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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 11:11

  vocation

  Désolé pour l'interruption du son et de l'image de ces dernières semaines, mais rassurez-vous, le blog repart !

 

  Comment, d'ailleurs, aurait-il pu ne pas repartir suite à notre réunion d'hier sur — vous l'attendiez tous — le Socle Commun de Connaissances et de Compétences (S3C) !!!

« M'sieur ! m'sieur ! Je peux distribuer les pop corns ? »
Faites, Covielle.


  Hélas, cher public, vous n'aurez pas droit aujourd'hui à mon célèbre numéro de démolissage du S3C : les acteurs sont fatigués...

« Ohhhh ! (cri de dépit) »

  Bon allez, juste un pour la route, alors. Dans le fort beau pavé document qui nous a été distribué hier soir afin de mieux comprendre le fonctionnement du S3C afn d'élaborer la mise en place de cet nouvelle pédagogie qui doit s'appréhender comme un carrefour civique au service d'un travail d'ouverture sur le monde de l'établissement scolaire conçu comme lieu de vie, nous relèverons que pour valider la deuxième sous-compétence du septième pilier (« Être capable de mobiliser ses ressources intellectuelles et physiques dans diverses situations »... voilà une compétence bien pécise !), l'élève doit (cela allait de soi) savoir s'autoévaluer. Et afin que nous puissions, enseignants socleux, évaluer son autoévaluation (ça va, je n'ai perdu personne ?), on nous propose l'indication suivante :

« Plus que son contenu, c'est la démarche d'autoévaluation qu'il convient de vérifier si elle est en place » (sic)

  Une formidable adéquation de la forme au fond : à syntaxe défaillante (c'est pourtant extrait d'un fort sérieux document officiel de la dgesco, direction générale de je-sais-pas-quoi, donc du ministère, en fait), idée à la con : si la démarche est là mais que le contenu est joyeusement erroné, tout va bien ! Et avec ça, je vous mets aussi un arc-en-ciel, quelques oiseaux qui chantent et des enfants qui se tiennent la main pour  former la ronde du bonheur ?



  Mais je m'éloigne de mon sujet initial. Faisons donc un flash-back une analepse : il est 17h, nous sommes dans la salle de réunion, notre principale-adjointe est en train de nous expliquer qu' « on ne peut plus enseigner aujourd'hui comme il y a dix ans », que « le professeur qui fait cours devant la classe pour transmettre son savoir, ce n'est plus possible », et donc, en gros, que l'enseignement par compétences est le nouveau « défi » à relever.
  Nous bougonnons (enfin, moi, je gueule ^^) qu'on bosse déjà énormément, et que là, on est en train de nous demander un travail pharaonique dont — formulation polie — nous ne voyons pas l'intérêt pour les élèves (il me semble me souvenir qu'à d'aures moments, j'ai été moins poli, hem...). Et là, notre principale-adjointe (au demeurant une personne charmante, sympathique, franche du collier dans le débat et très douée pour faire les emplois du temps) sort ses deux jokers d'un seul coup d'un seul : c'est dans l'intérêt des élèves, et ce travail ne doit pas vous faire peur, car, considère-t-elle (en prof qu'elle est, d'ailleurs), être enseignant, c'est avoir la... la.... la...

VOCATION. 


(Petit rappel : pour contrer le joker des profs (« ma liberté pédagogiqueuuuuh !!! »), notre administration, nos inspecteurs et tout le toutim disposent de  deux jokers pour faire culpabiliser l'enseigant et lui imposer tout et n'importe quoi ramener l'enseignant à la raison : « l'intérêt des élèves », classique inoxydable qui fait toujours ses preuves, et « la vocation », d'emploi plus ardu mais d'une efficacité parfois supérieure pour qui est suffisamment psychologue pour savoir que chez certains, c'est cette corde-là qu'il faut faire vibrer.)

  Le mot est lâché, le champ lexical de la religion déclôturé, nous sommes passés du métier à la vocation.

  Alors je tiens à dire ceci : enseignant, c'est un métier. Il est régi par des textes (dont nous avons d'ailleurs parlé lors de cette réunion primesautière), qui s'appliquent à tous ceux qui ont embrassé cette carrière. 
  Une vocation est une chose intime, qui peut d'ailleurs apparaître ou disparaître, s'intensifier ou s'affaiblir, et qui est du domaine de la croyance personnelle. Pas de la profession.
  Je ne demande pas à mon coiffeur, à mon banquier, à mon boulanger, à un ami chef d'entreprise, s'ils ont la vocation. Je ne m'en sers pas comme argument afin de leur faire faire ce que je veux. Même au prêtre que je n'ai pas, je ne demanderais pas s'il a la vocation. Je pense qu'on peut être un excellent prêtre sans avoir la vocation.

  Je pense de même qu'on peut être un excellent enseignant sans avoir la vocation. Je pense de toute façon que chez tous ceux qui disent avoir "la vocation", le mot recouvre des pensées, des visions, des valeurs très différentes d'une personne à l'autre. 

  Si l'on me posait la question, aujourd'hui, oui, je répondrais : je pense avoir la vocation. Cela ne veux pas dire que je l'aurai demain, ou que je l'aurais si j'enseignais dans une zep violence. J'ai une vocation du lieu et du moment. 

  Et c'est justement MA vocation qui fait que je ne me laisserai pas faire. Car une vocation va avec une croyance, une croyance personnelle dont on essaye de voir si elle est juste et si elle est bonne, qui sous-tend ma façon de faire, ma façon d'enseigner, et les valeurs que je mets dans mon enseignement. 

  Alors en appeler à MA vocation afin qu'elle lutte contre elle-même, c'est une monstruosité logique. Dire à un enseignant qu'au nom de ses valeurs, il doit détruire ses valeurs, c'est aberrant. 

  Ma vocation emmerde les nouvelles pédagogies : elle achète des vieilles grammaires et fait de l'analyse logique. Ma vocation jette à la poubelle toute une partie de la littérature de jeunesse et fait lire Le Roman de Tristan et Iseut. Ma vocation étouffe en salle informatique ; elle dépérit lors des animations citoyennes. La voilà, ma vocation. Et ma vocation est comme une belle plante : plus on la couvre de fumier pédagogiste, plus elle croît. 

  



Jeu débile : une phrase fabriquée par le Générateur de Vérités Néo-Pédagogiques Définitives s'est malicieusement dissimulée dans cet article, la coquine. Sauras-tu la retrouver ?

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commentaires

G 16/01/2010 11:16


Moi, moi, M'sieur ! J'ai trouvé !!!

L'extrait qui vient du générateur se trouve dans l'extrait suivant :

"Cette nouvelle pédagogie qui doit s'appréhender comme un carrefour civique au service d'un travail d'ouverture sur le monde de l'établissement scolaire conçu comme lieu de vie"

J'peux avoir un point d'oral ?


Celeborn 15/01/2010 09:50


Merci à tous pour vos commentaires. Romaric, j'espère que ça ne se passe pas SI mal que ça dans ta zep de la mort.
Et oui, heureusement qu'on a de l'humour... Car on en a sacrément besoin avec toutes les couleuvres qu'on veut nous faire avaler.


Patrice 14/01/2010 22:10


Merci pour eux, Aude... Tous ceux qui ont la foi (et souvent l'espérance. On me souffle même que certains réussissent à avoir l'amour!)


aude 14/01/2010 12:06


Je ne suis pas enseignante mais je trouve qu'il faut avoir un sacré courage, un sacré sang-froid et parfois même une sacrée dose d'humour pour l'être. Je trouve honteux que les enseignants ne
soient pas mieux payés quand je vois ce qu'on vous impose (de nouvelles géniales nouvelles méthodes pondues dans un bureau par je ne sais qui). Vocation? Il en faut peut être un peu. Mais j'ai
l'impression qu'il faut surtout avoir la foi pour continuer à y croire encore et à avoir encore envie de passer la porte de la salle de classe tous les matins... Un seul mot...Bravo


romaric 14/01/2010 07:51


la vocation ça va ça vient surtout en établissement difficile, c'est sur qu'en ZEP.....violence et tout et tout accroche toi pour faire de l'élève un élément moteur du cours. Il doit tout trouver
c'est lui qui fait le cours, si c'est comme cela les capacités et les compétences ne sont pas prètes d'être validées.


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