Partager l'article ! Réunissez-vous, qu'ils disaient: Ce soir, c'était réunion parents-professeurs pour mes deu ...
Ce soir, c'était réunion parents-professeurs pour mes deux classes de 4e. En gros, 3 heures de transports en commun (aller-retour) pour venir dire aux parents : « bonjour, je suis monsieur Celeborn, et je suis le professeur de français de vos élèves enfants. En français, on fera du français. Les livres à lire sont à lire. Les contrôles contrôleront. Les interros interrogeront. Les leçons à apprendre doivent être apprises. Les exercices leur permettront de s'exercer. Sinon, la classe est agréable mais n'en fout pas une. Des questions ? Le cahier d'histoire des arts ??? Oh là là ! ma brave dame, si je savais comment c'est censé fonctionner, oui, je vous expliquerais bien ! »
Dans la classe dont je suis professeur principal, 5 collègues présents alors qu'il y a 11 professeurs, et 13 parents présents alors qu'il y a 30 élèves. J'ai failli sortir les bougies pour installer une petite ambiance cosy.
Cette année, je crois qu'on a touché le fond de la réunionite. Avec la précédente principale — qui nous avait pourtant bien dit le jour de son arrivée qu'elle n'était pas pour les réunions à tout va et que nous ne ferions que celles strictement nécessaires — nous étions déjà descendus bien bas. Qu'importe ! On creuse encore ! Une pensée émue pour ma délicieuse collègue d'histoire-géographie qui, jeudi prochain, en sus de ses 7 heures de cours, doit se coltiner une réunion le soir sur l'épreuve d'histoire des arts, et une autre à midi sur le rapport de stage des élèves de 3e… sachant qu'elle se réunit déjà en tant que professeur principal pour faire son conseil de mi-trimestre le même midi !
Si encore c'était efficace… Mais disons qu'au bout de la 11ème réunion sur le livret de compétences ou l'histoire des arts, on commence à douter… On révolutionne la note de vie scolaire grâce à l'outil informatique qui va permettre d'adopter un fonctionnement simple et de bon goût ? Oui, mais non, car l'outil informatique ne veut pas être simple et de bon goût. À nous donc de mettre les rustines en nous réunissant de nouveau pour voir comment transformer cette belle idée inapplicable (sur laquelle nous planchâmes longtemps) en moche usine à gaz remplie de bouts de papiers qui circuleront pour pallier les déficiences de l'ordinateur (à moins que ce ne soient celles de notre principal-adjoint, d'autant plus féru des TICE1 qu'il les maîtrise mal).
Je vous parlerais bien aussi d'un corollaire à la réunionite aiguë : la distributionite aiguë. C'est une maladie qui touche les professeurs principaux essentiellement. À vous les joies de distribuer moults papiers à vos élèves sur les sujets les plus divers : élection des représentants des parents, mise en place de l'accompagement éducatif (ou est-ce de l'aide individualisée ? ou du tutorat personnalisé ?), ouverture d'une salle d'étude sur le temps de midi, brocante du week-end suivant (je vous JURE que j'ai eu ça, une fois, à distribuer à mes élèves), facture de cantine, bon de commande pour la photo de classe… Entre deux papiers, il se peut, parfois, que je fasse cours.
Justement, il m'est arrivé ces dernières années d'avoir parfois un curieux sentiment : j'avais l'impression que mon cœur de métier était devenu ces réunions, cette paperasse, et que de temps à autres, pour me divertir, pour m'aérer l'esprit, j'allais faire cours à une classe. Je me retrouvais presque surpris d'être devant des élèves, à parler, à les voir m'écouter, sans tensions, sans échanges interminables, sans envolées lyriques larmoyantes, sans psychodrame, sans excuses à demander (j'ai dû à deux reprises demander des excuses en pleine réunion à mes supérieurs hiérarchiques… ambiance !), sans cette fatigue qui s'installe à force d'entendre la même stupidité pour la cinquième fois de suite.
Cette impression m'est heureusement passée. Je souhaite qu'elle ne revienne pas.