Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 20:27

 

 

 

 Souvenez-vous…

 

  Nous étions en avril 2010. On ne parlait que de ça. Ça, c'étaient les États généraux de la sécurité à l'école. On était allé chercher la terminologie dans le lexique historique le plus élevé de notre pays. Ah ça irait ça irait, la violence on l'aurait ! 

 

  Plus d'un an plus tard sont sortis le décret et la circulaire résultant de ce grand chambardement, obligeant les établissements à modifier fissa leur règlement intérieur. Cela a d'ailleurs permis à votre serviteur de se pencher un peu sur ladite bafouille, pour voir ce qu'elle avait dans le ventre.

 

  Ceci n'est pas une pipe une circulaire pour lutter contre la violence à l'école. Ceci est une opération de communication qui fait croire que, mais qui, en fait, non. Même l'inverse. Tout le contraire.

 

 Prenons simplement un petit bout de préambule. Après avoir rappelé que l'indiscipline c'est pas bien et que la sérénité c'est mieux, il ose un (c'est moi qui graisse) : 

 

Tout d'abord, parce que l'établissement scolaire est un lieu d'apprentissage et d'éducation, toute sanction qui y est prononcée doit prendre une dimension éducative. Or, il ne peut y avoir de sanction « éducative » au sens plein du terme si, en amont, les règles du savoir-vivre en collectivité n'ont pas été clairement présentées, rappelées et intériorisées. Cela est particulièrement nécessaire au niveau du collège où un travail pédagogique sera réalisé autour d'une charte des règles de civilité, adoptée par le conseil d'administration en même temps que le règlement intérieur. Le socle commun de connaissances et de compétences, notamment par la compétence 6 « compétences civiques et sociales », aborde cet apprentissage et sa maîtrise par l'élève.

 

  Vous avez bien lu : la sécurité à l'école n'est pas une évidence, c'est un apprentissage du socle commun qui nécessite pédagogie et intériorisation. On va faire une charte pour bien intérioriser le fait que non, tu ne donnes pas une beigne à ton professeur s'il te demande ton carnet. Et n'oublie pas de requérir une validation dans la compétence 6, au passage. 

 

  Bref, avec un tel préambule, on sent qu'on est mal parti. Et on n'est pas déçu. Vous rappelez-vous cette joyeuse prise de bec autour du concept d' « automaticité de la sanction » (ça avait fait hurler dans les chaumières). Rassurez-vous, il n'y a nulle automaticité de la sanction : il n'y a qu'automaticité de la saisine du conseil de discipline en cas de violence physique à l'égard d'un membre du personnel, et engagement d'une procédure disciplinaire (qui peut donc être autre chose que le conseil de discipline sus-mentionné) « en cas de violence verbale à l'égard d'un membre du personnel de l'établissement ou en cas d'acte grave à l'égard d'un membre du personnel ou d'un élève ». Ils décideront bien ce qu'ils veulent, et, rassurez-vous encore, on les aide dans la suite du document à ne pas décider des choses trop traumatisantes. 

 

  En effet, nonobstant un fourbe passage dans la section des sanctions qui claque la porte au nez de la punition collective (l'un des grands sujets de débats éternels… et vous ? Pour ou contre ?), pourtant parfois bien pratique pour rétablir une situation qui risque de déborder, on apprend surtout cette chose extraordinaire :

 

L'exclusion définitive de l'établissement ou de l'un de ses services annexes peut avoir des conséquences préjudiciables à la scolarité de l'élève et apporte rarement une solution durable au problème posé.

 

Affirmer qu'une action dont la portée est définitive n'apporte pas une solution durable, c'est un de ces beaux paradoxes dont notre système a le secret1 : mais il faut bien comprendre qu'on ne se placera jamais que dans la peau du f… de m… chenapan brimé par la méchante autorité et qu'il faut inlassablement savoir écouter, et jamais dans celle de ses camarades empêchés de travailler, martyrisés, soumis à pression et crachats, voire attouchés ou harcelés2. Heureusement, à la place de cette exclusion définitive à laquelle il ne faudrait en fait jamais avoir recours (c'est un aveu d'échec, n'est-il pas ?), nous avons des choses formidables telles que… la diminution de la durée possible des exclusions temporaires (nouveau paradoxe : pour améliorer les choses, réduisons les possibilités d'action), ou encore la mesure de responsabilisation. Vous allez voir, c'est merveilleux ! 

 

  La mesure de responsabilisation consiste à faire participer le f… de m… sacripan à des activités de solidarité, à des tâches à fins éducatives. Soit c'est à l'intérieur de l'établissement, et donc il y a forcément un adulte qui va devoir se coltiner l'énergumène alors qu'il a sans doute mieux à faire. Soit c'est à l'extérieur (ce qui demande tout un travail kafkaïen pour créer des partenariats avec des organismes et des associations), et dans ce cas… l'élève et/ou sa famille peuvent refuser la chose, et retour à l'intérieur de l'établissement. Fabuleux, isn't it ?

 

  Enfin, pour éviter de réunir le méchant conseil de discipline, on vous a créé la « commission éducative », composée à peu près comme on voudra (d'un établissement à l'autre, on pourra donc avoir de sacrées variantes), mais contenant évidemment au moins un représentant des parents d'élèves, sinon ce n'est pas drôle… Ce merveilleux organe pourra disserter du « cas », faire de belles propositions, assurer le service après-vente des contrats qu'elle aura mis en place et surtout… elle ne prendra aucune sanction. Comme ça, au moins, on est tranquille. En gros, c'est un peu une annexe du café du commerce mise à la disposition des établissements scolaires. Qu'est-ce qu'on va s'amuser à se faire des réunions inutiles supplémentaires : on en manquait.  

 

  Pour résumer : un bel effet d'annonce, une consultation pourrie d'avance par les bons sentiments et la victimisation de celui qui n'est pas la victime, et donc un texte qui met en place exactement l'inverse de ce qui était annoncé. On avait prévu de renforcer l'autorité ? C'est le laxisme qui sort gagnant du processus. 

 

 


 

1. Quelques autres beaux paradoxes dont notre système a le secret : « Si les élèves ne savent plus lire, c'est parce qu'on n'a pas assez appliqué nos merveilleuses réformes », « pour améliorer les choses, supprimons l'épreuve de culture générale », « puisque les élèves ne maîtrisent pas leur langue, faisons-leur faire de l'anglais à la place », « pour faire monter le niveau, diminuons le nombre d'heures de cours et remplaçons-les par des projets interdisciplinaires »…


2. Je rappelle qu'une grande campagne est en ce moment-même lancée contre le harcèlement à l'école. On donnerait à la communauté scolaire les moyens d'agir, et on arrêterait de faire pression sur les chefs d'établissement pour qu'ils ne fassent pas de vagues ou pour qu'ils diminuent leur nombre de conseils de discipline qu'on aurait fait un nettement plus grand pas en avant qu'en mettant en ligne un site internet bourré de moraline. 

 

 


 

  

 


Partager cet article

Repost 0

commentaires

Shiva 09/02/2012 00:01

Sympa la "commission éducative" avec présence d'1 parent délégué. L'autre jour nous avons tous (y compris la maman déléguée, bien dévouée)attendu vainement la famille convoquée.Ceci dit, on
progresse ... maintenant les parents annoncent qu'ils ne viendront pas à la commission lorsqu'ils sont contactés. Euh, on fait quoi dans ce cas ? Le chef annule la commission (inutile de mobiliser
tout le monde pour rien) et demande sa mut comme la moitié des profs du bahut.
Que sommes-nous en train de faire ou de laisser faire ?

Hermione 08/02/2012 23:04

Petite expérience personnelle. Une charmante demoiselle m'affuble d'un nom d'oiseau à base de co***sse. Je fais remonter l'affaire, il faut alors attendre un long mois pour obtenir une journée
d'exclusion/inclusion, car entre mon rapport et la sanction, il aura fallu statuer sur les faits, prendre une sanction, en faire part à la famille en les informant qu'ils peuvent la contester sous
huit jours, attendre ces huit jours et l'éventuelle contestation et enfin appliquer la sanction. Un mois plus tard. J'ai un doute quant à l'efficacité réelle de ladite sanction...

Peu-importe 08/02/2012 18:30

Cher Celeborn,
J'ai découvert votre site il y a quelques mois et depuis je le bénis d'exister à chaque nouvel article. Votre point de vue conforte (réconforte?) et explicite les impressions nébuleuses.
Quitte à réformer le système d'évaluation on ne pourrait pas élire notre futur ministre de l'EN au nombre de signatures? Vous en obtiendriez bien plus que les 500 réglementaires!

Celeborn 08/02/2012 19:05



Merci pour votre soutien, Peu-importe ! Je suis content que des gens trouvent que mes articles explicitent les soucis du système. Néanmoins, pas la peine de me propulser ministre de l'EN :
sachons raison garder ;)



Vacataiireuh 08/02/2012 15:42

J'ai pas la prétention d'écrire aussi bien que Cele, ni Ernestine d'ailleurs...

Mais je vous dirais que je mesure en direct les résultats d'une commission éducative, c'est à dire, Rien.

Me voilà dans un établissement où les élèves n'ont pas peur d'être sanctionnés, et encore moins d'aller dans le bureau du principal... Je n'ai jamais vu ça.

Patrice 08/02/2012 15:00

A moins que ce soit le grand retour de Bayrou-la-Baffe ;)

Présentation

  • : Je suis en retard
  • Je suis en retard
  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
  • Contact

Devenez follower !

Pages