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7 novembre 2009 6 07 /11 /novembre /2009 11:18




 

Échanges


Celeborn

Les enseignants sont recrutés (normalement) car ils sont spécialistes d'une discipline, pas spécialistes en compétences-clefs transversales.


Christophe Charly

N’est ce pas là un premier « problème » ? Sommes-nous des enseignants parce que nous sommes spécialistes d’un champ disciplinaire ?


Celeborn

C'est une condition sine qua non. Ça ne veut pas dire qu'elle est suffisante. Mais dans ma vision de l'enseignement, elle est nécessaire, indubitablement


***


Celeborn

... je ne parle même pas de la (courte) formation [sur le B2i], au demeurant assurée par une personne sympathique et compétente. Mais même après, certains de mes collègues qui ne sont pas de ma génération et qui n'ont pas d'affinités électives avec le monde merveilleux des pixels sont autant capables de faire des séances informatiques efficaces pour valider le bouzin que moi de danser Le Lac des cygnes à l'opéra de Paris... et ce n'est pas par mauvaise volonté !


Christophe Charly

Là je suis d’accord c’est un vrai problème. Nous n’avons pas de réelle formation continue. Encore en aurions-nous une cela ne génèrerait-il pas encore des réunions ?


***


Celeborn

J'ai plutôt l'impression qu'on évacue l'effort que demande la domination des notions d'une discipline au profit d'une liste de petites choses qui n'ont pas l'air bien méchantes, d'autant moins méchantes qu'elles sont souvent très floues et très hétérogènes.


Christophe Charly

Ne cherche-t-on pas plutôt à garnir la  « boîte à outils » des élèves pour qu’ils puissent justement être capables (zut déformation). Je me reprends, pour qu’ils puissent dominer un texte littéraire par exemple ?


Celeborn

Il y a différentes façons de garnir une boîte à outils. Dans la mienne, j'y mets les figures de styles, les connotations, les valeurs des temps, les champ lexicaux, l'histoire littéraire... Et vous, vous mettez quoi dans la vôtre ?


***


Celeborn

On le voit avec le B2i, où des profs qui font ce qu'ils peuvent dans un domaine qui n'est pas le leur passent du temps à évaluer des items (encore eux !) très formels à partir de séances que leurs élèves auront généralement oubliées au bout d'une semaine (ce à quoi on me rétorquera qu'il faut aller plus souvent en salle info. Mais moi, je suis prof de français, pas informaticien).


Christophe Charly

... Mais capable de tenir un blog et l’alimenter. Pourquoi ne pas partager ce savoir ? Serait-il honteux pour un enseignant de lettres de montrer des capacités techniques ?


Celeborn

Je sais aussi faire cuire des pâtes et repasser une chemise. Faut-il vraiment que je leur fasse partager ce savoir en cours ? Plus sérieusement, je n'ai rien contre faire un club/une activité sur le temps de midi, par exemple (je faisais du tennis de table l'année dernière, tenez !). Mais pendant mes heures de cours, vous m'excuserez, je fais cours. Et vu le niveau orthographique et grammatical des élèves, vu la culture commune que je me dois de leur apporter sur un temps fort réduit, j'ai autre chose à faire qu'à leur montrer comment on tient un blog. Je n'ai déjà pas le temps de faire ce que je VEUX faire car je l'estime nécessaire. Alors je me vois mal faire des choses en +...



Synthèses


Christophe Charly

  Une fois que nous nous sommes interrogés sur l'École et ses objectifs, il est indispensable de s’attarder à ceux qui sont chargés au premier de leur mise en œuvre : les enseignants.

  Qui sont-ils ? Aujourd’hui nous avons des spécialistes d’une discipline. Ils ont tous au moins suivi trois années d’enseignement supérieur dans une matière. Généralement c’est d’ailleurs plutôt quatre voire cinq années. Ils présentent un concours au cours duquel sont réévaluées les connaissances universitaires validées quelques mois plus tôt. En septembre qui suit cette réussite, ils sont placés, pour ceux du secondaire, directement devant une ou plusieurs classes en responsabilité pleine et entière ! Fabuleux non ?


  Parce que j’ai suivi trois années d’enseignement en histoire géographie, je sais l’enseigner !


  Ne mettons-nous pas la charrue avant les bœufs ?


  Je me disais qu’avec la réforme dite de « mastérisation » de la formation des enseignants nous irions vers une véritable formation à l’enseignement avant d’être devant les élèves. Que nenni ! Il suffit de lire les commentaires sur cette évolution pour retrouver toutes les oppositions habituelles : il faut mieux maîtriser sa discipline d’enseignement ! La connaissance de l’histoire de l’enseignement en France, les grands courants pédagogiques ? Inutile. La connaissance du développement des enfants ? Inutile. Apprendre la didactique ? Pas nécessaire cela vient avec le temps ! Comment évaluer ? Pas de souci, on a des spécialistes ! Les relations avec les familles ? Est-ce vraiment nécessaire ?


  Je caricature ? J’aimerais bien mais malheureusement je suis fort proche de la réalité. Combien d’enseignants arrivent et se posent la question du « premier jour », de la « première heure » ? Pas de problème cette question est abordée trois semaines après la rentrée à l’IUFM ! Que faire avec un jeune en difficulté ? On se débrouille… Avec l’expérience on progresse.


  Heureusement, oui, bon nombre de collègues sont conscients de ces lacunes et cherchent à les combler. La difficulté est qu’ils ont fort peu temps pour trouver des réponses car ils sont en situation et l’institution leur demande d’assurer leurs cours, de respecter les programmes et d’obtenir des taux de réussite « décents » aux examens !…


  Alors, oui, j’appelle de mes vœux une véritable refonte de la formation des enseignants. Certes il nous faut des personnes ayant des connaissances dans un domaine disciplinaire mais c’est insuffisant. Il nous faut des spécialistes en transmission de ces connaissances. Un enseignant est un passeur qui prend un jeune à un moment de sa vie et qui l’emmène plus loin par une progression et cela ne s’improvise pas. Cela ne peut pas, non plus, se réaliser en faisant abstraction du contexte dans lequel évolue ce jeune, contexte familial, sociétal. Nous sommes, à la fois, insérés dans la société et formateurs de ceux qui vont la faire évoluer. Il faut en avoir conscience et savoir prendre du recul devant cette situation.


  Partant de là, l’évaluation de la progression des élèves doit évoluer.

 

 


Celeborn

  Je pense également que la formation des enseignants est mal foutue. Mais là, c'est un ensemble de choses compliquées. Je crois qu'il faut distinguer (sans pour autant nier qu'elles puissent être parfois imbriquées) la notion de recrutement et la notion de formation. Pour moi, le recrutement doit se faire AVANT TOUT sur des critères disciplinaires. On ne recrute pas un professeur des écoles qui fait deux fautes d'orthographe par ligne !


  Or avec le système actuel, ces gens-là, on les recrute (je n'ai qu'à entendre mes collègues qui ont des enfants scolarisés pour en être certain). Car par exemple, sur l'épreuve de français du concours, 16 points sur 20 sont attribués à une note de synthèse et à une réflexion sur une situation d'enseignement. La grammaire ? 4 points sur 20. La prise en compte de l'orthographe du candidat ? 3 points enlevés au maximum par épreuve (y compris celle de français). En revanche, réciter la vulgate à la mode, ça, c'est très très payant (je le sais, j'ai passé la fameuse « épreuve sur dossier » lors de mon CAPES de lettres : en disant exactement l'inverse de ce que je pensais, j'ai eu 18, hem...). Bref, tout cela est très formel, très attendu, et doit être très « conforme ». En fait, on veut faire « réfléchir les candidats sur des situations d'enseignement », les faire « analyser des pratiques »... alors que pas mal n'ont tout simplement pas enseigné, et qu'on n'est même pas certain qu'ils disposent des savoirs pour enseigner correctement. C'est, pour le coup, mettre la charrue avant les bœufs. Bon, moi, je leur collerais une dictée (une sérieuse, hein, pas la dictée du brevet des collèges) éliminatoire (et pas qu'au concours de professeur des écoles, d'ailleurs), mais je suis un peu sadique...


  En revanche, sur la dimension « formation », là, je pense qu'on peut se rejoindre... mais en partie seulement. Parce qu'au final, nos amis profs stagiaires d'IUFM (ou de ce qui va suivre tout en restant globalement dans le même moule et piloté par les mêmes gens), que demandent-ils ? Moins de blabla et davantage de terrain. Moins de personnes qui viennent leur expliquer la psychologie de l'apprenant, mais plus d'observation, plus de situations concrètes avec de vrais élèves (et de « vrais profs », si j'ose m'exprimer ainsi), car c'est peut-être davantage là qu'on la voit, la psychologie de l'apprenant.


  En fait, je suis très suspicieux sur la constitution en disciplines de la pédagogie et de la didactique. Les choses nous montrent que ce sont trop souvent les idéologies qui y priment sur la rigueur scientifique. Je crois en revanche davantage aux vertus de l'imitation (qui n'est pas nécessairement servile, loin de là) : être mis en présence de différents collègues chevronnés et pris dans des situations d'enseignement, avec lesquels on peut discuter, qui vous montrent à la fin d'un cours ce qui allait et n'allait pas, c'est généralement nettement plus efficace que de passer 3 heures à disserter sur des photocopies du livre de sciences de l'éducation privilégié par le formateur.  Alors une assise scientifique certes, je suis le premier à la souhaiter, mais à condition qu'elle soit réellement scientifique et non idéologique. J'ai le regret de constater que la majorité des enseignants formés témoignent du contraire. Je suis alors d'accord avec vous sur le fait qu'il faut changer cela.


   Au passage, je pointe rapidement un souci qui, à mon sens, explique aussi pas mal de choses (même si l'idée en question ne dépareillerait pas dans un livre sur les idées reçues à propos des enseignants... il n'est toutefois pas interdit pour une idée reçue d'avoir un fond de vérité, voire davantage) : la dévalorisation du métier d'enseignant —aussi bien sociale qu'en termes de salaire, ou plus exactement de pouvoir d'achat, pour reprendre une expression à la mode — est à mon sens à l'évidence une cause du désintérêt de nombreuses personnes brillantes et qui seraient à n'en pas douter qualifiées pour faire ce métier. Sans vouloir faire trop c'était-mieux-avantiste, l'instituteur avait, sans que l'on doive pour le constater remonter jusqu'à Cro-Magnon, un rôle social proche de celui d'un médecin, d'un politique. Je crains que ce ne soit plus le cas aujourd'hui.

 

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commentaires

Patrice 07/11/2009 13:24


A la bonne vieille aporie de la poule et de l'oeuf, je ne connais d'autre solution que l'alternance : la formation continu(é)e des profs, telle que je l'ai vécue des deux côtés de la barrière,
c'était une année au moins de journées (ou demi) de formation, pour un même groupe, avec expérimentation entre deux stages, échange sur les résultats obtenus et les problèmes rencontrés,
élaboration commune de solutions... Ca coûtait du temps aux enseignants, mais ils ne rechignaient pas à ces séances-là. Hélas, cela coûtait aussi de l'argent au ministère : résultat, l'Education
Nationale est la plus nulle des entreprises, toutes catégories confondues, pour la formation continue de ses personnels pourtant eux-mêmes formateurs.

Patrice Pomona ;)


Delphine 07/11/2009 13:00


Cette semaine au collège, nous accueillons deux profs stagiaires qui assisteront en tout et pour tout à 5h de "vrais" cours mais dans cinq classes différentes avec cinq profs différents?
Qu'allons-nous leur apporter? Aurons-nous le temps de discuter? Ils ont déjà le concours donc ils enseignent, n'auraient-ils pas besoin de plus qu'une simple observation? En retrouvant leurs élèves
au bout d'une semaine, seront-ils mieux armés pour affronter leur métier?
Cela fait 6 ans que je suis passée par l'IUFM, j'ai l'impression que cela ne s'est pas tellement amélioré...


jugurta 07/11/2009 12:17


Je crois que le plus important dans cet échange c'est l'image que renvoie aujourd'hui un enseignant. De mon temps, j'ai la trentaine, cette image était valorisée, il y avait une sorte d'aura au
dessus de l'instit'. J'ai souvenir de mes parents regardant avec un immense respect le professeur qui allait me donner les moyens de sortir de ma condition modeste. Ceci n'existe malheureusement
plus aujourd'hui. Cette aura ce sont les stars éphémères médiatisées qui s'en sont empararée...


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