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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 16:24

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Vision d'ensemble de nos dysfonctionnements : Véronique Bouzou, Ces Profs qu'on assassine

 

  À boire et à manger : c'est un peu ce que l'on trouve dans le livre de Véronique Bouzou. À la fois enquête, coup de gueule, réflexion, témoignage, cet ouvrage présente de grandes qualités : il est facile d'accès, y compris pour les non-profs ; il est un peu bordélique, ce qui lui donne du charme ; et surtout, il est juste. 

 

  Ici, foin de réflexions pédagogiques : on est essentiellement dans l'administratif et le judiciaire. Tout en parsemant son texte de courts rappels de faits divers qui ont marqué le tout petit monde de l'Éduc'Nat', Véronique Bouzou dresse un constat qu'on ne pourra qualifier que d'effrayant : le métier d'enseignant est psychologiquement très éprouvant, et nombreux sont ceux qui craquent. Plusieurs causes de cette fragilité des professeurs (mais aussi des surveillants, des personnels ATOSS1, des chefs d'établissement) nous sont proposées, exemples à l'appui  :

 

 

  • déconsidération du métier et perte d'autorité (via par exemple la baisse de notre pouvoir d'achat), 

 

  • manque de soutien de la hiérarchie (mais parfois aussi des collègues) et même pressions de celle-ci difficiles à supporter (parole de l'élève mise au même plan que celle du professeur, inspections punitives, …), 

 

  • perte de repères (qui a dit « sécurité de l'emploi », quand on sait qu'un professeur sur deux souhaite changer de métier ?), 

 

  • gestion des ressources humaines inexistante ou catastrophique (pas de médecine du travail, système de mutations inepte, …), 

 

  • contacts kafkaïens avec notre administration (qui n'a pas cherché à faire rectifier une erreur aperçue sur sa fiche de paye n'a rien essayé de compliqué dans la vie ; sachant que pour demander des sous, il faut déjà parvenir à lire ladite fiche de paye, ce qui relève de l'exploit), 

 

  • judiciarisation galopante du système scolaire (on porte plainte de plus en plus facilement, et les enseignants visés sont rarement épargnés par la vindicte populaire, peu importe qu'ils soient ou non coupables : le mal est fait), 

 

  • négation des compétences professionnelles des enseignants (alors qu'on aimerait juste faire notre métier du mieux possible, tout le monde sauf nous est autorisé à expliquer comment enseigner), 

 

  • Contenu du métier éprouvant en lui-même (représentation face à un public pas forcément demandeur, bruit, brouhaha, …)

 

  • et évidemment recrudescence des violences verbales et physiques (vous savez : ces choses qu'on nomme hypocritement « incivilités », et qu'on évite soigneusement de recenser). 

 

 

  Tout cela ne constitue évidemment pas une lecture de plage idéale, mais offre une plongée dans certains milieux méconnus de l'enseignement. Je recommande à ce sujet le début du livre, dans lequel nous est décrit le "fameux" centre de La Verrière où vont les professeurs qui ont pété un câble. Sensations garanties !

 

  J'apprécie surtout dans ce livre la capacité de Véronique Bouzou à mettre des mots simples et clairs sur les choses que nous vivons, tantôt au quotidien, tantôt de façon exceptionnelle. Tout professeur comprendra immédiatement ce qu'elle entend par « présentéisme », cette maladie des enseignants consciencieux qui viennent travailler même avec 40 de fièvre ou une dépression nerveuse sur le dos.

 

  Il ne s'agira pas pour autant d'applaudir à tout : comme dans tout livre de témoignages, ces derniers peuvent être plus ou moins remis en cause. L'auteur lui-même montre à plusieurs reprises les différents points de vue autour d'un même fait divers, ce qui est à son honneur. Mais je conseille ce livre à toute personne pour laquelle le métier de professeur se résume aux longues et nombreuses vacances, à 18h de travail par semaine et à la sécurité de l'emploi : on y découvre un autre visage du monde enseignant. Celui des anxiolytiques et des antidépresseurs, celui de l'hystérie et des pétages de câbles, celui de la sensation de vide qui s'empare parfois de vous, celui des conditions de travail épouvantables qui règnent dans certains établissements (et pas toujours du fait des élèves), celui du professeur-funambule qui tente d'avancer sans tomber sur une corde bien mince et bien usée.

 

  Et si la thèse de Véronique Bouzou paraît à première vue excessive (comment peut-on oser dire que l'administration assassine ses profs ?), à la lecture, elle ne semble pas toujours si farfelue que cela.  Loin de là.

 

Addendum : à lire l'article de mon (très) éminent collègue Jean-Paul Brighelli sur le même sujet. C'est ici.

 

 


 

1. Administratifs, Techniques, Ouvriers, Sociaux et de Santé

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commentaires

celadon 22/07/2010 21:25


Indispensable, bien sûr si on veut que vous fassiez dans l'inutile, pour changer !


Patrice 22/07/2010 19:46


Bon, résumons :
- la montagne, c'est pas loin ;
- la laine, les vaches, le fromage, c'est dessus la ci-dessus ;
- les rosiers, c'est sous mon balcon - mais si vous tenez à un garçon on peut ajouter des choux ;
- reste la girafe... Est-elle indispensable ?

Patrice, soyez réaliste, demandez l'impossible


celadon 22/07/2010 19:32


La mer c'est fait ? OK ! Il vous reste donc à réaliser les conseils suivants :

courez à la montagne, filez la laine, trayez les vaches, fabriquez du fromage, taillez les rosiers, plantez les choux, peignez la girafe !
Mais si vous vous en sortez bien sans les suivre, c'est que vous êtes d'une nature hors du commun. J'admire.


Celeborn 22/07/2010 10:18


Rassurez-vous, Céladon, je vais bien (et d'ailleurs, je reviens de la mer). Et puis lire ou écouter des horreurs m'a toujours donné de l'énergie, à tel point qu'écouter Barbara (pas celle de mes
commentaires, qui est une personne très positive :) ) me met en joie.
Soyez donc tranquille : pas de burn-out à l'horizon (juste du burn tout court s'il fait trop chaud).


celadon 22/07/2010 09:14


Etait-ce bien nécessaire de nous faire replonger, vous le premier, dans cet enfer en plein mois de juillet ?
Je refuse de lire ce livre tant que mes vacances n'auront pas pris fin. Passez vite à autre chose, Celeborn, ou vous allez péter un câble ! Replongez-vous dans des vacances bienfaisantes et pas du
tout superflues pour retrouver vos forces pour l'année qui s'annonce avec un salaire bloqué (et rien ne nous garantit qu'il ne le sera que pour 2011...) et les mêmes difficultés plus d'autres.
Alors de l'humour, il vous en faudra en surdose.
DEBRANCHEZ et malgré tous les mérites de Véronique Bouzou et de son bouquin, courez à la mer, à la montagne, filez la laine, trayez les vaches, fabriquez du fromage, taillez les rosiers, plantez le
choux, peignez la girafe, bref, aérez-vous, PLEASE !!!!!!!!!!!
Donnez-nous des nouvelles de vos vacances, ça, on veut bien ! Très amicalement


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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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