Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 17:56

joey-starr

 

  Quand j'étais petit, je fis un œil au beurre noir à un de mes camarades. Mais ce n'est pas parce que j'étais la terreur de la cour de récréation, mais plutôt parce qu'il m'avait quand même sacrément cherché. Ce fut je crois le seul acte de violence physique que je commis de tout ma vie. 

 Quand j'étais encore petit, j'étais plutôt du genre à être défenseur au foot. Pas par goût (si l'on m'avait demandé mon avis, j'aurais plutôt été jouer au tennis de table), mais parce que bon, je ne brillais pas par mes qualités athlétiques, dirons-nous. 

  Quand j'étais un peu moins petit (je fus assez vite moins petit, d'ailleurs), je réussis enfin à me blesser en faisant du sport. Mais c'était à cause d'un fosbury bien trop horizontal et déclenché légèrement trop tôt et qui m'avait amené dans le poteau plutôt qu'au-dessus de la corde. Bref : même pas une vraie blessure de guerre. 

  C'est pourquoi il est quand même amusant de signaler qu'aujourd'hui, j'ai fait partie du service d'ordre de la manifestation des professeurs du second degré contre les suppressions de postes et le nouveau projet d'évaluation des enseignants par le seul chef d'établissement1. J'étais l'un des mecs avec un brassard rouge qui tient la corde devant la grande banderolle. Eh bien oui, j'étais là ! Mais hélas, je n'eus pas l'occasion de prouver virilement mon accession à ce groupe de mâles qui comporte aussi les videurs de boîte de nuits, les combattants de street fight, Chuck Norris, Daniel Balavoine dans Starmania et Joey Starr dans sa vie comme au cinéma2

 

  Eh bien c'est une expérience passionnante, je dois dire. Tout d'abord, vous êtes aux premières loges : tous les journalistes, toutes les caméras sont devant vous, TF1, LCI, BFM… tout le monde est là. Mais une fois le démarrage effectué, hormis les merveilleux slogans qui vous accompagnent — cette fois-ci, nous eûmes des choses telles que « ni en primaire, ni en collège, ni en lycée… aucune, aucune, aucune suppression de poste !3 » — c'est d'un incroyable calme. Vous vous retrouvez à marcher en plein milieu des plus belles rues de Paris sans personne devant vous (la manifestation étant derrière, forcément). C'est un étrange sentiment de liberté — d'autant plus étrange que vous tenez à la main votre propre enclos. 

 

  C'est ainsi qu'il ne faut, je crois, jamais préjuger de ses choix à venir ni de l'évolution de votre existence. Parce qu'un intellectuel dépolitisé, ça peut devenir un militant syndical qui tient une corde. C'est ça, la magie de l'Éducation Nationale ! 

 

Bonus : choses vues 

  • La corde, ça n'a aucune efficacité contre un enfant de 5 ans.Il passe bien en-desssous. 
  • À un moment, on fit stopper tout le cortège pour laisser traverser — sur un passage clouté d'ailleurs — une vieille dame embéquillée. Moment surréaliste.
  • Je n'ai même pas vu une seule célébrité du Parti Socialiste. Il y avait un minuscule regroupement d'une dizaine de jeunes gens sans doute charmants, mais bon, c'était tristounet. 

 

 


1. Une monstruosité dont j'essaierai de vous reparler.

2. Jeu-concours : trouvez l'intrus. Lot : le brassard rouge porté par le taulier lors de cette grande manifestation.  

3. Je cite de tête. Malgré son aspect martelé, le slogan semble avoir glissé sur ma faculté de mémorisation…

 

Par Celeborn - Publié dans : Vis ma vie - Communauté : La salle des maître(sse)s
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