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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 17:06

mélancolie

 

(mis à jour le 16 septembre)    

 

Comme je l'écrivais il y a quelques temps, notre métier ne fait pas rêver. Loin de l'image d'Épinal du prof payé à ne rien faire et toujours en vacances, notre métier est souvent source de stress : administration limite totalitaire, inspecteurs sadiques, élèves insupportables, collègues retors… Parfois, ça va trop loin. Trois collègues ont accepté de s'exprimer sur ce sujet, sur ce qu'ils ont vécu, connu, vu, éprouvé. Je leur laisse la parole et m'abstiens de tout commentaire. Sachez simplement que des histoires comme celles-ci, on en trouve beaucoup. 

 

 

Par Carabas

 

  Mon histoire est très simple. J'insiste juste sur le fait que je ne rejette la responsabilité de mon échec sur personne. Ce qui m'indigne, en revanche, c'est que malgré mes appels à l'aide, on m'ait coulée au lieu de m'aider.

  Dans un collège tranquille, j'ai tout de suite eu des problèmes de discipline et l'ai dit rapidement à l'IUFM. Ma tutrice ne m'a pas vraiment aidée. La formatrice IUFM non plus. 1ère visite IUFM : cours mal conçus qui génèrent le bazar. Tout vient de l'absence d'objectif clair. Ok, j'applique les conseils, mérités, je l'admets. Toujours autant de bazar, ça va même en s'empirant. Les relations avec la tutrice se dégradent. Je passe beaucoup de temps sur mes cours. Pendant mes vacances de Noël, je dois concevoir toute la séquence de la rentrée et la soumettre à ma tutrice. J'y passe mes vacances. Je demande conseil autour de moi, à des copines, notamment, certes, débutantes comme moi. A la rentrée, rendez-vous avec ma tutrice. Verdict : « tu ne sais pas faire une explication de textes"  ». Là, ça m'achève, je rentre chez moi en pleurant. J'hésite, je tergiverse, et je décide d'appeler ma formatrice. Fatal error ! C'est normal que ma tutrice ne me fasse pas de réflexions agréables, vu que ça ne se passe pas bien avec mes élèves. 2ème visite tendue, où des progrès sont constatés. L'année se passe jusqu'à la 3ème visite, où j'ai fait des progrès incroyables, mais pas suffisamment pour être validée. Je signe un rapport dans lequel il est dit que la « stagiaire ne s'est rendu compte que trop tard du bien fondé des conseils prodigués et n'en a tenu compte qu'en fin d'année ». Dans le rapport de la tutrice : « la stagiaire fait trop confiance aux exercices tout faits ». Inspection calamiteuse, où j'apprends que parler de « scène de reconnaissance » au théâtre (dénouement des Fourberies) est une erreur, puisque ça n'existe pas. Que je vais refaire une année, mais que ce n'est pas grave si j'échoue, parce qu'avec une maîtrise de Lettres, il y a « plein de choses à faire ».

  Nouvelle année : collège REP, mais bonne tutrice. Ca commence mieux, mais très vite, je me fais déborder. Je ne tiens pas le coup, malgré la bienveillance de ma tutrice. J'ai un élève particulièrement perturbateur, mais la CDE (chef d'établissement) dit qu'il faut faire avec, qu'il ne sera pas renvoyé, c'est donc à moi de m'adapter. Le jour où je craque, ma CDE me dit de démissionner. Arrêt maladie, donc. 1 mois plus tard, j'apprends que l'élève problématique s'est fait virer. De toute façon, je ne compte pas revenir, je démissionne, mais je saoule quand même le rectorat et l'IUFM pour obtenir un rendez-vous. Ben oui, la directrice adjointe s'était vantée en début d'année du fait qu'ils ne « laissaient pas les stagiaires non validés sur le bord de la route ». J'obtiens un rendez-vous avec un type dont je n'ai pas compris le rôle et la directrice adjointe de l'IUFM. Cette dernière a annulé à la dernière minute et le mec m'a limite engueulée. Voilà, fin de l'histoire !

 

 

Par Nasopi

 

  Je n'ai pas été licenciée, mais j'ai dû refaire mon année de stage, et je l'ai très mal vécu. Pour ma deuxième année, j'ai eu la chance de tomber sur des gens humains et sympa ; mais pour ma première année, on a travaillé à me détruire psychologiquement du début à la fin, sous prétexte de "m'aider".

 

 

Par Condorcet

 

  Voici que je peux et que j'ai envie de dire et de voir publié au sujet hélas d'actualité du suicide de notre infortunée collègue :

  Mon passage à l'Education nationale entre 2003 et 2005 m'a appris la vie dans ce qu'elle a de beau (communiquer son savoir patiemment accumulé à des esprits plus ou moins avides de le connaître) et aussi de beaucoup plus douloureux (un tuteur novice de bien piètre conseil la première année et l'année de néo-titulaire, une inspection façon descente en flammes). Une psychothérapie m'aurait sûrement aidé à surmonter ce choc dépressif et suicidaire de l'inspection et de la démission qui en a suivi mais Venise et la thèse ont rempli un rôle comparable. J'eusse bien aimé être aidé dans ma reconversion par l'Éducation Nationale qui s'est bornée — en guise d'adieu — à me réclamer un énorme trop-perçu à propos duquel j'ai dû batailler pied à pied pour le réduire à sa juste proportion. Ce qui me choque ici réside dans la faculté de certaines personnes à pratiquer le harcèlement moral en demeurant sûres de leur impunité, la capacité d'un pays à laisser ses jeunes diplômés sans perspectives professionnelles : en un sens, cette hémorragie collective ajoutée aux drames individuels jette un éclairage cru sur la France du XXIe siècle.

 

 

Par Jaenelle

 

  Même expérience que certain(e)s : à l'époque (glorieuse)   de l'IUFM, j'ai raté mon année de stage. Conditions difficiles : lycée Technologique, 32 garçons, 2 filles  ; moi, j'avais l'air d'avoir 18 ans. Au début, c'était le souk, mais j'ai essayé de réagir, et j'ai réussi ! Cependant, je n'ai pas supporté la pression exercée par mon maître de stage collège : grippe, 40 de fièvre, etc, et il m'a dit « si tu ne viens pas travailler, c'est toi et ta conscience ! » Même ses collègues ont été choqués (et encore aujourd'hui, avec l'expérience, je peux vous dire qu'il en disait des erreurs à ses élèves !). On m'a proposé de redoubler, ce que j'ai accepté avec soulagement, même si je savais que j'avais une épée de Damoclès au dessus de la tête.

  Heureusement, la seconde année s'est bien déroulée. Déjà parce qu'une année merdique, ça forme ! Et je suis tombée sur un bon lycée, aux élèves agréables, deux maître(sse)s de stage compétentes et disponibles, et une tutrice IUFM qui avait à coeur de me soutenir.

  Et je rappelle, à l'époque, les stagiaires du secondaire n'assuraient "que" 6 heures de cours (sans expérience, mais quand même que 6 heures).

  Aujourd'hui, je m'en sors bien, très bien certaines années, même s'il y a eu des années difficiles.

  D'autant que l'après titularisation n'a pas été triste non plus (les joies de la gestion de l'EN).

  Conclusion : heureusement qu'on m'a donné cette seconde chance ; à l'époque, je ne semblais pas faite pour enseigner. Aujourd'hui, je suis un professeur apprécié.

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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 08:10

les-portes-claquent.jpg 

 

  Autre prérentrée, autre style… C. revient dans son établissement après un an de congé-formation, et retrouve le tout petit monde des professeurs. 

 

Par C.

 

  Je suis vraiment une ingrate, je viens de passer une année de bonheur total loin de mon établissement. Après 7 années de constance à demander un congé formation, j'ai enfin décroché le sésame : fi des 700 euros en moins par mois, la li-ber-té. Heureusement que je l'ai décroché d'ailleurs, ça m'a évité la faute professionnelle (une gifle bien sentie sur la joue d'une c**** pardon je veux dire d'une apprenante qui n'arrêtait pas de la ramener, pardon je m'égare d'avoir des points de vue divergents sur ma pédagogie) et je n'ai aucune, mais alors aucune envie d'y remettre les pieds…

 

  C'est le cœur lourd après cette année riche d'enseignements pour moi, où je n'ai pas chômé —double cursus agreg (pour laquelle on m'a octroyé le précieux congé formation) et licence d'histoire de l'art (parce que l'éduc nat, comme je l'aime, et vu ce qui nous attend, je n'ai qu'une envie c'est de la quitter...), un stage pour la Biennale de Paris, environ 60h de travail par semaine — que je reviens.

 

  J'arrive donc, et là, je suis accueillie comme le Messie, vraiment, jusqu'aux pions qui sont ravis 'ah on vous a vue sur les listes on était drôlement contents, et vous ça va ? Pas trop dur la reprise ?' je marmonne 'Non, non, j'intériorise juste ma joie' quelque peu déconfite. Puis c'est au tour des collègues:

'Ahhhhhhhh C.! Tu nous a manqué! Alors cette agreg?'

'Non, pas eue...'

'Ben tu la voulais pas, tu l'as pas fait sérieusement?'

'Ben si quand même (c*** 15h de cours et une salaire multiplié par 1.5 fais le compte…) j'ai raté l'admissibilité à 1 point…'

'Ah ben tu la repasses alors?'

'Ben non avec les classes, à temps plein, ça me dit pas trop' (puis bon j'avoue j'ai d'autres projets en tête, comme celui de quitter l'éduc nat comme sus-mentionné)

 

  Faut dire que point de vue service j'ai été gâtée pour mon retour : deux secondes mais l'Abitur (la crème de la crème de l'apprenant, d'ailleurs ils en sont énervants tellement ils sont bons…) une des deux Euros (sur forfait maternité d'une collègue), une première Euro encore (oui là je sens que ça commence à vous agacer) et on s'arrête là pour le gratin, une TSTG et une TS.

  Le problème avec ces classes d'élite, c'est que comme ils ont 12000 options, les emplois du temps sont souvent chaotiques et c'est absolument impossible de décaler une heure parce qu'un ou deux élèves cumulent latin et chinois…

 

  En cadeau bonux, j'ai été désignée co-doyenne d'office, je l'ai su cet été par mail d'une collègue, aucune note officielle, j'ai hésité à venir à l'heure, me disant après tout, ils auraient pu avoir la décence de m'appeler, puis je me suis dit que je ferais mes protestations de vive voix.

  Il faut dire qu'en plus l'avant-veille j'ai appris que la situation dans l'équipe d'anglais était digne d'un épisode hautement dramatique de Dallas, univers aussi impitoyable que le notre. S. et S. en seraient presque venues aux mains dans le bureau de la proviseure adjointe parce que S. disait qu'elle ne serait pas là à 9h pour la certification Cambridge parce qu'elle devait emmener son fils au collège (celui là, le pauvre, je pense qu'elle lui tiendra la main pour sa première fois, juteux 'marché' pour les analystes en perspective…) donc l'autre S. a commencé à lui crier dessus en disant que ce n'était pas la seule à avoir des mômes et que dans une équipe il fallait consentir à des sacrifices et qu'elle n'était rien qu'une tire au flanc (ce qui est totalement vrai mais tout de même ce n'est pas poli de le dire devant la proviseure adjointe). Ambiance…

  Mais las! Nos deux doyennes, élues par nous à l'unanimité, ne se sont pas entendues, donc R. a manigancé pour évincer F. parce qu'elle convoitait les BTS1 et surtout les GRETA (la poule aux oeufs d'or il faut bien le dire…), alors elle l'a traitée de péquenaude psychorigide avec qui elle ne pouvait vraiment pas s'entendre parce qu'elle elle était née rive droite d'abord… Ce qui a suffisamment heurté F. pour l'envoyer direct chez le psy…

  C'est donc dans ce contexte que j'arrive, la bouche en coeur, 1h plus tôt que mes camarades pour accueillir les nouveaux3… Avant le ptit déj royal qu'on nous sert (me suis fait un chaï, ai bien fait, vivent les thermos !), je coince ma proviseure adjointe (délicieux mélange de Barbie, Wonder Woman et Margaret Thatcher) dans un coin pour protester, et là, mouvement de ses grands yeux bleus eyelinerisés 'Mais vos collègues ont dit que vous étiez d'accord' (ben voyons, donnez moi des noms) 'mais si vous voulez on ne met qu'une doyenne, et je vous prends juste en référente pour l'euro' (ah la bougresse elle est forte !). Je rétorque à moitié à terre 'Non, non, on a toujours eu deux doyennes, ce ne serait pas juste pour R. mais j'aurais aimé un coup de fil et le binôme prévu à l'origine c'était F. et moi (mais je sais très bien que tu as gardé R. car c'est un indic, ah comme tu es forte proviseure adjointe !).

 

  Il faut ensuite se fader, euh pardon, écouter le speech du grand chef — un croisement du général Tapioca (Tintin) et de Prunelle (Gaston Lagaffe) — qui est tout sauf un orateur il faut bien le dire…

 

  Arrivent les autres convoqués à 10h pour la grand messe, qui ressemble d'ailleurs plus à une foire aux bestiaux qu'à une cérémonie religieuse ; les chiffres défilent, je compare mes Géox avec celles du prof de Maths, je ne mate même pas les nouveaux cette année, signe évident de ma blasitude…

  C'est alors qu'arrive le plus croustillant : j'apprends avec stupeur que nous n'aurons pas nos emplois du temps avant l'après-midi. On m'avait prévenue qu'il était sadique le boss mais là, ça dépasse mon entendement, déjà que je trouvais cruel de devoir rester toute la journée parce qu'en étant p*** de doyenne il fallait que j'assiste au conseil pédagogique au lieu de me tirer boire un verre comme tout le monde après le conseil d'enseignement ! Il est 11h15, 2h45 avant d'aller les chercher, je ronge mon frein en anticipant la réunion de l'équipe où sera présent le prof de prépa, parce que ça s'est aussi crêpé le chignon sur les heures de colles et le copinage… Le prof de prépa est remonté contre R. ma co-doyenne, CL. Copine de R. est venue nous espionner pour voir se qui se trame, elle fait semblant de prendre de la salade de fruits qu'elle finit par se sentir obligée de verser dans son assiette, la mélangeant avec son camembert (beurk), si ça ce n'est pas du dévouement amical !

 

  Arrive la réunion tant attendue ; j'ai laissé R. aller chercher les emplois du temps, je sentais que ça lui faisait plaisir, sans surprise le mien est un gruyère, mais j'ai les jours demandés, les autres ont l'air plutôt satisfaites, c'est déjà ça de moins à gérer. Le prof de prépa attaque sur les colles, R. dit qu'elle n'en veut pas, visiblement elle boude… J'ai envie de lui dire, faudrait savoir !!!!! Je vous épargne le blabla de l'équipe, les tergiversations sur qui fait quel sujet pour le bac, les groupes de compétence, etc, etc. jusqu'au moment où je lance, grave:

'Y a-t-il des collègues qui voudraient une inspection?' (j'en veux une…) 

'Ben tu sais c'est tous les 5 à 7 ans, et puis de toutes façons maintenant dans les textes le proviseur peut t'inspecter…'

'PARDON?' Je rêve/cauchemarde éveillée, qu'est-ce que c'est que cette c**** ?

 

  Devant mon objection (mais comment il fait pour évaluer de l'anglais de la chimie ou quoi ou qu'est-ce ?)

'Ben il nous a dit qu'il n'avait même pas besoin de venir nous voir, que le bouche à oreilles suffisait'

  Là je me retiens pour ne pas pleurer/crier/m'évanouir, ça y est Meirieu a gagné l'élève est tellement au coeur du système que c'est lui qui nous note… Je reste sans voix et ce n'est pas mon habitude4

 

  Bouquet final, la réunion pédagogique où l'on nous explique qu'il va falloir mutualiser les moyens parce que le budget réduit comme une peau de chagrin, je manque m'étouffer de rire quand j'entends 'il faut penser global' et que le budget reprographie va être plus surveillé que Khadafi…

 

  Finalement je vais peut être le prendre ce job de serveuse…

 

 

 


1. Où, pour une heure de cours, on en compte 1h30.

 

2. Formation professionnelle grassement payée.

 

3. L'avantage avec les réformes, c'est qu'il y en a somme toute assez peu.

 

4. Je confirme ! (NDCeleborn)

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3 septembre 2011 6 03 /09 /septembre /2011 09:17

ubu-roi

 

 

  J'aurais pu vous raconter ma prérentrée où l'on nous a expliqué que l'on manquait de sous et qu'il fallait bien penser à éteindre à la lumière en sortant et à couper le robinet si l'on voulait faire des économies et des sorties scolaires ; vous parler de mon emploi du temps (il est très bien) ; vous raconter la bataille du projet d'établissement (bon, ça, je le ferai peut-être dans un prochain article), mais je pense qu'il est plus urgent de vous faire partager la situation de ma collègue Kroko (dont vous avez déjà pu apprécier la plume quand elle nous a raconté son année de stagiaire), qui a vécu ce qu'il convient d'appeler la pire prérentrée du monde.

 

Par Kroko

 

 

  Voilà, jeudi soir, 18h, on décolle de Monchémoiadoré avec mon petit mari qui a pu poser un RTT à l'arrache, à la découverte de ma merveilleuse mutpourrie1.

  Bouchons et long trajet plus tard, nous arrivons à l'Etap Hotel du coin vers 22h30. Spartiate mais calme, c'est déjà ça.

  Je ne dors pas de la nuit.

  Le matin, je ne peux rien manger tellement je suis stressée.

  Arrivée au lycée, je commence à discuter avec quelques collègues « ah mais toi t'es du LP, nous on est du LG2 » ... ok on ne mélange pas les torchons et les serviettes, c'est ça ?

  Je papote avec des jeunes de mon âge, qui s'avèrent être les pionnes, très sympa.

  Ensuite grand messe. Tout le monde attend ses emplois du temps. On me souffle que PAsadique3 aime faire des emplois du temps à la noix, et faire pleurer les collègues dans son bureau.

  Je rencontre ma collègue qui part à la rentrée, dont je reprends le poste. Elle est venu avec un classeur de cours sous le bras, qu'elle m'a donné, m'a dit qu'elle a passé des commandes de papiers, de fournitures, etc, parce qu'à son avis, je vais avoir une mauvaise surprise par rapport à l'emploi du temps.

  Je la cuisine, et là j'apprends qu'elle sait qu'un autre lycée m'attend, que mon poste est un temps partiel avec un complément de service à 25 km de là.

  Les bras m'en tombent, sur I-prof vendredi, c'était marqué « 18h à Mutpourrie ».

  Je me dis que c'est une erreur, moi je ne veux pas d'un temps partiel.

  Je reçois mon emploi du temps : horreur, tout est groupé sur jeudi vendredi, et encore, jeudi, 5h de trou.

  Je compte les heures, ah ben oui je n'ai que 10h.

  Je vais au bureau des réclamations fort bien rempli du PAsadique.

  PAsadique me dit « oh comme ça serait merveilleux que vous fassiez 18h chez nous, parce qu'on a engagé une contractuelle pour faire 8h. »

  Pardon, y'a un truc qui m'échappe. Y'a 18h de dispo dans l'établissement, vous ne m'en donnez que 10 et vous engagez une contractuelle ?

  « Oui oui, elle vient depuis des années chez nous, on lui donne des heures, mais là avec les suppressions d'heures, on en a enlevé chez vous. Mais je me suis arrangé à Mutpourrie2 pour qu'on vous fasse un emploi du temps sur le lundi mardi comme vous vouliez avoir le mercredi. »

  Hein mais hein ?

  J'ai toujours dit que je voulais mardi-mercredi-jeudi, et que je m'en tape d'avoir le mercredi de libre, et que d'abord, moi, je suis pas au courant d'un complément de service, donc j'ai pas de papier, donc allez vous faire tous f**** !

  Mais M. le PAsadique me dit que c'est à moi de faire les démarches pour savoir ce que je dois faire parce que c'est MON arrêté de nomination qui est faux !

  Je prends donc le téléphone, appelle le gestionnaire, qui me passe quelqu'un d'autre, qui me dit que je suis nommée à 18h sur Mutpourrie1 et 9h sur Mutpourrie2 et que donc les établissements ont fait une entente pour me couper mon service, plutôt que d'envoyer la contractuelle dans l'autre établissement !

 

  J'ai appris ça, je suis tombée dans les pommes.

 

  Là comme ça, le téléphone en main, dans le bureau de la secrétaire du CDE.

 

  Mon collègue délégué syndical commence à se chauffer et à prendre les choses en main, finalement, on a réussi à avoir le responsable de service de ma matière qui dit qu'il est hors de question que je fasse un complément de service, mais que malheureusement lui n'a pas les pouvoirs d'influer sur les heures postes offertes, et qu'il faut faire une bidouille au rectorat, et que du coup il est possible que je fasse quand même mon service de donc 19h (ouf, il a dit que les 9h supplémentaires, c'était des con***ies), sur des établissements assez distants donc, sachant que je viens déjà de 400 km.

  Mon proviseur, très compréhensif, me dit « Oui vous allez rentrer au début, puis ensuite, vous allez rester ici, et vous trouver un mari ici. »

  Non mais monsieur, je suis déjà mariée ... et là tadaaaaaaaa « réflexion-complètement-scandaleuse-et-inappropriée »

 

AHHHHHHHHHHH

AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH

 

  J'oubliais, le responsable de service me dit que je ne dois pas aller à Mutpourrie 2 et que je dois traîner pendant les 8h qui me manquent dans mon établissement.

  Mais pendant ce temps à Mutpourrie2, ils m'attendaient. Eh oui. Et moi j'étais censée savoir comment que je devais aller là bas, pas de lettre, pas de convocation, peut-être un mail, mais comment savoir, mon adresse ac-académieloin ne fonctionne pas…

  Donc Mutpourrie2 a pendant ce temps appelé le rectorat pour dire que j'étais démissionnaire et que j'avais abandonné mon poste !

  Si c'est pas mignon tout plein ça ?

  Du coup moi j'ai fait une vraie crise du nerfs, celle du genre qui vous fait insulter votre supérieur en lui disant qu'il n'est qu'un gros conn*rd qui veut juste vous faire c*ier.

  Une vraie crise de nerfs qui vous fait trembler, pleurer et qui vous empêche d'être juste normale.

  J'ai quand même réussi à écrire un courrier au gestionnaire de ma matière pour éclaircir la situation, au proviseur en mettant en avant toutes mes difficultés (logement de fonction promis refusé, emploi du temps regroupé promis refusé transformé en 7h de cours vendredi soir finir à 17h45 pour faire 4h de route ensuite ..., l'éloignement avec mon mari, etc. etc.)

  J'ai tremblé toute la journée, rien pu manger, fait un malaise, une crise de nerfs, cette nuit nous sommes arrivés à minuit, je tremble toujours, je ne peux pas croire ce qui m'arrive.

  Alors voilà, lundi c'est arrêt maladie pour moi parce que là, trop c'est trop, et je démarche le privé hors contrat, les GRETA, les CFA, parce que je suis à bout.

 

  C'est le truc en trop qui fait que je ne peux plus continuer.

 

 


1.Mutation pourrie, bien entendu.

 

2. Lycée Professionnel et Lycée Général.

 

2. Proviseur Adjoint sadique, évidemment.

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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 16:31

koon

En même temps : comment voulez-vous que nos élèves

y comprennent quelque chose, à l'art ? (expo Koons à Versailles)

 

 

  Peut-être certains d'entre vous se rappellent-ils ces publicités hilarantes pour une marque de stylos, dans lesquelles des professeurs obtiennent lors d'oraux du bac recréés de toutes pièces des réponses tout à fait inattendues de leurs élèves. Pour ceux qui ne s'en souviennent pas, le blog « Je Suis en retard » vous les sert sur un plateau, et sans supplément de prix ! 

 

 

 

  Ah là là ! Sacrés publicitaires ! Toujours le mot pour rire, toujours l'exagération qui va bien, toujours cet art d'amuser la galerie avec des situations absurdes et qui n'ont aucune chance de se produire dans la réalité.

 

  Effectivement : la réalité est pire.

 

  Voici donc, sous le contrôle de maître Nadjar, huissier de justice1, quelques perles de la plus belle eau récoltées par mes collègues lors des oraux d'Histoire des Arts. rappelons que les élèves interrogés, outre qu'ils ont préparé la chose, sont en fin de 3e, donc ont en gros 15 ans. 

 

 

L'Histoire ? désastre !2

 

  • « Louis XIV a fait construire la pyramide du Louvre »

 

  • « L'éruption du Vésuve... euh...le 24 août... 1979 madame ! »

 

  • Qu'est-ce que l'holocauste ? « Bah des avions pas chers ! »

 

  • Est-ce que tu connais d'autres dictateurs que Hitler et gouvernant un pays européen à la même période ? « Franco et Berlusconi ! »

 

  • « Jean-Sébastien Bach a joué devant Hitler. »

 

  • « Hitler a bombardé Guernica parce que c'est à côté de chez lui. »

 

… Sans oublier :  les célèbres dates de la seconde guerre Mondiale (au programme de 3e, faut-il le rappeler ?), à savoir 1930-1954 ou 1938-1942 ; Hitler en 2003 ; la bombe atomique qui a détruit Guernica ; Pétain, ce grand résistant… 

 

 

La Géographie ? aussi !

 

  • « La Loire passe au milieu de Paris. »

 

  • « Le Louvre est en Espagne, à Barcelone. »

 

  • « Le festival de Cannes à lieu en Espagne. »

 

  • Citez-moi un grand pays d'Asie ? « L'Afrique »

 

 

Les Arts ? Pas d'lézards ! 

 

  • « Parsifal est une pièce de théâtre qui raconte la vie d'un héros de la Guerre de Troie. »

 

  • « Les 4 saisons de Beethoven »

 

  • « Aragon, grand auteur allemand de " la rose et le résidu" »

 

… Sans oublier le côté « people » et les erreurs de casting : Dali était marié à Marilyn Monroe ; François Mitterrand habite au Louvre ; Pompidou est un célèbre peintre français, etc.

 

  Rappelons-donc que nous sommes à la fin de la scolarité obligatoire, et que la plupart de ces élèves, sans aucun doute, verront leur « Socle Commun de Connaissances et de Compétences » validé. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles…

 

 


1. On l'a récupéré suite à l'arrêt de la Nouvelle Star. Bon, en vrai, c'est le forum Néoprofs qui a joué le rôle de maître Nadjar.

 

2. Jeu de mots honteusement piqué à Princesse Soso. Pour me faire pardonner, voici le lien vers son article pas piqué des vers ! 

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 23:05

  Suite à la lettre de Claire-Hélène que vous avez pu lire ici, ma collègue Véronique Marchais a lancé un blog (qui pourrait se transformer en véritable site par la suite) visant à recueillir des témoignages, des idées et à développer une véritable volonté d'action. SI vous êtes intéressés, rendez-vous sur C'est l'école qu'on assassine. Le projet en est encore à ses débuts, et il ne tient qu'à vous qu'il prenne forme ! 

 

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 11:50

 

  Un mouvement est en train de se créer autour de la lettre de démission envoyée par notre collègue Claire-Hélène, que vous pouvez (re)lire ici. Ma collègue Véronique Marchais, personne impliquée, admirable et qui n'a pas peur de témoigner à visage découvert, a obtenu l'autorisation de Claire-Hélène de transmettre cette lettre aux médias, en espérant que ces derniers en fassent quelque chose. Elle l'a accompagnée d'un texte qu'elle m'autorise à reproduire ici. Je vous invite donc à le lire : je l'approuve en tous points.

 

 

  Bonjour,

 

  Enseignante de Lettres en collège, je vous transmets la lettre de démission adressée par une de mes collègues à son chef d’établissement. En effet, la situation qu’elle décrit est hélas représentative de la dégradation des conditions d’enseignement en France, en particulier au collège. Partout, les constats sont les mêmes :

 

  • Remplacement régulier des heures disciplinaires, au contenu solide et méthodique, par des projets soi-disant innovants, de préférence inter-disciplinaires, mélangeant tout et incapables d’offrir aux élèves qui en ont le plus besoin une représentation organisée et utilisable des connaissances ;

 

  • Renoncement total à l’exigence de l’effort. Avec des variations très importantes selon la sociologie des établissements, on voit appliquer de manière aberrante la préconisation « pas de devoirs à la maison en primaire », allant jusqu’à renoncer à faire mémoriser quoi que ce soit. Les élèves arrivent au collège sans savoir apprendre. Les mettre au travail à la préadolescence est une gageure. D’autant que, depuis la suppression des redoublements, l’absence de tout travail est absolument sans conséquence sur la scolarité d’un élève, et ses parents même dédramatisent le plus souvent des résultats catastrophiques en se disant « qu’il passe ». A quoi bon travailler puisque cela ne change rien ?

 

  • Les consignes données pour diminuer les conseils de discipline conduisent un nombre croissant de chefs d’établissement à renoncer purement et simplement à en réunir, y compris après des incidents graves et répétés. A l’absence d’effort s’ajoute donc chez de plus en plus d’élèves un sentiment de toute puissance et d’impunité.

 

  Faut-il être un spécialiste en sciences de l’éducation pour se rendre compte qu’enseigner, dans un tel contexte, devient tout simplement impossible ? Pourquoi chercher ailleurs des explications aux piètres résultats de la France aux évaluations internationales ? Plus grave, comment ne pas s’inquiéter de l’avenir d’une nation qui éduque ainsi sa jeunesse ?

 

  « Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement, les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux l'autorité de rien et de personne, alors, c'est là, en toute beauté et en toute jeunesse le début de la tyrannie. » Platon, La République, Livre VIII

 

  J’espère que votre rédaction prendra la mesure du problème de société qui est en jeu et saura donner de l’écho non seulement à ce témoignage, mais encore à la situation que celui-ci révèle.

 

  Cordialement,

 

Véronique Marchais

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 21:21

 

 

  J'interromps la série de témoignages de stagiaires car une lettre d'une collègue a été récemment portée à ma connaissance ; une lettre terrible. Cette collègue, Claire-Hélène, qui enseigne à Paris, m'a autorisé à la reproduire ici, pour que les gens sachent quelle situation elle et ses collègues vivent. Je la reproduis donc, sans commentaires : je crois qu'elle est, hélas, trop explicite.

 

 

 

 

  Monsieur le proviseur,

 

    Les conditions dans lesquelles nous sommes contraints d'exercer notre métier ne sont pas tolérables. La semaine dernière, deux collègues ont été agressés physiquement par des élèves, élèves qui n'en n'étaient pas à leur premier coup d'éclat et dont la surenchère dans l'agressivité et la violence à l'égard des adultes n'était que prévisible. Ces incidents, très graves, ne sont que la conséquence du climat délétère qui règne dans l'établissement : incivilités, refus d'obéissance, insultes, violences à l'égard des adultes se sont banalisés au point que les élèves, se sentant dans une situation de toute puissance, n'ont même plus conscience de la gravité de leurs actes. Un tel désordre règne dans les escaliers et les couloirs, qu'il nous est impossible de circuler sans être bousculés, raillés, invectivés, les bagarres y éclatent plus que quotidiennement. Cette situation de violence tant physique que verbale ne devrait pas être.

 

    Pour ma part, je refuse de continuer à être traitée comme une chienne par des enfants à qui j'ai eu le malheur de demander de retirer leur casquette, d'aller se ranger dans la cours ou de me donner leur carnet de liaison. Je refuse de continuer à assister à la complaisance avec laquelle certains adultes confortent ces enfants dans leurs dérives au lieu de tout faire pour les aider à en sortir. Je refuse de continuer à assister, impuissante, à ce gâchis généralisé, nos élèves les plus fragiles étant les premières victimes de notre incapacité, voire notre réticence, à instaurer les conditions nécessaires à leur apprentissage. Je refuse de continuer à participer de ce spectacle affligeant que nous offrons quotidiennement à nos élèves et qui me fait honte.

 

    Qu'en est-il de l'application de l'article 11 de la Loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires - « La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté.  » - alors que quotidiennement notre intégrité morale et physique est menacée quand elle n'est pas bafouée ?

    Qu'en est-il de nos devoirs envers nos élèves, de notre mission éducative à partir du moment où nous nous révélons incapables de simplement manifester notre volonté de les voir appliquer le règlement intérieur, de les protéger d'eux-mêmes et des autres, c'est-à-dire de leur offrir une scolarité digne de ce nom ? Quel avenir leur préparons-nous ?

 

    J'aime mon métier par-dessus tout mais il ne m'est plus possible, dans ces conditions, de continuer de l'exercer et j'ai perdu tout espoir que cela ne change. C'est pourquoi, Monsieur le Proviseur, j'ai l'immense regret de vous présenter ma démission.

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 09:21

 

 

 

 

  Madame Ordralphabétix1 est une collègue de lettres et amie douce, agréable et qui n'a pas l'habitude d'envoyer des poissons pas frais au visage de ses supérieurs hiérarchiques. Mais voilà, parfois, l'appel du poisson est le plus fort. Je vous laisse découvrir en sa compagnie un établissement scolaire très bien organisé : celui où elle a l'immense chance d'exercer ! Madame Ordralphabétix, c'est à vous !  

 

  « Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance. » Comment ça, je me trompe ? Ce n'est pas ce qui est inscrit sur la façade ? Ah, non, c'est vrai, c'est marqué « Collège Babaorum» (ou peu s'en faut). Un instant, j'ai failli oublier que c'est dans un établissement scolaire que je travaille, et pas dans une succursale de l'Enfer où l'on torture les pauvres gens qui s'y égarent à grand coup de pagaille sans nom. Mais aussi, cela fait maintenant si longtemps que perdure cet état de fait, qu'il finit par nous paraître presque naturel.

 

  En effet, depuis bientôt quatre ans que notre chef d'établissement actuel, Monsieur Abraracourcix, a pris ses fonctions dans notre petit collège de la campagne profonde, nous avons pris l'habitude d'être tutoyés (et rudoyés) par lui, d'accepter son humour pachidermique avec philosophie, puisqu'après tout, ce n'était jamais bien méchant, pensions-nous. Finalement, c'est comme ça, par petites touches, que nous nous sommes endormis sur nos lauriers (de César ?), et que nous n'avons pas réagi quand il a pris à parti sèchement Monsieur Panoramix, le professeur d'Histoire-Géographie, ou Madame Cétautomatix, professeur2 de technologie. De plus, finalement, le collège ne tournait pas si mal, au début. Et puis, nous qui n'étions pas encore victimes, ça nous amusait peut-être un peu aussi, soyons honnêtes, puisque tout ça, c'était « pour rire ».

 

  C'est l'année dernière que tout s'est dégradé subitement. Tout ça parce que ces « casse-couilles » (je cite, sinon, je ne me permettrais pas) de professeurs ont eu l'audace inconcevable de vouloir faire leur travail le mieux possible. Le caractère de notre bon principal, déjà grandement lunatique, est devenu franchement inacceptable par moments. C'est alors que nous sommes entrés dans la Maison qui rend Fou. C'est peut-être une expérience enrichissante, mais à ne faire qu'une fois dans sa vie !

  Mais aussi, les professeurs principaux des troisièmes, ces grands benêts, ont commis un crime de lèse-majesté : ils ont voulu s'occuper correctement de l'orientation de leurs élèves, ces mêmes élèves que nous suivons d'année en année dans notre petit établissement. Ils ont donc interrogé Monsieur Abraracourcix pour savoir si les demandes de dérogation, soumises par neuf garnements plutôt méritants, avaient bien été envoyées. Monsieur Abraracourcix a juré par Toutatis que tout avait été fait dans les règles de l'art. Hélas pour lui, le sort s'en est mêlé quand les parents des susdits garnements ont voulu aller inscrire leur progéniture dans les lycées convoités : nulle trace des demandes de dérogation ! Les parents et les professeurs principaux ont tenté, outrage suprême, d'obtenir une explication de la part de la direction, laquelle direction est sortie de ses gonds, à menacé violemment les enseignants, puis est parti se claquemurer dans son bureau. L'abus quotidien de lait de chèvre3 n'était peut-être pas tout à fait étranger à cette réaction excessive.

  Les enseignants, terrorisés, ou en colère, c'est selon, étaient auparavant en train de profiter du banquet final, puisque l'année scolaire s'achevait ce jour-là. Les joyeuses agapes se sont alors changées en cellule de crise : que faire face à ce débordement de trop ? Porter plainte ? En référer à l'Inspection Académique ? Non ! Nous n'avons pas voulu tirer sans sommation. Et puis, malgré ses nombreux défauts, Monsieur Abraracourcix a des qualités, même si le lait de chèvre a de plus en plus tendance à les gommer. Finalement, nous avons décidé de rédiger une lettre, courtoise mais ferme, pour lui signifier que nous n'étions plus prêts à accepter certains comportements, mais que nous étions prêts à travailler main dans la main avec lui si notre message était entendu.

 

  Nouvelle surprise quand sont tombés les résultats du brevet : deux loustics n'auraient jamais dû l'avoir, d'après leur notes à l'examen et leur moyennes au contrôle continu. De là à soupçonner que Monsieur Abraracourcix aurait gonflé artificiellement les moyennes pour permettre à certains d'obtenir leur diplôme et leur orientation, il n'y a qu'un pas...

  Le principal a donc finalement reçu ladite lettre quelques jours avant la rentrée (même si nous ne doutons pas qu'il en était informé bien avant) et le jour de la prérentrée nous a bien fait comprendre qu'il avait été blessé par nos remarques, mais qu'il comptait s'y soumettre sans rancune. Naïvement, nous avons alors pensé que nous avions trouvé la sortie de cette maudite maison de fous, malgré l'ambiance un peu tendue et les nouveaux quelques peu refroidis par cet accueil.

 

  Et vlan ! Arrivent les emplois du temps tout beaux tout chauds, c'est le cas de le dire, puisqu'ils ont été frais pondus la veille. Il est vrai que le fait que trois blocs de moyens provisoires4 n'aient pas été pourvus (en Lettres, et Histoire-géographie et en E.P.S.) a sans doute compliqué la donne, mais des plannings sont un tel tissus d'incohérences que nous en restons baba(orum) : certaines classes n'ont qu'une heure hebdomadaire d'anglais ou de maths, des enseignants à cheval sur plusieurs établissements se doivent d'avoir le don d'ubiquité puisqu'ils ont cours en même temps sur leurs deux collèges, d'autres professeurs hostiles aux heures supplémentaires, dont votre humble servante, se retrouvent avec des horaires délirants de vingt-et-une, vingt-deux voire vingt-trois heures de cours par semaines au lieu des dix-huit heures statutaires5, tandis que d'autres sont en sous-service. Monsieur Panoramix et moi-même avons même une classe de trop ! Bien entendu, nous étudions nos précieux papiers afin d'y traquer chaque erreur, ce qui n'est pas une mince affaire, puis nous nous dépêchons de remettre à Monsieur Abraracourcix notre chef le résultat de nos investigations dans l'espoir que, le lundi suivant, les emplois du temps auront été corrigés. En salle des professeurs, les casiers n'ont pas été étiquetés, aussi nous accaparons celui que nous voulons avant d'être chassés à midi pile du collège.

 

  Le lendemain6, c'est la rentrée. Nous autres professeurs principaux emmenons nos ouailles dans une salle pour leur communiquer... rien du tout ! Les emplois du temps qu'on nous a donnés sont ceux du collège voisin7, nous n'avons pas la liste des professeurs, et nous ne savons pas quand nous aurons ces informations. Trois heures pour étudier le règlement intérieur, présenter le collège, distribuer les manuels et faire remplir une fiche de présentation, c'est long. Très long. Trop long. A propos des manuels, justement, j'apprends que ceux qui devaient être changés ne l'ont pas été, mais qu'on a omis de m'en informer. Un quart d'heure avant la fin, on nous fait enfin passer les emplois du temps provisoires. Provisoires ? C'est un bien grand mot ! Nous avons dû nous en accommoder pendant deux semaines et demie. À l'usage, je me rends compte que je n'ai pas cours en même temps que mes élèves, lesquels vont en S.V.T. en même temps qu'en latin. Je n'ai fini par voir certains de mes mouflets que trois bonnes semaines après la rentrée ! En attendant, Monsieur Panoramix et moi prenons en cours une classe que nous savons ne pas devoir garder. Au bout de huit jours, nous décidons d'arrêter de le faire pour cesser de camoufler le problème.

 

  Certains élèves passent désormais plusieurs heures par jour en étude. Les parents commencent à protester. Pour les apaiser, le principal propose une réunion où les enseignants ne sont pas conviés. Mais dans l'assistance se trouve Madame Jolitorax, collègue d'anglais dont la fille à la chance d'être dans la classe à laquelle il manque trois enseignants. Elle assiste alors à une tentative désespérée de Monsieur Abraracourcix pour rejeter la faute sur le rectorat qui n'a nommé personne et sur les méchants profs qui ne veulent pas d'heures supplémentaires. Madame Jolitorax démonte un par un tous les arguments de la direction, et le chef repart penaud, la queue basse.

  Quand le Graal (pardon, je m'emporte) les nouveaux emplois du temps définitifs provisoires arrivent, les pauvres professeurs que nous sommes décident de se réunir un soir pour vérifier qu'ils sont conformes. Hélas, trois fois hélas, ils sont largement aussi ineptes que les précédents. De vingt-trois heures, je suis passée à quinze, mais le jeudi, mes élèves ne mangent pas puisqu'ils ont cours non stop de huit heures et demie à dix-sept heures. Monsieur Panoramix, lui, a toujours sa classe en trop. La liste des dysfonctionnements n'en finit plus, et aucune classe n'est épargnée. Un collègue de math, Monsieur Anglaigus, et moi décidons de la lui remettre le lendemain, en délégation, afin qu'il puisse y remédier au plus tôt. Quel bel optimisme ! Voilà deux semaines que nous fonctionnons avec ce ramassis d'âneries ! Le chef nous remercie malgré tout, nous assure que certaines aberrations ont été corrigées, et que deux des trois postes vacants devraient être pourvus. Il nous demande même si nous n'aurions personne à proposer pour le job...

 

  Pendant ce temps, chez les parents, la grogne enfle, et ils se décident à passer à des mesures plus radicales : l'occupation du collège est décrétée, et ils passent à l'acte, banderoles à l'appui. Le maire lui-même vient faire sa petite apparition publique, le secrétaire départemental d'une fédération de parents d'élèves vient en personne désavouer le mouvement8, ce qui n'entame en rien la détermination des occupants, qui se relaient pour squatter l'administration. Etant moi-même gréviste et fortement enrhumée ce jour-là, je ne vais pas au collège et rate une bonne partie des jeux du cirque. Toutefois, en fin d'après-midi, je fais un saut jusqu'au théâtre des opérations afin de vérifier si les emplois du temps nouveaux sont arrivés à maturité. Que nenni ! J'apprends de la bouche du chef que tous les postes vacants sont pourvus, sauf en français, car nous somme censés avoir les moyens suffisants. Si avoir les moyens signifie me coller cinq heures supplémentaires, je refuse tout net.

 

  Je suis alors apostrophée par les parents présents, qui ne comprennent pas tous les rouages mal huilés de notre bonne vieille Ed'Nat'9. Et c'est alors à moi que reviens la tâche de fournir les explications, de recalculer en direct les heures, de proposer des solutions aux parents pendant que Monsieur Abraracourcix ne dit mot et se terre derrière sa secrétaire, trop heureux de ne pas être au centre des débats. Un tel morceau de lâcheté est un spectacle assez rare ! J'aurais ragé de le manquer ! Quand je pense que cet homme prétend m'estimer et me laisse me dépatouiller tout seule et malade alors que ce sont des sujets qui relèvent de sa responsabilité, je n'ose imaginer ce qu'il ferait pour quelqu'un qu'il n'apprécie pas !

 

  Quand le principal sort soudain de son chapeau qu'une des collègues de lettres est en sous service, ce qu'il s'était bien gardé de dire plus tôt pour « avoir une dernière carte à sortir » (je cite), de terribles envies de meurtre me viennent à l'esprit, mais je préfère ne pas y laisser prise car les témoins sont nombreux. Après moultes cogitations, j'en viens à l'unique conclusion possible : il faut redistribuer les classes différemment. Depuis le début, il avait les heures et les professeurs, mais il n'avait pas été capable de faire une répartition correcte ! Le lendemain matin, c'est moi qui m'y colle. Les parents sont satisfaits car leurs enfants auront des enseignants. Ce dont ils ne se doutent pas, c'est que puisqu'il va falloir intégralement refaire les emplois du temps et que comme il avait fallu trois semaines pour arriver à des plannings totalement stupides, ce n'est pas demain la veille que nous pourrons travailler correctement !

  Pour finir, il est plus que probable que toute cette affaire ne reste pas sans suites, mais à l'heure actuelle, il est encore difficile de les envisager clairement. Un léger brouillard dû au lait de chèvre, sans doute... Mais au fait, où est la sortie ?

 

 

 


1. Une compétence au choix validée à qui me donnera le nom « officiel » de madame Ordralphabétix sans avoir cherché dans un album d'Astérix ni sur Internet ! 

 

2. En bonne prof de français, Mme Ordralphabétix ne féminise pas le mot « professeur ». Grâce lui en soit rendue (ND Celeborn)

 

3. L'abus de lait de chèvre est dangereux pour la santé : à consommer avec modération. Une animation citoyenne et ludique se tiendra d'ailleurs sur le sujet pendant les cours de français. L'étude d'Alcools d'Apollinaire sera par ailleurs prohibée. Non mais ! (ND Celeborn)  

 

4. Les fameux BMP. Un BMP est un ensemble d'heures non attribuées à l'un des enseignants en poste fixe sur l'établissement, soit parce qu'il n'y a pas assez d'heures pour en faire un poste, soit parce qu'il y en a tout juste assez et que ce post ne serait pas pérenne. L'organisation de l'Éduc'Nat étant ce qu'elle est (un vaste foutoir, et je reste poli), et les suppressions de postes étant ce qu'elles sont (là, j'aurais bien envie de ne pas rester poli), on croise de + en + de BMP non attribués encore le jour de la rentrée. Parents, si vos enfants n'ont pas de prof de maths, de musique ou de techno (voire les trois à la fois) pendant une semaine deux semaines un mois, c'est qu'il s'agit d'un BMP sur lequel on cherche désespérément à mettre un TZR (mais on n'en a souvent plus en stocks, cf. les suppressions de postes dénoncées un peu plus haut), un contractuel ou un vacataire (les deux derniers sont des gens qui n'ont pas le concours, mais qui ont normalement fait des études poussées dans la discipline. Ou dans une discipline pas trop éloignée. Ou presque. Ou pas vraiment mais un peu quand même. Au demeurant, certains peuvent être très compétents, heureusement !). (ND Celeborn… comme toutes les autres, en fait, alors je vais arrêter de le répéter à chaque fois !)

 

5. Rappelons que pour préserver notre santé mentale déjà fort attaquée, seule 1 heure supplémentaire année (HSA) peut nous être imposée. Pour les autres, il faut notre consentement (parfois) éclairé. 


6. … elle était souriante (référence old fashion délicieuse que vous pouvez partager en cliquant ici)


7. Ah oui ! Quand même ! 

 

8. Sans doute le cousin de Tullius Détritus.

 

9. Difficile de leur en vouloir, d'ailleurs. 

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6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 11:45

laby

 

  Troisième et dernière prérentrée, celle (enfin, vous verrez qu'il y en a deux) d'Angua. Si certaines prérentrées donnent envie de rire, il faut reconnaître que celle d'Angua donne plutôt envie de pleurer. Ou alors de crier très très fort son incompréhension et son impuissance.

 

 

Prérentrée d'Angua : « On se fout de moi, ou bien ? »

 

  « Ayant la joie et le bonheur d’être TZR1, j’ai vécu ce matin deux rentrées très différentes dans les deux établissements...



  Le matin, collège. Bon accueil, un principal nouveau mais qui semble très carré. Son adjointe (visiblement lessivée) prend ensuite la parole pour s'excuser des emplois du temps qu'elle va nous remettre, retravaillés jusque la veille au soir, et conclut en disant qu'elle est preneuse de toutes les solutions possibles pour améliorer les gruyères que sont les plannings de certaines classes... Pourquoi un tel marasme ? Sur une cinquantaine de profs... 10 services partagés ! Et trois stagiaires, dont une n'a été révélée que la veille de la pré-rentrée, là où un TZR était attendu, ce qui implique un jeudi à libérer chaque semaine pour eux2. Premier contact avec les collègues positif, une collègue de lettres a pris le temps de venir faire connaissance, se proposer en cas de besoin.

 

 


  L'après-midi, je suis comme convenu au lycée... une adjointe m'avait conseillé de venir à 15h30, à un temps réservé aux nouveaux collègues, mais une lecture avisée du planning m'apprend qu'une réunion sur l'aide personnalisée en seconde commence à 13h30... or, je dois en assurer deux heures ! Arrivée dans un lycée totalement désert (avec vent qui fait rouler les feuilles dans une grande cours vide), deux collègues seulement à l'heure dite dans la salle prévue...


  Coup de chance, l'une d'elle est en français aussi.
  

  20 minutes après l'heure annoncée, la réunion commence. Juste avant son début, je vais me présenter au principal et ses adjointes, histoire qu’ils sachent que je suis là et pensent à me donner les documents qui me concernent, mais personne ne semble s’émouvoir et je file donc m’asseoir, me disant que ça peut attendre et que l’heure est à l’AP. La réunion débute… 5 minutes plus tard, c'est la foire d'empoigne : les PP3 de 2nde se demandent comment meubler une journée et demie à accueillir leurs élèves. Des idées sont balancées à la volée, en une demi-heure, une stratégie de remplissage est trouvée.


  Arrive le moment d'aborder l'aide personnalisée en seconde... et c'est le drame. 7 profs pour 6 classes, chaque prof ne voit son groupe qu'une fois par semaine, et nous allons faire trois semaines de méthodologie. Où ? Comment ? Avec qui causer pour éviter d’aborder quatre fois la prise de notes ? Autant de questions qui déclenchent une belle engueulade générale, suivie d'un œil vide par le chef tandis que la pauvre adjointe qui gère le truc essaie de ramener un peu de calme. Prise d'une idée subite, elle propose qu'on s'organise et demande qui est concerné le lundi. À tout hasard (moi aussi je veux jouer, partagée entre le dépit et le rire), je lève la main comme les autres... car voilà une heure et demie que je suis là, foin d'emploi du temps ou de quelque info que ce soit. Là, elle me repère, je parviens à faire entendre que je n'en ai pas la moindre idée, vu que j’ignore quand je ferai ces fameuses heures... et voilà le prétexte idéal pour quitter la salle pour elle, en promettant de revenir munie des listes d’enseignants qui devront travailler en binôme (où l’on apprend ce détail, d’ailleurs). Me voilà dans son bureau, où elle me remet enfin mon emploi du temps, puis de retour dans la salle où elle devait me suivre.


  Sauf que... le temps passant, la salle se vide. Tout le monde râle ou s'en fout, je commence mardi par cette fameuse heure, je ne sais pas qu'y faire, ni où, ni avec quels élèves (enfin, concrètement, je serai gréviste).


  En attendant la suite des réjouissances, je vais me promener au CDI4 et demander mes manuels. Continuons dans l'ubuesque : la documentaliste ne sait pas quels sont les manuels utilisés en 1ère générale... et m'en file trois, « c'est forcément l'un d'eux ».


  15h30, réunion d’accueil des nouveaux. Le CDE5 arrive avec de belles pochettes de doc à remplir. Monsieur Gestion passe nous donner les codes des photocopieurs (seul élément normal de cette journée de rentrée), Monsieur Réseau nos identifiants... mais où sont donc les TZR dans la liste ? Ah, le logiciel du rectorat les a oublié, ça alors ! On verra demain6. Là-dessus, le proviseur invite tout le monde à aller chercher ses clefs, moyennant chèque de caution... pas de chéquier, je décide d'attendre sagement la suite et de voir ça demain. Il est 15h40. Le proviseur se tourne vers moi me demande si j'ai des questions, je lui dis ne pas avoir eu la pochette de rentrée du matin... « Ah oui... on n'en a pas tiré assez... vous l'aurez demain. D'autres choses ? »6 Non. J'ai cru comprendre qu'il faut chercher le nom d'un prof mort et s'approprier soi-même son casier6, et je suis un peu agacée. Et là... « Dans ce cas, je peux vous libérer ».

  Voilà. 16h, je n'ai pas de clefs, je ne peux pas faire l'appel, j'ignore où sont mes salles (que je devrais trouver, j’ai déjà fait un remplacement entre les mêmes murs il y a 6 ans), je devrais commencer mardi par un truc auquel je n'ai rien compris, j'ignore sur quel manuel m'appuyer, je n'ai pas de casier et j'ai perdu un après-midi pour une pochette de papiers à remplir. Détail cocasse : sur la dizaine de feuilles qu’elle contient, cinq concernent une « journée de bienvenue dans l’académie »… où j’enseigne depuis 7 ans. On se fout de moi, ou bien ? 

 


  Retour sur les lieux le lendemain7, pour rencontrer l’équipe éducative de la classe de première. Nous sommes 5, les enseignants absents sont conviés à d’autres réunions simultanées ou professeurs principaux de seconde occupés avec leurs élèves. Je croise à la sortie de la salle une enseignante qui, semblant bien au courant lors de la mémorable réunion concernant l’AP la veille, me présente et je lui demande s’il y a davantage d’infos… « Non, mais on verra ça se soir à la réunion. » Réunion dont je ne suis pas prévenue, ce qui l’étonne, car « tous les profs de seconde l’ont été ! »… Mais vous savez quoi ? Je n’aurai pas de secondes en cours8 ! Passons sur ma course dans l’établissement en attendant 17h, heure fatidique où on saura peut-être enfin quoi faire des élèves en aide personnalisée10.


  Autour de la table, une dizaine de profs sur les 26 concernés. Des chevronnés, des piliers de l’établissement qui m’expliquent ce qu’il en est exactement : l’an dernier, les membres du conseil pédagogique ont refusé de préparer le contenu de l’AP (estimant qu’ils avaient un peu d’autres chats à fouetter, un certain examen de fin de lycée entre autres), la fronde a grondé sans être entendue visiblement. Au final, nous réussissons à nous mettre d’accord sur des contenus purement méthodologiques, sans conviction, au bout de deux heures, après force agacement et rires nerveux… j’avoue y être allée de ma petite larme dans le premier quart d’heure, leur demandant clairement ce que je faisais là en lisant dans les yeux d’une enseignante de l’âge de ma mère qu’elle en était au même point. Au-delà des plaisanteries et de la vraie solidarité qui régnait (car pour s’enfiler deux heures de plus après une journée déjà lourde pour certains, et préparer le travail des autres, je pense qu’il en faut), le malaise était palpable : en suivant les textes à la lettre, nous devons faire du remplissage, brasser de l’air (l’air du temps ?) et oublier que nous sommes formés à enseigner une matière ou deux.


  Pour ma part, je suis prête à faire de la méthodologie, de l’orientation, du soutien. Plein de choses au fond, tant que j’y crois. Mais pas comme cela, dans l’improvisation la plus totale. Alors même si visiblement, c’est MAL, mes heures de méthodo ressembleront à des cours de français, l’orientation, ce sera sans moi, et le soutien… j’attends une bonne tranche de rigolade, quand à l’heure de former des groupes de soutien, dans ce lycée à orientation scientifique, on fera le compte des enseignants plutôt littéraires embarqués dans cette galère… pour se dire qu’on personnalisera l’accompagnement à un prof pour cinquante si tous veulent faire des maths. »

 

 

Addendum : j'apprends à l'instant par Angua que, des trois manuels donnés par la documentaliste… aucun n'est le bon ! Le mystère du manuel de 1ère générale reste entier !  

 

 


1. Titulaire sur Zone de Remplacement (c'est joli, hein ?). Concrètement, c'est un professeur qui a passé le concours (CAPES ou Agrégation) et qui est donc titulaire, mais sans poste. C'est à lui qu'on demandera de venir en cas de congé maternité, de dépression nerveuse carabinée, de suicide impromptu ou de départ à la retraite en cours d'année. Enfin, normalement, ça devrait être à lui qu'on le demande, mais comme ils sont occupés à faire des remplacements à l'année du fait des suppressions de postes, on le demande de + en + a des gens qui n'ont pas le concours. Ou alors à personne. Si votre enfant n'a pas de prof devant lui à la rentrée, c'est qu'on manque de TZR dans votre coin.  

 

2. Une petite pensée pour les proviseurs adjoints et principaux adjoints qui ont pour beaucoup vécu une rentrée difficile du fait des dernières réformes en cours : faire les emplois du temps ces jours-ci dans l'Éduc'Nat française, c'est un défi même pour les ordinateurs de la NASA.

 

3. Professeurs Principaux ! Faudra vous le redire combien de fois ? 

 

4. Bibliothèque Centre de Documentation et d'Information. À ce propos, si vous pensez que professeur, c'est déjà un métier compliqué, n'hésitez pas à devenir professeur-documentaliste ! Les inconvénients de la chose mais sans les avantages : une situation de rêve ! 

 

5. Chef D'Établissement. À ne pas confondre avec le CDI de la note de bas de page n°4.

 

6. Tout TZR reconnaîtra une situation qu'il a vécue au moins une fois dans sa carrière, mais souvent plusieurs. Voire à chaque fois ! 

 

7. C'est pas fini ! 

 

8. Pour ceux qui sont perdus (et je les comprends), une mise au point. Angua assure des heures d'aide personnalisée en seconde, mais elle n'est pas professeur de français en seconde cette année (elle ne fait que l'AP). Conséquence : elle n'a pas été conviée à la réunion sur l'aide personnalisée en seconde9.  

 

9. Comment ça, vous ne comprenez toujours pas ?

 

10. On louera Angua pour son optimisme !11

 

11. Onze notes de bas de page, c'est vraiment n'importe quoi !

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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 09:20

zizanie

 

 

  Chose promise, chose due : je laisse la parole à ma collègue Ava, qui a vécu une prérentrée mémorable qu'elle accepte fort gentiment de partager avec vous, chers lecteurs (le montant de la rémunération d'Ava afin qu'elle me confie ce texte restera bien évidemment secret, mais sachez qu'il ferait pâlir d'envie un professeur stagiaire !). Ava, à vous !

 

 

Prérentrée d'Ava : « Non, vraiment, une excellente prérentrée ! »  

 

  « Alors la rentrée, chez moi, avait des allures de bonne grosse blague.


  Je passe sur la photo (15 minutes pour que la photographe règle son appareil dans une espèce d'hystérie collective), le café dégueu et froid et le poireautage en règle avant la réunion...


  Réunion qui débute par la prise de parole d'une collègue visiblement au bord de la crise de nerfs, qui finit par hurler d'une voix haut perchée !... Ambiance. Puis, of course, blabla interminable de la nouvelle directrice avec questions inutiles posées par ceux qui posent toujours les mêmes questions cons en réunion.


  La distribution des EDT1 ressemble à la foire d'empoigne... UNE seule personne a été oubliée : moi... Après enquête et léger énervement de ma part, il s'avère que le directeur adjoint se balade depuis 30 minutes avec l'edt disparu dans les mains... Suspect 


  Après le repas pendant lequel nous avons déjà droit à un clash, réunion de PP2 à laquelle personne ne comprend rien tellement le CPE3 et le directeur adjoint ont l'air paumé... Bilan : recrise de nerfs d'un collègue et démerdez vous pour l'accueil des élèves demain !


  Enfin, et là c'est l'apothéose, réunion sur les Accompagnements... Personne ne comprend rien, le collègue syndicaliste nous pète une pile, hurle sur tout le monde, le directeur adjoint est au bord des larmes et les nouveaux arrivants font des tronches : affraid ...


  Non, vraiment, une excellente prérentrée ! J'attends avec impatience les prochaines réunions, devinant l'excellente ambiance qui y régnera! »

 

 

Merci Ava (le virement vous sera envoyé dès que vous me communiquerez votre RIB !). Chers lecteurs, restez concentrés, car c'est ma collègue Angua qui vous racontera bientôt son exceptionnelle journée de prérentrée ! 

 

 


1. Emploi Du Temps. Le graal de tout prof lors de la journée de prérentrée. À noter que dans pas mal d'établissements, les collègues obtiennent cette merveille AVANT la journée de prérentrée (magie de la technologie moderne ou de la Poste), sans que pour autant ladite journée ne soit désertée, ce qui est bien entendu incompréhensible (NDCeleborn) 

 

2. Professeurs Principaux. Si vous ne savez pas ce que c'est, c'est que vous ne lisez pas sérieusement les notes de bas de page de mes articles !

 

3. Mais vous allez les lire, ces notes de bas de page ? 

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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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