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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 23:14

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  Or donc hier soir, c'était le conseil de classe du 2e trimestre de la Sixième de l'Angoisse. Mais si, souvenez-vous, cette classe à 7,9 de moyenne en français au premier trimestre, dont on pensait qu'elle descendrait difficilement plus bas, et qui a atteint… 7,11 ce trimestre, eh oui. 

 

  C'est devant un parterre de professeurs désabusés et de représentants des parents rapidement stupéfaits que l'exquis professeur principal (qui est une femme, mais je zute la féminisation des titres, na !) exposa son bilan. Aucun plaisir à les retrouver, on en vient à regarder l'horloge en se demandant quand est-ce que ça va bien finir, on est impuissant à les aider, ils n'avaient même pas compris ce qu'était un conseil de classe, etc. À noter que, Sixième de l'Angoisse oblige, nous avons 3 délégués au lieu de 2 au conseil, l'un d'entre eux ayant dit qu'il ne pouvait pas venir avant de… finalement venir. Il nous avait déjà fait le coup au trimestre précédent, ambiance… 

  Ma collègue de maths s'étant arraché les cheveux et ma collègue de techno s'étant demandé à voix haute s'ils comprenaient tous vraiment les consignes, je lui certifie donc que non, ils ne les comprennent pas tous. Rien qu'avant-hier, j'ai dû expliquer 5 fois que dans tel exercice, il fallait conjuguer le verbe au présent de l'indicatif… avant de voir un élève ne rien écrire sur sa feuille car il lisait péniblement la consigne et ne la comprenait pas. La Sixième de l'Angoisse est la seule classe où, lorsque vous faites passer 9 feuilles dans une rangée de 9 élèves, certains élèves se retrouvent systématiquement avec deux feuilles et d'autres sans aucune feuille. La Sixième de l'Angoisse est la seule classe où un élève ne fait rien depuis une semaine au motif que son classeur est cassé et qu'il ne peut l'ouvrir pour en sortir son cours. Classeur que j'avais déjà réparé en début d'année d'ailleurs, car pour faire cours à la Sixième de l'Angoisse, être Mac Gyver ou l'Inspecteur Gadget semble bien plus utile que d'être certifié de lettres modernes. La Sixième de l'Angoisse est la seule classe où, après un chapitre sur la poésie, un contrôle sur le chapitre sur la poésie, une correction du contrôle sur le chapitre sur la poésie et un chapitre sur la fable, près d'un quart des élèves est encore incapable de numéroter 22 vers de 5 en 5, l'un commençant à 0, l'autre ne s'arrêtant pas avant 35.  La Sixième de l'Angoisse est la seule classe où, quand on fait un cours sur le passé simple et qu'on lance des exercices de conjugaison juste après, alors que la leçon est toujours sous leur nez, un élève est incapable de conjuguer correctement le verbe être alors qu'il est intégralement écrit dans la leçon, trois élèves emploient les terminaisons de l'imparfait aux trois personnes du singulier alors que les terminaisons sont intégralement écrites dans la leçon, et trop d'élèves conjuguent les verbes du 2e groupe comme ceux du premier groupe — y compris le verbe servant d'exemple dans la leçon —, tout en pensant pour certains que ces verbes sont du… 3e groupe ! C'est à défoncer le mur à grands coups de boîte crânienne. 

 

  Revenons à la sauterie d'hier soir. Après donc un tour de table s'achevant par une tirade d'un professeur de musique dépassé et une tentative de positiver ce qui peut parfois l'être, à savoir pas grand chose, de la part du professeur d'anglais (qui elle aussi est une femme, mais n'aura pas de « e » à « professeur » non plus), nous attaquâmes le cas par cas, qui avait rarement si bien porté son nom. Cas par cas durant lequel, entre deux avertissements, nous fûmes interrompus par un profond soupir du délégué sus-nommé, apparemment passionné par le déroulement de la chose. Il fut d'ailleurs amusant de voir le Principal adjoint lui parler, commençant sur un ton sentencieux avec de grands mots… avant de se rendre compte que Sganarelle, les grands mots, il n'y entravait que dalle. Principal adjoint retrouva alors les réflexes du professeur des écoles qu'il avait été, et c'était effectivement la seule bonne façon de procéder pour être entendu. 

 

  Bref, ce fut long, ce fut pénible, ce fut parfois même irritant car il fallut s'ébaubir et in fine complimenter un élève qui — ô miracle — avait la moyenne partout, avec un 10 en français (2,5 points de moins par rapport au trimestre précédent), mais bon, vous comprenez, dans une autre classse, il serait tiré vers le haut et aurait sûrement de meilleurs résultats. Alors je ne sais pas si Cléante serait tiré vers le haut ailleurs, pour la simple et bonne raison que n'étant pas doté du don d'ubiquité, Cléante ne peut être que dans une classe à la fois, et qu'il est donc cette année dans la Sixième de l'Angoisse. En attendant, Cléante — élève au demeurant sérieux et travailleur — est incapable d'écrire 5 lignes de rédaction correctes pour décrire un personnage ou de faire moins de trois fautes par ligne1. Et c'est ma tête de classe avec Henriette — meilleure moyenne alors qu'elle ne l'a même pas eue, la moyenne, au dernier contrôle —, Ariste — élève complètement éteint — et… Sganarelle (eh oui !), l'homme qui s'amuse à répandre des rumeurs absurdes et qui ne sait pas ou feint de ne pas savoir faire passer une feuille correctement dans sa rangée. 

 

  Nous partîmes donc avec ma délicieuse collègue prof' principale à 21h du collège, avec le sentiment du devoir accompli dépités par l'absence totale de solutions que propose l'institution à la misère scolaire qu'elle a sans nul doute un peu contribué à créer au passage. Comme l'a rappelé le principal adjoint2, le collège unique, c'est le collège unique, et si tu entres en Sixième de l'Angoisse, tu restes intra muros jusqu'à arriver en Troisième de l'Emmerdement Maximum, sacrifiant au passage les élèves qui voulaient travailler et qui auront eu le malheur de se retrouver en ta compagnie quand tu auras décidé de tuer les poissons rouges de la prof de SVT ou de mettre le feu à une bombe de déo en plein cours de physique3

 

  Ah oui, au fait : nous venons de recevoir un document de notre Principal nous informant que, du fait de nos moyens horaires pour le moins ridicules l'année prochaine, si nous voulions travailler dans des conditions correctes l'année prochaine, il nous faudrait nous limiter à 3 redoublements maximum sur l'ensemble des classes de Sixième (et à 2 pour les Quatrième d'ailleurs). Autant dire que lorsque, 5h par semaine, on fait cours à une telle Sixième, et que l'on découvre que des raisons strictement comptables à la base nous empêchent de recourir à la seule chose qui nous reste encore pour éventuellement essayer de changer les choses, on se demande si l'on ne serait pas mieux comme héros d'un roman de Franz Kafka que comme prof à l'Éduc'Nat. 


 


1. Et oui, il fait bien partie des quatre (!) élèves ayant la moyenne en français ce trimestre ! Imaginez donc le reste de la classe… 

 

2. Avant de tenter de se lancer dans un panégyrique des compétences aussi approprié dans ce conseil qu'une conférence sur la raison pure kantienne le serait dans une crèche.

 

3. Toute ressemblance avec des actes s'étant réellement déroulés en Troisième cette année au collège Jean-Baptiste Poquelin est purement intentionnelle. 

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commentaires

Marie 25/03/2012 17:25

Meric Aline,
Ma dernière a quitté l'école primaire en 1996 et bien qu'elle ne soit pas un prodige, elle a bien eu les bases nécessaires à ses progrès futurs, tout comme son frère avant elle ses camarades de
collèges, de lycée puis d'université,.... OUF.
Enseignante en lycée professionnel, c'est aussi un condensé du désagrègement éducatif ,... au sens large.

chartreux 23/03/2012 10:41

Bravo pour ce récit, qui recoupe une analyse récente : http://h16free.com/2012/03/20/13190-la-lente-agonie-de-leducation-nationale#more-13190

dictionnaire 23/03/2012 06:40

c'est intéressant cet article

Aline 17/03/2012 14:58

Elle a également écrit " Vers une école totalitaire "

Aline 17/03/2012 14:57

Pour en savoir plus sur l'école primaire :" Destruction de l'enseignement élémentaire et ses penseurs "( Liliane Lurçat - 1998 )

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