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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 23:14

scrapbooking

 

 

 

(Petite piqûre de rappel ici.)

 

   Cette année, au collège, on a changé la forme, mais pas vraiment le fond.

 

 

  Conseil pédagogique joyeux et primesautier ce soir, qui, après sept heures de cours (bon, en fait, j'avais mesquinement prévu quelques contrôles, ha ha ha !), vient comme la récompense ultime de cette belle et dure journée de labeur. Autour d'un jus de raisin et de Petits Beurres (le vrai !), la question qui nous taraudait évidemment tous : comment mettre en place l'enseignement de l'histoire des arts1 ? Après présentation du PDF d'Éduscol (qu'on nous promet de nous afficher ET de nous envoyer… mais bon, on nous l'a lu quand même…), après diverses divagations émues sur la beauté de la chose de la part de notre principal adjoint dans le genre…

 

« une culture personnelle à valeur universelle »… Moi ça m'a touché !2 

 

… et après proposition de moults activités potentielles, partenariats possibles et projets communs envisageables avec notre environnement local — car l'histoire des arts, il faut la « trouver dans notre environnement local », chez le paysagiste du coin, dans le musée du carreau en faïence du canton ou à la fête bisannuelle de la chaise en rotin organisée dans la grand'rue du village — on a pu exprimer notre ressenti, nos angoisses, nos désaccords en toute sérénité — et même avec la bénédiction de not' chef, très à l'aise dans le rôle du « je suis du même avis que vous, mais que voulez-vous, on est bien obligé de faire quelque chose ».

 

  C'est très frustrant, d'ailleurs. Tout d'abord parce qu'il est fort possible qu'il ne mente pas — et autant on a du plaisir à gueuler sur le méchant tyran aux yeux rouges envoyé du ministère, autant c'est plus dur de se mettre en train face à quelqu'un qui vous comprend — ; ensuite parce que ça coupe tous vos effets scéniques — et ma « liberté pédagogique », alors, comment vais-je donc la mettre en valeur, moi, maintenant ? 


 

  Heureusement, en troisième partie, la direction nous a proposé sa solution miracle — qu'elle avait depuis le départ d'ailleurs, mais c'est mieux de faire patienter le chaland et de le laisser s'épuiser avant de le cueillir tout fourbu avec votre système vendu clef-en-main.

 

 

 

  Un cahier.

 

 

 

  Oui, c'est ça, la solution miracle. En fait, quand on fait en cours quelque chose qui a vaguement trait (même de très loin, même en EPS, même en maths) à l'histoire des arts, paf ! dans le cahier d'histoire des arts. 

 

  Et voilà le travail. L'élève conserve le cahier durant ses quatre années3 au collège — sans le perdre bien entendu (et là, on y croit tous) — l'enrichit lui-même au gré de ses visites et expériences personnelles, le décore, laisse ses parents faire du scrapbooking dessus et le remplir à sa place au passage… Bref, une solution formidable pour résoudre un problème qui n'en a de toute manière pas de bonnes. Devant l'argument spontané qui m'est venu sournoisement4 à la bouche (« ségrégation sociale »), le principal répond qu'on ne traitera pas de la même manière les élèves dont on sait que la situation familiale ne permet pas aux parents de consacrer une grande part de leur maigre temps de loisirs au scrapbooking (et plus sérieusement5 à la visite de musées autres que celui de la pomme de terre en robe des champs, ou à l'achat de places de théâtre pour voir une pièce classique le mercredi soir plutôt qu'« Incroyables Talents » sur M6). Ne voulant lancer le débat sur l'égalité républicaine, je me suis retenu de demander si on devait ajouter 1 point par enfant dans la famille au-delà du troisième, ou si un parent au SMIC apportait un bonus. J'ai préféré considérer que c'était une idée lancée dans le feu de l'action et pleine de bons sentiments6.


 

  De toute manière, on s'est surtout mis d'accord sur le fait qu'il fallait que les profs en reparlent entre eux pour qu'ils se mettent d'accord pour qu'une délégation de profs aille ensuite voir la direction pour se mettre d'accord. À moins qu'on se mette d'accord au prochain conseil pédagogique7, en fait. Et pour reconduire le système de l'année dernière pour les 3e de cette année, qui n'auront pas 4 ans pour scrapbooker.


 

  Rappelons que l'épreuve d'histoire des arts compte pour l'obtention du DNB8, à hauteur d'une note sur 20 coefficient 2 (oui oui, coefficient 2 !). Le scrapbooking, ça paye !

 

 

 


1. Amateurs de pratiques contre nature perpétrées sur d'innocents diptères, ceci est pour vous : « L'histoire des arts est un enseignement, pas une discipline ». Je vous laisse méditer… 

 

2. Personnellement, ça m'inquiète plutôt, cet objectif, ayant toujours vu l'école comme transmettant une culture universelle à valeur personnelle. Comme quoi, l'ordre des mots, tout ça…

 

3. Encore une preuve qu'on ne tient vraiment pas à faire redoubler les élèves ! 

 

4. Oui, je peux être sournois même dans ma spontanéité !

 

5. Encore que…

 

6. Ma gentillesse me perdra un jour.

 

7. Faites-moi penser à vous dire un jour tout le mal que je pense de cette institution bâtarde nommée « conseil pédagogique », au fait.

 

8. Diplôme National du Brevet. « Le truc qui sert à rien, comme les boules à neige », dixerunt les Zrofs.

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1 novembre 2010 1 01 /11 /novembre /2010 09:49

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 Le vrai créateur du « Contrat de confiance »

(nouvelle merveille pédagogique proposée par tous pour résoudre les problèmes de l'Éduc'Nat') 

 

 

 

  C'est la grande foire à l'Éducation Nationale, en ce moment ! Venez en parler, surtout si vous n'y connaissez rien, surtout si vous n'y enseignez pas ! Tous les discours sont admis, surtout les plus rigolos ! Faudrait voir à divertir le bon peuple… Qui proposera les solutions les plus hilarantes pour régler les problèmes réels de ce grand corps malade1

 

 

 

À droite

 

  On commence avec Jean-François Copé, qui propose un examen d'entrée en sixième (pour caresser dans le sens du poil les nostalgiques du certificat d'études, sans aucun doute). Si tu l'as pas, tu redoubles ! Voilà effectivement une prise de position originale dans le discours anti-redoublement ambiant. Il y manque juste des propositions concrètes sur l'avenir de ceux qui n'auront pas l'examen. Car croire que des élèves qui ne savent pas lire résoudront d'un coup ce problème à l'aide d'une deuxième année de CM2, c'est prendre ses désirs pour des réalités.  

 

 

  Mais cela ne vaut certes pas les propositions de Camille Bedin, la secrétaire nationale à l'égalité des chances de l'UMP, qui, sur son blog, nous assène une note mensuelle autrement plus goûtue :


  • « Mettre fin au redoublement au CP » (au prétexte qu'« à six ans, un enfant ne peut être tenu pour principal responsable de son échec », ce que je crois personne ne soutenait, mais ça ne fait jamais de mal de s'attaquer à un ennemi imaginaire très très très méchant),

 

  • « En finir avec la dictature des notes ! » (on appréciera la modération du lexique) pour évidemment mettre en place les sacro-saints livrets de compétences, 

 

  • « Remettre la pédagogie au cœur de l'école » via des « méthodes pédagogiques innovantes ». Ô surprise, il s'agirait en fait de recourir à l'informatique et à des « programmes d'expérimentation nouveaux »… On en a de la chance !

 

  • « Responsabiliser les élèves » en les associant aux décisions prises dans l'établissement… dès le CM1 !! L'élève n'est pas responsable de son échec scolaire, mais peut devenir responsable de la mise en échec de son établissement : voilà une proposition géniale !

 

 

  Et évidemment, si on met en place des « contrats » avec les élèves, c'est encore mieux ! (point DARTY presque atteint !) 

 


  Oui, je sais, ma section « À droite » est un peu dégarnie (encore que…), mais on rappellera que la droite a déjà beaucoup œuvré ces dernières années en supprimant nombre de postes, en envoyant les stagiaires à quasi-temps plein et sans formation aucune dans les endroits les plus sympas de France et de Navarre,  en réformant n'importe comment le lycée, en mettant en place l'évaluation par compétences et le socle commun, et en remplaçant la géographie par une nouvelle discipline intitulée « développement durable ». Alors il faut lui laisser le temps de reconstituer son stock…

 

 

 

 

À gauche

 

  Davantage médecin moliéresqueque Copé, Bruno Julliard se fend de propositions autrement plus spectaculaires (entretien disponible ici). Après avoir établi un constat pas toujours stupide (« l'école traverse une crise majeure », « elle ne parvient plus qu'à reproduire les inégalités »), il avance des solutions qui le sont nettement plus :

 

  • Première solution : continuer à faire les mêmes bêtises, mais en les accentuant. « Il faut repartir du socle commun, et décider qu'il n'appartiendra plus à l'élève de s'adapter au système, mais à l'institution scolaire de s'adapter à l'élève. » 

 

  • Deuxième solution :  étendre ce qui n'a pas marché pour faire en sorte que les rares choses qui fonctionnent encore soient balayées. « Autre exemple, nous savons que la rupture entre école primaire et collège est beau­coup trop forte. Le collège est construit, aujourd'hui, comme un petit lycée. Il faut donc en changer de manière assez radicale les premières années du collège (sic) : le fait par exemple de passer d'un professeur des écoles à une dizaine d'enseignants disciplinaires n'est pas accepté de la même manière par tous les enfants. Cela devra se faire plus progressivement »Comprenez par-là qu'il faut des professeurs bi- ou trivalents (voire des professeurs des écoles qui enseignent au collège) et des évaluations par compétences. On appelle ça « primariser le collège ». C'est vrai que le primaire va tellement bien que ça donne envie de faire la même chose partout. 

 

 

  Et évidemment, tout ça, c'est mieux sans « rupture de confiance » (point DARTY presque atteint !). 

 

 

 

 

À gauche encore

 

  Le Parti Socialiste se lâche donc et nous propose non pas un, mais deux documents hautement motivants !

 

 

  Premier document : un rapport intitulé « Éducation et formation pour l'égalité », dans lequel on peut lire que « La guerre de tranchées entre « pédagogues » et « disciplinaires », doit être dépassée ». Effectivement, il suffit de donner la victoire aux premiers. On mettra au centre de l'école nouvelle notre ami le « socle commun », on y fera de l'« expérimentation3 », on rendra la formation continue des enseignants « obligatoire4 », on relancera la « recherche pédagogique » — qui hélas se portait déjà plutôt bien, pour notre malheur à tous — et on se débarrassera de l'évaluation chiffrée (i.e. les notes), « facteur de stress et de compétition ». Ça fait envie.


  À côté de ça, on primarisera le collège via la « participation d'enseignants du primaire au collège et réciproquement dans le cadre de projets communs, avec du temps dégagé pour le travail d’équipe, une formation initiale et continue partiellement commune et un travail collectif sur les contenus et procédures d’évaluation » et on en élargira le panel disciplinaire en «faisant une large place, aux côtés des enseignements généraux, à la culture scientifique et technologique ainsi qu’à la culture professionnelle5 ». On fera évidemment de nouveaux programmes — ça faisait longtemps — avec des enseignements « plus transversaux, plus ouverts sur les activités artistiques et sportives5 ». Je brûle littéralement d'impatience.

 

 

  Et évidemment, c'est bien mieux en mettant en place « un nouveau contrat avec les enseignants » (point DARTY presque atteint !)

 

 

 

 

  Deuxième document : un rapport sur le collège du Laboratoire des idées du même PS, intitulé « Collège de tous, réussite de chacun » (juillet 2010). Après s'être pourtant dits « pour la revalorisation des savoirs », les auteurs du rapport nous proposent de bousculer leur hiérarchie car « la hiérarchie des savoirs valorisés dans la vie courante est exactement inverse de celle des savoirs scolaires : elle met au premier rang le numérique, les images, la musique, le cinéma, les pratiques sportives qui n’ont qu’une place très minime à l’école ». Là, on sent qu'on va passer un mauvais moment…

  Et effectivement, il conviendrait de créer « un horaire de pratique et d’enseignement de « culture médiatique » (codes et symboles, production et consommation des médias, métiers de l’information), que prendraient en charge des enseignants volontaires6 et formés à cet effet. »,  d'« accorder beaucoup plus d’importance aux arts du faire et aux arts du dire7 », de « revaloriser la culture technologique, qui doit se fonder sur la démarche de projet ».


  On croisera dans ce rapport quelques idées vraiment farfelues, du type « les élèves doivent être davantage impliqués dans l’entretien des locaux et dans la chaîne de restauration scolaire » (je vais arrêter de manger à la cantine), ce qui va avec le fait que « le rôle pédagogique des agents d’entretien et de restauration doit être particulièrement développé et conforté ». On ira même jusqu'à créer un « concierge-éducateur », si si ! Il pourra ainsi discuter éducation avec les parents qui occuperont la « salle des parents » judicieusement placée à côté de celle des profs, afin qu'on ne soit jamais tranquille.


  Et pour ceux qui pensaient ma note de bas de page n°5 franchement tirée par les cheveux, on nous propose un tableau des horaires en collège, bourré d'« heures de travail personnel », d'« activités dirigées », d'« heures projets » et de « travail personnel encadré8 ». Et donc, à votre avis, combien d'heures de français en classe entière en 6e et en 5e ? Dites un chiffre.

 

 

  La réponse est trois9. Je rappelle qu'en ce moment, on a cinq heures de français en sixième, et que cet horaire est insuffisant vu le niveau des élèves qui arrivent. Alors imaginez avec trois heures…

 

 

  Et évidemment, tout cela ira mieux grâce à un « discours de confiance » (point DARTY presque atteint !)

 

 

 

 

Partout ! 

 

  Mais tout cela n'est pas grand chose face à l' « Appel de Bobigny », torchon pédagogiste co-signé par la FCPE (une des deux fédérations de parents d'élèves, je vous le rappelle), l'UNEF (principal syndicat étudiant), le CRAP (inénarrable association qui produit les merveilleux Cahiers Pédagogiques, revue qui donne assez vite des boutons) le SE-UNSA et le SGEN-CFDT (syndicats enseignants pédagogos à mort), le SNUipp (syndicat majoritaire du primaire, qui ne vaut pas mieux que ceux que je viens de citer) et… le SNES10 (!?!!11). Qu'y dit-on de ce qu'il faut faire pour changer l'école ?

 

  • on y dit que « le 21e siècle sera celui du développement durable et nous affirmons l’urgence de la mise en œuvre d’une éducation à l’environnement et au développement durable accessible à tous, permettant de s’impliquer dans la vie de son territoire et qui donne les moyens de prendre des initiatives et d’agir avec les autres ».

 

  • on y dit qu'il faut «  garantir à tous les jeunes, à l’issue de la scolarité au collège, la maîtrise évaluée des éléments (connaissances, compétences, savoir- être et savoir-faire) indispensables à l’accès et à la réussite dans les enseignements diversifiés du lycée et à l’objectif de 0 sortie du système éducatif sans qualification reconnue, à l’accès à la citoyenneté ». Bref : le socle commun et ses savoir-être…

 

  • on y dit qu'« une place plus importante devra notamment être accordée à l’éducation artistique, l’éducation physique et sportive, l’éducation à la citoyenneté, l’enseignement des langues et la maîtrise des outils informatiques et de communication et de leurs usages, qui contribuent à la réussite et l’épanouissement de tous les enfants et qui constituent une part importante de la culture des jeunes ». On sent encore que le français et les maths vont morfler.

 

  … Et je vous passe les liaisons CM2/6e à base de projets communs, la redéfinition du statut des enseignants, le « Vivre ensemble », le rôle accru des parents partout et tout le temps, les  « méthodes pédagogiques actives12 », la fin des redoublements, la réflexion sur les  « modes d'évaluation »13… bref, tout ce qu'on aime ! 

 

 

  Et évidemment, ça se passera mieux avec la mise en place d'un « contrat de confiance » (point DARTY atteint ! Bravo !).

 

 

 

 

Conclusion

 

  Je vous le dis : on est mal parti !     

 

 

 


1. Le slameur lui-même s'y est mis : voir ici. Il dit d'ailleurs nettement moins de bêtises que la plupart des hommes politiques sur le sujet. Mais encore plus sérieusement, si vous avez une heure et demie devant vous, je conseille plutôt cette vidéo : 

 

2. c'est-à-dire faisant partie de ceux qui, sous prétexte de guérir le malade, l'achèvent. 

3. Avec les élèves de ZEP comme cobayes, comme d'habitude…

4. Et vu la qualité des formations qui nous sont généralement proposées, je peux vous le dire : ça va pas faire des Chocapic…

5. Là, il faut décrypter : ça veut évidemment dire qu'on diminuera les horaires des matières fondamentales. Par exemple le français. Mais à la place, on fera de la découverte professionnelle ou du sport : youpi !

6. Volontaire : forcé. (Dictionnaire de l'Éducation Nationale)

7. Et si vous regardez à votre gauche, vous apercevrez un magnifique exemple de jargon pédagogique…

8. Le retour des TPE ! Quelle bonne idée ! 

9. Que les profs de maths se rassurent : ils n'en auront pas davantage. Mais on aura tous droit à deux heures de « travail personnel » en groupes restreints, où les élèves feront leurs devoirs sous notre houlette. Comprenez donc qu'on n'y enseignera pas, ou à la marge. 

10. Syndicat National de l'Enseignement Secondaire, nettement majoritaire.

11. Mais pourquoi le SNES vient-il cautionner ça ?

12. Attention, adorables lecteurs, adorées lectrices ! Une « méthode pédagogique active », c'est une chose très clairement définie dans le brouet des sciences de l'éducation. Ça signifie que l'on rend l'apprenant acteur de ses apprentissages afin qu'il construise ses savoirs à travers des situations les plus proches possibles du réel : pédagogie de projet, pédagogie de la tâche, méthodes inductives, situations-problèmes et tout le tintouin.

13. La suppression des notes, donc. Mais là, comme vous avez lu l'article depuis le début, je pense que vous n'aviez plus besoin de cette précision.

 

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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 08:09

terrier

 

 

  Que font donc les élèves du collège Jean-Baptiste Poquelin quand ils débarquent tout frais émoulus du primaire et qu'ils ont le malheur de rencontrer votre hôte ? Comme promis à une adorable lectrice, voici un premier article sur ce que j'aime faire et voir en classe.

 

  La Sixième, c'est le niveau béni. Les élèves y sont encore des enfants, des vrais (ou presque). Ils frissonnent quand on prend la voix du grand méchant loup, font les dégoûtés quand Ulysse massacre les prétendants, applaudissent spontanément le camarade qui vient de passer en récitation. Ils ont toujours plein de questions, trois tonnes de remarques.

 

  Les sixièmes, ça demande souvent pas mal d'énergie, mais on ne rechigne pas à la fournir.

 

  Les sixièmes, ça salit ses doigts à une vitesse remarquable.

 

  Les sixièmes, ça a l'air plus petit que son cartable. D'ailleurs, plus les années passent, plus l'élève grandit, plus le sac rétrécit1.

 

  Les sixièmes, ça pose quatre fois la même question (remarquez, ça, même quand ils grandissent…).

 

  Les sixièmes, ça s'émerveille d'un rien. Oui, même d'une mouche. Oui, même de la pluie dehors. 

 

  Les sixièmes, ça demande s'il faut écrire en noir quand on écrit en noir au tableau, puis s'il faut écrire en rouge quand on écrit en rouge au tableau, puis s'il faut écrire en vert2

 

  Les sixièmes, ça a besoin d'une sacrée remise à niveau en grammaire.

 

  Les sixièmes, parfois, ça demande pour de vrai ce qu'il faut faire quand on est arrivé en bas de la feuille. Ça permet alors au prof de ressortir des toiles d'araignée de son cerveau des plaisanteries millénaires que les profs Cro-Magnons utilisaient déjà telles que « vous écrivez par-dessus ce que vous venez d'écrire » ou « vous continuez en écrivant sur la table, et, ce soir, vous la rapportez chez vous pour réviser »3.

 

  Les sixièmes, ça envisage sérieusement pendant une seconde complète le souci que ça va être de faire rentrer la table dans le bus scolaire.

 

  Les sixième, chez moi, ça croise Verlaine, Rimbaud, Charles d'Orléans, Homère, Ovide, Offenbach, Ulysse 31, La Fontaine, Gustave Doré, Andersen, Grimm, Perrault, Gustave Doré (bis), Molière, Jules Romains. Ça étudie L'Odyssée, ça lit tous les Contes de ma mère l'oye, ça connaît le mythe d'Orphée et les malheurs d'Arachné, ça récite « Le Loup et l'Agneau » et « Le Temps a laissé son manteau… », ça étudie le comique dans Le Médecin malgré lui. 

 

  Mais la moitié du temps (un peu plus, même, en fait), ça fait de la grammaire, de l'orthographe et de la conjugaison. Ça va m'apprendre les déterminants et les pronoms. Et la morphologie du passé simple. Et le complément d'objet direct. Et l'indirect. Et le circonstanciel. Et l'analyse grammaticale en écrivant à chaque fois en majuscules « NATURE : / GENRE : / NOMBRE : / FONCTION : ». Et le célèbre accord du participe passé. Et ça fera des dictées, sur lesquelles je m'arracherai les cheveux en corrigeant…

 

 

« Déjà que vous les perdez naturellement, m'sieur ! »

Arsinoé, je vous remercie…  

 

 

  À la fin de l'année, ils auront j'espère compris ce qu'est le merveilleux, l'influence de la culture gréco-romaine sur la nôtre, la fascinante complexité de la poésie versifiée et qui n'est jamais aussi belle que lorsqu'elle est bien corsetée, le génie de La Fontaine qui parle de tant de choses sérieuses et graves dans ses petites histoires si bien écrites, celui de Molière qui les fera, cette année encore, rire.  

 

  En résumé, comme l'ont fort bien chanté les Zrofs, le pays des sixièmes, c'est ça : 

 

 

 


1. À tel point qu'en troisième, le sac devenant parfois plus petit que le classeur, on se demande comment ils font…

 

2. Et je ne vous raconte pas l'horreur quand on est sur tableau noir, où la craie blanche représente le bleu et la craie jaune le noir… Là, certains sixièmes explosent en plein vol !

 

3. On me signale que l'écriture n'existait pas à l'époque des hommes de Cro-Magnon. Mais je maintiens ma plaisanterie tout de même.

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 10:29

cases 

Valérie Damidot venant de refaire la salle de bain d'un prof.

 

 

  Pris entre les réformes et le syndicalisme, entre les grèves et le relationnel avec la direction, entre les réunions (du fait d'un emploi du temps tout à fait ésotérique, j'échappe à certaines d'entre elles) et les manifs où-qu'on-n'est-pas-content, on en oublierait presque que notre métier, c'est d'enseigner !  

 

« Effectivement, m'sieur ! D'ailleurs, ces derniers temps, on n'intervient presque plus dans vos articles ! »

J'avais remarqué cela, Elmire. Cet article est donc pour vous ! 

 

  Que dire ? Mes classes sont gentilles, ce qui diminue sensiblement la chance de trouver des sujets d'articles de blog croustillants pendant mes cours. Je n'ai même pas encore réussi à exclure un élève depuis la rentrée, n'ai pas fait un seul rapport, et mon sadisme s'est borné dans son expresion à quelques rares déplacements d'élèves afin de limiter les possibilités de bavardage. Tout juste si j'ai placé deux trois mots dans des carnets de correspondance. 

 

 

  Non, décidément, le rapport aux élèves me semble, et de loin, ce qu'il y a de plus simple à gérer dans mon métier. Je parle ici d'un établissement « normal », attention, pas de la mère de toutes les ZEP où là, le rapport aux élèves, c'est davantage La Journée de la jupe que Le Cercle des poètes disparus. Mais vraiment, je retrouve régulièrement les choses qui font que j'aime mon métier et que je souhaite continuer à l'exercer :

 

  • parler d'un sujet qui me plaît ;

 

  • faire progresser le public qu'on a devant soi ;

 

  • être sur scène une grande partie de la semaine ;

 

  • être surpris ;

 

  • être au cœur de l'humain, de son infinité de réactions, de sa sensibilité, de sa fascinante diversité ;

 

  • corriger des copies1.

 

 

  Face à cela, les réformes, ça devrait être du pipi du chat. Mais hélas, je crains que ce ne soit rapidement plus le cas : la machine s'est emballée, l' « école du socle commun » est de tous les rapports… Dernier en date : le document de travail du HCI2, téléchargeable ici, et qui nous apprend que les enfants d'immigrés réussissent moins bien — ce qu'on savait déjà — et que grâce au livret de compétences et à la suppression des notes, ils réussiront bien mieux3 — ce qu'on ne savait pas. Miracle des compétences ! 

 

  De par mes réseaux divers, variés et généralement virtuels, je constate que de nombreux collègues prennent tranquillement cette voie, créant leurs grilles de compétences, cochant joyeusement. Je leur souhaite bien du courage, mais je crains que cette absence de résistance même passive ne nous condamne à nous y mettre tous dans un avenir proche. Et nous en arriverons à cette dystopie effrayante : des professeurs fliqués et sans cesse en réunion, faisant des petites croix à tour de bras, « évaluant » le savoir-être de nos élèves dans le cadre d'animations citoyennes ; des élèves de plus en plus ignares ; des parents absolument incapables de savoir le niveau réel de leur enfant au milieu de tous ces items abstrus « en cours d'acquisition », et se retournant contre la gent professorale alors qu'ils feraient bien mieux de tordre le cou aux responsables de leurs associations de parents d'élèves4 qui ont soutenu cette évolution avec ferveur.   

 

 

  Vous voyez ? Je voulais parler des élèves, et je n'y réussis pas. Désolé Elmire, désolé Cléonte : j'ai peur pour vous aussi bien que pour moi. Car si l'on transforme mon métier en cette chose que ma sœur Anne voit nettement venir, vous serez les premiers touchés. En attendant, lisez vos livres, faites votre travail, apprenez vos leçons : vous pouvez encore vous en sortir par là. Mais faites vite !

 

 


1. Non, j'déconne !

 

2. Haut Conseil à l'Intégration. Chaque semaine, grâce au blog Je Suis en retard, découvrez un nouveau Haut Conseil français ! Vous n'avez même pas idée de leur nombre ! 

 

3. En direct, une réaction d'enseignante à qui un spécialiste en sciences de l'éducation présente le fonctionnement des établissements scolaires de demain : c'est ici.

 

4. La FCPE (Fédérations des Conseils de Parents d'élèves des Écoles publiques), spécialiste en « lieux de vie » et qui n'a jamais assez le mot « citoyenneté » à la bouche ; et la PEEP (fédération des Parents d'Élèves de l'Enseignement Public — prononcez « Pèpe », sinon c'est indécent), à fond sur la dernière réforme du lycée et qui nous veut bivalents. On n'est pas aidé !  

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 15:36

fond-ecran-ecran-bleu-de-windows    

 

 

  C'est le grand retour des TICE1 grâce à la DP32 et à l'ENT3 ! (oh ! la jolie phrase…)

 

  Propulsé prof d'un truc que je ne connais pas (la DP3) et dans une salle informatique pour y dispenser ma précieuse absence de savoir sur le sujet, je me suis décidé, suite à une réflexion audacieuse sur la mise en projet de mes apprenants, à aller les faire farfouiller sur l'internet afin d'y quérir moultes données sur les métiers (prof de DP3, le site de l'ONISEP4 est ton ami !). Oncques ne vit professeur plus enthousiaste ! (un mensonge se dissimule dans la phrase précédente… Sauras-tu l'y retrouver ?) 

 

  Hélas ! Que n'avais-je envisagé là ? Et quelle funeste période n'avais-je pas choisie pour Ticer ! Car dans un cri déchirant et lugubre, voilà-t'y-pas que not' serveur rendait encore une fois l'âme5. Adieu veau, vache, souris, clavier ! Pourtant, Techno-Man himself m'avait assuré qu'internet fonctionnait dans ma salle. Hélas !


  Il fallut donc tout chambouler, envoyer Philippidès déranger le maître des zordis qui passa nous voir entre les deux heures afin de m'expliquer comment remettre manuellement le saint web à l'écran de chaque machine. 14 adresses IP plus tard, rentrées dans un obscur sous-menu, et sans oublier le numéro de port6 et la p'tite case à cocher en-dessous, l'ONISEP nous ouvrait ses trésors… enfin, sauf à Cléonte, dont le PC plantait joyeusement. 

 

  C'est un peu plus tard qu'on aurait bien aimé rentrer la note de l'interrogation dans le logiciel idoine. S'il avait fonctionné, évidemment…

  C'est peu de temps après qu'on aurait voulu que la complexe machinerie conçue par not'bon chef adjoint afin d'avoir des relevés de notes de mi-trimestre nous permît d'imprimer lesdits relevés de notes… et non des bulletins faisant la moyenne sans donner le détail des notes, et en en oubliant probablement certaines dans le calcul, au passage. Enfin, encore eût-il fallu pouvoir imprimer, de toute manière.

  C'est encore un peu plus tard qu'on aurait aimer réserver une série de livres dans l'endroit adéquat, celui dans lequel votre serviteur avait rentré tous les titres de notre réserve disponibles en grand nombre afin qu'on pût justement les réserver7. Hélas, tout avait disparu : va falloir tout rerentrer, jusqu'au prochain crash, évidemment. Les paroles s'envolent, les écrits restent, les pixels s'évanouissent un jour sans prévenir. 

 

  Mais bon, comme une fois encore, dans l'Éduc'Nat', on a voulu faire moderne mais sans mettre les moyens humains, confiant la gestion de tout ce qui clignote à un enseignant surexploité (ou sous-payé pour ce qu'il fait ; ça marche dans les deux sens) plutôt qu'à un professionnel recruté pour ça car il est, lui aussi, un spécialiste ; eh bien ne nous étonnons pas de ressentir ce que l'amateur ressent face au pro qui vient de lui coller une rouste dans l'activité choisie : on est content de participer, mais on sent bien qu'on n'a pas le niveau pour être pris au sérieux. 

 

 


1. Technologies de l'Information et de la Communication pour l'Enseignement. Tout ce qui rend le stylo has been.

 

2. Découverte Professionnelle 3 heures. Dont je suis pour moitié en charge cette année. Imaginez un prof de français  — ayant démissionné d'une école de commerce tellement ça lui plaisait, habitant à une bonne quarantaine de kilomètres du "bassin d'emploi" qui ceint son collège et membre du syndicat le plus réac' le moins favorable au fait de faire faire aux professeurs autre chose que l'enseignement de la discipline dont ils sont les spécialistes  — en train de faire découvrir le monde professionnel à des élèves de 3e optionnaires. L'Éduc'Nat' peut le faire, elle. Même pas honte ! 

 

3. Environnement (ou Espace ?) Numérique de Travail. Quand on remplit son cahier de texte et qu'on met ses notes à l'aide d'un clavier.

 

4. Office National d'Information Sur les Enseignements Et les Professions. Et j'ai dû aller sur Wikipédia pour vous trouver la signification de l'acronyme, sachez-le !

 

5. Tels les chats, les serveurs informatiques disposent de plusieurs vies (pour les chats, la preuve ici). Mais contrairement au matou de la chanson, on aimerait que le serveur, lui, revienne intact.

 

6. Aucun rapport avec les bateaux, sauf peut-être au sens figuré (« être mené en bateau », « prendre l'eau de toute part», « Mais que diable allait-il faire dans cette galère ? » sont des expressions venant alors facilement à l'esprit), même si le logiciel est un navigateur. 

 

7. J'assume totalement les répétitions très très maladroites de ma phrase ! 

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 19:23

[Grève de l'image en tête d'article. Je Suis en Retard solidaire !]

 

 

Vu, entendu…

 


« Naboléon Prenlaporte (et surtout… reviens pas !) »

 

« La Marseillaise… je préférais les paroles de l'originale. » (à propos des réécritures syndicales de quelques grands tubes, de « La Carmagnole » à Joe Dassin en passant par Indochine et « Il était un petit navire »)

 

« Re-traites : de mal en pis » (banderole ornée d'une vache maigre vraiment très maigre)

 

Notre collègue d'anglais (beau, jeune et célibataire) s'est fait refiler tout un paquet de feuilles sur lesquelles on trouve les textes des chansons. Toutes les occasions sont bonnes à saisir : et hop ! Mademoiselle, vous voulez une feuille ?

 

« Des couilles en or pour les riches. Des nouilles encore pour les pauvres. » (contrepétrie syndicale)

 

Liste des partis politiques croisés : le Parti de Gauche, les Verts (avec tract sur papier recyclable), le PCF, le NPA (avec deux chanteuses et un tambour fort efficaces), LO (sans Arlette), le PS (avec Bertrand), le MCR (mais si ! Le parti de Jean-Pierre Chevènement !)

 

Rue de Rennes, un homme nous filme de la fenêtre de son immeuble. 

 

Les fleuristes solidaires : « Fleuriste préférant fleurir vos retraites à 60 ans que vos tombes. »

 

 

 

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6 octobre 2010 3 06 /10 /octobre /2010 15:59

maillon

 

  Suite à la remise du rapport annuel du Haut Conseil de l'Éducation1 (téléchargeable ici) — rapport qui pose des constats pas toujours inintéressants, mais pour hélas les utiliser afin de nourrir une propagande pro-socle commun particulièrement vomitive — on voit fleurir les analyses sur le collège, maillon faible du système scolaire. Comprenez qu'après avoir réformé le primaire (de façon hélas discutable) et le lycée (de façon indiscutablement catastrophique), on n'allait pas les accuser de tous les maux du monde, quand même : on les a réformés, donc ils fonctionnent bien ! Et comme ça fait un petit moment qu'on n'a pas touché en profondeur au collège, c'est que c'était probablement de ce pelé, ce galeux d'où venait tout le mal2.

 

  Le HCE l'a pourtant signalé (pour l'oublier tout aussitôt), dans une sous-partie dont le titre est une lapalissade de la plus belle eau : 

 

« 2.2 Le collège hérite des déficiences de l’école primaire »

 

  Ça c'est ben vrai !   

 

 

  Mais en fait oui, c'est vrai, très vrai, et c'est d'ailleurs terrible. Certes, on trouvera toujours des esprits forts pour dire que chaque maillon du système scolaire rejette la faute sur le maillon précédent : ce bel apophtegme ne doit toutefois pas nous empêcher d'analyser les faits. Quels sont-ils ?

 

  Tout d'abord, les objectifs du primaire. Cet échelon d'enseignement élémentaire est là pour transmettre les éléments du savoir, tout simplement. Ces bases incontournables sur lesquelles on pourra construire des spécialisations dans le secondaire (avec un spécialiste par discipline), puis dans le supérieur (avec une spécialisation accrue dans un ou deux domaines). Lire, écrire et compter, résumerions-nous de façon un peu rapide mais globalement juste (en y ajoutant un minimum de culture historique, géographique et scientifique). Certains y ajouteraient volontiers l'étude d'une langue vivante, mais depuis qu'on a appris de la bouche d'un haut représentant de l'État qu'au primaire, c'était juste décoratif (voir article précédent), on peut peut-être s'en passer.

 

  Or tout le monde vous le dira : ça ne marche pas. Et d'accuser l'évolution de la société, les nouvelles technologies (qui, par un renversement conceptuel proprement délirant, sont censées sauver les élèves des problèmes qu'elles créent grâce à leur utilisation massive dans les établissements scolaires), les mentalités, l'immigration, la pauvreté, la démission des parents, tout ce qu'on voudra…

  Certes. Aucun de ces facteurs n'est tout à fait anodin, à mon sens (surtout la démission des parents). Mais après mûre réflexion, il y a trois éléments fondamentaux de l'école primaire qui me paraissent plus importants encore.

 

  J'accuse2 donc la diminution des horaires ; j'accuse également l'ineptie des méthodes et des programmes qui vont avec ; j'accuse enfin… les enseignants du primaire. Mais avant que ces derniers ne m'envoient des brûlots dans la partie « Commentaires », je me permets de développer :

 

 

1) Les horaires


  Sur la diminution des horaires, je n'irai pas bien loin : le comparatif de l'association Sauvez les lettres est éloquent. Vous pouvez le consulter ici. Moins d'heures de français = une moins bonne maîtrise des éléments de base : la logique est imparable. À la place, les élèves font des zarts, de la techno, des débats citoyens et n'apprennent pas l'anglais. Et du soutien pour combler les lacunes qu'ils ont forcément développées. Du temps merveilleusement utilisé.

 

 

2) Les programmes et les méthodes


  Sur le programmes et les méthodes, je m'attarderai un peu plus. Je vous épargne ma traditionnelle fustigation de l'évaluation par compétences, qui sclérose le primaire depuis quelques années, pour le plus grand malheur de tous. Je vous épargne également la ritournelle sur les méthodes globales et semi-globales (qui oui, sont toujours majoritaires à l'heure actuelle), sur le fait qu'ont déboulé au collège depuis quelques années les élèves ayant subi les programmes de 2002 dont on avait tout bêtement supprimé la grammaire (!!), remplacée par la nettement plus sexy « Observation Réfléchie de la Langue ». On voit le résultat : il est à pleurer3.

 

  Excursus personnel : je vois pas mal d'élèves au demeurant volontaires et travailleurs, qui ne sont pas des génies mais pas non plus des déficients mentaux — bref, des élèves moyens —  arriver en 6e avec un niveau de maîtrise de la langue française déprimant. À l'oral, la lecture est hachée et fautive. À l'écrit, l'orthographe est un champ de ruines. Pourtant, ces élèves (qui apprennent avec sérieux et font ce qu'on leur demande), placés dans un cadre strict et logique, nourris à la grammaire de phrase la plus basique et la plus primaire, font des progrès surprenants et analysent joyeusement des pronoms adverbiaux4 COI5 au troisième trimestre. Ce qui m'amène à mon troisième point :

 

 

3) Les professeurs des écoles

 

  Foin de langue de bois : tout le monde sait que les parents bien informés cherchent l'instit' à l'ancienne, celle (généralement… Parfois, c'est celui, mais le primaire est très très féminisé) qui vous parle d'un temps où les moins de vingt ans n'allaient pas à l'IUFM (les plus de vingt ans pas davantage) ou ne faisaient pas de Master en sciences de l'éducation. Celle sur laquelle les réformes ont glissé comme l'eau sur la plume du canard. Celle qui ne fait pas de fautes d'orthographe

  Car sachez-le : pour être professeur des écoles6, que faut-il faire (nous parlerons des épreuves actuelles, mais celles d'il y a quelques années étaient fort similaires) ?

 

  • Il faut passer deux épreuves écrites de coefficient identique (3). Une de maths et sciences où l'on fait d'une part des maths (sur 12 points), et d'autre part des science et de la techno (sur 8 points). Et une de français et d'histoire géographie où l'on fait d'une part de l'histoire, de la géographie mais aussi bien entendu de l'éducation civique (sur 8 points), et d'autre part… si à ce moment précis, vous avez mentalement complété la phrase par "du français", vous avez perdu ! Voilà ce qu'il en est : 

 

« Le candidat doit répondre, sous la forme d'une analyse, d'une synthèse ou d'un commentaire, à une question relative à un texte ou à un ensemble de textes littéraires ou documentaires dont certains peuvent avoir trait à l'acquisition et à l'enseignement du français. La production écrite du candidat doit permettre au jury d'évaluer son aptitude au raisonnement, à la structuration ordonnée d'une pensée logique ainsi que sa capacité à exposer de façon claire, précise et simple une problématique complexe. »

 

  Rassurez-vous, le candidat doit ensuite répondre à 3 questions de grammaire, orthographe ou lexique. Voilà qui va des mieux ! On est sauvé ! 

  Mais ce qui est encore plus gênant, c'est que l'orthographe et la syntaxe pour chaque épreuve écrite ne peuvent au maximum être pénalisées que de 3 points ! Rien d'irrattrapable pour qui sait courir vite…

 

 

  • En effet, dans les deux épreuves orales (coefficient 3 chacune), il s'agira de préparer et présenter une séquence d'enseignement en mathématiques (12 points) puis de présenter une œuvre plastique ou filmique de sa réalisation, ou de chanter ou de jouer d'un instrument, ou de danser ou de courir un 1500 mètres. Et d'expliquer en quoi cette pratique est formidable pour nourrir son futur enseignement (8 points). L'autre épreuve a beaucoup fait parler d'elle, puisqu'il s'agit d'une présentation d'une séquence de français accompagnée d'une interrogation sur la compétence « Agir en fonctionnaire de l'État de façon éthique et responsable ». Rassurez-vous : on ne va pas vraiment juger des compétences en langue française du candidat, mais plutôt de sa capacité à réciter et à appliquer l'idéologie en vigueur (de toute façon, on lui fournit un dossier pour pallier ses carences en matière de français). Quant à la seconde partie de l'épreuve, je préfère garder le silence là-dessus, de peur de dire des grossièretés.

 

 

  Résumons-nous : la maîtrise de l'orthographe, de la grammaire, de la syntaxe et du lexique sont depuis un bon moment réduites à portion congrue dans les concours de professeurs des écoles. Conséquence : on embauche entre autres des gens qui ne maîtrisent pas correctement notre langue et donc seront incapables de l'enseigner comme il faut. Une collègue et amie me racontait qu'elle avait été sollicitée par une amie sienne pour corriger son mémoire IUFM (c'était le bon vieux temps) truffé de fautes. Ce sont ces gens-là qui sont censés inculquer les éléments, les bases de la langue française aux élèves. Ce genre d'anecdote est loin d'être un cas isolé.

 

  Dans ces conditions, comment voulez-vous que ça se passe bien ?

 

 

  C'est pourquoi, si j'accuse les enseignants du primaire, ce n'est pas parce qu'ils feraient exprès de saboter les choses, loin de là : ils ne sont pas responsables du fait d'avoir été recrutés. Ni du fait d'avoir été mal formés (ou déformés, ou plus formés du tout). Mais c'est bien leur mode de recrutement qui me paraît aberrant. Le profil idéal tient davantage du singe savant qui récite la vulgate en cours que du professionnel maîtrisant les savoirs qu'il doit transmettre. 

 

  Et c'est une catastrophe. Qui n'est pas prête de s'arrêter.

 

 

  …D'autant que l'instit' à l'ancienne (surtout si elle a trois enfants), elle en a profité pour partir en retraite pendant qu'il en est encore temps.

 

 

 


1. La composition du HCE, disponible à la fin du rapport, rappelle à tous que nous avons affaire à des gens de terrain, qui croisent des élèves du secondaire tous les jours : un conseiller à la Cour des Comptes, un président de banque, une directrice d'agence, des professeurs d'université… 

 

2. Et une référence culturelle, une !

 

3. L'analyse s'applique tout autant au collège, pour le coup. Mais les dégâts faits en primaire, eux, sont irrémédiables : les professeurs du secondaire, même animés des meilleures intentions du monde, arrivent trop tard.

 

4. en, y.

 

5. Complément d'Objet Indirect. Exemple : je pense au niveau de mes élèves.

 

6. Un jour, on a trouvé qu'« instituteur », ça faisait trop plouc…

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 21:51

mur-du-son

 

 

  Franchi allègre-ment par not'bon Premier Ministre sur M6 il y a quelques minutes. Suite à un reportage dans lequel on nous montrait une instit' professeur professeurE des écoles enseigner l'anglais à grands coups de « pick up your hand » (littéralement « ramasse ta main ! ») alors qu'elle demandait en fait aux élèves de la lever (la main), François Fillon justifie la chose de la façon suivante :

 

 

« On n'est pas en train d'apprendre l'anglais, en primaire. »

 

 

  C'est bien ce qu'on avait cru comprendre, effectivement…

 

 

*Formule empruntée au Canard enchaîné, bien sûr. 

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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 09:21

 

 

 

 

  Madame Ordralphabétix1 est une collègue de lettres et amie douce, agréable et qui n'a pas l'habitude d'envoyer des poissons pas frais au visage de ses supérieurs hiérarchiques. Mais voilà, parfois, l'appel du poisson est le plus fort. Je vous laisse découvrir en sa compagnie un établissement scolaire très bien organisé : celui où elle a l'immense chance d'exercer ! Madame Ordralphabétix, c'est à vous !  

 

  « Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance. » Comment ça, je me trompe ? Ce n'est pas ce qui est inscrit sur la façade ? Ah, non, c'est vrai, c'est marqué « Collège Babaorum» (ou peu s'en faut). Un instant, j'ai failli oublier que c'est dans un établissement scolaire que je travaille, et pas dans une succursale de l'Enfer où l'on torture les pauvres gens qui s'y égarent à grand coup de pagaille sans nom. Mais aussi, cela fait maintenant si longtemps que perdure cet état de fait, qu'il finit par nous paraître presque naturel.

 

  En effet, depuis bientôt quatre ans que notre chef d'établissement actuel, Monsieur Abraracourcix, a pris ses fonctions dans notre petit collège de la campagne profonde, nous avons pris l'habitude d'être tutoyés (et rudoyés) par lui, d'accepter son humour pachidermique avec philosophie, puisqu'après tout, ce n'était jamais bien méchant, pensions-nous. Finalement, c'est comme ça, par petites touches, que nous nous sommes endormis sur nos lauriers (de César ?), et que nous n'avons pas réagi quand il a pris à parti sèchement Monsieur Panoramix, le professeur d'Histoire-Géographie, ou Madame Cétautomatix, professeur2 de technologie. De plus, finalement, le collège ne tournait pas si mal, au début. Et puis, nous qui n'étions pas encore victimes, ça nous amusait peut-être un peu aussi, soyons honnêtes, puisque tout ça, c'était « pour rire ».

 

  C'est l'année dernière que tout s'est dégradé subitement. Tout ça parce que ces « casse-couilles » (je cite, sinon, je ne me permettrais pas) de professeurs ont eu l'audace inconcevable de vouloir faire leur travail le mieux possible. Le caractère de notre bon principal, déjà grandement lunatique, est devenu franchement inacceptable par moments. C'est alors que nous sommes entrés dans la Maison qui rend Fou. C'est peut-être une expérience enrichissante, mais à ne faire qu'une fois dans sa vie !

  Mais aussi, les professeurs principaux des troisièmes, ces grands benêts, ont commis un crime de lèse-majesté : ils ont voulu s'occuper correctement de l'orientation de leurs élèves, ces mêmes élèves que nous suivons d'année en année dans notre petit établissement. Ils ont donc interrogé Monsieur Abraracourcix pour savoir si les demandes de dérogation, soumises par neuf garnements plutôt méritants, avaient bien été envoyées. Monsieur Abraracourcix a juré par Toutatis que tout avait été fait dans les règles de l'art. Hélas pour lui, le sort s'en est mêlé quand les parents des susdits garnements ont voulu aller inscrire leur progéniture dans les lycées convoités : nulle trace des demandes de dérogation ! Les parents et les professeurs principaux ont tenté, outrage suprême, d'obtenir une explication de la part de la direction, laquelle direction est sortie de ses gonds, à menacé violemment les enseignants, puis est parti se claquemurer dans son bureau. L'abus quotidien de lait de chèvre3 n'était peut-être pas tout à fait étranger à cette réaction excessive.

  Les enseignants, terrorisés, ou en colère, c'est selon, étaient auparavant en train de profiter du banquet final, puisque l'année scolaire s'achevait ce jour-là. Les joyeuses agapes se sont alors changées en cellule de crise : que faire face à ce débordement de trop ? Porter plainte ? En référer à l'Inspection Académique ? Non ! Nous n'avons pas voulu tirer sans sommation. Et puis, malgré ses nombreux défauts, Monsieur Abraracourcix a des qualités, même si le lait de chèvre a de plus en plus tendance à les gommer. Finalement, nous avons décidé de rédiger une lettre, courtoise mais ferme, pour lui signifier que nous n'étions plus prêts à accepter certains comportements, mais que nous étions prêts à travailler main dans la main avec lui si notre message était entendu.

 

  Nouvelle surprise quand sont tombés les résultats du brevet : deux loustics n'auraient jamais dû l'avoir, d'après leur notes à l'examen et leur moyennes au contrôle continu. De là à soupçonner que Monsieur Abraracourcix aurait gonflé artificiellement les moyennes pour permettre à certains d'obtenir leur diplôme et leur orientation, il n'y a qu'un pas...

  Le principal a donc finalement reçu ladite lettre quelques jours avant la rentrée (même si nous ne doutons pas qu'il en était informé bien avant) et le jour de la prérentrée nous a bien fait comprendre qu'il avait été blessé par nos remarques, mais qu'il comptait s'y soumettre sans rancune. Naïvement, nous avons alors pensé que nous avions trouvé la sortie de cette maudite maison de fous, malgré l'ambiance un peu tendue et les nouveaux quelques peu refroidis par cet accueil.

 

  Et vlan ! Arrivent les emplois du temps tout beaux tout chauds, c'est le cas de le dire, puisqu'ils ont été frais pondus la veille. Il est vrai que le fait que trois blocs de moyens provisoires4 n'aient pas été pourvus (en Lettres, et Histoire-géographie et en E.P.S.) a sans doute compliqué la donne, mais des plannings sont un tel tissus d'incohérences que nous en restons baba(orum) : certaines classes n'ont qu'une heure hebdomadaire d'anglais ou de maths, des enseignants à cheval sur plusieurs établissements se doivent d'avoir le don d'ubiquité puisqu'ils ont cours en même temps sur leurs deux collèges, d'autres professeurs hostiles aux heures supplémentaires, dont votre humble servante, se retrouvent avec des horaires délirants de vingt-et-une, vingt-deux voire vingt-trois heures de cours par semaines au lieu des dix-huit heures statutaires5, tandis que d'autres sont en sous-service. Monsieur Panoramix et moi-même avons même une classe de trop ! Bien entendu, nous étudions nos précieux papiers afin d'y traquer chaque erreur, ce qui n'est pas une mince affaire, puis nous nous dépêchons de remettre à Monsieur Abraracourcix notre chef le résultat de nos investigations dans l'espoir que, le lundi suivant, les emplois du temps auront été corrigés. En salle des professeurs, les casiers n'ont pas été étiquetés, aussi nous accaparons celui que nous voulons avant d'être chassés à midi pile du collège.

 

  Le lendemain6, c'est la rentrée. Nous autres professeurs principaux emmenons nos ouailles dans une salle pour leur communiquer... rien du tout ! Les emplois du temps qu'on nous a donnés sont ceux du collège voisin7, nous n'avons pas la liste des professeurs, et nous ne savons pas quand nous aurons ces informations. Trois heures pour étudier le règlement intérieur, présenter le collège, distribuer les manuels et faire remplir une fiche de présentation, c'est long. Très long. Trop long. A propos des manuels, justement, j'apprends que ceux qui devaient être changés ne l'ont pas été, mais qu'on a omis de m'en informer. Un quart d'heure avant la fin, on nous fait enfin passer les emplois du temps provisoires. Provisoires ? C'est un bien grand mot ! Nous avons dû nous en accommoder pendant deux semaines et demie. À l'usage, je me rends compte que je n'ai pas cours en même temps que mes élèves, lesquels vont en S.V.T. en même temps qu'en latin. Je n'ai fini par voir certains de mes mouflets que trois bonnes semaines après la rentrée ! En attendant, Monsieur Panoramix et moi prenons en cours une classe que nous savons ne pas devoir garder. Au bout de huit jours, nous décidons d'arrêter de le faire pour cesser de camoufler le problème.

 

  Certains élèves passent désormais plusieurs heures par jour en étude. Les parents commencent à protester. Pour les apaiser, le principal propose une réunion où les enseignants ne sont pas conviés. Mais dans l'assistance se trouve Madame Jolitorax, collègue d'anglais dont la fille à la chance d'être dans la classe à laquelle il manque trois enseignants. Elle assiste alors à une tentative désespérée de Monsieur Abraracourcix pour rejeter la faute sur le rectorat qui n'a nommé personne et sur les méchants profs qui ne veulent pas d'heures supplémentaires. Madame Jolitorax démonte un par un tous les arguments de la direction, et le chef repart penaud, la queue basse.

  Quand le Graal (pardon, je m'emporte) les nouveaux emplois du temps définitifs provisoires arrivent, les pauvres professeurs que nous sommes décident de se réunir un soir pour vérifier qu'ils sont conformes. Hélas, trois fois hélas, ils sont largement aussi ineptes que les précédents. De vingt-trois heures, je suis passée à quinze, mais le jeudi, mes élèves ne mangent pas puisqu'ils ont cours non stop de huit heures et demie à dix-sept heures. Monsieur Panoramix, lui, a toujours sa classe en trop. La liste des dysfonctionnements n'en finit plus, et aucune classe n'est épargnée. Un collègue de math, Monsieur Anglaigus, et moi décidons de la lui remettre le lendemain, en délégation, afin qu'il puisse y remédier au plus tôt. Quel bel optimisme ! Voilà deux semaines que nous fonctionnons avec ce ramassis d'âneries ! Le chef nous remercie malgré tout, nous assure que certaines aberrations ont été corrigées, et que deux des trois postes vacants devraient être pourvus. Il nous demande même si nous n'aurions personne à proposer pour le job...

 

  Pendant ce temps, chez les parents, la grogne enfle, et ils se décident à passer à des mesures plus radicales : l'occupation du collège est décrétée, et ils passent à l'acte, banderoles à l'appui. Le maire lui-même vient faire sa petite apparition publique, le secrétaire départemental d'une fédération de parents d'élèves vient en personne désavouer le mouvement8, ce qui n'entame en rien la détermination des occupants, qui se relaient pour squatter l'administration. Etant moi-même gréviste et fortement enrhumée ce jour-là, je ne vais pas au collège et rate une bonne partie des jeux du cirque. Toutefois, en fin d'après-midi, je fais un saut jusqu'au théâtre des opérations afin de vérifier si les emplois du temps nouveaux sont arrivés à maturité. Que nenni ! J'apprends de la bouche du chef que tous les postes vacants sont pourvus, sauf en français, car nous somme censés avoir les moyens suffisants. Si avoir les moyens signifie me coller cinq heures supplémentaires, je refuse tout net.

 

  Je suis alors apostrophée par les parents présents, qui ne comprennent pas tous les rouages mal huilés de notre bonne vieille Ed'Nat'9. Et c'est alors à moi que reviens la tâche de fournir les explications, de recalculer en direct les heures, de proposer des solutions aux parents pendant que Monsieur Abraracourcix ne dit mot et se terre derrière sa secrétaire, trop heureux de ne pas être au centre des débats. Un tel morceau de lâcheté est un spectacle assez rare ! J'aurais ragé de le manquer ! Quand je pense que cet homme prétend m'estimer et me laisse me dépatouiller tout seule et malade alors que ce sont des sujets qui relèvent de sa responsabilité, je n'ose imaginer ce qu'il ferait pour quelqu'un qu'il n'apprécie pas !

 

  Quand le principal sort soudain de son chapeau qu'une des collègues de lettres est en sous service, ce qu'il s'était bien gardé de dire plus tôt pour « avoir une dernière carte à sortir » (je cite), de terribles envies de meurtre me viennent à l'esprit, mais je préfère ne pas y laisser prise car les témoins sont nombreux. Après moultes cogitations, j'en viens à l'unique conclusion possible : il faut redistribuer les classes différemment. Depuis le début, il avait les heures et les professeurs, mais il n'avait pas été capable de faire une répartition correcte ! Le lendemain matin, c'est moi qui m'y colle. Les parents sont satisfaits car leurs enfants auront des enseignants. Ce dont ils ne se doutent pas, c'est que puisqu'il va falloir intégralement refaire les emplois du temps et que comme il avait fallu trois semaines pour arriver à des plannings totalement stupides, ce n'est pas demain la veille que nous pourrons travailler correctement !

  Pour finir, il est plus que probable que toute cette affaire ne reste pas sans suites, mais à l'heure actuelle, il est encore difficile de les envisager clairement. Un léger brouillard dû au lait de chèvre, sans doute... Mais au fait, où est la sortie ?

 

 

 


1. Une compétence au choix validée à qui me donnera le nom « officiel » de madame Ordralphabétix sans avoir cherché dans un album d'Astérix ni sur Internet ! 

 

2. En bonne prof de français, Mme Ordralphabétix ne féminise pas le mot « professeur ». Grâce lui en soit rendue (ND Celeborn)

 

3. L'abus de lait de chèvre est dangereux pour la santé : à consommer avec modération. Une animation citoyenne et ludique se tiendra d'ailleurs sur le sujet pendant les cours de français. L'étude d'Alcools d'Apollinaire sera par ailleurs prohibée. Non mais ! (ND Celeborn)  

 

4. Les fameux BMP. Un BMP est un ensemble d'heures non attribuées à l'un des enseignants en poste fixe sur l'établissement, soit parce qu'il n'y a pas assez d'heures pour en faire un poste, soit parce qu'il y en a tout juste assez et que ce post ne serait pas pérenne. L'organisation de l'Éduc'Nat étant ce qu'elle est (un vaste foutoir, et je reste poli), et les suppressions de postes étant ce qu'elles sont (là, j'aurais bien envie de ne pas rester poli), on croise de + en + de BMP non attribués encore le jour de la rentrée. Parents, si vos enfants n'ont pas de prof de maths, de musique ou de techno (voire les trois à la fois) pendant une semaine deux semaines un mois, c'est qu'il s'agit d'un BMP sur lequel on cherche désespérément à mettre un TZR (mais on n'en a souvent plus en stocks, cf. les suppressions de postes dénoncées un peu plus haut), un contractuel ou un vacataire (les deux derniers sont des gens qui n'ont pas le concours, mais qui ont normalement fait des études poussées dans la discipline. Ou dans une discipline pas trop éloignée. Ou presque. Ou pas vraiment mais un peu quand même. Au demeurant, certains peuvent être très compétents, heureusement !). (ND Celeborn… comme toutes les autres, en fait, alors je vais arrêter de le répéter à chaque fois !)

 

5. Rappelons que pour préserver notre santé mentale déjà fort attaquée, seule 1 heure supplémentaire année (HSA) peut nous être imposée. Pour les autres, il faut notre consentement (parfois) éclairé. 


6. … elle était souriante (référence old fashion délicieuse que vous pouvez partager en cliquant ici)


7. Ah oui ! Quand même ! 

 

8. Sans doute le cousin de Tullius Détritus.

 

9. Difficile de leur en vouloir, d'ailleurs. 

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23 septembre 2010 4 23 /09 /septembre /2010 23:21

 

muses

 

 

  Le proprio du blog Je Suis en retard, premier sur le terrain, a assisté pour vous (en compagnie de collègues super géniaux) aux deux manifestations contre la réforme des retraites1. Compte-rendu en 9 muses des choses vues.

 

 

 

La manif' selon Calliope2

 

Les slogans, c'est la base de toute manif'. Un bon slogan bien asséné d'une voix bien saccadée, à mi-chemin entre le marteau-piqueur et la marche militaire, ça vous met tout de suite dans le bain. Si ça rime, c'est bien…

 

Sarkozy au pilori

Et Châtel à la poubelle

Et Fillon expulsion

Éric Wœrth beurk beurk beurk3 

 

… et si c'est répété, c'est mieux ! 

 

Cherchons l'argent là où il est ! (x10)

 

 

 

La manif' selon Érato et Euterpe4

 

  Les slogans, c'est bien, certes, ma chère Calliope, mais en chantant, c'est mieux. Une petite parodie de Carla Bruni par-ci, un p'tit…

 

Sarko, si tu savais

Ta réforme où on s'la met5

 

… par-là, sur un air de chanson tellement populaire que je ne me souviens même plus du texte original (un truc genre «Chauffeur, si t'es champion…», je crois), c'est quand même beaucoup + amusant. Bon, il faut excuser ceux qui ont des sonos crachottantes (et qui mettent malgré tout le volume au max), ceux qui chantent mal, ceux qui chantent mal ET fort : mais là aussi, ça fait partie de l'ambiance.

 

 

 

La manif' selon Terpsichore6

 

  Et oui, parfois, en manif, on a envie de danser, surtout quand on vous passe (les deux fois), le méga tube suivant : 

 

 

 

… mais bon, on se retient (difficilement), car ça ne ferait pas très sérieux (au fait, désolé pour cette pub pour une organisation politique à laquelle n'appartient d'ailleurs pas l'auteur de ces lignes. Mais allez trouver une vidéo de cette chanson sans mise en images orientée, vous !).

 

 

 

La manif' selon Thalie7

 

  À un moment, sur le parcours, une banderole attachée entre deux arbres (ou étaient-ce deux réverbères) proclame ce message haut en signification :

 

Antiquités - Brocante

Place Monge8

Samedi 25 septembre

 

  … si vous n'aviez rien de prévu ce week-end, chers amis, courez-y : l'organisateur a un sens du marketing assez formidable !

 

 

 

La manif' selon Polymnie9

 

  Sur une pancarte, soudain, ce texte délicieux :

 

62 selon la police

60 selon les syndicats

 

 

  

La manif' selon Uranie10

 

  Ô Uranie, nous t'invoquons ! Regarde dans les étoiles si tu parviens à trouver le nombre réels de manifestants à Paris11, et sur l'ensemble du territoire12.

 

« Oh là là ! C'est pas du tout mon domaine ! Faut demander à Clio, la muse de l'histoire ! C'est son boulot, ça ! »

 

 

 

La manif' selon Clio13

 

  Ô Clio, nous t'invoquons ! Regarde dans tes livres si tu parviens à trouver le nombre réels de manifestants à Paris11, et sur l'ensemble du territoire12.

 

« Et vous venez me déranger pour des querelles de chiffres que les humains ont calculé avec les pieds ? Comment voulez-vous que je fasse sans preuve matérielle fiable et donc historique ? Demandez plutôt à Uranie de regarder dans ses étoiles ! »

 

 

 

La manif' selon Melpomène14

 

  Petite pancarte accrochée dans le dos d'une manifestante :

 

Leur seule force, ils la tirent de notre résignation

 

  Et là, Terpsichore s'est arrêtée de danser, Érato de chanter, Euterpe de jouer. Clio a levé le nez de ses bouquins, Uranie baissé le nez de ses étoiles. Calliope et Polymnie ont apprécié discrètement. L'auteur de ces lignes également.


 


1. Selon les syndicats. Selon la police, il sirotait un monaco devant un match de foot de ligue 2.

 

2. Muse de l'éloquence.

 

3. Là, comme l'a fait remarquer la prof de latin ma formidable collègue de lettres classiques, qui profite de cette note de bas de page pour rappeler qu'elle enseigne également le français, non mais alors ! Bref, comme elle l'a fait remarquer, là, ça ne rime pas. 

 

4. Muse de l'art lyrique et muse de la musique.

 

5. Dans un endroit censuré par ma décence naturelle selon les syndicats, dans le Journal Officiel selon la police.

 

6. Muse de la danse.

 

7. Muse de la comédie.

 

8. entre les toilettes publiques et le container à verre selon la police, du jardin du Luxembourg au jardin des Plantes selon les syndicats. 

 

9. Muse de la rhétorique.

 

10. Muse de l'astrologie/de l'astronomie.

 

11. 65 000 selon la police, 300 000 selon les syndicats.

 

12. 997 000 selon la police (pour éviter de dire un million), 3 millions selon les syndicats (c'est joli, ça tombe rond). 

 

13. Muse de l'histoire, donc.

 

14. Muse de la tragédie.

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