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15 septembre 2011 4 15 /09 /septembre /2011 17:06

mélancolie

 

(mis à jour le 16 septembre)    

 

Comme je l'écrivais il y a quelques temps, notre métier ne fait pas rêver. Loin de l'image d'Épinal du prof payé à ne rien faire et toujours en vacances, notre métier est souvent source de stress : administration limite totalitaire, inspecteurs sadiques, élèves insupportables, collègues retors… Parfois, ça va trop loin. Trois collègues ont accepté de s'exprimer sur ce sujet, sur ce qu'ils ont vécu, connu, vu, éprouvé. Je leur laisse la parole et m'abstiens de tout commentaire. Sachez simplement que des histoires comme celles-ci, on en trouve beaucoup. 

 

 

Par Carabas

 

  Mon histoire est très simple. J'insiste juste sur le fait que je ne rejette la responsabilité de mon échec sur personne. Ce qui m'indigne, en revanche, c'est que malgré mes appels à l'aide, on m'ait coulée au lieu de m'aider.

  Dans un collège tranquille, j'ai tout de suite eu des problèmes de discipline et l'ai dit rapidement à l'IUFM. Ma tutrice ne m'a pas vraiment aidée. La formatrice IUFM non plus. 1ère visite IUFM : cours mal conçus qui génèrent le bazar. Tout vient de l'absence d'objectif clair. Ok, j'applique les conseils, mérités, je l'admets. Toujours autant de bazar, ça va même en s'empirant. Les relations avec la tutrice se dégradent. Je passe beaucoup de temps sur mes cours. Pendant mes vacances de Noël, je dois concevoir toute la séquence de la rentrée et la soumettre à ma tutrice. J'y passe mes vacances. Je demande conseil autour de moi, à des copines, notamment, certes, débutantes comme moi. A la rentrée, rendez-vous avec ma tutrice. Verdict : « tu ne sais pas faire une explication de textes"  ». Là, ça m'achève, je rentre chez moi en pleurant. J'hésite, je tergiverse, et je décide d'appeler ma formatrice. Fatal error ! C'est normal que ma tutrice ne me fasse pas de réflexions agréables, vu que ça ne se passe pas bien avec mes élèves. 2ème visite tendue, où des progrès sont constatés. L'année se passe jusqu'à la 3ème visite, où j'ai fait des progrès incroyables, mais pas suffisamment pour être validée. Je signe un rapport dans lequel il est dit que la « stagiaire ne s'est rendu compte que trop tard du bien fondé des conseils prodigués et n'en a tenu compte qu'en fin d'année ». Dans le rapport de la tutrice : « la stagiaire fait trop confiance aux exercices tout faits ». Inspection calamiteuse, où j'apprends que parler de « scène de reconnaissance » au théâtre (dénouement des Fourberies) est une erreur, puisque ça n'existe pas. Que je vais refaire une année, mais que ce n'est pas grave si j'échoue, parce qu'avec une maîtrise de Lettres, il y a « plein de choses à faire ».

  Nouvelle année : collège REP, mais bonne tutrice. Ca commence mieux, mais très vite, je me fais déborder. Je ne tiens pas le coup, malgré la bienveillance de ma tutrice. J'ai un élève particulièrement perturbateur, mais la CDE (chef d'établissement) dit qu'il faut faire avec, qu'il ne sera pas renvoyé, c'est donc à moi de m'adapter. Le jour où je craque, ma CDE me dit de démissionner. Arrêt maladie, donc. 1 mois plus tard, j'apprends que l'élève problématique s'est fait virer. De toute façon, je ne compte pas revenir, je démissionne, mais je saoule quand même le rectorat et l'IUFM pour obtenir un rendez-vous. Ben oui, la directrice adjointe s'était vantée en début d'année du fait qu'ils ne « laissaient pas les stagiaires non validés sur le bord de la route ». J'obtiens un rendez-vous avec un type dont je n'ai pas compris le rôle et la directrice adjointe de l'IUFM. Cette dernière a annulé à la dernière minute et le mec m'a limite engueulée. Voilà, fin de l'histoire !

 

 

Par Nasopi

 

  Je n'ai pas été licenciée, mais j'ai dû refaire mon année de stage, et je l'ai très mal vécu. Pour ma deuxième année, j'ai eu la chance de tomber sur des gens humains et sympa ; mais pour ma première année, on a travaillé à me détruire psychologiquement du début à la fin, sous prétexte de "m'aider".

 

 

Par Condorcet

 

  Voici que je peux et que j'ai envie de dire et de voir publié au sujet hélas d'actualité du suicide de notre infortunée collègue :

  Mon passage à l'Education nationale entre 2003 et 2005 m'a appris la vie dans ce qu'elle a de beau (communiquer son savoir patiemment accumulé à des esprits plus ou moins avides de le connaître) et aussi de beaucoup plus douloureux (un tuteur novice de bien piètre conseil la première année et l'année de néo-titulaire, une inspection façon descente en flammes). Une psychothérapie m'aurait sûrement aidé à surmonter ce choc dépressif et suicidaire de l'inspection et de la démission qui en a suivi mais Venise et la thèse ont rempli un rôle comparable. J'eusse bien aimé être aidé dans ma reconversion par l'Éducation Nationale qui s'est bornée — en guise d'adieu — à me réclamer un énorme trop-perçu à propos duquel j'ai dû batailler pied à pied pour le réduire à sa juste proportion. Ce qui me choque ici réside dans la faculté de certaines personnes à pratiquer le harcèlement moral en demeurant sûres de leur impunité, la capacité d'un pays à laisser ses jeunes diplômés sans perspectives professionnelles : en un sens, cette hémorragie collective ajoutée aux drames individuels jette un éclairage cru sur la France du XXIe siècle.

 

 

Par Jaenelle

 

  Même expérience que certain(e)s : à l'époque (glorieuse)   de l'IUFM, j'ai raté mon année de stage. Conditions difficiles : lycée Technologique, 32 garçons, 2 filles  ; moi, j'avais l'air d'avoir 18 ans. Au début, c'était le souk, mais j'ai essayé de réagir, et j'ai réussi ! Cependant, je n'ai pas supporté la pression exercée par mon maître de stage collège : grippe, 40 de fièvre, etc, et il m'a dit « si tu ne viens pas travailler, c'est toi et ta conscience ! » Même ses collègues ont été choqués (et encore aujourd'hui, avec l'expérience, je peux vous dire qu'il en disait des erreurs à ses élèves !). On m'a proposé de redoubler, ce que j'ai accepté avec soulagement, même si je savais que j'avais une épée de Damoclès au dessus de la tête.

  Heureusement, la seconde année s'est bien déroulée. Déjà parce qu'une année merdique, ça forme ! Et je suis tombée sur un bon lycée, aux élèves agréables, deux maître(sse)s de stage compétentes et disponibles, et une tutrice IUFM qui avait à coeur de me soutenir.

  Et je rappelle, à l'époque, les stagiaires du secondaire n'assuraient "que" 6 heures de cours (sans expérience, mais quand même que 6 heures).

  Aujourd'hui, je m'en sors bien, très bien certaines années, même s'il y a eu des années difficiles.

  D'autant que l'après titularisation n'a pas été triste non plus (les joies de la gestion de l'EN).

  Conclusion : heureusement qu'on m'a donné cette seconde chance ; à l'époque, je ne semblais pas faite pour enseigner. Aujourd'hui, je suis un professeur apprécié.

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commentaires

emi138 03/08/2013 14:13

Moi aussi, il y a aujourd'hui 19 ans. Au cours de ma deuxième année de PE, une formatrice de l'IUFM de Laon s'en est prise à moi, puis ça a été une inspectrice. D'ailleurs, si je ne me trompe pas la formatrice en question est devenue directrice de l'IUFM. Il y a eu des interventions surprises pendant mes stages; en plus, avec leurs petites théories complétement stupides de bureaucrates, tous les supports que j'adaptais pour les élèves en difficultés étaient dénigrés. J'aimais beaucoup les enfants... J'y ai rencontré la stupidité, la niaiserie, pas rien de concret pour aider les enfants en difficultés.
J'ai été injustement virée, sans avoir complété le nombre de jours minimum de stage et sans redoublement alors que j'ai validé tous les modules sauf un stage. Je me rappelle de la période la plus douloureuse de ma vie, de ma tête prise comme dans un étau. Bon, le reste est plus joyeux. J'ai profité de la totalité des mes allocations fournies par le rectorat pour voyager et enseigner dans des pays en déroute à l'époque (Europe de l'Est). Puis je suis partie en coopération pour enfin finir au Canada. J'ai été reconnue en tant qu'enseignante et pour moi, ça a été l'essentiel, surtout dans l'administration fédérale canadienne. J'ai changé de métier depuis 6 ans, mais mes années d'enseignement restent marquantes (surtout les rencontres).
Pour ce qui est de l'IUFM de Laon, nous étions plusieurs à être harcelés. Cette année-là, j'ai eu vent de plusieurs harcèlements, dans l'Oise notamment. Ce sont toujours les mêmes qui harcèlent. Un seul syndicat a pris notre défense, la CGT. Pourtant, je ne partageais pas vraiment leurs idées, mais je remercie ce professeur courageux de l'Oise qui a su intervenir pour m'aider. C'était déjà trop tard. J'ai aussi su que l'année précédente, l'IUFM de Laon avait porté de fausses accusations sur la réputation d'une fille pour la virer. Heureusement, cela n'a pas été le cas pour moi. J'ai eu vent à partir de mon lointain Canada que les IUFM avaient disparus. Est-ce que cela a changé? Quant à mes anciens collègues, je me demande le type d'instit que ça peut donner pour certains... Pauvres gamins!

Mélanie 15/09/2011 20:28


J'ai vécu exactement la même chose que Nasopi. Lorsque ma "formatrice" IUFM a refusé de me valider, une amie (stagiaire comme moi) s'en est étonnée. Elle s'est même permise de lui dire : "comment
est-ce possible alors que son tuteur a fourni des rapports très positifs ?" Réponse de ma tutrice : il y avait peut-être une relation plus que professionnelle entre eux. J'ai cru m'étrangler ! Le
pire c'est qu'elle n'est venue me voir qu'une seule fois (ce qui est sensé signifier qu'il n 'y avait pas de gros problèmes). Lors de ma 2e année, plusieurs formateurs IUFM m'ont avoué ne pas avoir
compris pourquoi on ne m'avait pas validée la 1ère année.


Patrice 15/09/2011 19:59


"Parler de « scène de reconnaissance » au théâtre (dénouement des Fourberies) est une erreur, puisque ça n'existe pas."
Parler de quoi que ce soit quand l'inspecteur veut vous descendre, ça ne sert à rien.

Patrice, période blues...

PS : "images d'Epinal" ? Tu quoque, Keke ? ;)


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