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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 10:41

Violet    

 

 

Par Guizmo

 

 

 Je suis stagiaire de langue en collège. J'avais vu ton appel à témoin mais je n'écris que maintenant — fin de la période scolaire et vacances obligent.

 


  De mon côté, je n'ai pas une situation de travail clairement aussi révoltante que d'autres : je ne suis pas en ZEP, les élèves sont corrects dans l'ensemble (quoique péniblement bavards pour quelques uns, et une certaine tendance à tenir tête au professeur, à avoir le dernier mot, déjà en 6e…), j'ai 2 niveaux (ma tutrice s'est battue pour que j'aie des 6e et des 5e — cela me fait 5 classes en tout et 15 à 17h par semaine), ma tutrice est très avenante.

 


  Comme tout le monde, par contre, j'avoue que j'ai beaucoup de mal à monter des cours (bah, normal, on ne nous montre pas comment procéder), j'avance au feeling, la veille pour le lendemain — une « séquence » je ne sais ce que c'est qu'en théorie —, et ça me mine car je veux faire les choses correctement pour les élèves, pour moi-même… Je travaille dans l'urgence, la tête dans mes manuels, dans le chaos des ressources internet que j'ai accumulées. 

  Le pire c'est que je sais que ce que je fais n'est pas dans les clous (trop de grammaire, trop de français, pas assez de dimension culturelle), mais je ne sais pas comment faire autrement et surtout j'ai l'impression de manquer cruellement de temps ! 

  Mais, même si elle est très gentille, je n'ai aucune aide concrète de la part de ma tutrice à ce niveau : elle me dit de me baser sur notre manuel (il date de 1998… ce n'est plus du tout en phase avec l'approche actuelle de l'apprentissage de la langue vivante — du coup je suis perdue), elle ne m'a invitée que 2 fois à ses cours depuis septembre — et encore, c'étaient des corrections de devoir (j'ai l'impression que certains tuteurs se montrent assez réticents à montrer leur travail, de peur d'être jugés sans doute), elle connaît des problèmes personnels ces derniers temps et je la sens encore moins disponible.

 

 


J'aurais pu me baser sur les formations… si seulement elles étaient efficaces !! 
1ère formation : mi-octobre sur la gestion classe → légèrement trop tard ! mais ce n'est que mon humble avis.
2e formation : mi-novembre sur le conseil de classe et le rôle de PP1  → …
3e formation : avant les vacances sur la balado-diffusion2  → projet difficilement réalisable par tous les établissements vus les frais que cela implique : donc inutile pour l'instant.

  Ça me désespère de m'y rendre, surtout qu'elles tombent dans mes semaines de 17h, sur mon seul jour de « libre ».

 


  Le pire dans tout ça, c'est d'être dans une situation totalement instable : je suis tiraillée entre les instructions officielles, ce que veut voir ma tutrice en classe, ce que veulent voir les parents dans le cahier de leur progéniture… tu me diras qu'ils n'ont rien à dire concernant ma pédagogie mais c'est fou comme ils nous mettent la pression : une maman a pris rendez-vous avec moi parce qu'elle a peur que sa fille s'ennuie car j'avance lentement selon la mère, une autre était venue à la réunion parents-profs avec la photocopie du cahier de son fils en me demandant quel était le but d'un exercice en particulier, etc. On devrait plus nous préparer à ça, on se trouve vite désemparé ! Heureusement que je suis bonne actrice… ou pas.

 


  Je me dis que je me baserai sur mon expérience de cette année : ne plus refaire les mêmes erreurs, améliorer ceci, ne surtout plus faire ça, etc., pour devenir meilleure au fil des années… Puis je pense à ces élèves cobayes (je n'ai jamais enseigné de ma vie)… Les parents ne doivent certainement pas être au courant de ce qui se passe en ce moment : je suis triste de voir autant de passivité ! 

 


  Pour ma situation personnelle, je suis originaire de la Réunion et j'ai été mutée en France métropolitaine. Cette affectation a été un réel choc pour moi… Depuis des années, les lauréats au capes restaient à la Réunion au moins pour leur année de stage. En un mois, je me suis débattue pour défendre ma cause et rester (cause perdue à la base, je sais), j'ai cherché un moyen de financer mon billet pour venir, fait des recherches de studio sur internet — obligée de quitter mes proches —, emménagé, appréhendé ma première rentrée dans le dit studio… tout ça, toute seule… J'ai quand même passé toutes mes soirées à pleurer pendant la 1ère période (ça a passé à 5 soirées sur 7 pour la 2e période), j'ai perdu 7 kilos (déjà que je n'étais pas bien grosse… je n'avais pas envie de manger, pas le temps) — mes proches s'inquiétaient pour ma santé physique et morale.

 


  Allons bon, je me sentais bien là, je me suis goinfrée de foie gras, j'ai dormi, et voilà que la déprime repointe le bout de son nez...Va-t'en!

  J'ai tenu bon jusqu'ici, j'espère tenir jusqu'à juin (note à moi-même: ne pas penser aux mutations inter et à la baisse d'effectifs3, ne pas penser aux mutations inter et à la baisse d'effectifs…)

 


  Voilà, c'étaient mes premiers pas dans l'EN ! Bon, le récit n'est pas particulièrement édifiant et singulier, mais ça fait du bien de verbaliser ce qu'on ressent et de prouver encore et toujours que non, crotte de bique, ce n'est pas normal de lâcher des personnes sans expérience dans la nature comme ça. Le malaise est bien là, quelque part…

 

 


1. Professeur Principal. J'espère bien qu'aucun stagiaire n'est professeur principal cette année (mais vu la situation, ils sont capables de tout, à l'Éduc'Nat'). Autant dire qu'il y avait probablement + urgent à faire, comme formation. 

 

2. ou Podcasting en anglais. C'est un moyen de diffusion de fichiers audio (ou vidéo…) sur internet, pouvant ensuite être téléchargés et/ou écoutés sur des baladeurs numériques. Enfin… quand on a le matériel et que ça fonctionne, évidemment…

 

3. Le système de mutations fonctionne désormais en deux temps : phase inter-académique, ou l'on essaye de tomber dans une académie (sachant qu'on finira à Versailles ou Créteil si aucune autre académie ne vous a ouvert ses portes, en gros) ; puis phase intra-académique, où l'on essaye de trouver le meilleur moins mauvais poste possible dans la dite académie. Le tout fonctionnant sur un barème en points abstrus (et différent d'une académie à l'autre dans la 2e phase : vive la décentralisation !), qui justifie à lui seul l'existence des syndicats pour permettre au prof lambda de faire ses vœux dans le bon ordre, de la bonne manière, etc. Ici, le problème est qu'avec la réduction d'effectifs qui a lieu depuis quelques années, les académies que l'on convoite risquent d'être de + en + chères en points, et donc notre amie risque de ne pas rentrer à la Réunion.

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commentaires

Léo974 23/02/2011 08:37


Dis-toi que c'est l'année la plus pourrie que tu vis, après, ce sera du beurre ! Ton expérience te donnera de l'assurance, du détachement, de l'efficacité. Tiens bon !


La petite Mu 09/01/2011 15:37


Heureusement, contrairement à Don Quichotte, nous ne sommes pas seuls à nager dans ce doux rêve ! Même si mes problèmes ne sont pas exactement les mêmes que toi, je te comprends, et notre voix se
fait entendre, malgré tout.
Courage ! Bonne continuation !


Guizmo 07/01/2011 16:53


Merci pour les messages d'encouragement, car effectivement ça me donne l'espoir en de jours meilleurs: Je viens de faire une semaine de 17h + 4h de réunion parents-professeurs, je suis exténuée, et
je ne garantie en rien la qualité des mes cours de cette semaine ("madame, vous nous avez dit ceci, mais pourtant c'est écrit cela dans le livre" "madame, vous avez écrit la même phrase 2 fois au
tableau"...pitoyable!!!)

Pour revenir à cette réforme ubuesque, j'ai l'impression que ça se résume à: "Fais ce métier! On ne t'apprends pas comment faire, mais en tout cas, si tu ne t'en sors pas et que tu n'es pas
irréprochable, on te vire!"
On se sent un peu comme Don Quichotte qui se bat contre ses moulins à vent...


Nathalie 05/01/2011 15:01


Ne lâche pas, c'est très dur, mais ne lâche pas !

Dans le primaire, les collègues attaquent avec 26 h par semaine, toutes les matières à enseigner (français, maths, anglais, histoire, géographie, éduc civ, EPS, arts plastiques, éducation musicale,
histoire des arts, TICE !), de la petite section au CM2, et tout ça sur des postes de remplacement ! (du moins en Gironde)
Au moins ont-ils quelques semaines d'observation où ils peuvent expérimenter et pratiquer en étant accompagnés, mais 11 matières sur 8 niveaux, je te laisse imaginer leur état.. et dans des
conditions matérielles parfois terribles, l'école étant financée par les mairies.
Et pourtant ça vaut le coup. Avec l'expérience, tu passeras par dessus les réactions absurdes des parents qui se prennent pour des profs, aux réformes incessantes qui finissent de casser le
système, tu apprendras à faire avec le vieux manuel de 98 et tu lui trouveras même des vertus.
Bref, tu apprendras à survivre, et oh miracle, tu prendras plaisir à enseigner !
Mais la première recette, celle que je n'ai pas apprise dans les IUFM, loin s'en faut, est que nous travaillons pour vivre et nous ne vivons pas pour travailler ! Je ne remercierai jamais assez mon
collègue de l'époque de me l'avoir donnée, comme je ne remercierai jamais assez les conseillers pédagogiques venus me rendre visite de m'avoir parlé des outils merveilleux que sont l'ardoise, les
manuels et la posture enseignante.
Regarde autour de toi, ouvre-toi aux collègues plus anciens et appuie-toi sur ta référente. Pique-lui ses préps, essaie même si tu as des doutes : tu te les approprieras et les interpréteras à ta
sauce. Les enseignants doivent se solidariser pour pouvoir continuer à travailler !

Mon métier, je l'ai appris sur le terrain et avec le temps. Je n'y suis pour rien si mes cours étaient plus que perfectibles au début- et ils le sont encore !-, j'ai fait comme j'ai pu, et je me
suis consolée en me disant que derrière moi les élèves auraient d'autres professeurs qui feraient mieux. Ce qui m'a aidé a été aussi de comprendre que l'école n'est pas le seul lieu pour apprendre
: j'ai arrêté de porter le poids du monde depuis, et suis devenue certainement plus professionnelle et moins coupable de tout.

Alors courage, c'est dur mais si tu as tenu ces 4 derniers mois, tu es taillée pour l'aventure. Il y aura des hauts et des bas, tu auras peut-être besoin de te faire arrêter, fais-le sans
culpabilité. Une autre parole d'une ancienne : "l'EN est une vieille dame bien peu reconnaissante, ne lui consacrez pas toute votre vie".
Bon courage en tout cas.


MHG 05/01/2011 14:53


"Le tout fonctionnant sur un barème en points abstrus " est précisé en note. A ceci s'ajoute aussi le fait que des postes sont "bloqués" pour les stagiaires et qu'ainsi tout le système de mut,
fonctionnant déjà bien obscurément, est grippé.


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