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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 15:09

lua melies 

 

  Aujourd'hui, c'est polémique ! 

  Comme vous l'avez peut-être entendu, on fait tout un foin au sujet d'un dessin animé film d'animation support d'analyse citoyenne sous forme d'image mobile appelé Le Baiser de la lune

Pour ceux qui veulent voir la bande-annonce, c'est
ici.  

  Synopsys rapide : une vieille chatte (je vous jure !) attend son prince charmant. Elle trouve la lune folle (si si, c'est dedans aussi !) d'être tombée amoureuse du soleil. Et pendant ce temps-là, un poisson-chat tombe amoureux d'un poisson-lune (mais puisque je vous le dis, rhôôô !), l'un des deux (Darwin, prends garde à toi !) étant le petit-fils de la vieille chatte. Et apparamment, la lune va enseigner son célèbre "baiser de la lune" au poisson pour qu'il fasse briller son conjoint. Enfin, d'après ce que j'ai compris.

  Not'bon'ministre a interdit d'utiliser la chose en cours (c'est prévu pour des CM1-CM2), d'où polémique primesautière qu'on imagine, avec Christine Boutin dans le rôle qu'on attendait tous d'elle.

  Je suis personnellement tout à fait opposé à la diffusion de la chose, pour de nombreuses raisons. Pourtant, ceux qui me connaissent peuvent difficilement me taxer d'homophobie, mais bon, en ces temps de bien-pensance, on n'est à l'abri de rien. Expliquons-nous donc :

  Nous sommes à mon sens dans la célèbre et classique opposition entre enseignement et éducation, ou, pour faire plus clair, entre savoir et citoyenneté.

  Le Primaire et le collège sont abreuvés de séances, d'activités et d'interventions citoyennes, pour faire prendre conscience  à l'enfant que plein de choses ne sont pas bien et qu'il ne faut pas les faire. Citons en vrac : être raciste, être sexiste, dire des gros mots, ne pas manger le matin, ne pas trier ses déchets, se moquer des handicapés, de petits, des gros, des gens à lunettes, ne pas se brosser les dents, ne pas mettre de capote, fumer, boire, se droguer, se suicider, ne pas respecter la loi... et donc être homophobe (et ensuite, on vous cochera des cases dans le pilier "citoyenneté" du socle commun et vous aurez votre brevet de bon petit citoyen !).

  Je crois que tout cela part d'un bon sentiment. On sera difficilement en désaccord avec les objectifs visés, d'ailleurs. Mais je crains qu'on ne s'y prenne pas de la bonne façon, et que la "séance citoyenne" se transforme en vaste gaspillage de temps pour un effet qui reste à prouver. Car on ne les fait pas EN +, ces séances : on les fait À LA PLACE DE. A la place de nos cours, de notre étude de la langue, des textes, des maths, etc. Cela a l'air ridicule, au départ, mais si l'on met bout à bout toutes les heures que l'on passe à cela, ça l'est moins.

  Mais bon, si l'efficacité en était patente, pourquoi pas ? Moi aussi, je suis pour qu'on lutte contre l'homophobie.  Mais je soutiens que ce n'est pas ainsi que cette lutte est menée efficacement. Je maintiens que le vrai rempart à l'homophobie, au racisme, au sexisme, c'est le fait de développer les connaissances et la faculté de réflexion des élèves. Ce n'est pas en leur assénant des "cours citoyens" sur les heures destinées à leur faire maîtrîser leur langue, développer leur logique et appréhender les grands textes, la sciene et la culture, qu'on va arriver à quelque chose de mieux. A mon avis, on fera moins bien. C'est pourquoi je m'agace de ces "supports" à une réflexion citoyenne, qui prennent de plus en plus la place des oeuvres littéraires, artistiques . Là, on se moque des contes de fées au lieu de les étudier, car on veut à tout prix faire passer un MESSAGE.

  Le mot est lâché : il faut faire passer des MESSAGES !

  Et Dieu sait que l'on a essayé de réduire la littérature à cette seule dimension. Cela s'appelle "l'argumentation", et l'objectif de la chose est de montrer que le vilain écrivain manipule ses lecteurs, ou que le gentil romancier, vraiment, la peine de mort, il est contre. 

« Et l'intérêt littéraire, m'sieur ? »
L'intérêt littéraire, Dorine ? Au fond du couloir à droite, mais on a condamné la porte, désolé.


  Je crois qu'on passe à côté de l'essentiel de la littérature : sa beauté, sa proposition d'une vision du monde, sur laquelle on va réfléchir car elle nous a chamboulés. Alors redisons-le une bonne fois pour toutes : il y a une différence entre d'une part un cours de littérature dans lequel l'étude d'un grand texte possédant une dimension artistique indiscutable peut effectivement remuer les élèves, car la littérature parle du monde, des hommes, de la vie, de la mort, de l'amour, etc. ; et d'autre part un cours de citoyenneté dans lequel on utilise un support sur mesure pour faire passer un message citoyen. Quand j'étudie Le Petit Chaperon rouge, je ne cherche pas à "faire passer un message" particulier, et heureusement qu'on ne peut réduire la littérature à cela. Notre dessin animé, là, a été construit pour participer explicitement de la lutte contre l'homopobie, avec débat citoyen à la clef. Ce sont deux façons d'enseigner différentes. Je ne pratique pas la seconde, et la trouve inefficace et bouffeuse de temps.

  Concluons donc : on ne peut faire passer des messages et faire prendre conscience de choses qu'à des êtres en mesure de réfléchir correctement. Alors qu'on nous laisse apprendre à réfléchir à nos élèves, ce qui est une activité longue, lente, répétitive et même ennuyeuse, mais qui permet ensuite d'apréhender le monde comme un tout que l'on comprend, et non comme un éparpillement de valeurs citoyennes auxquelles on nous a engagés à adhérer de force sans nous demander notre avis.



P.S. : Illustration de l'inefficacité de l'éducation citoyenne par un exemple vécu.

Intervention en classe de 6e sur la violence des mots. Un intervenant a des zolis dessins représentant de façon schématique 2/3 personnages avec un problème.

1ère étape : les élèves doivent deviner le problème
2ème étape : ils doivent choisir une solution + blablabla
3ème étape : certains jouent le problème, avec des talents d'acteur divers...

C'est long, c'est chiant, ça ne sert à rien... dans la classe que j'accompagnais l'année dernière et dont l'un des élèves était souvent moqué du fait de sa bêtise, ça n'a rien résolu du tout et l'intervenant était à l'ouest.

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commentaires

John 24/01/2011 01:16


J'ai vu le film, et je le trouve très bien. En tout cas, lui avoir tiré dessus avant même que ce film ait été produit, c'est la plus pure des mauvaises fois.

Et j'aime mieux regarder un dessin animé que de laisser la parole à des gens qui trouvent que les insultes homophboes sont "dans l'ordre des choses", au collège ou ailleurs.


Mélanie 23/03/2010 08:41


Merci pour cet article ! Il m'a permis 1° de mettre des mots sur un ressenti 2° de ne plus culpabiliser lorsque je refuse de laisser 1h de cours à un intervenant sensé apprendre le respect à mes
élèves. Pas plus tard que la semaine dernière, un charmant monsieur de la sncf est venu leur expliquer comment se comporter dans les transports publics. C'était intéressant, cela a plus à tout le
monde, etc, Le souci c'est qu'effectivement, je ne vois pas pourquoi on a supprimé 1h de cours de français pour ça !

Pour en revenir au film... j'ai moi-même été choquée par l'homophobie des collégiens jusqu'au jour où je me suis rendue compte que finalement c'était peut-être dans l'ordre des choses. Quand
j'étais plus jeune (8-9ans) je trouvais dégoutant que deux personnes s'embrassent dans un film ; à 12ans, j'étais gênée de voir mes parents se tenir la main. Tout ça pour dire qu'il leur faut
peut-être du temps à ces ados pour admettre ne serait-ce que la simple idée de la sexualité.

Quand je vois que selon une enquête plus de la moitié aurait déjà vu un film porno, je rigole... car je n'y crois pas. Ils ne savent même pas ce que c'est, ils pensent que si on voit un bout de
sein alors c'est porno. Si j'étudie un texte où il est question d'amour voire de nudité, l'ensemble de la classe rougit et ricane. Et finalement c'est très bien comme ça...


Patrice 12/03/2010 13:16


Tiens, je l'avais zappé celui-là...

Le commentaire de commentaire auquel vous avez failli échapper, c'est que pour lutter contre l'homophobie, je ne commencerais pas par évoquer un couple, fût-il de poètes, qui se foutait sur la
gueule et se tirait dessus ;)

Patrice, ni "vierge folle" ni "époux infernal"


Claribelle 12/02/2010 17:31


Pour en rajouter une couche,j'ai vu la bande annonce de ce film et je lui prédis un flop retentissant car la forme (images, narration, personnages) est adaptée aux enfants de 4 ans mais pas aux
ados ni aux 10-12 ans (public pressenti) qui le trouveront naze-nul-chiant-cucul-débile-soporifique (rayez la mention inutile). Quant à la discussion "citoyenne" sur le fond avec les élèves après
projection ou toute autre forme d'appropriation du sujet (affiche, exposé, sketch), je souhaite bon courage au professeur qui osera s'y coller !


Raphaël Juldé 12/02/2010 14:32


En tout cas, moi, la bande annonce m'a édifié. Désormais, c'est sûr, je ne serai plus homophobe. Par contre, j'ai une putain d'envie d'étrangler des chats...


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