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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 22:10

Du fait d'une grève surprise de ma volonté d'illustrer cet article, vous n'aurez pas de jolie image !


[mode syndicaliste forcené ON]

  Alors celle-là, je sais pourquoi je la fais !

  Parents, parentes, enseignants, enseignantes, travailleurs, travailleuses, on vous ment, on vous spolie ! Le grand ministère vous ment !
[mode syndicaliste forcené OFF]

  Non, je n'en suis pas là. Mais je suis quand même agacé énervé estomaqué  super trop heureux révulsé tétanisé (dé-rayez la mention inutile) bref je ne suis pas content. On nous a fait passer depuis fort longtemps dans l'inconscient collectif pour des branlos, pour des glandeurs, pour des toujours en vacances, pour des bien pépères dans nos charentaises. Alors réjouissez-vous : avec les suppressions de postes qui continuent, notre nombre diminue chaque année un peu + (et je ne parle pas des collègues qui changent de cap, ou essayent de le faire, et qui sont eux aussi de plus en plus nombreux).  Réjouissez-vous, donc. 

  Oui mais on ne s'étonnera pas que, chez nous, des élèves aient attendu un mois pour avoir un prof de maths, deux mois pour que leur prof d'anglais soit remplacée, ou encore qu'ils n'aient depuis janvier que 2h d'histoire-géographie sur les trois prévues puisque notre vacataire (que nous avons trouvée tous seuls avec nos petites mimines en interne, car bêtement le rectorat n'avait pas anticipé un DEPART A LA RETRAITE !) est tellement demandée que le lycée d'à-côté en a voulu sa part (5 niveaux pour une première expérience dans l'enseignement, voilà qui constiue un test ultime pour savoir si l'on a
la vocation, n'est-ce pas ?)

  Le sourcil n'esquissera pas non plus un frémissement quand l'œil se posera sur la réforme du lycée et ses coupes claires dans les horaires disciplinaires (ce qui signifie mathématiquement davantage de classes pour un même prof, youpi !) pour y mettre à la place des accompagnements personnalisés à 35 chargés de combler des lacunes dont leur seule création sera déjà grandement responsable.

  La bouche ne fera qu'une moue dédaigneuse et se refusera à commenter le décret EPLE couronnant le règne des chefs d'établissements sur le plan pédagogique, qui se traduira, dans les conseils du même nom ("pédagogiques", donc. Suivez un peu !) dont ils désigneront les membres (ça évite toute contestation), par l'organisation de groupes de compétences au gré de leur bon vouloir, piétinant allègrement votre progression annuelle concoctée avec amour, rigueur et professionnalisme (ou sans amour, d'ailleurs : vous avez le droit d'être vache !)

  La narine ne sentira pas monter les effluves délétères et débilitants du
nouveau projet de progammes d'histoire de seconde, fourre-tout transversalo-thématique qui vous balaye entre autres, dans l'ordre : la grande peste de 1348, la population française du XVIe au XVIIe, les Celtes, l'émigration de Italiens à la fin du XIXe, le citoyen grec à Athènes. Si si, c'est dans l'ordre.

  Les épaules ne se hausseront même plus devant le socle commun, qu'on nous serine de réunion en formation (ha ha ! mes collègues de langue y ont eu droit aussi !), panacée qui supprimera les problèmes en tuant le malade, à la façon d'une bonne saignée chez Molière.

  Mais peut-être que l'on tapera quand même un peu du pied devant cette nouvelle idée géniale, à savoir de mettre les stagiaires directement en poste avec 18 heures de cours dès le départ, tout en les remplaçant de temps en temps, pour qu'ils puissent se tirer une balle suivre une formation à la con qu'on n'aura nullement améliorée, par des étudiants en première année de master. De grands moments de continuité pédagogique en perspective !    

  Peut-etre que l'oreille entendra non pas le vol noir des corbeaux sur nos plaines, mais bien des revendications qui ne sont pas que salariales (même si elles méritent également de l'être) : elles sont fondamentales ; elles défendent un modèle qui a fonctionné et qui fonctionnerait encore si on ne l'attaquait pas chaque année davantage. Elles sont également de plus en plus désespérées. Je suis dans un établissement tranquille, et déjà le travail n'y est pas tous les jours évident, mais je sais des lieux, bien plus nombreux qu'on ne le pense, où mes collègues souffrent, culpabilisent de ne pas parvenir à gérer des classes que les autres n'ont pas réussi à gérer avant eux avant de partir en dépression, voudraient bien mais ne peuvent point, sauvent leur peau et leur santé mentale  quand ils le peuvent.

  Dans son livre que je commenterai bientôt, la vice-présidente de mon syndicat, Claire Mazeron, raconte qu'un jour, elle a dû annoncer au téléphone à une néotitulaire du sud son affectation dans l'académie de Créteil. Les sanglots qu'elle a alors entendus dans le combiné sont plus éloquents que tous les discours. Notre métier est un métier difficile, parfois même impossible, et de moins en moins de gens veulent le faire. J'espère que cette grève sera suivie afin que davantage de personnes se rendent compte que nos luttes ne sont ni sectaires, ni gratuites. Nous gueulons parce que, pour le moment, nous pouvons encore le faire. Alors, chers collègues, je nous en prie : gueulons fort !  

 

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commentaires

Nicolas 05/02/2010 02:17


Bonjour,
Je suis graphiste free-lance actuellement à Montréal je suis venu sur votre blog via l'annuaire d'over-blog. Ce que vous faites est pas mal du tout
Je vous invite à découvrir ce nouvel article sur mon blog, http://www.nicolaslizier.com/article-creation-nicolas---tennis-serbie-ana-ivanovic-2010--43850289.html
Je vous souhaite une bonne continuation sur votre site.
A bientôt
Nicolas graphiste à Québec


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