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30 octobre 2010 6 30 /10 /octobre /2010 08:09

terrier

 

 

  Que font donc les élèves du collège Jean-Baptiste Poquelin quand ils débarquent tout frais émoulus du primaire et qu'ils ont le malheur de rencontrer votre hôte ? Comme promis à une adorable lectrice, voici un premier article sur ce que j'aime faire et voir en classe.

 

  La Sixième, c'est le niveau béni. Les élèves y sont encore des enfants, des vrais (ou presque). Ils frissonnent quand on prend la voix du grand méchant loup, font les dégoûtés quand Ulysse massacre les prétendants, applaudissent spontanément le camarade qui vient de passer en récitation. Ils ont toujours plein de questions, trois tonnes de remarques.

 

  Les sixièmes, ça demande souvent pas mal d'énergie, mais on ne rechigne pas à la fournir.

 

  Les sixièmes, ça salit ses doigts à une vitesse remarquable.

 

  Les sixièmes, ça a l'air plus petit que son cartable. D'ailleurs, plus les années passent, plus l'élève grandit, plus le sac rétrécit1.

 

  Les sixièmes, ça pose quatre fois la même question (remarquez, ça, même quand ils grandissent…).

 

  Les sixièmes, ça s'émerveille d'un rien. Oui, même d'une mouche. Oui, même de la pluie dehors. 

 

  Les sixièmes, ça demande s'il faut écrire en noir quand on écrit en noir au tableau, puis s'il faut écrire en rouge quand on écrit en rouge au tableau, puis s'il faut écrire en vert2

 

  Les sixièmes, ça a besoin d'une sacrée remise à niveau en grammaire.

 

  Les sixièmes, parfois, ça demande pour de vrai ce qu'il faut faire quand on est arrivé en bas de la feuille. Ça permet alors au prof de ressortir des toiles d'araignée de son cerveau des plaisanteries millénaires que les profs Cro-Magnons utilisaient déjà telles que « vous écrivez par-dessus ce que vous venez d'écrire » ou « vous continuez en écrivant sur la table, et, ce soir, vous la rapportez chez vous pour réviser »3.

 

  Les sixièmes, ça envisage sérieusement pendant une seconde complète le souci que ça va être de faire rentrer la table dans le bus scolaire.

 

  Les sixième, chez moi, ça croise Verlaine, Rimbaud, Charles d'Orléans, Homère, Ovide, Offenbach, Ulysse 31, La Fontaine, Gustave Doré, Andersen, Grimm, Perrault, Gustave Doré (bis), Molière, Jules Romains. Ça étudie L'Odyssée, ça lit tous les Contes de ma mère l'oye, ça connaît le mythe d'Orphée et les malheurs d'Arachné, ça récite « Le Loup et l'Agneau » et « Le Temps a laissé son manteau… », ça étudie le comique dans Le Médecin malgré lui. 

 

  Mais la moitié du temps (un peu plus, même, en fait), ça fait de la grammaire, de l'orthographe et de la conjugaison. Ça va m'apprendre les déterminants et les pronoms. Et la morphologie du passé simple. Et le complément d'objet direct. Et l'indirect. Et le circonstanciel. Et l'analyse grammaticale en écrivant à chaque fois en majuscules « NATURE : / GENRE : / NOMBRE : / FONCTION : ». Et le célèbre accord du participe passé. Et ça fera des dictées, sur lesquelles je m'arracherai les cheveux en corrigeant…

 

 

« Déjà que vous les perdez naturellement, m'sieur ! »

Arsinoé, je vous remercie…  

 

 

  À la fin de l'année, ils auront j'espère compris ce qu'est le merveilleux, l'influence de la culture gréco-romaine sur la nôtre, la fascinante complexité de la poésie versifiée et qui n'est jamais aussi belle que lorsqu'elle est bien corsetée, le génie de La Fontaine qui parle de tant de choses sérieuses et graves dans ses petites histoires si bien écrites, celui de Molière qui les fera, cette année encore, rire.  

 

  En résumé, comme l'ont fort bien chanté les Zrofs, le pays des sixièmes, c'est ça : 

 

 

 


1. À tel point qu'en troisième, le sac devenant parfois plus petit que le classeur, on se demande comment ils font…

 

2. Et je ne vous raconte pas l'horreur quand on est sur tableau noir, où la craie blanche représente le bleu et la craie jaune le noir… Là, certains sixièmes explosent en plein vol !

 

3. On me signale que l'écriture n'existait pas à l'époque des hommes de Cro-Magnon. Mais je maintiens ma plaisanterie tout de même.

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commentaires

Parent d'élève 16/02/2011 19:11


Bravo! bravo! bravo! elle est où votre 6 eme que je mette mes enfants en face d'un livre intelligent!!! Oui oui en 6eme c'est bien mais bon...


Libellune 22/12/2010 21:22


Je n'ai jamais eu de 6e, et je sais maintenant combien je suis heureuse de ne jamais en avoir eus !!!!
Moi qui travaille en lycée, je préfère ne pas "m'amuser" à être appelée "maîtresse", même si j'ai encore de grands dadais qui m'appellent "maman" ou qui me demandent en quelle couleur il faut
écrire !
A quand "bienvenue dans le monde des Secondes" ?
J'ai hâte de lire la suite !!!!

Merci mon lapin !


Celeborn 31/10/2010 16:35


Pas tous, Kevin, heureusement… mais je l'ai chaque année, oui !

Un jour, faudra que je fasse un répertoire de blagues de profs…

À bientôt !


Kevin 31/10/2010 14:20


Sans rire ils font encore le coup du tableau arrivés en sixième? Et le coup du bas de page?

Parce que la blague d'écrire sur la table je pratique régulièrement.

A bientôt sur ce blog ou un autre...


Celeborn 31/10/2010 11:44


Merci Carine !

Et je te souhaite la bienvenue dans mes commentaires !


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