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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 16:52

sigle

 

 

« Si vous n'avez pas peur de la différence, venez à la kermesse que nous organisons cet après-midi. »


  C'est notamment à partir de cette phrase qu'est née mon exaspération et celle de certains de mes collègues. Bon, soyons honnêtes, nous étions exaspérés avant même d'arriver à cette réunion, pour la simple et bonne raison que, ce samedi matin-là, nous effectuions la moitié de notre journée de solidarité envers les personnes âgées, qui, dans l'Éduc'Nat', consiste à dépenser du carburant et rejeter du CO2 dans l'atmosphère pour aller roupiller sur une chaise (ou corriger des copies, pour ceux qui ont conservé leurs réflexes de l'IUFM1). Il faudra m'expliquer ce qu'y gagnent les petits vieux. 


  Au programme : présentation de l'UPI4, qui s'ouvre l'année prochaine entre nos murs.


« M'sieur ! C'est quoi, une UPI4 ?»

Bonne question, Arsinoé. Ça veut dire « Unité Pédagogique d'Intégration ». C'est un dispositif comme l'Éduc'Nat' les aime, destiné à accueillir en collège des élèves handicapés psychomoteurs (les UPI1, 2 et 3 se chargeant d'autres types de handicaps). Mais on ne les accueille pas à temps plein : ils viennent de temps à autre, et toute l'organisation est bien compliquée, vous l'imaginez. 


  Au passage, en tant qu'heureux professeur principal, j'avais déjà eu l'occasion d'assister à une réunion avec la coordinatrice de la chose (« professeur référent », que ça s'appelle, je crois… Peut-être même « professeurE référente », vu le délicat pédagol employé par la personne en question, qui ferait passer le + hype des formateurs IUFM pour un vieux réac' pratiquant la syllabique sur un manuel des années 20.), et ai donc eu l'immense plaisir d'entendre deux fois la même chose. J'espère que les petits vieux dont je suis solidaire auront eu deux fois du dessert, pour la peine. 


  Après avoir appris que nous étions le « terreau » sur lequel l'élève le « jeune » s'épanouissait à partir de divers « axes pédagogiques » (quand je vous disais que la référente employait un langage fabuleux), nous avons eu droit à un superbe powerpoint sur l'hôpital du coin, subtilement décoré de photos de masques de grands brûlés et autres réjouissances. On nous a ensuite seriné sur tous les tons les deux messages suivants :


1) Il ne faut pas avoir peur de la différence ;

2) les adolescents handicapés sont des adolescents comme les autres.


  J'avoue avoir du mal à synthétiser les deux idées sans déclencher une grève générale de mon sens logique.


  Alors qu'on soit bien d'accord : je n'ai pas peur de la différence. J'ai déjà côtoyé des personnes handicapées dans le privé comme dans ma scolarité ; j'ai même failli il y a deux semaines me coincer le dos en tentant avec d'autres usagers de faire sortir une personne en fauteuil roulant d'une station de métro remplie d'escaliers et de portes ma foi fort étroites. Bon, de là à aller voir une kermesse, il ne faudrait pas non plus trop pousser. En revanche, j'ai très peur POUR les élèves handicapés, qui vont être lâchés à certaines récréations au milieu de nos zébulons sautillants. Apparemment, je m'inquiète pour rien, puisqu'un bon discours aux élèves sur le fait qu'il faudra faire attention à leurs petits camarades suffira, semble-t-il, à régler le problème. La dernière intervention sur les méfaits du tabac ayant bien évidemment éradiqué toute cigarette du bec de nos élèves, je ne vois effectivement pas pourquoi je m'inquiète : la toute puissance de la parole est indiscutable, n'est-ce pas ?


  Mais qu'on soit bien d'accord : j'ai peur POUR les élèves handicapés car on leur fournit une scolarité au rabais, surtout. Derrière les appels aux bons sentiments et les procédés peu discrets de culpabilisation se cachent surtout des moyens de faire des économies, aussi bien financières que culturelles. Foin de structures adaptées coûteuses en petits groupes qui pourraient réellement les faire progresser : on n'a pas l'argent. Et demerdatum s'ils ne sont pas à tous vos cours : vous arriverez bien à leur apprendre quelque chose dans le cadre d'une pédagogie différenciée, n'est-ce pas ? De toute façon, l'objectif n'est pas qu'ils fassent le programme, mais qu'ils acquièrent des compétences du socle2. Il faudra donc se réjouir si l'élève handicapé, plombé par cette scolarité ô combien destructurée, parvient péniblement à la fin de l'année à faire le quart de ce qu'on attend d'un élève lambda de la classe : à partir du moment où il a progressé, inutile de trop  creuser pour savoir s'il a beaucoup progressé. N'ayant pas encore inventé la pédagogie régressive, je dois dire qu'on risque de s'auto-congratuler dans 100% des cas. Youpi ! 


  Je tiens donc à l'affirmer ici : si un élève handicapé se retrouve dans ma classe, il suivra les mêmes cours que les autres. On lui fera photocopier les cours auxquels ils ne peut assister, et il aura droit aux même contrôles que les autres, et sera noté comme les autres. Face à la rhétorique de la différence, je militerai toujours pour le droit à l'indifférence, le seul — à mon sens — à véritablement réaliser l' « intégration » pompeusement souhaitée dans l'intitulé du dispositif.


In cauda venenum3 : On n'est pas sûr d'avoir les subvensions demandées à temps, ni d'avoir tout court le personnel nécessaire pour que ça tourne et que les élèves puissent suivre dans de bonnes conditions. Ah oui ! évidemment, on n'est pas payé pour la surcharge évidente de travail que cela va nous demander si l'on commence à appliquer tous les merveilleux principes pédagogiques que l'on nous demande d'appliquer (et je ne parle pas des zolies réunions auxquelles on va avoir droit). Le plaisir d'avoir aidé un élève handicapé à valider trois items du socle est, je l'imagine, une gratification suffisante pour ne pas venir le salir avec des considérations bassement matérielles.


Moi, cynique ?



 


 

1. Institut Universitaire de Formation des Maîtres. On y est formé avant tout à faire semblant d'écouter le formateur tout en corrigeant discrètement des copies. Ou moins discrètement, parfois.


2. Eh oui ! Ils ont même réussi à nous le replacer ici. 


3. Oui, j'aime bien utiliser une petite expression latine de temps à autres. C'est quand même très décoratif.

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 18:04

lego ascending

Elèves construisant brique à brique leur socle commun (allégorie)


 

  Allez ! Fini les pop-corns : vous allez avoir besoin de vos mimines pour valider ! Mais afin de vous simplifier la tâche complexe, le blog Je suis en retard vous en1 propose une d'une rentabilité à toute épreuve ! Vous aussi, évaluez et validez à tour de bras en partant de situations du quotidien scolaire !


 

Tâche complexe : POSE TON GUN ! 

 

  Mme Histégéducationcivique (de son prénom "Trivalente") a organisé avec tout un tas de collègues une sortie scolaire dans un but indéniablement pédagogique. Billy ze Bid, élève chafouin, y participe. Lors du pique-nique sur la plage, il décide d'aller faire trempette…

 

ITEM « Savoir nager » (compétence 7) VALIDÉ !   

 

  … puis, lors d'un moment de liberté, il va acheter un pistolet à billes…

 

ITEM « Savoir utiliser quelques notions économiques et budgétaires de base » (compétence 6) VALIDÉ ! 

 

  … afin d'épater ses camarades dans le bus du retour.

 

ITEM « S'engager dans un projet individuel » (compétence 7) VALIDÉ !

 

  Au retour justement, il monte dans le bus en gravissant les quelques marches…

 

ITEM « Mobiliser à bon escient ses capacités motrices dans le cadre d'une pratique adaptée à son potentiel » (compétence 7) VALIDÉ !

 

  … et s'installe au fond du bus. Il passe les billes à son voisin de siège, Jess James Jr, parce que c'est + sympa de faire des conneries à deux.

 

ITEM « S'intégrer et coopérer dans un projet collectif » (compétence 7)2 VALIDÉ ! 

 

  Il en profite pour lire la notice de son nouveau moyen d'expression afin de savoir comment s'en servir.

 

ITEM « Adapter son mode de lecture à la nature du texte proposé et à l'objectif poursuivi » (compétence 1) VALIDÉ !

 

  Il comprend donc comment l'engin fonctionne et fait feu…

 

ITEM « Manifester sa compréhension de textes variés, par des moyens divers » (compétence n°1) VALIDÉ ! 

 

  … afin de vérifier si la balle peut trouer le pare-brise.

 

ITEM « Raisonner, argumenter, pratiquer une démarche expérimentale ou technologique, démontrer » (compétence n°3) VALIDÉ !

ITEM « Manifester curiosité, créativité, motivation à travers des activités conduites ou reconnues par l'établissement » (compétence 7) VALIDÉ !3

 

  Mais la balle ricoche et vient frapper l'œil du chauffeur. Voyant cela, Billy ze Bid envoie un SMS à son pote Buffalo Débile, qui est puni à l'avant du bus : « Tain ! Cé pasé koi ?»

 

ITEM « Écrire, envoyer, diffuser, publier » (compétence 4) VALIDÉ !

 

  Réponse immédiate : « Sa va bardé ! Le chofeur a pri 1 bille dan la chetron ! Téma la tof ! » (pièce jointe : photo du chauffeur).

 

ITEM « Recevoir un commentaire, un message y compris avec pièces jointes » (compétence 4) VALIDÉ !

 

  Mme Histégéducationcivique se rend alors au fond du car pour trouver le coupable, accompagnée du chauffeur (qui a arrêté le car), un mastard de 100 kg. Celui-ci promet de fouiller tous les gosses jusqu'à ce qu'il trouve le coupable. Billy ze Bid pèse 54 kg tout mouillé et avec sa doudoune4. Il se rend compte qu'il ne fait pas le poids.

 

ITEM « Savoir s'autoévaluer et être capable de décrire ses intérêts, ses compétences et ses acquis » (compétence 7) VALIDÉ !

ITEM « Identifier ses points forts et ses points faibles dans des situations variées » (compétence 7) VALIDÉ !

 

  Il décide donc d'avouer son forfait…

 

ITEM « Assumer des rôles, prendre des initiatives et des décisions » (compétence 7) VALIDÉ !

ITEM « Respecter des comportements favorables à sa santé et sa sécurité » (compétence 6) VALIDÉ !


 … comme ça, avec un peu de chance, le chauffeur ne portera pas plainte.

 

ITEM « Respecter quelques notions juridiques de base » (compétence 6) VALIDÉ !

 

  S'adressant donc à sa prof et au sosie de Mister T, il leur tient à peu près ce langage : « J'voulais pas le toucher, m'dame ! C'était juste pour voir si la balle elle passerait à travers la vitre, mais en fait trop pas. »


ITEM « Restituer un propos, rendre compte d'un travail à un public donné » (compétence 1) VALIDÉ !

ITEM « Développer un propos en public sur un sujet déterminé  » (compétence 1) VALIDÉ !

ITEM « Participer à un débat, à un échange verbal » (compétence 1) VALIDÉ !

ITEM « Adapter sa prise de parole à la situation de communication » (compétence 1) VALIDÉ !5

ITEM « Présenter la démarche suivie, les résultats obtenus, communiquer à l'aide d'une langue adaptée » (compétence 3) VALIDÉ !6


  Après discussion, Billy présente des excuses au chauffeur  qu'il faut respecter car c'est le chauffeur et qu'il conduit le bus, ce qui permet à l'ensemble des élèves d'arriver à bon port plutôt que dans le fossé.


ITEM « Comprendre l'importance du respect mutuel et accepter toutes les différences» (compétence 6) VALIDÉ !

ITEM « Respecter les règles de la vie collective » (compétence 6) VALIDÉ !



  Et voilà donc une sortie productive pour le petit Billy, qui a validé presque toute la compétence 7, une moitié de la compétence 6, un bon tiers de la compétence 1 et même quelques items des compétences 3 et 4. C'est Mme Histégéducationcivique qui va être contente en passant sa soirée à remplir les items du livret de Billy à l'aide d'un merveilleux logiciel informatique ! 

  Mais au fait… il est biodégradable, ce pistolet en plastique ?


ITEM « Mobiliser ses connaissances pour comprendre des questions liées à l'environnement et au développement durable » (compétence 5) VALIDÉ !

 

 


1. De tâche complexe. Je sais, la syntaxe de ma phrase est obscure. Au fait, toute ressemblance avec un vrai incident lors d'une vraie sortie scolaire est vraiment, mais alors là totalement fortuite. Vous voyez le mal partout !

      

2. Vous aussi, vous aviez remarqué que la compétence n°7 était vraiment débile, avouez.


3. Deux compétences d'un coup ! Ça, c'est de la tâche efficace ! 


4. Il ferait mieux de l'enlever, d'ailleurs, si elle est toute mouillée. il va attraper froid ! 


5. Il a appelé son professeur « m'dame », ce qui montre bien qu'il adapte sa prise de parole à la situation de communication. Si si !


6. N'en jetez plus !

 

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 18:20

 

DonaldDuck    

 

 

  Scène de ménage à la cantine autour d'un magret de canard (pas excellent, d'ailleurs, mais bon, c'est la cantine) ! Les paroles sont évidemment fidèles… à l'esprit de la discussion, même si toute ressemblance est — cela va de soi — complètement fortuite et que je me suis donné le beau rôle (vous me connaissez) !


 

M'SIEUR CELEBORN, dialoguant avec l'équipe de direction au grand complet : Pour quand c'est qu'on doit vous rendre les feuilles pour vous présenter les projets qu'on envisage de mener l'année prochaine ?

 

PRINCIPALE, dénervant son magret : Le plus vite possible, m'sieur Celeborn, bien entendu ! Il est bien dur, ce canard…

 

M'SIEUR CELEBORN, profitant du sujet de conversation habilement trouvé : Parce que j'envisage un projet avec une collègue formidable sur les vampires. On veut leur faire écrire des nouvelles.

 

PRINCIPALE ADJOINTE, l'œil luisant depuis qu'elle a entendu le mot "projet" : Vous pourrez envisager d'y inclure plein de compétences du socle, hein !

 

M'SIEUR CELEBORN, pensant naïvement qu'elle plaisante : Oh ! vous savez, j'ai marqué "histoire des arts" et "TICE" sur la fiche de présentation ! (sourire second degré entendu)

 

PRINCIPALE ADJOINTE, qui n'a visiblement pas écouté le sourire entendu : Certes, mais le socle commun, m'sieur Celeborn, pensez aux compétences ! 

 

PRINCIPALE, énervée du dénervage : Non, vraiment, ce canard, pas terrible.

 

PRINCIPALE ADJOINTE, propulsée à 300 km/h sur sa rampe de lancement favorite : Et puis le professeur d'arts plastiques pourrait leur faire illustrer leurs histoires ! 

 

M'SIEUR CELEBORN, se disant qu'il aurait mieux fait de ne pas trouver de sujet de conversation : Oh ! mais il fera ce qu'il voudra, le professeur d'arts plastiques…

 

PRINCIPALE ADJOINTE, faisant voler des morceaux de magret sous le coup de l'exaltation : Et le professeur de technologie pourra les faire travailler sur l'ordinateur ! 

 

M'SIEUR CELEBORN, avisant que le professeur de technologie susdit est à la table : Techno-man, je suis sûr que ça te motive grave, là ! 

 

TECHNO-MAN, mais pourquoi il m'inclut dans la conversation, ce con ? : On m'a pas consulté.

 

M'SIEUR CELEBORN, le désincluant aussitôt afin de ne pas subir la malédiction de la session qui ne s'ouvre plus ou du mot de passe modifié à l'insu de son plein gré : Quoi qu'il en soit, Principale Adjointe, je préfère qu'on soit deux, et les autres peuvent se greffer s'ils le veulent ensuite…

 

PRINCIPALE, en plein couac : Mais ils l'ont trouvé où, ce canard ?

 

PRINCIPALE ADJOINTE, greffant des profs sur des projets comme d'autres collent deux bouts de pâte à modeler ensemble : Vous avez raison, c'est nettement plus moteur de lancer le projet à peu, et c'est moins compliqué pour faire les emplois du temps. Comme ça, ensuite, les autres professeurs participeront d'eux-mêmes.


M'SIEUR CELEBORN, car nous voulons la nuance encore : Oui, enfin… Ils pourront y participer s'ils le désirent.


PRINCIPALE ADJOINTE, la nu… quoi ? : Non non, ils participeront ! 


PRINCIPALE, volant dans les plumes du chef : Bon, eh bien ce canard, c'était pas ça.


M'SIEUR CELEBORN, pas la couleur, rien que la nuance : Ils sont libres de participer s'ils veulent participer, et libres de ne pas participer s'ils ne le veulent pas. Chacun a sa liberté pédagogique, n'est-ce pas ?


PRINCIPALE ADJOINTE, jaune fluo, bleu pétard et rose fuchsia en même temps : Ah non, m'sieur Celeborn ! La liberté pédagogique, à d'autres !


Et c'est à ce moment-là que je me dis que la principale avait bien raison de parler du canard…

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 12:56

poison coffee

 

  Pêché dans l'expresso du café pédagogique d'aujourd'hui :


« Angleterre : les conservateurs sacrifient les TICE pour économiser 7 millions ! »

 


  Et effectivement, les conservateurs anglais ont pris des mesures un peu fort de café, jugez plutôt :


« Après la mort programmée du Becta, le nouveau gouvernement britannique s'apprête à porter un nouveau coup à l'integration des TICE à l'école. Officiellement pour économiser 7 millions de livres, le nouveau curriculum de l'école primaire est annulé. Il devait entrer en vigueur à la rentrée 2010 et avait la particularité d'inclure les TICE dans les priorités de l'école. La littératie, la numératie, les TIC et le développement personnel étaient les 4 points importants de ces nouveaux programmes. On attendait des enfants un certain niveau de maîtrise des TIC, par exemple de Facebook, du tableur, de  Twitter,  et on considère cette exigence comme aussi importante qu'apprendre à compter. »

 


  Je vous propose de relire au ralenti :


« On attendait des enfants un certain niveau de maîtrise des TIC, par exemple de Facebook, du tableur, de  Twitter,  et on considère cette exigence comme aussi importante qu'apprendre à compter. » 



  Sur ce, en hommage aux Anglais, je vais me faire un thé… 

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 11:58

escher-waterfall-medium

Cheminement de la pensée d'un élève accomplissant une tâche complexe (allégorie)

 

 

  Votre saga du troisième trimestre reprend ! Après un petit temps d'arrêt, revoici le mode d'emploi du S3C décortiqué et analysé afin que vous puissiez en toute sécurité appliquer cette jolie réforme. Et aujourd'hui, c'est la tâche complexe qui va nous occuper… Sucré ou salé, votre pop-corn ?

 

FICHE N°4 : Les complexes, ça fait tâche ! 

 

       Nos dear colleagues avaient pris de l'avance, mais voilà que nous les rattrapons en nous mettant à notre tour à la dernière pédagogogie à la mode : celle de la (grosse) tâche. Et même de la tâche complexe, tant qu'à faire. Mais keskecékoidonk ?


« Maitriser une situation complexe ne se réduit pas à la découper en une somme de tâches simples effectuées les unes après les autres sans lien apparent. Les tâches complexes permettent de motiver les élèves et de les former à gérer des situations concrètes de la vie réelle en mobilisant les connaissances, les capacités et les attitudes acquises pour en développer de nouvelles. Dans ce contexte, complexe ne veut pas dire compliqué. »

 

  Nous voyons ici toute la "philosophie" de la chose : l'école n'est là que pour mettre le nez de l'élève dans la vie réelle, puisque seule celle-ci est motivante. Foin de contes de fées (alors que, paradoxalement, l'un des exemples proposés est « Rédiger un conte », situation hautement concrète de la vie hautement réelle), il va falloir apprendre le français en rédigeant sa liste de courses, les maths en faisant ses achats, l'anglais en les faisant en Angleterre, la techno en les faisant par Internet et la géographie en faisant le tri sélectif des emballages vides, développement durable oblige.

 

  Mais me voilà pris en flagrant délit de psychorigidité réactionnaire : je distingue encore des disciplines. Le professeur du futur, lui, les a toutes mixées en un infâme brouet :

 

« Pour le professeur qui doit mettre en œuvre les enseignements, c’est en même temps répondre aux caractéristiques des exigences nationales, européennes et internationales :

• transversalité : les compétences recouvrent plusieurs disciplines, elles s’exercent dans des situations variées ;

• contextualisation / décontextualisation : la compétence doit être maîtrisée et évaluée à travers des situations concrètes, les plus proches possible de celles rencontrées dans la vie réelle ;

• complexité : les tâches, les situations de mise en œuvre des compétences sont par essence complexes, requérant la mobilisation de connaissances, capacités et attitudes variées ;

• intégration : les compétences intègrent diverses facettes (capacités, attitudes, connaissances) issues de diverses disciplines. »

 

  Même le Générateur de Vérités Néo-Pédagogiques Définitives n'aurait pas rêvé d'une pédagogie transversale de la tâche complexe procédant par intégration de connaissances, capacités et attitudes visant à la construction de compétences s'axant autour de la tension bipolaire contextualisation/décontextualisation. Mais le ministère, lui, l'a fait. Et afin que les vaillants petits soldats de l'Éduc'Nat' que nous sommes ne s'y perdent pas, il nous propose non pas un, mais deux exemples de tâche complexe. Ouvrez vos mirettes, déglutissez vite votre pop-corn, c'est parti !


 

« 1 Station d'épuration

La station d’épuration de votre ville dysfonctionne. En temps qu’ingénieur dans un bureau d’études travaillant pour une organisation écologique indépendante, vous devrez – avec les membres de votre équipe ‐ persuader les autorités locales de la nécessité de réparer cette station afin de préserver l’environnement (entre‐ autre la biodiversité) en repérant dans la chaine d’épuration des eaux, le bloc fonctionnel défaillant. Vous rédigerez un texte présentant vos démarches et conclusions. »


  En voilà, une situation bien réelle du quotidien que les élèves rencontreront dans la vie de tous les jours ! Les voilà promus ingénieurs bossant pour une ONG écolo partant en croisade contre la vilaine administration qui pollue ! Peu importe qu'un ingénieur en sache environ 100 fois + qu'un élève de 4e pour lequel la notion de "bloc fonctionnel" doit être aussi parlante qu'elle l'est pour votre serviteur ; peu importe que la situation soit suspendue dans les airs telle une utopie béate dans laquelle l'élève pourfend la méchante société à grands coups d'arguments attendus sur la biodiversité et l'environnement ; peu importe évidemment qu'on ait autre chose à faire en cours de français que de rédiger des bafouilles sur le fonctionnement des stations d'épuration — Corneille ou Maupassant s'étant peu intéressés aux eaux usées (ils sont vraiment pas développement durable, ces écrivains !) ; peu importe enfin que la mise en place de ce délire demande un travail de concertation tout aussi hallucinant que gratuit de la part des différents professeurs afin que les élèves étudient dans le bon ordre ce qu'il faut en cours de techno, de bio et/ou de géo pour pouvoir rédiger leur torchon éco-citoyen (sans compter qu'une fois cette tâche complexe achevée, il faudra bien passer à une autre tâche tout aussi con et tout aussi complexe…)… Le résultat est là, dramatiquement naze.

  On attend avec impatience d'autres exemples de tâches complexes tels que « Vous êtes un grand scientifique et rédigez une communication sur la sauvegarde du thon rouge », « Vous êtes directeur d'une entreprise à but non lucratif s'occupant des énergies renouvelables et proposez une façon de sortir du nucléaire sur dix ans » ou même « Vous êtes prix Nobel de la paix et écrivez un e-mail au président iranien pour lui vanter les mérites du dialogue interculturel ». On va s'amuser…     

 


  Le second exemple est nettement plus terre à terre, et ajoute une dimension nouvelle par rapport au premier : l'humour tout pourri.


« 2 Barbecue

Chaque été, M. Chipo est obligé de racheter plusieurs sacs de charbon de bois pour faire des barbecues. Mais pourquoi doit‐il en racheter ? Que devient tout ce charbon ? Après avoir écrit les hypothèses, proposer une expérience qui va permettre de les confirmer ou non.

Réaliser les expériences proposées après validation du professeur. Répondre par écrit aux questions posées dans le texte. »


Sacré M.Chipo ! Voilà la cuisson des saucisses promue au rang de tâche complexe à visée scientifique ! Le pauvre élève va être lâché au milieu de la barbecue-party et devoir proposer des hypothèses et des expériences tout seul comme le grand scientifique qu'il est déjà (souvenez-vous : au cours précédent, il est devenu ingénieur). En fait, on reconnaît un bon vieux TP pas du tout transversal, dont l'aspect inductif dissimule mal le fait que c'est le prof qui va formaliser l'expérience démontrant que le feu, ça brûle. 


  Chers lecteurs, le blog Je Suis en Retard ne reculant devant rien, il vous proposera la prochaine fois des tâches complexes autrement plus rentables en termes d'évaluations de compétences. Gardez donc un peu de pop-corn encore ! 

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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 22:59

escher-mc-relativity

Professeurs se réunissant pour valider une compétence du socle (allégorie)

 

 

  J'espère que le pop-corn — généreusement distribué par la machine fabriquée par les élèves de 4ème 5 lors du projet interdisciplinaire « spectacle cinématographique et mastication » (un projet mené par les profs d'arts pla, de bio, d'EPS et de techno, s'il vous plaît !) — vous satisfait et que vous êtes prêt pour la suite des fiches ! Aujourd'hui, nous allons essayer de savoir comment appliquer les belles théories dans la réalité crasse d'un établissement scolaire non virtuel…

 

FICHE N°3 : votre évaluation est-elle valide ?

 

  Où l'on s'intéresse à la distinction entre évaluer, valider et noter. Et je vous assure qu'à la lecture de la chose, même les plus belles pages de la casuistique chrétienne semblent une recette facile de Françoise Bernard où l'on balance 30 secondes un œuf au micro-ondes avec une cuillère de crème fraîche. Le sexe des anges n'a qu'à bien se tenir (si j'ose m'exprimer ainsi) : la subtilité des distingos opérés n'a ici d'égale que la vacuité du propos. Qu'on en juge un peu :

 

« L’évaluation, conduite dans le cadre habituel des cours, n’est pas incompatible avec le système de notation, et peut y participer »

 

  On notera que l'évaluation1 peut donc participer à la notation. On pensait bêtement l'inverse plus logique (que la notation participât de l'évaluation), mais apparemment, on se trompait.

 

« Elle [l'évaluation] est menée par chaque enseignant de façon individuelle, mais peut aussi être menée conjointement lors d’itinéraires de découverte, de thèmes de convergence... »

 

  On évalue donc individuellement, mais de façon collective quand même : au moins, chacun fait ce qui lui plaît. J'espère au passage que vous goûtez l'expression « thèmes de convergences », qui est quand même très jolie…

 

« à la fin, c’est l’évaluation finale »

 

  Lapalissade ? Vous n'y êtes point… En voilà surtout qui n'ont pas eu le document des inspecteurs d'anglais ! Ils y auraient appris que l'évaluation finale peut très bien ne pas être à la fin. Il va falloir vous harmoniser, les gars !


  Sachez au passage qu'une même compétence devra évidemment être évaluée par plusieurs enseignants, et qu'il faudra faire la synthèse de tout ça pour décider de sa validation finale ou non. Vous sentez qu'il va falloir reculer votre cours de yoga du mardi soir car vous risquez de manquer le début ? En fait, il va surtout vous falloir en suivre davantage, des cours de yoga, afin de rester calme lors des petites sauteries validantes qu'on rêve de nous imposer2 … 


  On apprendra aussi qu' « une tâche complexe, qui n’est pas un empilement de microcompétences, peut conduire à l’évaluation de plusieurs items impliqués dans la tâche, mais pas obligatoirement de tous. »


  Vous n'y comprenez rien ? Rassurez-vous : toute une fiche va être consacrée aux tâches complexes. Voilà de quoi se réjouir. En attendant, on aura quand même réussi à piger — au milieu de cette purée de pois — qu'évaluer, c'est tout bêtement juger du niveau d'un élève. En revanche, valider, c'est une démarche institutionnelle, collégiale et définitive. En gros, une fois qu'on a bien évalué chacun dans son coin à plusieurs, on se fait une bouffe et on valide. Et si le lendemain de la validation, l'élève a tout oublié, peu importe : il est validé. Évidemment, si l'élève n'est in fine pas validé, il pourra l'être quand même par le jury du brevet, qui est souverain, et qui vous dit m...., à vous, profs qui n'avez pas vu que les tanches avachies devant vous disposaient de toutes les belles compétences  marquées dans le livret3


  Et la notation, alors ? On vous la promettait dans le titre, et depuis, pas grand chose à se mettre sous la dent sur le sujet. rassurez-vous, on a gardé le meilleur pour la fin.


 

« L’évaluation cherche à situer l’état des acquis de l’élève par rapport aux objectifs d’apprentissage visés. L’évaluation se traduit par une valeur donnée à la production de l’élève. Pour exprimer cette valeur, différents codes peuvent être utilisés : une appréciation, une lettre, une couleur, une note.

La notation consiste à traduire une production d’élève par une note chiffrée. La note de contrôle, par exemple, résulte de la somme des points attribués à l’élève en fonction du barème fixé pour l’atteinte de chacun des objectifs d’apprentissage évalués. La notation garde sa place pour des évaluations finales et certificatives. Cependant, la valeur moyenne obtenue au final ne traduit pas les compétences acquises »


  Revoyons l'action au ralenti : l'évaluation se traduit par une valeur, qui peut être une notedonnée à la production d'un élève ; ce qui la différencie donc nettement de la notation, qui, elle, se traduit par une note donnée à la production d'un élève. On ne saurait être plus clair et précis. Mais bon, tant qu'on a pu glisser au passage que la notation, c'était quand même pas bien, on est content.


  Désolé, lecteur assidu, lectrice passionnée, mais le blog va être en pause toute la semaine prochaine, pour raisons pédagogiques (si si !). Je promets de me rattraper à mon retour, de finir cette petite synthèse et de vous fournir, en exclusivité, quelques exemples de tâches complexes universelles permettant d'évaluer un maximum de compétences en un minimum de temps sans sortir des sentiers battus d'une journée de cours bien normale. À très vite !

   



1. ...des compétences, bien entendu ! (NDLR)


2. Amis profs principaux de 3ème, il vous est conseillé de prendre un abonnement premium aux cours de yoga. Croyez-moi, vous allez en avoir besoin.


3. Faut-il que vous soyez distraits...

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22 mai 2010 6 22 /05 /mai /2010 16:06

escher-Escalier

Élèves gravissant les marches menant à l'acquisition du socle commun (allégorie)

 


« Encore un article sur le socle commun ? il va falloir investir dans un distributeur automatique de pop-corns, m'sieur ! »

Eh bien Vadius, qu'attendez-vous pour utiliser vos compétences acquises en cours de technologie pour m'en fabriquer un ? En voilà, une jolie tâche complexe à réaliser !

 

  Alleluia ! Nous allons enfin savoir comment appliquer la chose ! Not'bon'ministère a en effet sorti un fort beau document, d'une soixantaine de pages, intitulé Le livret personnel de compétences : repères pour sa mise en œuvre au collège (à télécharger ici). 14 fiches et quelques annexes plus tard, nous voilà fin prêts — du moins en théorie — pour valider items et compétences avec la maestria d'un Mozart composant une fugue pour pipeau. Petit résumé pour vous, avides lecteurs, et aussi pour vous, zélées lectrices.

 

 

INTRODUCTION : la liberté de faire ce qu'on vous dit de faire.

 

  Après quelques rappels de la loi, on nous explique que le S3C1 est le « véritable fil d'Ariane de la scolarité ». Ariane, ma sœur, tu n'avais pas mérité de voir ton fil ainsi embrouillé, déjà que tu mourûtes aux bords où tu fûtes laissée2, et que c'était assez dur à vivre comme ça sans qu'il fût besoin d'en rajouter. Mais puisque nous métaphorons à tout va, sachez que le labyrinthe, nous allons le voir, ce n'est pas tant la scolarité de l'élève que la mise en place dudit S3C. Mise en place qui ménage habilement la liberté pédagogique de chacun et le respect de l'intérêt de tous, comme nous pouvons le constater : 

 

« Il est fondamental, tout en organisant une cohérence d’ensemble du système, de respecter la liberté de pratiques de chacun [c'est moi qui graisse], en expliquant l’utilité et l’intérêt du changement, en développant des pratiques d’aide et de soutien dans tous les cadres d’intervention (formations, animations, inspections).

  Un travail d’analyse, d’élucidation et d’explication est également nécessaire pour convaincre de la nécessité d’une évolution dans les pratiques des enseignants. Il est déterminant de « bien faire comprendre à tous l’intérêt des ruptures proposées tout en montrant dans quelle logique et continuité ces évolutions s’inscrivent »

 

  J'te manque pas de respect, prof : j't'explique ! Nous revoilà dans la rhétorique préférée de l'EN : si vous n'êtes pas d'accord, c'est qu'en fait vous n'êtes pas encore d'accord ! Mais rassurez-vous, chers enseignants : un jour, l'esprit saint vous tombera sur le coin de la figure ; vous comprendrez comment procéder à des ruptures dans la continuité (ou l'inverse) ; et vous aurez alors toute liberté d'appliquer ce qu'on vous dit d'appliquer car vous verrez que cela est bon. Amen. Un p'tit coup d'Évangile selon saint Pédagol pour ficeler tout ça :

 

« On s'attachera à mettre en évidence la complémentarité entre une approche disciplinaire et une approche pédagogique transversale de chaque enseignement afin d'accenteur (sic) la cohérence entre discours et pratiques. »

 

  Et voilà le S3C sur de bons rails (personnellement, la phrase m'évoque plutôt l'idée d'une voie de garage, mais je dois encore être un païen). Bon, c'est pas tout ça les profs, mais on va vous expliquer comment procéder, maintenant !

 

 

FICHES N°1 ET 2 : définition de la compétence par quelques incompétents

 

  Dekoicékonkoz ? De la compétence, pardi ! C'est le moment d'enfin savoir ce que c'est, une compétence. Pour ce faire, plusieurs « chercheurs »3 sont convoqués dans un grand élan francophone (puisque l'on nous propose des définitions belges et canadiennes) afin de faire le point sur la notion. Autant vous dire qu'on ne va pas éclaircir grand chose, mais plutôt se gargariser de fort belles expressions telles que « la capacité d'associer une classe de problèmes précisément identifiée avec un programme de traitement déterminé » (celle-ci est de notre ami Philippe Meirieu, homme compétent s'il en fut jamais), le « savoir-mobiliser » (mais que c'est joli !), l'« ensemble intégré et fonctionnel de savoirs, savoir faire, savoir être et savoir devenir »4 ou même « un savoir agir complexe prenant appui sur la mobilisation et la combinaison efficaces d'une variété de ressources internes et externes à l'intérieur d'une famille de situations » (À vos souhaits !). Heureusement, notre fiche repère est là pour synthétiser ce gloubi-boulga :

 

« Une compétence consiste en la mobilisation d’un ensemble de ressources diversifiées internes (connaissances, capacités, habiletés) et externes (documents, outils, personnes) renvoyant à la complexité de la tâche et au caractère global et transversal de la compétence. Les compétences s’exercent dans des situations contextualisées mais diversifiées qui impliquent un processus d’adaptation (et non de reproduction de mécanismes) et de transfert d’une situation à l’autre. »

 

  Voilà qui est tout de suite nettement plus clair : nous sommes sauvés ! Nous savons désormais que la compétence, véritable Ouroboros5 pédagogique, renvoie au caractère global de la compétence. Fort de cette certitude, nous allons donc pouvoir « provoquer le regard instruit de nos élèves » (ce qui est apparemment l'enjeu majeur de la formation du sachant devenir citoyen). Afin d'y parvenir, nous serons munis de notre attestation subdivisée en compétences (ex-piliers, au nombre de 7) subdivisées en domaines (26) eux-mêmes déclinés en items (une centaine : on n'allait quand même pas se fatiguer à les compter précisément...). Et maintenant, c'est l'heure de cocher les p'tites cases !


  À très vite pour la suite. Vous y découvrirez qu'évaluer et valider, ce n'est pas pareil ; qu'une tâche complexe n'est pas une tâche compliquée ; qu'un élève impliqué en vaut deux, mais que pour qu'il soit impliqué, ça ne va pas être de la tarte ! 

 


 

1. Socle Commun de Connaissances et de Compétences. Apparemment, vous n'êtes pas un lecteur régulier, vous. Une solution : inscrivez-vous à la newsletter, là, dans la colonne de droite !


2. Librement adapté de Racine, qui conjuguait nettement mieux que moi.


3. Oui, mes guillemets sont purement mesquins. 


4. Si vous vous demandez ce que peut bien être un savoir devenir, sachez que je n'en ai aucune idée ! 

 

5. Si vous vous demandez ce que peut bien être un Ouroboros, c'est le moment de savoir-mobiliser votre compétence « rechercher sur Wikipédia ». Je ne vais quand même pas tout savoir-faire à votre place, non mais ! Un peu de savoir-vivre !

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 16:43

Super-NannyMeirieuadjani

 

 

Vous avez une majorité de ♣ : LA BRUTE


  De deux choses l'une : soit vous avez haï l'IUFM, soit, quand vous êtes devenu professeur, l'IUFM n'existait pas encore. Vous ne jurez que pas les bonnes vieilles méthodes. Enseigner, pour vous, c'est transmettre des connaissances, et tout le reste est littérature (de jeunesse). Vos poubelles regorgent de manuels scolaires "conformes aux nouveaux programmes" et de documents pour appliquer la dernière lubie pédagogique en date. Attention ! vous faites partie d'une espèce menacée, et il vous faut impérativement développer votre sens de la diplomatie et de la ruse pour pouvoir survivre dans ce milieu hostile qu'est devenue l'Éduc'Nat' actuelle, remplie de dangers tels que les grilles de compétences, les clefs-USB, les tableaux numériques ou le développement durable. Une seule seconde d'inattention et un vidéoprojecteur risque de pousser au plafond de votre salle ; un seul faux-pas et votre manuel de grammaire se retrouvera changé en citrouille. Soyez vigilant !   




Vous avez une majorité de ♥ : LE TRUAND


  Mais vous lisez mon blog, vous ? Alors je vous souhaite la bienvenue, cher disciple de Meirieu, nourri au dogme de l'élève au centre du système informatique et biberonné à la formation du citoyen 2.0. Rien n'est trop moderne pour vous, et d'ailleurs la modernité elle-même vous semble un concept has been. Vous êtes le technoprof du futur, thuriféraire des réformes diverses et variées qui visent à changer l'élève en apprenant et l'apprenant en citoyen. Aucune expression du Générateur de Vérités Néo-Pédagogiques Définitives ne vous est étrangère ; cependant vous ne comprenez pas pourquoi ce site fait rire certains de vos collègues. Mais je ne vais pas vous tenir plus longtemps, car entre deux formations du PAF sur l"emploi des TICE dans le cadre d'un projet cuisine auto-réflexive, vous avec un article à rendre aux Cahiers pédagogiques sur la guidance de l'enseignant dans le système scolaire finlandais. Ne vous surmenez pas trop quand même !  




Vous avez une majorité de ♦ : LE BON


  Vous, vous êtes un peu perdu. On vous avait dit que professeur, c'était un chouette métier, qui laissait du temps, offrait des vacances sympathiques et qui vous permettrait de faire partager à vos élèves l'amour que vous avez pour la français, les maths ou l'histoire (etc.). Vous ne comprenez donc pas bien ce qui s'est passé et pourquoi vous en êtes à prendre des antidépresseurs et à envisager une reconversion dans la plomberie, qui, selon Zorglub — votre bête noire de 3e — est un secteur qui rapporte quand même beaucoup + d'argent. Vous suivez le mouvement et restez discret, tentant de faire votre travail au mieux, tout en vous demandant parfois ce que ça peut bien être, votre travail : nounou ? assistante sociale ? animateur ? punching-ball ? Ce qui vous gêne un peu aux entournures, c'est que toutes les belles idées que l'on vous a mises dans la tête à grands coups de formations et de réunions pour faire de vous un enseignant formidable, eh bien elles ne marchent pas, et, au final, vous ne vous sentez pas formidable du tout… En fait, vous êtes trop gentil, et ça, l'Éduc'Nat' ne le pardonne pas… 

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16 mai 2010 7 16 /05 /mai /2010 17:56

 

bonbrutetruand


  Petit test créé par votre serviteur dans un moment de désœuvrement. Faites-vous plaisir !


1) C'est la première heure de cours de votre vie. Les élèves vont bientôt arriver…

♣ Mon estrade ? Mais où est mon estrade ? Depuis quand n'y a-t-il plus d'estrade dans les salles de classes ?

♥ Le TNI fonctionne, les outils informatiques sont branchés : je vais leur montrer les TICE, moi !

♦ Alors je les fais ranger ou alors peut-être pas, je leur dis bonjour en souriant ou bien d'une voix ferme, j'écris mon nom au tableau mais où est donc mon stylo ?


2) Vous faites l'appel, quand soudain, sur votre liste d'élèves, vos yeux rencontrent ce nom délicieux : "Jason Slejdeniczi".

♥ J'ai fait un stage sur la prononciation des noms d'élèves en formation du PAF, même pas peur !

♦ « Jézonne Sledé… Jlésdé… Sladjé… euh ça se dit comment ? »

♣ « Jâââzont Seuléjeudénissi ». Je le prononce comme ça si je veux. Taisez-vous.


3) Vous prévoyez une interro surprise pour mardi prochain…

♣ Haha ! personne ne l'a vue venir !

♦ « Bon, euh... alors surtout révisez bien le cours pour mardi prochain... Non parce que c'est important de bien apprendre son cours régulièrement.»

♥ « Mardi prochain, il y aura une interro surprise. Voici les questions qui vous seront posées… »


4) La moyenne de la classe à l'interro surprise est de 5,5/20…

♥ Je ne vois pas de quoi vous parlez. Les notes, c'est dépassé. 16 élèves ont validé les compétences requises, et 7 sont en cours d'acquisition de la compétence "je me relis en faisant aller mon regard de gauche à droite puis en revenant à gauche et en recommençant" et c'est là l'essentiel. 

♣ Un peu facile, cette interro, quand même…

♦ Oh là là ! Je suis un prof nul ! Comment faire ?


5) Inspection dans 2 jours ! Que préparez-vous ?

♦ Au secours ! L'inspecteur préfère-t-il l'étude d'image ou la lecture analytique ? Quel est son point de vue sur la trace écrite ? 

♥ J'ai réservé le chariot multimédia pour une séance de travail en groupe à partir d'un document iconographique publicitaire sur le thème de la citoyenneté. Cela s'inscrit dans le domaine "arts, ruptures et continuités" du programme d'histoire des arts. L'inspecteur sera ravi. 

♣ Cours de grammaire sur le Complément d'Objet Indirect. Avec des exercices d'application. BEAUCOUP d'exercices d'application.


6) Votre chef d'établissement vous demande votre avis lors d'une réunion sur la remotivation des élèves par le biais des projets pédagogiques interdisciplinaires…

♥ Vous vous lancez dans la description de vos 3 projets de l'année : "approche didactico-ludique multimédia de Oui-Oui" en 6e, "Moyen-âge citoyen et papier mâché" en 5e, "mise en autonomie et pâte à crêpes" en 4e. Vous discutez ensuite avec un prof d'EPS sur la possibilité de travailler sur Antigone et le développement durable à travers la danse contemporaine en 3e. 

♣ Mon seul projet, c'est d'enseigner.

♦ Euh… je ne sais pas… Un défi-lecture ?


7) Conseil de classe ! On envisage un avertissement travail pour Zorglub.

♦ Vous vous rangez à l'avis général.

♥ Vous désapprouvez vigoureusement cette pédagogie de la sanction. Vous militez pour la mise en place d'un contrat de confiance entre tous les partenaires éducatifs.

♣ Seulement un avertissement ? Moi je voyais un blâme…


8) Conseil de discipline ! On envisage d'exclure définitivement Zorglub de l'établissement car il a menacé son prof de Technologie avec un fer à souder.

♣ Si ça ne tenait qu'à vous, on aurait exclu Zorglub une semaine après la rentrée des classes au lieu d'attendre jusqu'en mars.

♦ C'est quand même triste pour Zorglub, qui n'est pas méchant dans le fond... Mais bon, là, il a dépassé les limites.

♥ On ne lui a pas laissé sa chance : si les collègues pratiquaient la pédagogie différenciée et se rendaient plus souvent en salle multimédia pour faire acquérir aux élèves les compétences du B2i, on n'en serait pas là.


9) Votre prochain contrôle…

♣ … portera sur l'accord du participe passé des verbes pronominaux. Il sera constitué d'un montage de différents exercices collés sur la même feuille à la colle UHU.

♦ … portera sur les différents points de votre séquence pédagogique : les pronoms de reprise, l'énonciation et la figure du chevalier dans la littérature de jeunesse. Il sera tapé sous Word, même si vous n'arrivez toujours pas à numéroter les lignes du texte. 

♥ … portera sur les compétences 2 et 3 du pilier 6, sur la compétence 1 du pilier 7 et bon, un peu sur la compétence 2 du pilier 1 quand même. Il sera envoyé aux élèves sous forme d'un fichier .odt (le .doc, c'est tellement peu citoyen !).


10) Votre métier, c'est…

♥ … une courroie de transmission socio-pédagogique indissociable d'un travail sur le monde de l'établissement scolaire conçu comme lieu de vie.

♣ … la transmission des savoirs.

♦ … bien compliqué. D'ailleurs, si quelqu'un pouvait vous l'expliquer une bonne fois pour toutes, ça vous aiderait franchement.

 

  Comptez vos cœurs, vos carreaux et vos trèfles, et rendez-vous dans quelques jours pour le compte-rendu du test !

Mise à jour : Cliquez ici pour les résultats

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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 11:45

labyrinthe

 

 

  Je n'avais pourtant pas la tête de l'emploi...


  Chez moi, le syndicalisme a toujours été quelque chose d'étranger. Partisan d'une certaine philosophie de l'individualisme où l'on compte sur ses convictions et sa force de conviction, sa diplomatie, ses qualités oratoires propres, son bon sens et celui de l'interlocuteur, je n'ai jamais envisagé un seul instant de me syndiquer lors de mon entrée dans le métier. D'autant que bon, toutes ces histoires d'orientation politique, très peu pour moi : je suis un bobo d'aujourd'hui, qui vote où il veut, selon des critères au mieux impressionnistes, et ne rentre dans une case que pour en ressortir aussitôt afin d'aller voir si l'herbe est aussi peu verte ailleurs. Le dilettantisme est un humanisme. Et n'oublions pas que nous parlons du syndicalisme français, et plus précisément du syndicalisme français de l'Education Nationale, qui, vu de loin et même de près, ne donne pas franchement envie de s'engager, empêtré qu'il est dans ses dissensions, ses lourdeurs, ses contradictions, ses idéologies et son manque général d'efficacité.


  Que s'est-il donc passé ? Simplement, j'ai constaté les dégâts. La lourdeur du syndicalisme n'est rien face à celle de l'institution, si l'on s'amuse à comparer. Moi qui me disait que professeur était un métier intellectuel, demandant des qualités de réflexion, de pondération, d'argumentation ; moi qui me voyais expliquant les bienfaits de ma pédagogie à mes chefs divers et variés au cours de pince-fesses cordiaux, je voyais soudain l'autre côté du miroir — qui était en fait la seule réalité... Mon avis, on s'en battait les gonades avec une porte-fenêtre.

  En revanche, on attendait de moi l'attitude du bon petit soldat obéissant, exécutant, pas rebelle pour un sou, et sommé d'exécuter tout et de préférence n'importe quoi sous le fallacieux prétexte qu'un fonctionnaire, ça ne doit faire que fonctionner. Ajoutez une dose de réprimandes gratuites, un zest de débilités pédagogiques inspectoriales, un chouïa de réunionnite et une pincée de cyclothymie administrative, mélangez, faites cuire à feu vif, et l'on obtient immanquablement le même résultat : je deviens insupportable, critique et gueulard.


« Alors que vous êtes quelqu'un de pourtant tellement drôle et sympathique, monsieur ! »

Merci, Clitandre. N'espérez toutefois pas que je vous rajoute un point à votre moyenne sous prétexte que vous savez bien lécher les bottes, hein...


  Or pour gueuler, pour marquer son désaccord, il n'est pas bien efficace d'être seul, et il est fort dangereux de n'être pas accompagné. 

  Bien entendu, si vos collègues sont globalement du même avis que vous, on peut se dire que tout va bien. Je n'en crois rien. Nous sommes tous soumis aux mêmes pressions, aux mêmes injonctions, et finalement, si nous sommes plusieurs, nous sommes quand même seuls dans notre établissement.

  À partir de là, du moment que j'étais devenu "celui qui gueule", c'est-à-dire l'équivalent d'un délégué syndical, il m'a semblé judicieux d'en avoir les avantages, i.e. de ne plus être seul, mais accompagné d'une véritable organisation.


  Le sujet de ce court billet n'est pas de faire un comparatif des syndicats de l'Éducation Nationale : ce serait long, compliqué et très polémique, bien entendu. Signalons juste que j'ai rejoint le SNALC, qui me correspond ma foi assez bien.

  Eh bien ce fut une vraie surprise : le syndicalisme, c'est passionnant. C'est un espace de discussion riche entre personnes avec lesquelles on partage certaines valeurs, ce qui évite d'avoir à tout recommencer depuis le début dès qu'on veut parler boutique. C'est le plaisir de se réunir de façon volontaire pour parler des problèmes qui nous concernent, enrichir mutuellement notre pensée et envisager des moyens d'actions aussi bien visibles (vous savez : les grèves !) qu'invisibles (quelles propositions fait-on sur ces projets de programme ? Que va-t-on dire au ministère ?). Et quand bien même on n'est pas vraiment écouté, parfois, on a la bonne surprise de voir, au détour de telle phrase de tel programme qui nous sied tout particulièrement, qu'on n'a pas été complètement inutile.


  Lors d'une réunion syndicale, hier, je me suis rendu compte que je me sentais à ma place. Rien que pour cela, je vais continuer. On veut faire de moi un pion ? Qu'on ne compte pas sur moi pour me rendre sans combattre, alors : un pion qui se déplace bien peut mettre en échec un roi ou une reine qui a manœuvré comme une cruche. Surtout s'il n'est pas seul. Mais bon, rassurez-vous, cher collègue : ce n'est pas encore demain que je chanterai L'Internationale à tue-tête. Le syndicalisme n'a aucun cas modifié ma personnalité : il lui a juste donné d'autres moyens d'action.


 

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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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