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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 09:26

Marcos

Parents allant manifester pour le bien de leurs enfants (image retouchée conformément à la loi Évin)

 

 

  Comme vous le savez peut-être, le rôle des parents dans les établissements scolaires s'est considérablement accru depuis une bonne vingtaine d'années1. Je tenais à rendre compte de deux événements récents qui mettent en exergue les dérives de cet état de fait.



I - Fous ta cagoule (le parent militant)


  Parlons tout d'abord de l'occupation par les parents d'un collège du Lot qui s'est effectuée sans avoir prévenu les personnels administratifs, enseignants et d'éducation dudit collège. Je vous offre quelques documents, par exemple la Lettre à tous les parents d'élèves, et le « blog »2 du comité de parents qui y répond. C'est très instructif pour qui sait lire entre les lignes : enseignants qui ne souhaitent plus (et on les comprend) travailler en collaboration avec des parents qui martèlent leur doxa sur le poids des cartables dans toutes les commissions et tous les conseils auxquels ils peuvent assister, quand ils ne se plaignent pas des absences des professeurs en formation (les salauds) ou, on l'imagine, malades (les méchants). Ces mêmes parents qui se permettent de mettre en ligne des comptes rendus à peine orientés des conseils d'administration (au cours desquels ils s'indignent de choses telles que la non possibilité pour leurs suppléants de voter (!!)) et des conseils de classe. Tout ça pour finalement faire une action d'envergure en empêchant la secrétaire de répondre au téléphone et en lui éteignant son ordinateur… Non, vraiment, ça donne envie !

  Qu'on me comprenne bien : la réduction des moyens horaires dans les établissements scolaires3 est proprement scandaleuse et doit être combattue. Peut-être cela n'impose-t-il pas néanmoins d'arriver sans prévenir à moitié à poil, cigarette au bec dans l'établissement et cagoule sur la tête en hommage aux indiens du Chiapas4, et ce au mépris de toutes les lois existantes. Que les revendications soient — pour certaines d'entre elles — justes n'autorise pas tous les délires. Je n'ose imaginer ce à quoi doit en réalité ressembler un conseil d'administration quand j'en lis les rapports surréalistes proposés par ce comité de parents et qui sont pourtant censés présenter les choses à leur avantage.


 

II – Fous tes œillères (le parent humaniste)


  Mais au delà de cette situation rocambolesque qui montre comment on a confié un énorme pouvoir de nuisance à finalement très peu de gens, je tiens surtout à vous parler de ce qui vient d'arriver à une collègue enseignant le français en classe de sixième. Et pour ce faire, je lui laisse la parole :


« Une jeune collègue a bâti une séquence sur la Bible (travail remarquable !) et nous avons décidé de la mener ensemble dans nos classes de 6ème. Nous avons demandé aux élèves d'acheter la collection Bibliocollège, adaptée à leur niveau et c'est alors que les problèmes ont doucement commencé : remarques d'élèves d'abord (papa et maman ne veulent pas acheter ce livre, sont contre votre demande...), mots dans le carnet de liaison ensuite, coups de fil interminables le mercredi après-midi. Bref, j'ai bien senti que je m'aventurais sur un terrain glissant mais je me suis réfugiée derrière le B.O. et les programmes, disant que je ne faisais pas d'instruction religieuse, que cela faisait partie de notre patrimoine culturel et qu'étant un agent de l'État, je ne faisais que mon devoir.

  Dans la classe de ma collègue, un parent est allé plus loin et a téléphoné au Rectorat plusieurs fois, à la suite de quoi le Principal nous a convoquées toutes les deux en nous informant que l'inspecteur d'académie l'avait instamment prié de nous faire renoncer à notre séquence et de passer à autre chose car il ne voulait pas « faire de vagues » (sic) et ne voulait plus entendre parler de nous. J'imagine que ce parent a dû être particulièrement pénible (peut-être influent ?) et qu'il a dû exercer une certaine pression car quelques jours plus tard, le Principal est venu me voir dans ma classe (un peu gêné certes) me demandant de tout arrêter et de faire autre chose. Par chance, je corrigeais une évaluation et n'avais pas commencé la séquence. Les élèves avaient tout de même la Bible sur la table !
 Ma collègue avait de son côté envoyé un mail à l'IPR5 mais elle était débordée, ne nous a pas répondu assez vite et le temps qu'elle nous accorde son soutien, il était trop tard. L'affaire était close...
 À cela s'est ajoutée l'injonction de l'inspecteur de ne pas faire acheter de livres aux élèves. Le problème est que nous n'avons que très peu de séries, un nombre d'exemplaires insuffisant, et que nous n'avons pas non plus le droit de photocopier les oeuvres intégrales. Dans ce cas, je me demande comment travailler correctement ? Et comment travailler tout court !
 Bref, beaucoup d'énergie gaspillée, beaucoup de stress et la victoire stupide des parents... »

 

  En résumé : un professeur de Français fait acheter un livre6 (honte à lui !) pour traiter un point du programme7 ; quelques parents rouspètent, et finalement l'inspecteur d'académie leur donne raison au mépris des programmes. La Bible, mince ! L'une des deux mamelles de la culture occidentale (l'autre étant la culture gréco-latine), indispensable pour comprendre notre peinture, notre littérature, notre musique, nos symboles. Et c'est un agnostique qui vous le dit. Alors, si demain les parents trouvent que L'Odyssée c'est trop violent, que Le Petit Chaperon Rouge c'est trop triste, que les Fables de La Fontaine c'est trop cruel, on s'aplatira et on leur demandera pardon d'avoir osé penser qu'on pouvait traiter ces œuvres en classe, avant de retourner à des œuvres sans mort, sans sexe, sans références religieuses, sans violence, sans larmes, sans quoi que ce soit qui pourrait déplaire au premier venu ? En fait, la nouvelle traduction du Club des Cinq a de l'avenir, si on va par là…


 


1. Notamment depuis la Loi « Jospin » d'orientation sur l'éducation et son article 11 :  « Les parents d’élèves sont membres de la communauté éducative. Leur participation à la vie scolaire et le dialogue avec les enseignants et les autres personnels sont assurés dans chaque école et dans chaque établissement. Les parents d’élèves participent par leurs représentants aux conseils d’école, aux conseils d’administration des établissements scolaires et aux conseils de classe. […] L’État apporte une aide à la formation des représentants des parents d’élèves appartenant à des fédérations de parents d’élèves représentées au Conseil supérieur de l’éducation. »

 

2. Attention les yeux : site web 2.0 0.2 !

 

3. Via la DHG, Dotation Horaire Globale, véritable peau de chagrin.

 

4. Si si ! Je vous jure !

 

5. Inspecteur Pédagogique Régional

 

6. 2,81 euros sur un célèbre site, frais de port inclus.

 

7. « Textes de l’Antiquité : Le professeur fait lire des extraits choisis parmi les œuvres suivantes : - Le Récit de Gilgamesh*; - La Bible*, […] »

 

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commentaires

jph 27/02/2012 12:04

« L’homme occidental ne croit plus à rien, sinon qu’il pourra bientôt avoir un téléviseur haute définition ». De mémoire, il me semble que cette citation est de Michéa...

Par ailleurs, sur la première partie, autant il est déplorable de voir tant de parents qui se désintéressent de ce que font leur enfant à l'école, autant on peut s'interroger sur ces parents, qui,
parce qu’usagers, croient être des experts et savoir ce qui est bon pour leurs enfants, pour ceux des autres et pour la nation.
Régulièrement, les médias nous resservent les mêmes rengaines sur le poids des cartables, les rythmes scolaires et autres réformes de la réforme de la réforme.
Moi, je veux bien leur accorder presque tout ce qu'ils veulent, quoique, à condition que l'école soit redéfinie :
Est-ce une garderie pour futurs allocataires du RSA (si Bruxelles permet l'existence du RSA dans les années à venir) dans un monde de bisounours sans compétition et sans échec?
Ou est-ce un lieu de formation de futurs adultes capables de s'intégrer dans la société grâce à leurs connaissances, leur habitude à travailler et autres points qui font hurler les pédagogo
(lesquels en ont pourtant bien bénéficié en leur temps : "Malheur à vous, légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la science ! ").
Rêvons : si on organisait deux types d'écoles. Laissons les unes telles qu'elles sont, et donnons aux autres plus ou moins le fond et la forme de l'école d'avant Haby par exemple. Nous verrons bien
les résultats au bout de quelques temps.

Mais rien ne se fera car dans la démocratie actuelle, vous avez le droit d'être d'accord, guère plus.
J'aurai quantité de choses à ajouter, mais faute de temps de part et d'autres, moi pour écrire et vous pour lire ce qui d'ailleurs ne vous intéresserait peut-être pas, ne sachant pas comment vous
envoyer un dessin connu illustrant le rôle des parents, je me contente de cet extrait de carnet de liaison (dont j'ai une copie) :

"Je suis informée que la prof d'HIST-GEO est enceinte, et que cette année c'est cette matière qui sera susceptible de ne pas être assurée...
Après l'expérience avec Mme G je ne pensais pas que cette année, une de ses collègues prendrait la relève.
Je vous avoue que je suis assez remontée car j'entrevois déjà les mêmes problèmes de désorganisation. A moins que cette fois-ci les collègues assurent le remplacement dès le début de son absence,
en attendant que le remplaçant montre le bout de son nez...
Comment comptez-vous anticiper son absence ?
Et surtout pourquoi, avez-vous choisi la classe de mon fils (et de ses camarades) pour supporter encore l'absence d'une prof enceinte ?
Il faudrait sérieusement demander à instaurer un âge minimum de 40 ans pour les femmes pour commencer à enseigner !"

jph 27/02/2012 11:56

« L’homme occidental ne croit plus à rien, sinon qu’il pourra bientôt avoir un téléviseur haute définition ». De mémoire, il me semble que cette citation est de Michéa...

Par ailleurs, sur la première partie, autant il est déplorable de voir tant de parents qui se désintéressent de ce que font leur enfant à l'école, autant on peut s'interroger sur ces parents, qui,
parce qu’usagers, croient être des experts et savoir ce qui est bon pour leurs enfants, pour ceux des autres et pour la nation.
Régulièrement, les médias nous resservent les mêmes rengaines sur le poids des cartables, les rythmes scolaires et autres réformes de la réforme de la réforme.
Moi, je veux bien leur accorder presque tout ce qu'ils veulent, quoique, à condition que l'école soit redéfinie :
Est-ce une garderie pour futurs allocataires du RSA (si Bruxelles permet l'existence du RSA dans les années à venir) dans un monde de bisounours sans compétition et sans échec?
Ou est-ce un lieu de formation de futurs adultes capables de s'intégrer dans la société grâce à leurs connaissances, leur habitude à travailler et autres points qui font hurler les pédagogo
(lesquels en ont pourtant bien bénéficié en leur temps : "Malheur à vous, légistes, parce que vous avez enlevé la clef de la science ! ").
Rêvons : si on organisait deux types d'écoles. Laissons les unes telles qu'elles sont, et donnons aux autres plus ou moins le fond et la forme de l'école d'avant Haby par exemple. Nous verrons bien
les résultats au bout de quelques temps.

Mais rien ne se fera car dans la démocratie actuelle, vous avez le droit d'être d'accord, guère plus.
J'aurai quantité de choses à ajouter, mais faute de temps de part et d'autres, moi pour écrire et vous pour lire ce qui d'ailleurs ne vous intéresserait peut-être pas, ne sachant pas comment vous
envoyer un dessin connu illustrant le rôle des parents, je me contente de cet extrait de carnet de liaison (dont j'ai une copie) :

"Je suis informée que la prof d'HIST-GEO est enceinte, et que cette année c'est cette matière qui sera susceptible de ne pas être assurée...
Après l'expérience avec Mme G je ne pensais pas que cette année, une de ses collègues prendrait la relève.
Je vous avoue que je suis assez remontée car j'entrevois déjà les mêmes problèmes de désorganisation. A moins que cette fois-ci les collègues assurent le remplacement dès le début de son absence,
en attendant que le remplaçant montre le bout de son nez...
Comment comptez-vous anticiper son absence ?
Et surtout pourquoi, avez-vous choisi la classe de mon fils (et de ses camarades) pour supporter encore l'absence d'une prof enceinte ?
Il faudrait sérieusement demander à instaurer un âge minimum de 40 ans pour les femmes pour commencer à enseigner !"

Dame 26/02/2012 09:22

Coucou... je ne commente pas souvent. Je me sens un peu "dépassée" par toutes les méthodes modernes, mais ceci ne m'empêche pas de m'intéresser aux nouvelles pédagogies.

Je trouve que vous tous, jeunes professeurs êtes très courageux non seulement pour supporter ces chers bambins sans éducation (surtout dans le cadre familial), mais les parents.
Je trouve excellente cette idée d'introduire des passages de la bible.. La bible fait partie de notre culture à TOUS. Les trois religions monothéistes évoquent Adam et Eve, l'archange Gabriel...
etc. N'est-ce pas une bonne introduction pour les parents récalcitrants qui pratiquent chez eux le ramadan ou font Chabbat le samedi.

Vacataiireuh 20/02/2012 17:52

Je ne sais pas si ce témoignage apportera de l'eau à votre moulin mais...

En réunion parent-prof, j'ai reçu une critique de la part d'une maman: les élèves travaillaient sur un tableau d'annonciation à transformer.... Elle trouvait cela choquant...

Alors qu'il n'était pas question d'enseigner ni de travailler sur le passage religieux en question, mais simplement sur l'image...

J'avoue que moi, j'en menais pas large.

Celeborn 20/02/2012 17:03

Le souci, Chardon, est qu'on lui en accorde beaucoup, d'influence, en termes de représentation dans toutes les instances de l'établissement.

Pour le reste, le « pas de vagues » est une politique souvent menée, les chefs d'établissement étant eux-mêmes fortement incités à faire en sorte que l'image extérieure soit sans tache, que la
communication institutionnelle ne soit pas grippée, et tant pis parfois pour la réalité dans les classes et dans le dit établissement.

Il ne s'agit pas de taper sur les parents, une fois encore, mais leurs association ont fait un lobbying qui allait dans le sens du vent, des idées à la mode, et nous en subissons les conséquences
au quotidien. À tel point que l'on en vient à appeler « passage en force » le simple fait de suivre le programme alors que QUELQUES parents sont mécontents et que L'UN D'ENTRE EUX a fait du foin.
Je complète la citation fort justement introduite par Patrice dans son message : « est bien fou du cerveau / Qui prétend contenter tout le monde et son père. »

Devoir en recourir au contournement habile pour juste faire son travail est déjà une preuve de faiblesse et d'impuissance de la part de l'Institution, en fait.

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