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21 mai 2011 6 21 /05 /mai /2011 16:39

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Projet de nouveau programme de littérature en Terminale (allégorie)

 

 

 

  Un titre de bon goût pour une réalité de très, très mauvais goût. La réforme du lycée avançant, bientôt, ce sont les élèves de Terminale qui vont voir fondre sur eux de nouveaux programmes, dont les projets sont tous plus déprimants les uns que les autres. Une analyse rapide de la situation permet de mettre au jour plusieurs contradictions dans la réforme que nous subissons et qui est, de loin, ce que le gouvernement actuel a fait de pire : 

 

 

 

La différenciation des séries

 

  C'est l'un des chevaux de batailles de cette réforme : la L doit être littéraire, la S doit être scientifique… Les horaires des matières scientifiques en séries S ont donc… diminué. L'horaire de français/littérature en série L a donc… diminué. Supprimer l'histoire-géographie en Terminale S ne permet pas d'affirmer que, soudainement, la série S est davantage recentrée sur les sciences. Elle est simplement mutilée d'une part de son aspect généraliste, sans contrepartie scientifique, au contraire. Quant à la série Littéraire, introduire une option droit (dont nous allons reparler) en concurrence avec les autres options ne la rend pas plus lisible ni "revalorisée", bien au contraire.  

 

 

 

L'interdisciplinarité

 

  Le concept au nom duquel on fait n'importe quoi. Sans une fois encore rappeler qu'une réelle interdisciplinarité n'est praticable qu'à partir du moment où les disciplines concernées sont correctement maîtrisées, on s'étonnera devant le paradoxe suivant : la revendication d'interdisciplinarité conduit à une atomisation du savoir. Auparavant, on faisait en Terminales L des lettres (en cours de lettres) et des langues (en cours de langues). Désormais, on fera des lettres (mais moins), des langues (mais moins) et de la « littérature étrangère en langue étrangère » ! Potentiellement avec un autre professeur, donc, et avec en tous les cas un programme réservé à la chose. Grâce à l'interdisciplinarité, une nouvelle discipline ! On avait déjà mixé les lettres et l'histoire pour faire de la bouillie de la « littérature et société » ; ça n'a rien donné : on recommence donc ! À force d'échouer, on va peut-être finir par réussir, qui sait ? En attendant, les élèves apprécieront cette nouvelle matière au programme tellement nébuleux que le professeur pourra traiter tout, son contraire, rien, ou même, avec un peu de chance, quelque chose. Mais quelque chose d'autre que son collègue du lycée d'à-côté. On pourra trouver inquiétante la multiplication de programmes affichés comme nationaux mais dont les contenus laissent à chacun la possibilité arbitraire de faire des choix, y compris des mauvais choix. Cela est également le cas en histoire-géographie, matière dans laquelle votre enfant, en salle 12 avec Madame Machin, ne traitera peut-être pas les même notions que l'enfant qui se trouve en salle 13 avec Monsieur Bidule.

 

 

 

Les programmes

 

  Ils sont frais ils sont beaux, mes programmes ! En fait, ils sont surtout putassiers et indigents. Une véritable initiation au droit paraissant hors de question, on se contentera de proposer une option « droit et grands enjeux du monde contemporains » où il ne faudra pratiquer que la « démarche inductive » sur des thèmes dont la cohérence juridique pourra échapper aux vrais juristes. Mais bon, tant que « le sexe et le droit » fait saliver nos lettreux, pourquoi s'embarrasser avec un véritable enseignement du droit ? Quant à l'aspect logique et rigoureux du droit, il sera tout de suite renforcé par le fait qu'on ne pourra conjuguer cette option avec l'option Mathématiques. De toute façon, en option Maths, en L, on a banni le raisonnement puisque l'on ne fait plus que des maths appliquées, alors ce n'est peut-être pas une si grande perte.

 

 

  Au rayons des choses qui ne sont peut-être pas de si grandes pertes que cela, parlons de la disparition de l'Histoire-Géographie en Terminale S. Choquant ? Accablant ? Consternant ? Révoltant ? Avant de vous enchaîner aux grilles du lycée, regardez les programmes en ES et en L, et pleurez un bon coup. La mondialisation vous paraît un concept mille fois rebattu ? Attndez un peu de la traiter à travers le cas (imposé) du… football ! Si si ! « le football, entre mondialisation et ancrage dans les territoires (étude de cas) » : c'est dans le programme de géographie ! Le même programme dans lequel on commence l'année par la question « des cartes pour comprendre le monde », qui consiste à faire de la critique de cartes juste pour le plaisir de faire de la critique de cartes. On y est enfin : on s'intéresse désormais uniquement à l'outil de représentation et non à ce qu'il représente. On a fini par évacuer complètement le savoir ! 

  Du côté de chez Swann l'histoire, ce n'est guère mieux, et la chronologie est encore passée par pertes et profits ! On commencera ainsi par la « lecture historique du patrimoine d'un centre urbain ancien » (au choix Paris, Rome ou Jérusalem, qui ont un patrimoine similaire du point de vue historique, c'est bien connu…) avant d'étudier « l'historien et les mémoires » (non non, on n'étudie plus l'histoire, on étudie désormais l'historien !) à l'aide de la Seconde Guerre Mondiale ou de la Guerre d'Algérie (au choix !). Après s'être intéressé à « religion et société » depuis 1880 aux USA ou en Russie, on croisera la culture ouvrière au Royaume-Uni dans les années 80, les médias en France depuis 1890 et l'État-Nation en France depuis le XIIIe siècle ! Oui, dans cet ordre ! Le savoir historique est complètement déconstruit ; on papillonne à droite à gauche — un thème par-ci, un pays par-là — et surtout l'on ne fait, une fois encore, pas la même chose que son voisin, puisque certains parleront de Rome, de 39-45 et des USA tandis que d'autres verront Jérusalem, la guerre d'Algérie et la Russie. 

 

  J'ose à peine à ce moment évoquer les programmes d'ECJS1 — grâce auquel on pourra créer une intéressante passerelle avec celui de géo puisque l'on y croisera « la violence et le sport ». On y trouve tous les ingrédients pour mener des débats fumeux sur l'actualité, mais sans les connaissances pour que le débat serve à quoi que ce soit. On baragouinera ainsi sur la bioéthique (mais sans faire de biologie en L et en ES), l'argent (mais sans faire d'économie en S et en L) ou encore l'immigration. Ça promet des grands moments d'écoute et de respect mutuel dans les salles de classe…  

 

 

  Au final, si l'on ne devait en retenir qu'un, l'on retiendrait le programme de Littérature en L2. En effet, on y a tout simplement supprimé la littérature. Passons sur le fait qu'il n'y ait plus que deux thèmes car il n'y a plus que deux heures (en lieu et place de quatre thèmes et quatre heures auparavant). Ce qui est proprement scandaleux, ce sont les thèmes en question ! Dites adieu aux « grands modèles littéraires » ou au thème « littérature et débat d'idées », et bienvenue aux deux thèmes suivants (les deux seuls, donc) : « littérature et langages de l'image » et « lire-écrire-publier ». Non, je ne plaisante pas. Il n'y a officiellement plus d'étude de la littérature en cours de Littérature : on n'y étudiera désormais plus que son rapport à l'image et le processus de création et commercialisation des œuvres littéaires. Les mythes ? Les courants littéraires ? La beauté du texte ? L'engagement ? La recherche esthétique ? La critique sociale ? Le style ? Oubliés. Disparus. Annihilés. Vaporisés. Trou noir. Néant. Vide. Prout. 

 

  Je vous souhaite une bonne fin de journée ! 

 

 


1. Éducation Civique, Juridique et Sociale. Le truc bien-pensant qu'on nous a désormais collé à tous les nivaux, et qui n'en peut plus de dégobiller à tous propos les mots « respect », « tolérance », « débat » et « citoyenneté », quand il n'en vient pas à cette horreur suprême : faire de « citoyen » un adjectif qualificatif.

 

2. En fait, je retiens aussi celui-là car je ne maîtrise pas bien les changements dans les programmes de maths ou de SES. N'héitez pas à les commenter juste en-dessous de cet article ! 

 

 

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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 16:50

2010

Dernier projet de réforme de l'Éducation Nationale (copyright Daniel Potvin)

 


  Après cette petite interruption, le blog reprend du service ! Souvenez-vous : nous étions en train de contempler le panorama des réformes — réelles ou juste envisagées — de ces dernières années (épisode précédent à lire ici). Et nous voilà donc arrivés en 2010 !

 

Je rappelle au passage que chaque réforme peut marquer :

  • des points réunionnite  → réforme qui demande de faire des super réunions passionnantes ! 
  • des points homme-orchestre  → réforme qui vous demande de faire de la chute libre tout en préparant une pâte à pizza bio et en chantant le deuxième air de la reine de la nuit en loucherbem. Pourtant, vous pensiez être professeur documentaliste. 
  • des points bons-sentiments  → réforme qui va évidemment mieux faire réussir tous les élèves, évidemment avec moins de moyens. Évidemment. 
  • des points presse  → non, ça, c'est pas une réforme, juste un effet d'annonce pour faire croire qu'on fait des trucs, au ministère.

 

 

2010

 

  En 2010, nous nous repûmes1 des réformes suivantes :

  • La création des établissements CLAIR2, ou comment réinventer les ZEP en pire. Expérimentons à tout va, faisons entrer insidieusement l'idée que les chefs d'établissement sont à même de recruter les profs, inventons un nouvel échelon hiérarchique (les préfets) afin de créer une ambiance encore plus conviviale et sympathique où l'on fera pression sur votre collègue qui n'enseigne pas comme vous. Dénationaliser l'Éducation Nationale, ça ne fonctionne clairement pas, alors autant continuer. (3 points réunionnite, 2 points homme-orchestre, 1 point bons sentiments)

 

  • La Réforme du lycée, ou comment faire vraiment n'importe quoi. On vous vend à la télé de l'accompagnement personnalisé en classe entière dont les horaires ont été pris sur ceux des matières principales. On fait une série S plus scientifique en diminuant les horaires des matières scientifiques (je vous jure). On met en place des modules bizarroïdes sans véritable cadrage, et sans même parfois savoir quels profs vont bien pouvoir les assurer. Probablement ceux qui auront les heures pour le faire, en fait. Cette réforme est un saccage, un vrai, et en plus on vous fait croire que c'est pour le bien des élèves. Révoltant. (10 points réunionnite, 2 points homme-orchestre, 5 points bons sentiments, 2 points presse)

 

  • La mise en place des ULIS3 en lieu et place des UPI4, où comment changer le nom du dispositif. Voilà, en fait c'est tout. (aucun point !!!)

 

  • La réforme de la formation des professeurs et la Masterisation, ou comment faire croire qu'on recrute des professeurs mieux qualifiés et d'un niveau plus élevé, alors que le concours cette année est devenu un vrai moulin à vent et que les stagiaires sont traités à peine mieux que des chiens. Comment faire croire aussi qu'on revalorise le métier en donnant au final moins d'argent. Immonde. (1 point bons sentiments, 3 points presse)

 

  • L'obtention nécessaire du C2i2e5 et du CLES5 pour devenir professeur, ou comment compliquer la vie des gens pour rien (de toute manière, on les donnera : il suffit de voir ce qu'on a fait avec les accréditations pour enseigner l'anglais en primaire). Et je suis sûr qu'un jour, si un professeur d'anglais est absent, on se souviendra que vous avez le CLES… (3 points homme-orchestre)

 

  • Le Socle Commun ! Bon, je ne vous en reparle pas, hein ? (666 points réunionnite, 13 points homme-orchestre)

 

  • L'Histoire des arts ! Bon, je ne vous en reparle pas non plus ? (facile 10 points réunionnite et 10 points homme-orchestre)

 

  • Les états généraux de la sécurité à l'école, ou comment brasser de l'air. De plus, l'institution créée par Philippe le Bel et clôturée par le serment du Jeu de Paume n'avait pas mérité ça (5 points presse)

 

  • L'appel à des retraités et à des étudiants pour remplacer les professeurs absents, ou comment montrer que le système a bien bénéficié de toutes les réformes précédentes ! (3 points presse en moins !)

 

  • La proposition d'un enseignement de philosophie en Seconde ET en Primaire, ou comment not'bon'ministre s'éclate dans les médias pour tromper son ennui. Un p'tit cours d'ethnobotanique en moyenne section de maternelle, aussi, pendant qu'on y est ? (1 point presse)  

 

 

BILAN 2010

Points Réunionnite : 689

Points Homme-Orchestre : 30

Points Bons-Sentiments : 7

Points presse : 8

 

  La prochaine fois, nous finirons en apothéose avec l'année 2011 ! Vous verrez, c'est très beau aussi ! 

 


1. Oui, mon dictionnaire des synonymes commence à montrer quelques signes de faiblesse…

 

2. « Collèges et Lycées pour l'Innovation, l'Ambition et la Réussite », nous dit Eduscol. Chez moi, ça donne « CLIAR », mais on n'est pas à ça près.

 

3. Unités Localisées pour l'Inclusion Scolaire.

 

4. Unités Pédagogiques d'Intégration. Si vous passez les concours pour être Personnel de Direction, vous avez deux heures pour expliquer la différence entre « inclusion » et « intégration ». Bon courage !  

 

5. Respectivement « Certificat Informatique et Internet niveau 2 Enseignant » et « Certificat de Compétences en Langue de l'Enseignement Supérieur ». Le service des acronymes a encore frappé. 

 

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 11:53

2009

« Tiens ! Encore une réforme, chère collègue ! 

— On en est à combien, déjà, depuis notre titularisation ? »

 

 

  La dernière fois, nous avions vu que les années 2006 et 2007 n'étaient pas en reste concernant l'épidémie de réformite qui touche notre beau métier. Peut-être vous sentez-vous, merveilleux lecteur, fabuleuse lectrice, un peu blasé depuis. Plus rien ne peut vous atteindre. Plus rien ? Attendez de voir ce qu'il s'est passé en 2008 et en 2009 !

 

  Je rappelle au passage que chaque réforme peut marquer :

  • des points réunionnite  → réforme qui demande de faire des super réunions passionnantes !
  • des points homme-orchestre  → réforme qui vous demande d'interroger la notion de noumène chez Kant tout en remportant un championnat de crochet en mailles coulées et en séparant le blanc des jaunes sans utiliser votre main droite. Pourtant, vous pensiez être prof d'espagnol. 
  • des points bons-sentiments  → réforme qui va évidemment mieux faire réussir tous les élèves, évidemment avec moins de moyens. Évidemment. 
  • des points presse  → non, ça, c'est pas une réforme, juste un effet d'annonce pour faire croire qu'on fait des trucs, au ministère.

 

 

2008

 

En 2008, nous nous pâmâmes1 devant :


  • la Réforme du Primaire, ou comment aider les élèves en leur retirant deux heures de cours par semaine pour s'en servir pour… aider les élèves. Je ne suis peut-être pas très clair, là… En gros, l'ensemble des élèves ont perdu deux heures de cours en classe entière. À la place, ces deux heures sont utilisées pour aider les élèves les plus en difficultés en faisant le l'accompagnement personnalisé2. À l'Éducation Nationale, on est les spécialistes du « faire mieux avec moins ». Toutes les multinationales nous envient. (3 points bons sentiments, 1 point presse)

 

  • La généralisation de la semaine de 4 jours en primaire, ou comment faire une réforme nocive pour mieux la défaire après en disant que non, vraiment, c'était pas bien. (3 points presse)

 

  • Le Bac Pro en 3 ans, ou comment chercher à atteindre le « 80% d'une classe d'âge au niveau du bac » en remplaçant les BEP3 en 3 ans par des… Bacs en 3 ans. Et pour que les élèves l'obtiennent, ce foutu bac, mettons donc le maximum d'épreuves en CCF4. Déprimant. (5 points bons sentiments, 3 points presse)

 

  • La suppression des IUFM, ou comment ne pas les supprimer. En fait, on les a intégrés aux universités. Maintenant, ils peuvent faire le mal à plus grande échelle, et nettement plus discrètement. Un bien bel exemple du principe de l'effet d'annonce qui, quand on entre dans le détail de la réforme, ne correspond pas du tout à la réalité. (3 points presse)

 

  • Les stages d'anglais gratuits au lycée pendant les vacances scolaires, ou comment essayer de faire quelque chose pour colmater les brèches. Bon, ensuite, encore faut-il les personnels et les moyens pour les faire, ces stages. Mais ça, on n'a pas trop prévu. (1 point presse)

 

  • L'accompagnement éducatif en collège, ou comment mattre en place une structure d'aide aux élèves complètement informe, qui peut aller de l'aide aux devoirs assurée par un surveillant qui traînait par là à une activité tennis de table  ou broderie au point de croix, si on a un chef d'établissement suffisamment ouvert d'esprit. Une fois encore, les établissements se débrouillent, et on donne beaucoup d'argent au début puis, les années passant, de moins en moins. (1 point réunionnite, 2 points homme-orchestre, 2 points bons sentiments, 1 point presse… une réforme qui joue sur tous les tableaux !)

 

  • Le parrainage d'un enfant victime de la Shoah par chaque élève de CM2. Si si, souvenez-vous, ça avait été proposé sérieusement. Mais le délire a ses limites, même dans l'Éducation Nationale. Ouf ! (8 points presse)

 

 

2009

 

  En 2009, nous nous délectâmes de :

  • L'autonomie des Universités, où comment faire gérer la pénurie à l'échelon local pour encourager la chienlit et pouvoir ensuite stigmatiser la mauvaise gestion. Astucieux. (2 points bons sentiments, 2 points presse)

 

  • Les Équipes Mobiles de Sécurité académiques, où comment faire un conglomérat de personnels de direction, de professeurs, de CPE, de médiateurs, d'adjoints et de policiers à la retraite pour rétablir le calme dans les établissements scolaires. On en rit encore. (1 point homme-orchestre, 1 point bon sentiment, 1 point presse)

 

  • Les collèges et lycées expérimentaux avec cours le matin et sports/arts/loisirs l'après-midi, où comment vouloir faire entrer ses bons sentiments dans un réel qui n'a pas la bonne taille. Dans certains cas, on a juste supprimé un peu de français par-ci par-là, pour que ça passe. Bref : c'est abominable à organiser, ça ne met certes pas en valeur l'instruction, et au final, ça ne ressemble à rien. Il paraît donc nécessaire de le généraliser ! (3 points bons sentiments, 3 points presse) 

 

  • Le recrutement de Josette Théophile, Directrice des Ressources Humaines. Oui : 1 DRH pour tous les profs de France ! Ça, c'est de la réforme ! Généralement, elle sert surtout à nous enfoncer à la télé et à la radio. Toujours agréable… (5 points presse)

 

  • La mise en place d'une cagnotte collective pour les classes assidues. Une idée fumeuse du recteur de l'académie de Créteil pour lutter contre l'absentéisme, sur le principe de la carotte, mais en remplaçant la carotte par des billets de banque. Idée rapidement abandonnée d'ailleurs. Le recteur a été sanctionné en étant nommé directeur général de l'enseignement scolaire. Ah ! On me signale qu'en fait, il s'agirait d'une promotion ! Au temps pour moi ! (10 points presse)

 

 

BILAN 2008/2009

Points Réunionnite : 1

Points Homme-Orchestre : 3

Points Bons-Sentiments : 16

Points presse : 41 (!!!)

 

  Oui, on a beaucoup communiqué en 2008/2009, et pour pas gtrand chose. Mais attendez la semaine prochaine : en 2010, vraiment, cela devient fabuleux !



1. Deux accents circonflexes ! Qui dit mieux ?

 

2. Ou est-ce de l'accompagnement indéividualisé ? À un moment, je me mélange…

 

3. Brevet d'Études Professionnelles. 

 

4. Contrôle en Cours de Formation. Ou comment remplacer progressivement un examen anonyme et national par des épreuves organisées dans chaque établissement pour obtenir le meilleur taux de réussite possible. 

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 18:02

2007

Professeur se réfugiant dans sa salle de classe (à gauche) devant l'afflux de nouvelles réformes

(notez à droite l'inspecteur tenant dans sa main un artefact pédagogique)

 

 

  La dernière fois, nous avions vu que l'année 2005 fut prolifique en réformes merveilleuses et qui ont tellement amélioré notre fonctionnement… Voyons si les années 2006 et 2007 (qu'on regroupera) ont su nous apporter des lois dignes de figurer au panthéon des plus belles co**eries innovations jamais conçues pour modifier notre métier et sublimer notre système.


  Je rappelle au passage que chaque réforme peut marquer : 

  • des points réunionnite  → réforme qui demande de faire des super réunions passionnantes !
  • des points homme-orchestre  → réforme qui vous demande de changer un joint de culasse tout en gagnant un concours d'apnée et en montant une équipe de curling au Soudan. Pourtant, vous pensiez être prof de français.
  • des points bons-sentiments  → réforme qui va évidemment mieux faire réussir tous les élèves, évidemment avec moins de moyens. Évidemment.
  • des points presse  → non, ça, c'est pas une réforme, juste un effet d'annonce pour faire croire qu'on fait des trucs, au ministère.

 

 

2006

 

  En 2006, nous nous ébahîmes1 devant :


  • les Établissements RAR2, ou comment poser un dixième pansement au mercurochrome sur un cancer en phase terminale. On collera le collège de « zone sensible » et les écoles du coin dans un joli projet doté d'un beau « Contrat d'objectif », on y valorisera l'« expérimentation » car c'est toujours sur les élèves défavorisés qu'il vaut mieux expérimenter3, on prétendra y attirer des « professeurs expérimentés » pour y mettre en réalité des néotitulaires car on n'a qu'eux qui peuvent être forcés à y aller, on envisagera même d'y placer des professeurs bivalents en 6e car l'ambition et la réussite, ça nécessite des enseignants moins spécialisés. 4 ans avant la grande invasion des compétences, on prévoira déjà de ne faire acquérir que les compétences du socle commun dans ces « haut[s] lieu[x] d'exigence scolaire » (sic). Le tout avec des moyens supplémentaires, mais pas trop quand même (et qui iront surtout en diminuant). (3 points réunionnite, 5 points bons sentiments)

 

  • le CAPES bivalent, ou comment réinventer le vieux corps des PEGC4 en faisant passer ça pour une innovation. En résumé, en passant son CAPES, on pourra passer une épreuve complémentaire d'une autre discipline, et si ça se passe bien, eh bien on pourra enseigner aussi cette discipline. Mal, probablement, mais on moins on sera davantage « flexible », et la flexibilité, à l'Éduc'Nat', est une valeur que l'on place plus haut que la compétence (un comble, n'est-il pas ?). (3 poins homme-orchestre)  

 

  • les PPRE5, ou comment prétendre faire davantage avec rien de plus. Dans certains pays, quand un élève est en difficulté, on le retire de sa classe pour le mettre en petit groupe avec un professeur spécialisé qui fait des remises à niveau en insistant sur les bases. En France, on lui colle un PPRE sur le dos. On se réunit ; on se dit que oui, vraiment, c'est terrible, ces difficultés ; on met en place un « parcours », un « projet », des « objectifs » et… l'élève continue à suivre les même cours et à être toujours perdu. On lui demandera éventuellement des choses plus faciles, on adaptera l'évaluation (comprendre : on lui mettra des meilleures notes et on ne comptera pas l'orthographe), et hop ! magie magie : on le fera passer dans la classe supérieure. C'est ça, le soutien aux élèves en difficulté à la française : 0 euro. (1 point réunionnite, 5 points bons sentiments)

 

 

2007

 

En 2007, nous nous ébaubîmes1 devant :


  • le début du changement complet de tous les programmes (primaire, collège ET lycée), parce que le changement, c'est bien. Donc on a tout changé. Tout. Parfois en mieux (programmes de français), souvent en moins bien (programmes de géographie développement durable, de sciences de la vie et de la terre développement durable ou encore de technologie développement durable). (1 point réunionnite, 1 point bons sentiments)

 

  • la prise en compte du CECRL6 dans les programmes de langue : je vous propose de relire cet article, qui vous montre ce que ça a donné. (1 point réunionnite)

 

  • la suppression de la carte scolaire, ou comment renforcer l'école à deux vitesses et la ghettoïsation d'un claquement de doigts. L'Enfer est pavé de bonnes intentions. De mauvaises intentions, aussi. (2 points bons sentiments, 1 point presse)

 

  • la formation PSC17 en classe de 4e,  ou comment s'arranger pour occuper toutes ces heures de cours superflues dont on ne savait que faire. (1 point homme-orchestre, 2 points bons sentiments)

 

  • le B2I8 !!!!! … ou comment s'arranger pour occuper toutes ces heures de cours superflues dont on ne savait que faire. Sauf que les premiers secours, ce n'est pas l'ensemble de l'équipe pédagogique qui devait les enseigner, les évaluer et les valider ! (6 points réunionnite, 4 points homme-orchestre, 1 point bons sentiments)

 

  • la définition de l'objectif de 50% d'une classe d'âge au niveau licence, ou comment faire monter le niveau en juchant les étudiants sur des chaussures à talonettes, voire sur des échasses. Au premier escalier, ils se casseront la figure, mais en attendant, ça fera moins ridicule sur la photo. (1 point bons sentiments, 3 points presse)

 

  • la lecture obligatoire de la lettre de Guy Môquet chaque 22 octobre dans les lycées, ou comment faire une polémique (j'en avais parlé ici). Mais rien de plus, vraiment. (5 points presse)

 

 

BILAN 2006/2007

Points Réunionnite : 12

Points Homme-Orchestre : 8

Points Bons-Sentiments : 17 (!)

Points presse : 9

 

  À la semaine prochaine, pour voir si les années 2008 et 2009 nous ont apporté d'autres merveilles ! 

 

 


1. Vous aussi, militez pour le retour dans les blogs de la 1ère et de la 2ème personne du pluriel du passé simple de l'indicatif.

 

2.Réseaux Ambition Réussite.

 

3. Leurs parents gueulent moins. L'expérimentation à Louis le Grand, ça fonctionne beaucoup moins bien, curieusement.

 

4. Professeurs d'Enseignement Général de Collège. Un corps créé en 1969 !!! Voilà une réforme résolument moderne ! 

 

5. Projets Personnels de Réussite Éducative. Le service « sigles et acronymes » du ministère ne connaît pas la crise, lui.

 

6. Cadre Européen Commun de Référence pour les Langue. Je n'apprends rien aux habitués de ce blog.

 

7. Prévention et Secours Civiques de niveau 1.

 

8. Notre grand ami le Brevet Informatique et Internet ! Une petite piqûre de rappel ici.

 


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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 16:20

 

      Professeur attendant une réforme de l'Éducation Nationale efficace,

réfléchie et non mue par des intérêts économiques (allégorie)

 

 

  « Il faut réformer l'Éducation Nationale ! » Cette antienne, on l'a déjà tellement entendue qu'on en vient à se demander pourquoi on ne l'a pas fait plus tôt. Eh bien le blog Je Suis en retard va vous révéler une terrible vérité, pas plus tard qu'aujourd'hui : réformer l'Éducation Nationale, on l'a fait. On n'arrête même de le faire, chaque année. Grâce au travail de fourmi réalisé par de vaillants membres du forum Néoprofs, je suis en mesure de vous présenter un panorama des réformes faites, en train d'être faites ou à faire dans notre pays des merveilles. Afin de ne pas vous lasser, sublime lectrice, délicieux lecteur1, j'ai fixé arbitrairement l'année de départ : 2005. Cela nous fait perdre quelques merveilles, telles que les IDDou l'«élève au centre», mais rassurez-vous, il nous reste largement de quoi nous faire plaisir.


  Et afin justement de mesurer scientifiquement le glissement progressif du plaisir, je vous propose d'attribuer3 à chaque réforme ou réformette des points, et comme ça, à la fin, on fera le total. Chaque réforme pourra donc marquer : 

  • des points réunionnite  → réforme qui demande de faire des super réunions passionnantes !
  • des points homme-orchestre  → réforme qui vous demande de cuisiner un lapin à la moutarde tout en arrosant le gazon et en jouant l'Hymne à la Joie au glockenspiel. Pourtant, vous pensiez être prof de maths.
  • des points bons-sentiments  → réforme qui va évidemment mieux faire réussir tous les élèves, évidemment avec moins de moyens. Évidemment.
  • des points presse  → non, ça, c'est pas une réforme, juste un effet d'annonce pour faire croire qu'on fait des trucs, au ministère.

 

 

2005

 

  En 2005 donc, nous découvrons émerveillés : 


  • les Remplacements De Robien, ou comment demander imposer à des profs qui n'ont pas la classe et/ou qui enseignent une toute autre matière de remplacer au pied levé leur collègue absent. Le prof de français n'est pas là ? Pas grave, vous ferez de la musique, les enfants. Ou de la physique. Ou n'importe quoi d'autre : tant qu'on vous occupe, vos parents seront contents, et nous, ça ne nous demande pas de recruter du personnel supplémentaire. (1 point bons-sentiments)

 

  • le Conseil Pédagogique, véritable cheval de Troie de l'autonomie des établissements et du renforcement du pouvoir pédagogique du chef dudit établissement.  Le lieu de toutes les discordes entre collègues. La réunion de tous les dangers : un moment d'inattention, et soudain on vous harmonise l'évaluation dans l'établissement sous forme de gommettes colorées, à moins qu'on ne vous mette en place un projet « racisme et origami » dans votre 6e2. Bref, la chienlit. (5 points réunnionite)

 

  • la Note de Vie Scolaire, ou comment créer une nouvelle matière et une usine à gaz simultanément. Mettons 20 aux élèves qui ne frappent pas leurs camarades, et 18 à ceux qui ne les frappent pas trop fort. (2 points réunionnite, 1 point homme-orchestre, 1 point bons-sentiments)

 

  • La DP34 et la DP64aussi, ou comment créer une nouvelle matière sans avoir personne qui sache l'enseigner. Mais ça fait toujours bien, de dire qu'on découvre le monde professionnel, à l'école. (5 points homme-orchestre, 3 points bon-sentiments)

 

  •  L'Épreuve obligatoire anticipée des TPE5 au Bac, ou comment noter des élèves sur des choses que l'on n'enseigne pas. Ou alors un peu et de loin. Mais c'est tellement beau, des élèves autonomes : ça mérite bien un petit 17/20, cette maquette de volcan en balsa agrémentée de lave en ketchup. (1 point homme-orchestre, 3 points bons-sentiments)

 

 

 

BILAN 2005 

Points Réunionnite : 7

Points Homme-Orchestre : 7

Points Bons-Sentiments : 8

Points presse : 0 (navré !)

 

 

  La semaine prochaine, nous passerons aux années 2006 et 2007. Vous verrez, on y a fait des choses formidables ! 

 

 


1. J'en fais peut-être un peu trop, là, non ?  

 

2. Itinéraires De Découvertes. Ou comment faire des projets interdisciplinaires en collège en bouffant les heures de cours.

 

3. À mon bon vouloir, bien entendu. Vous ne croyiez tout de même pas que c'était la démocratie, ici ?

 

4. Découverte Professionnelle 3/6 heures. Assurée par des professionnelseurs. N'importe lesquels, du moment qu'ils sont volontaires. Ou forcés. 

 

5. Travaux Personnels Encadrés. Ont beaucoup augmenté la fréquentation de Wikipédia, et les moyennes des élèves au bac.

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 15:11

We Need You

Oui, je sais : cette image est complètement attendue…

 

 

  Comme vous le savez (quoique, cher lecteur, admirable lectrice, vous ne le savez peut-être pas), nous avons vécu une réforme de notre recrutement et de notre formation cette année. Avec cet exploit concernant la formation : passer d'un système catastrophique à un système encore plus catastrophique ! Alors certes, dans l'ensemble, on ne regrettera pas les IUFM (d'autant que leur « disparition » n'est que factice : ils ont simplement changé de forme en s'immisçant dans l'Université) ; en revanche, on regrettera clairement le principe de l'alternance qui permettait une entrée progressive dans le métier, avec 6/8 heures d'enseignement par semaine. Là, nos stagiaires se payent des semaines à 15/18h de cours, ce qui ne les empêche parfois pas de subir une formation inepte certaines semaines, parfois en + de cet horaire déjà pas piqué des hannetons. D'autant que, contrairement à ce qui avait été annoncé, beaucoup de stagiaires se sont retrouvés dans des établissements difficiles, sans tuteur (ou avec un tuteur exerçant dans un autre établissement : c'est d'un pratique !), sur plusieurs établissements, voire tout ça à la fois ! 

 

  Les conséquences de cette réforme méritent d'être connues du grand public, je crois. C'est pourquoi j'appelle les stagiaires à entrer en contact avec moi (suffit de cliquer sur « Contact » tout en bas de la page) afin de faire partager leur expérience de ce début d'année à travers ce blog. Amis stagiaires, n'hésitez pas : je suis preneur de vos textes, quelle qu'en soit la forme (compte rendu, simple anecdote parlante, exercice de style…). On s'arrangera pour préserver l'anonymat, bien entendu.   

 

  Ce message s'adresse aussi aux collègues tuteurs, ainsi qu'à ceux qui peuvent observer un stagiaire dans son milieu naturel et estiment avoir de quoi écrire sur le sujet.

 

  En espérant qu'avec votre aide, nous parviendrons à davantage faire connaître la situation absurde dans laquelle on vous a mis, et ses conséquences.

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 17:00

Trelawney

 PISA, dis-moi qui a le meilleur système éducatif ! 

 

  Ça y est : ils sont arrivés, et déjà vous en entendez parler partout : les résultats du dernier PISA1 sont là. Ils vont pouvoir être glosés, débattus, analysés, récupérés ; ils vont servir à affirmer tout et son contraire ; on n'y verra au final que ce que l'on veut bien y voir. Le Café Pédagigique, par exemple, n'a pu se retenir longtemps, et déborde de la tasse, nous éclaboussant au passage des 10 commandements de l'OCDE2 :

 

 

- Il faut croire dans l'éducabilité de tous les élèves. Les études PISA montrent qu'on a pas à choisir entre la performance et l'équité du système éducatif. Les pays qui ont les meilleurs résultats sont ceux  qui ont le plus d'élites et où l'écart entre les faibles et les forts est le plus faible. La Finlande3 en est un exemple. Par conséquent l'OCDE est pour l'école unique et le collège unique.

 

  Admirez ce « par conséquent » judicieusement placé. Rien ne le démontre (au contraire, la situation en France aurait plutôt tendance à l'infirmer), mais ce n'est pas grave, on va le dire quand même.



- La société doit reconnaître un statut favorable aux enseignants et aux élèves. Ils doivent être reconnus.

 

  Voilà un conseil qui ne mange pas de pain.

 


- Il faut fixer des directives claires aux écoles, valables pour tout le territoire. Elles doivent indiquer les connaissances à connaître mais aussi les valeurs à transmettre et les attitudes à acquérir. L'OCDE insiste sur l'efficacité de la discipline.

 

  Vous l'avez reconnu ? Non ? Mais si ! C'est le socle commun ! 



- Il faut donner aux enseignants une formation académique de haut niveau mais aussi une formation pratique. Sur ce point la France est fautive estime B. Hugonnier. Il faut les former "tout au long de la vie" et une évaluation régulière des enseignants.

 

  Quand on voir le recrutement des professeurs des écoles, la France est également fautive sur le point A. Et comme elle est également fautive sur le point B, qu'elle propose une formation (ah ! les IUFM…) ou non (le « démerde-toi tout seul » actuel), on est mal barré !

 

 

 

  Bon, on ne va pas tous vous les faire ; d'ailleurs vous pouvez très bien imaginer les autres points : autonomie des établissement, rôle du chef d'établissement, les redoublements c'est pas bien, etc.

 

  Plus amusant, ces résultats seraient liés aux « réformes Darcos », nous dit le jus de chaussette. Problème : Darcos n'a réformé que le primaire, et les élèves qui ont connu ces réformes n'ont pas encore l'âge de 15 ans, qui est celui auquel on passe le test PISA. Autrement dit : le pauvre Xavier n'y est pour rien, cette année.

  Philippe Meirieu, lui, va plus loin : c'est la faute de Jules Ferry ! Effectivement, si les inégalités entre les meilleurs et les moins bons augmentent ces 30 dernières années, c'est probablement à cause de l'ami Jules. Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre. 

 

 

 Alors pour ceux qui veulent aller au-delà et qui disposent de neurones en bon état de fonctionnement, je vous renvoie aux deux excellents articles de Nathalie Bulle4 sur le sujet : c'est ici et . Pour ceux qui ont la flemme, je résume rapidement :

 

  • Grosso modo, les tests PISA évaluent le potentiel académique.

 

  • Les chiffres bruts en eux-mêmes n'ont aucun intérêt, car ils ne tiennent pas compte des disparités socio-culturelles, ni de la quantité et de la nature de l'immigration dans un pays. En effet, on ne peut évaluer l'efficacité des systèmes éducatifs sans tenir compte des situations de départ, qui sont hétérogènes.

 

  • Si l'on tient compte de cette variable, soudain, le système nordique est nettement moins motivant.

 

  • Le « modèle finlandais » n'est pas exportable tel quel : en revanche, ce qui l'est, c'est sa gestion des élèves en difficultés, qui suppose un encadrement bien + important. Bref : tout ce qu'on ne fait pas en France, car ça coûte de l'argent.

 

  • La pédagogie différenciée au sein de la classe, c'est peut-être pas si efficace que ça.

 

  • Ce n'est pas parce que vous avez un bon PISA que vous allez réussir vos études : savoir faire vos comptes (littératie = maths du quotidien), ça n'a pas grand chose à voir avec la conceptualisation des mathématiques et de leurs mécanismes.

 

  En conclusion, nous avons un système très correct, et même de qualité, que nous nous sommes évertués à démolir, tant sur le plan du qualitatif que du quantitatif. C'est déjà suffisamment déprimant comme cela pour ne pas avoir à supporter que ceux-là mêmes qui ont participé à cette grande catastrophe pérorent encore et nous affirment qu'on ne les a pas assez écoutés, et que si on continue dans la même voie, on se prépare des lendemains qui chantent. 


  L'avantage avec le crû de cette année, c'est que les pays/régions est-asiatiques dominent le classement d'une façon tellement outrageuse que ça va être un vrai numéro d'équilibriste que d'affirmer qu'un bon système scolaire est un système où l'on a supprimé la méchante notion de compétition. Parce que Shangaï, la Corée du Sud, Hong-Kong, Singapour et le Japon, question compétition, ça se pose là. 

 

 

Edit : il est évidemment vivement conseillé de lire l'article écrit par JPB sur le blog Bonnet d'âne : c'est ici, et c'est sans supplément de prix ! 


 


1. Programme for International Student Assessment. En VF : « Programme international pour le suivi des acquis des élèves ».

 

2. Organisation de Coopération et de Développement Economiques. SI vous ne voyez pas le rapport avec les systèmes d'enseignement, eh bien vous devriez, car les compétences, c'est l'OCDE. De manière générale,, toute réforme qui nous arrive dessus en étant passée par l'Europe, c'est l'OCDE. On a asservi l'enseignement à l'économie, ça y est. Et maintenant, on organise des tests pour rectifier les comportements des pays récalcitrants. Pas sûr que l'élève y gagne, à l'arrivée…

 

3. Un article sur PISA qui ne citerait pas la Finlande, ça n'existe pas.

 

4. Nathalie Bulle est chercheuse (pardon… chercheurE) au CNRS, docteur, et habilitée à diriger les recherches. Bref : une scientifique, une vraie. Ça nous change.

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 09:49

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 Le vrai créateur du « Contrat de confiance »

(nouvelle merveille pédagogique proposée par tous pour résoudre les problèmes de l'Éduc'Nat') 

 

 

 

  C'est la grande foire à l'Éducation Nationale, en ce moment ! Venez en parler, surtout si vous n'y connaissez rien, surtout si vous n'y enseignez pas ! Tous les discours sont admis, surtout les plus rigolos ! Faudrait voir à divertir le bon peuple… Qui proposera les solutions les plus hilarantes pour régler les problèmes réels de ce grand corps malade1

 

 

 

À droite

 

  On commence avec Jean-François Copé, qui propose un examen d'entrée en sixième (pour caresser dans le sens du poil les nostalgiques du certificat d'études, sans aucun doute). Si tu l'as pas, tu redoubles ! Voilà effectivement une prise de position originale dans le discours anti-redoublement ambiant. Il y manque juste des propositions concrètes sur l'avenir de ceux qui n'auront pas l'examen. Car croire que des élèves qui ne savent pas lire résoudront d'un coup ce problème à l'aide d'une deuxième année de CM2, c'est prendre ses désirs pour des réalités.  

 

 

  Mais cela ne vaut certes pas les propositions de Camille Bedin, la secrétaire nationale à l'égalité des chances de l'UMP, qui, sur son blog, nous assène une note mensuelle autrement plus goûtue :


  • « Mettre fin au redoublement au CP » (au prétexte qu'« à six ans, un enfant ne peut être tenu pour principal responsable de son échec », ce que je crois personne ne soutenait, mais ça ne fait jamais de mal de s'attaquer à un ennemi imaginaire très très très méchant),

 

  • « En finir avec la dictature des notes ! » (on appréciera la modération du lexique) pour évidemment mettre en place les sacro-saints livrets de compétences, 

 

  • « Remettre la pédagogie au cœur de l'école » via des « méthodes pédagogiques innovantes ». Ô surprise, il s'agirait en fait de recourir à l'informatique et à des « programmes d'expérimentation nouveaux »… On en a de la chance !

 

  • « Responsabiliser les élèves » en les associant aux décisions prises dans l'établissement… dès le CM1 !! L'élève n'est pas responsable de son échec scolaire, mais peut devenir responsable de la mise en échec de son établissement : voilà une proposition géniale !

 

 

  Et évidemment, si on met en place des « contrats » avec les élèves, c'est encore mieux ! (point DARTY presque atteint !) 

 


  Oui, je sais, ma section « À droite » est un peu dégarnie (encore que…), mais on rappellera que la droite a déjà beaucoup œuvré ces dernières années en supprimant nombre de postes, en envoyant les stagiaires à quasi-temps plein et sans formation aucune dans les endroits les plus sympas de France et de Navarre,  en réformant n'importe comment le lycée, en mettant en place l'évaluation par compétences et le socle commun, et en remplaçant la géographie par une nouvelle discipline intitulée « développement durable ». Alors il faut lui laisser le temps de reconstituer son stock…

 

 

 

 

À gauche

 

  Davantage médecin moliéresqueque Copé, Bruno Julliard se fend de propositions autrement plus spectaculaires (entretien disponible ici). Après avoir établi un constat pas toujours stupide (« l'école traverse une crise majeure », « elle ne parvient plus qu'à reproduire les inégalités »), il avance des solutions qui le sont nettement plus :

 

  • Première solution : continuer à faire les mêmes bêtises, mais en les accentuant. « Il faut repartir du socle commun, et décider qu'il n'appartiendra plus à l'élève de s'adapter au système, mais à l'institution scolaire de s'adapter à l'élève. » 

 

  • Deuxième solution :  étendre ce qui n'a pas marché pour faire en sorte que les rares choses qui fonctionnent encore soient balayées. « Autre exemple, nous savons que la rupture entre école primaire et collège est beau­coup trop forte. Le collège est construit, aujourd'hui, comme un petit lycée. Il faut donc en changer de manière assez radicale les premières années du collège (sic) : le fait par exemple de passer d'un professeur des écoles à une dizaine d'enseignants disciplinaires n'est pas accepté de la même manière par tous les enfants. Cela devra se faire plus progressivement »Comprenez par-là qu'il faut des professeurs bi- ou trivalents (voire des professeurs des écoles qui enseignent au collège) et des évaluations par compétences. On appelle ça « primariser le collège ». C'est vrai que le primaire va tellement bien que ça donne envie de faire la même chose partout. 

 

 

  Et évidemment, tout ça, c'est mieux sans « rupture de confiance » (point DARTY presque atteint !). 

 

 

 

 

À gauche encore

 

  Le Parti Socialiste se lâche donc et nous propose non pas un, mais deux documents hautement motivants !

 

 

  Premier document : un rapport intitulé « Éducation et formation pour l'égalité », dans lequel on peut lire que « La guerre de tranchées entre « pédagogues » et « disciplinaires », doit être dépassée ». Effectivement, il suffit de donner la victoire aux premiers. On mettra au centre de l'école nouvelle notre ami le « socle commun », on y fera de l'« expérimentation3 », on rendra la formation continue des enseignants « obligatoire4 », on relancera la « recherche pédagogique » — qui hélas se portait déjà plutôt bien, pour notre malheur à tous — et on se débarrassera de l'évaluation chiffrée (i.e. les notes), « facteur de stress et de compétition ». Ça fait envie.


  À côté de ça, on primarisera le collège via la « participation d'enseignants du primaire au collège et réciproquement dans le cadre de projets communs, avec du temps dégagé pour le travail d’équipe, une formation initiale et continue partiellement commune et un travail collectif sur les contenus et procédures d’évaluation » et on en élargira le panel disciplinaire en «faisant une large place, aux côtés des enseignements généraux, à la culture scientifique et technologique ainsi qu’à la culture professionnelle5 ». On fera évidemment de nouveaux programmes — ça faisait longtemps — avec des enseignements « plus transversaux, plus ouverts sur les activités artistiques et sportives5 ». Je brûle littéralement d'impatience.

 

 

  Et évidemment, c'est bien mieux en mettant en place « un nouveau contrat avec les enseignants » (point DARTY presque atteint !)

 

 

 

 

  Deuxième document : un rapport sur le collège du Laboratoire des idées du même PS, intitulé « Collège de tous, réussite de chacun » (juillet 2010). Après s'être pourtant dits « pour la revalorisation des savoirs », les auteurs du rapport nous proposent de bousculer leur hiérarchie car « la hiérarchie des savoirs valorisés dans la vie courante est exactement inverse de celle des savoirs scolaires : elle met au premier rang le numérique, les images, la musique, le cinéma, les pratiques sportives qui n’ont qu’une place très minime à l’école ». Là, on sent qu'on va passer un mauvais moment…

  Et effectivement, il conviendrait de créer « un horaire de pratique et d’enseignement de « culture médiatique » (codes et symboles, production et consommation des médias, métiers de l’information), que prendraient en charge des enseignants volontaires6 et formés à cet effet. »,  d'« accorder beaucoup plus d’importance aux arts du faire et aux arts du dire7 », de « revaloriser la culture technologique, qui doit se fonder sur la démarche de projet ».


  On croisera dans ce rapport quelques idées vraiment farfelues, du type « les élèves doivent être davantage impliqués dans l’entretien des locaux et dans la chaîne de restauration scolaire » (je vais arrêter de manger à la cantine), ce qui va avec le fait que « le rôle pédagogique des agents d’entretien et de restauration doit être particulièrement développé et conforté ». On ira même jusqu'à créer un « concierge-éducateur », si si ! Il pourra ainsi discuter éducation avec les parents qui occuperont la « salle des parents » judicieusement placée à côté de celle des profs, afin qu'on ne soit jamais tranquille.


  Et pour ceux qui pensaient ma note de bas de page n°5 franchement tirée par les cheveux, on nous propose un tableau des horaires en collège, bourré d'« heures de travail personnel », d'« activités dirigées », d'« heures projets » et de « travail personnel encadré8 ». Et donc, à votre avis, combien d'heures de français en classe entière en 6e et en 5e ? Dites un chiffre.

 

 

  La réponse est trois9. Je rappelle qu'en ce moment, on a cinq heures de français en sixième, et que cet horaire est insuffisant vu le niveau des élèves qui arrivent. Alors imaginez avec trois heures…

 

 

  Et évidemment, tout cela ira mieux grâce à un « discours de confiance » (point DARTY presque atteint !)

 

 

 

 

Partout ! 

 

  Mais tout cela n'est pas grand chose face à l' « Appel de Bobigny », torchon pédagogiste co-signé par la FCPE (une des deux fédérations de parents d'élèves, je vous le rappelle), l'UNEF (principal syndicat étudiant), le CRAP (inénarrable association qui produit les merveilleux Cahiers Pédagogiques, revue qui donne assez vite des boutons) le SE-UNSA et le SGEN-CFDT (syndicats enseignants pédagogos à mort), le SNUipp (syndicat majoritaire du primaire, qui ne vaut pas mieux que ceux que je viens de citer) et… le SNES10 (!?!!11). Qu'y dit-on de ce qu'il faut faire pour changer l'école ?

 

  • on y dit que « le 21e siècle sera celui du développement durable et nous affirmons l’urgence de la mise en œuvre d’une éducation à l’environnement et au développement durable accessible à tous, permettant de s’impliquer dans la vie de son territoire et qui donne les moyens de prendre des initiatives et d’agir avec les autres ».

 

  • on y dit qu'il faut «  garantir à tous les jeunes, à l’issue de la scolarité au collège, la maîtrise évaluée des éléments (connaissances, compétences, savoir- être et savoir-faire) indispensables à l’accès et à la réussite dans les enseignements diversifiés du lycée et à l’objectif de 0 sortie du système éducatif sans qualification reconnue, à l’accès à la citoyenneté ». Bref : le socle commun et ses savoir-être…

 

  • on y dit qu'« une place plus importante devra notamment être accordée à l’éducation artistique, l’éducation physique et sportive, l’éducation à la citoyenneté, l’enseignement des langues et la maîtrise des outils informatiques et de communication et de leurs usages, qui contribuent à la réussite et l’épanouissement de tous les enfants et qui constituent une part importante de la culture des jeunes ». On sent encore que le français et les maths vont morfler.

 

  … Et je vous passe les liaisons CM2/6e à base de projets communs, la redéfinition du statut des enseignants, le « Vivre ensemble », le rôle accru des parents partout et tout le temps, les  « méthodes pédagogiques actives12 », la fin des redoublements, la réflexion sur les  « modes d'évaluation »13… bref, tout ce qu'on aime ! 

 

 

  Et évidemment, ça se passera mieux avec la mise en place d'un « contrat de confiance » (point DARTY atteint ! Bravo !).

 

 

 

 

Conclusion

 

  Je vous le dis : on est mal parti !     

 

 

 


1. Le slameur lui-même s'y est mis : voir ici. Il dit d'ailleurs nettement moins de bêtises que la plupart des hommes politiques sur le sujet. Mais encore plus sérieusement, si vous avez une heure et demie devant vous, je conseille plutôt cette vidéo : 

 

2. c'est-à-dire faisant partie de ceux qui, sous prétexte de guérir le malade, l'achèvent. 

3. Avec les élèves de ZEP comme cobayes, comme d'habitude…

4. Et vu la qualité des formations qui nous sont généralement proposées, je peux vous le dire : ça va pas faire des Chocapic…

5. Là, il faut décrypter : ça veut évidemment dire qu'on diminuera les horaires des matières fondamentales. Par exemple le français. Mais à la place, on fera de la découverte professionnelle ou du sport : youpi !

6. Volontaire : forcé. (Dictionnaire de l'Éducation Nationale)

7. Et si vous regardez à votre gauche, vous apercevrez un magnifique exemple de jargon pédagogique…

8. Le retour des TPE ! Quelle bonne idée ! 

9. Que les profs de maths se rassurent : ils n'en auront pas davantage. Mais on aura tous droit à deux heures de « travail personnel » en groupes restreints, où les élèves feront leurs devoirs sous notre houlette. Comprenez donc qu'on n'y enseignera pas, ou à la marge. 

10. Syndicat National de l'Enseignement Secondaire, nettement majoritaire.

11. Mais pourquoi le SNES vient-il cautionner ça ?

12. Attention, adorables lecteurs, adorées lectrices ! Une « méthode pédagogique active », c'est une chose très clairement définie dans le brouet des sciences de l'éducation. Ça signifie que l'on rend l'apprenant acteur de ses apprentissages afin qu'il construise ses savoirs à travers des situations les plus proches possibles du réel : pédagogie de projet, pédagogie de la tâche, méthodes inductives, situations-problèmes et tout le tintouin.

13. La suppression des notes, donc. Mais là, comme vous avez lu l'article depuis le début, je pense que vous n'aviez plus besoin de cette précision.

 

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 10:29

cases 

Valérie Damidot venant de refaire la salle de bain d'un prof.

 

 

  Pris entre les réformes et le syndicalisme, entre les grèves et le relationnel avec la direction, entre les réunions (du fait d'un emploi du temps tout à fait ésotérique, j'échappe à certaines d'entre elles) et les manifs où-qu'on-n'est-pas-content, on en oublierait presque que notre métier, c'est d'enseigner !  

 

« Effectivement, m'sieur ! D'ailleurs, ces derniers temps, on n'intervient presque plus dans vos articles ! »

J'avais remarqué cela, Elmire. Cet article est donc pour vous ! 

 

  Que dire ? Mes classes sont gentilles, ce qui diminue sensiblement la chance de trouver des sujets d'articles de blog croustillants pendant mes cours. Je n'ai même pas encore réussi à exclure un élève depuis la rentrée, n'ai pas fait un seul rapport, et mon sadisme s'est borné dans son expresion à quelques rares déplacements d'élèves afin de limiter les possibilités de bavardage. Tout juste si j'ai placé deux trois mots dans des carnets de correspondance. 

 

 

  Non, décidément, le rapport aux élèves me semble, et de loin, ce qu'il y a de plus simple à gérer dans mon métier. Je parle ici d'un établissement « normal », attention, pas de la mère de toutes les ZEP où là, le rapport aux élèves, c'est davantage La Journée de la jupe que Le Cercle des poètes disparus. Mais vraiment, je retrouve régulièrement les choses qui font que j'aime mon métier et que je souhaite continuer à l'exercer :

 

  • parler d'un sujet qui me plaît ;

 

  • faire progresser le public qu'on a devant soi ;

 

  • être sur scène une grande partie de la semaine ;

 

  • être surpris ;

 

  • être au cœur de l'humain, de son infinité de réactions, de sa sensibilité, de sa fascinante diversité ;

 

  • corriger des copies1.

 

 

  Face à cela, les réformes, ça devrait être du pipi du chat. Mais hélas, je crains que ce ne soit rapidement plus le cas : la machine s'est emballée, l' « école du socle commun » est de tous les rapports… Dernier en date : le document de travail du HCI2, téléchargeable ici, et qui nous apprend que les enfants d'immigrés réussissent moins bien — ce qu'on savait déjà — et que grâce au livret de compétences et à la suppression des notes, ils réussiront bien mieux3 — ce qu'on ne savait pas. Miracle des compétences ! 

 

  De par mes réseaux divers, variés et généralement virtuels, je constate que de nombreux collègues prennent tranquillement cette voie, créant leurs grilles de compétences, cochant joyeusement. Je leur souhaite bien du courage, mais je crains que cette absence de résistance même passive ne nous condamne à nous y mettre tous dans un avenir proche. Et nous en arriverons à cette dystopie effrayante : des professeurs fliqués et sans cesse en réunion, faisant des petites croix à tour de bras, « évaluant » le savoir-être de nos élèves dans le cadre d'animations citoyennes ; des élèves de plus en plus ignares ; des parents absolument incapables de savoir le niveau réel de leur enfant au milieu de tous ces items abstrus « en cours d'acquisition », et se retournant contre la gent professorale alors qu'ils feraient bien mieux de tordre le cou aux responsables de leurs associations de parents d'élèves4 qui ont soutenu cette évolution avec ferveur.   

 

 

  Vous voyez ? Je voulais parler des élèves, et je n'y réussis pas. Désolé Elmire, désolé Cléonte : j'ai peur pour vous aussi bien que pour moi. Car si l'on transforme mon métier en cette chose que ma sœur Anne voit nettement venir, vous serez les premiers touchés. En attendant, lisez vos livres, faites votre travail, apprenez vos leçons : vous pouvez encore vous en sortir par là. Mais faites vite !

 

 


1. Non, j'déconne !

 

2. Haut Conseil à l'Intégration. Chaque semaine, grâce au blog Je Suis en retard, découvrez un nouveau Haut Conseil français ! Vous n'avez même pas idée de leur nombre ! 

 

3. En direct, une réaction d'enseignante à qui un spécialiste en sciences de l'éducation présente le fonctionnement des établissements scolaires de demain : c'est ici.

 

4. La FCPE (Fédérations des Conseils de Parents d'élèves des Écoles publiques), spécialiste en « lieux de vie » et qui n'a jamais assez le mot « citoyenneté » à la bouche ; et la PEEP (fédération des Parents d'Élèves de l'Enseignement Public — prononcez « Pèpe », sinon c'est indécent), à fond sur la dernière réforme du lycée et qui nous veut bivalents. On n'est pas aidé !  

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 15:59

maillon

 

  Suite à la remise du rapport annuel du Haut Conseil de l'Éducation1 (téléchargeable ici) — rapport qui pose des constats pas toujours inintéressants, mais pour hélas les utiliser afin de nourrir une propagande pro-socle commun particulièrement vomitive — on voit fleurir les analyses sur le collège, maillon faible du système scolaire. Comprenez qu'après avoir réformé le primaire (de façon hélas discutable) et le lycée (de façon indiscutablement catastrophique), on n'allait pas les accuser de tous les maux du monde, quand même : on les a réformés, donc ils fonctionnent bien ! Et comme ça fait un petit moment qu'on n'a pas touché en profondeur au collège, c'est que c'était probablement de ce pelé, ce galeux d'où venait tout le mal2.

 

  Le HCE l'a pourtant signalé (pour l'oublier tout aussitôt), dans une sous-partie dont le titre est une lapalissade de la plus belle eau : 

 

« 2.2 Le collège hérite des déficiences de l’école primaire »

 

  Ça c'est ben vrai !   

 

 

  Mais en fait oui, c'est vrai, très vrai, et c'est d'ailleurs terrible. Certes, on trouvera toujours des esprits forts pour dire que chaque maillon du système scolaire rejette la faute sur le maillon précédent : ce bel apophtegme ne doit toutefois pas nous empêcher d'analyser les faits. Quels sont-ils ?

 

  Tout d'abord, les objectifs du primaire. Cet échelon d'enseignement élémentaire est là pour transmettre les éléments du savoir, tout simplement. Ces bases incontournables sur lesquelles on pourra construire des spécialisations dans le secondaire (avec un spécialiste par discipline), puis dans le supérieur (avec une spécialisation accrue dans un ou deux domaines). Lire, écrire et compter, résumerions-nous de façon un peu rapide mais globalement juste (en y ajoutant un minimum de culture historique, géographique et scientifique). Certains y ajouteraient volontiers l'étude d'une langue vivante, mais depuis qu'on a appris de la bouche d'un haut représentant de l'État qu'au primaire, c'était juste décoratif (voir article précédent), on peut peut-être s'en passer.

 

  Or tout le monde vous le dira : ça ne marche pas. Et d'accuser l'évolution de la société, les nouvelles technologies (qui, par un renversement conceptuel proprement délirant, sont censées sauver les élèves des problèmes qu'elles créent grâce à leur utilisation massive dans les établissements scolaires), les mentalités, l'immigration, la pauvreté, la démission des parents, tout ce qu'on voudra…

  Certes. Aucun de ces facteurs n'est tout à fait anodin, à mon sens (surtout la démission des parents). Mais après mûre réflexion, il y a trois éléments fondamentaux de l'école primaire qui me paraissent plus importants encore.

 

  J'accuse2 donc la diminution des horaires ; j'accuse également l'ineptie des méthodes et des programmes qui vont avec ; j'accuse enfin… les enseignants du primaire. Mais avant que ces derniers ne m'envoient des brûlots dans la partie « Commentaires », je me permets de développer :

 

 

1) Les horaires


  Sur la diminution des horaires, je n'irai pas bien loin : le comparatif de l'association Sauvez les lettres est éloquent. Vous pouvez le consulter ici. Moins d'heures de français = une moins bonne maîtrise des éléments de base : la logique est imparable. À la place, les élèves font des zarts, de la techno, des débats citoyens et n'apprennent pas l'anglais. Et du soutien pour combler les lacunes qu'ils ont forcément développées. Du temps merveilleusement utilisé.

 

 

2) Les programmes et les méthodes


  Sur le programmes et les méthodes, je m'attarderai un peu plus. Je vous épargne ma traditionnelle fustigation de l'évaluation par compétences, qui sclérose le primaire depuis quelques années, pour le plus grand malheur de tous. Je vous épargne également la ritournelle sur les méthodes globales et semi-globales (qui oui, sont toujours majoritaires à l'heure actuelle), sur le fait qu'ont déboulé au collège depuis quelques années les élèves ayant subi les programmes de 2002 dont on avait tout bêtement supprimé la grammaire (!!), remplacée par la nettement plus sexy « Observation Réfléchie de la Langue ». On voit le résultat : il est à pleurer3.

 

  Excursus personnel : je vois pas mal d'élèves au demeurant volontaires et travailleurs, qui ne sont pas des génies mais pas non plus des déficients mentaux — bref, des élèves moyens —  arriver en 6e avec un niveau de maîtrise de la langue française déprimant. À l'oral, la lecture est hachée et fautive. À l'écrit, l'orthographe est un champ de ruines. Pourtant, ces élèves (qui apprennent avec sérieux et font ce qu'on leur demande), placés dans un cadre strict et logique, nourris à la grammaire de phrase la plus basique et la plus primaire, font des progrès surprenants et analysent joyeusement des pronoms adverbiaux4 COI5 au troisième trimestre. Ce qui m'amène à mon troisième point :

 

 

3) Les professeurs des écoles

 

  Foin de langue de bois : tout le monde sait que les parents bien informés cherchent l'instit' à l'ancienne, celle (généralement… Parfois, c'est celui, mais le primaire est très très féminisé) qui vous parle d'un temps où les moins de vingt ans n'allaient pas à l'IUFM (les plus de vingt ans pas davantage) ou ne faisaient pas de Master en sciences de l'éducation. Celle sur laquelle les réformes ont glissé comme l'eau sur la plume du canard. Celle qui ne fait pas de fautes d'orthographe

  Car sachez-le : pour être professeur des écoles6, que faut-il faire (nous parlerons des épreuves actuelles, mais celles d'il y a quelques années étaient fort similaires) ?

 

  • Il faut passer deux épreuves écrites de coefficient identique (3). Une de maths et sciences où l'on fait d'une part des maths (sur 12 points), et d'autre part des science et de la techno (sur 8 points). Et une de français et d'histoire géographie où l'on fait d'une part de l'histoire, de la géographie mais aussi bien entendu de l'éducation civique (sur 8 points), et d'autre part… si à ce moment précis, vous avez mentalement complété la phrase par "du français", vous avez perdu ! Voilà ce qu'il en est : 

 

« Le candidat doit répondre, sous la forme d'une analyse, d'une synthèse ou d'un commentaire, à une question relative à un texte ou à un ensemble de textes littéraires ou documentaires dont certains peuvent avoir trait à l'acquisition et à l'enseignement du français. La production écrite du candidat doit permettre au jury d'évaluer son aptitude au raisonnement, à la structuration ordonnée d'une pensée logique ainsi que sa capacité à exposer de façon claire, précise et simple une problématique complexe. »

 

  Rassurez-vous, le candidat doit ensuite répondre à 3 questions de grammaire, orthographe ou lexique. Voilà qui va des mieux ! On est sauvé ! 

  Mais ce qui est encore plus gênant, c'est que l'orthographe et la syntaxe pour chaque épreuve écrite ne peuvent au maximum être pénalisées que de 3 points ! Rien d'irrattrapable pour qui sait courir vite…

 

 

  • En effet, dans les deux épreuves orales (coefficient 3 chacune), il s'agira de préparer et présenter une séquence d'enseignement en mathématiques (12 points) puis de présenter une œuvre plastique ou filmique de sa réalisation, ou de chanter ou de jouer d'un instrument, ou de danser ou de courir un 1500 mètres. Et d'expliquer en quoi cette pratique est formidable pour nourrir son futur enseignement (8 points). L'autre épreuve a beaucoup fait parler d'elle, puisqu'il s'agit d'une présentation d'une séquence de français accompagnée d'une interrogation sur la compétence « Agir en fonctionnaire de l'État de façon éthique et responsable ». Rassurez-vous : on ne va pas vraiment juger des compétences en langue française du candidat, mais plutôt de sa capacité à réciter et à appliquer l'idéologie en vigueur (de toute façon, on lui fournit un dossier pour pallier ses carences en matière de français). Quant à la seconde partie de l'épreuve, je préfère garder le silence là-dessus, de peur de dire des grossièretés.

 

 

  Résumons-nous : la maîtrise de l'orthographe, de la grammaire, de la syntaxe et du lexique sont depuis un bon moment réduites à portion congrue dans les concours de professeurs des écoles. Conséquence : on embauche entre autres des gens qui ne maîtrisent pas correctement notre langue et donc seront incapables de l'enseigner comme il faut. Une collègue et amie me racontait qu'elle avait été sollicitée par une amie sienne pour corriger son mémoire IUFM (c'était le bon vieux temps) truffé de fautes. Ce sont ces gens-là qui sont censés inculquer les éléments, les bases de la langue française aux élèves. Ce genre d'anecdote est loin d'être un cas isolé.

 

  Dans ces conditions, comment voulez-vous que ça se passe bien ?

 

 

  C'est pourquoi, si j'accuse les enseignants du primaire, ce n'est pas parce qu'ils feraient exprès de saboter les choses, loin de là : ils ne sont pas responsables du fait d'avoir été recrutés. Ni du fait d'avoir été mal formés (ou déformés, ou plus formés du tout). Mais c'est bien leur mode de recrutement qui me paraît aberrant. Le profil idéal tient davantage du singe savant qui récite la vulgate en cours que du professionnel maîtrisant les savoirs qu'il doit transmettre. 

 

  Et c'est une catastrophe. Qui n'est pas prête de s'arrêter.

 

 

  …D'autant que l'instit' à l'ancienne (surtout si elle a trois enfants), elle en a profité pour partir en retraite pendant qu'il en est encore temps.

 

 

 


1. La composition du HCE, disponible à la fin du rapport, rappelle à tous que nous avons affaire à des gens de terrain, qui croisent des élèves du secondaire tous les jours : un conseiller à la Cour des Comptes, un président de banque, une directrice d'agence, des professeurs d'université… 

 

2. Et une référence culturelle, une !

 

3. L'analyse s'applique tout autant au collège, pour le coup. Mais les dégâts faits en primaire, eux, sont irrémédiables : les professeurs du secondaire, même animés des meilleures intentions du monde, arrivent trop tard.

 

4. en, y.

 

5. Complément d'Objet Indirect. Exemple : je pense au niveau de mes élèves.

 

6. Un jour, on a trouvé qu'« instituteur », ça faisait trop plouc…

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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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