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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 08:10

les-portes-claquent.jpg 

 

  Autre prérentrée, autre style… C. revient dans son établissement après un an de congé-formation, et retrouve le tout petit monde des professeurs. 

 

Par C.

 

  Je suis vraiment une ingrate, je viens de passer une année de bonheur total loin de mon établissement. Après 7 années de constance à demander un congé formation, j'ai enfin décroché le sésame : fi des 700 euros en moins par mois, la li-ber-té. Heureusement que je l'ai décroché d'ailleurs, ça m'a évité la faute professionnelle (une gifle bien sentie sur la joue d'une c**** pardon je veux dire d'une apprenante qui n'arrêtait pas de la ramener, pardon je m'égare d'avoir des points de vue divergents sur ma pédagogie) et je n'ai aucune, mais alors aucune envie d'y remettre les pieds…

 

  C'est le cœur lourd après cette année riche d'enseignements pour moi, où je n'ai pas chômé —double cursus agreg (pour laquelle on m'a octroyé le précieux congé formation) et licence d'histoire de l'art (parce que l'éduc nat, comme je l'aime, et vu ce qui nous attend, je n'ai qu'une envie c'est de la quitter...), un stage pour la Biennale de Paris, environ 60h de travail par semaine — que je reviens.

 

  J'arrive donc, et là, je suis accueillie comme le Messie, vraiment, jusqu'aux pions qui sont ravis 'ah on vous a vue sur les listes on était drôlement contents, et vous ça va ? Pas trop dur la reprise ?' je marmonne 'Non, non, j'intériorise juste ma joie' quelque peu déconfite. Puis c'est au tour des collègues:

'Ahhhhhhhh C.! Tu nous a manqué! Alors cette agreg?'

'Non, pas eue...'

'Ben tu la voulais pas, tu l'as pas fait sérieusement?'

'Ben si quand même (c*** 15h de cours et une salaire multiplié par 1.5 fais le compte…) j'ai raté l'admissibilité à 1 point…'

'Ah ben tu la repasses alors?'

'Ben non avec les classes, à temps plein, ça me dit pas trop' (puis bon j'avoue j'ai d'autres projets en tête, comme celui de quitter l'éduc nat comme sus-mentionné)

 

  Faut dire que point de vue service j'ai été gâtée pour mon retour : deux secondes mais l'Abitur (la crème de la crème de l'apprenant, d'ailleurs ils en sont énervants tellement ils sont bons…) une des deux Euros (sur forfait maternité d'une collègue), une première Euro encore (oui là je sens que ça commence à vous agacer) et on s'arrête là pour le gratin, une TSTG et une TS.

  Le problème avec ces classes d'élite, c'est que comme ils ont 12000 options, les emplois du temps sont souvent chaotiques et c'est absolument impossible de décaler une heure parce qu'un ou deux élèves cumulent latin et chinois…

 

  En cadeau bonux, j'ai été désignée co-doyenne d'office, je l'ai su cet été par mail d'une collègue, aucune note officielle, j'ai hésité à venir à l'heure, me disant après tout, ils auraient pu avoir la décence de m'appeler, puis je me suis dit que je ferais mes protestations de vive voix.

  Il faut dire qu'en plus l'avant-veille j'ai appris que la situation dans l'équipe d'anglais était digne d'un épisode hautement dramatique de Dallas, univers aussi impitoyable que le notre. S. et S. en seraient presque venues aux mains dans le bureau de la proviseure adjointe parce que S. disait qu'elle ne serait pas là à 9h pour la certification Cambridge parce qu'elle devait emmener son fils au collège (celui là, le pauvre, je pense qu'elle lui tiendra la main pour sa première fois, juteux 'marché' pour les analystes en perspective…) donc l'autre S. a commencé à lui crier dessus en disant que ce n'était pas la seule à avoir des mômes et que dans une équipe il fallait consentir à des sacrifices et qu'elle n'était rien qu'une tire au flanc (ce qui est totalement vrai mais tout de même ce n'est pas poli de le dire devant la proviseure adjointe). Ambiance…

  Mais las! Nos deux doyennes, élues par nous à l'unanimité, ne se sont pas entendues, donc R. a manigancé pour évincer F. parce qu'elle convoitait les BTS1 et surtout les GRETA (la poule aux oeufs d'or il faut bien le dire…), alors elle l'a traitée de péquenaude psychorigide avec qui elle ne pouvait vraiment pas s'entendre parce qu'elle elle était née rive droite d'abord… Ce qui a suffisamment heurté F. pour l'envoyer direct chez le psy…

  C'est donc dans ce contexte que j'arrive, la bouche en coeur, 1h plus tôt que mes camarades pour accueillir les nouveaux3… Avant le ptit déj royal qu'on nous sert (me suis fait un chaï, ai bien fait, vivent les thermos !), je coince ma proviseure adjointe (délicieux mélange de Barbie, Wonder Woman et Margaret Thatcher) dans un coin pour protester, et là, mouvement de ses grands yeux bleus eyelinerisés 'Mais vos collègues ont dit que vous étiez d'accord' (ben voyons, donnez moi des noms) 'mais si vous voulez on ne met qu'une doyenne, et je vous prends juste en référente pour l'euro' (ah la bougresse elle est forte !). Je rétorque à moitié à terre 'Non, non, on a toujours eu deux doyennes, ce ne serait pas juste pour R. mais j'aurais aimé un coup de fil et le binôme prévu à l'origine c'était F. et moi (mais je sais très bien que tu as gardé R. car c'est un indic, ah comme tu es forte proviseure adjointe !).

 

  Il faut ensuite se fader, euh pardon, écouter le speech du grand chef — un croisement du général Tapioca (Tintin) et de Prunelle (Gaston Lagaffe) — qui est tout sauf un orateur il faut bien le dire…

 

  Arrivent les autres convoqués à 10h pour la grand messe, qui ressemble d'ailleurs plus à une foire aux bestiaux qu'à une cérémonie religieuse ; les chiffres défilent, je compare mes Géox avec celles du prof de Maths, je ne mate même pas les nouveaux cette année, signe évident de ma blasitude…

  C'est alors qu'arrive le plus croustillant : j'apprends avec stupeur que nous n'aurons pas nos emplois du temps avant l'après-midi. On m'avait prévenue qu'il était sadique le boss mais là, ça dépasse mon entendement, déjà que je trouvais cruel de devoir rester toute la journée parce qu'en étant p*** de doyenne il fallait que j'assiste au conseil pédagogique au lieu de me tirer boire un verre comme tout le monde après le conseil d'enseignement ! Il est 11h15, 2h45 avant d'aller les chercher, je ronge mon frein en anticipant la réunion de l'équipe où sera présent le prof de prépa, parce que ça s'est aussi crêpé le chignon sur les heures de colles et le copinage… Le prof de prépa est remonté contre R. ma co-doyenne, CL. Copine de R. est venue nous espionner pour voir se qui se trame, elle fait semblant de prendre de la salade de fruits qu'elle finit par se sentir obligée de verser dans son assiette, la mélangeant avec son camembert (beurk), si ça ce n'est pas du dévouement amical !

 

  Arrive la réunion tant attendue ; j'ai laissé R. aller chercher les emplois du temps, je sentais que ça lui faisait plaisir, sans surprise le mien est un gruyère, mais j'ai les jours demandés, les autres ont l'air plutôt satisfaites, c'est déjà ça de moins à gérer. Le prof de prépa attaque sur les colles, R. dit qu'elle n'en veut pas, visiblement elle boude… J'ai envie de lui dire, faudrait savoir !!!!! Je vous épargne le blabla de l'équipe, les tergiversations sur qui fait quel sujet pour le bac, les groupes de compétence, etc, etc. jusqu'au moment où je lance, grave:

'Y a-t-il des collègues qui voudraient une inspection?' (j'en veux une…) 

'Ben tu sais c'est tous les 5 à 7 ans, et puis de toutes façons maintenant dans les textes le proviseur peut t'inspecter…'

'PARDON?' Je rêve/cauchemarde éveillée, qu'est-ce que c'est que cette c**** ?

 

  Devant mon objection (mais comment il fait pour évaluer de l'anglais de la chimie ou quoi ou qu'est-ce ?)

'Ben il nous a dit qu'il n'avait même pas besoin de venir nous voir, que le bouche à oreilles suffisait'

  Là je me retiens pour ne pas pleurer/crier/m'évanouir, ça y est Meirieu a gagné l'élève est tellement au coeur du système que c'est lui qui nous note… Je reste sans voix et ce n'est pas mon habitude4

 

  Bouquet final, la réunion pédagogique où l'on nous explique qu'il va falloir mutualiser les moyens parce que le budget réduit comme une peau de chagrin, je manque m'étouffer de rire quand j'entends 'il faut penser global' et que le budget reprographie va être plus surveillé que Khadafi…

 

  Finalement je vais peut être le prendre ce job de serveuse…

 

 

 


1. Où, pour une heure de cours, on en compte 1h30.

 

2. Formation professionnelle grassement payée.

 

3. L'avantage avec les réformes, c'est qu'il y en a somme toute assez peu.

 

4. Je confirme ! (NDCeleborn)

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commentaires

sofiya 07/10/2011 16:54


Bonjour,

Au sujet des GRETA c'est peut etre la poule aux oeufs d'or pour les titulaires de l'EN mais pour ceux, comme moi, qui sont embauchés en tant que formateur vacataire c'est une usine aux pires
méthodes de pression, de stress, de classe à double niveau avec obligation de résultat, avec culpabilisation lorsque vous n'arrivez pas à tenir une classe..... et pour arrive à 15OO euros par mois
(et encore votre grille dépend de vos diplomes)il faut faire 28 à 30h par semaine de face à face...A la lecture de vos témoignages je me retrouve dans bien de vos sentiments. Simplement on oublie
de parler des GRETA qui sont la formation continue de L'EDUCATION NATIONALE.C'est dommage. Après deux ans de GRETA j'ai du en partir dans des conditions humiliantes et me retrouve au RSA.


tn pas cher 04/10/2011 09:55


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C. 11/09/2011 12:49


L'avantage du fils ou de la fille prodigue c'est qu'on lui pardonne ses errances ^^
Moi, je suis d'accord on est toujours le c** de quelqu'un, cela dit aucun mépris pour les collègues soyez en sure...


moi 10/09/2011 16:12


Attention au mépris envers les collègues : quelqu'un de sûrement très bien en a sans doute autant pour vous. Et si vous êtes si mal, prenez votre courage à deux mains et démissionnez. Avec une
licence en histoire de l'art et un stage à la biennââle, vous ne devriez avoir aucun mal à trouver un meilleur travail...


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