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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 11:50

 

  Un mouvement est en train de se créer autour de la lettre de démission envoyée par notre collègue Claire-Hélène, que vous pouvez (re)lire ici. Ma collègue Véronique Marchais, personne impliquée, admirable et qui n'a pas peur de témoigner à visage découvert, a obtenu l'autorisation de Claire-Hélène de transmettre cette lettre aux médias, en espérant que ces derniers en fassent quelque chose. Elle l'a accompagnée d'un texte qu'elle m'autorise à reproduire ici. Je vous invite donc à le lire : je l'approuve en tous points.

 

 

  Bonjour,

 

  Enseignante de Lettres en collège, je vous transmets la lettre de démission adressée par une de mes collègues à son chef d’établissement. En effet, la situation qu’elle décrit est hélas représentative de la dégradation des conditions d’enseignement en France, en particulier au collège. Partout, les constats sont les mêmes :

 

  • Remplacement régulier des heures disciplinaires, au contenu solide et méthodique, par des projets soi-disant innovants, de préférence inter-disciplinaires, mélangeant tout et incapables d’offrir aux élèves qui en ont le plus besoin une représentation organisée et utilisable des connaissances ;

 

  • Renoncement total à l’exigence de l’effort. Avec des variations très importantes selon la sociologie des établissements, on voit appliquer de manière aberrante la préconisation « pas de devoirs à la maison en primaire », allant jusqu’à renoncer à faire mémoriser quoi que ce soit. Les élèves arrivent au collège sans savoir apprendre. Les mettre au travail à la préadolescence est une gageure. D’autant que, depuis la suppression des redoublements, l’absence de tout travail est absolument sans conséquence sur la scolarité d’un élève, et ses parents même dédramatisent le plus souvent des résultats catastrophiques en se disant « qu’il passe ». A quoi bon travailler puisque cela ne change rien ?

 

  • Les consignes données pour diminuer les conseils de discipline conduisent un nombre croissant de chefs d’établissement à renoncer purement et simplement à en réunir, y compris après des incidents graves et répétés. A l’absence d’effort s’ajoute donc chez de plus en plus d’élèves un sentiment de toute puissance et d’impunité.

 

  Faut-il être un spécialiste en sciences de l’éducation pour se rendre compte qu’enseigner, dans un tel contexte, devient tout simplement impossible ? Pourquoi chercher ailleurs des explications aux piètres résultats de la France aux évaluations internationales ? Plus grave, comment ne pas s’inquiéter de l’avenir d’une nation qui éduque ainsi sa jeunesse ?

 

  « Lorsque les pères s'habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque finalement, les jeunes méprisent les lois parce qu'ils ne reconnaissent plus au-dessus d'eux l'autorité de rien et de personne, alors, c'est là, en toute beauté et en toute jeunesse le début de la tyrannie. » Platon, La République, Livre VIII

 

  J’espère que votre rédaction prendra la mesure du problème de société qui est en jeu et saura donner de l’écho non seulement à ce témoignage, mais encore à la situation que celui-ci révèle.

 

  Cordialement,

 

Véronique Marchais

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commentaires

Juana 09/03/2013 16:34

A la relecture, ma phrase commençant par "Ce ne sont malheureusement pas..." n'est pas claire.
Je veux dire que les décisions qui ont fait chuter le niveau de l'enseignement, tant en France qu'en Belgique francophone, n'ont pas été prises par des enseignants vivant la pratique quotidienne du
métier, mais par des penseurs théoriciens. Or, on ne peut connaître le terrain que lorsqu'on y travaille. La deuxième partie de ma phrase signifie que les critiques portant sur la lettre et la
démission de ce professeur, formulées par des non-enseignants, sont inappropriées, parce que l'on ne peut parler que de ce que l'on connaît, pas de ce que l'on juge de l'extérieur. Je me suis
souvent demandé pourquoi tous les critiques des enseignants ne se lançaient pas eux-mêmes dans l'arène, plutôt que de nous mettre à mort.

Juana 09/03/2013 16:21

J'ai apprécié la "lettre d'une collègue...". Elle reflète aussi la situation de l'enseignement en Belgique. Nous sommes nous-mêmes enseignants, mon mari et moi. Ce ne sont malheureusement pas des
enseignants qui prennent toutes les mesures idéalistes et utopiques que l'on nous oblige à appliquer, ni qui prennent sur ce blog des positions raisonnables. Il est toujours plus aisé de
déconstruire et de critiquer que de s'essayer au métier. Il est regrettable que les personnes qui n'enseignent pas et ne l'ont jamais fait croient tout savoir sur notre métier et nous méprisent,
mais comme le disait Platon ...

Patrice 26/01/2011 23:21


Le problème n'est pas que tel(le) collègue ait ou non démissionné, mais que tant d'entre nous se prennent à rêver de le faire, s'ils le pouvaient.

Ou, pour le dire autrement : la démission est virtuellement une solution individuelle (aux problèmes réels). Mais collectivement, que faire ?


guy morel 26/01/2011 22:33


Le problème est que Claire Hélène n'a pas démissionné. Peut-être aurait-il mieux valu le dire, ne serait-ce que pour ne pas discréditer son acte que tous ceux qui ont enseigné récemment sont en
mesure de comprendre.


Patrice 26/01/2011 19:58


Don Quichotte, vous moulinez bien mais vous tapez à côté ;)

Les "Amerloques" de mon message étaient un clin d'oeil quenellien, mais j'eusse pu aussi bien choisir "Amerlauds" comme le Bison Ravi - le même qui écrivit : "Il y a seulement deux choses : c'est
l'amour, de toutes les façons, avec des jolies filles, et la musique de La Nouvelle-Orléans ou de Duke Ellington"... en épigraphe à l'Ecume des Jours. Comme anti-américanisme primaire, on fait
mieux.

Cela, pour la forme.

Quant au fond :

Il ne s'agissait ici que de l'enseignement - sur lequel je n'ai exprimé aucune opinion, rapportant seulement celle de Gumbel (zut, si je rappelle que c'est un Godon, me voilà de nouveau
cramé...)

Si, si : relisez !


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