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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 20:09

alchimie

 


  Il en va d'une classe comme d'une recette de cuisine : si la qualité des ingrédients est très importante, il vaut parfois mieux bien marier des smarties et du quatre-quart industriel que des truffes et du foie-gras. C'est ainsi que vous ne comprenez pas comment tous ces élèves en or font, une fois assemblés, un gros tas de boue (pour rester poli) ; alors que ces énergumènes à la tête dure comme du bois font, agrégés, un joli chalet de montagne (oui, ma métaphore est elle aussi un gros tas de boue, je sais !).

  Cette opération mervilleuse (et parfois effrayante) porte un nom : l'esprit de classe. Et ne croyez pas que vous y êtes extérieur, cher collègue : vous aussi êtes intus, et in cute, entre les murs : l'enseignant n'échappe pas à l'esprit de classe : il en est une composante essentielle.

  Il est des classes que l'on adore, d'autres que l'on déteste. D'autres que l'on oublie. Je me souviendrai sans nulle doute longtemps de ma 6e mimi. Pas forcément plus douée qu'une autre (bon, un peu quand même...),  pas moins lotie en "cas" (dyslexiques, autiste même). Mais une ambiance, une gentillesse, un lien qui nous ont fait passer une année géniale. 

  Je n'oublierai pas non plus mes 5e salon-des-précieuses de cette  année. Tout semblait bien parti. Des élèves certes bavards, mais amusants, vifs, subtils même, intéressés et a priori intéressants. Je leur ai dit cette semaine qu'ils formaient la classe la + infecte que j'avais jamais vue. Menteurs, manipulateurs, revendicatifs, fraudeurs, inélégants, impolis : voilà ce que j'en pense aujour'hui.

  Parfois c'est moins net : vous aviez envie de tuer vos 3e voie-pro chaque lundi de 15 à 17, quand vous tentiez pendant deux heures en salle de techno, fers à souder aux murs et néon agonisant au plafond, d'évoquer La Bruyère ou Prévert ? ... Et voià que vous les regrettez. Car oui, en y repensant bien, vous avez passé une année formidable. Vous sentiez qu'ils vous appréciaient, qu'ils cherchaient à créer des connivences, et surtout qu'ils vous faisaient confiance. Ce sont eux que vous encadriez et qui se sont impeccablement tenus au cinéma devant La Vie est belle de Benigni, tandis que les européennes jouaient à la game boy et que la 3e chiante faisait sa 3e chiante. Eux (enfin... elles) qui vous racontaient tout quand vous travailliez sur l'autobiographie, et pas par provoc', non, mais juste parce que c'était leur vie et parce que c'était le sujet. Eux qui vous charriaient sur vos amours (après tout, c'était de bonne guerre : vous les charriiez bien sur les leurs !). C'est dans cette classe qu'une élève avait apporté une quarantaine de crêpes en vue d'une séance "regardons un film car ce soir c'est les vacances". Dans cette classe qu'une autre élève, interrogée sur les raisons pour lesquelles un écrivain pouvait bien avoir envie de raconter sa vie à la con, a répondu "pour esayer de se souvenir de ce qu'il a vécu. Pour ne pas l'oublier". C'était un esprit de classe, turbulent, parfois presque ingérable, mais fondamentalement positif. 

  Car comme il y a une pulsion de vie et une pulsion de mort, comme il est des mayonnaises qui montent et des soufflés qui retombent (et des soufflets qui se perdent, aussi, surtout en 5e salon-des-précieuses), il est des classes qui prennent et des classes qui font des grumeaux (je vais arreter les métaphores, moi, je crois....).

  Comme dit plus haut : l'enseignant n'y est pas pour rien. Vous êtes léger, frivole, amoureux ou plus amoureux ? La classe vous semble plus belle et le devient réellement. Vous êtes malheureux pour de vrai : tout vous énerve, et peut-être énervez-vous tout le monde. Il est des années bénites, ou aucune classe ne vous est insupportable ; et (hélas) des années maudites, où vous rêvez d'un fusil à pompe et d'un stock illimité de cartouches pour chasser le gros gibier.

« M'sieur ! M'sieur ! C'est moi, le gros gibier ? »
Oui, Brindavoine. D'ailleurs, si vous pouviez avoir l'amabilité de ne plus bouger, je vous promets de vous rajouter un point à votre prochain devoir...



  Il y a enfin les classes que vous alpaguez, et celles que vous laissez filer. La 5e salon-des-précieuses me coule-t-elle entre les doigts ? Peu importe : l'année dernière, la 5e bruits-d'animaux a fini par me manger dans la main. Voilà ce qui arrive à force d'imiter les animaux de la ferme !

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commentaires

jugurta 07/02/2010 14:00


Toujours aussi drôle et intéressant :)


Delphine 07/02/2010 13:28


Toute ressemblance avec une 5ème4 n'est pas du tout un hasard.
Remarque mes 5ème2, avec les trois pestouilles, on va finir par ne plus les supporter!


Gryphe 07/02/2010 13:17


Voilà. C'est exactement ça. C'est si bien décrit.

Allez, on les aime bien quand même, ces ados en crise, euh, -ces apprenants.

Là preuve, des années après, on s'en souvient encore tout attendri, et ils font les délices de nos conversations, même hors-les-murs.


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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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