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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 17:13



Échanges


Celeborn

Les enseignants sont recrutés (normalement) car ils sont spécialistes d'une discipline, pas spécialistes en compétences-clefs transversales. C'est d'ailleurs ainsi que fonctionnent l'université, les classes préparatoires, les grandes écoles : ce n'était pas mon prof de micro-économie qui me faisait une formation Excel, à l'ESSEC.


Christophe Charly

Faut-il que les lycées, collèges et école fonctionnent comme l’enseignement supérieur et qu’il dicte au primaire et secondaire ce qu’il faut apprendre ?


Celeborn

Non, bien entendu, car ce dernier est fait pour des personnes nettement plus responsables et autonomes. Mais en ce qui concerne la transmission des savoirs, la « transmission directe » m'a toujours paru la + efficace, quel que soit l'âge du capitaine. Les études scientifiques le prouvent : renseignez-vous (projet Follow through pour ne citer que la plus importante). A ne pas confondre avec le « cours magistral » d'université (pérorer une heure sans être interrompu), qu'aucun prof de secondaire un tant soit peu raisonnable ne pratique dans ses classes de façon aussi systématisée...


Débat poursuivi dans la partie « quels enseignants ? »...


***


Celeborn

On ne décèle dans le socle commun aucune cohérence, sinon une vague tentative plus formelle qu'autre chose de regrouper ça par thème, mais quels thèmes (« autonomie et initiative », mon Dieu !) !


Christophe Charly

N’est-ce pas le but de l’école que de former des adultes autonomes et capables d’initiatives ?


Celeborn

Entre autres choses, oui. Mais ce n'est pas parce qu'on intitule un pilier du socle « autonomie et initiative » qu'on y arrive mieux (surtout quand on détaille le contenu dudit pilier). Il faut encore montrer que ça marche !...


Débat poursuivi dans la partie « quelle évaluation ? »...


***


Celeborn

[Une partie du socle] est alors au mieux un festival de bons sentiments [...] ; au pire une demande de se conformer à un certain type de personnalité jugé « meilleur » avec des choses telles que « l’ouverture à la communication » (si tu communiques pas, t'es naze !), «  le goût du raisonnement fondé sur des arguments dont la validité est à prouver » (si t'aimes pas ça, t'es nul !), « l’intérêt pour les progrès scientifiques et techniques » (si tu t'y intéresses pas, t'es pas un vrai citoyen !), la « nécessité de la solidarité » (tu n'as pas donné d'argent au mendiant : c'est une honte !)


Christophe Charly

Adepte du culte de la compétition à outrance ? Pour avancer, je dois écraser mon voisin ?


Celeborn

vous me permettrez d'estimer qu'il y a pas mal de postures fort nuancées que l'on peut adopter entre « la nécessité de la solidarité » et « le culte de la compétition à outrance ».


***


Celeborn

faire croire aux élèves en (parfois grande) difficulté qu'ils sont bons, qu'ils maîtrisent toutes les compétences nécessaires à leur développement intellectuel, social et civique, et que c'est grâce à ce fabuleux enseignement par compétences qu'ils y sont parvenus, c'est leur manquer de respect. A tel point que j'en suis profondément indigné. C'est leur mentir, tout simplement, et mentir à leurs parents, mentir à la nation entière, défendre par tous les moyens — y compris et surtout les plus mensongers — cette idée qu'une fois encore, le niveau monte, puisque l'on en fait moins (une petite statistique sur les diminutions du nombre d'heures de français en collège, par exemple ? Mais avec plaisir !)


Christophe Charly

C’est aussi un bon moyen de se dédouaner de toute réflexion sur la manière d’enseigner que dire qu’il faut toujours plus d’heures !

C’est aussi un très gros mensonge de laisser croire que l'École faisait mieux il y a 50 ans. Elle triait beaucoup plus et laissait beaucoup plus de jeunes sans connaissances mais la société les « acceptait » mieux et surtout on en parlait moins (Ah l’éducation aux médias !).


Celeborn

Vous gauchissez le réel (voire vous lui faites une queue de poisson, là). Il ne s'agit pas de dire qu'il faut toujours davantage d'heures, il s'agit de se demander pourquoi, dans ma matière, on en a toujours moins au fil du temps. Et de voir si ces heures qu'on nous prend (et qu'on continue de nous prendre de façon discrète : l'histoire des arts ou le B2i, ça n'apparaît pas dans les horaires, mais ça rogne quand même...) sont mieux utilisées ailleurs. Là, clairement, ma réponse est non. Alors rendez-les nous. Quant à se dédouaner de toute réflexion sur la manière d'enseigner, j'espère que notre échange vous prouve que ce n'est pas ce que je cherche :).


***


Celeborn

Une ou deux autres compétences de la rubrique nous parlent bien de « manifester sa compréhension de textes variés », mais là encore, ça peut aller de la recette de cuisine à Voyage au bout de la nuit, cette histoire, et je crains qu'on ne soit davantage du côté de Françoise Bernard que de Céline.


Christophe Charly

Et alors, ne devons-nous pas ouvrir nos jeunes à l’ensemble des écrits ? Faut-il « rogner » la liberté pédagogique qui vous est si chère et instituer une liste exhaustive des ouvrages à présenter ?


Celeborn

La liberté pédagogique m'est chère quand elle est encadrée par des programmes intelligents et qui savent hiérarchiser les priorités: la liberté n'est pas la licence. Ouvrir nos élèves à l'ensemble des écrits ? Oui, d'accord, mais pas de façon égale (ni en temps ni en importance). On transmet un patrimoine littéraire et culturel, donc Voltaire et La Fontaine ont probablement davantage droit de cité que Françoise Bernard et Ikéa.

 




Synthèses


Christophe Charly

  Jusqu’à présent nous avions deux écoles : le primaire et le secondaire (que nous pourrions également décliner entre urbain et rural).

  Chacune fonctionnait en ignorant l’autre voire en acceptant épisodiquement qu’un élève passe de l’un à l’autre (plus dans le sens lycée vers primaire que dans l’autre, réservé à l'Élite).

L’objectif étant d’apprendre à lire et écrire pour la première et de former l'Élite Républicaine pour la seconde. Cet objectif n’étant malgré tout que second derrière celui de former de « bons français » et mieux encore de potentiels soldats pour défendre la Nation.

  Il fallait pour cela amener tous les petits français écouter les fonctionnaires de l'État que sont devenus les enseignants. Là, sagement assis, les élèves devaient apprendre le français et ne surtout pas parler « patois » et suivre des leçons de morale républicaine.

  S’ils étaient bien sages et montraient des capacités (eh, oui déjà !), l’instituteur ou l’institutrice présentait ces jeunes au, fameux, certificat d’étude primaire. Tous n’y allaient pas, loin de là. Chaque enseignant attendait avec impatience la proclamation orale des résultats pour savoir s’il avait le premier du canton dans son école (tiens, cela me fait penser aux craintes actuelles de classement des écoles. Je dois être médisant une nouvelle fois !).

  Les meilleurs pouvaient espérer devenir « petit » fonctionnaire, voire instituteur.

  Les meilleurs des meilleurs se voyaient proposer d’intégrer LE lycée. Alors s’ouvraient les portes du baccalauréat et de LA carrière (celle chantée dans le couplet dit des enfants de notre hymne national). Il fallait alors quitter la famille, le village…


  Au sortir des guerres mondiales ces deux filières sont mises à mal par la proximité qui a lié les combattants sur le front et les femmes à l’arrière. L’évolution est en marche.

  Commence alors la « massification » et le début des soucis. Et tout n’est pas du fait de notre institution. En revanche, il reste toujours cette caractéristique d’une École hors de la société.


  Est-ce toujours une nécessité de nier l’évolution de l’environnement et de vouloir sanctuariser les lieux d’enseignement tant physiquement et que dans les savoirs transmis tout en voulant faire évoluer cette société ?


  Pour ma part l’école d’aujourd’hui est à prendre de trois manières :

  • La scolarité obligatoire,

  • Le lycée,

  • L’enseignement supérieur.

  La scolarité obligatoire doit viser la maîtrise des savoirs ET compétences nécessaires à la vie « quotidienne » et permettant d’envisager une poursuite de la scolarité. Cette poursuite de scolarité étant basée sur la possibilité de mobiliser des connaissances plus que sur la maîtrise de celles-ci. Il faut mettre nos élèves en capacité de mettre en œuvre des démarches appuyées sur des acquisitions « minimales ». - Ah, là, on va me cataloguer parmi ceux qui n’ont pas d’ambition pour les élèves ! – Pour moi c’est l’objectif visé par le socle commun. Pour la première fois on sort de la logique de l’aval qui s’impose à l’amont. L’enseignement supérieur ne dicte plus à l’école maternelle ce qui doit y être appris.

  Avec le lycée, on accède au « bonus » ou mieux encore à un temps de construction du choix. Et c’est bien là que nous leurrons nos jeunes. Particulièrement dans les filières dites générales. En effet, elles n’ont de générales que le nom car dans les faits on amène les jeunes à se spécialiser très tôt ! Je n’appartiens pas à la catégorie des « cétaitmieuxavant » mais je dois reconnaître que les appellations et les objectifs des bacs étaient plus clairs. Classes de philosophie, mathématiques élémentaires ou de sciences expérimentales avaient le mérite d’annoncer réellement le programme. Aujourd’hui avec nos séries L, ES et S nous trompons les élèves car dès la fin de seconde ils vont devoir choisir entre une série L profil langue, lettres, arts ou mathématiques ou bien une S-SVT, S-SI, S-Math et j’en oublie ! Résultat, quelle est la série au profil le plus « général » ? Les séries S ! Pas étonnant donc qu’elles attirent et ne remplissent plus leur rôle de « fournir » des étudiants scientifiques en nombre suffisant.

  En passant, il est intéressant de noter que, dans ce domaine de la période du choix, l’enseignement général et technologique suit une logique d’évolution strictement inverse de celui de l’enseignement professionnel…

Arrêtons le massacre ! Non, je ne me trompe pas dans le terme ! Quel système survivrait avec un taux d’échec, d’erreur, de 20% ? Aucun. Et pourtant le notre survit et toute velléité de changement se heurte aux « bonnes intentions » !

Engageons-nous réellement sur une véritable politique d’explication des parcours. Cessons d’en rajouter ! Cessons de nous cacher derrière le toujours plus : plus d’heures de cours, plus de matières à connaître… C’est vrai que cela a un mérite, cela évite de s’interroger sur la manière d’enseigner et sur le quoi enseigner à quel âge !...

  Deuxième échec du lycée, il ne prépare pas à l’enseignement supérieur ! Décidément, il faut vraiment revoir ce lycée et arrêter de mentir à nos jeunes en disant que tout y est bien…

  Enfin l’enseignement supérieur. Il est là pour former des spécialistes mais progressivement. Là encore on demande à des jeunes de 17 ans de choisir directement une spécialité. On veut aller trop vite et une nouvelle fois on produit de l’échec et en masse. Les 20% d’échec de fin de seconde sont une broutille par rapport à celui des premières années d’enseignement supérieur !

  On se cache derrière de « fausses/vraies » raisons, qui masque et/ou dispense d’aborder d’autres plus profondes. Certes, il y a une question de moyens mais peut-on encore (et toujours) mettre en avant une baisse de niveau, un manque de travail des jeunes d’aujourd’hui sans parler de l’enseignement, de l’organisation des parcours ? Une fois de plus on place les carences sur les étudiants (et leurs familles) sans aborder le système et avec lui sa composante enseignante !

 


Celeborn

  Nous nous retrouvons sur un certain nombre de points. Je pense moi aussi qu'il y a trop de matières, enseignées trop tôt. J'ai développé à partir de là une certaine idée des priorités (notamment en primaire, mais aussi dans le secondaire) ; je ne sais si cette idée est vôtre, mais au moins nous partageons le même constat.


  Pour ma part, je défends un enseignement des savoirs, ce qui exclura, nous le verrons, une logique d'évaluation par compétence. À mon sens, l'école a pour vocation de donner les « humanités », de former l'esprit de l'élève en lui proposant des connaissances riches et intéressantes sur les langues, la culture, les sciences, l'histoire... bref ! sur les matières principales. Par la transmission de ce savoir, l'élève bénéficiera donc des éléments d'une culture commune réunis dans une solide formation intellectuelle, ce qui lui permettra de s'en sortir dans la vie, mais pas seulement sur un plan social — et, j'allais dire, entrepreneurial (tant il semblerait qu'on veuille faire aujourd'hui de l'école l'antichambre du monde de l'entreprise) — mais surtout sur le plan intellectuel et personnel.


  On forme certes des citoyens, des futurs travailleurs -- c'est entendu -- mais on forme avant tout des adultes, capables d'écrire correctement, de maîtriser la logique mathématique, de comprendre leur monde — dans toutes ses dimensions, y compris celles qui visent à les manipuler — et d'y éduquer leurs futurs enfants potentiels. On forme un esprit à la fois ouvert et critique, en fait.

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commentaires

Mélanie 25/11/2009 13:13


Hey ! t'as pas l'impression d'ouvrir le débat et de le fermer ? Tu parles beaucoup plus ! Alors forcément, à la fin, on penche de ton côté. Je crie à la manipulation :-)


jugurta 05/11/2009 08:18


Pour alimenter le débat :

http://www.rmc.fr/edito/info/93639/des-etudiants-en-lettres-analphabetes/


Patrice 04/11/2009 22:04


Célé' versus CC, tout le monde a gagné ?
En tout cas le lecteur est gagnant. Je salue particulièrement l'historique rédigé par C. Charly : certaines vérités sont à souvent rappeler (ainsi que l'élémentaire logique grammaticale : à
quiconque, élève ou journaleux - suivez mon regard - me vante le temps d'"avant", je ne manque pas de poser la question qui tue : "Avant quoi?" Une réticence cependant : je ne pense pas que jamais
la perméabilité entre l'enseignement basique et celui de nos z'élites se soit beaucoup exercé vers le bas. De mémoire de Vallès, de Brel et de nombreux témoins plus ou moins célèbres, le fils de
bourgeois pouvait toujours traîner des années sur les bancs du lycée, à coups de redoublements, de cours particuliers et d'ânonnements, pour décrocher le fatal parchemin (du baccalauréat) évitant à
la famille d'afficher cette disgrâce : l'argent ne fait pas l'intelligence. Au demeurant, les épreuves ont longtemps été répétitives, voires crétines - et même ainsi, les copies provoquaient les
hurlements des jurys frappés au coeur par leur aurtograf lamentable. Pendant ce temps, dans le bas peuple, le brillant lauréat d'un certificat d'études primaires décroché malgré des conditions
difficiles n'en entrait pas moins à l'usine à treize ans s'il le fallait - et il le fallait souvent (idem pour qui était familialement voué à ne "cultiver" que son champ, et pas
métaphoriquement...)

Patrice, "la République nous appelle" mais on se ramasse à la pelle.


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