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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 11:45

labyrinthe

 

 

  Je n'avais pourtant pas la tête de l'emploi...


  Chez moi, le syndicalisme a toujours été quelque chose d'étranger. Partisan d'une certaine philosophie de l'individualisme où l'on compte sur ses convictions et sa force de conviction, sa diplomatie, ses qualités oratoires propres, son bon sens et celui de l'interlocuteur, je n'ai jamais envisagé un seul instant de me syndiquer lors de mon entrée dans le métier. D'autant que bon, toutes ces histoires d'orientation politique, très peu pour moi : je suis un bobo d'aujourd'hui, qui vote où il veut, selon des critères au mieux impressionnistes, et ne rentre dans une case que pour en ressortir aussitôt afin d'aller voir si l'herbe est aussi peu verte ailleurs. Le dilettantisme est un humanisme. Et n'oublions pas que nous parlons du syndicalisme français, et plus précisément du syndicalisme français de l'Education Nationale, qui, vu de loin et même de près, ne donne pas franchement envie de s'engager, empêtré qu'il est dans ses dissensions, ses lourdeurs, ses contradictions, ses idéologies et son manque général d'efficacité.


  Que s'est-il donc passé ? Simplement, j'ai constaté les dégâts. La lourdeur du syndicalisme n'est rien face à celle de l'institution, si l'on s'amuse à comparer. Moi qui me disait que professeur était un métier intellectuel, demandant des qualités de réflexion, de pondération, d'argumentation ; moi qui me voyais expliquant les bienfaits de ma pédagogie à mes chefs divers et variés au cours de pince-fesses cordiaux, je voyais soudain l'autre côté du miroir — qui était en fait la seule réalité... Mon avis, on s'en battait les gonades avec une porte-fenêtre.

  En revanche, on attendait de moi l'attitude du bon petit soldat obéissant, exécutant, pas rebelle pour un sou, et sommé d'exécuter tout et de préférence n'importe quoi sous le fallacieux prétexte qu'un fonctionnaire, ça ne doit faire que fonctionner. Ajoutez une dose de réprimandes gratuites, un zest de débilités pédagogiques inspectoriales, un chouïa de réunionnite et une pincée de cyclothymie administrative, mélangez, faites cuire à feu vif, et l'on obtient immanquablement le même résultat : je deviens insupportable, critique et gueulard.


« Alors que vous êtes quelqu'un de pourtant tellement drôle et sympathique, monsieur ! »

Merci, Clitandre. N'espérez toutefois pas que je vous rajoute un point à votre moyenne sous prétexte que vous savez bien lécher les bottes, hein...


  Or pour gueuler, pour marquer son désaccord, il n'est pas bien efficace d'être seul, et il est fort dangereux de n'être pas accompagné. 

  Bien entendu, si vos collègues sont globalement du même avis que vous, on peut se dire que tout va bien. Je n'en crois rien. Nous sommes tous soumis aux mêmes pressions, aux mêmes injonctions, et finalement, si nous sommes plusieurs, nous sommes quand même seuls dans notre établissement.

  À partir de là, du moment que j'étais devenu "celui qui gueule", c'est-à-dire l'équivalent d'un délégué syndical, il m'a semblé judicieux d'en avoir les avantages, i.e. de ne plus être seul, mais accompagné d'une véritable organisation.


  Le sujet de ce court billet n'est pas de faire un comparatif des syndicats de l'Éducation Nationale : ce serait long, compliqué et très polémique, bien entendu. Signalons juste que j'ai rejoint le SNALC, qui me correspond ma foi assez bien.

  Eh bien ce fut une vraie surprise : le syndicalisme, c'est passionnant. C'est un espace de discussion riche entre personnes avec lesquelles on partage certaines valeurs, ce qui évite d'avoir à tout recommencer depuis le début dès qu'on veut parler boutique. C'est le plaisir de se réunir de façon volontaire pour parler des problèmes qui nous concernent, enrichir mutuellement notre pensée et envisager des moyens d'actions aussi bien visibles (vous savez : les grèves !) qu'invisibles (quelles propositions fait-on sur ces projets de programme ? Que va-t-on dire au ministère ?). Et quand bien même on n'est pas vraiment écouté, parfois, on a la bonne surprise de voir, au détour de telle phrase de tel programme qui nous sied tout particulièrement, qu'on n'a pas été complètement inutile.


  Lors d'une réunion syndicale, hier, je me suis rendu compte que je me sentais à ma place. Rien que pour cela, je vais continuer. On veut faire de moi un pion ? Qu'on ne compte pas sur moi pour me rendre sans combattre, alors : un pion qui se déplace bien peut mettre en échec un roi ou une reine qui a manœuvré comme une cruche. Surtout s'il n'est pas seul. Mais bon, rassurez-vous, cher collègue : ce n'est pas encore demain que je chanterai L'Internationale à tue-tête. Le syndicalisme n'a aucun cas modifié ma personnalité : il lui a juste donné d'autres moyens d'action.


 

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commentaires

Celeborn 14/05/2010 01:00


Cher vice-président, je suis sûr que cela se fera. Il est possible de m'envoyer un e-mail via ce blog, si je ne m'abuse, d'ailleurs. N'hésitez pas à recourir à ce moyen !


Mougin 13/05/2010 17:44


Un peu par hasard, je vous découvre. La Toile a l'art des réseaux imprévus, comme en elle- même et ainsi qu'autrefois nous feuilletions les dictionnaires, et trouvions ce que nous n'avions pas
quêter.
Je suis vice président du S.NA.L.C. Point n'est besoin de plus vous en dire, sinon que souhaiter vous connaître.
Albert- Jean Mougin


Dante Pombo 12/05/2010 10:55


J'ai oublié de préciser que je suis également au Snalc depuis bien des années, le seul syndicat à pourfendre sans complexe les dérives pédagogistes que subissent les élèves et les professeurs.


Dante Pombo 12/05/2010 10:51


Je ne connaissais pas votre blog, je l'ai découvert grâce à un lien de Natacha Polony. Bravo, c'est plein d'esprit, mordant et ... réaliste. Je viens de lire un mémoire d'une jeune collègue
stagiaire reprenant partiellement des propos qui lui sont tenus en IUFM sur la pédagogie de l'engagement et la nécessité, pour les élèves, d'apprendre auprès de leurs camarades et non auprès de
leur professeur. Le désastre n'est pas pour demain, nous y sommes.


Celeborn 07/05/2010 22:41


Merci pour vos encouragements !


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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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