Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
27 février 2010 6 27 /02 /février /2010 13:59

caterpillar-4 

 

Vision d'ensemble de mon univers : Claire Mazeron, Autopsie du Mammouth

  Cécile Revéret nous présentait une expérience individuelle pouvant nourrir des réfexions d'ensemble. La perspective de Claire Mazeron, vice-présidente du SNALC (syndicat auquel l'auteur de ces ligne a adhéré), est différente. Claire Mazeron appartient au sérail. Elle connaît le ministère, la hiérarchie, les rouages, les arcanes. Elle nous propose donc une vision large, souvent polémique, souvent politique. Amateur de témoignages individuels, passez votre chemin : ce livre est un livre où l'on sort de la salle de classe pour musarder dans les couloirs du MEN (c'est le petit nom de mon ministère), farfouiller dans les circulaires, examiner à la loupe le système de mutation, expliquer le syndicalisme (ou plutôt LES syndicalismes, puisque nos syndicats sont nombreux, divers, et présetent parfois des divergences d'opinion ou d'idéologie qui feraient passer le schisme de 1054 pour une manifestation charmante d'un beau et grand syncrétisme religieux). Bref ! attention les yeux : il y aura des lois, des chiffres, des batailles d'idées. On y parlera du niveau, du bac, du pédagogisme, de la FCPE, des réformes, des IUFM, des réformes des IUFM. Rien n'y sera oublié.

  Et c'est une des raisons pour lesquelles je conseille ce livre, et en premier lieu à ceux qui ne sont pas professeurs. Il présente une vue d'ensemble très complète et très claire à la fois. On pourra discuter du ton souvent ironique et grinçant de l'auteur...

«M'sieur ! M'sieur ! Faut pas écrire "auteure"?»
Covielle, pour la semaine prochaine, vous m'apprendrez par cœur la liste des sous-compétences du socle commun !


... mais difficilement remettre en cause la vison globale qu'elle nous propose de ce "tout petit monde". Et les exemples choisis sont bien choisis, et dressent un état des lieux qui n'a pas de quoi réjouir. Petite tranche de Mammouth, à propos des évaluations nationales en CM2 (année 2009) :

« Problème : « une directrice d'école achète 12 dictionnaires, pour un montant total de 186 euros. Combien coûte un seul de ces dictionnaires ? » Dur, dur... Fort heureusement, la consigne de correction destinée au maître précise que la réponse de l'élève sera validée si la division a été correctement posée ou si « une autre démarche recevable a été mise en œuvre». Vous aviez déjà, pour résoudre cet exercice ô combien complexe, divisé le montant total de la facture par le nombre de dictionnaires ? Sombre brute que vous êtes ! Comme il y a peu de chances que les loupiots actuels de CM2 aient appris la division de manière systématique, l'administration, dans sa grande mansuétude, a tout prévu : Kevin est officiellement autorisé à passer dix minutes à retrancher laboreusement, quinze fois et demie 12 du total de 186. À côté du résultat final attendu, il dispose à cet effet d'un large quart de page, histoire de noircir le papier des multiples opérations intermédiaires nécessaires. »

  ... et je ne vous parle pas de la dictée :  certains des lecteurs de ce blog en feraient des cauchemars !

 

  Mais ce qui distingue le livre de Claire Mazeron d'un simple charge contre le délire ambiant, c'est qu'il contient des proositions. Des vraies propositions, simples, claires, listées tranquillement à la fin du livre, sur lesquelles on pourra discuter bien entendu mais dont certaines ressemblent tellement à l'expression de ce bon sens qui devrait être la chose du monde la mieux partagée qu'on se demande bien pourquoi on s'est échiné à faire plus compliqué et moins efficace. J'invite tout le monde à les consulter.

 

 Alors n'hésitez pas : lisez Autopsie du Mammouth. Au moins, vous comprendrez quelque chose aux grèves, à la communication du ministère, au positionnement du responsable syndical qui parle dans le micro sur votre écran de télé. Vous comprendrez pourquoi ça ne marche pas bien, l'éducation nationale, et comment ça pourrait marcher tellement mieux. Vous verrez que non, prof, ce n'est pas juste plein de vacances, un emploi du temps trop bien et la fabuleuse sécurité de l'emploi. Prof, c'est aussi des larmes (par exemple suite aux réjouissantes mutations dans l'académie de Créteil), de la fatigue (à vous les joies d'enseigner la citoyenneté et le développeent durable à des élèves qui, pour beaucoup, ne savent pas placer le Rhône), parfois du sang (pardon ! je voulais dire des "incivilités" !), et donc, au final, de la colère. Un bon coup de gueule éclairé, voilà ce qu'est ce livre. 

Et pour ceux qui cherchent d'autre avis sur le livre, ruez-vous sur le forum néoprofs et sur le blog Bonnet d'âne !

Repost 0
11 février 2010 4 11 /02 /février /2010 21:26

radio

 

  Grâce à mes amis et collègues du forum néoprofs, j'ai le plaisir de vous faire partager l'information suivante : le nouveau lycée, c'est trop frais ! 

  Toi qui écoutes Skyrock, la radio de ta génération (tu ne sais pas qu'elle fut également la radio de la mienne, moi que tu prends pour un vieux con, et qui écoutais Maurice et Super Nana alors que ta reum venait à peine d'avoir l'idée de t'appeler Kévin), tu peux désormais, entre deux éructations d'un mec qui gueule que la société a trop des problèmes 2 sons d'rap grave bien, ouïr les merveilleuses annonces publicitaires de not'bon ministère sur le nouveau lycée. 

  Pour ceux qui aiment avoir mal aux oreilles, je vous invite à les découvrir sur le site très officiel (on y voit le beau logo du ministère) du
nouveau lycée (en bas, "Spots Radios").

  Pour ceux qui aiment avoir mal aux yeux, je conselle la suite de mon billet ! 

  Grosso modo, le schéma est toujours le même :
1) Zyva! J'capte trop rien à la loi d'Ohm ! (enfin, là, c'est plutôt l'anglais, les maths et l'orientation qui sont à l'honneur)
2) « Excusez-moi, c'est pour un message sur le nouveau lycée...»
3) Keski m'dit l'ot'bouffon, là ?
4) « l'autre bouffon te dit que grâce à la réforme du lycée, tu vas grââve kiffer ta scolarité et que tout ira mieux ! »
5) Wesh ! U=RI* ! Merci le nouveau lycée !

  Le futur lycéen apprendra donc, grâce à l'accompagnement personnalisé, que cos 60 = 1/2 (une bonne calculatrice lui aurait probablement épargné toute cette peine), saura évidemment mieux parler anglais (« Intéressant... euh... interesting ! », bilinguera la lycéenne convertie aux groupes de niveaux) et surtout trouvera la réponse à cette question existentielle qu'il se pose depuis toujours : « mais moi, pour devenir créateur de jeux vidéo, je sais même pas quel bac il vaut mieux faire ! ». Ce à quoi il lui sera répondu qu'on s'en fout, puisque grâce aux stages passerelles, il pourra se rendre compte au final qu'il vaut mieux, comme prévu, faire un bac S. Mais comme il peut changer d'orientation en cours de cursus, s'il veut faire de la pub, finalement, le lycéen pourra se diriger vers un bac... ah ben un bac S, en fait ! 

  Ce qui me rassure, c'est que j'ai confiance en mes jeunes : ils trouveront sans nul doute ces pubs débiles, ringardes et risibles. Quand on veut parler d'jeuns à l'éduc'nat', on ne génère guère d'autres sentiments que la pitié chez le d'jeuns en question. Outre la forme ridicule,  franchement, l'élève qui galère et qui, subitement, parce qu'il entend l'expression "groupes de niveaux" ou "accompagnement personnalisé", se retrouve soudain frappé par l'esprit saint et la science infuse réunis, c'est dramatique...


  La chose qui chagrinera les moins jeunes, en revanche, outre cette vision surprenante de l'enseignement, c'est de voir qu'on dépense de l'argent dans cette fabuleuse campagne de désinformation communication. 


* U=RI, c'est la loi d'Ohm en question. Petit jeu amusant : essaie de te souvenir de ce que désigne chaque lettre, puis attribue à chacune son unité (ohm, ampère, volt) !



   

Repost 0
10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 15:09

lua melies 

 

  Aujourd'hui, c'est polémique ! 

  Comme vous l'avez peut-être entendu, on fait tout un foin au sujet d'un dessin animé film d'animation support d'analyse citoyenne sous forme d'image mobile appelé Le Baiser de la lune

Pour ceux qui veulent voir la bande-annonce, c'est
ici.  

  Synopsys rapide : une vieille chatte (je vous jure !) attend son prince charmant. Elle trouve la lune folle (si si, c'est dedans aussi !) d'être tombée amoureuse du soleil. Et pendant ce temps-là, un poisson-chat tombe amoureux d'un poisson-lune (mais puisque je vous le dis, rhôôô !), l'un des deux (Darwin, prends garde à toi !) étant le petit-fils de la vieille chatte. Et apparamment, la lune va enseigner son célèbre "baiser de la lune" au poisson pour qu'il fasse briller son conjoint. Enfin, d'après ce que j'ai compris.

  Not'bon'ministre a interdit d'utiliser la chose en cours (c'est prévu pour des CM1-CM2), d'où polémique primesautière qu'on imagine, avec Christine Boutin dans le rôle qu'on attendait tous d'elle.

  Je suis personnellement tout à fait opposé à la diffusion de la chose, pour de nombreuses raisons. Pourtant, ceux qui me connaissent peuvent difficilement me taxer d'homophobie, mais bon, en ces temps de bien-pensance, on n'est à l'abri de rien. Expliquons-nous donc :

  Nous sommes à mon sens dans la célèbre et classique opposition entre enseignement et éducation, ou, pour faire plus clair, entre savoir et citoyenneté.

  Le Primaire et le collège sont abreuvés de séances, d'activités et d'interventions citoyennes, pour faire prendre conscience  à l'enfant que plein de choses ne sont pas bien et qu'il ne faut pas les faire. Citons en vrac : être raciste, être sexiste, dire des gros mots, ne pas manger le matin, ne pas trier ses déchets, se moquer des handicapés, de petits, des gros, des gens à lunettes, ne pas se brosser les dents, ne pas mettre de capote, fumer, boire, se droguer, se suicider, ne pas respecter la loi... et donc être homophobe (et ensuite, on vous cochera des cases dans le pilier "citoyenneté" du socle commun et vous aurez votre brevet de bon petit citoyen !).

  Je crois que tout cela part d'un bon sentiment. On sera difficilement en désaccord avec les objectifs visés, d'ailleurs. Mais je crains qu'on ne s'y prenne pas de la bonne façon, et que la "séance citoyenne" se transforme en vaste gaspillage de temps pour un effet qui reste à prouver. Car on ne les fait pas EN +, ces séances : on les fait À LA PLACE DE. A la place de nos cours, de notre étude de la langue, des textes, des maths, etc. Cela a l'air ridicule, au départ, mais si l'on met bout à bout toutes les heures que l'on passe à cela, ça l'est moins.

  Mais bon, si l'efficacité en était patente, pourquoi pas ? Moi aussi, je suis pour qu'on lutte contre l'homophobie.  Mais je soutiens que ce n'est pas ainsi que cette lutte est menée efficacement. Je maintiens que le vrai rempart à l'homophobie, au racisme, au sexisme, c'est le fait de développer les connaissances et la faculté de réflexion des élèves. Ce n'est pas en leur assénant des "cours citoyens" sur les heures destinées à leur faire maîtrîser leur langue, développer leur logique et appréhender les grands textes, la sciene et la culture, qu'on va arriver à quelque chose de mieux. A mon avis, on fera moins bien. C'est pourquoi je m'agace de ces "supports" à une réflexion citoyenne, qui prennent de plus en plus la place des oeuvres littéraires, artistiques . Là, on se moque des contes de fées au lieu de les étudier, car on veut à tout prix faire passer un MESSAGE.

  Le mot est lâché : il faut faire passer des MESSAGES !

  Et Dieu sait que l'on a essayé de réduire la littérature à cette seule dimension. Cela s'appelle "l'argumentation", et l'objectif de la chose est de montrer que le vilain écrivain manipule ses lecteurs, ou que le gentil romancier, vraiment, la peine de mort, il est contre. 

« Et l'intérêt littéraire, m'sieur ? »
L'intérêt littéraire, Dorine ? Au fond du couloir à droite, mais on a condamné la porte, désolé.


  Je crois qu'on passe à côté de l'essentiel de la littérature : sa beauté, sa proposition d'une vision du monde, sur laquelle on va réfléchir car elle nous a chamboulés. Alors redisons-le une bonne fois pour toutes : il y a une différence entre d'une part un cours de littérature dans lequel l'étude d'un grand texte possédant une dimension artistique indiscutable peut effectivement remuer les élèves, car la littérature parle du monde, des hommes, de la vie, de la mort, de l'amour, etc. ; et d'autre part un cours de citoyenneté dans lequel on utilise un support sur mesure pour faire passer un message citoyen. Quand j'étudie Le Petit Chaperon rouge, je ne cherche pas à "faire passer un message" particulier, et heureusement qu'on ne peut réduire la littérature à cela. Notre dessin animé, là, a été construit pour participer explicitement de la lutte contre l'homopobie, avec débat citoyen à la clef. Ce sont deux façons d'enseigner différentes. Je ne pratique pas la seconde, et la trouve inefficace et bouffeuse de temps.

  Concluons donc : on ne peut faire passer des messages et faire prendre conscience de choses qu'à des êtres en mesure de réfléchir correctement. Alors qu'on nous laisse apprendre à réfléchir à nos élèves, ce qui est une activité longue, lente, répétitive et même ennuyeuse, mais qui permet ensuite d'apréhender le monde comme un tout que l'on comprend, et non comme un éparpillement de valeurs citoyennes auxquelles on nous a engagés à adhérer de force sans nous demander notre avis.



P.S. : Illustration de l'inefficacité de l'éducation citoyenne par un exemple vécu.

Intervention en classe de 6e sur la violence des mots. Un intervenant a des zolis dessins représentant de façon schématique 2/3 personnages avec un problème.

1ère étape : les élèves doivent deviner le problème
2ème étape : ils doivent choisir une solution + blablabla
3ème étape : certains jouent le problème, avec des talents d'acteur divers...

C'est long, c'est chiant, ça ne sert à rien... dans la classe que j'accompagnais l'année dernière et dont l'un des élèves était souvent moqué du fait de sa bêtise, ça n'a rien résolu du tout et l'intervenant était à l'ouest.

Repost 0
6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 20:09

alchimie

 


  Il en va d'une classe comme d'une recette de cuisine : si la qualité des ingrédients est très importante, il vaut parfois mieux bien marier des smarties et du quatre-quart industriel que des truffes et du foie-gras. C'est ainsi que vous ne comprenez pas comment tous ces élèves en or font, une fois assemblés, un gros tas de boue (pour rester poli) ; alors que ces énergumènes à la tête dure comme du bois font, agrégés, un joli chalet de montagne (oui, ma métaphore est elle aussi un gros tas de boue, je sais !).

  Cette opération mervilleuse (et parfois effrayante) porte un nom : l'esprit de classe. Et ne croyez pas que vous y êtes extérieur, cher collègue : vous aussi êtes intus, et in cute, entre les murs : l'enseignant n'échappe pas à l'esprit de classe : il en est une composante essentielle.

  Il est des classes que l'on adore, d'autres que l'on déteste. D'autres que l'on oublie. Je me souviendrai sans nulle doute longtemps de ma 6e mimi. Pas forcément plus douée qu'une autre (bon, un peu quand même...),  pas moins lotie en "cas" (dyslexiques, autiste même). Mais une ambiance, une gentillesse, un lien qui nous ont fait passer une année géniale. 

  Je n'oublierai pas non plus mes 5e salon-des-précieuses de cette  année. Tout semblait bien parti. Des élèves certes bavards, mais amusants, vifs, subtils même, intéressés et a priori intéressants. Je leur ai dit cette semaine qu'ils formaient la classe la + infecte que j'avais jamais vue. Menteurs, manipulateurs, revendicatifs, fraudeurs, inélégants, impolis : voilà ce que j'en pense aujour'hui.

  Parfois c'est moins net : vous aviez envie de tuer vos 3e voie-pro chaque lundi de 15 à 17, quand vous tentiez pendant deux heures en salle de techno, fers à souder aux murs et néon agonisant au plafond, d'évoquer La Bruyère ou Prévert ? ... Et voià que vous les regrettez. Car oui, en y repensant bien, vous avez passé une année formidable. Vous sentiez qu'ils vous appréciaient, qu'ils cherchaient à créer des connivences, et surtout qu'ils vous faisaient confiance. Ce sont eux que vous encadriez et qui se sont impeccablement tenus au cinéma devant La Vie est belle de Benigni, tandis que les européennes jouaient à la game boy et que la 3e chiante faisait sa 3e chiante. Eux (enfin... elles) qui vous racontaient tout quand vous travailliez sur l'autobiographie, et pas par provoc', non, mais juste parce que c'était leur vie et parce que c'était le sujet. Eux qui vous charriaient sur vos amours (après tout, c'était de bonne guerre : vous les charriiez bien sur les leurs !). C'est dans cette classe qu'une élève avait apporté une quarantaine de crêpes en vue d'une séance "regardons un film car ce soir c'est les vacances". Dans cette classe qu'une autre élève, interrogée sur les raisons pour lesquelles un écrivain pouvait bien avoir envie de raconter sa vie à la con, a répondu "pour esayer de se souvenir de ce qu'il a vécu. Pour ne pas l'oublier". C'était un esprit de classe, turbulent, parfois presque ingérable, mais fondamentalement positif. 

  Car comme il y a une pulsion de vie et une pulsion de mort, comme il est des mayonnaises qui montent et des soufflés qui retombent (et des soufflets qui se perdent, aussi, surtout en 5e salon-des-précieuses), il est des classes qui prennent et des classes qui font des grumeaux (je vais arreter les métaphores, moi, je crois....).

  Comme dit plus haut : l'enseignant n'y est pas pour rien. Vous êtes léger, frivole, amoureux ou plus amoureux ? La classe vous semble plus belle et le devient réellement. Vous êtes malheureux pour de vrai : tout vous énerve, et peut-être énervez-vous tout le monde. Il est des années bénites, ou aucune classe ne vous est insupportable ; et (hélas) des années maudites, où vous rêvez d'un fusil à pompe et d'un stock illimité de cartouches pour chasser le gros gibier.

« M'sieur ! M'sieur ! C'est moi, le gros gibier ? »
Oui, Brindavoine. D'ailleurs, si vous pouviez avoir l'amabilité de ne plus bouger, je vous promets de vous rajouter un point à votre prochain devoir...



  Il y a enfin les classes que vous alpaguez, et celles que vous laissez filer. La 5e salon-des-précieuses me coule-t-elle entre les doigts ? Peu importe : l'année dernière, la 5e bruits-d'animaux a fini par me manger dans la main. Voilà ce qui arrive à force d'imiter les animaux de la ferme !

Repost 0
20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 22:10

Du fait d'une grève surprise de ma volonté d'illustrer cet article, vous n'aurez pas de jolie image !


[mode syndicaliste forcené ON]

  Alors celle-là, je sais pourquoi je la fais !

  Parents, parentes, enseignants, enseignantes, travailleurs, travailleuses, on vous ment, on vous spolie ! Le grand ministère vous ment !
[mode syndicaliste forcené OFF]

  Non, je n'en suis pas là. Mais je suis quand même agacé énervé estomaqué  super trop heureux révulsé tétanisé (dé-rayez la mention inutile) bref je ne suis pas content. On nous a fait passer depuis fort longtemps dans l'inconscient collectif pour des branlos, pour des glandeurs, pour des toujours en vacances, pour des bien pépères dans nos charentaises. Alors réjouissez-vous : avec les suppressions de postes qui continuent, notre nombre diminue chaque année un peu + (et je ne parle pas des collègues qui changent de cap, ou essayent de le faire, et qui sont eux aussi de plus en plus nombreux).  Réjouissez-vous, donc. 

  Oui mais on ne s'étonnera pas que, chez nous, des élèves aient attendu un mois pour avoir un prof de maths, deux mois pour que leur prof d'anglais soit remplacée, ou encore qu'ils n'aient depuis janvier que 2h d'histoire-géographie sur les trois prévues puisque notre vacataire (que nous avons trouvée tous seuls avec nos petites mimines en interne, car bêtement le rectorat n'avait pas anticipé un DEPART A LA RETRAITE !) est tellement demandée que le lycée d'à-côté en a voulu sa part (5 niveaux pour une première expérience dans l'enseignement, voilà qui constiue un test ultime pour savoir si l'on a
la vocation, n'est-ce pas ?)

  Le sourcil n'esquissera pas non plus un frémissement quand l'œil se posera sur la réforme du lycée et ses coupes claires dans les horaires disciplinaires (ce qui signifie mathématiquement davantage de classes pour un même prof, youpi !) pour y mettre à la place des accompagnements personnalisés à 35 chargés de combler des lacunes dont leur seule création sera déjà grandement responsable.

  La bouche ne fera qu'une moue dédaigneuse et se refusera à commenter le décret EPLE couronnant le règne des chefs d'établissements sur le plan pédagogique, qui se traduira, dans les conseils du même nom ("pédagogiques", donc. Suivez un peu !) dont ils désigneront les membres (ça évite toute contestation), par l'organisation de groupes de compétences au gré de leur bon vouloir, piétinant allègrement votre progression annuelle concoctée avec amour, rigueur et professionnalisme (ou sans amour, d'ailleurs : vous avez le droit d'être vache !)

  La narine ne sentira pas monter les effluves délétères et débilitants du
nouveau projet de progammes d'histoire de seconde, fourre-tout transversalo-thématique qui vous balaye entre autres, dans l'ordre : la grande peste de 1348, la population française du XVIe au XVIIe, les Celtes, l'émigration de Italiens à la fin du XIXe, le citoyen grec à Athènes. Si si, c'est dans l'ordre.

  Les épaules ne se hausseront même plus devant le socle commun, qu'on nous serine de réunion en formation (ha ha ! mes collègues de langue y ont eu droit aussi !), panacée qui supprimera les problèmes en tuant le malade, à la façon d'une bonne saignée chez Molière.

  Mais peut-être que l'on tapera quand même un peu du pied devant cette nouvelle idée géniale, à savoir de mettre les stagiaires directement en poste avec 18 heures de cours dès le départ, tout en les remplaçant de temps en temps, pour qu'ils puissent se tirer une balle suivre une formation à la con qu'on n'aura nullement améliorée, par des étudiants en première année de master. De grands moments de continuité pédagogique en perspective !    

  Peut-etre que l'oreille entendra non pas le vol noir des corbeaux sur nos plaines, mais bien des revendications qui ne sont pas que salariales (même si elles méritent également de l'être) : elles sont fondamentales ; elles défendent un modèle qui a fonctionné et qui fonctionnerait encore si on ne l'attaquait pas chaque année davantage. Elles sont également de plus en plus désespérées. Je suis dans un établissement tranquille, et déjà le travail n'y est pas tous les jours évident, mais je sais des lieux, bien plus nombreux qu'on ne le pense, où mes collègues souffrent, culpabilisent de ne pas parvenir à gérer des classes que les autres n'ont pas réussi à gérer avant eux avant de partir en dépression, voudraient bien mais ne peuvent point, sauvent leur peau et leur santé mentale  quand ils le peuvent.

  Dans son livre que je commenterai bientôt, la vice-présidente de mon syndicat, Claire Mazeron, raconte qu'un jour, elle a dû annoncer au téléphone à une néotitulaire du sud son affectation dans l'académie de Créteil. Les sanglots qu'elle a alors entendus dans le combiné sont plus éloquents que tous les discours. Notre métier est un métier difficile, parfois même impossible, et de moins en moins de gens veulent le faire. J'espère que cette grève sera suivie afin que davantage de personnes se rendent compte que nos luttes ne sont ni sectaires, ni gratuites. Nous gueulons parce que, pour le moment, nous pouvons encore le faire. Alors, chers collègues, je nous en prie : gueulons fort !  

 

Repost 0
13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 11:11

  vocation

  Désolé pour l'interruption du son et de l'image de ces dernières semaines, mais rassurez-vous, le blog repart !

 

  Comment, d'ailleurs, aurait-il pu ne pas repartir suite à notre réunion d'hier sur — vous l'attendiez tous — le Socle Commun de Connaissances et de Compétences (S3C) !!!

« M'sieur ! m'sieur ! Je peux distribuer les pop corns ? »
Faites, Covielle.


  Hélas, cher public, vous n'aurez pas droit aujourd'hui à mon célèbre numéro de démolissage du S3C : les acteurs sont fatigués...

« Ohhhh ! (cri de dépit) »

  Bon allez, juste un pour la route, alors. Dans le fort beau pavé document qui nous a été distribué hier soir afin de mieux comprendre le fonctionnement du S3C afn d'élaborer la mise en place de cet nouvelle pédagogie qui doit s'appréhender comme un carrefour civique au service d'un travail d'ouverture sur le monde de l'établissement scolaire conçu comme lieu de vie, nous relèverons que pour valider la deuxième sous-compétence du septième pilier (« Être capable de mobiliser ses ressources intellectuelles et physiques dans diverses situations »... voilà une compétence bien pécise !), l'élève doit (cela allait de soi) savoir s'autoévaluer. Et afin que nous puissions, enseignants socleux, évaluer son autoévaluation (ça va, je n'ai perdu personne ?), on nous propose l'indication suivante :

« Plus que son contenu, c'est la démarche d'autoévaluation qu'il convient de vérifier si elle est en place » (sic)

  Une formidable adéquation de la forme au fond : à syntaxe défaillante (c'est pourtant extrait d'un fort sérieux document officiel de la dgesco, direction générale de je-sais-pas-quoi, donc du ministère, en fait), idée à la con : si la démarche est là mais que le contenu est joyeusement erroné, tout va bien ! Et avec ça, je vous mets aussi un arc-en-ciel, quelques oiseaux qui chantent et des enfants qui se tiennent la main pour  former la ronde du bonheur ?



  Mais je m'éloigne de mon sujet initial. Faisons donc un flash-back une analepse : il est 17h, nous sommes dans la salle de réunion, notre principale-adjointe est en train de nous expliquer qu' « on ne peut plus enseigner aujourd'hui comme il y a dix ans », que « le professeur qui fait cours devant la classe pour transmettre son savoir, ce n'est plus possible », et donc, en gros, que l'enseignement par compétences est le nouveau « défi » à relever.
  Nous bougonnons (enfin, moi, je gueule ^^) qu'on bosse déjà énormément, et que là, on est en train de nous demander un travail pharaonique dont — formulation polie — nous ne voyons pas l'intérêt pour les élèves (il me semble me souvenir qu'à d'aures moments, j'ai été moins poli, hem...). Et là, notre principale-adjointe (au demeurant une personne charmante, sympathique, franche du collier dans le débat et très douée pour faire les emplois du temps) sort ses deux jokers d'un seul coup d'un seul : c'est dans l'intérêt des élèves, et ce travail ne doit pas vous faire peur, car, considère-t-elle (en prof qu'elle est, d'ailleurs), être enseignant, c'est avoir la... la.... la...

VOCATION. 


(Petit rappel : pour contrer le joker des profs (« ma liberté pédagogiqueuuuuh !!! »), notre administration, nos inspecteurs et tout le toutim disposent de  deux jokers pour faire culpabiliser l'enseigant et lui imposer tout et n'importe quoi ramener l'enseignant à la raison : « l'intérêt des élèves », classique inoxydable qui fait toujours ses preuves, et « la vocation », d'emploi plus ardu mais d'une efficacité parfois supérieure pour qui est suffisamment psychologue pour savoir que chez certains, c'est cette corde-là qu'il faut faire vibrer.)

  Le mot est lâché, le champ lexical de la religion déclôturé, nous sommes passés du métier à la vocation.

  Alors je tiens à dire ceci : enseignant, c'est un métier. Il est régi par des textes (dont nous avons d'ailleurs parlé lors de cette réunion primesautière), qui s'appliquent à tous ceux qui ont embrassé cette carrière. 
  Une vocation est une chose intime, qui peut d'ailleurs apparaître ou disparaître, s'intensifier ou s'affaiblir, et qui est du domaine de la croyance personnelle. Pas de la profession.
  Je ne demande pas à mon coiffeur, à mon banquier, à mon boulanger, à un ami chef d'entreprise, s'ils ont la vocation. Je ne m'en sers pas comme argument afin de leur faire faire ce que je veux. Même au prêtre que je n'ai pas, je ne demanderais pas s'il a la vocation. Je pense qu'on peut être un excellent prêtre sans avoir la vocation.

  Je pense de même qu'on peut être un excellent enseignant sans avoir la vocation. Je pense de toute façon que chez tous ceux qui disent avoir "la vocation", le mot recouvre des pensées, des visions, des valeurs très différentes d'une personne à l'autre. 

  Si l'on me posait la question, aujourd'hui, oui, je répondrais : je pense avoir la vocation. Cela ne veux pas dire que je l'aurai demain, ou que je l'aurais si j'enseignais dans une zep violence. J'ai une vocation du lieu et du moment. 

  Et c'est justement MA vocation qui fait que je ne me laisserai pas faire. Car une vocation va avec une croyance, une croyance personnelle dont on essaye de voir si elle est juste et si elle est bonne, qui sous-tend ma façon de faire, ma façon d'enseigner, et les valeurs que je mets dans mon enseignement. 

  Alors en appeler à MA vocation afin qu'elle lutte contre elle-même, c'est une monstruosité logique. Dire à un enseignant qu'au nom de ses valeurs, il doit détruire ses valeurs, c'est aberrant. 

  Ma vocation emmerde les nouvelles pédagogies : elle achète des vieilles grammaires et fait de l'analyse logique. Ma vocation jette à la poubelle toute une partie de la littérature de jeunesse et fait lire Le Roman de Tristan et Iseut. Ma vocation étouffe en salle informatique ; elle dépérit lors des animations citoyennes. La voilà, ma vocation. Et ma vocation est comme une belle plante : plus on la couvre de fumier pédagogiste, plus elle croît. 

  



Jeu débile : une phrase fabriquée par le Générateur de Vérités Néo-Pédagogiques Définitives s'est malicieusement dissimulée dans cet article, la coquine. Sauras-tu la retrouver ?

Repost 0
23 décembre 2009 3 23 /12 /décembre /2009 14:05

lapin-noel

...désolé pour le jeu de mots catastrophique du titre !

  Comme c'est Noël et que je souhaite étrenner ma nouvelle fonction d'homme orchestre de professeur d'histoire des arts, voici un projet interpédagogique multimédia autour du thème de Noël. Il permettra non seulement d'obtenir une excellente note à l'épreuve terminale (comme la phase du cancer du même nom) d'HdA, mais également, à la suite d'un travail de groupe modulaire en pédagogie différenciée,  de valider des compétences super importantes dans les piliers 1 et 5 (et peut-être même dans le pilier 7 si je suis en forme !).

  Et pour ceux qui pensent que, pusique je suis en vacances, je pourrais arrêter de les emmerder avec mes combats idéologico-pédagogico-didactico-chiants, voici tout simplement une petite liste d'œuvres que j'aime autour du thème de Noël.

  Qui dit Noël dit contes de Noël. Et quoi de plus beau que des contes d'Andersen, que je lis parfois à mes élèves avant les fêtes pour qu'ils aient le moral à zéro, car oui, souvent, Andersen, c'est triste. Je conseille donc :

-
Le Sapin (très belle histoire sur le thème du carpe diem, qui vous dévaste un gamin de 12 ans avec une facilité redoutable !)
-
La Petite Fille et les allumettes (évidemment)

  À ce propos, il est urgent de regarder l'excellent court métrage animé (sans paroles) que les studios Disney ont réalisé à partir de ce conte. Merci à
maître Eolas (les avocats sont pleins de surprises) de me l'avoir fait découvrir. Le voici (le court-métrage, pas maître Eolas... désolé pour tous ceux qui espéraient découvrir son identité secrète !) :

 

 


  Dans la catégorie contes de Noël, voici ensuite une madeleine de mon enfance : un très joli conte du lundi de Daudet. J'ai toujours adoré ces
Trois Messes basses où l'abbé dom Balaguère, tenaillé par la vision du repas de Noël pantagruélique qui s'annonce, mène ses messes au pas de charge et court ainsi à la damnation.  J'espère que vous aimerez aussi.

  
  Les nativités n'étant pas mon fort, je vous laisse une fois encore avec Andersen sur le plan pictural, et surtout avec cette très belle illustration de Rackham. « Une allumette inopinément frottée dans le noir », dirait Woolf.

rackham



Enfin, pour que la musique ne soit pas en reste, échangez donc cette année vos messes de Noël et vos Chritmas carols pour cette extraordinaire chanson de Barbara. Vous ne le regretterez pas.

 



  Joyeux Noël !


NB débile : je ne résiste finalement pas à l'idée de vous faire partager une autre madeleine, celle-ci au goût de salsepareille. Il s'agit d'une chnson d'Enya, qui n'a absolument rien à voir avec Noël.... et pourtant, dans ma jeunesse de p'tit clou passée à regarder le top 50, j'ai toujours entendu Enya chanter "C'est Noël". Quelle déception quand j'ai découvert qu'elle chantait en réalité "sail away"... Ce fut comme d'apprendre que le père Noël n'existait pas. Voici la chanson :


Repost 0
16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 17:23

  http://multimedia.fnac.com/multimedia/images_produits/ZoomPE/5/8/2/9782915543285.jpg

  Je commence à avoir une assez jolie collection de livres sur l'enseignement, l'Educ'nat', témoignages de profs, etc. Je ne suis pas forcément un fanatique du genre, mais j'apprécie de lire des gens qui réfléchissent sur notre métier et en témoignent, quand bien même je ne suis pas d'accord avec eux.

  Je vous propose donc une petite revue de mes livres préférés en la matière. Chaque livre analysé sera équipé de son extrait commenté.











Cécile Revéret, La Sagesse du professeur de français (L'Œil Neuf Editions)




Vision d'ensemble de mon métier : Cécile Revéret, La Sagesse du professeur de français


Voilà le genre de livres que j'aime : le témoignage intelligent. Cécile Revéret est une enseignante aujourd'hui à la retraite dont j'ai croisé, sur un forum, une "disciple". Elle aime la grammaire et aime l'enseigner ; elle  sait pourquoi et comment elle l'enseigne ; elle explique pourquoi c'est essentiel de l'enseigner. Elle n'est pas idéologue : juste spécialiste. Elle témoigne également de la dégradation de nos conditions de travail, mais surtout de la "dégradation de nos élèves". Une carrière entière offre effectivement un bon point de vue sur l'évolution de ce qui se passe dans les classes, et cette évolution n'est pas brillante.

  Je prendrai comme exemple cet extrait aussi fascinant que terrifiant :

  « J'ai donné à lire  voix haute un petit texte extrait du Roman de Renart
. C'est Caroline, une adorable peite élève de 6e, qui est interrogée. Elle a du mal. Sa lecture est hachée, laborieuse mais, cahin-caha, très lentement et en se reprenant plusieurs fois, elle arrive au bout des phrases[...].
  — En...enchantées ...de...voir...ve...venir...si belle ... pr...pr...proie ; ils se rassiette, rassassent, assassien, rassièrent...
  Patience ou fascination ? Je laisse a pauvre enfant se débattre dans ses multiples tentatives pour lire
rassasièrent
; ses tâtonnements se perdent dans des borborygmes. Puis elle lève vers moi un regard déchirant et me dit d'une voix navrée :
  — Madame, je ne peux pas lire ce mot : je ne l'ai pas appris...
  Chère Caroline, en une phrase, tu as résumé tout le drame des enfants de ta génération. Ce jour précis, ton regard éperdu me donna envie de me battre pour que cesse cet apprentissage insensé de la lecture : apprendre des mots par cœur. Qu'on l'appelle méthode semi-gobale ou mixte, peu importe, le résultat est là : un désastre. »

  Le parcours de cette enseignante serait touchant s'il n'était aussi inquiétant. Car au milieu des inspecteurs et conseillers qui récitent la dernière réforme en date, faire du Bled devient un acte militant et enseigner la grammaire vous classe dans la catégorie "démodé". Cécile Revéret explique pourtant fort bien les vertus de cet enseignement, logique, fiable, qui permet de développer les facultés de conceptualisation et le raisonnement spéculatif, qui est le révélateur de la compréhension d'un texte simple et l'outil indispensable du décryptage d'un texte complexe. 
 
  Et si, dans son livre, le désenchantement se fait sentir, c'est qu'il se fait sentir chez tous nos collègues proches de la retraite, et qui ont connu des jours meilleurs. Pas la bête rengaine du "c'était mieux avant", fondée sur rien, assénée à tout va ; juste l'expérimentation d'un lent glissement vers un métier aujourd'hui difficile, parfois dangereux, presque toujours éprouvant, à se battre contre des moulins à vent qui, chaque année, brassent davantage d'air (socle commun, histoire des arts, brevet informatique, compétences, inderdisciplinarité, réunions de liaison, projets pédagogique, modularité, accompagnement...) 

  Cette année, un tiers de mes élèves de 6e n'a pu me dire que le mot "tristesse" était un nom. Je me battrai pour qu'à la fin de l'année, ils connaissent les natures et les fonctions de notre langue, qu'ils comprennent les bases de la construction d'une phrase.

  Je ne suis pas sûr de gagner.




 

Repost 0
2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 09:12


* Je suis un apprenant qui postule à une formation par la pratique en présence sur l'harmonisation des cursus ! **
** Dis, chef ! Je peux aller faire une réunion à la con ?



  Le saviez-vous ? Nous disposons, à l'Éducation Nationale, d'un organe digne héritier des Lumières, qui éclaire nos consciences professionnelles tel un phare branché sur un panneau solaire breton (bisou à tous mes amis bretons, et aussi à mes amis nantais qui ont failli l'être), une mine de connaissances (et de compétences... oups ! pardon, réflexe conditionné...) langagières pointues comme un vieux clou émoussé, un think tank qu'Orwell et la Corée du nord réunis nous envient :

LA COMMISSION GÉNÉRALE DE TERMINOLOGIE ET DE NÉOLOGIE


    Ça fait peur, hein ! Mais ne soyez pas si craintifs : suivez le lien et constatez qu'en fait, ça fait rire. Cette noble commission a en effet, après un dur labeur, accouché de la définition de 10 (!!) mots (en fait 9, car formation par la pratique renvoie à apprentissage par la pratique) en précisant à chaque fois leur "domaine", leur "définition", mais aussi leur "équivalent étranger". Nous apprenons alors que le mot "étranger" vient lui aussi d'être redéfini, puisqu'il signifie désormais "anglais".

  Nous y découvrons donc l'inénarrable "presential", qu'une consière pédagogique de qualité m'avait déjà joyeusement néologisé à la tête en réunion ; nous y apprenons qu'il est bon d'être "promouvable" (c'est le mot français, là, pas le mot anglais, attention !) et que le célèbre "apprenant", ça y est, voit enfin son existence consacrée par l'institution. Enfin, nous pouvons constater la parfaite maîtrise d'Excel des membres de la commission, puisqu'ils nous resservent leur liste sous forme de tableaux juste en-dessous, des fois qu'on ne l'ait pas bien lue, on ne sait jamais.

  Sur ce, je vous laisse à votre consternation, et m'en vais reprendre ma formation tout au long de la vie afin d'élargir ma banque de connaissances (et de compé... NON !).

« What, Mister ? »
I'm going to enlarge my knowledge pool by lifelong learning, Othello !



Un grand merci à "G" pour ce lien !

 
Repost 0
24 novembre 2009 2 24 /11 /novembre /2009 10:14




  Pour revivre ma toute toute première grève, c'est ici.


  On ne fait pas toujours grève pour les mêmes raisons. D'ailleurs, on n'est jamais vraiment sûr de faire grève pour les bonnes raisons, ni même d'avoir raison de faire grève.

  Pour le coup, cette grève n'avait pas grand chose pour me plaire : pas unitaire, pas bien organisée, probablement pas très suivie dans le secondaire, pas vraiment précise sur ses revendications — qui tiennent davanatge de la potée tous légumes souvent réchauffée que de la cuisine moléculaire. Je ne suis d'autre part pas certain d'adhérer sans réserves aux motifs des syndicats du primaire...
  Or donc je suis gréviste (et je rate de ce fait le délicieux gâteau que la PP des 6e Pépère va apporter au conseil de classe ce soir, c'est vous dire ma tristesse). Pourquoi donc quoi qu'en qu'est-ce ?

  J'appelerais ça une "grève de fatigue". Non pas que je fasse grève pour me reposer car les élèves seraient fatigants,...

« Pourtant, je fais tout ce que je peux, m'sieur ! »
Je sais bien, Chrysalde ! Mais excusez-moi de vous dire que face au Socle Commun, vos tentatives de perturbation de mon cours me semblent de reposantes vacances au bord de la piscine, un mojito à la main.


... mais je fais grève car je suis fatigué de tout ce qui se prépare, se dit et  se met en place cette année. Les réunions, les socles, les B2i, les histoires des arts, les « il faut travailler en interdisciplinarité », les « il faut utiliser les TICE », les « oui ça vous demandera un peu de temps mais finalement pas tant que ça » (dit à propos de 10, 15, 20 choses différentes, j'ai fait le calcul, et ça finit bien par faire « tant que ça » ), les « ce serait bien de trouver une autre solution plutôt que de mettre un "zéro-sanction" pour travail non rendu », et surtout les « on ne peut pas savoir tant qu'on n'a pas essayé ! » (argument débile s'il en est, qui pourrait tout aussi bien servir de justification au remplacement des cours de maths par des cours de tricot qu'à l'ouverture du droit de vote aux nourrissons de moins de 6 mois)... Je n'y peux rien : quand on me dit trop de choses que je trouve connes dans un court laps de temps, je me braque.

  C'est mon côté réactionnaire : on veut me faire travailler des points grammaticaux en projet interdisciplinaire, et me voilà à acheter des grammaires de secondaire des années 60 ^^ (qui vont d'ailleurs m'être une mine d'exercices efficaces, et un excellent point de départ pour la (re)construction de mes progressions grammaticales). Alors ce n'est pas forcément "raisonné" — comme je le disais — ni forcément efficace. J'ai juste eu le besoin irrépressible de dire non. Et cette grève est ma façon de le dire sans devenir vugaire ou inutilement blessant.

  Et voilà pourquoi votre professeur est gréviste !
Repost 0

Présentation

  • : Je suis en retard
  • Je suis en retard
  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
  • Contact

Devenez follower !

Pages