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9 septembre 2009 3 09 /09 /septembre /2009 13:32


Avertissement : des chercheurs de l'université de Berkeley auraient trouvé des traces de second degré dans cet article.


  Avec la rentrée, on retrouve, comme chaque fois, l'espoir fou que l'on va, enfin, pouvoir passer une année sans crier ni terrifier ni menacer ni mettre lesdites menaces en application. Le raisonnement est simple, beau, lumineux  :
1) Majeure : tout homme est un individu doué de raison.
2) Mineure :  les élèves appartiennent à l'espère humaine.
3) Conclusion : il suffit d'expliquer aux gentils élèves pleins de bonne volonté qu'énerver/agacer/fâcher/mettre en dépression/mutiler/tuer leur enseignant est une très mauvaise idée pour qu'ils se tiennent tranquilles.

  Raisonnement simple, beau, lumineux, et, vous l'aurez compris, évidemment faux. Car si les élèves – même ceux donnant l'impression de débarquer de Mars – sont bien des homo sapiens sapiens (en espérant n'avoir pas retenu de travers mes cours de bio), le cartésianisme béat de notre majeure est, lui, mis à mal par les faits. Et nous revoilà à enfiler notre costume de père fouettard (de mère fouettarde pour mes charmantes collègues), parfois tôt, dans l'année, parfois au premier cours. Alors avant de menacer le premier élève qui a oublié sa feuille d'exercices sur son bureau  chez lui d'un conseil de discipline avec exclusion définitive, petit rappel des différentes stratégies, de leurs atouts et de leurs limites. Afin de mener ce projet avec la plus grande objectivité possible, nous nous servirons d'un cobaye étudierons les réactions d'un apprenant, Valère, élève moyen, qui ne fait pas toujours son travail et aime à discuter avec son voisin Cléante.

"Vous allez me punir, m'sieur ????"
Oui Valère, mais c'est pour le bien de mon blog, alors souriez.

  Afin que cette étude soit accessible à tous, les avantages et inconvénients de chaque méthode seront critérés sous forme d'items (j'ai trop la socle-commun attitude !!) notés sur 10 (oui, enfin, jusqu'à un certain point !!). Les  (trois) catégories sont bien entendu universelles et ne souffrent d'aucune discussion, tellement elles s'imposent d'elles-mêmes. Les voici :
- Sadisme (S) : le plaisir pris par le professeur lié à la douleur plus ou moins grande avec laquelle l'élève vit le moment.
- Masochisme (M) : le supplice que peut s'infliger le professeur à lui-même en choisissant telle ou telle méthode.
- Efficacité (E) : parce qu'il me fallait quand même un critère qui fît sérieux.


1- La Gueulante ("Valère, maintenant vous allez vous taiiiiiiiiiiiiiiire !!!!!!!")

S - 6/10 : ça fait du bien !
M - 4/10 : hormis l'extinction de voix, on risque aussi parfois le ridicule
E - 6/10 : mais enlevez un demi-point chaque fois que vous l'employez au delà de la troisième. La gueulante fonctionne quand elle est rare.
Commentaire : j'utilise la gueulante autant pour me défouler un peu que pour son aspect pédagogique. Elle permet d'évacuer la pression, et une vraie gueulante réussie vous calme tout autant qu'elle calme la classe. Une fois encore, l'utiliser à chaque cours vous condamne à ne pas être respecté par les élèves.


2- Le Mot dans le carnet ("Le 24/02 : Valère fait des bruits d'animaux  (canard, chat, hibou moyen-duc) quand j'ai le dos tourné")

S - 3/10 : on a vu plus excitant...
M - 6/10 : il faut déjà l'écrire, puis vérifier ensuite qu'il a été signé, sans compter que les parents, qui maîtrisent pour beaucoup très bien la dimension communicationnelle du français, vous répondent parfois. Et là, vous risquez alors une demande de rendez-vous de tous les dangers !
E - 5/10 : extrêmement variable et très dépendante des parents susnommés.
Commentaire : je l'utilise en deux temps (attention, décomposition du mouvement) : "donnez-moi votre carnet" (temps 1) ; le temps 2 (écriture du mot) n'existe que si l'élève continue à faire le pitre. Je trouve qu'il sert davantage de preuve en cas de mauvaise foi parentale (ce qui ne m'est jamais arrivé ; la plupart des parents de nos élèves sont des gens bien) et d'information que de punition.


3- Le travail supplémentaire à faire à la maison ("Vous chercherez l'identité du masque de fer et illustrerez votre travail d'une photo du dahut")

S - 6/10 : du moins quand l'élève le fait vraiment...
M - 7/10 : qui c'est qui va devoir le demander/le redemander/le doubler/le lire ?
E - 2/10 en cas de travail "intelligent", 5/10 en cas de travail "bête".
Commentaire : chers collègues, évitons le zèle, les bons sentiments et les grands idéaux, évitons de croire qu'une punition sous forme de recherche sur le respect ou de rédaction sur la tolérance va changer le zébulon qui perturbe notre classe ! En revanche, de bons verbes à conjuguer où une belle page d'encyclopédie écrite en tous petits caractères à recopier (idée d'une collègue qui, à mon sens, mérite un +1 pas volé en sadisme), là au moins il va comprendre (pour ceux qui ne l'avaient pas compris à la lecture de mes articles précédents, je suis un vieux con réac ^^) ! Bref, je suis de ceux qui estiment qu'une punition, pour être efficace, doit être vécue comme quelque chose de désagréable.


4- L'heure de retenue ("Vous quittez à 14h le vendredi, Valère ? Alors je vous la mets de 16h à 17h, hahahahaha !!!")

S - 6/10 : ça ennuie quand même encore beaucoup d'élèves sur le moment.
M - 6/10 : il faut trouver l'heure, la salle, le travail à faire... c'est du boulot !
E - 5/10 : j'en reviens.
Commentaire : je trouve cette punition assez peu efficace au final. Compliquée à organiser, elle fait davantage peur par son nom (l'heure de COOOOOOOOOOOOOOLLE !!!!) que par sa réalisation. Elle dispose d'une variante, le T.I.C./T.I.G. (Travail d'Intérêt Collectif/Général) qui présente les mêmes inconvénients et sans la dimension mythique de la chose.


5 -  L'exclusion de cours ("Ouste ! du balai !")

S - 9/10 : ça fait du biiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiien !
M - 2/10 : l'élève n'est plus là, il ne vous embête plus, vous pouvez reprendre un cours normal.
E - 7/10 : plus impressionnante que la colle.
Commentaire : Le rêve ? Non, car il faut quand même lui donner un travail à faire en vie scolaire. Et  surtout car il ne faut l'utiliser que lorsqu'elle est nécessaire. Autrement, la vie scolaire vous en voudra, et elle aura raison  (amis C.P.E., camarades surveillants assistants d'éducation, révoltez-vous !) !! Mais quand elle se justifie, je n'hésite pas un seul instant à y recourir. L'objectif est de protégérer le cours et les autres élèves qui sont là pour travailler du mariole de service. J'estime que cet objectif est noble. Et je me demande comment font les collègues qui enseignent dans des établissements où l'exclusion de cours n'existe pas...


6- La défenestration ("Comment ça, vous ne savez pas voler, Valère ?")

S - 8/10 : ajoutez +1 par étage.
M - 10/10 : comment ça, la police ?
E - 10/10 : en prison, vous ne verrez plus d'élèves.
Commentaire : une variante plus douce, appelée "la gifle", existe également. Elle est elle aussi fortement déconseillée.

  N'hésitez pas à me proposer les vôtres !

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commentaires

Patrice 23/06/2010 18:03


Après la coupe du monde des nuls, on peut même le leur faire recopier jusqu'à : "acculer"...


Diane 23/06/2010 17:41


Quant à moi, je prône la méthode 3 : Travail supplémentaire - recopier le dictionnaire jusqu'à "abruti". Cela a le double avantage d'ennuyer Gaspard qui, pour une fois, travaillera et de remettre à
sa place mon jeune apprenant. Efficace
Sadisme : 9/10


Patrice 27/09/2009 00:16


Allez, pour changer je vais essayer de me faire un faux ennemi d'un véritable ami :
Vous avez bien écrit "en traitant de raciste une personne qui m'est chère pour des motifs tellement abracadabrants que même la Halde serait de mon côté ^^"...?

Diable, quels sont donc ces motifs si abracadabrantesques pour lesquels ma personne vous est chère ?

Patrice, enfileur de virgules et coupeur de GN en quatre ;)


Patrice 26/09/2009 23:41


Hélas, cher ami, je crois que si : je commence à "voir"...
A voir que dans un monde où Bigard, Hortefeux et Dieudonné passent pour des humoristes, on ne sait plus guère ce qu'humour veut dire, c'est assavoir : se moquer de soi-même, quitte à jouer sur les
stéréotypes (et non les "prototypes", sic dixit l'autre sale type).
Moralité : on n'est pas près de faire comprendre tout ça à nos enfants....

Patrice, "ptit pas grand ramassé tout court" (citation ni juive, ni auvergnate... Bonne chasse !)

PS : au fait, "Patricius" n'est autre que ce citoyen romain païen qui eut d'une berbère chrétienne un sale môme prénommé Augustin ;)

PS2 : toutes mes excuses à Jugurt(h)a pour mon ignorance sur ce point, faut-il l'écrire avec ou sans hache ...?


Celeborn 26/09/2009 15:23


Eh bien il vous faudra attendre, Xavier, car notre non-discussion m'a stimulé, et je vais donc de ce pas préparer un article complet et détaillé sur le socle commun. Stay tuned !

Quant à l' "implicite" de la remarque de Patrice, non, vraiment, je ne vois toujours pas. Lui non plus, d'ailleurs ^^. Même Goscinny s'interroge dans sa tombe...


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