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14 décembre 2011 3 14 /12 /décembre /2011 23:11

débâcle

 

 

  L'année dernière, délicieux lecteurs, délectables lectrices, j'avais des classes agréables, tranquilles, paisibles… bref, rien qui ne m'a permis de pondre un article de blog digne de ce nom sur mon « vécu ». Heureusement pour vous, cette année, grâce à la Sixième de l'Angoisse, c'est toutes les semaines feu d'artifice ! Pour ceux qui auraient raté les épisodes précédents, c'est ici et . Pour les autres, réjouissez-vous : voici un nouvel épisode ! 

 

 

  Or donc, ma fougueuse collègue de dessin d'Arts Plastiques en avait une bien bonne à nous raconter lors du repas de Noël. Avant de sortir rouge comme une pivoine à la fin de son heure car Philinte lui avait gentiment signalé que son cours était chiant, elle avait eu l'occasion de revenir un peu sur le conseil de classe avec Dorante, le délégué, qui semblait pourtant avoir quelques neurones en état de marche au début de l'année… Or Dorante ne se souvenait pas du tout y avoir assisté ! Mais si, enfin, Dorante, la réunion, là, avec les professeurs de la classe, où ils ont mis des félicitations des avertissements ! Ah oui, ça revenait à Dorante. Mais bon, elle ne servait à rien, quand même, cette réunion. Mais comment ça, Dorante, elle ne servait à rien ? Ah ben quand même, tous les élèves avaient la même moyenne, alors bon, quel intérêt… 

  Ça, Dorante, c'était la moyenne de classe… 


***

 

  Branle-bas de combat au collège Jean-Baptiste Poquelin : le Chef, ulcéré par l'accumulation de crachats aux quatre coins de l'établissement, s'est fendu d'une poétique lettre ouverte1 aux élèves dans laquelle il assimilait les fautifs à des gastéropodes ou à des pigeons pataugeant dans leur fiente. Lettre ouverte transmise aux délégués qui la lirent à leur petis camarades. Bilan de Cléonte suite à la lecture, devant mon immarcescible collègue d'Histoire-Géographie : 

  « Mais pourquoi le Principal, il veut que les pigeons nous chient dessus ? »

 

***

 

  Pendant ce temps-là, votre serviteur enrichit le vocabulaire des petites merveilles qu'il a en face de lui. Après avoir courageusement expliqué ce qu'était une sirène qui retentit (« le truc qui fait du bruit sur une voiture de police ») et habilement décrypté les arcanes du verbe nouer (« faire un nœud »), me voilà soudain endossant la casquette du botaniste au fil de puissants exercices de grammaire sur le présent de l'indicatif. Oui, Dorimène, la primevère est une fleur. Mais oui, Arminte, le bleuet est une fleur, aussi. Même qu'elle est bleue. Comment, Cléonte ? C'est quoi une pâquerette ? Eh bien, c'est une marguerite en plus petit. Ah oui mais non, vous ne savez pas ce qu'est une marguerite, suis-je bête. Eh bien une pâquerette, c'est une fleur blanche avec le centre jaune (j'ai habilement évité le mot « pétale », on ne sait jamais, Elmire ne le connaît peut-être pas…). J'en profite pour glisser que le coquelicot est une fleur rouge, on ne sait jamais, ça me fera peut-être gagner du temps sur un prochain exercice. 

  Rappelons donc que mon collège se situe en pleine cambrousse, entre une forêt, des prés et des champs. Des pâquerettes, il n'y a que ça, autour d'eux (certes, pas en décembre).

 

***

 

  Le pire est qu'il ne sont pas forcément désintéressés (sauf quelques irrécupérables, déjà). Mais ils n'ont pas accès à ce qu'on leur enseigne. Lire et comprendre une consigne est pour la plupart un acte quasi insurmontable. En contrôle, je me vois obligé de répondre à quatre fois plus de questions que la normale, sinon certains font absolument n'importe quoi. J'ai réussi à les accrocher sur les contes de fées, en leur parlant symboles, violence, sang et psychanalyse. Hyacinte a même retenu ce mot compliqué, et pourtant Hyacinte ne retient rien. Mais là, je feuillette leurs contrôles, et sur la terrible question « Citez trois auteurs célèbres de contes de fées. Donnez pour chacun le titre d'un conte qu'il a écrit. », on y croise « les frér Grim » ou encore « les frères grime », « Ordensenne2 », sur une même copie trois fois Charles Perrault avec trois contes différents3,  « Chare D'orlean4 », et même… personne, alors que sur le sujet, on a un extrait de « La Barbe bleue » de Perrault, avec comme il se doit nom de l'auteur et titre de l'œuvre indiqués à la fin. Notons que plus de la moitié des élèves n'a pas rédigé la réponse à la question, alors que c'est indiqué en bas du sujet, que je leur ai rappelé la chose au début du contrôle, et que je l'ai à nouveau dite pendant le contrôle.     

  À la rentrée, j'attaque les fables de La Fontaine. Je tremble déjà pour le loup, l'agneau, la cigale, le chêne, le bûcheron, le roseau et la fourmi. 

 

 


1. Une bien bonne polémique, ça encore. On s'éclate, parfois, quand on est Personnel de Direction ! 

2. Andersen… 

3. Bien essayé, Arsinoé !

4. Célèbre auteur de contes de fées s'il en est…

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commentaires

Patrice 17/12/2011 02:57

Hum... outre quelques fautes de phrappe*, je crains dans ma fatigue d'avoir été lacunaire : lorsque j'écris que " mes parents [...] étaient cernés de sabots et d'étables ", il s'agissait du contenu
de leurs manuels scolaires...

Patrice, *petit-fils indigne du typo

Patrice 17/12/2011 02:47

Joëlle, il y a cinquante ans on se désolait de l'anglicisme pull(-over) et l'aurait volontiers ostracisé... Queneau,Ferré préférèrent en rire et le franciser ((T'es toute nue sous ton pull/Y'a la
rue qu'est maboul", on y entendait la bien française "poule"!)

Bien sûr on peut aussi revenir au tricot, voire au chandail (étymologie qui époustoufla maint lycéen de mes classes), mais je ne vois aucune supériorité lexicale à un terme qui ne désigne plus ce
que l'on porte (le sweat n'est pas un pull, autre texture).

Le cas cité par Cele' me semble autrement pertinent : n'avoir aucun mot pour nommer ce qui vous entoure, c'est grave. Mes parents, ainsi, étaient cernés de sabots et d'étables, alors que leur
milieu était citadin et ouvrier, et papa a connu son premier bovidé pendant sa captivité ;)

Don Quichotte 17/12/2011 02:11

Tout à fait d'accord avec le Commentaire 2. Et de même, la destruction de l'enseignement secondaire, où l'Institution a tout fait pour saper l'autorité du professeur en lui enlevant tout pouvoir et
tout moyen d'action (les moyennes et les appréciations sur bulletins sont rectifiées par les proviseurs sous la pression des parents, l'insolence, le refus de travail et l'indiscipline chronique
s'épanouissent dans une impunité qui ôte aux bons élèves toute motivation, etc...)- cette destruction n'aurait pu avoir lieu sans la complicité passive, la lâcheté, l'hypocrisie, l'absence de
solidarité professionnelle d'une majorité d'enseignants. Le corps enseignant s'est sabordé, la profession elle-même est coupable de la dégradation saisissante de ses propres conditions de travail.

Patrice 15/12/2011 18:25

Normal, quand on s'appelle Lurçat, de faire tapisserie...
D'accord, je sors !

Joëlle 15/12/2011 17:01

Cette "tranche" de vie m'évoque mon quotidien. J'ai la charge cette année de deux sixièmes en Français et je suis sidérée par la pauvreté du vocabulaire des élèves. Dans un texte il y a quelques
jours, nous avons trouvé le mot "pull", étrange vocable qui ne disait rien à personne... Après une rapide explication, un élève me signale que l'auteur n'avait qu'à écrire "sweat" pour que tout le
monde comprenne !Chaque heure de cours, j'oscille entre fou rire intérieur et désespoir...

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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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