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28 mai 2010 5 28 /05 /mai /2010 22:59

escher-mc-relativity

Professeurs se réunissant pour valider une compétence du socle (allégorie)

 

 

  J'espère que le pop-corn — généreusement distribué par la machine fabriquée par les élèves de 4ème 5 lors du projet interdisciplinaire « spectacle cinématographique et mastication » (un projet mené par les profs d'arts pla, de bio, d'EPS et de techno, s'il vous plaît !) — vous satisfait et que vous êtes prêt pour la suite des fiches ! Aujourd'hui, nous allons essayer de savoir comment appliquer les belles théories dans la réalité crasse d'un établissement scolaire non virtuel…

 

FICHE N°3 : votre évaluation est-elle valide ?

 

  Où l'on s'intéresse à la distinction entre évaluer, valider et noter. Et je vous assure qu'à la lecture de la chose, même les plus belles pages de la casuistique chrétienne semblent une recette facile de Françoise Bernard où l'on balance 30 secondes un œuf au micro-ondes avec une cuillère de crème fraîche. Le sexe des anges n'a qu'à bien se tenir (si j'ose m'exprimer ainsi) : la subtilité des distingos opérés n'a ici d'égale que la vacuité du propos. Qu'on en juge un peu :

 

« L’évaluation, conduite dans le cadre habituel des cours, n’est pas incompatible avec le système de notation, et peut y participer »

 

  On notera que l'évaluation1 peut donc participer à la notation. On pensait bêtement l'inverse plus logique (que la notation participât de l'évaluation), mais apparemment, on se trompait.

 

« Elle [l'évaluation] est menée par chaque enseignant de façon individuelle, mais peut aussi être menée conjointement lors d’itinéraires de découverte, de thèmes de convergence... »

 

  On évalue donc individuellement, mais de façon collective quand même : au moins, chacun fait ce qui lui plaît. J'espère au passage que vous goûtez l'expression « thèmes de convergences », qui est quand même très jolie…

 

« à la fin, c’est l’évaluation finale »

 

  Lapalissade ? Vous n'y êtes point… En voilà surtout qui n'ont pas eu le document des inspecteurs d'anglais ! Ils y auraient appris que l'évaluation finale peut très bien ne pas être à la fin. Il va falloir vous harmoniser, les gars !


  Sachez au passage qu'une même compétence devra évidemment être évaluée par plusieurs enseignants, et qu'il faudra faire la synthèse de tout ça pour décider de sa validation finale ou non. Vous sentez qu'il va falloir reculer votre cours de yoga du mardi soir car vous risquez de manquer le début ? En fait, il va surtout vous falloir en suivre davantage, des cours de yoga, afin de rester calme lors des petites sauteries validantes qu'on rêve de nous imposer2 … 


  On apprendra aussi qu' « une tâche complexe, qui n’est pas un empilement de microcompétences, peut conduire à l’évaluation de plusieurs items impliqués dans la tâche, mais pas obligatoirement de tous. »


  Vous n'y comprenez rien ? Rassurez-vous : toute une fiche va être consacrée aux tâches complexes. Voilà de quoi se réjouir. En attendant, on aura quand même réussi à piger — au milieu de cette purée de pois — qu'évaluer, c'est tout bêtement juger du niveau d'un élève. En revanche, valider, c'est une démarche institutionnelle, collégiale et définitive. En gros, une fois qu'on a bien évalué chacun dans son coin à plusieurs, on se fait une bouffe et on valide. Et si le lendemain de la validation, l'élève a tout oublié, peu importe : il est validé. Évidemment, si l'élève n'est in fine pas validé, il pourra l'être quand même par le jury du brevet, qui est souverain, et qui vous dit m...., à vous, profs qui n'avez pas vu que les tanches avachies devant vous disposaient de toutes les belles compétences  marquées dans le livret3


  Et la notation, alors ? On vous la promettait dans le titre, et depuis, pas grand chose à se mettre sous la dent sur le sujet. rassurez-vous, on a gardé le meilleur pour la fin.


 

« L’évaluation cherche à situer l’état des acquis de l’élève par rapport aux objectifs d’apprentissage visés. L’évaluation se traduit par une valeur donnée à la production de l’élève. Pour exprimer cette valeur, différents codes peuvent être utilisés : une appréciation, une lettre, une couleur, une note.

La notation consiste à traduire une production d’élève par une note chiffrée. La note de contrôle, par exemple, résulte de la somme des points attribués à l’élève en fonction du barème fixé pour l’atteinte de chacun des objectifs d’apprentissage évalués. La notation garde sa place pour des évaluations finales et certificatives. Cependant, la valeur moyenne obtenue au final ne traduit pas les compétences acquises »


  Revoyons l'action au ralenti : l'évaluation se traduit par une valeur, qui peut être une notedonnée à la production d'un élève ; ce qui la différencie donc nettement de la notation, qui, elle, se traduit par une note donnée à la production d'un élève. On ne saurait être plus clair et précis. Mais bon, tant qu'on a pu glisser au passage que la notation, c'était quand même pas bien, on est content.


  Désolé, lecteur assidu, lectrice passionnée, mais le blog va être en pause toute la semaine prochaine, pour raisons pédagogiques (si si !). Je promets de me rattraper à mon retour, de finir cette petite synthèse et de vous fournir, en exclusivité, quelques exemples de tâches complexes universelles permettant d'évaluer un maximum de compétences en un minimum de temps sans sortir des sentiers battus d'une journée de cours bien normale. À très vite !

   



1. ...des compétences, bien entendu ! (NDLR)


2. Amis profs principaux de 3ème, il vous est conseillé de prendre un abonnement premium aux cours de yoga. Croyez-moi, vous allez en avoir besoin.


3. Faut-il que vous soyez distraits...

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commentaires

doctor who 08/06/2010 16:21


J'adore la dénégation : "la tâche complexe, qui n'est pas un empilement de micro-compétence". Magnifique retour du refoulé.
Pour s'en sortir, il faudrait inventer une nouvelle compétence : "Sait associer les micro-compétences de manière organique pour accomplir une tâche complexe."


Musa 31/05/2010 19:37


Quel brio!
Ca nous consolerait presque de toutes les c... que peut pondre le Ministère que de voir quelles pages inspirées elles peuvent susciter. Merci pour cette saga du socle comique. Vivement la chronique
sur les compétences universelles!


céladon 29/05/2010 11:38


J'admire votre abnégation à traduire pour nous la novlangue gloubiboulguienne du molosse. J'en connais qui ne la liront même pas.


Mélane 29/05/2010 11:09


Tout ce charabia est ATROCE. Heureusement que vous êtes là pour restaurer un peu de bon sens et d'humour en ce bas monde...

Mais qui peut bien écrire de telles horreurs ?! Je ne parviens pas à me représenter la personne dont la journée de travail consiste à rédiger de tels torchons, qui ne sont rien moins que des crimes
contre la pensée.

A quand un grand roman réaliste sur les coulisses bureaucratiques de l'EN et sur les conséquences d'obscures décisions dans la vie des professeurs et des élèves ?


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