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15 janvier 2011 6 15 /01 /janvier /2011 20:48

 Bleu-Foncé      

 

Par Ataraxia      

 

 

  Je suis professeur stagiaire en anglais dans l’académie de Lille, et pour moi, l’année se passe bien. J’ai une tutrice formidable dans le même établissement que moi, avec qui je prépare les séquences de 2 niveaux sur les 4 à qui j’enseigne. C’est certes contraire aux textes, mais je m’en sors plutôt bien, même avec 4 niveaux. Il faut certes prendre en considération le fait que cela fait maintenant quatre ans que j’enseigne, et que j’ai un master en didactique1 des langues (je sais ce que vous pensez des sciences de l’éducation, mais je pense que la didactique, nécessairement disciplinaire, donne un éclairage particulièrement intéressant à ce que l’on fait en salle de classe). Tous les stagiaires ne sont pas dépressifs et en grande détresse. C’est un discours que l’on entend partout et qui peut être usant à force de ne présenter qu’une face de la réalité. Je ne nie pas que certaines personnes soient en difficulté et trouvent cette année difficile, et je ne cache pas que j’apprécierais avoir moins d’heures de cours par semaine, cela me permettrait peut-être de pouvoir profiter d’un vrai week-end de temps à autre et de vraies vacances, mais nous sommes de nombreux stagiaires à être particulièrement agacés de la volonté de l’ensemble des personnes qui nous entourent à nous créer des difficultés qui n’existent que dans leur imagination : à toutes les formations, on nous demande sur tous les tons si nous sommes en difficulté, et il semblerait qu’on ne soit pas satisfait si personne ne l’est. Cela devient particulièrement lassant !

 

 

  D’un autre côté, les attaques sur les « formations » me paraissent justifiées. Nous avons commencé notre année de formation fin août en rencontrant Madame le recteur, qui nous a tenu un discours particulièrement absurde, selon lequel l’important pour elle était la continuité de l’enseignement pour les élèves, alors qu’elle venait de nous exposer le déroulement de l’année sur l’académie, qui voyait une alternance entre stagiaire et TZR jusqu’aux vacances de la Toussaint (j’ai bénéficié de l’ « aide » d’une vacataire2 désagréable et qui a cherché à miner mon autorité avec mes classes), stagiaire seul devant les classes ensuite, puis stagiaire en formation pendant trois semaines en mars et avril avec un remplacement dont les conditions ne sont toujours pas connues à ce jour. On peut tout de même faire mieux pour assurer la continuité de l’enseignement pour les élèves. Au vu de la fronde des stagiaires, la réponse de Madame le recteur a été de parler de la revalorisation des salaires. Arrive la semaine de formation massée3 l’avant-dernière semaine avant les vacances de la Toussaint – on fait mieux également au niveau calendrier - qui oscille entre formation disciplinaire intéressante, bien que tardive (comment construire une séquence ? comment mener un exercice d’écoute et de compréhension ? …) et formation ubuesque : si on vise un niveau plus élevé dans une évaluation que le niveau exigible dans cette classe là à ce moment-là de l’année, il faut accorder aux élèves 20/20 s’ils ont tout bon sur les seules questions correspondant au niveau exigible de cette classe dans les programmes, même si ces questions ne représentent qu’un tiers de l’évaluation globale : ou comment mentir aux élèves et faire en sorte d’abaisser le niveau. Viennent enfin les mercredi de formation, le mercredi étant mon seul jour de repos (= jour de préparation de cours), je ne suis pas particulièrement enthousiaste à l’idée d’y aller, et lorsqu’une « prof de maternelle », telle qu’elle se définit elle-même, nous prend, nous professeurs stagiaires, pour des élèves de maternelle pendant une journée entière (« Il faut s’écouter et surtout ne pas passer à l’acte », nous avions effectivement bien sûr très envie de nous taper dessus !), nous en sommes estomaqués et consternés, d’autant que son français écrit était particulièrement approximatif (‘Il faudras avoir fais’ écrit au tableau), ce qui a été constaté de nouveau dans les documents qu’elle nous a envoyés. Nous nous sommes sentis insultés et dévalorisés, puis menacés lorsqu’on nous a dit que nous pouvions partir si nous le souhaitions mais que nous perdrions de ce fait une journée de salaire. Nous aurons des mercredi de pseudo-formation jusqu'à la prochaine formation massée, en mars et avril, où nous aborderons de façon plus approfondie des questions comme l’évaluation des élèves et l’utilisation des différents supports dans un cours de langue (il est bien temps !).

 

 

  Je répète que je suis contente de mon travail et que je ne me considère pas en difficulté, mais la journée a été dure : j’ai corrigé aujourd’hui ce que j’avais donné en évaluation pour la première fois en 4ème, à savoir une évaluation de la compréhension d’un texte écrit, les élèves devaient donc répondre en français, et même dans les copies de mes bons élèves, j’ai vu des phrases de ce type : « c’est parents la laissé faire » pour « ses parents l’ont laissée faire », « Se père », « sa va », … et je me demande quoi faire : comment faire comprendre à un élève qu’il doit accorder sujet et verbe en anglais s’il ne le fait même pas en français ? Je me demandai comment faire pour aider l’un de mes élèves de 4ème qui ne sait pas lire, mais je ne me rendais pas compte que le niveau était si faible pour tout le monde, et ça, c’est dur.

 

 

 


1. La didactique décrit et élabore les conditions de passage du savoir universitaire (celui que connaît le professeur) au savoir scolaire (celui que peut et doit recevoir l'élève). À mon sens, on a commis beaucoup de mal en son nom. Cela n'empêche pas  qu'une réflexion intelligente sur le sujet soit nécessaire. Le fait qu'Ataraxia en parle sur un plan nécessairement disciplinaire pourrait même me réconcilier avec la chose, si je n'y prenais garde.

 

2. À l'Éduc'Nat', un vacataire est une personne que l'on va recruter pour enseigner alors qu'elle n'a pas le concours. Quand tous les TZR (Titulaires remplaçants, qui eux ont le concours) sont pris — ce qui arrive rapidement en ce moment avec les suppressions de poste — on fait appel à eux. C'est un statut ultra-précaire, et rien ne garantit la « qualité » de l'enseignant ainsi recruté (ce qui n'empêche pas qu'il puisse être bon, évidemment).

 

3. Point de masseur hélas dans une « formation massée » (de même qu'on ne trouve pas de couturière pour assurer les « formations filées », ni de couvreur pour vous aider à pratiquer le « tuilage »  — le vocabulaire de cette réforme est vraiment fascinant…). Pour faire simple, la formation massée est une (courte) période durant laquelle les stagiaires n'assurent pas leurs cours et vont écouter ce qu'ont à leur dire des tas de gens qui, ils l'espèrent, leur apprendront quelque chose. Ce n'est hélas pas toujours le cas. Pendant ce temps-là, les stagiaires sont remplacés dans leurs classes par ce qu'on a sous la main au rectorat. Dont éventuellement les vacataires cités juste au-dessus.

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commentaires

Nicolas 18/01/2011 18:54


Bonjour,
Je me permet de rebondir sur le message de Falcibol en vous livrant une réflexion que je me suis fais en lisant les témoignages publiés.

En faisant abstraction de la récente réforme en question, dans n'importe quel activité professionnelle qui confère des responsabilités, dans laquelle il faut prendre des décisions et ou l'on est
livré à soi même (devant des élèves, un patient, une maison en construction, une chaine de production, ...), les premiers temps sont extrêmement difficiles. Un profond découragement peut nous
gagner devant la rudesse de la tache. Et cela passe, avec le temps et l'expérience.
Bon courage à tous et à toutes.


Falcibol 18/01/2011 16:48


Quant à la nullité de l'expression écrite, disons mieux : à l'illettrisme galopant, on le constate aussi bien à l'université qu'au collège.


Falcibol 18/01/2011 16:46


Bonjour à tous,
Je suis très heureux de lire ici le commentaire d'Ataraxia qui équilibre le tableau. Je voudrais apporter mon point de vue, qui est celui d'un témoin attentif de ces problèmes. J'ai été jusqu'à
l'an dernier au jury du capes d'histoire-géo, je prépare aux concours, je suis mes anciens étudiants pendant leur stage, j'ai donc plusieurs exemples en tête. Je voudrais dire deux choses :

1°) Cette réforme est proprement DINGUE, injustifiable à tout points de vue, elle a beaucoup augmenté la difficulté des débuts dans le métier. C'est une chose entendue, et c'est un ancien électeur
de Sarko qui parle (on ne m'y reprendra pas d'ailleurs).

2°) Mais en même temps, je voudrais dire spécifiquement aux stagiaires qui rament, et qui sont complètement découragés, et qui se remettent profondément en cause, qu'il est normal que les débuts
soient difficiles, qu'il est normal que les problèmes de discipline soient ceux qu'on rencontre en premier, ET QUE, LE PLUS SOUVENT, CELA S'ARRANGE AU BOUT DE DEUX OU TROIS ANS. Si j'en juge par
mon petit point de vue sur le champ de bataille, je dirais que sur cinq stagiaires il y en a quatre qui se débarrasseront plus ou moins vite (selon leurs premières affectations) des principaux
problèmes de discipline et un cinquième qui n'est peut-être pas vraiment fait pour ce métier.

Je dis cela pour rassurer les quatre premiers. Mon point de vue est discutable bien sûr, mais l'exemple d'Ataraxia va dans mon sens : l'expérience est vraiment importante.


Marion 17/01/2011 13:18


Quelque soit le témoignage proposé ; ce qui est affligeant, c'est le très faible niveau de l'expression écrite, des élèves et de certains professeurs - comme ce "prof. de maternelle" - dont parle
Ataraxia. De ce point de vue c'est consternant.
De toutes façons : longue vie aux optimistes et courage pour les autres.
Merci de vos contributions éclairantes.
Marion... ni stagiaire


La souris 16/01/2011 19:25


La PetiteMu: ce n'était pas le cas à l'époque...


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