Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 07:45

bozo

 

 

  Hier soir, ô joie, ô bonne humeur, réunion de 2 heures sur le socle commun. Autant vous dire qu'après mes 7 heures de cours et ma demi-heure pour déjeuner le midi, j'étais remonté comme un coucou suisse. Pour vous, adorés lecteurs et adorables lectrices, voici le résultat du process1. Profitez en attendant des bâtonnets glacés dont Monsieur Dimanche fait la distribution.

 

 

  S'il n'y avait qu'une chose à retenir de la soirée, c'est cette injonction de not'bon'chef : « soyez libres !» Pas de soucis, boss, c'est le genre de conseil que j'aime bien suivre.

 

  Pourtant, tout avait fort mal commencé, avec la distribution d'un papier recto/verso entièrement écrit en caractères gras présentant les résultats de la réflexion de nos deux têtes pensantes sur la question. Les têtes pensantes susdites ayant apparemment eu sous les yeux la version ultra-détaillée du livret de compétences, nous découvrions un nombre d'items à faire pâlir même le plus brave des pédagogistes : 94 items pour la maîtrise de la langue française, par exemple, et même un total de 221 items (!) concernant les éléments de mathématiques et de culture scientifique et technologique, excusez du peu. Je fais un rapide calcul dans ma tête également pensante (même si après 7 heures de cours, le roseau pensant que je suis à tendance à plier sévère) : 94 x 4 classes x 25 élèves = où est ma calculatrice ?

 

  Le papier se poursuit par une jolie définition des compétences (où je retrouve les trois mousquetaires connaissances, capacités et attitudes), par diverses infos sur le livret et la validation (mais là, je dois dire, je suis déjà au point) et enfin, in cauda venenum, par une partie au titre inquiétant : « Quelle est la méthodologie exacte au collège Jean-Baptiste Poquelin ?2»   

 

 

  Et là, notre direction se pose de graves questions, et nous fait part de ses pensées les plus secrètes :

 

  • « Est-il possible de travailler chacun seul dans son coin ? → nous pensons à la direction que ce serait dommage. »

Mieux vaut en effet forcer les gens à travailler ensemble et à faire des réunions bonus, c'est tellement plus convivial…3

 

  • « Est-il possible que certains items soient validés par n'importe lequel d'entre nous ? → nous pensons que c'est effectivement possible. »

C'est le prof d'Arts Plastiques qui va être content de valder l'item « savoir nager » !

 

  • « Est-il judicieux de se répartir le travail de manière trop précise ? → nous n'en sommes pas convaincus.»

Un bon flou artistique générateur de saines empoignades et de vivifiantes gueulantes car rien n'est validé est effectivement beaucoup plus convaincant.

 

  • « Est-ce une occasion de se faire confiance, de pouvoir enfin avancer de manière transdisciplinaire et en équipe ? → nous pensons que oui.»

Chers collègues, vous qui cherchiez un bon exemple pour parler à vos élèves des questions rhétoriques, vous pouvez remercier ma direction de vous fournir la mère de toutes les questions rhétoriques. C'est y pas beau ?

 

  Mais ce n'est pas fini ! Apparemment, il leur faudrait 2 collègues pour valider un item (je multiplie alors dans ma tête décidément fatiguée par 2 le résultat que je n'ai pas cherché à calculer de la multiplication précédente) ! 

 

 

  Et là, mes collègues prennent la parole. Et ils sont bien, mes collègues ! Temps de réunionnite, ras-des-pâquerettitude du socle, attaque en règle de l'ineptie que la chose constitue déjà en primaire, tout y passe. Deutschlehrerin4 synthétise magnifiquement et efficacement le ressenti global : « Mais ça ne sert à rien ! » 

 

  Le principal adjoint, très nouvelle pensée pédago (en même temps, on nous les forme tous comme ça, ces temps-ci, hélas !) tente de nous faire le numéro des ch'tits nenfants en difficulté que les compétences vont miraculeusement sortir de l'eau croupie dans laquelle ils baignent, là où les méchantes notes vicieuses et fourbes s'attachaient à sa cheville telles un boulet de 2,5 tonnes. Oui, remplaçons ce doigt accusateur de Dieu que constitue un 0/20 en dictée accompagné de la lapidaire appréciation « peut mieux faire »5 par la bienveillance de la compétence nourricière qu'on s'arrangera pour lui valider de toute manière, in fine ! Il n'en sera certes pas meilleur en orthographe, mais au moins il aura pu développer son esprit critique en voyant qu'on le prend pour un con à lui dire qu'il maîtrise tout un tas de très jolies compétences. Un collègue d'histoire passablement agacé — et on le comprend — envoie quelques répliques bien senties à notre défenseur des enfants opprimés par les notes. Le principal fait alors comme si son adjoint n'avait rien dit : d'ailleurs, on ne l'entendra plus jusqu'à la fin de la réunion. 

 

  C'est là que not'bon'chef, qui a oublié d'être obtus, se rend compte que bon, la transdisciplinarité imposée sous forme de multiples réunions de toutes les équipes sous toutes leurs formes — en triangle, en cœur, en carreau, en pique, en trèfle, envol6 — ne semble pas déchaîner les foules (ou alors pas dans le sens espéré) et change donc son fusil d'épaule. Alors que le fait de se répartir les compétences de façon trop précise était apparemment une mauvaise idée, il affirme nettement à propos du tableau de répartition que nous avions fait l'année dernière que c'est « un travail remarquable ». Alors qu'il fallait apparemment se réunir, se répartir les choses pour chaque classe (là, mon collègue d'Arts Plastiques qui a 19 classes a pâli), se reréunir trois ou quatre fois, finalement, il se dit que le faire en conseil de classe, ça a l'air très bien.

  De toute façon, ce qui lui importe, apparemment, c'est le « process7 » et la « communication institutionnelle » : le problème était que « nous ne sommes pas capables de nous mettre d'accord sur des process », qu'il faut faire « des étapes dans le process » et surtout, surtout, qu'avec les parents, « on sera très clair sur les process ». On définit donc un process de communication institutionnelle : on dit aux parents qu'on est au top et qu'on valide de façon formidable, et en interne, on utilise notre « travail remarquable » pour valider pépère et sans se prendre le chou !

 

  Bref, on fait du théâtre. Ça tombe bien : ça, je sais faire.

 

 

 


1. Barbare anglicisme dont il se sera question au cours de cet article, vous verrez…

 

2. Puisque j'ai affublé mes élèves les plus amusants de prénoms moliéresques sur ce blog, autant continuer dans le thème…

 

3. les commentaires ironiques, narquois et de mauvais esprit sont de moi : vous me connaissez, maintenant…

 

4. La prof d'allemand, quoi ! 

 

5. Il l'a vraiment dit sans rire. Au passage, on remarquera que lorsque l'on veut taper sur le principe de la notation, c'est toujours le zéro en dictée qui est sollicité comme exemple évident et indépassable de la nocivité de la chose. On ne s'interrogera en revanche jamais sur les causes qui font que beaucoup d'élèves ont des zéros en dictée à partir du moment où la dictée en question présente autre chose que 3 lignes de Oui-Oui et la voiture magique. J'ai bien une piste — la généralisation de l'enseignement par compétences débiles au primaire — mais je sens que je ne suis pas très tendance, là…

 

6. Offre spéciale : un item validé à la première personne qui verra la référence ! 

 

7. Je vous avait bien dit qu'on en reparlerait !

Repost 0
13 septembre 2010 1 13 /09 /septembre /2010 21:47

le mendiant

Enseignant du Moyen Âge ayant dépassé son quota de moines copistes (document d'époque) 

 

 

  C'est ce qui nous mine, je crois : cette envie de bien faire, cet espoir que l'on peut améliorer ce qui se passe autour de nous, cette impossibilité d'être mis en présence de dysfonctionnements et de la souffrance qu'ils entraînent sans qu'il nous vienne le désir de réagir. Cette pensée (qui tourne souvent dans notre tête) que si l'on donne un tout petit peu de nous-mêmes, on a la possibilité de faire les choses tellement mieux. La conscience professionnelle, quoi.

 

  Tenez, dernièrement, la réforme de la formation des enseignants-stagiaires, par exemple. On a réussi à remplacer un système cataclysmique (l'IUFM1 et ses délires idéologiques, pour aller vite) par un système encore pire : et pourtant, il fallait vraiment le vouloir, pour trouver pire ! Par soucis d'économie budgétaire, nos amis stagiaires sont lâchés quasiment à temps plein dans un établissement (voire dans deux) a priori tranquille (en réalité, ils sont également lâchés en ZEP) avec pas plus de deux niveaux (c'est souvent faux) et sans classes à examens (c'est souvent re-faux) sous la houlette d'un tuteur (parfois sis sur un autre établissement… du moins quand il existe, ce tuteur !). Suivant les cas, ils seront remplacés de temps en temps par un vacataire, par un TZR, par un retraité tiré de sa sieste réparatrice, par votre petite sœur de huit ans s'ils parviennent à lui mettre la main dessus — un conseil, surveillez-la — et évidemment dans le pire des cas, qu'on entrevoit déjà tel un escadron de gros bourdons velus dans le lointain fondant à toute allure sur la seule fleur d'une prairie, par personne.

 

  On voit déjà fleurir2 les stagiaires en dépression, perdus, paumés, déboussolés, dépités, et on les comprend. De nombreux collègues — dont je fais partie — ont catégoriquement refusé de cautionner cette mascarade en refusant nettement d'être tuteurs, d'ailleurs (bon, finalement la question ne s'est pas posée, mais j'aurai signé ma pétition citoyenne, na !). 

 

  Et là, brusquement, alors que vous prépariez votre contrôle pour les 4eF en buvant un café, le dilemme de la conscience professionnelle qui s'immisce. Que faire du stagiaire errant entre les murs et qui vient soudain vous demander de l'aide, à vous, collègue ? Que vaut une prise de position raisonnée face à la détresse de l'un d'entre nous, de ses élèves et de tout ce qui s'en suit ? Alors bien sûr on l'aide… et on cautionne le système, ou plutôt sa démolition. Et en plus, on le fait gratuitement, alors qu'au moins, en étant tuteur, on aurait été payé (bon, on aurait eu aussi d'autres soucis à gérer, il faut bien le dire…).

 

 

  Ceci n'est que la dernière manifestation en date des petites tracasseries et des grands bouleversements qui nous pourrissent tant le quotidien que l'avenir. Il y a dans ce qui suit du vécu, de l'aperçu de près comme de l'entrevu de loin, le tout bien mélangé :

 

  • on vous demande de valider des compétences informatiques ; vous n'en avez ni la motivation, ni souvent la compétence, justement ; mais il faut bien que les élèves aient leur brevet informatique, non ?

 

  • on met en place le socle commun ; vous vomissez cette réforme d'une stupidité sans non qui n'aura qu'un seul effet, à savoir vous donner un surcroît de travail aberrant et un sacré mal de crâne en réunion3 ; mais il va bien falloir que les élèves l'obtiennent, n'est-il pas ?

 

  • on vous incite fortement à assurer une partie de l'option découverte professionnelle ; mais vous êtes prof de français vous, en fait ; mais comprenez qu'il faut bien que quelqu'un s'y colle, et qu'à partir du moment où c'est vous, ce serait quand même mieux de le faire bien, vous ne trouvez pas ?

 

  • on vous colle professeur principal d'une classe et on vous colle des heures de vie de classe à faire dans votre emploi du temps ; vous avez la loi pour vous, vous n'êtes pas obligé de les faire ; mais bon, il faut quand même bien que quelqu'un les fasse, et vous comprendrez qu'on n'a pas les moyens de tout payer à tout le monde, hélas…

 

  Et tout peut y passer, de l'achat de nos stylos et de nos ordinateurs à l'organisation de sorties généreusement bénévoles et à la participation à des réunions tout à fait facultatives, du fait de nous suggérer de rapporter une ramette de papier chacun (dissimulé sous une jolie appellation du type « entraide », « chacun doit y mettre un peu du sien », « le bien de la communauté » et autres trucs clinquants) au fait de devoir payer ses photocopies chez un professionnel à cause de l'instauration de quotas ineptes : on paiera pour travailler, on travaillera sans être payé, mais bon, on fait comment s'il n'y a plus de feuilles ou s'il n'y a pas assez de photocop' pour le contrôles des 4eF ? Et c'est parfois la tracasserie la plus con, la plus stupide, la plus ridiculement petite qui vous mettra hors de vous, mais vous êtes un prof et tenez à bien faire votre travail, alors vous trouverez toujours une solution qui avantagera tout le monde sauf vous.

 

  Qu'on soit bien d'accord : notre métier est un métier qui peut être très agréable, qui peut procurer beaucoup de satisfaction et qui, s'il n'est pas bien payé quand on connaît notre niveau d'études, apporte d'autres avantages, sans nul doute. Mais là, sérieusement, on nous prend de plus en plus pour des grosses cloches (ou pour les vaches à lait qui les portent au cou).

 

 


1. Institut Universitaire de Formation des Maîtres. On y trouvait peu d'universitaires, on n'y était pas vraiment formé et on n'y maîtrisait au final pas grand chose. En revanche, c'était bien un institut.

 

2. le filage de la métaphore est indépendant de la volonté de l'auteur. 

 

3. Effectivement, je ne sais pas compter : ça fait deux effets.

 

Repost 0
6 septembre 2010 1 06 /09 /septembre /2010 11:45

laby

 

  Troisième et dernière prérentrée, celle (enfin, vous verrez qu'il y en a deux) d'Angua. Si certaines prérentrées donnent envie de rire, il faut reconnaître que celle d'Angua donne plutôt envie de pleurer. Ou alors de crier très très fort son incompréhension et son impuissance.

 

 

Prérentrée d'Angua : « On se fout de moi, ou bien ? »

 

  « Ayant la joie et le bonheur d’être TZR1, j’ai vécu ce matin deux rentrées très différentes dans les deux établissements...



  Le matin, collège. Bon accueil, un principal nouveau mais qui semble très carré. Son adjointe (visiblement lessivée) prend ensuite la parole pour s'excuser des emplois du temps qu'elle va nous remettre, retravaillés jusque la veille au soir, et conclut en disant qu'elle est preneuse de toutes les solutions possibles pour améliorer les gruyères que sont les plannings de certaines classes... Pourquoi un tel marasme ? Sur une cinquantaine de profs... 10 services partagés ! Et trois stagiaires, dont une n'a été révélée que la veille de la pré-rentrée, là où un TZR était attendu, ce qui implique un jeudi à libérer chaque semaine pour eux2. Premier contact avec les collègues positif, une collègue de lettres a pris le temps de venir faire connaissance, se proposer en cas de besoin.

 

 


  L'après-midi, je suis comme convenu au lycée... une adjointe m'avait conseillé de venir à 15h30, à un temps réservé aux nouveaux collègues, mais une lecture avisée du planning m'apprend qu'une réunion sur l'aide personnalisée en seconde commence à 13h30... or, je dois en assurer deux heures ! Arrivée dans un lycée totalement désert (avec vent qui fait rouler les feuilles dans une grande cours vide), deux collègues seulement à l'heure dite dans la salle prévue...


  Coup de chance, l'une d'elle est en français aussi.
  

  20 minutes après l'heure annoncée, la réunion commence. Juste avant son début, je vais me présenter au principal et ses adjointes, histoire qu’ils sachent que je suis là et pensent à me donner les documents qui me concernent, mais personne ne semble s’émouvoir et je file donc m’asseoir, me disant que ça peut attendre et que l’heure est à l’AP. La réunion débute… 5 minutes plus tard, c'est la foire d'empoigne : les PP3 de 2nde se demandent comment meubler une journée et demie à accueillir leurs élèves. Des idées sont balancées à la volée, en une demi-heure, une stratégie de remplissage est trouvée.


  Arrive le moment d'aborder l'aide personnalisée en seconde... et c'est le drame. 7 profs pour 6 classes, chaque prof ne voit son groupe qu'une fois par semaine, et nous allons faire trois semaines de méthodologie. Où ? Comment ? Avec qui causer pour éviter d’aborder quatre fois la prise de notes ? Autant de questions qui déclenchent une belle engueulade générale, suivie d'un œil vide par le chef tandis que la pauvre adjointe qui gère le truc essaie de ramener un peu de calme. Prise d'une idée subite, elle propose qu'on s'organise et demande qui est concerné le lundi. À tout hasard (moi aussi je veux jouer, partagée entre le dépit et le rire), je lève la main comme les autres... car voilà une heure et demie que je suis là, foin d'emploi du temps ou de quelque info que ce soit. Là, elle me repère, je parviens à faire entendre que je n'en ai pas la moindre idée, vu que j’ignore quand je ferai ces fameuses heures... et voilà le prétexte idéal pour quitter la salle pour elle, en promettant de revenir munie des listes d’enseignants qui devront travailler en binôme (où l’on apprend ce détail, d’ailleurs). Me voilà dans son bureau, où elle me remet enfin mon emploi du temps, puis de retour dans la salle où elle devait me suivre.


  Sauf que... le temps passant, la salle se vide. Tout le monde râle ou s'en fout, je commence mardi par cette fameuse heure, je ne sais pas qu'y faire, ni où, ni avec quels élèves (enfin, concrètement, je serai gréviste).


  En attendant la suite des réjouissances, je vais me promener au CDI4 et demander mes manuels. Continuons dans l'ubuesque : la documentaliste ne sait pas quels sont les manuels utilisés en 1ère générale... et m'en file trois, « c'est forcément l'un d'eux ».


  15h30, réunion d’accueil des nouveaux. Le CDE5 arrive avec de belles pochettes de doc à remplir. Monsieur Gestion passe nous donner les codes des photocopieurs (seul élément normal de cette journée de rentrée), Monsieur Réseau nos identifiants... mais où sont donc les TZR dans la liste ? Ah, le logiciel du rectorat les a oublié, ça alors ! On verra demain6. Là-dessus, le proviseur invite tout le monde à aller chercher ses clefs, moyennant chèque de caution... pas de chéquier, je décide d'attendre sagement la suite et de voir ça demain. Il est 15h40. Le proviseur se tourne vers moi me demande si j'ai des questions, je lui dis ne pas avoir eu la pochette de rentrée du matin... « Ah oui... on n'en a pas tiré assez... vous l'aurez demain. D'autres choses ? »6 Non. J'ai cru comprendre qu'il faut chercher le nom d'un prof mort et s'approprier soi-même son casier6, et je suis un peu agacée. Et là... « Dans ce cas, je peux vous libérer ».

  Voilà. 16h, je n'ai pas de clefs, je ne peux pas faire l'appel, j'ignore où sont mes salles (que je devrais trouver, j’ai déjà fait un remplacement entre les mêmes murs il y a 6 ans), je devrais commencer mardi par un truc auquel je n'ai rien compris, j'ignore sur quel manuel m'appuyer, je n'ai pas de casier et j'ai perdu un après-midi pour une pochette de papiers à remplir. Détail cocasse : sur la dizaine de feuilles qu’elle contient, cinq concernent une « journée de bienvenue dans l’académie »… où j’enseigne depuis 7 ans. On se fout de moi, ou bien ? 

 


  Retour sur les lieux le lendemain7, pour rencontrer l’équipe éducative de la classe de première. Nous sommes 5, les enseignants absents sont conviés à d’autres réunions simultanées ou professeurs principaux de seconde occupés avec leurs élèves. Je croise à la sortie de la salle une enseignante qui, semblant bien au courant lors de la mémorable réunion concernant l’AP la veille, me présente et je lui demande s’il y a davantage d’infos… « Non, mais on verra ça se soir à la réunion. » Réunion dont je ne suis pas prévenue, ce qui l’étonne, car « tous les profs de seconde l’ont été ! »… Mais vous savez quoi ? Je n’aurai pas de secondes en cours8 ! Passons sur ma course dans l’établissement en attendant 17h, heure fatidique où on saura peut-être enfin quoi faire des élèves en aide personnalisée10.


  Autour de la table, une dizaine de profs sur les 26 concernés. Des chevronnés, des piliers de l’établissement qui m’expliquent ce qu’il en est exactement : l’an dernier, les membres du conseil pédagogique ont refusé de préparer le contenu de l’AP (estimant qu’ils avaient un peu d’autres chats à fouetter, un certain examen de fin de lycée entre autres), la fronde a grondé sans être entendue visiblement. Au final, nous réussissons à nous mettre d’accord sur des contenus purement méthodologiques, sans conviction, au bout de deux heures, après force agacement et rires nerveux… j’avoue y être allée de ma petite larme dans le premier quart d’heure, leur demandant clairement ce que je faisais là en lisant dans les yeux d’une enseignante de l’âge de ma mère qu’elle en était au même point. Au-delà des plaisanteries et de la vraie solidarité qui régnait (car pour s’enfiler deux heures de plus après une journée déjà lourde pour certains, et préparer le travail des autres, je pense qu’il en faut), le malaise était palpable : en suivant les textes à la lettre, nous devons faire du remplissage, brasser de l’air (l’air du temps ?) et oublier que nous sommes formés à enseigner une matière ou deux.


  Pour ma part, je suis prête à faire de la méthodologie, de l’orientation, du soutien. Plein de choses au fond, tant que j’y crois. Mais pas comme cela, dans l’improvisation la plus totale. Alors même si visiblement, c’est MAL, mes heures de méthodo ressembleront à des cours de français, l’orientation, ce sera sans moi, et le soutien… j’attends une bonne tranche de rigolade, quand à l’heure de former des groupes de soutien, dans ce lycée à orientation scientifique, on fera le compte des enseignants plutôt littéraires embarqués dans cette galère… pour se dire qu’on personnalisera l’accompagnement à un prof pour cinquante si tous veulent faire des maths. »

 

 

Addendum : j'apprends à l'instant par Angua que, des trois manuels donnés par la documentaliste… aucun n'est le bon ! Le mystère du manuel de 1ère générale reste entier !  

 

 


1. Titulaire sur Zone de Remplacement (c'est joli, hein ?). Concrètement, c'est un professeur qui a passé le concours (CAPES ou Agrégation) et qui est donc titulaire, mais sans poste. C'est à lui qu'on demandera de venir en cas de congé maternité, de dépression nerveuse carabinée, de suicide impromptu ou de départ à la retraite en cours d'année. Enfin, normalement, ça devrait être à lui qu'on le demande, mais comme ils sont occupés à faire des remplacements à l'année du fait des suppressions de postes, on le demande de + en + a des gens qui n'ont pas le concours. Ou alors à personne. Si votre enfant n'a pas de prof devant lui à la rentrée, c'est qu'on manque de TZR dans votre coin.  

 

2. Une petite pensée pour les proviseurs adjoints et principaux adjoints qui ont pour beaucoup vécu une rentrée difficile du fait des dernières réformes en cours : faire les emplois du temps ces jours-ci dans l'Éduc'Nat française, c'est un défi même pour les ordinateurs de la NASA.

 

3. Professeurs Principaux ! Faudra vous le redire combien de fois ? 

 

4. Bibliothèque Centre de Documentation et d'Information. À ce propos, si vous pensez que professeur, c'est déjà un métier compliqué, n'hésitez pas à devenir professeur-documentaliste ! Les inconvénients de la chose mais sans les avantages : une situation de rêve ! 

 

5. Chef D'Établissement. À ne pas confondre avec le CDI de la note de bas de page n°4.

 

6. Tout TZR reconnaîtra une situation qu'il a vécue au moins une fois dans sa carrière, mais souvent plusieurs. Voire à chaque fois ! 

 

7. C'est pas fini ! 

 

8. Pour ceux qui sont perdus (et je les comprends), une mise au point. Angua assure des heures d'aide personnalisée en seconde, mais elle n'est pas professeur de français en seconde cette année (elle ne fait que l'AP). Conséquence : elle n'a pas été conviée à la réunion sur l'aide personnalisée en seconde9.  

 

9. Comment ça, vous ne comprenez toujours pas ?

 

10. On louera Angua pour son optimisme !11

 

11. Onze notes de bas de page, c'est vraiment n'importe quoi !

Repost 0
2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 09:20

zizanie

 

 

  Chose promise, chose due : je laisse la parole à ma collègue Ava, qui a vécu une prérentrée mémorable qu'elle accepte fort gentiment de partager avec vous, chers lecteurs (le montant de la rémunération d'Ava afin qu'elle me confie ce texte restera bien évidemment secret, mais sachez qu'il ferait pâlir d'envie un professeur stagiaire !). Ava, à vous !

 

 

Prérentrée d'Ava : « Non, vraiment, une excellente prérentrée ! »  

 

  « Alors la rentrée, chez moi, avait des allures de bonne grosse blague.


  Je passe sur la photo (15 minutes pour que la photographe règle son appareil dans une espèce d'hystérie collective), le café dégueu et froid et le poireautage en règle avant la réunion...


  Réunion qui débute par la prise de parole d'une collègue visiblement au bord de la crise de nerfs, qui finit par hurler d'une voix haut perchée !... Ambiance. Puis, of course, blabla interminable de la nouvelle directrice avec questions inutiles posées par ceux qui posent toujours les mêmes questions cons en réunion.


  La distribution des EDT1 ressemble à la foire d'empoigne... UNE seule personne a été oubliée : moi... Après enquête et léger énervement de ma part, il s'avère que le directeur adjoint se balade depuis 30 minutes avec l'edt disparu dans les mains... Suspect 


  Après le repas pendant lequel nous avons déjà droit à un clash, réunion de PP2 à laquelle personne ne comprend rien tellement le CPE3 et le directeur adjoint ont l'air paumé... Bilan : recrise de nerfs d'un collègue et démerdez vous pour l'accueil des élèves demain !


  Enfin, et là c'est l'apothéose, réunion sur les Accompagnements... Personne ne comprend rien, le collègue syndicaliste nous pète une pile, hurle sur tout le monde, le directeur adjoint est au bord des larmes et les nouveaux arrivants font des tronches : affraid ...


  Non, vraiment, une excellente prérentrée ! J'attends avec impatience les prochaines réunions, devinant l'excellente ambiance qui y régnera! »

 

 

Merci Ava (le virement vous sera envoyé dès que vous me communiquerez votre RIB !). Chers lecteurs, restez concentrés, car c'est ma collègue Angua qui vous racontera bientôt son exceptionnelle journée de prérentrée ! 

 

 


1. Emploi Du Temps. Le graal de tout prof lors de la journée de prérentrée. À noter que dans pas mal d'établissements, les collègues obtiennent cette merveille AVANT la journée de prérentrée (magie de la technologie moderne ou de la Poste), sans que pour autant ladite journée ne soit désertée, ce qui est bien entendu incompréhensible (NDCeleborn) 

 

2. Professeurs Principaux. Si vous ne savez pas ce que c'est, c'est que vous ne lisez pas sérieusement les notes de bas de page de mes articles !

 

3. Mais vous allez les lire, ces notes de bas de page ? 

Repost 0
2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 08:35

dalai-lama

 

 

  Le Blog Je Suis en retard ne recule devant rien et vous propose non pas une, mais bien trois prérentrées différentes et toutes plus croustillantes les unes que les autres. N'étant pas sur trois établissements, l'auteur de ce blog s'est donc attaché les services de deux collaboratrices de qualité qui vous narreront dans les jours qui viennent des situations inattendues, des déchaînements de passions, des Sturm und Drang directionnels et syndicaux. Mais pour éviter de vous faire trépigner d'impatience, voilà la prérentrée de l'hôte de ces lieux.


 

Prérentrée de Celeborn : « J'ai envie de donner la parole au Dalaï-Lama…»

 

  Nouvelle direction, nouveau CPE1 : on s'attendait à des changements et l'on n'a pas été déçu. Si apparemment le CPE a su conquérir le cœur de mes collègues professeurs principaux2 en réunion à grands coups de « je ne serai pas apprécié par les élèves », de « vous me l'envoyez et je le garde dans mon bureau » et de « Il appelle ses parents devant moi pour leur dire qu'il était en retard en cours » (effectivement, je comprends qu'on puisse tomber amoureux), notre nouveau principal, lui, a laissé une impression nettement plus originale. Costume cravate et santiags, long discours effectuant des tours et des retours entre des sujets aussi divers qu'imprévus, citationnite aussi carabinée qu'éclectique, cours d'histoire : ça valait le déplacement.

 

  Après nous avoir appris que nous étions des « chevilles ouvrières », not'bon'chef a regretté la perte de « nos valeurs villageoises » (quand le reverra-t-on, notre petit village, et en quelle saison ?), tout en donnant la parole « au Dalaï-Lama » alors qu'il nous avait pourtant fait cette confession traumatisante : « Je ne suis pas non plus un yogi.» 

 

  Ensuite, petit jeu de rôle : il se met dans la peau de parents énervés (« tes profs sont des connards !»), puis nous avons droit à de grandes questions sur notre métier (« Jules Ferry, c'était quoi ?», « Et la pédagogie, pour moi, c'est quoi ? ») et à des apophtegmes profonds tels que « Il faut une vie pour construire une vie ; il faut cinq minutes pour la détruire » et surtout tels que « Le chemin de la satisfaction se fait sur la route de Saint Jacques de Compostelle ».

 

  Nous n'échappons hélas pas à l'éternel poncif selon lequel, s'il écoute certes les professeurs, il accorde néanmoins « tout autant d'attention à la parole de l'enfant et à celle des parents », mais nous avons heureusement, droit, pour compenser, à des choses plus originales telles qu'un magnifique « Ça ne veut pas dire que je n'aime pas la vie, que je ne sois pas un jouisseur ». Nous voilà rassurés ! 

 

  Nous sommes ravis au passage d'apprendre que nous avons obtenus un pourcentage de réussite au brevet qui n'est pas sans rappeler un score d'élection dans une démocratie populaire, et également que l'ULIS3 revient (j'espère qu'elle a fait un beau voyage) pour remplacer l'UPI4 qui n'avait pourtant même pas encore eu le temps d'être créée. Ah ! la magie des sigles de l'Éduc'Nat aura encore enchanté notre journée !

 

  Demain ou samedi, vous aurez droit à la prérentrée nettement plus « funky » de ma collègue Ava ! Stay tuned ! 

 

 

 


1. Conseiller Principal d'Éducation. À noter qu'il ne conseille personne, d'où son titre. À côté de la logique de l'Éduc'Nat', les voies de Dieu sont des autoroutes.

 

2. Un professeur principal est quelqu'un touchant une prime dérisoire afin de pouvoir être taillable et corvéable à merci. On lui demandera de tout coordonner, de faire des tas de réunions, des heures de vie de classe (rien qu'en voyant cette expression, j'ai envie de pendre un pédagogiste), de valider tout ce qui reste, d'écouter les lamentations de tout le monde, de faire un tas d'autres réunions, de se charger de la rentrée de la classe, de tout expliquer, de tout arranger, de tout comprendre, et aussi de faire des réunions. Accessoirement, il enseignera sa matière, s'il lui reste du temps.

 

3. Unité Localisée pour l'Inclusion Scolaire, qui remplace donc à cette rentrée…

 

4. … l'Unité Pédagogique d'Intégration. Ça valait le coup de changer de sigle !  

Repost 0
21 août 2010 6 21 /08 /août /2010 21:33

bella-edward-locker

 

 

 … dans un instant, ça va recommencer !

 

  C'était bien beau, les vacances, le soleil, la piscine, les restaurants exquis, les jeux de société à pas d'heure, les sirotages de verres à la terrasse d'un café d'une ville du sud, il va falloir s'y remettre. Et cette année, la programmation a de quoi vous allécher, chers lecteurs et divines lectrices ! Jugez du peu :

 

 

  • Des 4e !!! Oui, le niveau que tout le monde aime, les classes remplies d'adolescents très très adolescents ! Seront-ils sensibles aux subtilités de la nouvelle maupassantienne, à l'ironie voltairienne et à la lourdeur rousseauiste ? Au bout de combien de secondes consacrées à l'étude de la figure du vampire sera-t-il fait mention de Twilight ? Dracula est-il plus sexy qu'Edward Cullen ? Qui de Bella ou d'une élève moyenne de 4e est la plus cruche ? 

 

  • L'option découverte professionnelle 2 heures par semaine ! Votre prof de français habitué à évoluer au pays des merveilles va-t-il survivre au pays du réel bien pragmatique, face à des doses massives de fiches-métiers, de visites du site web de l'ONISEP et de questions sur l'orientation ? Que répondra le professeur face à l'élève dont le projet professionnel est de devenir vampire ? 

 

  • La préparation de l'agrégation interne !!! Serai-je en retard le jour des épreuves ? Comprendrai-je quelque chose à l'épuisement poétique chez Rimbaud, à la nébulosité néo-romanesque de Robbe-Grillet et à la négritude épique et néanmoins obscure d'Aimé Césaire ? Parviendrai-je à rédiger une composition de didactique sans faire preuve de masochisme ? Arriverai-je à parler de la symbolique vampirique de la couleur à propos du titre du film Le Cercle rouge, ou bien conserverai-je le thème du vampirisme pour une analyse osée des « deux trous rouges au côté droit » dont est pourvu « Le Dormeur du val » de l'ami Arthur ? 

 

  • Une nouvelle mise en scène ! Giraudoux subira-t-il le même sort que Molière ? La folle de Chaillot se déhanchera-t-elle sur Girls wanna have fun ? qui du metteur en scène et des acteurs vampirisera l'autre ?

 

 

Prérentrée le 1er septembre ! Ne manquez pas le spectacle 2010/2011 : + d'action, + de suspense, + d'émotions, et — vous l'aurez compris — + de vampires !

 

 

Programme fourni sous toutes réserves, des modifications dues au bon ou mauvais vouloir de l'ancienne (pour le mauvais) ou de la nouvelle (on espère pour le bon) direction étant toujours possibles.

Repost 0
21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 22:21

 

 

vacances       

  

  Afin de profiter un peu des vacances et de se détendre, je vous propose un petit tour d'horizons des chansons et sketches sur notre beau métier. Enjoy ! 

 

 

  Tout d'abord un petit sketch d'Isabeau de R, absolument délicieux d'humour… noir. L'évolution de l'école (ou plutôt sa dégénérescence) vue en 3 étapes : hier/aujourd'hui/demain. C'est plutôt très bien vu ! 

 


 

  On enchaîne avec l'hilarant sketch de Jean Dell, hélas criant de vérité. Il suffit de relire le livre de Véronique Bouzou chroniqué sur ce blog pour se rendre compte que l'évolution des mentalités est assez bien retranscrite dans cette saynète. 


  
  Petit intermède "musical", avec le rap du CPE, chanson composée et interprétée par un délirant collègue de mathématiques imaginant les tribulations d'un conseiller principal d'éducation breton dans le 9-5. À ne pas rater ! 

  
  Retour aux sketchs, avec le très classique "enseignement en ZEP" d'Anne Roumanoff, certes vu et revu (vous aussi, vous avez l'impression qu'elle est partout), mais qui demeure très efficace et très parlant au plus grand nombre.

  
  
  Une compilation des sketchs et chansons sur notre métier ne serait évidemment pas complète sans le tube des Fatals Picards, La Sécurité de l'emploi. On notera que le groupe est extrêmement bien documenté, et que la chanson est d'un réalisme saisissant. 


  Comment finir sans une petite chanson de mes amis les zrofs ? Allez, on se projette dans un avenir bien triste avec ce blues de la rentrée !

  Bonnes vacances à mes collègues et à mes élèves ! Et pour les autres, bon courage ! Et n'hésitez pas à proposer vos propres trouvailles dans les commentaires.
Repost 0
21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 16:24

couv

 

 

Vision d'ensemble de nos dysfonctionnements : Véronique Bouzou, Ces Profs qu'on assassine

 

  À boire et à manger : c'est un peu ce que l'on trouve dans le livre de Véronique Bouzou. À la fois enquête, coup de gueule, réflexion, témoignage, cet ouvrage présente de grandes qualités : il est facile d'accès, y compris pour les non-profs ; il est un peu bordélique, ce qui lui donne du charme ; et surtout, il est juste. 

 

  Ici, foin de réflexions pédagogiques : on est essentiellement dans l'administratif et le judiciaire. Tout en parsemant son texte de courts rappels de faits divers qui ont marqué le tout petit monde de l'Éduc'Nat', Véronique Bouzou dresse un constat qu'on ne pourra qualifier que d'effrayant : le métier d'enseignant est psychologiquement très éprouvant, et nombreux sont ceux qui craquent. Plusieurs causes de cette fragilité des professeurs (mais aussi des surveillants, des personnels ATOSS1, des chefs d'établissement) nous sont proposées, exemples à l'appui  :

 

 

  • déconsidération du métier et perte d'autorité (via par exemple la baisse de notre pouvoir d'achat), 

 

  • manque de soutien de la hiérarchie (mais parfois aussi des collègues) et même pressions de celle-ci difficiles à supporter (parole de l'élève mise au même plan que celle du professeur, inspections punitives, …), 

 

  • perte de repères (qui a dit « sécurité de l'emploi », quand on sait qu'un professeur sur deux souhaite changer de métier ?), 

 

  • gestion des ressources humaines inexistante ou catastrophique (pas de médecine du travail, système de mutations inepte, …), 

 

  • contacts kafkaïens avec notre administration (qui n'a pas cherché à faire rectifier une erreur aperçue sur sa fiche de paye n'a rien essayé de compliqué dans la vie ; sachant que pour demander des sous, il faut déjà parvenir à lire ladite fiche de paye, ce qui relève de l'exploit), 

 

  • judiciarisation galopante du système scolaire (on porte plainte de plus en plus facilement, et les enseignants visés sont rarement épargnés par la vindicte populaire, peu importe qu'ils soient ou non coupables : le mal est fait), 

 

  • négation des compétences professionnelles des enseignants (alors qu'on aimerait juste faire notre métier du mieux possible, tout le monde sauf nous est autorisé à expliquer comment enseigner), 

 

  • Contenu du métier éprouvant en lui-même (représentation face à un public pas forcément demandeur, bruit, brouhaha, …)

 

  • et évidemment recrudescence des violences verbales et physiques (vous savez : ces choses qu'on nomme hypocritement « incivilités », et qu'on évite soigneusement de recenser). 

 

 

  Tout cela ne constitue évidemment pas une lecture de plage idéale, mais offre une plongée dans certains milieux méconnus de l'enseignement. Je recommande à ce sujet le début du livre, dans lequel nous est décrit le "fameux" centre de La Verrière où vont les professeurs qui ont pété un câble. Sensations garanties !

 

  J'apprécie surtout dans ce livre la capacité de Véronique Bouzou à mettre des mots simples et clairs sur les choses que nous vivons, tantôt au quotidien, tantôt de façon exceptionnelle. Tout professeur comprendra immédiatement ce qu'elle entend par « présentéisme », cette maladie des enseignants consciencieux qui viennent travailler même avec 40 de fièvre ou une dépression nerveuse sur le dos.

 

  Il ne s'agira pas pour autant d'applaudir à tout : comme dans tout livre de témoignages, ces derniers peuvent être plus ou moins remis en cause. L'auteur lui-même montre à plusieurs reprises les différents points de vue autour d'un même fait divers, ce qui est à son honneur. Mais je conseille ce livre à toute personne pour laquelle le métier de professeur se résume aux longues et nombreuses vacances, à 18h de travail par semaine et à la sécurité de l'emploi : on y découvre un autre visage du monde enseignant. Celui des anxiolytiques et des antidépresseurs, celui de l'hystérie et des pétages de câbles, celui de la sensation de vide qui s'empare parfois de vous, celui des conditions de travail épouvantables qui règnent dans certains établissements (et pas toujours du fait des élèves), celui du professeur-funambule qui tente d'avancer sans tomber sur une corde bien mince et bien usée.

 

  Et si la thèse de Véronique Bouzou paraît à première vue excessive (comment peut-on oser dire que l'administration assassine ses profs ?), à la lecture, elle ne semble pas toujours si farfelue que cela.  Loin de là.

 

Addendum : à lire l'article de mon (très) éminent collègue Jean-Paul Brighelli sur le même sujet. C'est ici.

 

 


 

1. Administratifs, Techniques, Ouvriers, Sociaux et de Santé

Repost 0
7 juillet 2010 3 07 /07 /juillet /2010 15:13

VANITE La Madeleine à la veilleuse de Georges de La Tour G

 

 

  Ça me pendait au nez. Volonté de lutter contre l'imbécilité, engagement, syndicalisme, ouverture de ma grande bouche, investissement, responsabilités… Tous les ingrédients étaient réunis et ça n'a donc pas manqué.


  Je m'en suis pris plein la gueule.


  J'écris cet article le cœur encore rempli de désillusions. J'avais envisagé mon métier comme quelque chose de passionnant, de constructif et de cordial.

  Ces derniers temps, il fut davantage passionné que passionnant : chantage, pressions, mensonges, persiflages et coups en douce ont été le quotidien de mon ultime semaine de cours (pour cette année. Rassurez-vous, je reviens l'année prochaine, et j'aurai retrouvé mon humour d'ici-là). 

  Ces derniers temps, il fut davantage destructeur que constructif : passer du temps à établir des répartitions de service pour des prunes est un travail fascinant. Proposer de faire bloc tout en mettant en place la rhétorique du bouc émissaire est un intéressant paradoxe.

  Ces derniers temps, il ne fut pas cordial. J'élève à un très haut rang des qualités telles que la politesse, la courtoisie, l'aménité, la bienveillance. J'essaie — peut-être échoué-je ? — d'en tenir compte tant que faire se peut dans mes rapports professionnels, qu'ils soient hiérarchiques ou entre pairs. Et j'en ai un peu marre de me prendre des retours moralisateurs, faussement sympathiques ou vraiment désagréables.


  J'espère de tout cœur que ce blog aura su vous plaire et vous amuser tout au long de l'année scolaire. Il m'a fallu beaucoup d'humour et de dérision pour ne pas y laisser transparaître l'année abominable que j'ai vécue, à peu près sur tous les plans. Je croyais que le plan professionnel avait échappé à la malédiction : il en a été le point d'orgue.

  Navré donc, pour une fois, de m'épancher. Cela ne se reproduira plus. Je repasserai bien vite de l'autre côté du miroir pour vous gratifier, à la rentrée, d'une nouvelle description amusée et je l'espère amusante du pays des merveilles dans lequel j'évolue. En attendant, je vous souhaite à tous de bonnes vacances, reposantes et agréables, et je me souhaite de savoir faire preuve de la qualité mentionnée dans le titre de cet article. 

Repost 0
25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 07:59

      ordi

 

 

  Aujourd'hui, je vous propose un petit tour dans la machine à remonter le temps dont le blog Je Suis en Retard garde jalousement les secrets de fabrication1. C'était il y a deux ans, et un premier morceau de socle roulait jusqu'en salle des professeurs : Le B2i3. Il devait révolutionner nos pratiques, faire entrer nos élèves dans le monde des cyber-citoyens techno-compétents. Retour sur une fascinante imposture.

 


  Au début, ce furent surtout des réunions. Beaucoup de réunions. On a même failli réussir l'exploit de fixer une nouvelle réunion pour se répartir les compétences du B2i… alors qu'on était tous là comme des fruits du chêne, en réunion plénière, pensant bêtement qu'on allait faire avancer le schmilblick. Bref, après nous êtes beaucoup réunis et avoir décidé de qui ferait quoi, nous nous sommes… réunis pour décider de quand et comment on le ferait. Avec mon équipe de lettres, on a même fait de belles séances-types pour les divers niveaux, amoureusement sauvegardées sur le réseau du collège, oui, celui qui dépendait du serveur qui a pété4. Apparemment, on va pouvoir les récupérer, ouf !

 

  Puis il nous fallut valider. Pour cela, nous avons reçu le top du top en matière d'évolution de carrière et d'amélioration de nos compétences professionnelles : une formation du PAF de deux jours et demi ! Tremble, outil informatique : bientôt, tu n'auras plus aucun secret pour moi !

 

  … Ou peut-être bien que si, quand même. Laissez-moi vous expliquer comment cela fonctionne :


1° On "négocie" la formation avec les formateurs. De même qu'aujourd'hui l'élève doit construire ses propres savoir avec de la boue séchée, le prof en formation doit construire sa propre formation avec ses copains profs, sous le regard ému de formateurs qui n'ont rien préparé (ou alors ils le cachent bien). Problème : entre moi, issu de la génération console et PC, nourri a Warcraft 2 et à Duke Nukem 3D, internetivore compulsif, et ma charmante collègue qui nous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître et qui, avec les zordis, voudrait bien mais ne peut point, car elle n'en a pas l'habitude (aucune moquerie de ma part à ce sujet, bien au contraire : savoir utiliser un ordinateur n'a jamais été une preuve que l'on savait enseigner telle ou telle discipline, hormis probablement l'informatique ou la technologie), nous n'avons peut-être pas besoin de la même formation. Qu'à cela ne tienne : chacun exprime ses besoins propres afin que nous puissions suivre une formation pour tous.

 

2° Résultat des courses : personne n'est content. On n'a presque pas parlé du B2i (mais si ! Souvenez-vous ! On était censé suivre une formation pour valider le B2i !) ; ma collègue se dépatouille légèrement mieux sur son clavier suite à un surprenant exercice consistant à insérer de jolies images de poissons colorés dans un document word tandis que je fais un comparatif pour voir si c'est plus seyant sous open office, les poissons exotiques. Mais qu'on se le dise : en deux jours et demi, on ne transforme pas des gens qui, pour certains, utilisent un ordinateur comme un outil étrange et récalcitrant afin de préparer comme ils peuvent un sujet de contrôle, en professeurs d'informatique.


  Et quelque part ça tombe bien, car professeur d'informatique, ce n'est pas mon métier, ni celui de mes collègues. Alors je veux bien faire des efforts, mais faut quand même pas pousser. Par exemple, afin de faire comme on a dit, j'emmène gentiment mes élèves en salle informatique dans l'idée de mettre en œuvre ma très belle séance-type. Bon, 26 élèves pour 15 PC dont un ou deux en panne : à deux par PC, ça devrait tenir5 ! Allez, le joueur 1 ouvre une session, puis la ferme, puis le joueur 2 ouvre à son tour sa session, comme ça je valide bien le fait que tout le monde sait ouvrir sa session !


« Monsieur ! J'ai perdu mon mot de passe ! »

Grumble ! Heureusement que j'ai tout prévu, Clitandre ! Tous les mots de passe sont dans le tiroir magique du bureau secret (ou l'inverse) ! Le vôtre, c'est “Gpa2cervo”. 



  Et c'est là qu'a lieu cette scène mythologique :


M'SIEUR CELEBORN, qui a déjà fait la séance les doigts dans le nez avec la classe d'avant : Alors vous allez récupérer le fichier "séance_B2i_toute_jolie" dans le dossier idoine, et vous l'enregistrez sur votre espace de travail.


CLITANDRE, il a fumé le prof ! : M'sieur ! Ça marche pas ! 


M'SIEUR CELEBORN, quel nul, ce Clitandre… : Mais si regarde, tu vas là, tu fais ça, gniagniagnia, fichier/enregistrer sous…, et là, paf !… tiens, ça marche pas. 


CLITANDRE, quel nul, ce prof… : Ben non, m'sieur, je vous l'avais bien dit.


ARSINOÉ, élève modèle : Monsieur ! Sur mon ordinateur non plus, on ne peut pas enregistrer…


M'SIEUR CELEBORN, vaguement dépassé, mais tentant de rester digne : Techno-Man, au secouuuuuuuuuuuurs !!!!!


TECHNO-MAN, apparaissant soudain dans un nuage de pixels : On m'appelle ?


M'SIEUR CELEBORN, soulagé : Oui ! Techno-Man, ça marche pâââââââââs !!!!!!!


TECHNO-MAN, accomplissant diverses opérations ésotériques avec le clavier : Alors si je vais là, que je fais ça… Ah ben non ! T'as raison ! Ça marche pas. 



  Bon, on a bidouillé pour finir la séance, mais c'était pas glorieux (surtout qu'on pouvait pas imprimer, alors pour valider la compétence « paramétrer l'impression », ça faisait classe !). Et tout ça pour m'entendre dire l'année suivante par Principale Adjointe que non, vraiment, c'était mal de les mettre par deux sur le même ordinateur, parce que confidentialité des données oblige, et donc que Clitandre n'avait pas le droit de travailler sur la session de Philaminte, et donc qu'il fallait faire de la pédagogie différenciée avec une partie de la classe sur les ordis et une autre effectuant un travail en autonomie, et donc que comme ça, ça prendrait deux fois plus de temps.


  Depuis, j'évite de retourner en salle informatique, vous l'aurez compris : le peu de bonne volonté que j'avais n'a pas résisté à cette conjonction d'une malédiction technologique sournoise et d'une réprobation citoyenne et néanmoins administrative.  


  Et tout ça pour quel résultat ? Peanuts, évidemment. On organise une mascarade, validant vaille que vaille les compétences donnant droit au précieux sésame — le B2i — dont personne n'a rien à faire, pas même notre administration, qui délivre des diplômes du Brevet des collèges à tour de bras aux élèves n'ayant pas obtenu la chose6. En même temps, on la comprend : gestion locale oblige, d'un établissement à l'autre, on valide de 40 à 100% des élèves ; c'est dire si l'égalité républicaine se porte bien !


  Maintenant, il ne me reste plus qu'à vous dire que le B2i n'est qu'une des sept compétences du socle commun. Je sens que l'on va s'amuser comme des fous pour valider les six autres. D'ailleurs, je vous laisse : je dois préparer la réunion qui se tient lundi sur le sujet. Si jamais vous ne me voyez pas mettre à jour ce blog dans les prochaines semaines, c'est que j'aurai succombé à la réunionite, ce mal qui répand la terreur dans l'Éduc'Nat'. Ni fleurs ni couronnes. 

 

 


 

1. Elle est planquée dans une salle secrète avec le serveur2 du collège, sous la garde vigilante de Techno-man. 


2. Le serveur du collège n'est pas un charmant jeune homme apportant des diabolos grenadine aux gentils professeurs quand ceux-ci ont trop crié sur la 6e4 : c'est un gros amas de fils et de composants électroniques qui nous permet d'utiliser un puissant réseau interne quand il n'est pas en panne. Bon, là, il est en panne, mais sinon, c'est super utile ! 


3. Brevet Informatique et Internet. Il constitue également la compétence 4 du S3C (Socle Commun de Connaissances et de Compétences). Nous le validons sur GIBII (Gestion Informatisée du Brevet Informatique et Internet), qui va devenir OBII (Outiller le Brevet Informatique et Internet). Vous aussi, adhérez au C.D.L.A.C.L.U.A.E.I.D.S.D. (Comité De Lutte Acharnée Contre L'Utilisation Abusive Et Inutile De Sigles Débiles). 

 

4. Voir note de bas de page n°2.


5. Naïf que j'étais ! Il y avait évidemment plus de PC en panne que prévu ! « Qui veut faire un groupe de 3 ? »


6. … qui est censée être nécessaire pour l'obtenir. On a failli y croire, mais en fait non.

Repost 0

Présentation

  • : Je suis en retard
  • Je suis en retard
  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
  • Contact

Devenez follower !

Pages