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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 22:29

Rouge

 

 

Et vous, votre stage, il se passe bien ?

 

  Amis stagiaires, mais aussi étudiants, tuteurs, personnels de direction, et les autres, s'il y en a… Sur le blog Je Suis en retard, ce mois de janvier est le vôtre. Régulièrement, les témoignages que j'ai reçus, et ceux que je dois encore recevoir, viendront faire comprendre à mes chers délicieux lecteurs et à mes admirables lectrices (ou l'inverse) ce qu'a engendré la réforme de la formation des professeurs. Et je vous le dis tout de suite : ce ne sera pas toujours beau. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y aura que des choses déprimantes non plus, mais bon…

 

  Petit rappel pour pouvoir suivre : depuis la rentrée 2010, les stagiaires doivent effectuer entre 15 et 18h de cours devant élèves la majeure partie de l'année. Le reste du temps, ils ont quelques formations, parfois en plus de leurs cours de la semaine, parfois regroupées sur une semaine complète… chaque académie a fait sa tambouille, en fait. Quand ils sont absents pour cause de formation, ils sont remplacés par… eh bien, là aussi, chaque académie a fait sa tambouille. Le résultat a parfois un goût étrange.

 

  Cet article sera mis à jour au fur et à mesure des contributions (deux à trois par semaine). N'hésitez pas à les lire, évidemment, mais également à les commenter et à faire circuler les liens. L'objectif est d'apporter un soutien hélas bien modeste aux stagiaires, qui souhaitent pour beaucoup faire connaître leurs conditions d'entrée dans le métier. D'avance, merci pour eux. Et si vous êtes stagiaire (ou tuteur, ou étudiant en M1/M2, ou personnel de direction ayant un ou plusieurs stagiaires dans l'établissement…), que vous tombez sur cet article et que vous avez envie de contribuer, il n'est pas trop tard : n'hésitez pas à me contacter (c'est tout en bas de la page).

 

Les contributions

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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1 janvier 2011 6 01 /01 /janvier /2011 14:26

magritte

 

 

  Chers lecteurs et lectrices,

 

  Je tenais évidemment à vous souhaiter une très bonne année 2011. J'espère pour vous qu'elle sera riche en joies ; j'espère pour nous qu'elle sera apaisée.

 

  Néanmoins, les perspectives d'avenir ne sont pas bonnes : mes collègues stagiaires sont pour beaucoup démotivés et/ou épuisés, et vous le diront sur ce blog pendant tout le mois de janvier ; le rapport sur les rythmes scolaires laisse entrevoir des possibilités de réformes absolument dramatiques pour notre profession ; les suppressions de postes se poursuivent et ne vont clairement pas améliorer la situation dans les établissements scolaires, notamment concernant les remplacements (et je ne parle pas des mutations) ; les idées développées par les principaux partis politiques de notre pays sur le plan éducatif en vue de la prochaine élection présidentielle sont plus terrifiantes les unes que les autres et laissent à penser que, qui que ce soit qui l'emporte, cela va très mal se passer ; enfin mon syndicat n'est pas sûr de son avenir.

 

  Néanmoins, je souhaite à tous mes collègues de pouvoir enseigner dans les meilleures conditions possibles et d'obtenir le poste qu'ils désirent pour ceux qui vont muter. Je souhaite aux élèves la réussite ; je souhaite aux parents la réussite de leurs enfants. 

 

  J'espère bien vous accompagner une année encore sur ce blog, que vous êtes de plus en plus nombreux à fréquenter. Je vous en remercie.

 

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 21:17

crane

  Ça fait un petit moment que vous n'avez pas eu cours, je crois…

 

 

« Quoi, m'sieur ? Un cours pendant les vacances de Noël ? Entre Noël et le jour de l'an ? Mais vous avez forcé sur le champagne, ou quoi ? »

Je savais que ça vous plairait, Arnolphe ! 

 

 

  Puisque certains collègues m'ont dit avoir apprécié l'étude d'une gravure de Gustave Doré (que l'on retrouvera ici), je réitère. Là, c'est plutôt niveau lycée, je pense, pour toute personne souhaitant travailler sur la mort, la religion, l'humanisme, la concupiscence, etc.

 

  Le tableau, c'est évidemment celui-ci : 

 

ambassadeurs

 

 

  Et l'analyse, c'est celle-là : 

 

  Les Ambassadeurs, une huile de Holbein le Jeune, datant de 1533, et qui fait partie de ce genre pictural que j'aime tant : les vanités (oui, d'où le titre de l'article), genre reconnaissable le plus souvent à la présence d'un crâne dans le tableau. Ce genre pictural fait évidemment référence au texte biblique de L'Ecclésiaste, qui rappelle la misère de l'homme sans Dieu, et la grandeur de l'homme avec Dieu.

 

  Cette vanité, donc, est fondée comme les autres sur l'opposition entre les faiblesses humaines et la grandeur divine. Les faiblesses humaines, ce sont les trois concupiscences qu'on retrouve chez Pascal :

 

  • libido sciendi (désir de savoir)
  • libido sentiendi (désir de sentir, de jouir)
  • libido dominandi (désir de pouvoir)   

 

  Elles sont ici formidablement représentées. Dans les deux personnages tout d'abord, les deux ambassadeurs (Jean de Dinteville et Georges de Selve, pour les amateurs de news people), possédant tous les deux les vêtements du pouvoir (pouvoir "noble" à gauche, avec l'hermine, le sceptre, les armoiries en pendentif ; pouvoir ecclésiastique à droite, avec l'habit qui fait le moine).  Sur la table du centre ensuite, couverte d'instruments du savoir humain (globes, livres…) et du plaisir humain (luth)1.

 

  Et pourtant, ils n'ont pas l'air heureux, et leur regard est fuyant. Ils évitent bien de regarder la tache étrange à leurs pieds, essayant ainsi de l'oublier. Oublier quoi ? L'idée de la finitude, bien sûr, représentée par ce crâne2 en anamorphose. Le seul espoir de salut est d'ailleurs tout aussi inaccessible pour les personnages que pour le spectateur qui s'échine à trouver le bon placement pour voir correctement ce crâne : c'est le crucifix en haut à gauche (oui, je sais, il est tout petit et vraiment sur le bord).

 

 À partir de là, on rejoint bien notre idée de départ : les trois concupiscences ne constituent pas le salut (elles sont un divertissement — au sens pascalien du terme —, i.e. un moyen pour l'homme de ne pas penser à sa finitude). L'homme doit au contraire accepter le fait qu'il est mortel (et ne pas l'oublier !) et tourner son regard vers Dieu pour obtenir le Salut.      

 

  Un petit coup de Montaigne là-dessus (« Que philosopher, c'est apprendre à mourir »), et nous voilà avec une bonne base de chapitre réjouissant et primesautier ! On va s'éclater grave en cours de français ! 

 

 

 


1. On pourra s'amuser à noter quelques petits détails particulièrement significactifs : une des cordes du luth est cassée, le livre ouvert l'est à la page du cantique de Martin Luther « Viens Esprit Saint inspirer nos âmes ».

 

2. Ce qu'on appelle un memento mori (souviens-toi que tu es mortel). 

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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 14:56

manoir

 

 

 

(Pour les sixièmes, l'entrée du terrier est par-ici !)

(Pour les cinquièmes, le pont-levis est par-là !)


  Que font donc les élèves du collège Jean-Baptiste Poquelin quand ils reviennent une troisième année (à croire qu'ils ne peuvent vraiment plus se passer de nous !) et qu'ils ont le malheur de rencontrer votre hôte1 ? Comme promis à une adorable lectrice, voici un troisième article sur ce que j'aime faire et voir en classe.

 

  La Quatrième, c'est le niveau qui nous fait comprendre que l'adolescence, c'est vraiment moche. Et je ne parle pas que des boutons. Là, ça y est, on y est, dans la puberté, on est même en plein dedans. Et comme il n'y a aucun moyen crédible de « tenir les troupes » (comme le brevet des collèges en Troisième, qui ne sert d'ailleurs plus qu'à ça), la Quatrième est généralement la classe la moins demandée par les collègues.

 

  Les quatrièmes, ça demande souvent pas mal d'énergie, et souvent, ça soûle.

 

  Les quatrièmes, ça drague sévère, ça se roule des pelles, ça pleure quand c'est largué2.

 

  Les quatrièmes, ça a un sac encore plus petit que l'année d'avant. On y trouvera parfois davantage de produits de maquillage que de classeurs.

 

  Les quatrièmes, ça râle, ça se révolte, ça crie à l'injustice. 

 

  Les quatrièmes, ça pense au cul. Sinon, ça s'ennuie ferme.

 

  Les quatrièmes, ça n'écrit pas toujours sur sa feuille. D'ailleurs, ça n'a pas toujours de stylo. Ou de papier. Ou les deux.

 

  Les quatrièmes, ça a besoin d'une sacrée remise à niveau en grammaire.

 

  Les quatrièmes, ça peut te donner des conseils de mode3. Pour ça, ça peut te dire auparavant que t'es habillé comme un sac.

 

  Les quatrièmes, ça ne fait pas ses coups en douce : ça te montre bien clairement que tu les fatigues.

 

  Les quatrièmes, ça envisage sérieusement pendant une seconde complète de t'insulter, ou de sortir de la salle sans rien te dire (version ZEP : ou de te frapper). Parfois, ça le fait.

 

  Les quatrièmes, chez moi, ça vit entre L'Avare, le siècle des Lumières et le beau XIXème. Comme ça ne pense qu'au sexe, ça adore Molière — quand on en profite pour raconter quelques anecdotes croustillantes sur la vie dans sa troupe —, Laclos — quand on leur explique ce qu'est le libertinage —, le fantastique — quand on entre un peu dans les détails de la symbolique du vampirisme. Ça s'ennuie à Candide, mais ça aime voir Rousseau et Voltaire s'envoyer des vacheries dans leurs lettres. Ça se gausse du lyrisme, mais « Demain, dès l'aube… », ça marche toujours. Ça croise des fantômes, des utopies, des mises en scène absconses de la Comédie Française (ça préfère nettement le film avec De Funès, et je les comprends), Les Misérables, des mousquetaires, des chats noirs, les grandes eaux de Musset, les incontournables nouvelles de Maupassant (on y déprimera régulièrement entre problèmes de familles, bijoux perdus et animaux martyrisés). Ça m'écrira une lettre, ça essaiera de me faire peur, ça réapprendra les règles de la versification parce que bon, à la fin, va falloir les connaître. 

 

  Mais la moitié du temps (pas davantage, hélas : le quatrième, on le voit peu), ça fait de la grammaire, de l'orthographe et de la conjugaison. Ça va me ré-réapprendre les déterminants et les pronoms. Surtout les pronoms relatifs. Et les conjonctions de subordination. Et la morphologie de l'imparfait du subjonctif du présent de l'indicatif. Et le complément d'objet direct. Et l'indirect. Et le circonstanciel. Et l'analyse grammaticale en écrivant à chaque fois en majuscules « NATURE : / GENRE : / NOMBRE : / FONCTION : ». Et le célèbre accord du participe passé. Et ça fera des dictées, sur lesquelles je m'arracherai les cheveux que je ne me serai pas déjà arrachés en cinquième en corrigeant… Mais surtout, surtout, ça suera à grosses gouttes sur mon exercice préféré, l'analyse logique4 !

 

  À la fin de l'année, ils auront j'espère compris ce qu'est le romantisme, le réalisme, la philosophie, l'utopie, le lyrisme, l'hésitation entre l'hypothèse rationnelle et l'hypothèse surnaturelle, les formules de politesse, que la poésie peut aussi servir à exprimer leur potentiel mal-être, et surtout le fait que la littérature, la grande, la vraie, la belle, ne parle que de cul de l'amour et de la mort.

  Et tout le reste, c'est pour les gens coincés.

 

 

Note : amis stagiaires, tuteurs, personnels de direction, formateurs… vous pouvez toujours répondre à mon appel

 

 


1. Et pour certains, c'est pour la troisième fois ! Pauvres enfants…

 

2. Et c'est alors accompagné par sa meilleure amie aux toilettes.

 

3. « Whôa m'sieur ! Le rose, c'est trop fashion ! »

 

4. Un supplice absolument délicieux, à base de repérage et d'analyse des différentes propositions de la phrase. Compliqué à mettre en place, mais on comprend tellement mieux le fonctionnement d'une phrase après. Et je crois que ça améliore la rédaction, ensuite. 

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 15:11

We Need You

Oui, je sais : cette image est complètement attendue…

 

 

  Comme vous le savez (quoique, cher lecteur, admirable lectrice, vous ne le savez peut-être pas), nous avons vécu une réforme de notre recrutement et de notre formation cette année. Avec cet exploit concernant la formation : passer d'un système catastrophique à un système encore plus catastrophique ! Alors certes, dans l'ensemble, on ne regrettera pas les IUFM (d'autant que leur « disparition » n'est que factice : ils ont simplement changé de forme en s'immisçant dans l'Université) ; en revanche, on regrettera clairement le principe de l'alternance qui permettait une entrée progressive dans le métier, avec 6/8 heures d'enseignement par semaine. Là, nos stagiaires se payent des semaines à 15/18h de cours, ce qui ne les empêche parfois pas de subir une formation inepte certaines semaines, parfois en + de cet horaire déjà pas piqué des hannetons. D'autant que, contrairement à ce qui avait été annoncé, beaucoup de stagiaires se sont retrouvés dans des établissements difficiles, sans tuteur (ou avec un tuteur exerçant dans un autre établissement : c'est d'un pratique !), sur plusieurs établissements, voire tout ça à la fois ! 

 

  Les conséquences de cette réforme méritent d'être connues du grand public, je crois. C'est pourquoi j'appelle les stagiaires à entrer en contact avec moi (suffit de cliquer sur « Contact » tout en bas de la page) afin de faire partager leur expérience de ce début d'année à travers ce blog. Amis stagiaires, n'hésitez pas : je suis preneur de vos textes, quelle qu'en soit la forme (compte rendu, simple anecdote parlante, exercice de style…). On s'arrangera pour préserver l'anonymat, bien entendu.   

 

  Ce message s'adresse aussi aux collègues tuteurs, ainsi qu'à ceux qui peuvent observer un stagiaire dans son milieu naturel et estiment avoir de quoi écrire sur le sujet.

 

  En espérant qu'avec votre aide, nous parviendrons à davantage faire connaître la situation absurde dans laquelle on vous a mis, et ses conséquences.

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 17:00

Trelawney

 PISA, dis-moi qui a le meilleur système éducatif ! 

 

  Ça y est : ils sont arrivés, et déjà vous en entendez parler partout : les résultats du dernier PISA1 sont là. Ils vont pouvoir être glosés, débattus, analysés, récupérés ; ils vont servir à affirmer tout et son contraire ; on n'y verra au final que ce que l'on veut bien y voir. Le Café Pédagigique, par exemple, n'a pu se retenir longtemps, et déborde de la tasse, nous éclaboussant au passage des 10 commandements de l'OCDE2 :

 

 

- Il faut croire dans l'éducabilité de tous les élèves. Les études PISA montrent qu'on a pas à choisir entre la performance et l'équité du système éducatif. Les pays qui ont les meilleurs résultats sont ceux  qui ont le plus d'élites et où l'écart entre les faibles et les forts est le plus faible. La Finlande3 en est un exemple. Par conséquent l'OCDE est pour l'école unique et le collège unique.

 

  Admirez ce « par conséquent » judicieusement placé. Rien ne le démontre (au contraire, la situation en France aurait plutôt tendance à l'infirmer), mais ce n'est pas grave, on va le dire quand même.



- La société doit reconnaître un statut favorable aux enseignants et aux élèves. Ils doivent être reconnus.

 

  Voilà un conseil qui ne mange pas de pain.

 


- Il faut fixer des directives claires aux écoles, valables pour tout le territoire. Elles doivent indiquer les connaissances à connaître mais aussi les valeurs à transmettre et les attitudes à acquérir. L'OCDE insiste sur l'efficacité de la discipline.

 

  Vous l'avez reconnu ? Non ? Mais si ! C'est le socle commun ! 



- Il faut donner aux enseignants une formation académique de haut niveau mais aussi une formation pratique. Sur ce point la France est fautive estime B. Hugonnier. Il faut les former "tout au long de la vie" et une évaluation régulière des enseignants.

 

  Quand on voir le recrutement des professeurs des écoles, la France est également fautive sur le point A. Et comme elle est également fautive sur le point B, qu'elle propose une formation (ah ! les IUFM…) ou non (le « démerde-toi tout seul » actuel), on est mal barré !

 

 

 

  Bon, on ne va pas tous vous les faire ; d'ailleurs vous pouvez très bien imaginer les autres points : autonomie des établissement, rôle du chef d'établissement, les redoublements c'est pas bien, etc.

 

  Plus amusant, ces résultats seraient liés aux « réformes Darcos », nous dit le jus de chaussette. Problème : Darcos n'a réformé que le primaire, et les élèves qui ont connu ces réformes n'ont pas encore l'âge de 15 ans, qui est celui auquel on passe le test PISA. Autrement dit : le pauvre Xavier n'y est pour rien, cette année.

  Philippe Meirieu, lui, va plus loin : c'est la faute de Jules Ferry ! Effectivement, si les inégalités entre les meilleurs et les moins bons augmentent ces 30 dernières années, c'est probablement à cause de l'ami Jules. Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre. 

 

 

 Alors pour ceux qui veulent aller au-delà et qui disposent de neurones en bon état de fonctionnement, je vous renvoie aux deux excellents articles de Nathalie Bulle4 sur le sujet : c'est ici et . Pour ceux qui ont la flemme, je résume rapidement :

 

  • Grosso modo, les tests PISA évaluent le potentiel académique.

 

  • Les chiffres bruts en eux-mêmes n'ont aucun intérêt, car ils ne tiennent pas compte des disparités socio-culturelles, ni de la quantité et de la nature de l'immigration dans un pays. En effet, on ne peut évaluer l'efficacité des systèmes éducatifs sans tenir compte des situations de départ, qui sont hétérogènes.

 

  • Si l'on tient compte de cette variable, soudain, le système nordique est nettement moins motivant.

 

  • Le « modèle finlandais » n'est pas exportable tel quel : en revanche, ce qui l'est, c'est sa gestion des élèves en difficultés, qui suppose un encadrement bien + important. Bref : tout ce qu'on ne fait pas en France, car ça coûte de l'argent.

 

  • La pédagogie différenciée au sein de la classe, c'est peut-être pas si efficace que ça.

 

  • Ce n'est pas parce que vous avez un bon PISA que vous allez réussir vos études : savoir faire vos comptes (littératie = maths du quotidien), ça n'a pas grand chose à voir avec la conceptualisation des mathématiques et de leurs mécanismes.

 

  En conclusion, nous avons un système très correct, et même de qualité, que nous nous sommes évertués à démolir, tant sur le plan du qualitatif que du quantitatif. C'est déjà suffisamment déprimant comme cela pour ne pas avoir à supporter que ceux-là mêmes qui ont participé à cette grande catastrophe pérorent encore et nous affirment qu'on ne les a pas assez écoutés, et que si on continue dans la même voie, on se prépare des lendemains qui chantent. 


  L'avantage avec le crû de cette année, c'est que les pays/régions est-asiatiques dominent le classement d'une façon tellement outrageuse que ça va être un vrai numéro d'équilibriste que d'affirmer qu'un bon système scolaire est un système où l'on a supprimé la méchante notion de compétition. Parce que Shangaï, la Corée du Sud, Hong-Kong, Singapour et le Japon, question compétition, ça se pose là. 

 

 

Edit : il est évidemment vivement conseillé de lire l'article écrit par JPB sur le blog Bonnet d'âne : c'est ici, et c'est sans supplément de prix ! 


 


1. Programme for International Student Assessment. En VF : « Programme international pour le suivi des acquis des élèves ».

 

2. Organisation de Coopération et de Développement Economiques. SI vous ne voyez pas le rapport avec les systèmes d'enseignement, eh bien vous devriez, car les compétences, c'est l'OCDE. De manière générale,, toute réforme qui nous arrive dessus en étant passée par l'Europe, c'est l'OCDE. On a asservi l'enseignement à l'économie, ça y est. Et maintenant, on organise des tests pour rectifier les comportements des pays récalcitrants. Pas sûr que l'élève y gagne, à l'arrivée…

 

3. Un article sur PISA qui ne citerait pas la Finlande, ça n'existe pas.

 

4. Nathalie Bulle est chercheuse (pardon… chercheurE) au CNRS, docteur, et habilitée à diriger les recherches. Bref : une scientifique, une vraie. Ça nous change.

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 13:14

Bisounours

Le Conseil de classe vu par notre nouvelle équipe de direction

 

 

  Les Conseils de classe du premier trimestre battent leur plein au collège Jean-Baptiste Poquelin ! Je vous invite à pénétrer dans cet univers âpre, plein de tensions,suffocant, sentant la sueur et les larmes.

 

  Nouvelle équipe de direction oblige, ils ont changé ma chanson les règles du jeu, suite à une longue concertation avec les professeurs afin d'impliquer au maximum les équipes pédagogiques dans le process. En fait, pas du tout : nous découvrons presque toutes les nouveautés au moment même du conseil, dans le discours d'introduction du chef dudit conseil. Et c'est pas piqué des hannetons :

 

  • la synthèse1 est déjà faite (du moins dans les conseils de Principal adjoint) ! Ami professeur principal, arrête de te fatiguer ! On s'est fatigué pour toi. Principal adjoint t'a tapé des pavés de 6 lignes directement sur YoupiNotes où il s'adresse à l'élève d'un « tu » sympa et copain-copain pour lui déverser une tripotée de conseils vagues sur le mode « tu dois investir ta réussite en améliorant tes méthodes de travail ». Moi qui croyais que personnel de direction était un boulot ultra-prenant et épuisant, je vois que certains ont du temps pour s'éclater2… En attendant, nous, en conseil, on n'a soit pas le temps le lire la synthèse, soit on ne nous la propose même pas. Conclusion : les profs ne savent même pas quelle est l'appréciation générale mise en bas du bulletin… Un vrai travail d'équipe ! 

 

  • un élève (pardon ! un « jeune »…) pourra avoir simultanément une récompense3 et un avertissement4 ! Si si ! Ils ont osé le faire ! Il faut bien distinguer les Félicitations, qui viennent récompenser un niveau scolaire, i.e. des bonnes notes, et l'Avertissement Conduite, qui lui vient sanctionner un comportement. T'as 15 de moyenne et tu fais chier tout le monde ? Félicitations ! 

 

 

 

  Ce qui est amusant (si j'ose dire), là-dedans, c'est que les rôles sont inversés. Me voilà, chantre de la transmission des savoirs, à défendre bec et ongles l'idée que le comportement incorrect d'un élève est une barrière infranchissable à l'obtention du Graal scolaire ; tandis que Principal Adjoint, nourri aux compétences et aux savoir-être, vient nous expliquer que le comportement ne doit pas être pris en compte dans l'évaluation. 

  Mais en fait, la réalité est toute autre : il s'agit pour moi de défendre une conception exigeante de l'enseignement, qui suppose de la part de l'élève politesse et respect de l'adulte, et qui surtout considère que ça va de soi, et que le fait de s'écarter de ce comportement attendu de tout élève est une raison bien suffisante au fait de le priver de dessert. En face, il s'agit tout bêtement de « valoriser le positif », i.e. de récompenser le + de « jeunes » possibles (et, on le verra, d'en avertir le moins possible) afin d'instaurer l'idyllique cercle vertueux de la pédagogie de la réussite, dans lequel les « jeunes » se mettront à bien travailler et à bien se tenir parce qu'on leur aura préalablement dit qu'ils sont formidables. 

 

  J'ai déjà vu de nombreux élèves faire nettement plus attention à leur comportement quand la jolie médaille leur était passée sous le nez au conseil pour cause de bavardages. J'ai même expérimenté l'année dernière — en tant que professeur principal — la pédagogie du « je ne laisse rien de rien passer » au conseil du deuxième trimestre. Le troisième trimestre avec la classe fut un absolu délice. En revanche, je n'ai pas connaissance de cas d'élèves se mettant soudain à faire attention à leur comportement alors qu'on les a félicités précédemment. Pourquoi changeraient-ils, puisqu'ils ont eu ce qu'ils désiraient ? Pourquoi s'arrêter de bavarder ou d'être insolent quand on vous félicite de ce que vous faites ?

 

 

 

  Quoi qu'il en soit, les règles du jeu étaient ainsi fixées : on récompense sur les notes, et on met tout (récompenses et avertissements) au vote des professeurs. En cas d'égalité, le chef du conseil tranche. Je propose à ce sujet de se passer du chef du conseil et de le remplacer par un programme informatique à la portée du premier geek venu qui effectuera les tâches suivantes :

  • en cas d'égalité sur l'obtention d'une récompense, le « jeune » obtiendra la récompense ;
  • en cas d'égalité sur l'obtention d'un avertissement, le « jeune » ne l'aura pas.

 

  Ça fonctionne dans 100% des cas, garanti !

 

 

 

  Hélas pour lui, le système comporte encore une faille : ce sont toujours les professeurs qui votent5. Et c'est ainsi que nous débattîmes joyeusement du cas d'un élève aux notes tout à fait sympathiques mais dont le bulletin était malheureusement orné de quatre remarques de « bavardages ». Toute la cargaison de bons sentiments dont disposait Principal Adjoint me fut déversée sur la tête, assortie d'arguments étonnants que vous pouvez  retrouver dans la reconstitution pas du tout orientée d'un dialogue entre nous :

 

PRINCIPAL ADJOINT, oui ! il parle beaucoup : Je vous rappelle blablabla nous nous sommes mis d'accord entre nous blablabla bien dissocier blablabla notes blablabla félicitations blablabla passons à l'élève suivant…


MY DEAR COLLEAGUE, what the f… ? : Excusez-moi, Principal Adjoint, mais il me semble que nous n'avons pas voté6


PRINCIPAL ADJOINT, oops ! I did it again… : Mais où avais-je la tête ? Alors je vous rappelle blablabla bien dissocier blablabla notes blablabla félicitations blablabla


M'SIEUR CELEBORN, une seule solution, la manifestation : J'suis pas d'accord avec cette façon de procéder (un développement s'ensuit sur le message qu'on va envoyer à l'élève, sur le fait qu'un tel bulletin n'obtenait rien l'année dernière, et surtout — argument massue — que Principal-en-Chef avait procédé autrement en conseil, « dégradant » de potentielles félicitations en « simples » compliments pour le même type de bulletin).


PRINCIPAL ADJOINT, rien à voir : Oui mais vous savez, au bac, on ne regardera que leurs résultats.


M'SIEUR CELEBORN, en mode La Palisse : Ils ne passent pas le bac, là…


PRINCIPAL ADJOINT, rien à voir au carré : Mais quand ils passeront un examen…


M'SIEUR CELEBORN, bis repetita… : Ils ne sont pas en train d'en passer un, là…

 

 

  Bref, nous mîmes aux voix (après nous être promis d'en rediscuter), et là — collègues je vous aime — personne ne vota les félicitations. L'élève fut « simplement » complimenté, comme un autre après lui (et là, Principal Adjoint n'osa pas sortir de son chapeau les Félicitations).

 

 


  Si on avait prévu une pluie de récompenses, en revanche, on avait organisé la pénurie concernant les avertissements :

 

PRINCIPAL ADJOINT, avec un peu de chance ils ne verront rien : Il conviendra donc de lui dire qu'il doit mieux investir sa réussite en améliorant ses méthodes de travail blablabla passons à l'élève suivant :

 

M'SIEUR CELEBORN, 1-2-3 Soleil, t'as bougé !  : Avant cela, ma collègue d'Histoire-Géographie et moi-même envisagions la possibilité d'un Avertissement Travail ET Conduite7.

 

 

… Avertissement qui fut mis. 

 

 

 

Si l'on rajoute à cela l'injure suprême que j'ai commise en MODIFIANT mon vote afin qu'un élève qui ne me posait pas de problèmes obtînt un avertissement (car la discussion que nous avions eu avait montré qu'il le méritait bien, tout bêtement), là, je crois que je me suis fait un nouvel ami.

 

  J'ai bien conscience de l'aspect légèrement ridicule de cet article pour le lecteur non-averti : qu'est-ce que c'est que ces adultes qui en viendraient presque aux mains pour un mot symbolique qu'on colle ou non sur le bulletin d'un gamin de 12 ans ? N'ont-ils rien de plus sérieux à faire ?

 

  À cela, je réponds que c'est très sérieux : ces « petits riens » sont la traduction d'une idéologie globale qui peut conduire un établissement scolaire vers la bordélisation généralisée de ses couloirs et de ses salles de cours en moins de temps qu'il n'en faut pour dire « fermeté ». Ces « petits riens » comptent pour les élèves, qui y attachent une valeur que nous ne concevons plus, nous, adultes. À travers cette discussion de bouts de chandelle, c'est en fait à l'affrontement de deux visions pédagogiques que nous assistons. Je tiens à la mienne, que j'estime meilleure que l'autre. Je me bats donc pour elle. 

 

 

 

 

 

BONUS (généreusement offert) : toi aussi, décrypte les apophtegmes de nos chefs en conseil de classe !

« Elle n'a pas investi sa réussite » → Résultats insuffisants

« Les Mathématiques doivent montrer la voie de la réussite » → Résultats insuffisants, sauf en maths    

« Ça me paraissait réfléchir assez bien le jeune » → Elle est jolie, mon appréciation, non ?

 

 


1. Traditionnellement chez nous, le professeur principal de la classe proposait une synthèse après avoir brossé à grands traits le portrait de l'élève. Cela permettait d'avoir une image assez juste, d'autant plus que c'était quelqu'un qui avait l'élève en cours qui en parlait. Là, nous eûmes le droit à un quiproquo légèrement nauséabond à propos d'un élève à la moyenne de français abyssale et dont le nom révélait des origines exotiques. Principal Adjoint se lança dans un grand discours sur la nécessité d'acquérir les bases pour les jeunes qui ne maîtrisaient pas bien la langue. Pas de bol : le « jeune » en question est Français, parle français chez lui et maîtrise tout à fait correctement la langue française. En revanche, il ne fout rien. Comme quoi, quand on ne sait pas, mieux vaut se taire et laisser parler ceux qui savent.

 

2. Que les personnels de direction lecteurs de mon blog ne le prennent pas mal. Je crois que la majorité d'entre eux fournit effectivement un gros travail. Là, pour le coup, je pense que le temps serait mieux occupé à faire d'autres choses dont notre collège a besoin…

 

3. Par ordre décroissant : les Félicitations, les Compliments, les Encouragements.

 

4. Sans ordre aucun : l'Avertissement Travail, l'Avertissement Conduite, l'Avertissement Travail ET Conduite.   

 

5. Nul doute qu'une solution sera rapidement trouvée pour remédier à ce « léger » défaut du système…

 

6. Il n'aura donc pas fallu longtemps pour trouver une solution au problème mentionné dans la note de bas de page n°5. Simple et élégant, isn't it ?

 

7. Nos conseils de classe étant généralement agrémentés de petites choses à manger et à boire apportées par le Professeur Principal, il va falloir surveiller ses temps de mastication. Un Petit Écolier8 pas assez vite avalé, et c'est une sanction qui disparaît. À chaque fois qu'un professeur dit « je reprendrais bien du jus d'orange », il y a quelque part un Avertissement Travail qui meurt. 

 

8. Je parle du gâteau, évidemment…

 

 

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27 novembre 2010 6 27 /11 /novembre /2010 12:49

dyslexie    

 

 

Vision d'ensemble de la dyslexie : Colette Ouzilou, Dyslexie : une vraie-fausse épidémie

 

« Voilà pourquoi votre fille est dyslexique » (Molière, L'Orthophoniste malgré lui)

 

 

  C'est un livre salutaire, et ce pour plusieurs raisons. Tout d'abord c'est un livre d'une spécialiste, une vraie : une orthophoniste qui a quarante ans d'expérience. À l'heure où toute personne diplômée en « sciences de l'éducation » se permet de tenir un discours d'expert à propos de sujets sur lesquels il est en réalité néophyte, c'est bon de lire un ouvrage argumenté, fondé sur des études scientifiques, et écrit par quelqu'un qui sait de quoi il parle. Ensuite, c'est un livre qui n'est technique que lorsque c'est nécessaire. C'est là encore une preuve de qualité, car l'abus de jargon dissimule trop souvent le vide de la pensée et la faiblesse du raisonnement. Enfin, c'est un livre salutaire car il peut sauver : pour cela, il faut évidemment le lire, mais il faut ensuite agir. J'apporte ma modeste pierre à l'édifice en relayant le message.

 

 

  « Dyslexie » : voilà un mot que tout professeur a déjà entendu, et pas qu'une fois. Il permet d'expliquer à moindre frais les problèmes de certains élèves (de + en + nombreux) en orthographe aussi bien qu'en lecture : en effet, tout professeur demandant de lire un texte à voix haute aujourd'hui sait qu'il a de grandes chances de subir — en compagnie de sa classe — un moment bien pénible. Mais pas de soucis : c'est une dyslexie ! Personne n'y est pour rien, sauf Dame Nature (et Dame Névrose, qui lui donne un coup de main de temps en temps). Et si les dyslexiques se multiplient ces temps-ci tels des pains sur la table d'un repas auquel on aurait convié Jésus, c'est tout simplement qu'on dépisterait bien mieux la chose du haut de notre brillante modernité.

 

  Archifaux, nous dit donc Colette Ouzilou : si les dyslexies se multiplient, c'est parce que l'on appelle « dyslexie » des tas de problèmes qui ne relèvent pas de ce vocable. L'épidémie, on ne l'a pas révélée : on l'a créée. Et Colette Ouzilou le démontre au cours d'un raisonnement très progressif dont je reprends la structure ici, chapitre par chapitre.

 

 

Introduction

 

  L'école pour qui ? Pour tous. Ou presque : l'école ne peut accueillir les enfants dont le QI est trop faible (je vais devoir employer le terme de « débile » dans un sens médical, ici), ni ceux qui sont psychotiques. Pour ceux-là, il faut des structures adaptées, car les mettre dans le pot commun est une matraitance, autant pour eux que pour les autres enfants :

 

« Des essais d'insertion de petits psychotiques en primaire tentent de les aider. Mais ces enfants, en avançant en âge, imposent leur différence de telle sorte que, confrontés sans aménagement possible à une normalité qui n'est pas la leur, à des exigences qu'ils ne comprennent pas et à des performances inaccessibles, ils y souffrent souvent. Cette « maltraitance » involontaire, malgré sa grande bonne volonté, est justifiée en partie par l'insuffisance et le coût de centres éducatifs spécialisés. Cependant, cette intégration au sein du public scolaire peut être lourde, pour l'enfant handicapé comme pour la classe. »

 

  On appréciera encore une fois les conséquences déplorables de ce mélange de bons sentiments et de restrictions budgétaires qui produit tant de choses merveilleuses à l'Éducation Nationale.

 

  Partant du principe que ne sont mis à l'école que les enfants pour lesquels elle peut servir, Colette Ouzilou l'affirme : « Tous les enfants, dès le CP, sont aptes à apprendre à lire, à écrire, à compter » (n'en déplaise à Mme Belzébuth). Vient alors la question des méthodes, formidablement synthétisée dans le livre. Les méthodes aujourd'hui sont difficiles à départager car le dosage de la méthode mixte, majoritaire, varie d'une classe à l'autre. Le débat est âpre et tous les « spécialistes » veulent y participer. Colette Ouzilou l'affirme : « la méthode compte ». Et elle va le démontrer.

 

 

1- L'enfant de maternelle

 

  Dans ce chapitre, vous apprendrez comment on peut massacrer l'apprentissage de la lecture d'un enfant avant même qu'il n'apprenne à lire : troubles non corrigés, mise en place de stratégies qui pousseront l'enfant à supputer et non à déchiffrer, oubli du principe alphabétique de la langue. Bienvenue au pays des merveilles ! 

 

 

2- Envie de lire, envie de comprendre

 

  Colette Ouzilou remet en cause un certain nombre de pratiques préconisées par le Bulletin officiel, qui tournent autour « du lire » sans jamais y entrer. Contrairement à ce que sous-tend notre très belle organisation en cycles, il doit y avoir rupture à l'entrée en CP : on n'est plus là pour écouter des histoires, pour « familiariser l'enfant avec l'écrit »… On est là pour lire, et pour donner les moyens d'y arriver, donc. Et lire, c'est avoir accès aux conventions symboliques du code, que l'on doit apprendre. 

 

« Il importe donc de ne donner à lire au débutant que ce qu'il est en mesure de décoder. Faute de quoi, les lettres « mortes », réduisant son champ de lecture, le contraignent à deviner l'indécodable, avec tous les aléas qu'entraînent ces devinettes… Le mot incomplètement « traité » ne peut se schématiser correctement, suscitant une gêne orthographique à sa production. »

 

  Les travaux neuroscientifiques le montrent, superbement ignorés par les pédagogos, dont les textes officiels sont analysés et déconstruits. Les résultats qu'ils obtiennent, tout professeur de français de collège (comme moi) les connaît :

 

« Cette pseudo-lecture de mots fixés par la mémoire visuelle sans référence phonique, fragilisée par la perception floue du global, contaminée par des formes lexiques proches, reste, même après un long apprentissage, hésitante et mal comprise. Blocage devant les mots illisibles, tâtonnements sémantiques, retours en arrière, etc., donnent une lecture laborieuse, anxiogène, qui contraint à deviner, décourage l'apprenti et l'en détourne. Si les inventeurs de ces deux moyens de lire [la voie directe, globale, et la voie indirecte, alphabétique] cherchent vainement à les départager, c'est évidemment qu'il n'y en a qu'un, utiliser l'alphabet. Faute de quoi la saisie visuelle, auditive et sémantique des mots est impossible. Les auteurs donnent ainsi à la lecture dite directe, mythique, une autonomie et une réalité qu'elle n'a pas. »

 

  En effet, la lecture est une pratique, quelque chose qui ne s'append pas tout seul : elle ne peut venir « naturellement ». Et quand elle ne vient pas, c'est alors que l'on invoque, à tort, la dyslexie, qui est un trouble de l'accès au code alphabétique, à sa mémorisation et à sa pratique, et non autre chose. Le résultat d'une pédagogie lacunaire, ce n'est pas la dyslexie : c'est la dysorthographie.  

 

 

3- L'alphabet en péril

 

  Où l'on rappelle que la méthode globale a été inventée pour des enfants handicapés (sourds), et qu'elle sert à redresser un handicap authentique, exigeant en cela une formation extrêmement précise. Où l'on rappelle en même temps qu'à l'école, les enfants ne sont habituellement pas sourds. Où l'on démonte les présupposés de Foucambert et de Charmeux, célèbres globalistes fondant leur démarche sur le seul arbitraire, et obtenant comme résultat qu'un enfant lira « saxophone » pour « saxonne », « cheval » pour « chenal », voire « godasse » pour « chaussure » (!).

 

 

4- L'école aujourd'hui

 

  On analyse dans ce chapitre trois livres de CP pratiquant la méthode mixte. Lire au CP vise à « mettre en place un comportement de lecteur » ; Ratus et ses amis fait lire le mot « MAROU » 30 pages avant d'aborder le graphème OU ; tandis que Super Gafi propose « FANTÔME » p.11 dans l'étude de la lettre A, alors qu'il étudiera le graphème AN p.98.

  Certes, il y a étude du code dans ces méthodes, mais elle n'est qu'occasionnelle, elle manque de précision et d'organisation logique, et surtout… elle arrive trop tard ! Résultats de cette méthode de lecture à départ global, qui fait apprendre des mots par cœur avant de faire découvrir le code, et encore, de façon souvent laculaire :

 

« De cette première étape certains enfants, lassés par ce jeu de devinette, s'évadent discrètement. L'enfant intelligent qui attend du nouveau, tantôt se sent floué et se déprime, tantôt — le plus souvent — se laisse séduire par la facilité. S'il a bonne mémoire, l'habitude lui vient vite de réciter son livre par cœur, ce qui ne lui demande ni effort ni réfléxion. C'est la lecture par imprégnation. S'il est plus exigeant, il rejette cet apprentissage indigeste dont il ressent les limites. Il se réfugie alors dans un échec ostentatoire. Mémorisant les mots « outils » ou autres, confondant lettres et graphèmes qui se ressemblent (b/d, p/q, ein/ain, etc.), sautant des syllables, ânonnant péniblement, il se détourne « du lire ». Tel est le plus souvent le « dyslexique » que nous recevons en orthophonie. »  

 

  Colette Ouzilou développe, explique, prend des exemples tirés de son cabinet d'orthophonie (à faire frémir), et convainc. Apprendre les deux méthodes (et surtout l'alphabétique en second) pousse l'élève à éliminer l'une des deux voies, généralement la seconde, pourtant la seule à expliquer la combinaison parfaitement arbitraire des lettres entre elles : le processus est difficilement réversible. Et il conduit à l'impossibilité d'installer l'orthographe

 

 

5 - Apprendre… enfin

 

  Où l'on voit qu'apprendre à lire correctement, c'est « niveler ainsi le public scolaire par le haut ». Où l'on voit que cela permet d'éviter les confusions é/er/ai, et/est, etc. Où l'on comprend l'intérêt de la grammaire, des notions catégorielles élémentaires (les natures), qui évitent les phrases du type IL MAIS PERMIS, SA MET ÉGAL, IL SENVA… Où l'on voit qu'il faut lire à voix haute avant de lire « silencieusement », car la lecture a besoin de l'oreille. Où l'on redit cette évidence qu'il est urgent de redire : « le bon sens veut que le lecteur n'aille au-delà du code qu'après l'avoir franchi »

 

 

6- La dysorthographie

 

  Tout cela est mis en perspective à l'aide de très nombreux exemples tirés des situations professionnelles de l'auteur. On comprendra en lisant ce chapitre toute l'importance de la grammaire et de l'exercice de la dictée, qui exige une réflexion grammaticale construite sur la nature de chaque mot. Dès le CP. Et les problèmes causés par l'absence de cet apprentissage, on l'aura compris, n'ont rien à voir avec la dyslexie :

 

« Étant donné, nous allons le voir, le caractère original, spectaculaire, souvent, de la dyslexie, il est difficile de concevoir une dysorthographie tenace comme séquelle d'une dyslexie peu ou prou compensée et passée inaperçue. Si le vrai dyslexique est toujours — plus ou moins — dysorthographique, le dysorthographique est bien rarement dyslexique.

  Le débat à l'ordre du jour sur la simplification de notre orthographe n'est justifié que par les graves lacunes de son enseignement actuel. »

 

 

7- La dyslexie

 

  Colette Ouzilou nous explique donc ce qu'est réellement la dyslexie, pathologie rare. Elle met tout d'abord en garde contre cette pseudo-dyslexie qui ne traduit qu'une pédagogie déficiente, qui peut être guérie d'autant plus rapidement que l'on s'y prend tôt… et qui concerne 90 à 95% des échecs. Il convient de ne pas confondre celui qui n'a pas appris et celui qui ne peut pas apprendre. C'est à cause de cela que l'orthophoniste se voit bien plus souvent contraint d'enseigner que de rééduquer. 

 

  Pour ce qui concerne la dyslexie, la vraie, celle qui touche 1 ou 2 enfants sur mille, celle dont l'origine est à la frontière du défaut instrumental et de la charge névrotique, je vous invite à lire le livre : c'est très impressionnant.

 

 

8- Toute vérité est bonne à dire

 

  Aujourd'hui, les statistiques de l'épidémie de « dyslexie » ne cessent de gonfler. Cette épidémie n'est donc que le résultat du mode d'apprentissage, qui « donne à l'enfant simplement ignorant l'apparence d'un handicapé ». Et comme le handicap, c'est remboursé par la Sécu, on ne peut que tomber d'accord avec la conclusion de l'auteur : « le constructivisme coûte cher ».

 

 

  Sur ce, je vous laisse déprimer, vous révolter… ou contredire, suivant votre envie du moment ! 

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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 00:35

démon

 

 

  Le taulier du blog Je Suis en retard s'est délocalisé cette semaine dans une ville d'une fort jolie couleur afin de rencontrer tout un tas d'autres énergumènes aussi atteints que lui : une cohorte de profs qui souhaitent transmettre des connaissances et qui conchient les dernières innovations de not'bon'ministère et de nos bons partis1.

 

  Je fus accueilli, chouchouté, diablement bien nourri, mis en présence de collègues intéressants et même passionnants, et passai ainsi une semaine riche. Mais un détail mérite d'être rapporté, je crois. Lors de l'ouverture du congrès, une invitée d'un genre un peu spécial3 fut priée de nous parler de ses idées sur l'éducation : madame Belzébuth4. Et, devant notre assemblée de réacs', elle tint à peu près ce langage :

 

 

  Elle commence tout feu tout flamme, à l'aide d'une citation de François Dubet5 assortie d'une référence aux enquêtes PISA, qui lui permettent d'affirmer que, dans l'éducation, « des avancées remarquables ont eu lieu6. »

 

  Légers remous dans la salle.

 

  Mme Belzébuth nous cite donc quelques unes des infernales avancées en question : les TPE (sorte d'épreuve du BAC destinée à rapporter des points faciles et consistant généralement en un copier/coller de Wikipédia), le Conseil Pédagogique (instance pseudo-représentative qui n'a d'autre pouvoir que celui que le chef d'établissement veut bien lui donner), le Socle Commun de Compétences (déjà longuement analysé chez votre serviteur : je n'y reviens pas).

 

  Quinte de toux au troisième rang.

 

  Endiablée, Mme Belzébuth évoque alors le modèle nord-européen d'éducation avec une joie non dissimulée, avant de marteler qu'il faut « cylindrer l'école primaire et le collège pour construire l'école du socle. » Pour ce faire, quoi de mieux qu'une bonne louche de « pédagogie positive » versée par des enseignants dotée d'une plus grande formation pédagogique et… d'une moins grande formation disciplinaire7.

 

  On note un évanouissement dans la cinquième rangée à droite. 

 

  En plein discours enflammé sur la théorie des cycles qu'il faudrait reprendre, Mme Belzébuth ose la question rhétorique suivante : « est-il nécessaire que tous les élèves sachent lire au CP ? » On aurait envie de lui répondre oui, mais apparemment, la lecture, ce n'est pas la priorité de Mme Belzébuth, qui préfère demander aux professeurs de changer totalement leurs pratiques pédagogiques à chaque fois que le Conseil Régional leur fournit des ordinateurs, des tableaux numériques ou un nouveau jeu de cordes à sauter. Et c'est un ordre ! Si la région achète un moule à gaufre, prière d'étudier la Belgique en Géographie, la composition de la pâte à gaufre en Chimie et les jurons du capitaine Haddock en Français !

 

  Des tomates pourries et des œufs qui le sont tout autant volent à travers la salle, tandis qu'on évacue un agrégé de Lettres Classiques, qui fait une crise de convulsion, en hélicoptère.

 

  Mme Belzébuth ne restera pas (prétextant une réunion), et nous quittera donc, sourire malin aux lèvres, heureuse d'avoir fait son show. La légende veut qu'elle ait dit à la personne chargée de la raccompagner : « je ne suis pas forcément sûre d'avoir raison ». Errare humanum est, perseverare diabolicum…   

 

 

  Voilà pourquoi je me bats. Car peu de gens savent (surtout s'ils ne sont pas professeurs) que l'Éducation Nationale est gangrénée de Mme Belzébuth, de charlatans, de charlots, de Diafoirus, et qu'elle en crève. Et qu'elle en fait crever nos enfants, vos enfants, victimes d'expérimentations sauvages des théories les plus saugrenues et les moins scientifiques qu'on aura su trouver pour les empêcher d'être plus intelligents, plus cultivés… plus libres, quoi ! 

 

  Et si ce blog vous donne, à vous aussi, l'envie de vous battre, alors je n'aurai pas perdu mon temps.

 

 

 


1. On appelle ça un congrès syndical, en fait. Et le premier qui prétend que ça m'a fait une semaine de vacances, je le colle en commission pendant 6h sur l'avenir des humanités, à débattre du CECRL2, des langues régionales et de l'avenir de la filière L. 

 

2. Cadre Européen Commun de Référence en Langues. Vous aussi, découvrez si vous avez le niveau A2, B1 ou Z18 ! À noter que le niveau théorique de 5e (A2) est demandé pour… l'obtention du brevet des collèges en fin de 3e ! Le niveau monte !   

 

3. J'ai senti avant même qu'elle ne prenne la parole, à sa vêture, à sa coiffure, à sa façon de se tenir ou à sa manière de jouer avec ses lunettes, qu'elle n'était pas venue pour nous tresser des couronnes de fleurs tout en chantant des hymnes à notre gloire d'une voix de miel.

 

4. Le nom a évidemment été modifié avec beaucoup de subtilité par mes soins. Notons que cette dame a une histoire dans les hautes sphères de l'Éduc'Nat', et se pique désormais de politique.

 

5. François Dubet est un… Non, en fait, vous ne voulez vraiment pas savoir qui est François Dubet. Sachez que vous retrouverez ses livres (nombreux) dans toutes les mauvaises librairies, et ses articles et interventions sur tous les mauvais sites (dont évidemment les inénarrables Cahiers Pédagogiques). François Dubet nous y explique régulièrement comment réformer le primaire et le secondaire, dans lesquels il n'a jamais mis les pieds.  

 

6. Vu que la France est en chute libre dans ces enquêtes, on mesure à leur juste valeur lesdites avancées. 

 

7. Nous n'échapperons pas à la référence montaignienne de la « tête bien faite » qui vaut mieux que la « tête bien pleine », régulièrement employée par ceux qui font tout pour former des têtes bien vides, chez les profs comme chez les élèves, et qui réussissent au-delà de toute espérance. 

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12 novembre 2010 5 12 /11 /novembre /2010 20:52

château

 

 

  (Pour les sixièmes, l'entrée du terrier est par-ici !) 

 

 

Que font donc les élèves du collège Jean-Baptiste Poquelin quand ils reviennent une deuxième année (à croire qu'ils nous aiment bien !) et qu'ils ont le malheur de rencontrer votre hôte1 ? Comme promis à une adorable lectrice, voici un deuxième article sur ce que j'aime faire et voir en classe.

 

  La Cinquième, c'est le niveau qui nous fait comprendre que l'Âge d'Or, ça n'a qu'un temps, et que la joie est éphémère. On aimait nos sixièmes naïfs, innocents (tu parles !) et attachants2  : on les retrouve en cinquième claquemurés dans leur adolescence. Et dans leur sexe. Car les filles ont pris de l'avance sur les garçons en la matière : c'est l'âge de la grande séparation, celui où les demoiselles regardent les grands de quatrième tandis que leurs camarades de classe jouent encore aux cartes Yu-Gi-Oh3.

 

  Les cinquièmes, ça demande souvent pas mal d'énergie, et parfois, ça soûle.

 

  Les cinquièmes, c'est plus propre que les sixièmes, mais les filles compensent : elles ont leurs règles4.

 

  Les cinquièmes, ça a un sac, pas un cartable. Ce qui ne change rien au sujet de la fréquence des oublis de matériel…

 

  Les cinquièmes, ça ne pose pas de questions : ça s'ennuie.

 

  Les cinquièmes, ça ne s'émerveille plus. Mais ça regarde quand même la pluie qui tombe dehors, pour passer le temps.

 

  Les cinquièmes, ça écrit de la couleur que ça veut sur sa feuille. 

 

  Les cinquièmes, ça a besoin d'une sacrée remise à niveau en grammaire.

 

  Les cinquièmes, ça essaie des coups en douce ; ça veut tenter d'être plus intelligent que le prof, et ça se révolte contre le totalitarisme d'icelui quand c'est pris la main dans le sac. Dans le sac d'un camarade, par exemple, à lui « emprunter » son matériel.  

 

  Les cinquièmes, ça envisage sérieusement pendant une seconde complète le souci que ça va être de trouver une excuse crédible pour expliquer la présence d'une antisèche sur leur bureau.

 

  Les cinquièmes, chez moi, ça vit au temps des chevaliers. Les filles boivent une coupe avec Tristan, les garçons admirent les cheveux d'Iseut la blonde. Tous suivent les exploits d'Yvain, les fourberies de Renart et celles de Scapin5. Tous baffrent avec Gargantua et révisent leur banque d'insultes avec icelui6 et Ysengrin. Ça croise les pendus de Villon, les amours et les roses subséquentes de Ronsard, les pirates, les chiens de traîneaux, les dinosaures d'Amazonie, les crimes résolus par un détective belge au crâne en forme d'œuf. Ça se retapera une gravure de Doré7, ça révisera sa liste des 7 péchés capitaux (et ça se marrera bien sur la luxure) et ça tentera de se moquer des moines gloutons et des pères qui veulent marier leurs fils contre leur gré.     

 

Mais la moitié du temps (pas davantage, hélas : le cinquième, on le voit peu), ça fait de la grammaire, de l'orthographe et de la conjugaison. Ça va me réapprendre les déterminants et les pronoms. Et la morphologie du passé simple. Et le complément d'objet direct. Et l'indirect. Et le circonstanciel. Et l'analyse grammaticale en écrivant à chaque fois en majuscules « NATURE : / GENRE : / NOMBRE : / FONCTION : ». Et le célèbre accord du participe passé. Et ça fera des dictées, sur lesquelles je m'arracherai les cheveux en corrigeant…8

 

 

« Déjà que vous les… »

Arsinoé, vous me l'avez déjà faite l'année dernière ! Je sais que le comique de répétition, c'est chouette, mais réservez-le pour les histoires de galères turques.

 

 

  À la fin de l'année, ils auront j'espère compris ce qu'est l'amour courtois, le merveilleux chevaleresque, la satire sociale, les joies alambiquées de l'écriture d'une forme fixe poétique bien tordue, l'humanisme joyeux, l'appel du grand large et surtout le fait que la littérature, la grande, la vraie, la belle, ne parle que de l'amour et de la mort.

  Et tout le reste n'en est pas.

 

 

 


 

1. Et pour certains, c'est la deuxième fois : ils peuvent ainsi revivre leur traumatisme.

 

2. Voire collants, et même adhésifs, parfois !

 

3. En disant ça, je dois déjà être has been. Merci de me signaler quelle est la toute dernière nouveauté des cours de récré !

 

4. Désolé pour ceux qui lisent ce blog en mangeant. En même temps, vous ne devriez pas faire ça, car manger doit être conçu comme une activité à part entière durant laquelle on se concentre sur le repas et on se réapproprie ces instants de contact charnel avec la nourriture. Paraît que ça facilite la digestion.

 

5. Avis aux collègues qui en douteraient : les cinquièmes, ça ADORE Les Fourberies de Scapin ! Je n'ai jamais été déçu par l'étude de cette pièce.

 

6. En cinquième, j'aime bien les archaïsmes, surtout icelui ! 

 

7. On n'en fait jamais assez.

 

8. Toute impression de déjà-vu est purement fortuite.

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