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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 23:05

  Suite à la lettre de Claire-Hélène que vous avez pu lire ici, ma collègue Véronique Marchais a lancé un blog (qui pourrait se transformer en véritable site par la suite) visant à recueillir des témoignages, des idées et à développer une véritable volonté d'action. SI vous êtes intéressés, rendez-vous sur C'est l'école qu'on assassine. Le projet en est encore à ses débuts, et il ne tient qu'à vous qu'il prenne forme ! 

 

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29 janvier 2011 6 29 /01 /janvier /2011 11:33

M1

 

 

Par Anonyme  

 

 

  Je suis actuellement en M11 Enseignement Anglais. Il est prévu que nous ayons un stage d'observation du 10 au 22 janvier. Jusqu'à présent nous n'avons eu aucune information, nous ne savons pas où nous serons, et pire : si on aura un stage. Car les M22 n'ont toujours pas de stage pour l'instant, et eux doivent enseigner pendant quelques semaines.

 

  Nous sommes plutôt découragés, surtout que nous avons entendu dire que d'autres académies avaient déjà fait leur stage. Nous avons aussi entendu dire que c'étaient les professeurs qui refusaient de nous avoir en stage (rumeur qui ne vient même pas de la personne de l'IUFM qui s'occupe de nous).

 

  Nos réunions pré-stage ont été réduites car problème d'emploi du temps, post-stage apparemment ce qui était prévu ne sera pas fait. Tout cela pendant nos vacances.

 

  La prof de l'IUFM qui sert de lien (au demeurant très sympathique) est toujours incapable de nous renseigner, il y a beaucoup de réunions apparemment mais visiblement plutôt stériles vu qu'elle ne nous en parle jamais après coup. Quant à la personne qui nous a fait "cours" de pré-stage (1h30 au lieu de 6h), elle pensait que nous avions déjà notre affectation de stage. La mauvaise surprise de voir qu'elle n'était au courant de rien, alors qu'on pensait qu'elle saurait nous éclairer puisqu'elle est également de l'IUFM...

 

 

 

  Certains de mes amis souhaitant devenir professeur ont délibérément choisi de ne pas suivre ce Master Enseignement, ils sont donc en Recherche3, n'ont même pas la petite formation que nous avons. En gros s'ils réussissent le CAPES d'anglais ils n'auront même pas suivi les cours qu'on nous a proposés en M1. Mais eux auront peut-être un avenir moins bouché que nous si nous échouons au CAPES.

 

  En M1 Enseignement nous avons 18h de cours (!) et un mémoire de 30 pages à rendre (quand je me suis inscrite, c'était 50 pages, et ce jusque mi-novembre), un stage d'observation, 2 séminaires (les profs nous demandent autant de travail que les M1 Recherche).  Trois fois plus d'heures de cours et de petits aménagements pour ne pas faire fuir tout le monde. Cela dit, c'est spécifique à ma fac j'imagine, puisque c'est la fac qui est responsable du diplôme qu'elle nous donnera.

 

  En M1 Recherche, il y a 6h de cours (3 séminaires) et un mémoire de 50 pages à rendre.

 

  J'ai choisi le M1 Enseignement simplement parce que je ne savais pas à l'époque qu'il était possible de faire un M1 Recherche et ensuite de passer le CAPES. Et également parce que je suis disciplinée et que j'imagine (bêtement) que si on fait un master spécifique pour enseigner, c'est que ça doit être mieux adapté.

 

 

 

  Je veux être prof depuis que j'ai 13 ans, j'ai juste l'impression que rien n'est fait pour me permettre d'accéder à ma vocation.

 

  Bref, étudiants perdus, découragés, sans information et scandaleusement mis sur le carreau en espérant qu'on ne se plaindra pas...

 

 

 


1. Master 1ère année. Pour les vieux croûtons comme moi, ça correspond à l'ancienne Maîtrise.

 

2. Master 2ème année (vous l'aurez compris tout seul). Dans l'ancien temps, DEA/DESS.

 

3. Avec la réforme a été créé un Master spécial « éducation », qui vise à former au métier de professeur, et dans lequel on a recyclé les IUFM (qui n'ont donc pas disparu, comme nous l'explique Anonyme). Mais il est toujours possible de passer les concours comme avant, avec un Master « traditionnel », i.e. de recherche. 

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 19:06

Rouge-orange

 

 

Par Stitch

 

 

  Bonjour Celeborn, je suis stagiaire moi aussi (anglais). 

 

  J'enseigne en lycée ZEP en région parisienne. Je n'ai "que" 2 niveaux (2nde et 1ère) et je ne fais "qu'une" préparation parce que mes 1ères (STG1) ont le même niveau que mes 2ndes. Donc on ne peut pas dire que je croule vraiment sous le travail... Même si, faut pas exagérer quand même, j'en ai beaucoup! J'ai précisé que mon lycée était en ZEP ?! "Une gentille ZEP" comme le disent le proviseur et mon tuteur, mais une ZEP quand même. Je ne me suis pas encore fait insulter mais j'en ai été pas loin. Ici, sa pédagogie, il faut la revoir au jour le jour, selon l'humeur des élèves, car comment les punir, les coller quand on a une attente de 2 semaines pour avoir une place en heure de retenue... 

  Je ne reçois pas tellement de soutien de mon tuteur qui est un maniaque du travail et n'est pas conciliant pour un sou... Mes états d'âme, je dois les laisser chez moi et être au service absolu de l'EN quand j'arrive au lycée.

  J'ai la boule au ventre quand j'arrive aux portes de mon établissement, quand mon tuteur vient me voir en classe car je m'attends à tout moment à une avalanche de critiques ("Tu aurais dû faire comme ci, comme ça... C'est normal que tu ne t'en sortes pas si tu fais comme ça..."). Oui mais je suis là pour apprendre, non? Après tout, je ne suis que STAGIAIRE... Je sais, les élèves n'apprennent pas tout ce qu'ils devraient, mais pourquoi c'est à moi qu'on fait des reproches alors que je n'ai pas demandé à travailler dans ces conditions là ?!

  Allez faire vos reproches au ministère...

 

 

  Mais ça n'est malheureusement pas mon seul problème...

  Comme mes amis aiment à le dire, je suis une exilée. En effet, je suis originaire de l'Île de la Réunion, où j'ai d'ailleurs passé et obtenu mon concours. En août, passée l'euphorie des résultats du concours, j'apprends avec stupeur que l'on m'envoie travailler à 10 000 kms de chez moi. Je sais que l'on appelle ça un concours national mais de là à envoyer des gens sans aide financière s'installer sur un autre continent, tout ça me semble inhumain... Et tout ça à organiser en 10 jours, of course !

  Depuis que je suis ici, il ne se passe pas un jour sans que je pleure car il faut l'admettre, ici je n'ai pas de vie. Je survis... Je n'ai vu ni ma famille ni mes amis depuis le mois d'août, je passe mes semaines, mes week-ends, mes soirées, seule... Et la solitude pendant cette année de stage donne parfois envie de tout plaquer. D'ailleurs, les fabricants d'anxiolitiques doivent se frotter les mains, vue ma consommation de médicaments.... 

  J'ai parfois envie de tout plaquer et rentrer chez moi... Ma vie personnelle est au point mort, ma vie professionelle, un chaos... 

  Alors que me reste-t-il au final??

 

 


1. Sciences et Technologies de la Gestion. Rarement les plus calmes.

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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 11:50

 

  Un mouvement est en train de se créer autour de la lettre de démission envoyée par notre collègue Claire-Hélène, que vous pouvez (re)lire ici. Ma collègue Véronique Marchais, personne impliquée, admirable et qui n'a pas peur de témoigner à visage découvert, a obtenu l'autorisation de Claire-Hélène de transmettre cette lettre aux médias, en espérant que ces derniers en fassent quelque chose. Elle l'a accompagnée d'un texte qu'elle m'autorise à reproduire ici. Je vous invite donc à le lire : je l'approuve en tous points.

 

 

  Bonjour,

 

  Enseignante de Lettres en collège, je vous transmets la lettre de démission adressée par une de mes collègues à son chef d’établissement. En effet, la situation qu’elle décrit est hélas représentative de la dégradation des conditions d’enseignement en France, en particulier au collège. Partout, les constats sont les mêmes :

 

  • Remplacement régulier des heures disciplinaires, au contenu solide et méthodique, par des projets soi-disant innovants, de préférence inter-disciplinaires, mélangeant tout et incapables d’offrir aux élèves qui en ont le plus besoin une représentation organisée et utilisable des connaissances ;

 

  • Renoncement total à l’exigence de l’effort. Avec des variations très importantes selon la sociologie des établissements, on voit appliquer de manière aberrante la préconisation « pas de devoirs à la maison en primaire », allant jusqu’à renoncer à faire mémoriser quoi que ce soit. Les élèves arrivent au collège sans savoir apprendre. Les mettre au travail à la préadolescence est une gageure. D’autant que, depuis la suppression des redoublements, l’absence de tout travail est absolument sans conséquence sur la scolarité d’un élève, et ses parents même dédramatisent le plus souvent des résultats catastrophiques en se disant « qu’il passe ». A quoi bon travailler puisque cela ne change rien ?

 

  • Les consignes données pour diminuer les conseils de discipline conduisent un nombre croissant de chefs d’établissement à renoncer purement et simplement à en réunir, y compris après des incidents graves et répétés. A l’absence d’effort s’ajoute donc chez de plus en plus d’élèves un sentiment de toute puissance et d’impunité.

 

  Faut-il être un spécialiste en sciences de l’éducation pour se rendre compte qu’enseigner, dans un tel contexte, devient tout simplement impossible ? Pourquoi chercher ailleurs des explications aux piètres résultats de la France aux évaluations internationales ? Plus grave, comment ne pas s’inquiéter de l’avenir d’une nation qui éduque ainsi sa jeunesse ?

 

  « Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement, les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux l'autorité de rien et de personne, alors, c'est là, en toute beauté et en toute jeunesse le début de la tyrannie. » Platon, La République, Livre VIII

 

  J’espère que votre rédaction prendra la mesure du problème de société qui est en jeu et saura donner de l’écho non seulement à ce témoignage, mais encore à la situation que celui-ci révèle.

 

  Cordialement,

 

Véronique Marchais

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22 janvier 2011 6 22 /01 /janvier /2011 21:38

Orange

 

 

 

Par Kroko (y compris les notes de bas de page)

 


  Lorsque j’ai vu l’appel à témoin lancé par Celeborn, je me suis dit que j’avais sans doute quelque chose à dire. Je suis stagiaire en cette année scolaire 2010-2011, je n’avais jamais enseigné avant, et je ne me serais jamais attendue à vivre ce que j’ai vécu, depuis septembre. J’ai eu envie de découper mon témoignage en plusieurs parties, afin que les choses soient claires, pour vous comme pour moi, car tout à tendance à s’emmêler, et finalement, ça n’est pas facile de s’y retrouver. 

 

 

1ère partie : l'établissement.


  On ne peut pas aborder cette année de stage sans parler de l'établissement dans lequel on est placé en tant que stagiaire. Les recommandations du ministère étaient de placer les stagiaires dans des établissements « faciles ». « Des postes que vous envient vos collègues titulaires », nous a-t-on dit lors de la formation « accueil des stagiaires ». J'ai un léger doute face à cette affirmation, sachant que le poste que j'ai eu, je ne l'ai eu que parce que j'ai râlé auprès du rectorat, soutenue par mon syndicat. Voyez-vous, nous étions deux stagiaires dans ma matière, et un seul poste avait été prévu dans l'académie1. Finalement un deuxième poste a été créé ; on peut se demander quelles ont pu être les motivations qui ont poussé dans ce cas une deuxième personne à accepter d’être tutrice2.  

  J'ai passé un CAPLP, en conséquence, je ne peux qu'enseigner en lycée professionnel. Mais, m'a-t-on dit, pendant ma prépa concours, il ne faut pas croire, maintenant en Lycée Général, les élèves sont pareils que ceux en Lycée Pro3

  Il y a une logique imparable dans l'éducation nationale : celle qui dit que plus tu as d'enfants, meilleur sera ton poste4 ; pour ma part, malgré mon PACS et mon classement au concours (6e), je suis celle qui a été envoyée le plus loin. Moi qui rêvais d'acheter une maison avec mon conjoint, nous avons à présent le luxe d'avoir un F2 en ville et un F1 à la campagne. 

  Voilà donc les conditions d'entrée de stage : séparez-vous de votre conjoint, de votre famille, et de vos amis, et partez à la découverte d'une nouvelle ville (pas forcément) palpitante. 

  J'ai donc atterri dans une petite ville à 230 km de chez moi, dans un petit lycée. J'ai pu y découvrir que j'y ai une seule et unique collègue dans ma matière : ma tutrice. Comme nous ne sommes que deux dans cet établissement, et qu'il n'y a qu'une salle, nous avons donc un emploi du temps partagé. Ce qui m'amène à une autre réjouissance face à ma situation d'éloignement de conjoint : un emploi du temps sur 5 jours, d'après la convenance de ma collègue et donc tutrice. Moi qui rêvais de mon vendredi… ou de mon lundi… je n'ai ni l'un, ni l'autre. D'ailleurs il n'y a pas un jour, week-end excepté, où je n'ai pas cours. Comme ça je baigne dans le travail à longueur de semaine.

 

 

2e partie : l'emploi du temps.


  Quand on passe le concours, on a beau se dire qu’il faudra s’impliquer, travailler dur, etc., on est bien loin de s'imaginer qu'être enseignant demandera une charge de travail tellement conséquente. Comme je suis une personne zélée, j'ai lu tous les BO dans le détail, et comme je suis naïve, je croyais que la mention « le temps de travail des stagiaires sera décompté comme suit : 2 tiers devant les élèves, 1 tiers de formation » signifiait que je n'aurais que 12h devant les classes et 6h de formation. Que nenni ! j'ai 18h devant les classes plus 6 h de formation les mercredis. Étaient d'abord annoncés 15 mercredis, puis d'autres formations se sont rajoutées au fur et à mesure, ainsi je n’ai quasiment aucun répit. Et comme je le disais avant, j'ai cours tous les jours, donc quand je n'ai pas formation les mercredis, j'ai cours avec des élèves qui me voient en moyenne une fois sur 4. Ces élèves sont pris en charge par ma tutrice lorsque je suis en stage, ce qui donne un suivi de classe pour ma part, comment dirais-je, chaotique (?). 

  Il paraît que quand on est un prof chevronné, on met une heure pour préparer une heure de cours. Ce que je vois plutôt, c'est que je passe environ 4h pour un cours. Et comme une fois encore, les recommandations du ministère de ne donner que 1 à 2 niveaux de classes sont parfaitement bien suivies, j'ai pour ma part 4 niveaux (!) dont deux classes à examen5. Je ne peux donc pas tellement réutiliser mes cours pour plusieurs classes. Heureusement que l'entraide entre profs de la même matière fonctionne bien à ce niveau là6..

  N'oublions pas, dans l'emploi du temps, le temps passé à corriger des copies. Comme je suis consciencieuse, je m'évertue à mettre des commentaires détaillés sur celles-ci : je passe donc en moyenne 1h30 par classe, et comme j'ai 9 classes…

  Mais encore, le temps de correction, je me l'imaginais bien en préparant le concours. Par contre, je n'avais pas anticipé le temps que je passerais dans le bureau des CPE à faire des fiches de suivi, ou à mettre des colles. Selon les semaines, cela peut me prendre une heure. Rajoutons encore 1 à 2h par semaine à faire des photocopies… 

  Sans oublier les réunions diverses : conseils de classe, réunions pour les stages… 

  Je suis bien loin de l’image de la prof glandeuse. 

  Je suis donc dans un état de fatigue assez constant7, j'ai l'impression d'être toujours dans l'urgence, de ne pas avoir le temps de faire une pause, pour prendre du recul ou de la hauteur, voire de la distance8. Cela ayant pour conséquences plusieurs arrêts maladies. Au menu : pharyngite, bronchite, trachéite, sinusite, gastro-entérite et, pour aujourd’hui, otite et re-trachéite. Comme ça je n’entends plus et je ne parle plus, des conditions idéales pour enseigner. 

 

 

3e partie : les élèves 


  Face aux élèves, je le disais précédemment, on m'a conseillé maintes fois de « prendre de la hauteur ». 

  Oui, parfois, j'aimerais me grandir de 3 m pour dominer tous ces élèves qui sont plus grands que moi9 et peut-être leur imposer un peu de respect (comment ça, ce n’est pas ce qui est sous-entendu par « prendre de la hauteur » ?)…

  (J'ai, comme je l'ai dit plus haut, 9 classes, ce qui est un confort en soi : je pourrais en avoir 18, si je n'avais qu'une heure par semaine, au lieu des deux qui m'ont été accordées, je ne sais comment. Sur ces 9 classes, il n'y a que 2 classes avec lesquelles je n'ai jamais eu aucun souci, avec aucun élève. 3 classes avec lesquelles j'ai un vrai plaisir d'enseigner (et heureusement).)

  … ou alors, quelques années de plus, car quand on n'a que 5 ans de différence (voire moins) avec ses élèves, et que ceux-là sont persuadés d'être votre égal, on peut obtenir des réflexions du genre : « vous êtes comme nous, mi-adulte, mi-adolescente, en fait on est pareil ». De la part de quelqu'un qui ne sait pas écrire une phrase sans faire de fautes, cela est particulièrement douloureux10

  J'ai eu droit à « tu me casses les couilles » suivi de  «allez vous faire foutre », la 2e semaine de cours, de la part d'un charmant jeune homme à qui je demandais d'enlever son mp3.

  J'ai eu aussi droit à des menaces, de la part d'un élève de 22 ans, 1m90, parce que j'ai eu l'audace de lui demander de travailler. Le jeune homme en question m'a menacé de me claquer et a ajouté que je n'avais aucune idée de ce qu'il était capable de me faire. Il est revenu en cours après une exclusion, puis a attendu que je sois seule à la fin d'un cours après une ré-exclusion. Maintenant il est en stage à l'accueil de mon établissement, je constate que tout va bien.

  J'avais une élève supposée prostituée. Mais maintenant elle a démissionné. 

  J'ai une classe de voleurs. Leur butin : mon carnet de notes, 3 clés USB à différents professeurs, un téléphone portable à une camarade de classe et un portefeuille à un autre camarade. D'ailleurs dans cette classe, on voit à quel point on peut être gentil quand on est jeune : insultes, moqueries, railleries ne cessent de fuser envers les (rares) élèves qui essaient du mieux qu'ils peuvent de travailler. Dans cette classe également, un élève m'a fait une déclaration d'amour qui m'avait fait sourire, maintenant qu'il m'a fait une réflexion sur mes fesses, je souris nettement moins. Dans cette classe les élèves s'auto-excluent quand ils en ont marre (ils ont besoin de leur dose de nicotine). 

  Dans une autre classe, un élève a mangé un crayon de couleur. Je crois que c'est anthologique. 

  Toujours dans cette classe, un élève se vante d'être un taliban, sans évidemment savoir ce qu'est un taliban. Certains se battent à coups de règle en métal ; d'autres, plus pragmatiques, utilisent leur gomme/trousse/cartable selon la nécessité.

  Heureusement j'en ai des qui sont gentils/travailleurs/volontaires, mais forcément, vu qu'ils sont en général discrets, on finit par les oublier, et tous les autres prennent toute la place. 

 

 

4e partie : la relation tuteur stagiaire. 


  Dans de telles conditions, heureusement que nous avons un tuteur (en l'occurrence une tutrice) qui est là pour nous épauler, nous guider et nous conseiller11

  Le tuteur est multi-tâches. Il doit aider, soutenir, évaluer son stagiaire. Il doit également venir assister aux cours de son stagiaire, et nous petits stagiaires nous devons assister à un de ses cours. Et les mercredis qui ne sont pas utilisés dans des formations doivent devenir des temps de travail tuteur/stagiaire.

  Je ne connais AUCUN tuteur qui ait fait la démarche de prendre son après-midi pour aider son stagiaire12.

  Moi je suis particulièrement vernie. J'ai une tutrice aimable, gentille, mais indisponible pour des raisons personnelles évidentes pour tout le monde, sauf pour elle a priori. Cela me place dans une situation particulièrement délicate, car elle est quasiment  « intouchable » vis-à-vis de sa situation. 

  Ma tutrice ne peut pas venir m'observer les vendredis après-midi, quand j'ai mes classes les plus horribles car

  1. elle ne travaille pas le vendredi après midi ;
  2. elle doit s'occuper de ses enfants ;
  3. il faut qu'elle se repose ;
  4. le vendredi après-midi les élèves sont ingérables quoi qu'il arrive, d'autant plus les classes que j'ai13

  Ma tutrice veut bien me donner des cours pour me dépanner. Mais ils sont creux et vides de sens. 

  Ma tutrice trouve mes cours très bien pédagogiquement parlant. C'est un bon point pour moi ! et un avantage pour elle : elle les réutilise. Avant elle me demandait mon avis. Plus maintenant. Maintenant, je ne lui envoie plus de cours. 

  Ma tutrice veut bien m'apporter du soutien quand je lui dis que j'ai (encore) pleuré en salle des profs. Elle me donne des conseils avisés :  « tu es trop cristallisée sur tes problèmes. Prends un peu de distance. »

  Ma tutrice est au courant de tout. Elle me dit souvent, comme réponse à mes questions angoissées : « demande à l'inspectrice ».

  Ma tutrice est venue m'observer pendant un de mes cours. Un seul. Depuis septembre. Évidemment dans LA classe où je n'ai aucun problème. Elle en a conclu que tout allait bien. C’est déjà ça de pris pour la titularisation, me direz-vous.

  Ma tutrice, pour convenance personnelle, a échangé une classe avec moi, au mois de novembre. Un cours que je dois maintenant donner le mercredi ; or les mercredis, je suis en formation. Donc elle les prend en HS [NDCeleborn : heures supplémentaires]. Par contre, maintenant qu'ils sont en stage, et que moi, j'ai toujours mes formations, hé bien, c'est moi quand même qui dois faire la visite de stage. D'une classe que j'ai vue en tout et pour tout… 2 fois.

  Finalement, d'après mon chef d'établissement, je sollicite trop ma tutrice. Donc j'ai arrêté. Avec la rentrée, j'ai pris une bonne résolution, je lui ai parlé. Espérons qu'elle aussi décide soit de m'accorder le temps dont j'ai besoin, pour, par exemple, m'expliquer comment faire une fiche pédagogique ou une progression, ou encore, qu'elle puisse m'expliquer comment faire les CCF [NDCeleborn : Contrôles en Cours de Formation] à mes deux classes de première et mes deux classes de terminale. Ça serait utile. Ou alors, qu'elle accepte qu'elle n'a plus le temps, et qu'elle passe la main. 

  Et moi, je n'ai plus confiance en ma tutrice. Et finalement, mis à part les élèves, c'est ça qui me plombe le plus.

 

 

5e partie : les collègues.


  Heureusement pour moi, je m'entends bien avec mes autres collègues ! La plupart d'entre eux compatissent à mes souffrances et me soutiennent du mieux qu'ils peuvent. L'ambiance en salle des profs est un vrai bonheur, et je viens souvent en avance pour avoir un peu de chaleur humaine, qui me manque si cruellement dans mon appartement de campagne. 

 

 


1. … et auparavant, il était occupé depuis une dizaine d’années par une contractuelle qui du coup n’a plus eu qu’à aller se rhabiller.


2. Je ne dis ça que pour la forme. En réalité, je sais qu’elle a négocié un emploi du temps du tonnerre ainsi que de se garder les meilleures classes et ainsi laisser un pauvre stagiaire démuni face à des élèves difficiles.

 

3. Autrement dit : pénibles. Peut-être que des profs enseignant en lycée général pourraient confirmer ou infirmer ? 


4. … ou, tout du moins, tu auras plus de points, donc tu auras plus de chance d'avoir un poste près de ton conjoint. Je songe à une insémination artificielle, comme ça j’en aurai 7 d’un coup. Eh ho, même plus la peine d’aller bosser alors. 


5. Dans ma matière, en LP, ce sont les profs-mêmes qui font les sujets d’examen pour leurs élèves, les surveillent et les corrigent. Cela fait une charge de travail considérable, d’autant que les modalités ont changées cette année, et que ma tutrice n’est pas capable de m’expliquer comment faire. Non pas que ça soit de sa faute, personne ne sait.`


6. Entre stagiaires et néo-tit sortants de la même prépa concours, nous avons mis en place un système de centralisation des cours. Une base de données, en quelque sorte, ce qui nous permet de nous soulager un peu sur la préparation des cours, bien qu’il faille à chaque fois les reprendre à sa sauce.


7. Ce matin chez le médecin, 9-5 de tension, pas si mal d’après lui qui me voit environ toutes les 3 semaines depuis la rentrée.


8. c'est un conseil qui m'a été assez souvent donné, par diverses personnes.Quand je l’entends, j’ai des envies de meurtres.


9. En même temps, je ne mesure qu’un mêtre 60, donc ce n’est pas difficile.


10. … mais cela vient du fait que je ne me sente pas « légitime », dixit mon chef d'établissement. Peut-être qu'il n'a pas tort, peut-être que je ne me sentais pas vraiment prête à affronter des classes sans formation, mais cela est une autre histoire.


11. … d'après les discours émerveillés des divers gens qui ont bien voulu en discuter avec nous, petits stagiaires.


12. … non pas que le stagiaire insiste plus que ça non plus ; si d'aventure il pouvait épargner 20min pour faire une sieste-ses courses-le ménage le mercredi après-midi, il ne va pas s'en priver.


13. Tiens, ne serait-ce pas une motivation de plus à refourguer le vendredi après-midi à la stagiaire naïve ?

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 21:21

 

 

  J'interromps la série de témoignages de stagiaires car une lettre d'une collègue a été récemment portée à ma connaissance ; une lettre terrible. Cette collègue, Claire-Hélène, qui enseigne à Paris, m'a autorisé à la reproduire ici, pour que les gens sachent quelle situation elle et ses collègues vivent. Je la reproduis donc, sans commentaires : je crois qu'elle est, hélas, trop explicite.

 

 

 

 

  Monsieur le proviseur,

 

    Les conditions dans lesquelles nous sommes contraints d'exercer notre métier ne sont pas tolérables. La semaine dernière, deux collègues ont été agressés physiquement par des élèves, élèves qui n'en n'étaient pas à leur premier coup d'éclat et dont la surenchère dans l'agressivité et la violence à l'égard des adultes n'était que prévisible. Ces incidents, très graves, ne sont que la conséquence du climat délétère qui règne dans l'établissement : incivilités, refus d'obéissance, insultes, violences à l'égard des adultes se sont banalisés au point que les élèves, se sentant dans une situation de toute puissance, n'ont même plus conscience de la gravité de leurs actes. Un tel désordre règne dans les escaliers et les couloirs, qu'il nous est impossible de circuler sans être bousculés, raillés, invectivés, les bagarres y éclatent plus que quotidiennement. Cette situation de violence tant physique que verbale ne devrait pas être.

 

    Pour ma part, je refuse de continuer à être traitée comme une chienne par des enfants à qui j'ai eu le malheur de demander de retirer leur casquette, d'aller se ranger dans la cours ou de me donner leur carnet de liaison. Je refuse de continuer à assister à la complaisance avec laquelle certains adultes confortent ces enfants dans leurs dérives au lieu de tout faire pour les aider à en sortir. Je refuse de continuer à assister, impuissante, à ce gâchis généralisé, nos élèves les plus fragiles étant les premières victimes de notre incapacité, voire notre réticence, à instaurer les conditions nécessaires à leur apprentissage. Je refuse de continuer à participer de ce spectacle affligeant que nous offrons quotidiennement à nos élèves et qui me fait honte.

 

    Qu'en est-il de l'application de l'article 11 de la Loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires - « La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté.  » - alors que quotidiennement notre intégrité morale et physique est menacée quand elle n'est pas bafouée ?

    Qu'en est-il de nos devoirs envers nos élèves, de notre mission éducative à partir du moment où nous nous révélons incapables de simplement manifester notre volonté de les voir appliquer le règlement intérieur, de les protéger d'eux-mêmes et des autres, c'est-à-dire de leur offrir une scolarité digne de ce nom ? Quel avenir leur préparons-nous ?

 

    J'aime mon métier par-dessus tout mais il ne m'est plus possible, dans ces conditions, de continuer de l'exercer et j'ai perdu tout espoir que cela ne change. C'est pourquoi, Monsieur le Proviseur, j'ai l'immense regret de vous présenter ma démission.

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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 20:48

 Bleu-Foncé      

 

Par Ataraxia      

 

 

  Je suis professeur stagiaire en anglais dans l’académie de Lille, et pour moi, l’année se passe bien. J’ai une tutrice formidable dans le même établissement que moi, avec qui je prépare les séquences de 2 niveaux sur les 4 à qui j’enseigne. C’est certes contraire aux textes, mais je m’en sors plutôt bien, même avec 4 niveaux. Il faut certes prendre en considération le fait que cela fait maintenant quatre ans que j’enseigne, et que j’ai un master en didactique1 des langues (je sais ce que vous pensez des sciences de l’éducation, mais je pense que la didactique, nécessairement disciplinaire, donne un éclairage particulièrement intéressant à ce que l’on fait en salle de classe). Tous les stagiaires ne sont pas dépressifs et en grande détresse. C’est un discours que l’on entend partout et qui peut être usant à force de ne présenter qu’une face de la réalité. Je ne nie pas que certaines personnes soient en difficulté et trouvent cette année difficile, et je ne cache pas que j’apprécierais avoir moins d’heures de cours par semaine, cela me permettrait peut-être de pouvoir profiter d’un vrai week-end de temps à autre et de vraies vacances, mais nous sommes de nombreux stagiaires à être particulièrement agacés de la volonté de l’ensemble des personnes qui nous entourent à nous créer des difficultés qui n’existent que dans leur imagination : à toutes les formations, on nous demande sur tous les tons si nous sommes en difficulté, et il semblerait qu’on ne soit pas satisfait si personne ne l’est. Cela devient particulièrement lassant !

 

 

  D’un autre côté, les attaques sur les « formations » me paraissent justifiées. Nous avons commencé notre année de formation fin août en rencontrant Madame le recteur, qui nous a tenu un discours particulièrement absurde, selon lequel l’important pour elle était la continuité de l’enseignement pour les élèves, alors qu’elle venait de nous exposer le déroulement de l’année sur l’académie, qui voyait une alternance entre stagiaire et TZR jusqu’aux vacances de la Toussaint (j’ai bénéficié de l’ « aide » d’une vacataire2 désagréable et qui a cherché à miner mon autorité avec mes classes), stagiaire seul devant les classes ensuite, puis stagiaire en formation pendant trois semaines en mars et avril avec un remplacement dont les conditions ne sont toujours pas connues à ce jour. On peut tout de même faire mieux pour assurer la continuité de l’enseignement pour les élèves. Au vu de la fronde des stagiaires, la réponse de Madame le recteur a été de parler de la revalorisation des salaires. Arrive la semaine de formation massée3 l’avant-dernière semaine avant les vacances de la Toussaint – on fait mieux également au niveau calendrier - qui oscille entre formation disciplinaire intéressante, bien que tardive (comment construire une séquence ? comment mener un exercice d’écoute et de compréhension ? …) et formation ubuesque : si on vise un niveau plus élevé dans une évaluation que le niveau exigible dans cette classe là à ce moment-là de l’année, il faut accorder aux élèves 20/20 s’ils ont tout bon sur les seules questions correspondant au niveau exigible de cette classe dans les programmes, même si ces questions ne représentent qu’un tiers de l’évaluation globale : ou comment mentir aux élèves et faire en sorte d’abaisser le niveau. Viennent enfin les mercredi de formation, le mercredi étant mon seul jour de repos (= jour de préparation de cours), je ne suis pas particulièrement enthousiaste à l’idée d’y aller, et lorsqu’une « prof de maternelle », telle qu’elle se définit elle-même, nous prend, nous professeurs stagiaires, pour des élèves de maternelle pendant une journée entière (« Il faut s’écouter et surtout ne pas passer à l’acte », nous avions effectivement bien sûr très envie de nous taper dessus !), nous en sommes estomaqués et consternés, d’autant que son français écrit était particulièrement approximatif (‘Il faudras avoir fais’ écrit au tableau), ce qui a été constaté de nouveau dans les documents qu’elle nous a envoyés. Nous nous sommes sentis insultés et dévalorisés, puis menacés lorsqu’on nous a dit que nous pouvions partir si nous le souhaitions mais que nous perdrions de ce fait une journée de salaire. Nous aurons des mercredi de pseudo-formation jusqu'à la prochaine formation massée, en mars et avril, où nous aborderons de façon plus approfondie des questions comme l’évaluation des élèves et l’utilisation des différents supports dans un cours de langue (il est bien temps !).

 

 

  Je répète que je suis contente de mon travail et que je ne me considère pas en difficulté, mais la journée a été dure : j’ai corrigé aujourd’hui ce que j’avais donné en évaluation pour la première fois en 4ème, à savoir une évaluation de la compréhension d’un texte écrit, les élèves devaient donc répondre en français, et même dans les copies de mes bons élèves, j’ai vu des phrases de ce type : « c’est parents la laissé faire » pour « ses parents l’ont laissée faire », « Se père », « sa va », … et je me demande quoi faire : comment faire comprendre à un élève qu’il doit accorder sujet et verbe en anglais s’il ne le fait même pas en français ? Je me demandai comment faire pour aider l’un de mes élèves de 4ème qui ne sait pas lire, mais je ne me rendais pas compte que le niveau était si faible pour tout le monde, et ça, c’est dur.

 

 

 


1. La didactique décrit et élabore les conditions de passage du savoir universitaire (celui que connaît le professeur) au savoir scolaire (celui que peut et doit recevoir l'élève). À mon sens, on a commis beaucoup de mal en son nom. Cela n'empêche pas  qu'une réflexion intelligente sur le sujet soit nécessaire. Le fait qu'Ataraxia en parle sur un plan nécessairement disciplinaire pourrait même me réconcilier avec la chose, si je n'y prenais garde.

 

2. À l'Éduc'Nat', un vacataire est une personne que l'on va recruter pour enseigner alors qu'elle n'a pas le concours. Quand tous les TZR (Titulaires remplaçants, qui eux ont le concours) sont pris — ce qui arrive rapidement en ce moment avec les suppressions de poste — on fait appel à eux. C'est un statut ultra-précaire, et rien ne garantit la « qualité » de l'enseignant ainsi recruté (ce qui n'empêche pas qu'il puisse être bon, évidemment).

 

3. Point de masseur hélas dans une « formation massée » (de même qu'on ne trouve pas de couturière pour assurer les « formations filées », ni de couvreur pour vous aider à pratiquer le « tuilage »  — le vocabulaire de cette réforme est vraiment fascinant…). Pour faire simple, la formation massée est une (courte) période durant laquelle les stagiaires n'assurent pas leurs cours et vont écouter ce qu'ont à leur dire des tas de gens qui, ils l'espèrent, leur apprendront quelque chose. Ce n'est hélas pas toujours le cas. Pendant ce temps-là, les stagiaires sont remplacés dans leurs classes par ce qu'on a sous la main au rectorat. Dont éventuellement les vacataires cités juste au-dessus.

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 11:35

 Noir

 

 

Par Joséphine

 

 

  Ça y est, j’ai passé le cap des vacances de Noël. J’ai beau enseigner une matière littéraire, je passe mon temps à faire du calcul. Je compte les jours jusqu’à la libération (la fin de l’année et la mutation), les semaines jusqu’aux prochaines vacances, les mois déjà passés. Cela fait quatre mois que j’enseigne, à raison de 16 heures par semaine — monsieur le Recteur nous a fait cadeau de deux heures, le pauvre n’aura sans doute pas sa prime à la rentabilité1… ce qui fait environ 240 heures de cours à mon actif. 

 

  En 240 heures de cours, qu’est-ce qui a changé par rapport au début ? Beaucoup, et rien à la fois. Je réussis parfois à obtenir le silence en classe, ce qui n’était pas gagné, mais j’ai toujours l’impression d’être livrée à moi-même. En fait, j’ai la désagréable impression que je ne représente pour mon tuteur qu’une prime. Je suis un paquet d’euros sur pattes, et un paquet qui doit être rentable au niveau du temps passé à s’en occuper comparativement à la somme qu’il représente. Ce qui signifie que nous communiquons peu, et que « m’aider » a signifié pour lui « observer mes cours de temps à autre avec un débriefing de dix minutes maximum ». Débriefing à la sauce « fais ci, fais ça » qui laisse peu de place à une pratique différente de la sienne. Où est passée la personne « très ouverte et très compétente » dont on m’avait parlé au début de l’année ? Voilà ce que ces quatre mois ont changé, en vérité : les écailles me sont tombées des yeux. J’ai pris conscience que cette personne qui est là « pour m’aider » est en réalité l’inspection avant l’inspection, et qu’elle n’est là que pour m’évaluer. En conséquence de quoi je ne lui parle pas de mes problèmes, sinon elle pourrait me les reprocher, et cela pourrait avoir des conséquences néfastes sur ma titularisation. Bilan : ne pas compter sur le tuteur. Il en est évidemment de même avec le chef d’établissement, devant lequel la stratégie adéquate consiste à brasser un maximum d’air. Chez moi, en tout cas. Il ne faut pas non plus compter sur les formations, qui sont quasiment inexistantes : une par mois, avec 80% de blabla et 20% d’apprentissages constructifs. 

 

  Cette année, je lutte contre la démotivation. Tout le temps. Qu’est-ce qui me fait tenir ? L’argent. Pas qu’on roule sur l’or avec un salaire de stagiaire, mais si je démissionne, que vais-je faire ? Aucune idée. Et sans rien, avec quoi vais-je payer mon loyer ? Je suis coincée. Oh, évidemment, au fond du fond de moi-même, il y a une petite voix qui me dit : « ce sera sans doute mieux l’an prochain ». Mais je ne sais pas s’il faut la croire. J’attends. Il ne faut pas non plus compter sur les élèves pour se remonter le moral, quand le brouhaha ambiant vous donne l’impression de parler dans le vide, que certains se permettent des attitudes complètement aberrantes (telles que se rouler par terre en cours, se lever sans autorisation pour aller regarder par la fenêtre, ou parler à voix haute en ignorant complètement le prof)… Ce n’est pas tout le temps, mais c’est fréquent. Il faut sans cesse se battre, et quand on croit avoir enfin réussi, tout est à recommencer. Mais on s’habitue à tout, et je pleure nettement moins qu’avant. 

 

  Je ne sais pas si aller davantage à l’IUFM m’aurait apporté de quoi mieux vivre cette année. Mais il est évident que j’aurais préféré avoir six ou huit heures, comme les années précédentes2. J’aurais eu le temps de mieux préparer mes cours, de m’interroger dessus, de faire quelque chose de plus cohérent et de personnel. Mais je n’en ai pas le temps, alors je fais avec les moyens du bord, et je remercie du fond du cœur tous ceux qui mettent leurs cours sur Internet, parce qu’ils me sauvent sans cesse la mise. Malgré tout, avec le temps que je consacre à faire le gendarme, je ne sais pas trop si mes élèves retiendront grand-chose de cette année. Je me dis, quand j’entends certains de mes amis parler de certains de leurs profs qui racontaient sans cesse leur vie, leur week-end ou leurs vacances pour meubler, que ça pourrait être pire. Je ne sais pas s’il est tellement positif de penser ainsi, mais il m’est difficile de penser autrement. Je fais de mon mieux. Je survis. 

 

  Évidemment, mon année de stage aurait sans doute été différente avec un autre tuteur — mes discussions avec des collègues stagiaires m’ont appris que les choses peuvent varier du tout au tout, et certains sont véritablement aidés par des gens charmants — et dans un autre établissement. C’est ça, le problème de cette réforme : c’est la loterie (ça l’était sans doute avant aussi, mais cette année, il faut subir son tuteur et ses élèves à plein temps). Et malheureusement, cette année, je n’ai pas tiré un bon numéro.

 

 


1. Leur prime comporte, à partir de cette année scolaire, deux volets : une part fixe de 15 200 euros, et une "part variable" dont le montant pourra aller jusqu'à 45 % de la part fixe, soit de 0 à 6 840 euros. Au total, un recteur pourra avoir jusqu'à 22 000 euros de prime. (source : lemonde.fr) En gros : s'ils veulent gagner plus, ils devront bien remplir les classes pour embaucher moins.


2. Rappelons qu'avant la réforme appliquée à partir de la rentrée 2010, les professeurs stagiaires assuraient nettement moins de cours devant élève lors de l'année de stage, ce qui leur permettait de souffler, de préparer sereinement leurs cours et d'avoir peu de copies à corriger. Ils avaient en revanche une formation plus « lourde » dans les célèbres IUFM, qui ont été critiqués avec raison car ils nous ont fait beaucoup de mal. 

 



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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 10:09

 Vert

 

 

 Par la petite Mu

 

 

Fin août 2010


« Alors, tu es nommée où ?
- Collège X…, à côté de [Grande Ville]. 
- Ah, c’est un très bon collège, très bonne réputation, blabla, sections européenne et bilangue, blabla, options latin et grec, blabla, milieux favorisés, blabla… »

  Bon, alors, finalement, j’ai l’impression d’avoir eu de la chance, pour cette première rentrée !

 


  Le lendemain, je me rends sur mon prochain lieu de travail. Mon ami trouve le quartier plutôt calme. On arrive alors devant les grilles du collège, et on y trouve une voiture brûlée. 

  Je sens que l’année commence bien. 

 

 


Fin décembre 2010


  Les « très bons » collèges ont bien changé. En réalité, à X…, le classeur de sanctions laissé à disposition en salle des profs, et rempli au fur et à mesure par la secrétaire avec les différents avis de conseils de discipline, d’exclusions, avertissements et autres blâmes, grossit à vue d’œil. On doit en être à une dizaine d’exclusions depuis septembre, dont deux ou trois définitives. Malheureusement, le nombre d’élèves par classe ne diminue pas tant que ça, car on récupère des élèves renvoyés d’autres établissements, par un savant système de vases communiquants1. Les motifs des exclusions ont le mérite d’être variés, la lecture du classeur en serait presque divertissante : dégradation de matériel, écriture de mots orduriers dans le carnet d’un camarade, violence envers un élève, violence envers un surveillant, allumage d’un fumigène en classe, attouchement sexuel dans les toilettes des filles… Je précise que ces motifs-là, on les retrouve tous dans une seule classe, la 4eW, que j’ai l’immense plaisir de retrouver quatre heures et demie par semaine.

  Certes, il ne s’agit pas là de problèmes directement liés à l’année de stage. Certains collègues, parfois avec beaucoup d’expérience, en bavent aussi. D’autres sont contents d’être ici, plutôt qu’en ZEP2

  Moi, avec trois classes qui posent de sérieux problèmes de discipline (même en 6e, on doit traiter des problèmes de violence), je ne peux pas dire que je sois ravie. Car je n’ai pas les armes nécessaires pour me défendre : je n’ai ni l’expérience, ni le temps, ni, malheureusement, l’autorité naturelle pour faire taire les élèves. 

  L’administration est très gentille avec moi. Tout le monde nous plaint, les autres stagiaires de l’établissement et moi. « Ah, c’est difficile, pour vous, cette année… » C’est d’autant plus difficile quand la principale me dit qu’elle règlera l’incident dont je lui ai parlé (rien de plus qu’une craie reçue dans mon dos, ou un élève qui a craché par terre au fond de la salle de classe) et ne le règle jamais, et que le jour des vacances de Noël, alors que je viens de connaître les trois semaines les plus longues de ma vie, que j’ai lutté ne serait-ce que pour que les élèves m’écoutent parler, je reçois un mail de l’administration : « Merci de penser à surveiller vos craies. On en a retrouvé beaucoup écrasées par terre dans la cour. » J’hésite entre le fou rire et la crise de nerfs.

 


  Alors voilà. Je suis une stagiaire consciencieuse, et j’ai bien travaillé ces quatre premiers mois pour préparer mes cours. J’ai suivi les conseils de ma tutrice, j’ai préparé de jolis tableaux pour présenter mes séquences à une éventuelle visite (mais dans l’académie de [Grande Ville], nous sommes coupés de tout contact avec nos formateurs et nos inspecteurs : nous n’avons eu aucun moment de rencontre avec eux depuis la pré-rentrée, absolument aucun ; et en lettres modernes, étant trop nombreux, aucun stagiaire n’a encore pu être visité, à la différence d’autres académies ou d’autres matières). Je n’ai d’ailleurs pas trop à me plaindre, j’adore préparer les cours, je sais utiliser les nombreuses ressources d’Internet, je n’ai pas l’impression de crouler sous le travail. Mais je gaspille toute mon énergie à me demander comment faire pour, tout simplement, parvenir à faire cours. Parce que ça, jamais je ne l’ai appris. Et personne ne pourra le faire à ma place. 

  Je ne pense pas qu’une formation puisse me donner des conseils miracles. D’ailleurs, d’après ce qu’on me raconte dans les autres académies (qui, elles, ont une journée par semaine de formation), cela ne me donne guère envie. Je n’aurais pas forcément voulu être dans un établissement moins difficile : j’aurais connu la désillusion un jour ou l’autre. Mais je sais que si je n’avais eu que huit heures de cours, avec une ou deux classes, je ne vivrais pas les choses de la même façon. Comment retrouver l’énergie (si tant est qu’on l’ait eue un jour…) de recommencer une séance de cours avec trente gamins au top de leur forme, quand, alors que ladite séance aurait dû commencer depuis cinq minutes, on est encore en train d’essayer de sortir de sa salle un élève de la classe précédente qui négocie pour que je lui supprime son heure de colle ? 

  Ces deux semaines de vacances de Noël, je ne les ai jamais autant appréciées de ma vie. Mon inconscient, lui, doit avoir envie de me gâcher la vie, puisque je rêve de mes classes la nuit. Au moins, je suis prête pour la rentrée. Mais prête pour quoi, au juste ? Pour tenir malgré tout jusqu’à la fin de l’année, attendre (espérer) la titularisation, et angoisser pour la prochaine rentrée. C’est assez triste comme image du métier, pour une première année. 

 


« Mais tu as quand même eu des cours qui se sont bien passés, non ? »

  Oui… trois ou quatre heures depuis septembre. Heureusement, c’est suffisant pour que je sache que, oui, j’ai envie d’exercer ce métier, et, non, je ne démissionnerai pas. 

 

 


1. Système bien connu pour qui travaille dans un établissement scolaire : exclure un élève, c'est généralement en récupérer un qui a été exclu d'un établissement voisin. Comme ça, on ne règle pas les problèmes : on les fait juste tourner…

 

2. Zone d'Éducation Prioritaire. Une politique pleine de bons sentiments, et qui a donné des résultats globalement désastreux. L'Enfer est pavé de bonnes intentions…

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 10:41

Violet    

 

 

Par Guizmo

 

 

 Je suis stagiaire de langue en collège. J'avais vu ton appel à témoin mais je n'écris que maintenant — fin de la période scolaire et vacances obligent.

 


  De mon côté, je n'ai pas une situation de travail clairement aussi révoltante que d'autres : je ne suis pas en ZEP, les élèves sont corrects dans l'ensemble (quoique péniblement bavards pour quelques uns, et une certaine tendance à tenir tête au professeur, à avoir le dernier mot, déjà en 6e…), j'ai 2 niveaux (ma tutrice s'est battue pour que j'aie des 6e et des 5e — cela me fait 5 classes en tout et 15 à 17h par semaine), ma tutrice est très avenante.

 


  Comme tout le monde, par contre, j'avoue que j'ai beaucoup de mal à monter des cours (bah, normal, on ne nous montre pas comment procéder), j'avance au feeling, la veille pour le lendemain — une « séquence » je ne sais ce que c'est qu'en théorie —, et ça me mine car je veux faire les choses correctement pour les élèves, pour moi-même… Je travaille dans l'urgence, la tête dans mes manuels, dans le chaos des ressources internet que j'ai accumulées. 

  Le pire c'est que je sais que ce que je fais n'est pas dans les clous (trop de grammaire, trop de français, pas assez de dimension culturelle), mais je ne sais pas comment faire autrement et surtout j'ai l'impression de manquer cruellement de temps ! 

  Mais, même si elle est très gentille, je n'ai aucune aide concrète de la part de ma tutrice à ce niveau : elle me dit de me baser sur notre manuel (il date de 1998… ce n'est plus du tout en phase avec l'approche actuelle de l'apprentissage de la langue vivante — du coup je suis perdue), elle ne m'a invitée que 2 fois à ses cours depuis septembre — et encore, c'étaient des corrections de devoir (j'ai l'impression que certains tuteurs se montrent assez réticents à montrer leur travail, de peur d'être jugés sans doute), elle connaît des problèmes personnels ces derniers temps et je la sens encore moins disponible.

 

 


J'aurais pu me baser sur les formations… si seulement elles étaient efficaces !! 
1ère formation : mi-octobre sur la gestion classe → légèrement trop tard ! mais ce n'est que mon humble avis.
2e formation : mi-novembre sur le conseil de classe et le rôle de PP1  → …
3e formation : avant les vacances sur la balado-diffusion2  → projet difficilement réalisable par tous les établissements vus les frais que cela implique : donc inutile pour l'instant.

  Ça me désespère de m'y rendre, surtout qu'elles tombent dans mes semaines de 17h, sur mon seul jour de « libre ».

 


  Le pire dans tout ça, c'est d'être dans une situation totalement instable : je suis tiraillée entre les instructions officielles, ce que veut voir ma tutrice en classe, ce que veulent voir les parents dans le cahier de leur progéniture… tu me diras qu'ils n'ont rien à dire concernant ma pédagogie mais c'est fou comme ils nous mettent la pression : une maman a pris rendez-vous avec moi parce qu'elle a peur que sa fille s'ennuie car j'avance lentement selon la mère, une autre était venue à la réunion parents-profs avec la photocopie du cahier de son fils en me demandant quel était le but d'un exercice en particulier, etc. On devrait plus nous préparer à ça, on se trouve vite désemparé ! Heureusement que je suis bonne actrice… ou pas.

 


  Je me dis que je me baserai sur mon expérience de cette année : ne plus refaire les mêmes erreurs, améliorer ceci, ne surtout plus faire ça, etc., pour devenir meilleure au fil des années… Puis je pense à ces élèves cobayes (je n'ai jamais enseigné de ma vie)… Les parents ne doivent certainement pas être au courant de ce qui se passe en ce moment : je suis triste de voir autant de passivité ! 

 


  Pour ma situation personnelle, je suis originaire de la Réunion et j'ai été mutée en France métropolitaine. Cette affectation a été un réel choc pour moi… Depuis des années, les lauréats au capes restaient à la Réunion au moins pour leur année de stage. En un mois, je me suis débattue pour défendre ma cause et rester (cause perdue à la base, je sais), j'ai cherché un moyen de financer mon billet pour venir, fait des recherches de studio sur internet — obligée de quitter mes proches —, emménagé, appréhendé ma première rentrée dans le dit studio… tout ça, toute seule… J'ai quand même passé toutes mes soirées à pleurer pendant la 1ère période (ça a passé à 5 soirées sur 7 pour la 2e période), j'ai perdu 7 kilos (déjà que je n'étais pas bien grosse… je n'avais pas envie de manger, pas le temps) — mes proches s'inquiétaient pour ma santé physique et morale.

 


  Allons bon, je me sentais bien là, je me suis goinfrée de foie gras, j'ai dormi, et voilà que la déprime repointe le bout de son nez...Va-t'en!

  J'ai tenu bon jusqu'ici, j'espère tenir jusqu'à juin (note à moi-même: ne pas penser aux mutations inter et à la baisse d'effectifs3, ne pas penser aux mutations inter et à la baisse d'effectifs…)

 


  Voilà, c'étaient mes premiers pas dans l'EN ! Bon, le récit n'est pas particulièrement édifiant et singulier, mais ça fait du bien de verbaliser ce qu'on ressent et de prouver encore et toujours que non, crotte de bique, ce n'est pas normal de lâcher des personnes sans expérience dans la nature comme ça. Le malaise est bien là, quelque part…

 

 


1. Professeur Principal. J'espère bien qu'aucun stagiaire n'est professeur principal cette année (mais vu la situation, ils sont capables de tout, à l'Éduc'Nat'). Autant dire qu'il y avait probablement + urgent à faire, comme formation. 

 

2. ou Podcasting en anglais. C'est un moyen de diffusion de fichiers audio (ou vidéo…) sur internet, pouvant ensuite être téléchargés et/ou écoutés sur des baladeurs numériques. Enfin… quand on a le matériel et que ça fonctionne, évidemment…

 

3. Le système de mutations fonctionne désormais en deux temps : phase inter-académique, ou l'on essaye de tomber dans une académie (sachant qu'on finira à Versailles ou Créteil si aucune autre académie ne vous a ouvert ses portes, en gros) ; puis phase intra-académique, où l'on essaye de trouver le meilleur moins mauvais poste possible dans la dite académie. Le tout fonctionnant sur un barème en points abstrus (et différent d'une académie à l'autre dans la 2e phase : vive la décentralisation !), qui justifie à lui seul l'existence des syndicats pour permettre au prof lambda de faire ses vœux dans le bon ordre, de la bonne manière, etc. Ici, le problème est qu'avec la réduction d'effectifs qui a lieu depuis quelques années, les académies que l'on convoite risquent d'être de + en + chères en points, et donc notre amie risque de ne pas rentrer à la Réunion.

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