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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 07:45

bozo

 

 

  Hier soir, ô joie, ô bonne humeur, réunion de 2 heures sur le socle commun. Autant vous dire qu'après mes 7 heures de cours et ma demi-heure pour déjeuner le midi, j'étais remonté comme un coucou suisse. Pour vous, adorés lecteurs et adorables lectrices, voici le résultat du process1. Profitez en attendant des bâtonnets glacés dont Monsieur Dimanche fait la distribution.

 

 

  S'il n'y avait qu'une chose à retenir de la soirée, c'est cette injonction de not'bon'chef : « soyez libres !» Pas de soucis, boss, c'est le genre de conseil que j'aime bien suivre.

 

  Pourtant, tout avait fort mal commencé, avec la distribution d'un papier recto/verso entièrement écrit en caractères gras présentant les résultats de la réflexion de nos deux têtes pensantes sur la question. Les têtes pensantes susdites ayant apparemment eu sous les yeux la version ultra-détaillée du livret de compétences, nous découvrions un nombre d'items à faire pâlir même le plus brave des pédagogistes : 94 items pour la maîtrise de la langue française, par exemple, et même un total de 221 items (!) concernant les éléments de mathématiques et de culture scientifique et technologique, excusez du peu. Je fais un rapide calcul dans ma tête également pensante (même si après 7 heures de cours, le roseau pensant que je suis à tendance à plier sévère) : 94 x 4 classes x 25 élèves = où est ma calculatrice ?

 

  Le papier se poursuit par une jolie définition des compétences (où je retrouve les trois mousquetaires connaissances, capacités et attitudes), par diverses infos sur le livret et la validation (mais là, je dois dire, je suis déjà au point) et enfin, in cauda venenum, par une partie au titre inquiétant : « Quelle est la méthodologie exacte au collège Jean-Baptiste Poquelin ?2»   

 

 

  Et là, notre direction se pose de graves questions, et nous fait part de ses pensées les plus secrètes :

 

  • « Est-il possible de travailler chacun seul dans son coin ? → nous pensons à la direction que ce serait dommage. »

Mieux vaut en effet forcer les gens à travailler ensemble et à faire des réunions bonus, c'est tellement plus convivial…3

 

  • « Est-il possible que certains items soient validés par n'importe lequel d'entre nous ? → nous pensons que c'est effectivement possible. »

C'est le prof d'Arts Plastiques qui va être content de valder l'item « savoir nager » !

 

  • « Est-il judicieux de se répartir le travail de manière trop précise ? → nous n'en sommes pas convaincus.»

Un bon flou artistique générateur de saines empoignades et de vivifiantes gueulantes car rien n'est validé est effectivement beaucoup plus convaincant.

 

  • « Est-ce une occasion de se faire confiance, de pouvoir enfin avancer de manière transdisciplinaire et en équipe ? → nous pensons que oui.»

Chers collègues, vous qui cherchiez un bon exemple pour parler à vos élèves des questions rhétoriques, vous pouvez remercier ma direction de vous fournir la mère de toutes les questions rhétoriques. C'est y pas beau ?

 

  Mais ce n'est pas fini ! Apparemment, il leur faudrait 2 collègues pour valider un item (je multiplie alors dans ma tête décidément fatiguée par 2 le résultat que je n'ai pas cherché à calculer de la multiplication précédente) ! 

 

 

  Et là, mes collègues prennent la parole. Et ils sont bien, mes collègues ! Temps de réunionnite, ras-des-pâquerettitude du socle, attaque en règle de l'ineptie que la chose constitue déjà en primaire, tout y passe. Deutschlehrerin4 synthétise magnifiquement et efficacement le ressenti global : « Mais ça ne sert à rien ! » 

 

  Le principal adjoint, très nouvelle pensée pédago (en même temps, on nous les forme tous comme ça, ces temps-ci, hélas !) tente de nous faire le numéro des ch'tits nenfants en difficulté que les compétences vont miraculeusement sortir de l'eau croupie dans laquelle ils baignent, là où les méchantes notes vicieuses et fourbes s'attachaient à sa cheville telles un boulet de 2,5 tonnes. Oui, remplaçons ce doigt accusateur de Dieu que constitue un 0/20 en dictée accompagné de la lapidaire appréciation « peut mieux faire »5 par la bienveillance de la compétence nourricière qu'on s'arrangera pour lui valider de toute manière, in fine ! Il n'en sera certes pas meilleur en orthographe, mais au moins il aura pu développer son esprit critique en voyant qu'on le prend pour un con à lui dire qu'il maîtrise tout un tas de très jolies compétences. Un collègue d'histoire passablement agacé — et on le comprend — envoie quelques répliques bien senties à notre défenseur des enfants opprimés par les notes. Le principal fait alors comme si son adjoint n'avait rien dit : d'ailleurs, on ne l'entendra plus jusqu'à la fin de la réunion. 

 

  C'est là que not'bon'chef, qui a oublié d'être obtus, se rend compte que bon, la transdisciplinarité imposée sous forme de multiples réunions de toutes les équipes sous toutes leurs formes — en triangle, en cœur, en carreau, en pique, en trèfle, envol6 — ne semble pas déchaîner les foules (ou alors pas dans le sens espéré) et change donc son fusil d'épaule. Alors que le fait de se répartir les compétences de façon trop précise était apparemment une mauvaise idée, il affirme nettement à propos du tableau de répartition que nous avions fait l'année dernière que c'est « un travail remarquable ». Alors qu'il fallait apparemment se réunir, se répartir les choses pour chaque classe (là, mon collègue d'Arts Plastiques qui a 19 classes a pâli), se reréunir trois ou quatre fois, finalement, il se dit que le faire en conseil de classe, ça a l'air très bien.

  De toute façon, ce qui lui importe, apparemment, c'est le « process7 » et la « communication institutionnelle » : le problème était que « nous ne sommes pas capables de nous mettre d'accord sur des process », qu'il faut faire « des étapes dans le process » et surtout, surtout, qu'avec les parents, « on sera très clair sur les process ». On définit donc un process de communication institutionnelle : on dit aux parents qu'on est au top et qu'on valide de façon formidable, et en interne, on utilise notre « travail remarquable » pour valider pépère et sans se prendre le chou !

 

  Bref, on fait du théâtre. Ça tombe bien : ça, je sais faire.

 

 

 


1. Barbare anglicisme dont il se sera question au cours de cet article, vous verrez…

 

2. Puisque j'ai affublé mes élèves les plus amusants de prénoms moliéresques sur ce blog, autant continuer dans le thème…

 

3. les commentaires ironiques, narquois et de mauvais esprit sont de moi : vous me connaissez, maintenant…

 

4. La prof d'allemand, quoi ! 

 

5. Il l'a vraiment dit sans rire. Au passage, on remarquera que lorsque l'on veut taper sur le principe de la notation, c'est toujours le zéro en dictée qui est sollicité comme exemple évident et indépassable de la nocivité de la chose. On ne s'interrogera en revanche jamais sur les causes qui font que beaucoup d'élèves ont des zéros en dictée à partir du moment où la dictée en question présente autre chose que 3 lignes de Oui-Oui et la voiture magique. J'ai bien une piste — la généralisation de l'enseignement par compétences débiles au primaire — mais je sens que je ne suis pas très tendance, là…

 

6. Offre spéciale : un item validé à la première personne qui verra la référence ! 

 

7. Je vous avait bien dit qu'on en reparlerait !

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commentaires

Patrice 18/09/2010 21:29


Ah les cons pépés les cons pépés les compéten-en-ces !
Sur les bords d'une île envoyons-les n'en parlons plus...

Oups, pardon, je régresse ;)

Dom Patrice (réf. perso)


fred 18/09/2010 17:54


Le plus inquiétant, c'est que c'est en train de se généraliser, on voit de plus en plus de collègues avec des petits stylos orange, rouge et verts en train de parler de non acquis, en cours
d'acquisition... et qui passent leurs cours et leurs soirées à chercher des compétences.


Celeborn 18/09/2010 16:21


Isabelle, merci de l'idée ! on va rajouter ça à la liste des choses interdites et pourtant bien pratiques !

Raphaël, toutes mes félicitations ! Tu viens de valider l'item 4 du 2e domaine de la compétence 6. Je ne sais pas lequel c'est, ni même s'il existe, en fait, mais est-ce si grave ?

Céladon, pas de souci, j'inverserai la prochaine fois !

Delphine : c'est vrai que c'est loin des réunions sur les projets qu'on peut faire avec des collègues motivés… ^^


Delphine 17/09/2010 18:29


Ahhhh le socle: beaucoup de bruit, bla bla et réunions pour rien! Pfff....


celadon 17/09/2010 18:13


Que signifie cette discrimination, Celeborn ? Les lecteurs sont d'ores et déjà adorés alors que vos lectrices ne sont qu'adorables ? Expliquez-vous sur-le-champ ! :-))


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