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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 15:20
 

  Une fonction tout à fait sympathique de ce blog est celle qui vous permet de savoir comment vos visiteurs sont arrivés par chez vous. J'ai pu ainsi apprendre que certaines personnes avaient pointé leur nez par ici en tapant des choses fort diverses et parfois inattendues dans leur moteur de recherche, telles que "evelyne thomas barbara émission", "je me sens con" et même "blog couple qui font l'amour" (et là, j'ai peur que l'internaute ait vécu une cruelle déception...).

  J'ai ainsi pu découvrir que des participants à un forum de personnels de direction avaient lu et commenté (comme je sais d'où ils viennent, je suis allé lire chez eux, petit curieux que je suis !) mon importanciel de la réunionitude (merci à eux), ce qui m'a fait plaisir, mais également réfléchir. En effet, si mes supérieurs potentiels ont apprécié la veine humoristique, ils ne semblaient pour beaucoup pas tout à fait d'accord sur une partie du contenu. Pour paraphraser leurs messages (je ne me permettrais pas de copier/coller sans autorisation), ils faisaient l'éloge de mon ami Antibi et affirmaient leur penchant pour le socle commun, l'évaluation par compétences et les liaisons intercycles. Et se désolaient sur les efforts de communication qu'il fallait entreprendre et qu'il faudrait entreprendre encore pour enfin faire partager leurs vues à nous autre, les profs.

  Et ça, ça m'intéresse.

  Nous autres, enseignants, sommes à la croisée de plusieurs volontés qui s'imposent à nous de façon plus ou moins reconnues et dont nous admettons plus ou moins l'autorité.

  Il y a les officielles :
  • Principal ou principal adjoint (adaptez avec vos proviseurs, chers collègues du lycée, et avec votre directeur, chers collègues du primaire) pour le côté administratif,
  • Inspecteur pour le volet pédagogique,
  • Programmes,
  • Socles Commun de Connaissances et de connaissances (parfois, oui, j'adore mes lapsus !), et de manière générale tout le blabla officiel qui paraît à gauche à droite.
  Il y a les moins officielles :
  • Parents d'élèves,
  • Élèves eux-mêmes, parfois (mais ça, on essaie de limiter un peu ^^).
  Sans compter parfois les collègues, la vie scolaire, et pourquoi pas l'infirmière (j'ai toujours dit "infirmière", mais je ne désespère pas de croiser un infirmier dans un établissement scolaire !), le gestionnaire, etc. Mais là, ce n'est pas tout à fait pareil.

  Ce qui fait beaucoup.

  Et comme je le constate une fois encore grâce à mes personnels de direction forumeurs, les domaines d'intervention de chacun présentent parfois des frontières bien floues. Ainsi je trouve légèrement étonnant que des personnels de direction (qui s'occupent de nous sur le plan administratif) cherchent à convaincre les enseignants du bien fondé de tel type d'évaluation (ce qui relève du plan pédagogique, n'est-il pas ?), et donc  (au final) de telle ou telle façon d'enseigner. Et d'autant plus quand ils sont persuadés que s'il y a résistance en face, c'est que le message n'est pas (encore) bien compris. Alors je le dis : si je ne suis pas d'acord, ce n'est pas qu'on a mal communiqué avec moi : c'est que je ne suis pas d'accord ! ^^ (ça ne vous est jamais arrivé, à vous, d'avoir eu d'envie de gifler  mettre un T.I.C. à l'homme/femme politique qui déblatérait dans le poste que "si cette réforme provoque des tensions, c'est parce que nous ne l'avons pas assez bien expliquée ?"). 
  Car au milieu de toutes ces volontés, moi aussi j'ai la mienne, moi aussi je réfléchis, moi aussi j'ai des avis, des opinions, des idées, peut-être bien même des idéologies, et moi aussi j'y crois. Ce n'est pas un problème de rhétorique ou de "communicationnel" si je pense qu'Antibi est une vaste fumisterie, que le socle porte bien son nom car il y manque l'œuvre qu'on met généralement dessus quand on fait de la sculpture, que l'enseignement par compétences est non seulement une (vaste) perte de temps, mais également un morcellement délétère des savoirs et une mise sur le même plan de choses qui n'ont rien à voir. C'est que je me suis documenté, que j'ai réfléchi, prenant évidemment en compte mon expérience d'enseignant (car au final, c'est quand même bien moi qui suis devant les élèves et note leur travail, et qui suis à même de constater si ce que je fais fonctionne ou pas).    

  Il faut bien s'en rendre compte, à un moment : un enseignant subit de plein fouet toutes les nouvelles idées d'en haut, qui varient suivant le courant à la mode en sciences de l'éducation :
  • lundi c'est méthode globale, jeudi méthode semi-globale, vendredi méthode naturelle et le 31 février méthode syllabique ;
  • janvier c'est le cloisonnement, mars le décloisonnement, juin le décloisonnement cloisonné un peu quand même
  • premier croissant de lune on fait de la littérature de jeunesse, pleine lune on ferait mieux d'étudier la presse, dernier croissant les recettes de cuisine, et à la nouvelle lune on devrait plutôt faire les classiques, etc. 
... mais qui varient aussi suivant le dernier pédago hype (je vous ressers un peu de Meirieu ou vous voulez plutôt essayer Antibi ?). Et parfois on se demande quel est le critère, car on n'y comprend plus rien – mais pourquoi on supprime du programme, justement ce qui plaît aux élèves ? Amis profs d'histoire qui enseigniez  avec passion l'Egypte en 6e, je pense fort à vous et vous souhaite bonne chance avec l'Inde des Gupta !

   On a souvent même essayé de nous  enfoncer certaine de ces "idées" bien profond dans le crâne – on appelle ça la formation. Généralement, l'IUFM nous laisse à tous de bien beaux souvenirs auxquels on repense, émus, devant nos élèves pour lesquels nous nous dispensons de préparer une belle fiche par séance (soit la bagatelle de 18 fiches par semaine, sans compter les heures sup') définissant nos prérequis/préacquis/objectis (en termes de savoirs, savoir-faire et savoir-être)/modalités et j'en oublie sûrement, car je devais  être en train de corriger un paquet de copies quand la formatrice nous a expliqué ce prérequis indispensable aux modalités objectivales de notre professionalitude...

  À l'autre bout de la chaîne, on retrouve les élèves apprenants et leurs parents, qui eux s'en foutent bien de la dernière mode pédagogique, et qui veulent des résultats. Je préfère de loin ces discussions-là, car au moins on parle de concret, de palpable, ce qui n'empêche pas parfois les tensions, évidemment : la seule chose pire qu'un parent qui se rend compte de l'indigence et de l'inefficacité de l'enseignement reçu par la chair de sa chair, c'est quand la chair de sa chair s'en rend compte elle-même, que ce soit sur le moment ou après. Cela donne des gens comme une excellente amie à moi, nourrie à la méthode globale (la vraie, celle qui n'a "jamais été employée en France", hahaha !), et qui en veut à l'Educ' Nat' de lui avoir pourri sa scolarité et de l'avoir forcée à reprendre des cours d'orthographe une fois devenue adulte. Inutile, je pense, de dire que je suis de son côté.

  Bref, dans ce nœud de volontés diverses et parfois contradictoires, nous, enseignants, avons un travail important à faire pour tenter de nous adapter aux exigences des uns et aux attentes des autres, sans remettre en cause ce en quoi nous pouvons croire – car je ne pense pas un seul instant que l'on puisse enseigner efficacement en enseignant contre soi-même – à partir du moment où nous en avons vérifié l'efficacité, ou à tout le moins la non-nocivité.

  Alors, chers collègues personnels de direction, par pitié, n'en rajoutez pas trop. Vous n'imaginez même pas à quel point nous sommes heureux quand vous nous faites tout simplement confiance, et à quel point nous le sommes moins (litote polie ^^) quand vous nous dites de faire comme-ci ou comme-ça dans le seul domaine dans lequel nous espérions pourtant bien, encore, être des spécialistes et des prof....essionnels.

Illustration de l'article de Martin Vidberg. N'hésitez pas à aller voir son blog .
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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 13:32


Avertissement : des chercheurs de l'université de Berkeley auraient trouvé des traces de second degré dans cet article.


  Avec la rentrée, on retrouve, comme chaque fois, l'espoir fou que l'on va, enfin, pouvoir passer une année sans crier ni terrifier ni menacer ni mettre lesdites menaces en application. Le raisonnement est simple, beau, lumineux  :
1) Majeure : tout homme est un individu doué de raison.
2) Mineure :  les élèves appartiennent à l'espère humaine.
3) Conclusion : il suffit d'expliquer aux gentils élèves pleins de bonne volonté qu'énerver/agacer/fâcher/mettre en dépression/mutiler/tuer leur enseignant est une très mauvaise idée pour qu'ils se tiennent tranquilles.

  Raisonnement simple, beau, lumineux, et, vous l'aurez compris, évidemment faux. Car si les élèves – même ceux donnant l'impression de débarquer de Mars – sont bien des homo sapiens sapiens (en espérant n'avoir pas retenu de travers mes cours de bio), le cartésianisme béat de notre majeure est, lui, mis à mal par les faits. Et nous revoilà à enfiler notre costume de père fouettard (de mère fouettarde pour mes charmantes collègues), parfois tôt, dans l'année, parfois au premier cours. Alors avant de menacer le premier élève qui a oublié sa feuille d'exercices sur son bureau  chez lui d'un conseil de discipline avec exclusion définitive, petit rappel des différentes stratégies, de leurs atouts et de leurs limites. Afin de mener ce projet avec la plus grande objectivité possible, nous nous servirons d'un cobaye étudierons les réactions d'un apprenant, Valère, élève moyen, qui ne fait pas toujours son travail et aime à discuter avec son voisin Cléante.

"Vous allez me punir, m'sieur ????"
Oui Valère, mais c'est pour le bien de mon blog, alors souriez.

  Afin que cette étude soit accessible à tous, les avantages et inconvénients de chaque méthode seront critérés sous forme d'items (j'ai trop la socle-commun attitude !!) notés sur 10 (oui, enfin, jusqu'à un certain point !!). Les  (trois) catégories sont bien entendu universelles et ne souffrent d'aucune discussion, tellement elles s'imposent d'elles-mêmes. Les voici :
- Sadisme (S) : le plaisir pris par le professeur lié à la douleur plus ou moins grande avec laquelle l'élève vit le moment.
- Masochisme (M) : le supplice que peut s'infliger le professeur à lui-même en choisissant telle ou telle méthode.
- Efficacité (E) : parce qu'il me fallait quand même un critère qui fît sérieux.


1- La Gueulante ("Valère, maintenant vous allez vous taiiiiiiiiiiiiiiire !!!!!!!")

S - 6/10 : ça fait du bien !
M - 4/10 : hormis l'extinction de voix, on risque aussi parfois le ridicule
E - 6/10 : mais enlevez un demi-point chaque fois que vous l'employez au delà de la troisième. La gueulante fonctionne quand elle est rare.
Commentaire : j'utilise la gueulante autant pour me défouler un peu que pour son aspect pédagogique. Elle permet d'évacuer la pression, et une vraie gueulante réussie vous calme tout autant qu'elle calme la classe. Une fois encore, l'utiliser à chaque cours vous condamne à ne pas être respecté par les élèves.


2- Le Mot dans le carnet ("Le 24/02 : Valère fait des bruits d'animaux  (canard, chat, hibou moyen-duc) quand j'ai le dos tourné")

S - 3/10 : on a vu plus excitant...
M - 6/10 : il faut déjà l'écrire, puis vérifier ensuite qu'il a été signé, sans compter que les parents, qui maîtrisent pour beaucoup très bien la dimension communicationnelle du français, vous répondent parfois. Et là, vous risquez alors une demande de rendez-vous de tous les dangers !
E - 5/10 : extrêmement variable et très dépendante des parents susnommés.
Commentaire : je l'utilise en deux temps (attention, décomposition du mouvement) : "donnez-moi votre carnet" (temps 1) ; le temps 2 (écriture du mot) n'existe que si l'élève continue à faire le pitre. Je trouve qu'il sert davantage de preuve en cas de mauvaise foi parentale (ce qui ne m'est jamais arrivé ; la plupart des parents de nos élèves sont des gens bien) et d'information que de punition.


3- Le travail supplémentaire à faire à la maison ("Vous chercherez l'identité du masque de fer et illustrerez votre travail d'une photo du dahut")

S - 6/10 : du moins quand l'élève le fait vraiment...
M - 7/10 : qui c'est qui va devoir le demander/le redemander/le doubler/le lire ?
E - 2/10 en cas de travail "intelligent", 5/10 en cas de travail "bête".
Commentaire : chers collègues, évitons le zèle, les bons sentiments et les grands idéaux, évitons de croire qu'une punition sous forme de recherche sur le respect ou de rédaction sur la tolérance va changer le zébulon qui perturbe notre classe ! En revanche, de bons verbes à conjuguer où une belle page d'encyclopédie écrite en tous petits caractères à recopier (idée d'une collègue qui, à mon sens, mérite un +1 pas volé en sadisme), là au moins il va comprendre (pour ceux qui ne l'avaient pas compris à la lecture de mes articles précédents, je suis un vieux con réac ^^) ! Bref, je suis de ceux qui estiment qu'une punition, pour être efficace, doit être vécue comme quelque chose de désagréable.


4- L'heure de retenue ("Vous quittez à 14h le vendredi, Valère ? Alors je vous la mets de 16h à 17h, hahahahaha !!!")

S - 6/10 : ça ennuie quand même encore beaucoup d'élèves sur le moment.
M - 6/10 : il faut trouver l'heure, la salle, le travail à faire... c'est du boulot !
E - 5/10 : j'en reviens.
Commentaire : je trouve cette punition assez peu efficace au final. Compliquée à organiser, elle fait davantage peur par son nom (l'heure de COOOOOOOOOOOOOOLLE !!!!) que par sa réalisation. Elle dispose d'une variante, le T.I.C./T.I.G. (Travail d'Intérêt Collectif/Général) qui présente les mêmes inconvénients et sans la dimension mythique de la chose.


5 -  L'exclusion de cours ("Ouste ! du balai !")

S - 9/10 : ça fait du biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiien !
M - 2/10 : l'élève n'est plus là, il ne vous embête plus, vous pouvez reprendre un cours normal.
E - 7/10 : plus impressionnante que la colle.
Commentaire : Le rêve ? Non, car il faut quand même lui donner un travail à faire en vie scolaire. Et  surtout car il ne faut l'utiliser que lorsqu'elle est nécessaire. Autrement, la vie scolaire vous en voudra, et elle aura raison  (amis C.P.E., camarades surveillants assistants d'éducation, révoltez-vous !) !! Mais quand elle se justifie, je n'hésite pas un seul instant à y recourir. L'objectif est de protégérer le cours et les autres élèves qui sont là pour travailler du mariole de service. J'estime que cet objectif est noble. Et je me demande comment font les collègues qui enseignent dans des établissements où l'exclusion de cours n'existe pas...


6- La défenestration ("Comment ça, vous ne savez pas voler, Valère ?")

S - 8/10 : ajoutez +1 par étage.
M - 10/10 : comment ça, la police ?
E - 10/10 : en prison, vous ne verrez plus d'élèves.
Commentaire : une variante plus douce, appelée "la gifle", existe également. Elle est elle aussi fortement déconseillée.

  N'hésitez pas à me proposer les vôtres !
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25 août 2009 2 25 /08 /août /2009 13:51
 


 Petit aperçu des vacances d'un prof. Tout est une question de point de vue !


Les vacances du prof telles que le prof les envisage

Jusqu'au 15 juillet : repos bien mérité
16 juillet : lecture des nouveaux programmes
17- 19 juillet : dépiotage des nouveaux manuels
20-31 juillet : construction de nouvelles séquences à partir des manuels et fondées sur les nouveaux programmes
1er août : repos
2-10 août : utilisation de l' "outil informatique" pour faire de jolies feuilles de séquences toutes belles avec les compétences du socle commun qu'elle sont même marquées dessus !
11-15 août : travail de synthèse en vue de l'élaboration d'une liste de lectures pour les collégiens, avec jolis symboles pour les guider dans leurs choix
16 août : utilisation de l' "outil informatique" pour taper la liste de lecture
17-24 août : remise à jour des cours des années précédentes. Classement, archivage dans de beaux classeurs avec intercalaires de couleurs
25-27 août : vérification du matériel pour la rentrée à venir : agende, stylos, gomme, colle, ciseaux, trousse, supports pédagogiques, chemises (cartonnées, plastifiées et en coton avec des rayures verticales)
28 août : rangement du bureau pour corriger efficacement les copies dès la rentrée.
29 août : anniversaire ! c'est la fête
30 août : derniers achats
31 août : vérification finale de ses progressions annuelles pour l'ensemble des niveaux. C'est bon, je suis paré !



Les vacances du prof telles que le prof les vit

Jusqu'au 15 juillet : repos bien mérité
16-31 juillet : repos bien mérité
1er août : repos
2-10 août : utilisation de l' "outil informatique" pour faire de jolies parties d'un jeu vidéo débile.
11-15 août : j'm'y mets demain
16 août, 13h-16h : travail de synthèse en vue de l'élaboration d'une liste de lectures pour les collégiens, avec jolis symboles pour les guider dans leurs choix
16 août, 16h15- 17h45 : utilisation de l' "outil informatique" pour taper la liste de lecture
17-25 août : repos bien mérité. Piscine.
26 août, 14h37 : ah oui, merde, les nouveaux programmes !
26 août, 14h41 : bon, ben en gros c'est pareil qu'avant....
27 août, 15h32 : tiens ! j'oubliais qu'on avait un nouveau manuel !
27 août, 15h34 : y'a de jolies images, dans ce manuel, dis donc !
28 août, 9h07 : quel bordel, ce bureau !
28 août, 23h46 : bon, ben j'corrigerai les copies sur le canapé, cette année
29 août : anniversaire ! c'est la fête
30 août : gueule de bois
31 août : c'est bon, je suis paré ! mince, où j'ai foutu mes cours, moi, déjà ?


  Et à très vite pour cette nouvelle année scolaire !

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21 juin 2009 7 21 /06 /juin /2009 14:54

 

 

  Parfois je m'énerve. Ça m'arrive rarement. Je peux m'énerver contre les élèves, et faire entendre ma voix (quand c'est dans une salle de classe qui donne sur le patio et que les fenêtres sont ouvertes, généralement tous les autres cours s'interrompent quelques secondes). Mais même là, c'est un énervement contrôlé, théâtralisé. Non, quand je m'énerve vraiment, quand je suis réellement prodigieusement agacé, je ne hurle pas. J'ai davantage tendance à prendre une voix neutre, et à débiter ce que je veux dire de façon impassible.

  Et cette année, je me suis énervé. Une fois. En réunion. Moi et quelques autres, nous participions, dans le cadre des directives sur la réunionite aiguë en phase terminale, à une réunion dont le thème était "la liaison CM2-6e". Je résume rapidement : une fois l'an, sous l'œil gourmand d'un inspecteur de primaire, des enseignants de 6e qui pour beaucoup ne seront plus là l'an prochain et des enseignants de CM2 s'exprimant devant leur inspecteur avec autant de liberté de parole qu'un personnage de 1984 face à un télécran et 5 caméras de surveillance, échaffaudent des idées de projets inter-trans-établissements-disciplines qu'ils s'empresseront d'oublier dès la fin de la réunion, car honnêtement, on n'a pas que ça à faire.


  Je me fais à moi-même la remarque que, l'année prochaine, cette réunion sera l'occasion idéale d'un bingo blabla* entre collègues.

(*Vous aussi, faites vos grilles de bingo blabla pour profiter au maximum de votre prochaine réunion. Un exemple en fin d'article ! comptez 4 points par ligne et 3 par colonne. Si votre grille est intégralement remplie, vous devez dire "Bingo" lors de votre prochaine prise de parole.)


  Bref, nous y voila : après une charmante mise en bouche au cours de laquelle nous apprenons que les TUIC (Technologies Usuelles de l'Information et de la Communication) ont remplacé les TICE (Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement), qui eux-mêmes avaient succédé aux TIC (Technologies de l'Information et de la Communication) , la réunion commence, chapeautée par l'inspecteur de primaire déjà cité ainsi que par deux conseillères pédagogiques (de primaire itou) à la novlangue fleurie. Aux premiers ronchonnements sur le thème "Yanamarre de se réunir pour préparer des projets nécessitant des réunions qu'on n'a pas le temps de caser car on est déjà tout le temps en réunion", l'une des deux, Philaminte des temps modernes, réplique :


"Mais on n'a pas besoin de faire du présenciel. On peut tout à fait faire du distanciel."


  Ciel ! Ne voulant pas passer pour un plouc, je me suis rué sur le TLF (Trésor de la Langue Française.... informatisé, car je maîtrise trop bien les TUIC !) en rentrant chez moi : effectivement, présenciel et distanciel, ça n'existe pas (présentiel et distantiel non plus : j'ai vérifié au cas où, car je suis vraiment gentil).


  Bref, à partir de là, ça a commencé à m'agacer. J'ai donc rué dans les brancards, au grand désespoir de mes collègues qui voyaient bien que ça n'allait pas raccourcir la réunion, tout ça. Il faut dire que tout y est passé :


1) le statut de le note, avec une petite envolée lyrique de l'inspecteur à propos de ce cher Antibi.

(Je vous résume l'antibisme en deux mots : les profs sont tous des sadiques qui font des interros sur des choses que les élèves n'ont pas apprises afin de mettre suffisamment de mauvaises notes pour être respectés. Il faut donc supprimer le système des notes, dégradant et qui pousse les élèves à brûler les voitures et à se suicider, et le remplacer par exemple par des "contrats de confiance", comme chez Darty, où chacun il est content car tout le monde il est beau et deviendra cadre supérieur. Il n'y aura plus de chômage et nous nous tiendrons tous la main en formant la grande ronde fraternelle du bonheur collectif dans un monde sans guerre respectueux du développement durable.)


2) l'inénarrable "socle commun européen de connaissances et de compétences" (surnommé "SMIC culturel" par les méchants paranoïaques qui s'imaginent qu'il n'a été créé que pour répondre aux demandes du monde de l'entreprise et faire croire aux élèves qu'ils sont tous doués en tout) qui nous demande de nous transformer non seulement en profs d'informatique, mais également en professeurs de respect et de tolérance (attitudes qui sont bien entendu à évaluer au même titre que l'accord du participe passé, c'est marqué dans le socle).

(D'ailleurs, ça a déjà largement commencé en primaire : nos collègues y remplissent des grilles de compétences qu'ils valident ou non (jusque là, ils avaient le choix entre acquis - en cours d'acquisition (dite aussi "validation de Normand")- non acquis ; cette année, grande nouveauté : ils ont le droit à oui/non, comme chez Michel Field sur LCI). Un exemple de compétence indispensable à valider au primaire d'après l'Europe ? "La prise de conscience de la dignité humaine". Oui/Non : faites votre choix, amis professeur des écoles !

A noter que ce système fait que nous, professeurs de collège, ne savons absolument pas ce que "vaut" un élève quand il arrive en 6e : les tableaux de compétences figurant dans son dossier ne permettent pas de se faire une image de l'élève et de son niveau. J'ai testé avec un élève en TRES TRES grande difficulté cette année : il avait des tableaux très jolis et qui ne semblaient en rien catastrophiques.)


3) la remise en cause du fait que les élèves vouvoient leurs professeurs. Une de mes collègues (adorable, qui s'ennuyait comme pas possible, mais qui avait quand même quelque chose à dire) signale que certains élèves ont apparemment l'habitude de tutoyer leur maître/maîtresse en primaire, et qu'ils mettent beaucoup de temps à s'adapter au vouvoiement en 6e, ce qui leur fait une difficulté supplémentaire alors qu'il y a déjà beaucoup de choses nouvelles à intégrer quand on arrive au collège. Elle demande (extrêmement gentiment) s'il serait possible que les enseignants de CM2 les préparent au vouvoiement au cours de l'année. L'inspecteur s'interroge alors sur le bien fondé du vouvoiement, se demandant si d'autres choses ne sont pas possibles. On est à deux doigts de se prendre l'exemple du système scolaire finlandais dans la figure ("Finlande" est un mot très prisé au bingo blabla, chez nous), mais il vaut mieux qu'il évite, sinon je risque fortement de lui signaler que dans le système scolaire finlandais, il n'y a pas d'inspecteurs...


4) Les projets eux-mêmes. Et là, je vous propose un vade mecum du projet de liaison CM2-6e : il suffit de prendre le nom d'une discipline ou d'une composante de la discipline, et de faire précéder ce nom du mot "défi". Cela fonctionne à tous les coups ! Alors vous aussi, devenez membre actif d'une réunion de liaison CM2-6e et proposez :

- un défi-lecture

- un défi-langue

- un défi-baseball

- un défi-SVT

- un défi-technologie

- un défi-maths

- un défi-science (attention, un mauvais jeu de mots s'est glissé dans le nom de ce défi. Sauras-tu le retrouver ?)

- ...


  Nous nous sommes donc quittés pleins de bonnes intentions (enfin, moi, non, vous l'aurez compris), et j'aurai eu la joie de voir une collègue de primaire venir nous parler en aparté afin de signaler qu'elle pensait elle aussi que les notes, c'était important, et qu'elle allait mettre des notes et non des croix dans leurs foutues cases. Un chouette moment de présenciel !



Une grille de bingo blabla spécial profs :

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3 mai 2009 7 03 /05 /mai /2009 09:36

  Ceux qui pensaient que je ne savais écrire que des nouvelles et des romans vont être déçus : j'ai aussi validé la compétence du socle commun « être capable de rédiger un texte de chanson en vers de mirliton ». Et vous allez même pouvoir juger du résultat la semaine prchaine !

«M'sieur ? Vous allez devenir célèbre ? »
On l'espère, Scapin, on l'espère...


  En attendant, pour vous faire patienter (ou peut-être est-ce plutôt pour vous faire vous impatienter ^^), je vous invite à aller voir la bande-anonce sur le site de mes éminents collègues,
LES ZROFS. C'est en effet parce que ces derniers ont organisé un concours de textes que je me suis découvert une soudaine passion pour la chansonnette !


  Rendez-vous donc dimanche 10 mai pour écouter « Au Pays des sixièmes », une chanson qui, je l'espère, aura l'heur de vous plaire !

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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 16:21
  Comme écrit la semaine dernière, je vais vous parler d'un film plein de défauts et qui m'a pourtant fait forte impression.

2) La Journée de la jupe : « C'est la réalité qui est caricaturale. »

Un film de Jean-Paul Lilienfeld

  Évacuons avant tout un certain nombre de choses. Oui, la musique est souvent horripilante, surtout vers la fin. Oui, les intrigues secondaires - le policier et ses problèmes de cœur, par exemple - ne servent à rien et affaiblissent l'ensemble. Oui, parfois, ça part un peu n'importe où n'importe comment. Oui, la scène finale, très Cercle des poètes disparus (je vous ai dit tout le mal que je pensais de ce film ? Non ? Alors redemandez-le moi à l'occasion ! ^^) est inutile.

  Et pourtant, c'est une vraie réussite :

  • parce qu'il y a une bonne idée de départ, qui produit des moments de vrai cinéma. Plutôt que de se vautrer  comme Entre les murs dans le film-documentaire dont l'acmé est un mauvais conseil de discipline pour des raisons finalement faibles - un élève en blesse une autre par inadvertance avec une partie métallique de son sac à dos et tutoie son enseignant (combien de collègues peuvent témoigner que dans certains établissements, ça vaut à peine  une journée d'exclusion, voire des "points" en moins sur un "permis à points") -, La Journée de la jupe, dès le début, nous met dans une ambiance autrement plus dramatique (au sens théâtral du terme) : la prof nous dit que ses élèves sont devenus ses ennemis, et paf - flash-back - elle trouve un pistolet dans un sac d'élève, et, couverte d'insultes et de menaces, devient l'agresseur et prend ses élèves en otage.

  • parce que je me reconnais dans le message délivré par le film : féminisme et laïcité. Et que là-dessus, le film a tout bon, aussi caricaturaux que puissent être les personnages (collègues et principal). Au passage, quand on sait que le prof d'Entre les murs n'est pas une caricature, je crois qu'on peut admettre facilement que les personnages de La Journée de la jupe n'en sont probablement pas davantage, y compris le prof qui a son Coran sur lui pour  vérifier les affirmations de ses élèves, y compris le principal veule qui explique en bégayant pourquoi il ne fait rien (écoutez bien ses explications : elles ne sont pas caricaturales. Non : elles sont exactes. Parfaitement exactes.), y compris le prof qui s'est fait tabasser par des gamins et qui explique qu'ils ont eu une divergence d'opinion et qu'il a senti de la détresse dans ce geste. Tout ça serait caricatural ? C'est vrai : c'est la réalité qui est caricaturale.

  • parce que ce film est vrai ! Tout le travail pseudo-réaliste d'Entre les murs contient moins de vérité qu'une scène de La Journée de la jupe. Vraie, la "culture" djeuns (ou plutôt l'aculture djeuns) dénoncée probablement trop grossièrement, mais parfois de façon tellement jubilatoire dans le film (« Zidane il a marqué  !!! »). Vraie, la façon de filmer. Je me suis vu dans un collège du début à la fin (avis à mes collègues : ils ont le même carrelage que nous sur les murs !), alors qu'Entre les murs et son plan fixe sur chaises vides m'a fait tout autant sortir du réel que son match de foot final pseudo-réconciliateur m'en a exclu jusqu'au bout, mauvaises ficelles d'un mauvais cinéma. Vrais également la rage, la colère, le désarroi, la souffrance de nombreux professeurs confrontés à des fauves plutôt qu'à des élèves (eh non ! les élèves non plus ne sont pas caricaturaux), et qu'enfin l'on peut voir exploser dans le film. Vraie enfin la vision sociale proposée. J'ai habité en banlieue "légèrement" chaude (comprenez qu'il y a nettement pire) : j'ai vu une fille se faire projeter dans une cabine téléphonique par son frère - sous le regard des copains dudit frère, neutres comme la Suisse - parce qu'elle était en jupe et maquillée. Alors la loi du silence, les sacs plastiques au lieu de sacs à main, toute cette chronique de la violence ordinaire que nous fait le film, notamment au travers des interventions des habitants du quartier au micro des journalistes, j'y crois complètement.

  • parce qu'on a une vraie actrice qui joue vraiment. Non, franchement, même si on n'aime pas Adjani, au moins elle fait du cinéma.

  • parce que ce film fonctionne malgré ses excès, et même jusque dans ses excès. Une prof laïque jusqu'au point de ne pas avoir voulu révéler des origines qui l'auraient sans aucun doute "aidée" à tenir sa classe - eussent-elles été connues ? Un cours sur Molière (pas terrible, d'ailleurs : juste une lecture à voix haute de la biographie) sous la menace d'un flingue ? Eh bien ça marche, car on est passé sur le plan du symbolique, sur le plan de l'illustration  forte d'une idée tout aussi forte. Au moins là, le message du film est clair : on voit bien qu'il y a quelque chose de pourri au royaume des cités, et qu'on ne va pas affirmer que le manque de culture classique est contrebalancé par la formidable énergie de cette jeune génération, "qui bouge mieux", comme le disait horriblement Bégaudeau.  

  Bref : c'est à voir, à voir vraiment. On n'en sort pas forcément rassuré, mais il y a dans ce personnage de prof paumée qui vomit chaque matin tellement elle hait aller en cours, et qui pourtant dégaine son Bourgeois gentilhomme et tente, envers et contre tout, de faire jouer une scène même peu, même mal, dans cette prof qui,  si elle ne minimise ni la détresse ni les difficultés immenses de ses élèves, ne leur pardonne  pourtant pas de ne pas saisir la chance qui leur est offerte de s'en sortir - la seule peut-être qu'ils auront dans leur vie- ; il y a  dans ce personnage un attachement si fort au savoir, à l'intelligence, à la culture - la grande culture - et une croyance si belle en leur possibilité d'améliorer les êtres, qu'elle dépasse de loin tous les François Marin, complices de la médiocrité et enseignants de rien du tout.
  Il est d'ailleurs significatif qu'à chaque fois, ce soit un prof de français qui soit choisi : c'est dans ma matière que l'idéologique a fait le maximum de dégâts, en agissant non seulement sur la façon d'enseigner, mais également - et nettement plus qu'ailleurs - sur le contenu des enseignements, sur le "message citoyen". C'est par ma matière que peuvent passer les messages d'espoirs, les idées. C'est en maîtrisant sa langue et en ayant conscience des beautés  et des pensées qu'elle a fait naître qu'on peut trouver sa place dans la société et dans le monde. Et c'est en détruisant le langage et la communication éclairée qu'on met en place un cycle de la violence.


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29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 15:18
 J'ai (relativement) récemment vu trois films qui traitaient peu ou prou la même thématique : enseigner en ZEP. Trois chocs, en ce qui me concerne (et dans tous les sens du mot choc) Trois films extrêmement différents, mais qu'il me semble intéressant de rapprocher (ou d'éloigner, d'ailleurs). Bref, faisons une comparaison !

« C'est un procédé littéraire qui associe une réalité - le comparé - à une autre - le comparant - au moyen d'un outil de comparaison car ces deux réalités présentent un point commun - le point de comparaison - ! »
Bravo, Arsinoé !

 
Aujourd'hui, je parlerais d'Entre les murs. Mercredi, si tout va bien, de La Journée de la jupe, et, le week-end prochain (on verra si j'y arrive ^^) de L'Esquive.


1) Entre les murs : « ceci n'est pas de l'enseignement »

un film de François Bégaudeau et Laurent Cantet

  Jamais je ne me suis autant pris la tête dans les mains qu'à ce film. Synopsis : un prof de français qui ne fait presque jamais un cours de français tchatche avec ses élèves en classe et se laisse dépasser et par eux et par les événements. En tentant d'acheter la paix sociale, il fout le boxon et multiplie les bêtises  grosses comme lui, du débat sur le football à la classe laissée sans surveillance. Développons ce qui ne va pas :

- Quand le personnage de Marin dévie (tout le temps) de son cours.  Dans le film, un seul moment de cours - court - : de la versification (je connais : je fais le même). En deux secondes, il est interrompu par une remarque hors de propos, signale que la remarque est hors de propos, et fort logiquement... y répond, et se lance avec les élèves dans une discussion, vous l'aurez compris, hors de propos.

- Quand il n'offre aucun savoir à ses élèves, qu'il s'englue dans des explications qui n'expliquent rien et ne satisfont personne. Jamais rien vu d'aussi peu structuré.

- Quand il produit du mauvais : de son excursus dans les terres de l'imparfait du subjonctif (excursus que je me suis également permis une fois, d'ailleurs ; c'est dire si cela m'a intéressé de voir ça), ses élèves ne retiendront que deux choses : ça n'est utilisé que par les snobs, et les homos sont maniérés (heureusement, lui avoue qu'il est hétéro afin de "rassurer" ses élèves : toutes mes félicitations !).

- Quand il quitte sa classe pour conduire un élève chez le principal (qu'on me rassure : aucun de mes collègues n'a jamais fait cela, j'espère ?).

- Quand il fume à la cantine, et dit à la dame qui nettoie et lui signale que c'est non-fumeur que ce n'est pas grave car il n'y avait personne (là, j'ai été choqué : cette dame n'est personne ?).

« M'sieur ! C'est peut-être une ruse, comme Ulysse avec le Cyclope ! »

- Quand il utilise une ironie que ses élèves sont incapables de comprendre (mais qu'ils perçoivent et analysent finalement de façon juste : oui, leur prof les "charrie"). On pourrait multiplier les exemples.

   Pour reprendre la formule d'une amie chère : ce film est un traité d'anti-éducation. Le problème est qu'il n'est pas présenté comme tel, et que chacun y verra finalement ce qu'il veut bien y voir... la preuve, l'auteur-interprète y voit une jeunesse formidable d'énergie et des méthodes éducatives tout à fait merveilleusess. Mon ministre aussi, d'après ce que j'ai compris. Or donc combien de personnes vont croire que des Marin hantent toutes les salles des profs, en nombre ? Mon métier n'est pas toujours facile : j'aimerais qu'on ne me le complique pas davantage. Et en même temps, j'ai éprouvé de la joie en visionnant ce film. Joie de ne pas être comme lui. Joie de me voir conforté dans mes idées, dans mes actes d'enseignant. Joie de ne jamais avoir insulté un élève, de n'avoir jamais été aussi seul, dans quelque salle des profs ou équipe pédagogique que ce soit.

   Il faut donc rétablir certaines vérités : ceci n'est pas de l'enseignement ; c'est ce que certains veulent que l'enseignement soit ou devienne. Je hais ces gens, qui massacrent des générations d'élèves. Si ce film est une chronique relativement fidèle de la pratique de Bégaudeau, alors qu'il continue à faire du cinéma et ne retourne jamais devant une classe, devant des élèves.

  Ce film est enfin - et surtout - cinématographiquement décevant. Poncifs bien-pensants sur les sans-papiers, blondasse de service (car présentée comme telle de façon évidente dans le film) se ridiculisant en commission permanente sur une histoire de machine à café (ça va encore donner une super image des profs, ça...), invraisemblance sur invraisemblance, le tout servi par une mise en scène de base et des ficelles énormes de dialoguistes et de scénario (apparemment, il n'y a pas qu'Esméralda qui n'ait pas lu ou pas compris La République de Platon...), je ne vois rien là que de très moyen, voire de très médiocre.

  J'aurais donc souhaité une autre image de l'enseignement "sous tension" au cinéma. Et c'est un film qui pourtant part exactement des mêmes préalables - en plus violent quand même -, un film bourré de défauts, qui va m'apporter satisfaction. Paradoxalement, il y a peu d'enseignement dans ce film, et pourtant tout y est. Mercredi 1er avril, ce sera donc non seulement la journée des farces, mais aussi La Journée de la jupe ! A vos poissons pour les décorer, ces jupes !


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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 14:03

1. Mon vice préféré
l'alcool, bien sûr !

2. Le principal manque dans mon caractère
l'anticipation

3. Le défaut que je préfère chez les hommes
la timidité

4. Le défaut que je préfère chez les femmes
la grossiereté

5. Ma principale qualité
je suis zentil !

6. Mon principal défaut
je suis trop zentil !

7. Ce que j'apprécie le plus chez mes ennemis
qu'ils ne fassent pas de coups-bas

8. L'occupation dont je me passerais bien
le Marathon de la mémoire ! (clin d'œil, les collègues !)

9. Mon rêve de malheur
devenir aveugle

10. Quel serait mon plus grand bonheur ?
devenir célèbre grâce à mes écrits/trouver l'homme de ma vie (à égalité parfaite)

11. A part moi-même qui ne voudrais-je pas être ?
Isa. Je ne pourrais jamais supporter tout ce qu'elle doit supporter. Je l'admire pour ça.

12. Le pays où je n'aimerais pas vivre
un pays islamiste

13. La couleur que je déteste
le jaune

14. La fleur que je déteste
la marguerite

15. L'oiseau que je déteste
S'il n'y avait La Fontaine, j'aurais bien dit le pigeon... Va pour la poule, alors !

16. Mes auteurs abhorrés en prose

Stendhal, qui me tombe des mains. Dostoïevski, qui m'échappe complètement. La plupart des auteurs américains, je ne sais pourquoi.

17. Les poètes qui me tombent des mains
Eluard, que je hais. Breton, mais lui est ridicule.

18. Mes anti-héros dans la fiction
Frédéric Moreau, évidemment.

19. Mes anti-héroïnes dans la fiction
Mes deux zoliennes : Pauline (La Joie de vivre) et Renée (La Curée). La Reine de la nuit. Hedda Gabler.

20. Mes compositeurs détestés
Bach : je sais que dire cela se retourne contre moi, mais la variation m'ennuie, et la foi me rase.

21. Mes peintres détestés
Picasso dès qu'il fait du cubisme.
 
22. Mes anti-héros dans la vie réelle
Olivier Besancenot.

23. Mes anti-héroïnes dans la vie réelle
Amélie Nothomb.

24. Mes anti-héros dans l'histoire
Néron. Ponce Pilate. Les sœurs Papin. La Montespan.

25. Ce que j'aime le plus
L'amour.

26. Le personnage historique que j'aime le plus
Louis XI

27. Les faits historiques que je vénère le plus
La bataille de Marathon. La découverte de l'Amérique. La légalisation de l'avortement.

28. Le fait militaire que je hais le plus
Aucun.

29. La réforme que j'estime le moins
Celles de l'Education Nationale depuis 30 ans.

30. Le don de la nature dont je me passerais bien
la super-expressivité de mon visage... J'aimerais avoir l'air sérieux, parfois ! ^^

31. Comment je n'aimerais pas mourir
Alors que l'on m'a caché la gravité de mon état

32. L'état présent de mon corps
repu, mais patraque...

33. La faute qui m'inspire le moins d'indulgence
la violence physique

34. Ma phrase-repoussoir
«Aimer, c'est regarder ensemble dans la même direction.» Pouah !


À vous !
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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 10:53

(Merci à Paul Eluard via Françoise Sagan pour le titre)


  Un petit texte plus tout neuf, inspiré d'une scène que j'ai vue pour de vrai, et qui m'a marqué. Je vous retrouve l'auvent quand vous voulez !

  Au fait : inscrivez-vous à la newsletter, que diable ! C'est rapide et indolore !



la Vieille


Il pleuvait. A l'intérieur du café, le garçon slalomait entre les tables avec son plateau. Il y avait toujours un peu de monde vers 18 heures.

La journée ne semblait en rien différente des autres. Pourtant, à un moment, le garçon s'est dit que quelque chose clochait, qu'un détail n'était pas à sa place. Il y avait de l'insolite dans l'air. Il a regardé partout dans la salle mais n'a rien vu d'anormal. Les gens buvaient, les gens parlaient, les gens fumaient, comme toujours, comme ils l'avaient fait depuis le commencement du monde et comme ils le feraient encore jusqu'à sa fin.

Le garçon a repris ses va-et-vient, apportant un café-crème par-ci, une addition par-là, prenant l'argent et les commandes avec la régularité d'un métronome. La pluie tombait de plus en plus fort ; on l'entendait même de l'intérieur du café. C'est en regardant à travers la vitre qu'il l'a aperçue enfin.


Elle était installée à la terrasse, emmitouflée dans un gros manteau blanc, de la couleur de ses cheveux. Le garçon a un instant arrêté son manège, puis il est sorti la voir de plus près.

Elle était assise bien tranquillement, la vieille. Sous l'auvent vert, la pluie ne semblait pas la gêner le moins du monde. Elle avait les deux mains posées sur la table trempée ; elle regardait droit devant elle ; elle souriait. C'est la première chose qu'il avait vue : elle souriait.

Il hésitait à s'approcher. Il se demandait un peu si elle était folle. Il ne comprenait pas bien qu'on puisse sourire sous une pluie battante, par un tel froid, assise à la terrasse d'un café mal protégée par l'auvent vert. Alors il l'a observée plus longtemps.

Elle ne bougeait pas du tout, la vieille. Ses yeux restaient bien fixes, dardés vers un point imaginaire que les corps des passants ne parvenaient pas à dissimuler. Son sourire aussi était figé ; on aurait presque dit une statue, une jolie statue de vieille femme assise à la terrasse d'un café, un simulacre de vieille qui sourit.

Ca en devenait inquiétant, son sourire ; ça ne cadrait pas avec le paysage, avec la nuit qui venait, avec la pluie qui tombait, avec le gris qui envahissait la rue. Personne ne souriait tout autour. Les passants semblaient indifférents, sans expression, comme des passants qui passent dans une ville grise et sous la pluie. Il y avait une sorte d'interdit, de coutume, de loi non écrite comme quoi il était malséant de sourire en ces moments, par ce temps, à cette heure précise. Sourire, c'était s'écarter de la bonne marche du monde. C'était extravagant, impensable, aussi impensable que de se tenir immobile assise à la terrasse d'un café, sous une pluie battante et sous un auvent vert.


Oui, la chose était entendue : elle n'avait plus toute sa tête, la vieille. Elle ressemblait pourtant à une bonne grand-mère, un peu ronde, un peu douce, très douce même, avec ses cheveux blancs et bouclés et son sac à main plus tout neuf. Mais une grand-mère, ça ne s'assoit pas aux terrasses des cafés parisiens quand il pleut. Ca ne sourit pas au vide. Ca ne regarde pas à travers les gens.

Il la trouvait pourtant touchante, la vieille. Il voyait bien que son sourire crispé dissimulait bien d'autres choses. Il comprenait qu'elle regardait des images qui ne reviendraient plus. Elle était dans son passé, la vieille. Elle avait dû connaître bien des épreuves, voir un peu trop de monde mourir autour d'elle. Elle ne pouvait plus affronter la vie que dans le souvenir. Elle ne savait plus où elle était, elle vivait dans un rêve du temps jadis, elle revoyait son bonheur, ça devait être ça qui la faisait sourire.

Elle avait dû être très heureuse, parfois, la vieille. Elle n'en avait plus le courage ni la force aujourd'hui, alors elle essayait sans doute de retrouver ces moments où elle connaissait le mode d'emploi des choses et la bonne manière de les arranger.

Elle se fichait bien de la pluie, la vieille, et du monde qui tournait désormais sans elle : elle avait son propre monde qui tournait dans sa tête, ses propres pluies qui annonçaient toujours le sourire du beau temps.

Elle avait le soleil dans les yeux, la vieille, une lumière douce et apaisée, la lueur d'un moment tendre, l'éclat d'un rire, l'éclat du rire d'une personne qui la regardait désormais de là-haut.

Elle avait dû beaucoup pleurer, la vieille ; seuls ceux qui ont trop pleuré possèdent ce soleil mouillé dans les yeux.


A la voir ainsi, le garçon se sentait mélancolique, terriblement, totalement, infiniment. Ca le prenait au ventre, cette pauvre vieille attablée toute seule sous la pluie. Il sentait bien qu'elle avait dû passer des heures entières à d'autres terrasses d'autres cafés, sous un soleil qui n'existait désormais plus que dans ses yeux, entourée de gens qui souriaient et riaient.

Ca faisait longtemps qu'elle n'avait plus ri, la vieille. Son sourire, c'était la politesse du désespoir.


Il a décidé de lui apporter un café. Elle ne l'a pas regardé quand il a posé la tasse sur la table. Mais elle a ouvert son sac à main et en a sorti un porte-monnaie d'autefois, aussi vieux qu'elle, de ces porte-monnaie en cuir qui ont une petite poche pour les billets au milieu de la grande pour les pièces.

Ca faisait longtemps qu'elle n'avait plus compté de l'argent, la vieille, alors elle a tendu l'objet au garçon. Il a regardé dedans et y a découvert un vrai trésor. Il y trouvait des euro, des francs, nouveaux et anciens, chaque pièce paraissait différente, tout était mélangé, ça scintillait d'un éclat un peu terne. Il voyait toute la vie de la vieille dans les pièces, toutes ses épreuves, ses joies, ses malheurs. Les années défilaient dans le creux de sa main, les jours s'égrennaient à toute vitesse au son des tintements métalliques.

Elle devait avoir l'esprit comme son porte-monnaie, la vieille. Tout devait être bien confus, sens dessus-dessous et couvert de poussière. Il n'a rien osé prendre, le garçon. Il a rendu le porte-monnaie à la vieille qui n'en finissait pas de sourire et de se rappeler.


Il ne l'a jamais revue, la vieille. Pas une seule fois elle n'est revenue s'asseoir sous l'auvent vert. Chaque fois qu'il pleut et que la terrasse est vide, il y pense un peu. Il se dit qu'il aurait dû lui parler, même s'il est persuadé qu'elle ne l'aurait pas entendu, perdue dans son sourire, dans son soleil.


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8 mars 2009 7 08 /03 /mars /2009 18:18
  J'espère que vous avez rapporté votre classeur cette semaine !

  De toutes les illustrations de Gustave Doré, celle que j'aime le plus étudier est celle-ci :


La Barbe bleue avertit son épouse de ne pas utiliser cette clef. Il n'a pas l'air commode...

  Ce n'est pas ma préférée, ce n'est peut-être pas la plus belle, mais quel plaisir de l'analyser ! D'ailleurs, je vous propose de nous y mettre. Quelques chiffres :


Oui, je sais, on ne voit pas bien les chiffres ! Je suis sponsorisé par un opticien.

  Avec les élèves, par un savant questionnement pédagogique de votre serviteur, nous arrivons rapidement à obtenir les informations et interprétations suivantes :

1- Barbe foisonnante + immense plume d'oiseau + manteau qui ressemble à une fourrure d'animal + yeux inhumains = insistance sur l'animalité, la monstruosité de la Barbe bleue, vue davantage comme une bête, un prédateur qu'un homme.

2- Jolie robe + coiffure très travaillée + bijoux = contraste avec l'humanité de sa femme. Insistance sur son côté superficiel ?

  Il faut savoir que cette robe ne vient pas de nulle part. Elle est inspirée d'un portrait d'Elisabeth d'Authriche peint par François Clouet. Il paraît qu'on peut le voir au musée du Louvre, mais pour faire faire des économies à mes amis de province, le voici :

 Elle non plus, elle n'a pas l'air commode...

  A noter la ressemblance une fois encore avec les robes des reines de cartes à jouer (quand je vous dis qu'on n'en sort pas) :

Une grande amie de Michel Leiris (private joke de prof de français)

3- La position des mains autour de la clef, évoquant la convoisite de madame mais aussi sa crainte : elle ne les a pas (encore ?) refermées.

4- L'index levé de monsieur, geste de menace qui reprend parfaitement le texte de Perrault : 
«je vous défends d'y entrer, et je vous le défends de telle sorte que, s'il vous arrive de l'ouvrir, il n'y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. »

5- Le rideau. Ah ! le rideau ! Symbole par excellence du secret, du caché et du dévoilé, du dissimulé et du révélé. Et donc ici,le rideau symbole du secret de la Barbe bleue, à savoir (attention, spoiler !) ses femmes précédentes assassinées et dont le corps est caché dans  le célèbre cabinet fermé à clef.

Non, Acaste, la Barbe bleue n'a pas caché les corps dans les toilettes...
"Mais j'ai rien dit, m'sieur ! "
On voyait bien que vous le pensiez !

6- Les regards ! Les mêmes que dans l'illustration de « La Cigale et la Fourmi » ! Le regard du dominant sur le dominé, qui baisse les yeux. Ici, de surcroît, le regard de la femme est dirigé vers la clef, accentuant l'idée de convoitise.


  Car vous l'avez deviné si vous avez bien appris le cours précédent : l'organisation de l'image est toujours la même, autour de la désormais fameuse diagonale qui sépare le bourreau, en haut à gauche ,de la victime, en bas à droite. Et c'est là le clou du spectable, le grand moment du cours : je demande aux élèves de tracer ladite diagonale. Et soudain, ébahissement  (j'exagère à peine) :

"M'sieur ! La ligne... elle passe par la clef !"
Effectivement, Célimène. Elle passe par la clef.

 
La clef, centre de la composition, autour de laquelle toute l'image est organisée à la fois en diagonale et dans un mouvement circulaire (le même que celui du loup et du petit chaperon rouge, qui évoque une fois encore le danger et la claustration), point central de l'image car point central du récit, clef certes matérielle, mais également clef du mystère, de l'intrigue, clef qui, une fois tachée de sang, ne peut plus être nettoyée, et donc clef d'une ceinture de chasteté métaphorique, clef du passage de l'enfance à l'âge adulte chez la femme... Le sang, les premières règles,  l'hymen déchiré, vous suivez toujours ? (oui, ceci est un délire de lettreux... et alors ? ^^)

Or donc, les gamins ! Devant tant de culture, d'érudition et de puissance d'analyse de la part de votre professeur, vous avez encore des question ?


"M'sieur ! Pourquoi la Barbe bleue a tué sa première épouse ? Elle n'a pas pu découvrir de corps dans le cabinet, puisqu'elle était la première !"

"M'sieur ! Dans ce cas, comment la Barbe bleue a su que sa première épouse était entrée dans le cabinet ? Comme il n'y avait pas de sang, la clef n'a pas pu être tachée !"

"M'sieur ! Si on ne peut pas enlever le sang de la clef, comment ça se fait qu'il n'y ait pas de sang dessus quand la Barbe bleue la donne à sa femme ?
"


... Parfois, oui, j'adore mes élèves !






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