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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 19:29

procès

 

 

  Suite à l'article où mes collègues racontaient leur formation, je porte à votre connaissances, aimés lecteurs et lectrices, le témoignage de Kruella, qui me semble exemplaire dans sa façon dont le système peut tout mettre en œuvre pour broyer un être plein de bonne volonté, et choisi quasiment de façon arbitraire. 

 


Par Kruella

 

  Il y a des hasards amusants. Courant juillet, j'ai reçu mon arrêté de titularisation. Il est daté du 8 juillet 2011, soit deux ans, jour pour jour, après l'annonce de mon licenciement.

 

  Je peux le dire sans fausse modestie, j'ai été une bonne étudiante en histoire. Après des études qui m'ont passionnée, j'ai obtenu le CAPES externe d'histoire-géographie, avec un classement honorable. Et c'est là que les ennuis ont commencé. 

  Ma première année de stage, en collège, n'a probablement pas été parfaite, je le reconnais volontiers. J'ai été assez peu aidée par un tuteur gentil, mais pas très présent. Je manquais certainement d'autorité, de méthode, j'en suis consciente ; mais, autant que je puisse en juger, c'était le cas de beaucoup de professeurs stagiaires que je côtoyais en formation. Jamais, en parlant avec eux, je ne me suis sentie larguée ; j'avais les mêmes problèmes, les mêmes questions, le même quotidien que mes condisciples. 

  On m'a tout de même fait redoubler mon année de stage, “pour que je prenne confiance en moi”. Motif : je semblais trop fragile pour être envoyée dans le Nord, le grand Nord inhospitalier... La raison de cette réserve, je la discerne à présent : courant octobre, j'avais eu une crise de larmes en salle des profs, due, probablement, à la fatigue ; et une réputation de dépressive en puissance m'a alors été collée sur le dos... 


  La deuxième année, j'ai été à nouveau nommée en collège, à l'autre bout de l'académie. J'aurais voulu changer d'académie, mais une circulaire l'a interdit précisément cette année-là. Je retrouve donc mes formateurs, trois autres stagiaires redoublants, mais pas l'inspecteur qui m'a collée puisqu'il a quitté l'académie. Collège de centre ville de Bordeaux, bourge à souhait ; on m'assigne, pour tuteur, un jeune agrégé qui n'a jamais eu de stagiaire, alors qu'une collègue certifiée et expérimentée est volontaire. Ironie du sort, je m'entends bien avec toute l'équipe d'histoire-géo, sauf avec mon tuteur. Probablement désireux de bien faire, il ne me lâche pas d'une semelle, vient dans mes cours plusieurs fois par semaine ; il est très grand et se remarque bien parmi mes cinquièmes. Je le vois lever les yeux au ciel, prendre des moues consternées alors que je fais cours. Le vendredi, à midi et demi, c'est “débriefing” ; très rapidement, je développe une telle appréhension que je suis incapable d'avaler quoi que ce soit le vendredi matin, et que je dois aller vomir avant chaque entrevue. 

  Pour mon tuteur, mes cours ne vont jamais ; pas assez creusés, pas assez fouillés, activités pas adaptées, ma gestuelle n'était pas bonne... Pourtant, lors de la rencontre parents-profs, je ne reçois que des compliments des parents. “Elle détestait l'histoire, mais avec vous elle adore !”... 

  Tout au long de mes deux années de stage, j'ai eu droit au grand jeu. Première visite IUFM, visite “conseil” demandée (en gros, une visite supplémentaire censée aider le stagiaire qui galère déjà, en lui mettant un peu plus de pression), visite de validation... et inspection, puisque l'académie avait décidé que l'inspection serait systématique. J'ai eu à rédiger un mémoire chaque année (j'ai d'ailleurs obtenu une mention TB au second). Toutes ces visites ont eu pour principal effet de me mettre une pression difficile à gérer, et pas du tout de m'aider ; à chaque fois, je ne savais pas de quel côté la tuile allait tomber. “Mauvaise gestion du tableau, c'est très grave !”... la fois d'après, mon tableau est nickel : personne n'y prête attention, on me critique sur la formulation de mes questions. La fois suivante, je soigne les questions : eh bien, cette fois c'est sur mes déplacements dans la classe qu'on me chatouille. Les points soulevés la fois précédente et dits “très graves” ne sont plus jamais évoqués ; à chaque fois, le coup est inattendu. J'ai même eu droit au racisme social : “vous êtes au centre ville de Bordeaux, hein, le cours de 4° doit correspondre à un niveau 2de !”...

  Après coup, j'ai compris pourquoi on m'avait autant visitée : les syndicats m'ont expliqué qu'il s'agissait de blinder le dossier contre un recours au tribunal administratif. Mon recours aurait été irrecevable, puisque tout avait été fait pour m'aider... 


  Tant bien que mal, je suis arrivée début juin, à mon inspection de validation. Une IPR à la réputation de dragon, qui se pointe alors que le cours a démarré depuis une demi-heure (en coulisses, le principal-adjoint me révèle qu'elle s'est trompée de collège). L'entretien avec cette dame est cordial. Elle me dit clairement que je serai validée, me donne des conseils pour ma future mutation, relève quelques maladresses “mais rien de méchant, des erreurs de débutante que vous rectifierez l'année prochaine !”... Elle indique au principal-adjoint, devant moi, que je serai validée, tient le même discours à mon tuteur, à une collègue et, quelques jours plus tard, à l'unique formateur qui m'ait toujours soutenue (il m'a eue en stage dans sa classe de lycée et m'a fait un rapport élogieux). 

  La période suivante reste dans ma mémoire comme un moment délicieux. Juin ensoleillé, les ennuis sont finis après toutes ces visites, tout ce stress, tous ces coups reçus. Je choisis ma future voiture (pour ma mutation en Champagne-Ardenne, j'aurai besoin d'un véhicule, même si je suis en poste fixe). Je surveille le brevet, puis le corrige, puis on m'appelle pour être assesseur au bac... Peu m'importe, puisque je vois le bout du tunnel.

  La semaine du bac, je commence à appeler au rectorat pour savoir si la commission de titularisation s'est tenue. On me balade : appelez la DPE, appelez la DEC, appelez l'IUFM. Non, la commission ne s'est pas tenue. Oui, elle s'est tenue, mais ce n'est pas nous qui avons la liste des validés. Oui, la liste est au rectorat mais elle est à la signature chez le recteur. Non, elle n'est pas revenue de chez le recteur... 


  Le dernier jour du bac, 8 juillet, on finit par me répondre :”Vous êtes licenciée, on ne vous l'avait pas dit ?”

  Ce jour-là, j'ai attendu mon inspectrice à la sortie du rectorat. J'aurais aimé lui cracher à la gueule, mais elle n'est pas sortie, et j'ai fini par partir.

  Je lui ai parlé au téléphone quelques jours après, elle a prétendu qu'elle m'avait soutenue. Elle mentait, puisque son rapport était très négatif, et que je n'y ai pas retrouvé la teneur de l'entretien. Elle m'a promis son aide pour que j'obtienne des vacations – ben oui : pas assez bonne pour être fonctionnaire, mais bonne pour me faire exploiter en faisant le même boulot mais moins bien payé... J'attends toujours le premier coup de téléphone pour ces fameuses vacations.

  J'ai envisagé pas mal d'issues, plus ou moins violentes, plus ou moins légales. Et puis le bon sens a prévalu. J'ai préparé le CAPLP1 Lettres-Histoire en candidate libre, je l'ai obtenu haut la main, et je suis partie faire mon stage à Amiens, pour voir si je tenais dans ce fameux nord que l'on m'avait refusé. J'ai été titularisée, et je me suis inscrite dans la foulée au CAPES et à l'agrégation.

  Cette année, l'inspectrice, en Picardie, a dit en public qu'elle regrettait que je quitte son académie. Ça change de musique.

 


1. Concours pour enseigner en Lycée Professionnel

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commentaires

pascal 26/12/2016 10:06

Ma fille est en train de vivre cela "grâce" à une tutrice de terrain qui a fait un rapport lapidaire (et les notes qui vont avec) et jugée une professeur des écoles stagiaires dans une classe difficile (dixit la titulaire en place depuis 25 ans). Elle ne validera donc pas son premier semestre. Descendue et jugée au bout d'un mois en poste a mi-temps (l'autre mi-temps se faisant en ESPE en master 2). Bien entendu aucune réunion de triade n'a été effectuée (procédure réglementaire non respectée). Mais le jugement de cette tutrice reste souverain et donc incontestable...

pascal 26/12/2016 10:04

Ma fille est en train de vivre cela "grâce" à une tutrice de terrain qui a fait un rapport lapidaire (et les notes qui vont avec) et jugée une professeur des écoles stagiaires dans une classe difficile (dixit la titulaire en place depuis 25 ans). Elle ne validera donc pas son premier semestre. Descendue et jugée sur un seul cours, et ce au bout d'un mois en poste a mi-temps (l'autre mi-temps se faisant en ESPE en master 2). Bien entendu aucune réunion de triade n'a été effectuée (procédure réglementaire non respectée). Mais le jugement de cette tutrice reste souverain et donc incontestable...

stage enseignement 27/07/2016 09:10

Bonjour et merci pour votre article et vos commentaires.
C'est vrai qui'il s'agit là d'une vraie vocation !
bon courage à tous.

Prof sous terre 28/05/2015 12:23

Eh oui,
Pareil en allemand dans l'académie de Besançon avec une IPR, pauvre dame qui abuse à l'encontre des stagiaires d'un pouvoir dont elle se délecte probablement pour la 1ère fois dans sa vie, y compris conjugale.

Prof de terrain 17/02/2015 19:30

Tenez bon ! Vous êtes une bonne prof victime d'un système kafkaïen et totalitaire. Bien que je sois expérimentée, j'ai failli démissionner après une inspection (de routine). Or, c'est la perspective du salaire à vie qui me permet de tenir. De plus, des élèves me disent que mes cours sont formidables.

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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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