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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 15:20
 

  Une fonction tout à fait sympathique de ce blog est celle qui vous permet de savoir comment vos visiteurs sont arrivés par chez vous. J'ai pu ainsi apprendre que certaines personnes avaient pointé leur nez par ici en tapant des choses fort diverses et parfois inattendues dans leur moteur de recherche, telles que "evelyne thomas barbara émission", "je me sens con" et même "blog couple qui font l'amour" (et là, j'ai peur que l'internaute ait vécu une cruelle déception...).

  J'ai ainsi pu découvrir que des participants à un forum de personnels de direction avaient lu et commenté (comme je sais d'où ils viennent, je suis allé lire chez eux, petit curieux que je suis !) mon importanciel de la réunionitude (merci à eux), ce qui m'a fait plaisir, mais également réfléchir. En effet, si mes supérieurs potentiels ont apprécié la veine humoristique, ils ne semblaient pour beaucoup pas tout à fait d'accord sur une partie du contenu. Pour paraphraser leurs messages (je ne me permettrais pas de copier/coller sans autorisation), ils faisaient l'éloge de mon ami Antibi et affirmaient leur penchant pour le socle commun, l'évaluation par compétences et les liaisons intercycles. Et se désolaient sur les efforts de communication qu'il fallait entreprendre et qu'il faudrait entreprendre encore pour enfin faire partager leurs vues à nous autre, les profs.

  Et ça, ça m'intéresse.

  Nous autres, enseignants, sommes à la croisée de plusieurs volontés qui s'imposent à nous de façon plus ou moins reconnues et dont nous admettons plus ou moins l'autorité.

  Il y a les officielles :
  • Principal ou principal adjoint (adaptez avec vos proviseurs, chers collègues du lycée, et avec votre directeur, chers collègues du primaire) pour le côté administratif,
  • Inspecteur pour le volet pédagogique,
  • Programmes,
  • Socles Commun de Connaissances et de connaissances (parfois, oui, j'adore mes lapsus !), et de manière générale tout le blabla officiel qui paraît à gauche à droite.
  Il y a les moins officielles :
  • Parents d'élèves,
  • Élèves eux-mêmes, parfois (mais ça, on essaie de limiter un peu ^^).
  Sans compter parfois les collègues, la vie scolaire, et pourquoi pas l'infirmière (j'ai toujours dit "infirmière", mais je ne désespère pas de croiser un infirmier dans un établissement scolaire !), le gestionnaire, etc. Mais là, ce n'est pas tout à fait pareil.

  Ce qui fait beaucoup.

  Et comme je le constate une fois encore grâce à mes personnels de direction forumeurs, les domaines d'intervention de chacun présentent parfois des frontières bien floues. Ainsi je trouve légèrement étonnant que des personnels de direction (qui s'occupent de nous sur le plan administratif) cherchent à convaincre les enseignants du bien fondé de tel type d'évaluation (ce qui relève du plan pédagogique, n'est-il pas ?), et donc  (au final) de telle ou telle façon d'enseigner. Et d'autant plus quand ils sont persuadés que s'il y a résistance en face, c'est que le message n'est pas (encore) bien compris. Alors je le dis : si je ne suis pas d'acord, ce n'est pas qu'on a mal communiqué avec moi : c'est que je ne suis pas d'accord ! ^^ (ça ne vous est jamais arrivé, à vous, d'avoir eu d'envie de gifler  mettre un T.I.C. à l'homme/femme politique qui déblatérait dans le poste que "si cette réforme provoque des tensions, c'est parce que nous ne l'avons pas assez bien expliquée ?"). 
  Car au milieu de toutes ces volontés, moi aussi j'ai la mienne, moi aussi je réfléchis, moi aussi j'ai des avis, des opinions, des idées, peut-être bien même des idéologies, et moi aussi j'y crois. Ce n'est pas un problème de rhétorique ou de "communicationnel" si je pense qu'Antibi est une vaste fumisterie, que le socle porte bien son nom car il y manque l'œuvre qu'on met généralement dessus quand on fait de la sculpture, que l'enseignement par compétences est non seulement une (vaste) perte de temps, mais également un morcellement délétère des savoirs et une mise sur le même plan de choses qui n'ont rien à voir. C'est que je me suis documenté, que j'ai réfléchi, prenant évidemment en compte mon expérience d'enseignant (car au final, c'est quand même bien moi qui suis devant les élèves et note leur travail, et qui suis à même de constater si ce que je fais fonctionne ou pas).    

  Il faut bien s'en rendre compte, à un moment : un enseignant subit de plein fouet toutes les nouvelles idées d'en haut, qui varient suivant le courant à la mode en sciences de l'éducation :
  • lundi c'est méthode globale, jeudi méthode semi-globale, vendredi méthode naturelle et le 31 février méthode syllabique ;
  • janvier c'est le cloisonnement, mars le décloisonnement, juin le décloisonnement cloisonné un peu quand même
  • premier croissant de lune on fait de la littérature de jeunesse, pleine lune on ferait mieux d'étudier la presse, dernier croissant les recettes de cuisine, et à la nouvelle lune on devrait plutôt faire les classiques, etc. 
... mais qui varient aussi suivant le dernier pédago hype (je vous ressers un peu de Meirieu ou vous voulez plutôt essayer Antibi ?). Et parfois on se demande quel est le critère, car on n'y comprend plus rien – mais pourquoi on supprime du programme, justement ce qui plaît aux élèves ? Amis profs d'histoire qui enseigniez  avec passion l'Egypte en 6e, je pense fort à vous et vous souhaite bonne chance avec l'Inde des Gupta !

   On a souvent même essayé de nous  enfoncer certaine de ces "idées" bien profond dans le crâne – on appelle ça la formation. Généralement, l'IUFM nous laisse à tous de bien beaux souvenirs auxquels on repense, émus, devant nos élèves pour lesquels nous nous dispensons de préparer une belle fiche par séance (soit la bagatelle de 18 fiches par semaine, sans compter les heures sup') définissant nos prérequis/préacquis/objectis (en termes de savoirs, savoir-faire et savoir-être)/modalités et j'en oublie sûrement, car je devais  être en train de corriger un paquet de copies quand la formatrice nous a expliqué ce prérequis indispensable aux modalités objectivales de notre professionalitude...

  À l'autre bout de la chaîne, on retrouve les élèves apprenants et leurs parents, qui eux s'en foutent bien de la dernière mode pédagogique, et qui veulent des résultats. Je préfère de loin ces discussions-là, car au moins on parle de concret, de palpable, ce qui n'empêche pas parfois les tensions, évidemment : la seule chose pire qu'un parent qui se rend compte de l'indigence et de l'inefficacité de l'enseignement reçu par la chair de sa chair, c'est quand la chair de sa chair s'en rend compte elle-même, que ce soit sur le moment ou après. Cela donne des gens comme une excellente amie à moi, nourrie à la méthode globale (la vraie, celle qui n'a "jamais été employée en France", hahaha !), et qui en veut à l'Educ' Nat' de lui avoir pourri sa scolarité et de l'avoir forcée à reprendre des cours d'orthographe une fois devenue adulte. Inutile, je pense, de dire que je suis de son côté.

  Bref, dans ce nœud de volontés diverses et parfois contradictoires, nous, enseignants, avons un travail important à faire pour tenter de nous adapter aux exigences des uns et aux attentes des autres, sans remettre en cause ce en quoi nous pouvons croire – car je ne pense pas un seul instant que l'on puisse enseigner efficacement en enseignant contre soi-même – à partir du moment où nous en avons vérifié l'efficacité, ou à tout le moins la non-nocivité.

  Alors, chers collègues personnels de direction, par pitié, n'en rajoutez pas trop. Vous n'imaginez même pas à quel point nous sommes heureux quand vous nous faites tout simplement confiance, et à quel point nous le sommes moins (litote polie ^^) quand vous nous dites de faire comme-ci ou comme-ça dans le seul domaine dans lequel nous espérions pourtant bien, encore, être des spécialistes et des prof....essionnels.

Illustration de l'article de Martin Vidberg. N'hésitez pas à aller voir son blog .

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commentaires

Xavier 24/09/2009 22:33


Je suis un pauvre prof du technique devenu depuis peu personnel de direction et arrivé sur le site via le site [url=http://personnel-de-direction.fr/]personnel de direction[/url]. Je n'aurai donc
pas la verve littéraire de l'auteur de ce post. Malgré tout, je voudrai faire quelques commentaires. Commentaires qu'il sera facile à l'auteur de démonter car nous n'avons pas la même vision. En
effet, nous regardons de plus haut le système scolaire et ce recul nous permet d'avoir une vision d'ensemble. Je m'explique bien la vision que peut avoir un enseignant de la façon d'enseigner sa
matière et les exigences qu'il peut avoir, mais cette matière n'est pas la seule, elle est avec d'autres enseignements. Et tous les élèves ne peuvent (veulent?) pas être bon dans la matière de
l'enseignant. J'ai moi même râlé contre les élèves qui ne voulaient (ça c'est moi qui le disait) pas comprendre ce que je leur disais.
C'est pour cela que je crois au socle commun de compétences et de connaissances car bien sur, sur le socle on doit construire une statue mais sans socle, celle ci ne sert à rien. Personne n'empêche
de construire une statue sur le socle. Il faut juste qu'il existe pour qu'elle puisse se dresser. Moi, mon regard va vers les 10% qui en on le plus besoin mais je regarde aussi les autres. J'ai un
peu l'impression dans vos propos, que seuls les 50% les meilleurs sont intéressant pour vous.
Par contre, je vous rejoins sur la critique d'Antibi, moi j'ai toujours donné les chapitres sur lesquels étaient basés mes contrôles.

Pour terminé, vous auriez pu indiquer le site des perdir afin que chacun puisse se faire une opinion des commentaires de votre blog et se rendre compte qu'ils n'étaient que peu nombreux et peu
fournis.


Guillaume 19/09/2009 17:25

" et même "blog couple qui font l'amour" (et là, j'ai peur que l'internaute ait vécu une cruelle déception...). "

Oui, j'ai été très déçu ce jour là.

Delphine 13/09/2009 17:37

Encore une fois, j'applaudis des deux mains cher collègue. Sur ce sujet, je suis assez fataliste, je laisse dire...et je fais comme je pense être "honnête intellectuellement" devant mes élèves...quoi qu'en dise instructions officielles, inspecteur pendant un entretien post-inspection ou autres...Mais je dois commencer à me fondre dans le moule quand même, j'arrive à trouver un intérêt (lointain, certes)à enseigner l'Inde des Gupta ou la Chine des Han! Si je te jure! Bises.

cecile baron 12/09/2009 18:53

Comme je suis d'accord, en particulier sur la partie nous sommes des êtres pensants et notre enseignement est une expérience quotidienne, non pas que toutes les propositions de nos supérieur(e)s soient mauvaises mais parfois on a un peu l'impression de marcher sur la tête car la 'base' c'est nous et on ne nous demande jamais notre avis avant de réformer sans compter le travail de sape savamment effectué depuis quelques années dans les médias, oui ces profs tous de fainéants qui ne pensent qu'aux vacances (pour lesquelles ils ne sont pas payés mais ça personne ne le sait) enfin il y aurait tant à dire qu'il faudrait que j'ouvre un blog! Amie pédagogie quand tu nous tiens...^^

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  • : Un professeur pas toujours à l'heure analyse le pays des merveilles dans lequel il est tombé. Réformes, administration, parents, élèves, collègues, formateurs : Lewis Carroll n'a qu'à bien se tenir !
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