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11 novembre 2009 3 11 /11 /novembre /2009 17:31



Échanges


Christophe Charly

On tourne toujours autour de la question de l’évaluation sans la nommer !


Celeborn

Alors nommons-la. On les évalue comment, les compétences d'attitudes ?


***


Celeborn

Parvenir à regrouper sous le même titre des choses aussi diverses que « connaître l'environnement économique », « savoir respecter des consignes », « savoir nager » et « avoir conscience de l'influence des autres sur ses valeurs et ses choix » m'apparaît une imposture intellectuelle.


Christophe Charly

Parce qu’il n’y a pas d’imposture intellectuelle à regrouper dans une même évaluation la maîtrise des accords et l’appréciation de la capacité d’émettre des hypothèses ? Le tout « validée » par une note unique ?


Celeborn

Je ne sais pas comment vous comptez valider la « capacité d'émettre des hypothèses », cela me fascine (au fait, les hypothèses doivent-elles être justes pour valider la chose ? Si elle est validée en maths, c'est bon, on la considèrera validée partout ?). Mais rassurez-vous, lors des devoirs plus construits que nous proposons aux élèves, nous mettons des appréciations et faisons une correction pour leur montrer ce qu'ils ont réussi et ce qu'ils n'ont pas réussi. Généralement, il y a plusieurs questions dans un devoir...


***


Celeborn

[Les compétences de « capacités »] vont de choses tout à fait scolaires et évaluables (« résumer un texte », « déterminer rapidement un ordre de grandeur ») à d'autres choses nettement plus ésotériques telles que « prendre en compte le propos d'autrui »...


Christophe Charly

Ne le faites vous pas actuellement lorsque vous demandez à vos élèves une production écrite ?


Celeborn

Je ne demande pas des « productions », mais des « rédactions » . Bien sûr, qu'ils « prennent en compte le propos d'autrui », toujours, tout le temps (du moins ils essayent), quand ils demandent une précision à l'oral, quand je les menace, quand je les complimente, quand je leur dis de sortir leurs affaires, quand je leur dis « entrez. », quand je leur demande d'aller chercher un billet de retard, quand je leur pose une question... Vous trouvez ça validable, vous ? En rédaction, ne pas prendre en compte le propos d'autrui, ça s'appelle « hors-sujet », et c'est pris en compte, je vous assure, dans la note ! Mais vous comprenez bien quand même que sous cette innocente formulation de la compétence se cache une infinité de situations très différentes les unes des autres, une infinité de degrés d'appréciation. Et je devrais juste mettre une croix pour valider ça ? Quelle blague !



***


Celeborn

[Les compétences d'« attitude » sont] au pire une demande de se conformer à un certain type de personnalité jugé « meilleur » avec des choses telles que [...] « l’intérêt pour les progrès scientifiques et techniques » (si tu t'y intéresses pas, t'es pas un vrai citoyen !)...


Christophe Charly

Et à l’inverse ?


Celeborn

J'estime que rien ne m'autorise à prendre parti. L'intérêt de l'élève relève de son libre-arbitre et de son fonctionnement psychique personnel. Je cherche à l'intéresser à ma matière, bien entendu, mais rien ne l'OBLIGE à l'être, ou à l'être SYSTÉMATIQUEMENT. C'est son problème, pour le coup. Tant qu'il apprend sérieusement, et qu'il fait ce que je lui demande, ça me va. Mais un être à le droit absolu de ne pas s'intéresser au progrès scientifique et technique. Il n'en est pas moins digne pour autant. Valider l' « intérêt de l'élève » pour telle ou telle chose me paraît être une perversion de l'enseignement, pour ne pas dire un formatage nauséabond.





Synthèses


Christophe Charly

  Je considère l’évaluation, telle qu’elle est pratiquée très majoritairement actuellement, particulièrement inique et inadaptée car ne rend pas compte des apprentissages réalisés par les élèves !


  On utilise la note. Que représente-t-elle par rapport à une progression ? Rien. Les notions abordées d’une évaluation à l’autre sont différentes ! Peut-on alors parler de progrès, de régression ? Pourtant c’est ce qu’on entend à chaque conseil de classe… Que dire également de la « moyenne générale » ?!!!


  Que représente la note par rapport à une « performance » ? Pas grand-chose. Des travaux ont montré les écarts conséquents pour la notation d’une même copie. Toutes les disciplines, à des degrés divers, sont concernées.


  Certes, sur les bulletins et sur les copies, ces notes sont accompagnées de commentaires, d’appréciations. Il y quelques années, une circulaire demandait que ceux-ci donnent des pistes de progression. Dans combien d’établissements est-ce encore le cas actuellement ? Ils ne reprennent pas non plus la totalité des questions abordées pendant la période.


  Enfin, qu’en est-il en termes de suivi ? Avec les notes, aucune possibilité. Il n’y pas de traces des points forts comme des points faibles de chaque élève.


  Il est possible de critiquer l’évaluation par compétence. On peut discuter leur formulation, leur étalement dans l’ensemble du curriculum, toutefois par ce biais il est possible de discuter d’une progression. En formalisant cela dans un document unique, certes conséquent, il est possible pour l’ensemble des parties prenantes – élèves, familles, équipes pédagogiques – de suivre la progression. Il devient le support des échanges sur la poursuite du parcours.


  Cela n’est possible que lorsque les objectifs de chaque niveau sont définis, que les enseignants sont sensibles à ces questions, ainsi que les familles, et que les évaluations sont construites en conséquence.

 


Celeborn

  En ce qui concerne l'enseignement pas compétences, là, je crois que nous arrivons à une divergence irréductible, et que je pressentais comme telle dès le départ. Pour faire vite (et bien, si possible) : je trouve que l'évaluation par notes est le moins inique des systèmes. Les compétences me paraissent nettement plus vagues et ne parviennent paradoxalement pas à donner une image d'ensemble (j'allais dire une « valeur », ha ha !) d'un élève. J'en veux pour preuve les grilles de primaire, qui sont des aberrations pour tout enseignant de 6e normalement constitué qui les regarde et essaye (le pauvre) d'en tirer quelque chose.


  Le saucissonnage du savoir en compétences (dont certaines seraient, magie magie, transversales) est une imposture intellectuelle à mon sens grave. Je ne nie pas les études de docimologie (je tiens seulement à en réduire la portée et à y réfléchir à deux fois avant de tirer des conclusions définitives) ; je nie en revanche que le système d'évaluation par compétences change quoi que ce soit à ces études. Au lieu d'un panel de 0 à 20, on a un curseur avec seulement deux positions. Suivant le degré d'exigence de l'enseignant, je vous certifie que le curseur peut être mis pour la plupart des élèves sur l'une ou l'autre des positions sans aucun problème.


  Pour synthétiser en peu de mots ce qui nous oppose, quand vous écriviez dans votre message de synthèse : « Cette poursuite de scolarité étant basée sur la possibilité de mobiliser des connaissances plus que sur la maîtrise de celles-ci », je ne vous rejoins pas. On ne peut mobiliser que ce que l'on maîtrise.

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commentaires

baron cécile 15/11/2009 12:17


Tout d'abord je tiens à saluer le ton courtois de ce débat. Etant enseignante en lycée, je vois aussi la perversion qu'il y a à noter des compétences. Je vais employer le jargon didacticiel pour
vous montrer que nous essayons de nous tenir au courant des directives ministérielles bien que nous ne les appliquions pas lorsqu'elles nous paraissent absurdes...je suis assez pour l'évaluation
des compétences dans un cadre formatif et pour des choses très codées, par exemple en anglais je suis capable de comprendre un texte inconnu en m'appuyant sur le connu, je suis capable de me
décrire, de nuancer une opinion, cela a une vraie 'valeur'. Cependant bien que je ne sois personnellement pas contre une réforme (entre autres du rythme scolaire... avec un premier trimestre
éreintant qui fait quasiment la moitié de l'année en lycée, tout ça pour faire plaisir aux lobbies des voyagistes et fonctionner l'économie française...)mais que diable pourquoi ne nous écoute-t-on
ou concerte JAMAIS? Nous sommes quand même les premiers intéressés... Car, oui, l'ensemble du corps enseignant ne souhaite qu'une chose, voir progresser les élèves... Je rejoins Celeblog lorsqu'il
parle de bingo blabla, il n'y a pas longtemps une jeune collègue désireuse de bien faire me demande de l'aider à évaluer la compréhension écrite, très professionnelle elle avait tiré les directives
éduc nat, et je dois vous avouer le fou rire qui m'a pris en relisant les grilles vraiment nébuleuses où comme on dit chez moi où le bon sens terrien a toute sa valeur 'une vache n'y retrouverait
pas son veau' par exemple je serais curieuse de savoir ce qu'est une évaluation pragmatique...
Pour ce qui concerne la note qui devient presque un gros mot, je trouve hypocrite qu'on la supprime au nom d'une égalité ou d'un potentiel traumatisme et d'un écart possible selon le correcteur, ce
qui d'ailleurs est faux, pour preuve chaque année nous échangeons nos copies lors du bac blanc et c'est à chaque fois surprenant de voir que justement, non, nous sommes parfaitement 'raccord' à un
point tel que la variation maximale que j'aie constatée avec mes collègues est de un point tout au plus. De plus, les élèves sont très conscients de leur progrès et leurs notes leur permettent de
se situer, dans un monde où ils seront confrontés à une compétition de plus en plus rude, n'est-ce pas finalement criminel de leur faire croire qu'ils ont tous la même valeur en validant des
compétences plus ou moins recevables? Je m'interroge...
Je suis très attachée au système scolaire français et un pur produit de l'école Républicaine et laïque et je trouve vraiment dommage que notre institution marche sur la tête tout en se tirant des
balles dans le pied, la redondance est voulue... Oui j'accuse le ministère de subventionner le privé alors que le public manque cruellement de moyens, j'accuse le travail de sape qui a été mis en
branle depuis quelques années, où on cherche à faire passer l'enseignant pour un fainéant tire au flanc toujours en vacances ou dépressif. J'accuse le système qui envoie les jeunes enseignants se
faire 'casser' que ce soit en primaire ou en collège, je reconnais que nous sommes plus protégés en lycée...
Une autre politique est possible et que diable oui pour une réforme intelligente avec des programmes adaptés, d'accord pour la transversalité, je suis pour lorsqu'il y a un vrai projet de classe en
concertation avec l'équipe pédagogique, pour preuve je l'ai mise en place sur une classe de L autour du thème de la ville où, justement faisant fi des programmes, le professeur d'histoire géo,
celui de lettre et moi même travaillons ensemble sur ce thème commun, sachant que nous n'avons aucune heure de concertation débloquée pour cela et prenons donc sur nos heures 'off' pour revaloriser
la filière L...Nous ne sommes pas rétifs au changement, nous voulons juste que pour une fois ce soit intelligent. Je connais beaucoup de gens de valeur et investis, alors de grâce, cessez de
vouloir avoir l'air moderne, car après tout si vous voulez bien être honnête avec vous même, si vous prenez le temps d'aller sur des blogs ou pages facebook d'élèves, osez me dire que vous n'êtes
pas horrifié lorsque vous voyez à quel point leur écriture est phonétique, alors oui pour les dictées, oui pour les cours de grammaire et de conjugaison qui aident beaucoup le professeur d'anglais
qui s'arrache les cheveux en corrigeant des traductions où les élèves écrivent le soleil brillut, il se levit et doit reprendre comment conjuguer les trois groupes en français, ou doit réexpliquer
attribut et épithète, car finalement si mon collègue de français l'a déjà fait avant moi, il y a une vraie transversalité et je peux comparer les deux systèmes linguistiques sachant qu'il
maîtrisent leur propre langue. Il y aurait encore beaucoup à dire, beaucoup à débattre, je n'ai pas la prétention de détenir la vérité absolue, je vous fais juste partager mon point de vue et mon
amour de l'enseignement...


Patrice 11/11/2009 18:16


Tout le monde, paraît-il, connaît les inconvénients de La Note (bouh la pas belle)... mais personne n'a, en fait, étudié la question autour de moi (sinon en licence de sciences de l'éduc). Du coup,
on utilise la notation, qui est le pire des systèmes... à l'exception de tous les autres (merci Winston) - mais sans en corriger les perversions. Quand on se sera enfin décidé à accepter qu'il y a
deux sortes d'évaluation, la progressive et la normative, et que LES DEUX sont indispensables, chacune à sa place, on n'avancera guère...
Au fait, pourquoi inspecteurs et chefs d'établissement ne s'empressent-ils pas d'appliquer cette merveilleuse évaluation par compétences à la nôtre, pédagogique et administrative...? Qu'on rigole
un peu !

Patrice, " C'est aujourd'hui qu'on a éval ? - Comment ? - L'éval, c'est quand ? - Pardon...? - L'é... - Ah, l'évaluation ! Eh bien tu vois, Caïus, chez moi on n'en a pas. On fait des interros, des
devoirs, des exposés... - Et c'est noté ? - C'est corrigé toujours, noté parfois. " (scène vécue en cinquième, après ... deux semaines de latin.)


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