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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 14:56

manoir

 

 

 

(Pour les sixièmes, l'entrée du terrier est par-ici !)

(Pour les cinquièmes, le pont-levis est par-là !)


  Que font donc les élèves du collège Jean-Baptiste Poquelin quand ils reviennent une troisième année (à croire qu'ils ne peuvent vraiment plus se passer de nous !) et qu'ils ont le malheur de rencontrer votre hôte1 ? Comme promis à une adorable lectrice, voici un troisième article sur ce que j'aime faire et voir en classe.

 

  La Quatrième, c'est le niveau qui nous fait comprendre que l'adolescence, c'est vraiment moche. Et je ne parle pas que des boutons. Là, ça y est, on y est, dans la puberté, on est même en plein dedans. Et comme il n'y a aucun moyen crédible de « tenir les troupes » (comme le brevet des collèges en Troisième, qui ne sert d'ailleurs plus qu'à ça), la Quatrième est généralement la classe la moins demandée par les collègues.

 

  Les quatrièmes, ça demande souvent pas mal d'énergie, et souvent, ça soûle.

 

  Les quatrièmes, ça drague sévère, ça se roule des pelles, ça pleure quand c'est largué2.

 

  Les quatrièmes, ça a un sac encore plus petit que l'année d'avant. On y trouvera parfois davantage de produits de maquillage que de classeurs.

 

  Les quatrièmes, ça râle, ça se révolte, ça crie à l'injustice. 

 

  Les quatrièmes, ça pense au cul. Sinon, ça s'ennuie ferme.

 

  Les quatrièmes, ça n'écrit pas toujours sur sa feuille. D'ailleurs, ça n'a pas toujours de stylo. Ou de papier. Ou les deux.

 

  Les quatrièmes, ça a besoin d'une sacrée remise à niveau en grammaire.

 

  Les quatrièmes, ça peut te donner des conseils de mode3. Pour ça, ça peut te dire auparavant que t'es habillé comme un sac.

 

  Les quatrièmes, ça ne fait pas ses coups en douce : ça te montre bien clairement que tu les fatigues.

 

  Les quatrièmes, ça envisage sérieusement pendant une seconde complète de t'insulter, ou de sortir de la salle sans rien te dire (version ZEP : ou de te frapper). Parfois, ça le fait.

 

  Les quatrièmes, chez moi, ça vit entre L'Avare, le siècle des Lumières et le beau XIXème. Comme ça ne pense qu'au sexe, ça adore Molière — quand on en profite pour raconter quelques anecdotes croustillantes sur la vie dans sa troupe —, Laclos — quand on leur explique ce qu'est le libertinage —, le fantastique — quand on entre un peu dans les détails de la symbolique du vampirisme. Ça s'ennuie à Candide, mais ça aime voir Rousseau et Voltaire s'envoyer des vacheries dans leurs lettres. Ça se gausse du lyrisme, mais « Demain, dès l'aube… », ça marche toujours. Ça croise des fantômes, des utopies, des mises en scène absconses de la Comédie Française (ça préfère nettement le film avec De Funès, et je les comprends), Les Misérables, des mousquetaires, des chats noirs, les grandes eaux de Musset, les incontournables nouvelles de Maupassant (on y déprimera régulièrement entre problèmes de familles, bijoux perdus et animaux martyrisés). Ça m'écrira une lettre, ça essaiera de me faire peur, ça réapprendra les règles de la versification parce que bon, à la fin, va falloir les connaître. 

 

  Mais la moitié du temps (pas davantage, hélas : le quatrième, on le voit peu), ça fait de la grammaire, de l'orthographe et de la conjugaison. Ça va me ré-réapprendre les déterminants et les pronoms. Surtout les pronoms relatifs. Et les conjonctions de subordination. Et la morphologie de l'imparfait du subjonctif du présent de l'indicatif. Et le complément d'objet direct. Et l'indirect. Et le circonstanciel. Et l'analyse grammaticale en écrivant à chaque fois en majuscules « NATURE : / GENRE : / NOMBRE : / FONCTION : ». Et le célèbre accord du participe passé. Et ça fera des dictées, sur lesquelles je m'arracherai les cheveux que je ne me serai pas déjà arrachés en cinquième en corrigeant… Mais surtout, surtout, ça suera à grosses gouttes sur mon exercice préféré, l'analyse logique4 !

 

  À la fin de l'année, ils auront j'espère compris ce qu'est le romantisme, le réalisme, la philosophie, l'utopie, le lyrisme, l'hésitation entre l'hypothèse rationnelle et l'hypothèse surnaturelle, les formules de politesse, que la poésie peut aussi servir à exprimer leur potentiel mal-être, et surtout le fait que la littérature, la grande, la vraie, la belle, ne parle que de cul de l'amour et de la mort.

  Et tout le reste, c'est pour les gens coincés.

 

 

Note : amis stagiaires, tuteurs, personnels de direction, formateurs… vous pouvez toujours répondre à mon appel

 

 


1. Et pour certains, c'est pour la troisième fois ! Pauvres enfants…

 

2. Et c'est alors accompagné par sa meilleure amie aux toilettes.

 

3. « Whôa m'sieur ! Le rose, c'est trop fashion ! »

 

4. Un supplice absolument délicieux, à base de repérage et d'analyse des différentes propositions de la phrase. Compliqué à mettre en place, mais on comprend tellement mieux le fonctionnement d'une phrase après. Et je crois que ça améliore la rédaction, ensuite. 

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commentaires

CELADON 22/12/2010 22:09


Mais que pensez-vous que nous fassions en CM2 chère Marion, si l'on veut donner quelques bases en grammaires à nos loupiots ? De l'analyse logique, de l'analyse grammaticale jusqu'à plus soif. Et
au final, pour certains, on aura à peine réussi à faire distinguer nature et fonction...


Marion 22/12/2010 20:31


Merci adorable professeur de ces éclaircissements sur ton métier. A en croire les commentaires la situation est semblable ailleurs, mais, plus inattendus (pour les néophytes peut-être) sont les
similitudes entre les 4èmes et les CM2 !!! ... enfin ! Oubliez-les pendant quelques jours et amusez-vous en ces jours de fêtes.


Patrice 22/12/2010 17:55


Ah là là ... Vous ne fréquentez pas assez de Taureau(x), mon cher, ou vous sauriez que la grande littérature c'est aussi celle qui parle du fr... euh, de l'argent.
Patrice, mais pourquoi j'aborde ce sujet moi...?


Celadon 22/12/2010 17:42


Quand je pense qu'en CM2 on fait exactement la même chose...
On a plus d'attention et moins de boutons. C'est pourquoi on ne me délogera jamais de mon CM2. Je les adore.


Ava 22/12/2010 17:16


Mouahahah! c'est tellement ça!


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