut, selon des critères au mieux impressionnistes, et ne rentre dans une case que pour en ressortir aussitôt afin d'aller voir si l'herbe est aussi peu verte ailleurs. Le dilettantisme est un humanisme. Et n'oublions pas que nous parlons du syndicalisme français, et plus précisément du syndicalisme français de l'Education Nationale, qui, vu de loin et même de près, ne donne pas franchement envie de s'engager, empêtré qu'il est dans ses dissensions, ses lourdeurs, ses contradictions, ses idéologies et son manque général d'efficacité.


  Que s'est-il donc passé ? Simplement, j'ai constaté les dégâts. La lourdeur du syndicalisme n'est rien face à celle de l'institution, si l'on s'amuse à comparer. Moi qui me disait que professeur était un métier intellectuel, demandant des qualités de réflexion, de pondération, d'argumentation ; moi qui me voyais expliquant les bienfaits de ma pédagogie à mes chefs divers et variés au cours de pince-fesses cordiaux, je voyais soudain l'autre côté du miroir — qui était en fait la seule réalité... Mon avis, on s'en battait les gonades avec une porte-fenêtre.

  En revanche, on attendait de moi l'attitude du bon petit soldat obéissant, exécutant, pas rebelle pour un sou, et sommé d'exécuter tout et de préférence n'importe quoi sous le fallacieux prétexte qu'un fonctionnaire, ça ne doit faire que fonctionner. Ajoutez une dose de réprimandes gratuites, un zest de débilités pédagogiques inspectoriales, un chouïa de réunionnite et une pincée de cyclothymie administrative, mélangez, faites cuire à feu vif, et l'on obtient immanquablement le même résultat : je deviens insupportable, critique et gueulard.


« Alors que vous êtes quelqu'un de pourtant tellement drôle et sympathique, monsieur ! »

Merci, Clitandre. N'espérez toutefois pas que je vous rajoute un point à votre moyenne sous prétexte que vous savez bien lécher les bottes, hein...


  Or pour gueuler, pour marquer son désaccord, il n'est pas bien efficace d'être seul, et il est fort dangereux de n'être pas accompagné. 

  Bien entendu, si vos collègues sont globalement du même avis que vous, on peut se dire que tout va bien. Je n'en crois rien. Nous sommes tous soumis aux mêmes pressions, aux mêmes injonctions, et finalement, si nous sommes plusieurs, nous sommes quand même seuls dans notre établissement.

  À partir de là, du moment que j'étais devenu "celui qui gueule", c'est-à-dire l'équivalent d'un délégué syndical, il m'a semblé judicieux d'en avoir les avantages, i.e. de ne plus être seul, mais accompagné d'une véritable organisation.


  Le sujet de ce court billet n'est pas de faire un comparatif des syndicats de l'Éducation Nationale : ce serait long, compliqué et très polémique, bien entendu. Signalons juste que j'ai rejoint le SNALC, qui me correspond ma foi assez bien.

  Eh bien ce fut une vraie surprise : le syndicalisme, c'est passionnant. C'est un espace de discussion riche entre personnes avec lesquelles on partage certaines valeurs, ce qui évite d'avoir à tout recommencer depuis le début dès qu'on veut parler boutique. C'est le plaisir de se réunir de façon volontaire pour parler des problèmes qui nous concernent, enrichir mutuellement notre pensée et envisager des moyens d'actions aussi bien visibles (vous savez : les grèves !) qu'invisibles (quelles propositions fait-on sur ces projets de programme ? Que va-t-on dire au ministère ?). Et quand bien même on n'est pas vraiment écouté, parfois, on a la bonne surprise de voir, au détour de telle phrase de tel programme qui nous sied tout particulièrement, qu'on n'a pas été complètement inutile.


  Lors d'une réunion syndicale, hier, je me suis rendu compte que je me sentais à ma place. Rien que pour cela, je vais continuer. On veut faire de moi un pion ? Qu'on ne compte pas sur moi pour me rendre sans combattre, alors : un pion qui se déplace bien peut mettre en échec un roi ou une reine qui a manœuvré comme une cruche. Surtout s'il n'est pas seul. Mais bon, rassurez-vous, cher collègue : ce n'est pas encore demain que je chanterai L'Internationale à tue-tête. Le syndicalisme n'a aucun cas modifié ma personnalité : il lui a juste donné d'autres moyens d'action.


 

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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 19:40

 

Enregistrement

 

  Le Blog  Je Suis en retard, toujours à la pointe de l'information, a réussi, au péril de la vie de son informateur (désormais en vacances à Tahiti : le pauvre avait besoin de décompresser après ça... d'ailleurs, si des vacances à Tahiti vous intéressent, vous aussi, devenez informateur du blog  Je Suis en retard !), à se procurer un document top-secret en provenance directe de l'Inspection Pédagogique Régionale. Voici donc, sous vos yeux ébahis, la suite des aventures qui peuvent arriver au premier dear colleague qui passe dans le coin. Et pendant que Béralde vous distribue de nouveau des pop-corns...

 

« Y'a plus de pop corn, m'sieur ! Les lecteurs de la fois dernière ont tout mangé ! »

 

... et pendant que Béralde vous distribue des biscuits secs d'une marque premier prix, vérifiez que vous êtes bien assis. Si la première partie vous avait horrifié, sachez que ce n'est rien par rapport à ce qui suit...

 

 

Au nom de la loi !

 

  Alors, que se passe-t-il le jour J, à l'heure H, à la minute M, à la secon...

 

« J'crois qu'on a compris, là, m'sieur... »


  Bref, que va regarder votre inspecteur, que va-t-il évaluer, sur quelles lois écrites, tacites ou franchement personnelles va-t-il fonder son jugement pour dire que vous êtes compétent ou non ? Pour my dear colleagues, rien de plus simple : c'était marqué sur le papier ! Je nous propose donc de pratiquer cette chose injustifiable et moralement répréhensible — mais tellement délicieuse — qu'est la vengeance du sans grade sur le gradé, du prof lambda sur l'inspecteur alpha : à nous de juger des « critères d'observation » qui leur permettent de nous juger !

 

« M'sieur ! M'sieur ! On peut faire la même chose, nous aussi ? On peut vous noter et vous mettre des heures de colle ? »

Non, Célimène. C'est injustifiable et moralement répréhensible, je vous ai dit. Quel éducateur ferais-je si je vous laissais entreprendre de pareilles choses, enfin...


Allons-y !


  • En dominante discours continu et interaction1, retrait du professeur, pratique dense des élèves, abandon du questionnement magistral, travail par dominantes langagières par groupes différenciés au sein du groupe classe.

 

  Même pas de round d'observation : l'inspection frappe direct au foie : le prof doit s'effacer, arrêter de nous les briser menues avec le "magistral", et doit évidemment faire parler tout le monde en groupes différenciés. Comme le résume une dear colleague : apparemment, il suffirait de taper dans les mains, et hop ! Comme par magie, les élèves changent automatiquement de groupe et d'activité. David Copperfield, prends garde à toi !

  Ne vous demandez pas comment le prof "en retrait" peut simultanément vérifier que les élèves parlent correctement l'anglais dans les différents groupes (en espérant qu'ils y parlent anglais !) : vous ne trouverez aucune réponse à cette question. Mais bon, tant que les élèves ne sont pas brimés par l'horrible "questionnement magistral" — monstre hideux qui fait frémir d'effroi même le plus brave rédacteur des Cahiers Pédagogiques3 — tout ira bien et ils parleront tous anglais couramment, youpi.

 


  • En dominante compréhension écrite et orale, entraînement qui donne les outils de décryptage et permet d'émettre des hypothèses en interaction de tout le groupe pour aller du son au sens. A l'écrit, fléchage des réseaux sémantiques clairement identifiés, hypothèses de sens en interaction...

 

  Et là, soudain, même mon humour bon enfant fout le camp devant ce drame. Cher lecteur, adorable lectrice, vous avez devant vos yeux le dernier avatar d'un courant pédagogique auquel on doit la méthode globale et l'O.R.L.4 — c'est-à-dire ce qu'il y a de pire. Et puisque ça n'a pas du tout fonctionné  pour apprendre le français, alors généralisons donc joyeusement le principe aux langues vivantes, des fois que, par miracle, cette fois-ci ça marche... Et voilà donc les élèves sommés de nager dans un marasme linguistique trouble et d'émettre d'une voix pâteuse des "hypothèses" (comprenez : des "erreurs") sur une langue qu'ils ne maîtrisent pas, et qu'ils ne risquent ainsi pas de maîtriser davantage. Mais bon, tant que c'est fait en interaction, hein... au moins on a le plaisir de s'y mettre à plusieurs pour raconter n'importe quoi.

  Au passage, on aura remarqué qu'il ne faut surtout pas écrire : à la rigueur, on peut faire des flèches entre les mots.

 

  • ... Eviter le mode vérification du sens avec attente directe de la bonne réponse.

 

  Chers collègues, pourriez-vous changer de mode, s'il vous plaît ? Si mon lave-linge en est capable, vous devriez vous aussi y arriver... Ah oui ! et si vous pouviez également arrêter avec ce réflexe désagréable qui consiste à attendre la bonne réponse quand vous vérifiez si l'élève a compris le sens de ce qu'il a lu ou entendu. C'est vraiment insupportable. Laissez-le donc tâtonner et n'y rien comprendre : vous verrez, c'est tellement plus amusant. 


 

  • Performance des élèves en situation de tâches en contexte de vie réelle précise et non scolaire.

 

  Eh oui ! C'est déjà l'heure du Pédagol, version "pédagogie de la tâche", aujourd'hui. Vous aussi, ne dites plus : "je range mes couverts dans le placard" ; dites plutôt "je me mets en situation de tâche en contexte de vie réelle s'appréhendant comme un projet de  rangement des outils nutritionnants". Quant à envisager une tâche en contexte scolaire, vous n'avez tout de même pas envie que notre rédacteur des Cahiers Pédagogiques retourne aux urgences à peine sorti de l'hôpital, tout de même ? 

 

 

  • Oral non traité en mode participation mais en interaction naturelle de TOUS les élèves et en discours continu (aller au-delà du schéma un élève=un seul énoncé et insister sur les composantes socio-linguistique et pragmatique du discours.

 

  Oui, moi aussi, ça me choque terriblement, cette parenthèse non refermée. Plus sérieusement, vous aurez tous compris que l'élève ne doit plus participer en levant la main et en attendant que son professeur rétrograde l'interroge : il doit parler naturellement (et même parler naturellement en anglais ! Vous aussi, ça vous fait rire ?) avec tous ses camarades et sans s'arrêter. En résumé : c'est le gros bordel. Mais un gros bordel socio-linguistique et pragmatique.

 

 

  • Progression allant des tâches élémentaires et intermédiaires à la tâche finale qui n'est pas toujours en fin de séquence.

 

  Au cas où, on a remis du gras sur la tâche, pour bien faire comprendre que c'est important. Arrivé là, on s'étonnera à peine que la tâche finale  la fourbe  puisse ne pas être à la fin.

 

 

 

Je vous arrête là !

 

  Voilà donc un bref aperçu de ce que peut être une inspection, et des idéologies (là, je ne vois plus d'autre terme) qui nourrissent joyeusement le corps d'inspection. Certains inspecteurs ne les partagent pas, certains les partagent mais privilégient l'efficacité de l'enseignant qu'ils évaluent en allant au delà d'une simple querelle pédagogique. le jour de mon inspection, j'espère tomber sur un de ceux-là. Mais quelle que soit la personne en face, je crois que notre hypocrisie et notre tendance à "faire semblant" pour être bien noté (ou plus vraisemblablement pour ne pas être engueulé, déconsidéré, voire humilié), quoique fort compréhensible et complément humaine, nous dessert. Si nous ne montrons pas nos convictions en les argumentant solidement, en les défendant avec courtoisie mais également fermeté si besoin est, nous ne serons jamais entendus par notre hiérarchie.

 

  Je vous dis cela aujourd'hui en contexte scolaire, mais, bien entendu, nous en reparlerons le jour où je découvrirai qu'un inspecteur doit venir me visiter en contexte de vie réelle.

    

 

 

 


1. Rappelons pour les inattentifs ou les distraits qu'il existe 5 AL2 : compréhension orale, compréhension écrite, interaction, discours continu et expression écrite. 


2. Activités Langagières. Vous n'avez vraiment rien écouté au dernier cours, vous...


3. Attention ! La direction du blog  Je Suis en retard décline toute responsabilité en cas de crise cardiaque, chute de tension ou fou rire inextinguible pouvant conduire à l'étouffement subséquent à l'ouverture de ce lien.


4. Oto-Rhino-Laryngologue Observation Réfléchie de la Langue. C'est la chose qui était censée remplacer la Grammaire en primaire. Plutôt que d'apprendre les règles de la langue française et de les appliquer en s'exerçant de nombreuses fois, l'élève devait observer des textes et déduire au bout de deux ou trois siècles d'observation les règles de notre beau langage. Comme prévu, ça n'a pas marché. Mais ça a été appliqué, et même imposé dans les programmes jusqu'à peu. 

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14 avril 2010 3 14 /04 /avril /2010 11:33

gadget

 

  Le Blog  Je Suis en retard, toujours à la pointe de l'information, a réussi, au péril de la vie de son informateur (désormais interné à Sainte-Anne : le pauvre ne s'est pas remis de ce qu'il a vu), à se procurer un document top-secret en provenance directe de l'Inspection Pédagogique Régionale. Voici donc, sous vos yeux ébahis, les critères sur lesquels  my dear colleagues (les profs d'anglais, quoi...) ont été evaluated par l'inspecteur ! Asseyez-vous confortablement...

 

« M'sieur ! Je peux... »

Oui, Béralde, distribuez le pop-corn...

 

... dans votre siège : frissons garantis ! 

 

 

C'est moi que voilà !


  Une inspection, ça vous arrive dessus sans crier gare. Vous étiez tranquillement assis debout en train de faire cours à vos élèves sur l'imparfait du subjonctif ou le nombre d'Avogadro, et soudain vous apprenez que la semaine prochaine, l'inspecteur gadget viendra vous saluer fort cordialement, cher collègue ! Votre carrière est en jeu, votre notation risque de ne pas s'en remettre : bref, c'est un moment d'une importance capitale !


  ... Ou pas, en fait. Lorsqu'on y regarde de plus près, un inspecteur peut très difficilement vous baisser votre note pédagogique1, et vous ne serez certainement pas renvoyé parce que le cours se sera mal passé. En revanche, il peut vous engueuler si ce qu'il a vu ne lui a pas plu (mauvais inspecteur) ou vous conseiller de façon intelligente (bon inspecteur). Une étude menée par l'institut de pifométrie montre que les deux catégories susnommées sont fort bien représentées toutes deux. Ce n'est révéler qu'un secret de polichinelle que de signaler que certains inspecteurs se font un vrai plaisir de casser du prof.


  On peut également dire que cette évaluation est fondamentalement biaisée, puisque l'inspecteur se forge une opinion sur une unique heure de cours, dans une classe précise, alors que vous avez eu le temps de préparer ce que vous pensez qu'il attend de vous. Bref : l'inspecteur va assister à une jolie pièce de théâtre scolaire, au cours de laquelle vous pourrez lui sortir la dernière théorie pédagogique à la mode. Au final, l'inspecteur ne jugera pas un de vos cours "normaux", mais une représentation spécialement organisée en son honneur.


  Toutefois, un inspecteur dispose (pour le moment) d'une grande qualité que n'a pas, par exemple, notre chef d'établissement : c'est un pair. Au moins, il devrait comprendre ce qui se passe. Rien n'est plus agaçant qu'un chef d'établissement ancien prof de sport ou CPE en train de vous dire ce que vous devriez faire pour enseigner correctement les SVT ou la géographie. Ou l'inverse.


  En bref : c'est un mauvais système, mais les autres sont pire.

 

 

Ça va être la joie !

 

  La semaine dernière, deux de nos dear colleagues ont donc eu la joie de recevoir l'inspecteur. Et ils ont même eu droit à un beau papier pour savoir ce que l'on attendait d'eux.  Tout d'abord, ils ont pu travailler à la constitution de la pile de documents demandés suivante :

 

  • Présentation séquence synthétique (tableau 1 page)  

 

  Une séquence pédagogique est un ensemble de cours sur un même thème. Elle permet de décloisonner l'enseignement, au risque, parfois, d'abattre un mur porteur. Elle ne saurait être présentée autrement que sous forme d'un tableau lui-même fort cloisonné en "prérequis", "préaquis", "objectifs", "tâches"... Variez les catégories à votre guise suivant la matière, l'époque et les goûts de votre inspecteur.

 


  • Présentation de la séance observée avec mise en œuvre par dominantes langagières et tâches visées + contenu culturel (tableau 1 page

 

  Vous reprendrez bien un peu de Pédagol2 avec votre pop-corn ? Voici donc comme prévu venir la tâche (non, je ne parle pas de l'inspecteur...), qui est le dernier truc top-fashion de l'enseignement des langues vivantes. L'élève transformé en tâcheron : voilà qui a de la gueule ! On remarquera l'hilarante précision "+ contenu culturel", qui donne l'impression qu'on injecte la culture en cours comme une machine injecterait de la crème industrielle dans un chou que renierait mon pâtissier s'il l'avait fait.

 

 

  • Supports authentiques, de préférence hors manuel, utilisés dans la séance obervée 

 

  J'attends avec impatience qu'on m'explique ce qu'est un support inauthentique... Si l'on travaille sur le Bill of Rights, faudra-t-il apporter le manuscrit ? Et devra-t-on faire venir le journaliste de CNN en cas de compréhension orale ? On notera au passage que tout est fait pour compliquer la vie du professeur qui espérait bêtement pouvoir se servir de son manuel... Perdu !  

 

 

  • Exemples d'évaluations des 5 AL dans l'année

 

  AL, c'est "activité langagière". Il existerait apparemment cinq activités langagières : compréhension orale, compréhension écrite, interaction, discours continu et expression écrite.  

 

 

  • Implication dans l'établissement

 

  Voilà un "document demandé" fort original ! My dear colleagues, ne jetez pas vos factures et vos bons de commandes, ni vos papiers de réservation de cars en cas de voyage scolaire : une inspection est si vite arrivée ! Et si votre chef d'établissement vous a fait un petit mot doux pour vous remercier de votre implication dans le projet interdisciplinaire Citoyenneté & Pâte à Sel, dépêchez-vous de le photocopier !  

 


  • Utilisation TICE

 

  Vous pensiez être au top du pédagogisme avec votre séance sur la production d'écrit en groupes différenciés utilisant un instrument scripteur (cf. note de bas de page n°2) ? Que nenni ! Vous aviez oublié qu'aujourd'hui, il convient de remplacer l'instrument scripteur par l'outil informatique (comprenez : l'ordinateur) ! Allez, filez en salle info faire augmenter votre note péda !

 


  • Court CV avec adresse électronique, expérience et compétences diverses

 

  Hi ! My name est "My Dear colleague", my e-mail is "mydearcolleague@educ'nat.fr", j'have got une expérience de prof et j'have vendu des étoiles de sea quand je was 12. J'ai des compétences so diverses : je can touch my coude with my nez & je do so bien le cheese cake !

 

 

  Vous êtes désormais munis de tous vos documents ? Vous avez rappelé sur votre CV que vous avez été champion départemental de gymnastique à 13 ans et vérifié l'authenticité de vos supports (méfiez-vous des contrefaçons) ? Vous êtes donc fin prêt pour être observé dans votre milieu naturel : la salle de classe ! Rendez-vous très bientôt pour la deuxième partie, pleine d'« outils de décryptage », d'« émission d'hypothèses » et de « composante pragmatique du discours » ! Oui, je sais, le suspense est insoutenable...  


 


1. L'avancement des professeurs se fait sur la base de deux notes : la note administrative, qui augmente si votre chef d'établissement entend parler de vous en bien, et la note pédagogique, qui augmente quand votre inspecteur se souvient de l'existence de votre établissement. Autant vous dire que le système est fiable, équitable et performant...
 

2. Le Pédagol est le langage des têtes pensantes de l'EN et des scientifiques de l'éducation réunis, qui permet d'utiliser des mots très compliqués pour désigner des choses très simples. Le Pédagolien aimera les suffixes inattendus et vénèrera plus que tout les néologismes. Vous aussi, Pédagolez en faisant faire une production d'écrit à vos apprenants à l'aide d'un instrument scripteur. C'est quand même + classe que de faire faire une rédaction aux élèves à l'aide d'un stylo. 


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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 11:22

notesdessin qui fait un tabac en salle des profs

  Faut-il mettre les parents à la porte des établissements scolaires à grands coups de savates dans l'arrière-train ? C'est une proposition vis-à-vis de laquelle j'ai du mal à formuler une opinion tranchée, car deux points de vue s'affrontent en moi :

1) mon côté  « décliniste républicain réac' anti-pédagogo à bas les IUFM »
tend à penser que l'Educ'Nat' a form(at)é beaucoup de ses ouailles d'une façon tout à fait discutable, faisant la promotion de méthodes délirantes via des idéologies abstruses dont les méfaits vont encore se faire sentir longtemps, et même qu'on continue parce que quitte à faire fausse route, autant prendre la voie sans issue jusqu'au ravin final. 

« M'sieur ! Elle veut rien dire, vot' métaphore, là ! »

Oui, vous avez raison, Philinte. Je promets donc de ne plus faire de métaphores jusqu'à la fin de cet article !

  À partir de là, je comprends que les parents se soient emparés de la question, aient comparé les offres, soient pour certains devenus de véritables spécialistes de la controverse des méthodes de lecture ou du taux de grammaire dans le sang qu'un élève est en droit de devoir supporter.

  Et là, j'ose un aparté personnel. Ma mère, femme de tête et même de forte tête, avait, suite à un déménagement en Bretagne, demandé à rencontrer les directeurs des deux écoles primaires de ma ville, l'une publique, l'autre privée, afin de savoir où j'apprendrais à lire (en fait, il paraît que j'ai appris à lire devant les chiffres et les lettres. Betrand Renard, you rocked my world !). Nouvelles méthodes à la pointe de l'innovation pédagogique dotées de 3 lames qui reconnaissent le poil avant de l'esquiver ni vu ni connu, lui fut-il répondu chez mon futur employeur (l'État. Suivez un peu !). B.A.-BA et bonnes sœurs, lui expliqua-t-on à côté. J'eus donc quelques bonnes sœurs comme institutrices et appris à lire, fis de la grammaire à fond les ballons à l'aide de l'inénarrable BLED. Et ce fut le début d'une longue carrière d'élève dans l'enseignement privé. 

  Conclusion : si ma mère ne s'était pas sérieusement penchée sur la question, j'eusse fini dyslexique, et vous seriez en train de vous arracher les yeux au moyen de tenailles de forgeron devant l'orthographe cataclysmique de ce blog. Bon, peut-être pas quand même, mais disons que je crois avoir eu ce qui se fait de mieux. Merci les parents ! 

 

2) mais mon côté
« corporatiste syndiqué pragmatique professionnellement conscientisé  et tout aussi républicain que l'autre » objecte que les profs, c'est quand même moins pire que les parents, dans l'ensemble. Et que depuis qu'on a invité ces derniers à donner leur avis dans toutes nos instances — du conseil de classe des 5e mimis au conseil d'administration sur le budget de l'établissement — non seulement ils ne se privent pas de le donner, mais ça leur laisse également penser qu'ils peuvent tout se permettre. 
 
  Et, malgré quelques remarques de parents intelligents qui, généralement, comprennent bien que nous ne sommes pas des bons à rien qu'on a posés devant un tableau noir (ou blanc, ou numérique) en attendant les prochaines vacances, le bilan de l'intrusion des parents dans les établissements scolaires m'apparaît désastreux. Entre ceux qui règlent leurs comptes avec leur propre scolarité par enfants interposés, ceux qui pensent que leur bon sens va révolutionner le fonctionnement du collège, ceux qui pensent que l'école doit tout apporter à la chair de leur chair (ce qui les dédouanne d'apporter, eux, quoi que ce soit de vaguement éducatif), ceux qui nous demandent de remettre Zorglub dans le droit chemin alors qu'il faudrait peut-être commencer par lui enlever cette télé, cette console et cet ordinateur de sa chambre, ceux qui pensent que nous sommes vraiment tous des cons et ceux qui ne font pas franchement l'effort de penser, nous sommes servis. J'exagère ? Peut-être pas tant que ça, méfiez-vous...

  Bref, d'un côté, je suis pour que les parents soient investis dans l'éducation de leur enfant, qu'ils veuillent le meilleur pour lui et qu'ils s'intéressent à ce que nous faisons dans nos cours. Je suis pour qu'ils aient une claire vision de ce qu'un bon enseignement doit être. Mais j'ai du mal à les voir se regrouper en fédérations-lobbys quand c'est pour faire autre chose que de demander au rectorat que le prof en arrêt maladie depuis la Grande Peste Noire soit enfin remplacé. Surtout quand c'est pour nous en rajouter une couche question idéologie lénifiante et bien-pensante, comme si on n'en avait pas reçu assez, de l'idéologie bien-pensante et lénifiante. Surtout quand c'est pour hurler à la mort dès que la prunelle de leurs yeux ramène une punition au foyer familial, et prendre — mal typique de l'école d'aujourd'hui — systématiquement la pose du défenseur de l'enfant devant le prof, quand il faudrait évidemment faire l'inverse dans 95% des cas minimum. Parents, montrez au sale gosse que les adultes se serrent les coudes pour tirer le meilleur de lui, quitte à parfois le presser comme un citron lorsqu'il l'a bien mérité (tant pis pour ma promesse de ne plus faire de métaphores...) plutôt que de... euh... là, je n'arrive pas à filer mon image, mais vous aurez compris !


 
  La prochaine fois, je vous raconterai l'histoire de Ma Dalton, mère d'élève tout à fait typique de ces parents qui nous donnent une irrépressible envie de piquer ses clefs à la gardienne afin de verrouiller l'établissement à double tour dès qu'elle s'en approche à moins de 10 km. En attendant, parents et collègues (et vous aussi, individus schizophrènes qui parvenez à être les deux à la fois !), défoulez-vous dans les commentaires ! 

 

 

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17 mars 2010 3 17 /03 /mars /2010 17:55

chambre lit bebe de cododo sans barriere 

 

  Oui, je sais, le titre de cet article n'est pas vendeur. Et, autant vous prévenir tout de suite, le contenu est presque sérieux. Vous êtes toujours là ? Alors tant pis pour vous ! 

  Je lisais récemment le dernier livre d'Élisabeth Badinter (Le Conflit : la femme et la mère1) quand, au détour d'une explication sur le cododo2 et les mérites comparés de l'allaitement mammaire et biberonesque3, je n'en crois pas mes yeux (mais comme j'ai oublié ma paire d'yeux de rechange, impossible de confirmer ou d'infirmer ce doute cartésien) : là, aux pages 88-89, on a mis un nom clair sur et donné une explication précise à mon vécu professionnel.

  Badinter nous parle de la philosophie féministe du care (mot anglais non encore traduit par la
Commission Générale de Terminologie et de Néologie), qui signifie en gros le « souci fondamental du bien-être d'autrui ». Pour faire vite — car je vois bien que vous commenciez déjà à piquer du nez au moment où vous avez lu l'expression « philosophie féministe » — des féministes extrêmistes radicales auraient théorisé que l'expérience de la maternité chez la femme développerait une « attention particulière à la dépendance et à la vulnérabilité des êtres humains ». D'où création d'une éthique féminine opposée à l'éthique masculine dominante (la vilaine). Là où la morale masculine, faite de justice, s'articulerait autour de règles impartiales et universelles (et donc, en tant que telles, indifféremment appliquées à tous), la morale féminine, particulariste, s'attacherait au concret, à l'aspect unique d'une situation réelle donnée afin d'apporter non pas une réponse validée par des principes, mais une vision prenant en compte  les « contextes de vie des personnes », permettant ainsi de faire preuve de sollicitude (traduction à peu près correcte du mot care. J'espère que la Commission me lit).        

  Ça y est : tout est limpide ! Nos établissements scolaires baignent dans le care. Le principe d'individualisation de la sanction, la pénétration parentale de nos diverses institutions et réunions (car qui mieux qu'une mère  — sauf quand elle a égaré son tire-lait et donc que Junior doit rester clampé à son disributeur automatique de lolo — peut venir expliquer au prof l'intérêt de l'élève — pardon ! — de l'enfant ?), les interminables discussions sur les problèmes familiaux de tel ou tel élève (« on t'a dit d'écrire "enfant", Celeborn ! »), les messages précisant de ne pas trop brusquer l'élè... l'enfant car son chien est mort la semaine dernière (oui, j'exagère. N'empêche que j'ai croisé récemment un mot sur le tableau de la salle des profs signalant que deux gosses avaient été choqués du cambriolage de leur maison pendant les vacances et qu'il fallait y aller mollo avec eux), les infinies arguties sur le fait que Zorglub4 va mal prendre l'avertissement conduite que des profs psychorigides envisagent de lui mettre (ou  sur le fait que si les félicitations lui passent sous le nez, ça va le "braquer") : tout ça, c'est du care, en veux-tu en revoilà !  

  N'étant ni sociologue, ni psychologue, ni chercheur en sciences de l'éducation (Dieu m'en garde !), je ne puis établir de lien clair entre cette transformation de l'éthique scolaire et la perte d'autorité et de considération que nous subissons aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain. Mais que les deux choses soient liées m'apparaît comme une évidence : à force de prendre en compte la spécificité de chacun et le ressenti (supposé, a plupart du temps : car si on psychologise à fond les ballons  dans l'Educ'Nat', peu de gens y sont diplomés en psychologie ou spécialistes en neurosciences) aussi bien du gamin que de la mère de famille qui, forcément, SAIT les choses car elle a donné la vie, j'ai peur qu'on en oublie l'autorité, remplacée par le vaseux concept de respect, dans lequel chacun mettra bien ce qu'il veut. Je pense que c'est aussi lié à l'extrême féminisation de notre métier (et là j'ai une pensée émue envers mes collègues profs de sport, derniers bastions de la virilité menacée par le déferlement des mères de famille), qui entraîne quasi mécaniquement un glissement de l'éthique de la justice et de la justesse du principe à celle de l'ajustement perpétuel du care.

  Qu'on me comprenne bien : je n'ai rien contre les mères de famille (coucou chères lectrices ! Allez, s'il vous plaît, rangez donc ce regard noir et ce rouleau à pâtisserie5) ; j'ai contre l'éthique du care, qui ne nécessite d'ailleurs pas, pour être appliquée, d'être une mère de famille, ni même une femme (il est d'ailleurs des mères de famille dont l'éthique de justice m'impressionne), mais disons que ça aide. Et si vous n'étiez pas d'accord avec cette petite analyse, ceci est un espace de discussion : les commentaires sont à vous !




1. Toutes les citations qui suivent sont tirées de cet ouvrage, au demeurant passionnant.

2. Pratique tribale, partagée par les femmes papoues et par celles du 2e arrondissement de Paris, consistant à dormir avec son enfant plutôt qu'avec son mari.

3. Sachez toutefois qu'on peut mettre un sein dans un biberon au moyen d'un formidable appareil : la trayeuse automatique le tire-lait. Un étude récente menée sur un panel pas du tout représentatif démontre qu'un homme mis en présence d'une femme en train d'utiliser un tire-lait devient immédiatement homosexuel pour les prochaines 48 heures.

4. Ayant déjà rencontré un homme nommé Kévin absolument charmant, je me suis promis de ne plus utiliser ce prénom pour me moquer des élèves tout pourris. J'ai donc trouvé Zorglub pour le remplacer. Si toutefois vous vous appelez Zorglub et vous sentez discriminé par mon article, n'hésitez pas à contacter la
Halde.

5. « Et c'est avec un aussi vilain cliché sexiste que tu penses t'en sortir, toi ?» (note d'une mère de famille, lectrice assidue de ce blog)
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